dimanche 6 mai 2018

ASTONISHING X-MEN #11, de Charles Soule et Ron Garney


Tout d'abord, que je corrige une erreur rédigée à la fin de la critique du précédent numéro : j'avais annoncé que les dessins de ce onzième épisode seraient l'oeuvre de Greg Land, mais il ne signe que la couverture et cela a suffi à me tromper. En vérité Charles Soule et Ron Garney ne seront pas restés longtemps éloignés après leur run sur Daredevil puisqu'ils se retrouvent pour ce pénultième chapitre d'Astonishing X-Men, qui, sans corriger toutes les erreurs de l'histoire, convainc davantage par son efficacité nerveuse.


Proteus a fait du village écossais de Fetters Hill le centre de son jardin : de là part toute l'énergie qu'il déploie en plusieurs points de la Terre pour la transformer comme il l'a fait avec cette bourgade, offrant aux humains de réaliser tout ce qu'ils pensent, espèrent, souhaitent et redoutent.


Face à cette crise aux dimensions épiques, les X-Men aux ordres de Psylocke (élue par ses équipiers au détriment de X) doivent attaquer en formation serrée et avec intensité Proteus. Archangel et Old Man Logan se servent du point faible de leur adversaire, son allergie au métal, avec leurs ailes et leurs griffes.


Pendant ce temps, Psylocke unit ses forces à celles de X pour tenter de rouvrir un portail sur le plan astral afin d'y renvoyer et d'y emprisonner Proteus. La manoeuvre est risquée car c'est ainsi que le Roi d'Ombres a voulu s'échapper et que cette dimension mentale est très instable.


Pou gagner du temps, Mystique leurre Kevin McTaggert en prenant l'apparence de sa mère, Moira. D'abord méfiant, il se laisse abuser puis se ressaisit quand Old Man Logan veut à nouveau l'attaquer. Il mutile Mystique et blesse (tue ?) Logan. Affaibli, Proteus doit faire face à Gambit qui veut l'électrocuter puis à Rogue qui tente d'absorber son énergie, aidée par Bishop qui l'aide à la convertir pour l'expulser.


Proteus semble être pulvérisé mais en ouvrant simultanément le plan astral, Psylocke comprend l'erreur de sa tactique : X se décompose et le Roi d'Ombres resurgit !

Est-ce ça, l'air du temps, le zeitgeist ? Mais, comme Mark Waid et Jeff Lemire dans leurs séries respectives ce mois-ci, Charles Soule ne raconte guère autre chose qu'une histoire de fils sacrifié. A la nuance près que Kevin McTaggert n'est pas mourant (quoique, ici, durement éprouvé par la bataille) mais sur le point de transformer notre planète en son jardin, à son image, répondant aux désirs de ses habitants.

Le scénariste prend soin de présenter le "méchant" de son histoire non comme un être uniforme mais comme le produit de mauvais traitements qui l'ont à la fois fait souffrir au point d'altérer son sens moral, ce qui nous le rend (presque) touchant. En tout cas, on comprend sa réaction face à ses ennemis venus encore une fois le priver de liberté, à nouveau l'enfermer, voire le tuer.

Depuis le début de la série, Soule a échoué à animer son équipe de mutants comme une véritable formation : le ver était en vérité dans le fruit dès le premier épisode puisque ses membres ont été réunis par les circonstances et non en fonction de leurs compétences et de leur complémentarité. C'est d'autant plus frappant que le Roi d'Ombres comme Proteus combattent sur un plan prioritairement psychique alors que ces Astonishing X-Men compte seulement deux télépathes (Psylocke et X).

Mais, les événements ont rapidement dégénéré, dans des proportions énormes, et parvenus à l'avant-dernier épisode (même si la série va se poursuivre, avec de nouveaux auteurs), Soule doit mettre en scène ses héros comme une force unie, obéissant à un plan, organisant leurs assauts. Le mois dernier, encore, leurs efforts étaient désordonnés et graphiquement Aco l'illustrait par une débauche de doubles pages dans un décor dément.

Cette fois, Ron Garney calme le délire du découpage pour adapter ses planches à des cases classiques, souvent prenant toute la largeur de la bande, parfois avec des ruptures grâce à des plans verticaux (comme lorsque Rogue fond sur Proteus). La nervosité du trait du dessinateur donne cette impression d'un résultat rushée, avec un crayonné lâche où l'encrage, sommaire, n'est là que pour finir.

Pourtant, même le rendu n'est pas forcément séduisant, il y a quelque chose de redoutablement efficace dans ce procédé, qui participe au tonus de l'épisode : ça va vite, ça fait mal (la mutilation de Mystique, l'éventration de Logan, la désagrégation de X), tout prend une dimension très physique, viscérale. On est au coeur d'une bataille pleine de furie, une sale bagarre, une mise à mort, et pour cela le dessin n'a pas besoin d'être joli.

Cela risque, hélas ! d'être vraiment vilain avec la conclusion de ce run, puisque c'est à Gerardo Sandoval que reviendra le privilège de l'illustrer. Dommage que Marvel n'ait pas offert à Charles Soule un meilleur artiste, au niveau de ses prestigieux collaborateurs jusqu'ici, pour terminer, mais souhaitons que le scénariste soit bien inspiré pour tirer sa révérence.     

DOCTOR STAR & THE KINGDOM OF LOST TOMORROWS #3, de Jeff Lemire et Max Fiumara


Etonnant découverte du troisième épisode de Doctor Star... après la lecture de Captain America #701 comme si les deux séries, et leurs auteurs, dialoguaient, se répondaient, rebondissaient sur les mêmes thèmes : il est là aussi question de paternité, d'enfant malade. Il y a peu de chances que Jeff Lemire et Mark Waid se soient concertés, mais, chacun à leur manière, il touche à une corde sensible avec une égale pudeur et un vrai sens de l'aventure.


Pour sauver son fils qui se meurt d'un cancer, Jim Robinson revient sur la Lune où il avait jadis installé un émetteur pour tenter d'entrer en contact avec des extra-terrestres. Il espère que, grâce à leurs pouvoirs guérisseurs, ils sauveront Charlie.
  

Mais les aliens ont d'autres projets pour le Dr. Star et l'entraînent sur leur planète où sont dressées des effigies à sa gloire. Pour perpétuer son oeuvre et saluer son inspiration héroïque, ils ont même formé le Star Sheriff Squadron, une force armée qui fait régner l'ordre et la justice dans l'univers.


1969. Jim Robinson rentre chez lui et retrouve Joan, sa femme, après une absence de dix-huit ans, consécutive à une erreur de calcul spatio-temporel. Devenue alcoolique, elle refuse de lui pardonner de l'avoir abandonnée. Et lorsqu'il lui demande où est fils Charlie, elle lui répond qu'il est parti à la guerre. Mais quelle guerre, demande-t-il ?


Son séjour loin de la Terre explique que Jim ignore tout du conflit au Vietnam. Charlie est sur le point d'être démobilisé après avoir été blessé au front, mais ses plaies les plus profondes sont psychologiques. Ce n'est pas le retour de son père qui va arranger les choses, ce père qu'il espérait mort après l'avoir longtemps attendu en vain.


Les extra-terrestres expliquent au Dr. Star qu'ils ne peuvent sauver son fils car le traitement qu'ils lui infligeraient serait trop extrême pour un terrien. En revanche, ils mènent leur "père" à la source du pouvoir cosmique, la Para-Zone - là où, peut-être, Jim trouvera d'autres réponses...

Après avoir déçu avec le troisième épisode de The Terrifics, Jeff Lemire prouve que, sur un projet qu'il maîtrise totalement pour l'avoir créé, il est à son meilleur. Pourtant, Doctor Star & the Kingdom of Lost Tomorrows n'est pas si éloigné d'une production digne de DC : comme tous les spin-off de Black Hammer, en effet, la série puise son inspiration dans l'univers de l'éditeur de Burbank.

Le titre fonctionne, on l'a compris maintenant, comme un reflet inversé du Starman de James Robinson (qui est aussi le nom du héros) et Tony Harris : ici, ce n'est pas le fils qui succède au père super-héros, mais le père qui a sacrifié sa vie familiale à sa carrière de justicier et voit aujourd'hui son fils mourir sans l'avoir vu grandir. Cela permet à Lemire d'évoquer la guerre du Vietnam en soulignant le décalage historique dont souffre Robinson, loin quand le conflit a démarré et a dégénéré en bourbier (nous sommes alors dans un flash-back en 1969). Les deux scènes des retrouvailles de Jim avec sa femme et son fils sont d'une intensité terrible, entre le regret du mari et du père et le rejet sans appel de son épouse et de son fils - on les comprend tout en mesurant bien le déchirement du Dr. Star.

Et puis, de nos jours, dans une tentative désespérée pour sauver Charlie en phase terminale, Jim fait appel à ses amis extra-terrestres et leurs pouvoirs de guérisseurs. Il découvre que les aliens pacifistes et primitifs qu'il avait autrefois rencontrés et sauvés sont devenus des êtres supérieurement avancés et rassemblés, au point d'avoir formé un escadron en son hommage, à lui, leur père spirituel.

La référence est explicite, Lemire ne cache jamais d'où il tire ses idées : c'est aux Green Lanterns Corps que le Star Sheriffs Squadron fait penser, et leur représentation est impressionnante. Les dessins de Max Fiumara, aussi à l'aise dans le registre intimiste que dans le grand spectacle, rend justice à cette découverte à la fois merveilleuse et cruelle - puisque les extra-terrestres ne pourront sauver Charlie Robinson (ou du moins, ils le peuvent mais expliquent que le traitement est trop radical pour qu'il y survive).

Lemire fait in fine la relation entre Doctor Star... et Black Hammer en évoquant la Para-Zone où, dans la série-mère, le colonel Weird effectue de fréquents et perturbants séjours. On sait que cette dimension permet à ceux qui s'y rendent permet de voir aussi bien le passé que le futur, on apprend que c'est aussi la source du pouvoir cosmique capté par Jim Robinson et ses émules. Sera-ce la solution au mal qui ronge Charlie ?

Divertissement magnifique, la série se révèle surtout comme une réflexion poignante sur la paternité, ses responsabilités, l'ivresse du pouvoir, l'héritage. C'est une merveille, porté par un auteur au top, bien accompagné par un artiste totalement investi.  

jeudi 3 mai 2018

CAPTAIN AMERICA #701, de Mark Waid et Leonardo Romero, avec Adam Hughes et J.G. Jones


Ici démarre l'ultime arc narratif écrit par Mark Waid pour Captain America et intitulé Promised Land (une référence à Springsteen et à une de ses plus belles chansons ?). Cette histoire sera aussi brève que les précédentes puisqu'en Juillet une nouvelle équipe créative prendra les rênes de la série. Mais en attendant, il s'agit de soigner sa sortie et pour cela Waid est aussi bien inspiré que bien entouré...


Haute-Vienne, France. 1944. Captain America et Bucky sauvent, dans des conditions difficiles, la dernière fiole contenant le sérum du super-soldat du Pr. Erskine détenue par le Dr. Straussen.


XXIVème siècle. Cette histoire est projetée à Steve Rogers, l'arrière-arrière-arrière petit fils de Captain America, malade et hospitalisé, dont son père, Jackson désespère de trouver le moyen de le guérir. Il en appelle au Président des Etats-Unis, Robbins, pour qu'il déclassifie les documents relatifs au sérum du super-soldat afin de trouver un antidote. Mais le général Pursur s'y oppose, malgré la prestigieuse lignée dont descend l'historien, car cela relève su secret défense.


San Francisco, Californie. 1968. Captain America déjoue un attentat fomenté par le Dr. Faustus dans les coulisses d'un concert de rock en se faisant passer pour un roadie, en mission pour le SHIELD sous les ordres de Nick Fury. 


Jackson Rogers décide, lui aussi, d'agir en douce et s'introduit dans la Maison-Blanche de nuit. Il accède aux Archives nationales en piratant ingénieusement la sécurité et consulte les documents relatifs au sérum du super-soldat. Mais il découvre alors que son usage a été détourné par le général Pursur qui agit en qualité d'agent double auprès des alliés Kree pour qu'ils exterminent leurs ennemis - sans que Robbins le sache.
  

Mais l'intrusion de Jackson Rogers finit par être remarquée et il doit fuir. Le général Pursur, alerté, ordonne à ses hommes de le rattraper, de le capturer et de le lui ramener pour éviter qu'il ne divulgue ce qu'il a appris...

Le choix de Mark Waid de situer ses derniers épisodes dans le futur (un futur encore plus lointain que celui où le Rampart avait envoyé Captain America dans l'arc précédent) peut surprendre, mais seulement si on ne prend pas en compte deux éléments.

Le premier est que Waid sait que son successeur comme scénariste, Ta-Nehisi Coates, s'occupera d'animer le héros dans le présent où il est revenu (et, d'après les premières previews, il va à nouveau se confronter à des organisations fascistes, en relation avec la saga Secret Empire...). 

Le second est que Waid aime voyager dans le temps et que Captain America est un véhicule idéal pour cela. La description du futur était d'ailleurs au centre de son chef d'oeuvre chez DC, Kingdom Come. Le rapport à demain chez le scénariste est ambigu, à la fois plein d'espoir et volontiers pessimiste. C'est encore une fois le cas ici, dans cet épisode rapide mais dense.

Au XXIVème siècle, la Terre est devenue une sorte de pays de Cocagne, pacifié mais aussi inspirateur pour d'autres mondes, grâce à la diffusion d'une médecine basée sur le sérum du super-soldat, dont le développement a été rendu possible à partir de la dépouille de Captain America. Pourtant, un grain de sable va perturber cette harmonie, précisément en touchant un des descendants du héros, son arrière-arrière-arrière petit-fils, également prénommé Steve, atteint d'un mal dont personne ne trouve le remède.

L'épisode s'ouvre par un flash-back en 1944, magnifiquement illustré par Adam Hughes, une des prestigieuses guest-stars invitées pour la dernière ligne droite tracée par Waid : c'est tout sauf gratuit puisqu'on y relate prestement comment Captain America et Bucky récupéra la dernière fiole du sérum du Pr. Erskine. Plus loin, toujours en quatre pages magnifiques, cette fois réalisées par J.G. Jones, nous voilà transportés en 1968 pour une opération du SHIELD où savoir opérer sous couverture sera précieux pour empêcher un attentat.

Ces astuces narratives, Waid s'en sert à chaque fois pour préparer le lecteur au problème et à la tactique que doit affronter Jackson Rogers auquel on refuse l'unique moyen de sauver son enfant. Et comme ce refus ne peut que dissimuler une vérité plus suspecte, nous allons découvrir avec lui un complot d'ampleur. Le récit est magistralement mené, tout en rythme et en rebondissements, en parallèles entre le passé et l'avenir. Waid nous donne une leçon.

Chris Samnee parti (bien qu'on ne sache toujours pas où...), c'est au formidable Leonardo Romero (le partenaire de Kelly Thompson sur Hawkeye) qu'échoit la lourde tâche de le remplacer. Il a douze pages pour prouver qu'il en est capable et il ne déçoit pas : son style est semblable à celui de son prédécesseur et on peut louer l'intelligence de l'editor de la série d'avoir pensé à lui. Même trait élégant et vif, des plans aux compositions efficaces et claires, des décors soignés, des personnages expressifs à l'allure immédiatement identifiables.

Ces pages sont superbes et n'ont pas à rougir d'être ponctuées par les participations de Hughes et Jones. Mais elles nourrissent des regrets car, une fois encore, si Waid avait eu l'opportunité de poursuivre son run, avec Romero il avait de quoi faire : l'intrigue qu'il débute est déjà tellement riche et trépidante qu'elle pourrait alimenter des mois la série (comme dans les arcs précédents). 

C'est pour cela qu'au fond on lit ces épisodes avec plaisir mais aussi déjà de la mélancolie : ils présentent Captain America dans une vraie vision, originale et captivante, la promesse d'aventures parmi les plus singulières. A cet égard, la "Terre Promise" du titre de cette histoire résonne bien ironiquement comme si Mark Waid nous glissait à l'oreille les plans prometteurs qu'il avait et qu'on lui a confisqués.    

mercredi 2 mai 2018

UNE SOEUR, de Bastien Vivès


Je ne lis plus guère de bandes dessinées franco-belges en ce moment (quand bien même je reste abonné au "Journal de Spirou"). Ces trois derniers mois, j'en ai empruntées quelques-unes à la bibliothèque municipale, qui devait fermer pour des travaux, mais une seule m'a vraiment intéressée : ce récit complet écrit et dessiné par Bastien Vivès, Une Soeur. Un projet assez singulier pour ne pas me laisser un sentiment net, un avis tranché.


Sur le route des vacances estivales, les parents d'Antoine (13 ans) et Titi (10 ans) apprennent la fausse couche de leur meilleure amie, Sylvie, dont le mari est souvent absent à cause de déplacements professionnels. La mère tente d'expliquer la situation à son aîné en termes clairs, jugeant qu'il est assez mûr pour les comprendre.


Une fois dans leur maison en bord de mer, la famille découvre qu'une inondation va retarder leur installation mais la mère trouve rapidement de quoi dépanner et ils peuvent prendre leurs quartiers. Peu après, ils acceptent de recevoir Sylvie pour le mois à venir. Elle arrive avec sa fille, Hélène (15 ans).


L'adolescente reste le regard vissé à son téléphone portable et communique peu avec ses hôtes. Sa beauté triste émeut Antoine tandis que les parents laissent leurs enfants faire connaissance, ce qui est facilité par la promiscuité du lieu - Hélène dort dans la même chambre que les deux frères.


Les premiers jours pourtant, leurs relations restent distantes à cause du drame et de la différence d'âge et de caractères. Mais les facéties de Titi, le talent de dessinateur d'Antoine vont combler ce fossé, d'autant plus que Helène s'ennuie vite et trouve auprès des deux frères un soutien aussi pudique que précieux. Antoine, en particulier, est fasciné par elle, si libre, libérée, et séduisante.


Malgré tout, il doute de pouvoir être plus intime avec elle comme lorsqu'il remarque qu'elle tape dans l'oeil de Olivier et Stef, des garçons de son âge dans la station balnéaire, avec qui elle peut fumer et boire sans se cacher. Mais les attentions et le trouble palpable d'Antoine finissent par l'atteindre et elle en joue volontiers en se confiant à lui.
  

Au fur et à mesure, leurs rapports prennent un tour nouveau : à la demande de Hélène, Antoine la masturbe, puis elle lui prodigue une fellation. Cependant Olivier et Stef restent dans les parages et l'adolescente sème la confusion dans les coeurs et les corps de ces garçons - revenant toutefois toujours vers Antoine, lui offrant de toucher sa poitrine puis une masturbation.


Une nuit, Antoine et Hélène rejoignent Olivier et Stef avec leur bande en bord de mer. Ils se jettent à l'eau pour gagner le port voisin où ils pourront acheter des cigarettes sans être reconnus et dénoncés à leurs parents. Mais Hélène, mue par un mauvais pressentiment, dissuade Antoine de les suivre. Une inspiration providentielle : le lendemain, les corps des nageurs seront retrouvés, morts. Sylvie doit partir retrouver Jean-Claude, son mari. Hélène promet de rester en contact avec Antoine (et Titi), bouleversé par son départ.

Bastien Vivès est un jeune auteur que la renommée a rapidement consacré grâce à sa productivité abondante, en particulier avec le succès de la série Lastman (publiée au format manga et déclinée en dessin animé). Sa bibliographie est diverse et indique la multiplicité des sujets qui le motivent pour travailler, et les chiffres de vente de ses albums suivent. Le portrait d'un vrai "golden boy", ressemblant à un "adulescent" avec ses cheveux longs et ses petites lunettes encadrant un visage juvénile.

Pourtant, je n'ai jamais été jusqu'à présent particulièrement attiré par ce qu'il faisait - j'ai lu en tout et pour tout le premier tome de Lastman, mais Le Goût du chlore m'est tombé des mains. Vivès était un nom que je connaissais davantage de réputation que pour son oeuvre. Alors pourquoi ai-je emprunté Une Soeur et l'ai-je apprécié ?

Sans doute parce que ce récit complet de plus de deux cents pages est pareille à une anguille : il vous glisse entre les doigts, vous plongeant dans le même état de confusion que son héros en proie à ses premiers émois amoureux et sexuels. Je ne sais toujours pas, plusieurs semaines après l'avoir lu, si je l'ai vraiment aimé ou s'il me dérange. Mais, curieusement, je dirai que c'est là sa force : échapper à un jugement-sanction définitif, réussir à questionner le lecteur.

D'un côté, il s'agit d'une chronique dont la sensibilité narrative est indéniable, évitant tout pathos, mais ne s'interdisant aucune scène. Vivès parvient à merveille à saisir ces moments à la fois ordinaires et imprévisibles où tout semble échapper au sens commun, où les sens prennent le pas sur la raison, ces instants de bascule sur lesquels il est difficile de mettre des mots. En quelques cases, il pointe la stupéfaction de découvrir une belle inconnue dormant dans le lit voisin du vôtre, il zoome avec à-propos sur une cigarette portée à des lèvres et qui traduisent la maturité mais aussi l'interdit indicible et grisant, un regard malicieux et pervers, une douceur extatique. C'est assez épatant pour être distingué, cet impressionnisme.

D'un autre côté, l'auteur cède volontiers à quelques facilités provocatrices qu'on devine juste là pour sidérer trop sciemment le lecteur, parce qu'elle n'apporte rien de plus au récit simplement. Dans cette chronique sensuelle, le sexe est à la fois suggestif et explicite, et Vivès souligne parfois trop ce second point, comme si le lecteur pouvait ne pas le saisir. Que Hélène taille une pipe (rapide mais cadré en gros plan) à son cousin Antoine s'avère en définitive moins audacieux, choquant, que gratuit, racoleur, comme s'il pensait avoir osé l'impensable alors qu'on le voyait venir depuis un moment et qu'en vérité, c'est lui qui n'avait pas su y résister.

C'est quand il sait ménager ces effets de surprise que Vivès est le plus inspiré parce que le plus authentique et le plus brut. Hélène offre sa poitrine en spectacle à Antoine, après plusieurs préliminaires auparavant (il lui lave les cheveux, les lui shampouine), puis il touche ses seins et a une érection. Elle la remarque et le guide dans la cabine de la douche pour le branler jusqu'à ce qu'il éjacule, dans une succession de gestes qui témoignent à la fois de sa complicité et de sa domination séductrice.

A quel jeu s'adonne cette adolescente qui se sait objet de désir et en profite comme, tour à tour, une allumeuse, une cousine libérée et consentante, une jeune femme gentiment transgressive, une soeur protectrice (quand elle évite à Antoine de se noyer) ? C'est un mystère que sa beauté entretient : ce visage ensorcelant, ses formes fantasmatiques, son attitude suggestive, tout paraît inviter les garçons à bourdonner autour de cette reine des abeilles. Et néanmoins, il émane d'elle une insondable mélancolie qui se cache derrière cette hardiesse, cigarette au bec, lunettes de soleil sur le nez, portable en permanence dans les mains. Tant que le lecteur et Antoine n'arrivent pas à anticiper les mouvements de cette jeune fille, le récit est captivant. Il l'est beaucoup moins quand son auteur les laisse trop deviner (selon le décor, l'humeur des protagonistes).

Visuellement, Vivès a un style atypique, qu'on imagine modelé pour lui permettre de tomber beaucoup de planches à un rythme soutenu. Son trait est élégant, réaliste, et il s'appuie sur un don pour l'évocation plus que pour la représentation stricto sensu. Le cadre de l'action lui convient bien avec ce décor de station balnéaire, de plages, se sous-bois, de maison familiale, où il fait d'abord un effort pour dessiner précisément afin de fournir au lecteur des repères mémorables, ce qui l'autorise à être ensuite plus évasif car il estime qu'il a donné assez d'informations sur les lieux la première fois.

Sa démarche est identique avec les personnages. On est d'abord dérouté par sa manie de ne pas croquer un visage entièrement, "oubliant" volontairement les yeux le plus souvent par exemple, favorisant un trait "jeté", à la tablette, certainement un croquis sommaire et des finitions rapides. Vivès semble nous indiquer ainsi qu'il veut que l'on se concentre sur les détails qu'il a choisis. A lieu de réaliser des gros plans, il ne rechigne pas à accumuler des plans moyens où manquent donc des éléments afin que notre regard ne dispose que du nécessaire qu'il a jugé bon de conserver pour les besoins de la scène. Par exemple, la surprise se lit par une bouche en forme de "O", mais dont le visage est privé d'yeux : c'est suffisant (à défaut d'être évident).

Le plus surprenant avec ce procédé, c'est que, quand il s'agit d'aborder l'érotisme et ses effets, Vivès oublie justement d'oublier et consacre volontiers une grande case de la largeur d'une bande pour un gros plan sur le visage de Hélène dont la bouche avale le pénis d'Antoine, ou les mains d'Antoine pétrissent les seins d'Hélène ou se glissent entre ses jambes pour la caresser. C'est indéniablement déstabilisant, parfois émoustillant, même si, en la matière, ça n'a pas la puissance et la beauté plastique de Vince dans le magnifique Esmera écrit par Zep, encore moins frileux sexuellement mais pourtant plus troublant.

Voilà les sentiments qu'inspirent Une Soeur : bel album, grisant et sensible, mais tenté aussi par la facilité provocatrice d'un auteur complet qui, à cause de productivité effrénée, manque peut-être le recul pour séparer ses (vraiment) bonnes idées de ces petits tics un brin frimeurs. 

mardi 1 mai 2018

X-MEN : APOCALYPSE, de Bryan Singer


Bryan Singer a conçu ce sixième volet des X-Men comme la conclusion de la saga, ou en tout cas la fin d'un premier acte. Après en avoir réécrit l'histoire dans le précédent et excellent Days of Future Past (reboot aussi audacieux qu'accompli), le cinéaste avait une pression certaine avec ce Apocalypse et la critique fut d'ailleurs tiède, lui reprochant essentiellement de n'avoir rien ajouté de nécessaire à la série. Pourtant, malgré quelques défauts, le film n'est vraiment pas si mauvais et s'avère un spectacle qui ouvre plus de portes qu'il n'en ferme - la preuve : en 2019, nous aurons droit à un nouveau chapitre...

 En Sabah Nur/Apocalypse (Oscar Isaac)

Il y a plus de trois mille ans en Egypte, En Sabah Nur, vieux et fatigué, doit transférer son esprit dans un corps plus jeune. La cérémonie, organisée par ses quatre fidèles disciples, a lieu dans une pyramide. Mais des rebelles au régime du pharaon le trahissent en l'y piégeant avec sa garde rapprochée. La pyramide s'effondre sur elle-même finalement. 

Erik Lensherr/Magneto (Michael Fassbender)

1983. Dix ans après sa dernière apparition, Erik Lensherr a disparu et refait sa vie, sous un faux nom, en Pologne, où il a une femme et une petite fille et travaille dans une usine de sidérurgie. Surpris en train d'utiliser son pouvoir magnétique pour sauver un ouvrier d'un accident, il voit son épouse et son enfant emmenés par une milice. Il accepte de se rendre mais un des soldats tue sa fille et Magneto se venge en tuant tous les hommes de la bande.

Kurt Wagner/Diablo et Raven Darkholme/Mystique (Kodi Smit-McPhee et Jennifer Lawrence)

A Berlin-Ouest, au même moment, Mystique permet à deux mutants, qui sont exhibés dans une cage pour des combats clandestins, de s'en échapper. Angel, doté d'ailes d'oiseau géantes, préfère s'enfuir de son côté tandis que Diablo, un téléporteur, accepte de suivre sa sauveuse. A Westchester, New York, Scott Summers est conduit par son frère aîné Alex, alias Havok, chez le Pr. Charles Xavier, pour apprendre à maîtriser les terribles rafales optiques qui ne lui permettent plus une scolarité normale : en arrivant, sur place, il croise Jean Grey, la plus puissante mutante de l'institut, puis Hank McCoy, qui va lui confectionner des lunettes spéciales. 

Ororo Munroe/Storm, Warren Worthington III/Angel, Apocalypse et Betsy Braddock/Psylocke
(Alexandra Shipp, Ben Hardy, Oscar Isaac et Olivia Munn)

La nuit, Jean, en proie à des cauchemars récurrents où elle se voit perdre le contrôle de ses pouvoirs, ressent télépathiquement, le réveil d'En Sabah Nur et Xavier le ressent à travers elle. Le plus ancien mutant de la Terre s'est extrait de sa tombe depuis une fosse creusée au Caire par des adeptes de son culte, remarqués par Moira McTaggert, agent de la CIA (que le Pr. X avait rencontrée dans les années 60 et dont il avait effacée les souvenirs de leur romance). Apocalypse, tel qu'il s'est renommé en rapport avec son projet, recrute de nouveaux gardes : Storm, qui maîtrise les éléments ; Angel, échappé de Berlin-Ouest ; et Psylocke, l'ex-garde du corps de Caliban (un faussaire pour les mutants). 

Mystique, Moira McTaggert, Charles Xavier, Alex Summers et Hank McCoy
(Jennifer Lawrence, Rose Byrne, James McAvoy, Lucas Till et Nicholas Hoult)

Avec Diablo, Mystique gagne l'institut pour informer Xavier des ennuis récents de Magneto en Pologne, désormais recherché à nouveau. Moira McTaggert est également là, invitée à partager ce qu'elle sait sur Apocalypse. Le Pr. X utilise l'ordinateur Cerebro pour localiser Magneto mais il est déjà enrôlé par Apocalypse et ce dernier localise à son tour l'école de Xavier. Il y surgit avec ses nouveaux gardes et enlève Xavier puis détruit l'école en partant. Quicksilver, qui a appris par sa mère, que Magneto était son père, arrive sur ces entrefaites, juste à temps pour sauver, grâce à sa super-vitesse, le maximum de personnes à l'intérieur du bâtiment. Mais l'explosion a attiré des militaires en hélicoptère, avec à leur tête le colonel Stryker, qui neutralise les mutants et embarque Mystique, le Fauve, Quicksilver et Moira McTaggert.

Scott Summers, Diablo, Quicksilver, Mystique et Jean Grey
(Tye Sheridan, Kodi Smit-McPhee, Evan Peters, Jennifer Lawrence et Sophie Turner)

Scott Summers, Jean Grey et Diablo les suivent à leur insu jusqu'au quartier général de l'Arme X où leurs amis sont interrogés sur la situation de Xavier. Pour les sauver, ils libèrent un prisonnier détenu dans un container blindé : Logan en surgit et massacre les soldats, ouvrant la voie à Jean, Diablo et Scott qui libère Mystique, le Fauve, Quicksilver et Moira McTaggert. Jean reçoit un message télépathique de Xavier depuis le Caire, pour lequel ils s'envolent à bord d'un avion de l'Arme X, comme Stryker, qui fuit Logan.

Moira McTaggert, Jean Grey, Scott Summers, Mystique, Quicksilver et Hank McCoy

Apocalypse veut, pour purifier la Terre, provoquer un cataclysme mondial auquel seuls les plus forts survivront. Magneto dérègle les champs magnétiques de la planète pour précipiter cette purge tandis qu'Apocalypse a désarmé les têtes nucléaires en les envoyant dans l'espace. L'arrivée de l'équipe menée par Mystique oblige cependant En Sabah Nur à se retrancher avec Xavier dans une pyramide qu'il a érigée et à laisser Storm, Angel et Psylocke s'occuper de leurs adversaires, car il veut transférer son esprit dans le corps du professeur et acquérir du même coup ses pouvoirs psychiques.

Jean Grey vs. Apocalypse

Tandis que les sbires d'Apocalypse et les acolytes de Mystique se neutralisent, cette dernière et Quicksilver raisonnent Magneto. Xavier refuse de se laisser posséder par Apocalypse et le défie mentalement pour gagner du temps tout en appelant Jean Grey, pour l'aider, à déployer toute sa puissance. Elle s'exécute et pulvérise littéralement Apocalypse, également attaqué par Magneto et Scott Summers mais aussi Storm. Angel est neutralisé mais Psylocke préfère s'éclipser, une fois la défaite de son camp acquise.

Les X-Men dans la salle des dangers de l'institut Charles Xavier

De retour à Westchester, Magneto et Jean reconstruisent l'institut mais Xavier échoue à convaincre Lensherr de co-diriger l'école avec lui. Néanmoins, il est désormais convaincu qu'il faut entraîner ses élèves à devenir des combattants pour survivre et charge Mystique de les entraîner dans la salle des dangers.

Une scène supplémentaire apparaît à la fin du générique :

- une équipe para-militaire investit le Q.G. de l'Arme X où elle nettoie le carnage commis par Logan. Un scientifique récupère une fiole du sang du mutant en fuite et la met à l'abri dans une mallette portant le sigle de "Essex Corp.". 



Le premier mérite de X-Men : Apocalypse est de déterminer une nouvelle trilogie dans l'histoire de la franchise démarrée en 2000 (c'était il y a dix-huit ans mais cela paraît remonter à un siècle, tellement les longs métrages super-héroïques ont pris de l'importance depuis). Les trois premiers films (2000, 2003, et 2006 - celui-ci réalisé par Brett Ratner) formaient un premier cycle, dont Wolverine était au centre, convoité par le Pr. Xavier et Magneto : les personnages étaient majoritairement adultes, voire âgés (comme Xavier et Magneto), et leur conflit connaissait un premier terme avec l'émergence et la mort de Phoenix (Jean Grey).

Mais fans et critiques ont détestés L'Affrontement final (Singer étant parti tourner Superman returns pour la Warner, Ratner, considéré comme un mercenaire sans lien affectif avec les personnages, et le scénario, lâche, n'ont rien arrangé). 

Cinq après, la Fox prend le parti de rafraîchir le concept en racontant les origines des X-Men : Singer revient en qualité de co-producteur-superviseur, et Matthew Vaughn réalise Le Commencement. Le résultat n'est pas irréprochable, mais indéniablement malin et rafraîchissant : l'intrigue se déroule en 1962, montre la première génération de l'équipe, la paralysie de Xavier, sa rupture idéologique avec Magneto, et joue avec l'impact supposée des mutants sur le cours de la véritable Histoire (en l'occurrence la crise de la "baie des cochons" avec des missiles russes à Cuba pointés sur les Etats-Unis). L'esthétisme rétro-pop, le casting rénové, la perspective narrative a redynamisé la franchise d'un coup.

Mais cela ne suffisait pas à Singer qui voulait réparer l'affront ressenti par les fans avec X-Men 3 de Ratner. Cela a abouti au reboot épatant entrepris dans Days of Future Past en 2014. Désormais, tout était réparé, une nouvelle page pouvait se tourner et une scène post-générique de fin promettait avec Apocalypse un grand spectacle.

D'où vient alors que cela n'a pas convaincu, du moins pas autant que prévu - alors même que Singer déclarait avoir enfin pu faire tout ce qu'il voulait, à partir du script de Simon Kinberg ?

Le récit est pourtant fluide et progresse efficacement en crescendo, en se passant de Wolverine (une gageure), en évoluant à nouveau dans une époque différente (après les 60's du Commencement, les 70's de Days of Future Past, les années 80 ici, représentées sans excès visuel). Certes, la motivation d'Apocalypse n'a rien de bien original, avec son mélange de revanche/vengeance et de purge mondiale. Mais la faute est à chercher ailleurs.

Le film brasse un nombre important de personnages, moins que dans Days of..., mais conséquent tout de même, et le scénario peine à leur donner consistance à tous, en particulier les nouveaux "cavaliers" d'Apocalypse, développés à gros traits et sans qu'on nous explique vraiment leur adhésion au projet du démiurge égyptien. C'est dommage car les acteurs sont particulièrement ressemblants avec leurs personnages issus des comics (Alexandra Shipp et surtout la sublime Olivia Munn semblent sortir des pages d'un mensuel en Storm et Psylocke - c'est moins fort pour Ben Hardy en Angel). Ils ne sont pas aidés non plus par le fait de devoir exister face au charisme exceptionnel de Michael Fassbender, qui incarne Magneto avec toujours la même puissance émotionnelle. Le comédien éclipse même Oscar Isaac en Apocalypse, noyé sous un maquillage à la limite du grotesque et qui échoue à convaincre de l'envergure de son rôle.

En revanche, en face de la "team Destroy", la "team Defend" est une réussite impeccable : Singer réussit un sans-faute en rajeunissant ses interprètes dont la présence, le naturel et la conviction sont les meilleurs atouts (Sophie Turner sort du lot en Jean Grey, mais Tye Sheridan est parfait aussi et Evan Peters "vole le show" à chacune de scènes - le filmage de la super-vitesse n'a jamais été aussi bon que devant la caméra de Singer. Kodi Smit-McPhee souffre d'un maquillage lui aussi un peu too much en Diablo, tout comme Nicholas Hoult dont le Fauve ne m'a jamais plu). Cette jeune garde est bien encadrée par James McAvoy, qui donne une autorité sage mais résolue à Xavier, Rose Byrne, élégante et idéale en Moira McTaggert, et surtout Jennifer Lawrence, sexy en diable et déterminée, la vraie star de cette seconde trilogie.

Cette inégalité dans la distribution empêche le film de décoller complètement car, contrairement à l'adage (hitchcockien) qui veut que "meilleur est le méchant, meilleur sera l'histoire", ici, ce sont les gentils qui sont plus présents et remarquables. Le combat final, à grand renfort d'effets spéciaux, engloutit aussi un peu la tension dramatique (même s'il annonce le pitch du prochain opus, centré sur Jean Grey). La réalisation de Singer est dépassé par ce show devenu trop fréquent dans les films de super-héros pour étonner ou épater (de ce point de vue, les films de la Fox ne tiennent pas la comparaison avec ceux de Disney-Marvel).

On notera aussi que la scène post-générique de fin n'a mené à rien (elle devait soit servir à un troisième Wolverine, mais qui est devenu le crépusculaire et magistral Logan sans rapport avec ce qu'on voit là ; soit au prochain X-Men, qui raconte tout autre chose).

Depuis, en tout cas, de l'eau a coulé sous les ponts et a changé totalement la donne (et ce n'est qu'un début...) : la Fox a été racheté par Disney (opération qui devrait être validée l'an prochain) et même si Marvel studios a prévenu que les Fantastic Four et les X-Men ne se mêleraient pas tout de suite au "MCU", on voit déjà que cela a abouti au report de la sortie de Dark Phoenix (pour éviter une saturation). Que restera-t-il ensuite de ce que Bryan Singer a quand même brillamment, globalement, adapté ? Wait and see. Mais espérons que tout ne sera pas liquidé.