mardi 6 mars 2018

STARMAN, VOLUME 6 : TO REACH THE STARS, de James Robinson, Jerry Ordway, Tony Harris, Mitch Byrd, Stefano Gaudiano, Peter Krause, Gena Ha, Steve Yeowell et Gary Erskine


La préface de ce sixième tome de la série est écrite par Tony Harris, le dessinateur et co-créateur de Starman, qui indique que s'y trouvent les derniers épisodes qu'il a mis en images (même s'il continuera ensuite à produire des couvertures pour le titre). C'est aussi un tournant pour le scénariste James Robinson qui prépare pour Jack Knight un nouvel acte dans ses aventures qui se prolongera dans les deux recueils suivants.


- Annual #2 (dessiné par Mitch Byrd et, pour les flash-backs, Stefano Gaudiano, Gene Ha et Steve Yeowell.) - Sa relation en couple avec Sadie Falk oblige Jack Knight à réfléchir au risque que fait courir sur elle son activité de héros. Il en discute avec elle en relatant trois histoires où divers protecteurs d'Opal City ont dû sacrifier leur amour pour leur devoir :

- Brian Savage alias Scalphunter fut le shérif de la ville dans les années 1900 et vécut une romance avec la riche Margaret DeVere au détriment d'Annie. Mais mal en l'aise dans la haute société, et menacé par un bandit qu'il finira par exécuter, il préféra se retirer et retourner auprès de sa première maîtresse ;

- Ted Knight, son propre père, vécut une passion éphémère avec sa partenaire au sein de la Justice Society of America, Dinah Lance alias Black Canary. Mais ils se séparèrent lorsqu'un détective maître-chanteur menaça de tout révéler et pour épargner leur conjoint respectif ;

- David Knight, le frère aîné de Jack, rompit avec sa fiancée Anne la veille de sa mort pour ne pas négliger l'héritage de Starman.

Aujourd'hui, Sadie avoue à Jack que son frère était Will Patton, le prédécesseur de David en tant que Starman, et lui demande de partir à sa recherche dans l'espace.


- Crossover Starman (#39-40. Dessinés par Tony Harris) / The Power of Shazam (#35-36. Ecrits par Jerry Ordway, dessinés par Peter Krause.) - 1942. Starman et Bulletman sont envoyés par le président Roosevelt pour une mission secrète en Alaska, supervisée par Jack Weston alias Minute-Man. 

Pendant ce temps, à New York, des nazis équipés de jets dorsaux coulent le bateau "le Normandie" et l'attaque est filmée par un caméraman. Sur son film on peut voir que c'est Bulletman qui mène cette agression !


De nos jours, ce document refait surface dans les médias et Jim Barr (Bulletman) est sommé de s'expliquer. Il s'évade de la prison, dans laquelle l'a enfermé le commandant Steel, avec l'aide de sa fille Deanna et part se réfugier à Opal City chez Ted Knight. Shazam est chargé d'aller l'y chercher et, pour le distraire, Jack doit lui faire face. 

Cependant, Jim Barr et Ted Knight retournent à Fawcett City où Mary Marvel prouve l'innocence de l'ex-Bulletman. Une conférence de presse en plein air est organisée au cours de laquelle Shazam et Starman appréhendent un groupuscule nazi qui avait piéger Barr et voulait le tuer.


- Villain's redemption (#41. Dessiné par Gary Erskine.) - Jack parle à son père de son projet de voyage dans l'espace pour retrouver le frère de Sadie dans l'espoir qu'il lui trouve un vaisseau. Cependant, Matt O'Dare et the Shade éliminent tous ceux qui pourraient entacher la carrière du policier autrefois corrompu. Matt parle avec Carl Earl, the Shade tue le caïd Milo Draper. Hope, la soeur de Matt, lui pardonne ses méthodes puis the Shade est disposé à lui parler de Brian Savage/Scalphunter dont il croit que l'aîné des O'Dare est la réincarnation.
  

- Knight's past (#43. Dessiné par Tony Harris.) - Jack ouvre enfin sa nouvelle boutique et la fait visiter à Ted - celui-ci a contacté Jay Garrick qui a appelé Flash pour trouver une fusée à Jack. Ce dernier rencontre alors la Justice League of America mais l'équipe ne peut lui prêter un vaisseau sans savoir s'il sera récupérable. The Shade intervient alors et présente à Jack l'appareil ayant appartenu à Brian Savage. Durant son absence, la boutique est confiée à Sadie.


- Destiny (#45. Dessiné par Tony Harris.) - Jack confie à Jake "Bobo" Benetti le soin de veiller, avec les O'Dare et the Shade, sur Opal City. Ted équipe le vaisseau de Brian Savage d'une boîte-mère prêtée par Orion pour pister la signature énergétique de Will Patton. Mikaal Tomas (le Starman alien bleu) avoue à son amant qu'il accompagne Jack qui demande à Sadie de l'épouser à son retour. Puis c'est l'heure du départ pour Starman.

On le devine avec le résumé des huit épisodes de ce recueil, ce sixième tome marque une transition dans la série. Comme le dit Ted Knight dans le dernier chapitre, Starman rejoint les étoiles auxquels, finalement, il appartient, comme son nom l'indique.

James Robinson écrit tout cela avec un mélange de légèreté et de mélancolie comme on peut en ressentir à la veille d'un grand voyage qui vous éloigne des être aimés et qui vous entraîne dans une quête grisante mais improbable. Mais ce qui se joue ici, c'est surtout la fin d'une époque et le début d'une autre pour Jack Knight : devenu un héros digne de ce nom, assumant son rôle de protecteur d'Opal City, ayant prouvé sa valeur, s'étant attaché des alliés, il n'a plus rien à prouver sur ce plan-là. Il s'envole donc pour l'espace par amour après que Sadie lui ait avoué s'appeler en vérité Jayne Patton et que son frère était Will Patton, le Starman actif entre la retraite de Ted Knight et le bref service de David Knight. Présumé mort, elle a pourtant la conviction qu'il est encore là, quelque part, ailleurs mais loin.

Jack doit donc se débrouiller avec ça : il est d'abord stupéfait de découvrir que Sadie lui a menti et s'/l'interroge pour savoir si elle l'a séduit uniquement pour avoir son aide. Puis, une fois qu'il a la conviction que leur amour est sincère et partagé, il prépare son départ et son voyage. Il essuie plusieurs échecs avant de pouvoir partir - la Justice League refuse de lui prêter un vaisseau spatial, mais finalement the Shade va le dépanner.

Avant cela, on a droit à un crossover entre les séries Starman et The Power of Shazam. Honnêtement, on s'en serait passé, mais il semble que DC ait voulu à l'époque exploiter le succès du titre de James Robinson pour aider celui de Jerry Ordway, qui s'employait à restaurer le lustre de Shazam (dont l'éditeur ne savait trop quoi faire). L'intrigue est bien ficelée et a le mérite de ne pas s'étendre (quatre épisodes), mais la mayonnaise ne prend jamais vraiment, comme si le choc culturel était trop fort. En effet, quoi de plus incongru que d'opposer puis réunir Jack Knight, alors l'archétype du héros moderne (tout en honorant le passé des super-héros), et Shazam, le "big red cheese", créée à la même époque que Superman (dont il fut un sérieux rival commercial à l'origine, quand Fawcett en détenait les droits) et parangon du surhomme magique en collants et encapé ? Par ailleurs, si Tony Harris affiche la grande forme graphiquement, le duo Peter Krause-Dick Giordano supporte mal la comparaison avec un dessin peu dynamique, déjà vieillot.

L'Annual #2 de Starman qui ouvre le recueil est une merveille en revanche : Robinson a recours à un procédé qu'il affectionne en mettant en parallèle présent et passé, le second éclairant le premier, pour philosopher sur le sacrifice des héros amoureux. Ce dilemme moral touche de plein fouet Jack Knight et entretient ses doutes à la lumière des mésaventures traversées par Brian Savage/Scalphunter, Ted Knight et Black Canary, et David Knight. De façon subtile et touchante, le lecteur comprend avec ces trois exemples le tourment de l'actuel Starman. Les segments se déroulant dans le passé profitent de très bons artistes comme Stefano Gaudiano (qui sera plus tard, longtemps, l'encreur de Michael Lark sur Gotham Central puis Daredevil), Gene Ha (le co-créateur avec Alan Moore de Top Ten - le flash-back le plus réussi du lot - et Steve Yeowell - qui succédera éphémèrement à Harris comme dessinateur de la série).

Les épisodes 41, 43 et 45 sont autant d'étapes avant le grand saut. Le tandem Matt O'Dare et the Shade est le plus dispensable, cette idée de faire du policier la réincarnation de Scalphunter convaincant difficilement. Tony Harris livre ses deux dernières contributions ensuite avec une inspiration visuelle inégale : il est clair qu'il fatigue, ses décors sont moins fouillés (hormis pour l'intérieur de la boutique de Jack et le design du vaisseau de Brian Savage), son découpage moins inventif, mais quand il s'en donne la peine (comme lors du décollage de la fusée), il sait encore nous en mettre plein la vue. Quant à Robinson, il reste fidèle à sa pudeur exemplaire pour la scène des adieux (ou plutôt des au revoir).

Inégal dans le fond comme sur la forme, To Reach the Stars n'est cependant pas sacrifiable pour apprécier la suite des aventures de Starman, qui vont prendre un tour beaucoup plus cosmique tout en restant profondément humain. La suite dans A Starry Knight...  

lundi 5 mars 2018

CALL ME BY YOUR NAME, de Luca Guadagnino


Récompensé cette nuit par l'Oscar du meilleur scénario adapté décerné à James Ivory (qui devait initialement aussi réaliser le film), Call me by your name n'étonnera pas les familiers de l'oeuvre du cinéaste de Chambre avec vue. Après une pré-production qui a duré dix ans, c'est l'italien Luca Guadagnino qui, au départ engagé comme consultant pour les décors, s'est pourtant emparé de cette histoire tirée du roman d'André Aciman. Le résultat est superbe visuellement même si l'émotion  tarde un peu à nous saisir...

 Anelle Perlman, son mari, Oliver et Elio (Amira Casar, Michael Stuhlbarg
Armie Hammer et Thimothée Chalamet)

1983, dans le Nord de l'Italie. La famille Perlman, dont le chef de famille est un éminent professeur d'archéologie, marié à Annella, une bourgeoise, et père d'Elio, 17 ans, accueille dans sa demeure Oliver, un étudiant américain, venu chercher conseil pour la rédaction d'un article académique.

Marzia, Elio et Oliver (Esther Garrel, Thimothée Chalamet et Armie Hammer)

Pour Elio, bibliophile et musicien prodige, ce visiteur représente d'abord tout ce qu'il n'aime pas avec son exubérance et son assurance, à qui il doit céder sa chambre et qui accapare toute l'attention. Il essaie de l'éviter le plus possible avec Marzia, jeune fille amoureuse d'elle, dont une amie s'est entichée d'Oliver - contrariant encore plus l'adolescent.

Elio et Oliver

Malgré tout, Elio passe de plus en plus de temps avec Oliver et apprend lentement mais sûrement à l'apprécier. Ils accompagnent le Pr. Perlman sur un site archéologique où sont repêchées des statues de l'antiquité étonnamment bien conservées. Elio se montre de plus en plus entreprenant avec Marzia au point de perdre leur virginité ensemble.

Elio et Oliver

Lors d'une virée au bureau de poste voisin, Elio révèle à demi-mots son attirance pour Oliver qui lui répond gentiment de ne pas insister. Les jours suivants, chacun s'évite... Jusqu'à ce que, en réponse à un billet glissé sous la porte de la chambre d'Oliver, Elio trouve sur son bureau un rendez-vous de l'étudiant pour qu'ils se voient le soir-même à minuit.

Oliver

Ils font l'amour pour la première fois et continuent ainsi les jours suivants. Au lit, Oliver demande à Elio de l'appeler par son nom et lui l'appellera par le sien ("call me by your name and I call you by mine"), leur intimité physique et émotionnelle grandit. Quand Oliver s'absente ou est occupé avec le professeur Perlman, Elio se masturbe en pensant à lui. Ce faisant, il néglige Marzia sans même chercher d'excuses sérieuses à lui donner quand elle vient aux nouvelles.

Elio

La fin du séjour d'Oliver approchant, les parents d'Elio, ayant deviné leur relation, les invite à partir visiter Bergame ensemble. Ils y passent trois jours et trois nuits à s'aimer avant de se quitter. Le coeur brisé, Elio téléphone à sa mère pour qu'elle vienne le rechercher. Marzia le réconforte comme elle peut, en lui promettant de rester son amie pour la vie. Son père lui avoue avoir failli connaître un amour identique dans sa jeunesse et lui explique qu'il ne doit rien regretter mais vivre sa vie comme il l'entend.
   
Elio et Oliver

A Noël, Elio reçoit un appel d'Oliver : il va bientôt se marier bien que l'adolescent lui manque toujours autant. Il se souviendra toujours lorsqu'ils s'appelaient par le nom de l'autre. Puis Elio, bouleversé, va s'asseoir devant le feu de cheminée sans réussir à retenir ses larmes, entre joie et chagrin.

Trop de citations peuvent, sinon tuer, en tout cas écraser un film et c'est sans doute là la limite de Call me by your name - ou du moins celle de son réalisateur, qui s'est longuement épanché en interviews sur ses références.

D'abord, après Amore (2009) et A bigger splash (remake de La Piscine, en 2015), ce long métrage clôt une trilogie sur le désir. Mais comme pour l'oeuvre de Jacques Deray, Luca Guadagnino s'empare de l'histoire d'un autre que devait mettre en scène encore un autre : il se l'approprie avec talent, mais on ne peut s'empêcher de considérer l'entreprise comme un projet altéré à force de passer de main en main.

Ensuite, donc, le cinéaste a vécu les étapes d'une production difficile, étalée sur dix ans : James Ivory acquiert les droits du roman d'André Aciman dès sa sortie en 2007 pour l'adapter dans la foulée. Mais des difficultés pour boucler le budget auront raison de la volonté du metteur en scène, bien que Guadagnino avait été sollicité pour trouver le décor naturel de l'histoire (alors que, dans le livre, rien n'était précisé à ce sujet - de même, le sujet se situait en 1988, le film a lieu en 1983).

Puis, après bien de péripéties et la progression de la côte de Guadagnino, c'est à lui que revient la tâche de réaliser le long métrage. Ses relations de travail avec Ivory sur le script ont été houleuses - le californien déplorera que son collaborateur renonce à filmer les acteurs masculins frontalement nus (arguant qu'on l'impose aux femmes) et à ne suggérer que les scènes d'amour homosexuelles. 

Enfin, l'italien arrive avec, donc, des inspirations précises : il cite Bernardo Bertolucci pour la sensualité, Proust pour la chronique (bien qu'il se débarrassera de voix-off), Jean Renoir pour le naturel, Philippe Garrel en engageant sa fille Esther (un moyen de communiquer avec son confrère par personne interposée) et plus généralement le cinéma d'auteur français via Amira Casar. Tout ça fait beaucoup de monde...

Des réalisateurs qui veulent saluer leurs pairs, passés ou présents, cela ne les empêche certes pas de réussir leur coup à condition que les modèles qu'ils se choisissent ne soient pas trop écrasants. Woody Allen, par exemple, a souvent aspiré à faire à la manière de Fellini, Bergman, tout conservant son propre style, sa propre voix, car ils étaient assez forts pour ne pas se diluer. Guadagnino a plus de mal à s'affranchir de ses tuteurs, mais s'en sort avec élégance à défaut de singularité.

Formellement, en effet, Call me by your name est splendide, grâce à la photo radieuse de Samobhu Mukdeeprom : à l'image, on a droit à une Italie verdoyante, luxuriante, dont la campagne est un cadre idéal, idyllique, à la volupté des sens. Tout bourgeonne au diapason de la passion qui dévore le jeune Elio et l'apollon Oliver, qui figurent les pousses les plus mûres de cet été. La séduction complémentaire des deux acteurs principaux contribuent énormément à la sensibilité de l'histoire avec d'un côté Thimothée Chalamet, dans un rôle de tête à claques successivement agacé, intrigué et envoûté par le visiteur, et de l'autre Armie Hammer, dont la carrure athlétique (il mesure deux mètres) et le charme rétro en font un astre solaire tour à tour arrogant et troublé.

Le film se déploie sur un rythme languide, prenant son temps (131 minutes) sans ennuyer, mais sans véritable pic de tension. Tout est un peu trop égal et c'est là que pêche l'entreprise. Effectivement, par pudeur ou frilosité, la caméra de Guadagnino panote lorsque les amants s''étreignent, ou échoue tristement à saisir l'émotion qui prend à la gorge dans des moments cruciaux (la scène d'adieux est étrangement terne à force d'être trop dans la retenue). Avec un montage aussi fluide et une durée conséquente, on regrette aussi que des personnages secondaires soient sacrifiés (comme Marzia) ou n'aient au mieux qu'une grande scène (renversant Michael Stuhlbarg quand il se confie à son fils tout en lui intimant de ne rien regretter). 

Il faut attendre la toute dernière scène, sur laquelle défile le générique, un plan-séquence fixe sur le visage d'Elio dont les larmes racontent autant la peine que le souvenir euphorisant d'un amour fulgurant pour mesurer la force émotionnelle de ce qui s'est joué. Avant cela c'est trop suggéré, à peine frôlé : étrange paradoxe qu'un film sur la passion qui en manque tant.

La musique, superbe, de Sufjan Stevens (en bonne compagnie aux côtés de Bach, Satie, Ravel, Sakamoto...) exprime bien mieux l'épiphanie d'Oliver et le trop plein d'amour d'Elio. Beau film, esthétiquement parlant donc, mais un peu timoré en soi.

samedi 3 mars 2018

GOOD BEHAVIOR (Saison 2) (TNT)


Je vous avais dit tout le bien que m'avait inspiré la première saison de Good Behavior, mais ce n'est pas sans une certaine appréhension que j'ai suivi ces dix nouveaux épisodes. Les showrunners Blake Crouch et Chad Hodge allaient faire aussi bien, voire mieux ? Réponse sans tarder dans ce qui suit.

 Javier et Letty (Juan Diego Botto et Michelle Dockery)

Jacob désormais sous sa garde, Letty s'installe avec Javier dans une maison d'été en bord de mer. Pour subsister financièrement, elle se remet à voler et lui accepte un nouveau contrat, mais sans qu'aucun des deux ne l'avoue à l'autre. Toutefois un imprévu a lieu quand l'homme que doit tuer Javier s'avère être lui-même un flingueur chargé de l'exécuter - il le neutralise de justesse et emporte son corps jusque chez son beau-frère Silk pour l'incinérer. Mais sur place, il découvre que son ami a été assassiné.

Letty, Rhonda Lashever, son adjoint et Javier (Michelle Dockery, Ann Dowd, Juan Diego Botto)

Pour commémorer la mémoire de son frère Santino et faire le point sur ce qui lui est arrivé, Javier part faire du camping, seul, en forêt. Letty découvre que c'est une ruse en en parlant avec Ava, la soeur de Javier, et elle part le rejoindre : il doit effectivement profiter de son séjour pour descendre un jeune homme accusé de viol par les parents de sa victime.

Javier et Letty

A l'occasion de Noël, Letty, Javier et Jacob rejoignent Estelle et Rob dans un palace pour un week-end. Un homme semble suivre Estelle qui en informe Javier en lui racontant qu'il doit s'agir d'un de ses anciens clients du téléphone rose. Mais il s'agit d'un piège comme le découvre au même moment Christian, l'agent de probation de Letty, passant ses vacances avec l'agent du FBI Rhonda Lashever : le pseudo-harceleur est l'adjoint de cette dernière et il arrête Javier puis Letty quand elle tente de l'en empêcher.

Letty et Javier

En route pour la prison, Letty, Javier, Rhonda, son adjoint et Christian doivent rebrousser chemin car la route est impraticable à cause d'une inondation. Ils passent la nuit dans un motel où Letty, ayant deviné que Lashever désire plus se venger des humiliations de sa hiérarchie qu'ajouter une arrestation à son palmarès, la convainc de dérober le butin d'une boîte de nuit surveillée par le FBI.
  
Letty et sa grand-mère, Alice (Michelle Dockery et Holland Taylor)

Avec l'accord et la complicité extérieure de Lashever, Letty et Javier élaborent un plan pour voler un demi-million dans ce night-club où se produisent des drag-queens et dont le patron se sert de couverture pour vendre des armes. Malgré des difficultés pour agir dans ce cadre, leur casse réussit. Letty remet 50 000 $ à un complice - autant d'argent à trouver pour que Lashever ne se doute de rien.  

Jacob et Estelle (Nyles Steele et Lusia Strus)

Letty entraîne Javier et Jacob chez sa grand-mère, Alice, elle-même ancienne arnaqueuse, aujourd'hui mariée à un riche homme d'affaires du Sud. Elle accepte de lui donner la somme qu'elle demande si elle arrive à confondre son époux pour infidélité, ce qui lui permettra de divorcer et de recevoir en dédommagement 80% de sa fortune. Mais finalement c'est de sa cible que Letty reçoit l'argent car il aime vraiment sa grand-mère.

Letty en plein bad trip

Consciente que la vie qu'ils mènent n'est pas saine pour Jacob, Letty choisit de le confier à nouveau à Estelle et de rompre avec Javier. Elle se remet à voler puis se rend chez un ami avec lequel elle boit et se drogue. Javier se réconcilie avec sa soeur Ava mais s'irrite de la présence de Teo, un ami d'enfance qui tente de la séduire alors qu'elle vient de perdre son mari (Silk). Il le soupçonne, en vérité, d'être le commanditaire du meurtre de son beau-frère et de la tentative d'assassinat sur lui.

Teo et Javier (Juan Riedinger et Juan Diego Botto)

Javier accepte un nouveau contrat pour lequel il touche un million de $ en échange d'une exécution très spéciale. Avec cette somme, il acquiert une villa face à la mer où il espère s'installer avec Letty et Jacob, dès qu'il aura retrouvé la première - et se sera débarrassé de Teo. Letty est justement récupérée dans un état lamentable par Christian qui, après qu'elle se soit rétablie, la ramène auprès de Javier.

Letty

Javier confie ses soupçons au sujet de Teo à Letty lorsqu'il apprend par son frère Carlos que leur père a été tué en Argentine. Puis Javier découvre, dans la remise du restaurant de sa soeur, que Teo a caché de la drogue : il comprend que ce dernier est bien à l'origine des meurtres et qu'il cherche à s'emparer du trafic de sa famille en la supprimant. Il le capture et le retient prisonnier dans son garage, puis le torture pour le pousser à avouer. Obligé de s'absenter pour remplir son contrat à un million, Javier confie son prisonnier à Carlos.

Letty et Javier à Los Angeles

Teo abuse de la naïveté de Carlos pour qu'il le libère et il le tue ensuite. Letty rentre chez Javier au même moment et Teo la surprend. Elle réussit à le tuer mais abat accidentellement un agent d'une compagnie de sécurité venu installer plus tôt que prévu du matériel de surveillance. Javier arrive sur ces entrefaites et nettoie la scène des crimes. Puis, avec l'aide de Letty, il va faire brûler les cadavres dans la forêt voisine. Ils conviennent ensuite de quitter la région, en abandonnant la maison, mais en emportant la drogue de Teo. Direction : Los Angeles pour l'écouler et vivre à la coule.

Ce qui fait le charme de Good Behaviour, c'est son imprévisibilité et son glamour que menace constamment la dérive de son héroïne. Si on s'en tient à ces bases, alors cette deuxième saison est aussi enthousiasmante que la première, parvenant à conserver ses acquis sans tomber dans la routine et en faisant évoluer ses personnages principaux.

Cependant, on remarquera facilement que les dix épisodes sont en fait divisés en deux actes : dans un premier temps, le trio Letty-Javier-Jacob, qui a pris la poudre d'escampette après que la première ait tiré des griffes du FBI le second, cherche à refaire leur vie ailleurs. En vérité, il s'agit d'une fuite en avant, dont ils sont conscients : ils sont des fugitifs recherchés sur lesquels l'agent Lashever a promis de mettre le grappin. Et ça ne manque pas : au bout de trois épisodes, voilà le tueur et la voleuse, menottes aux poignets, en route pour la prison, victimes à la fois de leur manque de prudence mais aussi d'une trahison de la part de Estelle, la mère de Letty, qui refuse que celle-ci partage la vie d'un assassin, quitte à la perdre à nouveau.

Un twist très loufoque conduit les prévenus à renverser la vapeur en convaincant Lashever de mystifier le FBI qui l'a trop longtemps humilié. Un casse très drôle et totalement invraisemblable est commis dans un club de drag-queens, avec un suspense efficace à la clé. Puis une visite chez la grand-mère de Letty, elle-même ancienne aventurière malhonnête, convertit l'intrigue grâce à un deus ex machina un peu facile mais à l'impact ravageur.

Le second acte sépare le couple-vedette, tandis que Jacob est remis à Estelle pour le préserver. Les scénaristes n'épargnent pas au téléspectateur la déchéance de Letty et, dans une moindre mesure, de Javier. La voleuse se soûle et se shoote au point de se réveiller la nuit dans une forêt, sans se souvenir comment elle a atterri là, appelant au secours son ancien agent de probation (désormais amant de Lashever) pour la sauver. Javier reprend ses activités de bourreau tout en enquêtant sur la présence perturbante d'un ami d'enfance qui n'est visiblement pas là que pour consoler sa soeur Ava.

Le final est un modèle du genre, entre les retrouvailles des amants, un contrat déroutant et cruel rempli, la révélation du mobile de Teo, et l'issue terminale. Letty et Javier partent à Los Angeles avec un paquet important de drogue dont la vente va leur permettre de vivre tranquillement. Mais une voleuse et un tueur à gages à L.A. peuvent-ils vraiment raisonnablement échapper aux vices d'une telle mégalopole ? La fin est ouverte et alléchante (et comme la série a été renouvelée pour une troisième saison, on devrait se régaler).

Le show connaît donc une progression appréciable même si sa narration subit quelques chutes de rythme notables, une certaine tendance à tirer sur la corde (notamment dans la première partie de la saison où il est évident que les héros ne profiteront pas longtemps de leur cavale et ne sont pas dupes de leur vie de famille "normale"). Le casse dans le night-club tient un peu du grand n'importe quoi, tirant le récit vers la parodie de son genre, et l'apparition d'Alice est une facilité scénaristique bien pratique.

En revanche, quand les auteurs se focalisent sur les démons des deux héros - l'alcoolisme et la toxicomanie de Letty, son incapacité à assumer son rôle de mère, la violence intérieure irrépressible de Javier, sa méfiance paranoïaque, son envie de normalité impossible - , alors, là, la série atteint une singularité plus trouble, plus troublante, qui rend le couple à la fois si atypique et attachant. On se rend alors compte que leur entourage est presque accessoire, ne servant qu'à souligner ce qui est évident ( ce sont des marginaux, les vilains petits canards de leur milieu, qui ne s'intégreront jamais aux standards de la société à cause de leur vocation et de leur caractère, et c'est en l'acceptant qu'ils sont vraiment heureux). D'une certaine manière, Letty n'est pas plus sympathique que Javier (elle abandonne son enfant pour mieux sombrer dans la boisson et la dope et lui se remet à tuer même si cela répugne sa soeur et met en danger celle qu'il aime), mais en osant se regarder en face, en s'entraidant même (au point de se contaminer : Letty finit par tuer un assassin et un innocent, Javier vole de la drogue), ils avancent, malgré tout.

Pour rendre fréquentables de tels individus, Michelle Dockery et Juan Diego Botto n'ont même pas l'air de forcer : il faut admettre qu'ils ont du charme à revendre, une élégance folle naturelle, qui ont raison de la résistance du téléspectateur. Il y a une alchimie redoutable entre les deux acteurs sur laquelle l'intrigue et le réalisation s'appuient beaucoup -presque trop, et il faudra sans doute penser à leur opposer un adversaire véritable dans les prochains épisodes, quelqu'un de plus coriace, plus retors que Lashever ou Teo, pour pimenter leurs aventures au-delà de leurs névroses.

Malgré quelques réserves donc, Good Behavior franchit le cap délicat de la deuxième haie avec brio : la production de la chaîne TNT a de beaux jours devant elle.     

vendredi 2 mars 2018

THE TERRIFICS #1, de Jeff Lemire et Ivan Reis


"The New Age of Super Heroes" est une nouvelle collection de séries lancée par DC Comics à la suite de la saga globale Metal écrite par Scott Snyder. L'artiste y est mis en avant (même si celui qui démarre un titre n'a pas vocation à rester) et le concept est de donner sa chance à des héros encore peu ou pas exploités depuis le début de l'ère "Rebirth" tout en s'efforçant de rendre chaque titre accessible (sans avoir lu Metal). Il y a aussi, pour plusieurs de ces séries, une volonté évidente pour DC de donner leur version de super-héros Marvel (mais nous y reviendrons). Dans le lot, The Terrifics était, à mes yeux, le plus excitant : une équipe créative de premier plan, un plot accrocheur, un groupe de personnages séduisants. Promesse tenue ?


Mr.Terrific se rend dans le repaire de Simon Stagg qui, en son absence, a acquis des équipements de sa compagnie, TerrificTech. Mais Michael Holt se doute, et c'est pour cela qu'il n'est pas content, que Stagg ne compte pas en faire bon usage : comme il le redoutait, les faits lui donnent raison puisque son concurrent est en train d'ouvrir un portail sur le Dark Multiverse.


Pour ce faire, il a utilisé Metamorpho comme une sorte de clé mais les énergies à l'oeuvre ont transformé sa peau en Nth Métal, ce qui le rend fou de douleur et de rage. Pour contenir l'explosion qui menace de détruire l'endroit, Mr. Terrific a emmené Plastic Man dont l'élasticité infinie permet de les sauver une fois Metamorpho aspiré dans le Dark Multiverse, sous le regard terrifié de Sapphire Stagg (amante de Rex Mason).


Errant dans cette dimension désolée, les trois héros élaborent un plan pour rentrer lorsque Mr. Terrific détecte un signe de vie tout proche. Ils se posent sur une planète apparemment déserte mais dont le sol se met à vibrer. Plastic Man prend de la hauteur et découvre qu'ils ont atterri sur le corps d'un géant mort.


C'est alors que des insectes et d'autres bestioles agressives les attaquent jusqu'à ce qu'une jeune femme n'apparaisse et fasse cesser les hostilités : elle s'appelle Linnya Wazzo alias Phantom Girl, originaire de BGZTL. Présente ici depuis longtemps, elle, qui peut devenir intangible, n'arrive plus à se solidifier.


Mais si ce n'est elle, comme elle l'affirme, dont Mr. Terrific a capté la présence, d'où vient le signal ? D'une grotte voisine où gît un vaisseau : en activant le tableau de bord apparaît un hologramme de Tom Strong, avertissant ceux qui le découvriront qu'il est probablement mort et qu'il revient aux quatre héros de sauver l'univers du danger qu'il n'a pu éviter !

Comme je le suggérai en ouverture, il y a plusieurs façons d'apprécier ce projet (et d'autres de la même collection). Le plus évident est de l'assimiler à une version par DC de figures issues de Marvel : par exemple, les séries Sideways (par Kenneth Rocafort, Justin Jordan et Dan Didio) et Damage (par Tony Daniel et Robert Vendetti) font penser à Spider-Man et Hulk, si ce n'est par les pouvoirs, du moins par l'aspect. En revanche, The Silencer (par John Romita Jr. et Dan Abnett) ou The Immortal Men (par Jim Lee et James Tynion IV) ne se réfèrent à aucun modèle connu de la concurrence.

Dans le cas de The Terrifics, l'allusion est frappante : il s'agit d'une variation appuyée à Fantastic Four. Mais Jeff Lemire s'amuse à brouiller les cartes - s'amuse tout court, car, comme il l'a expliqué en interview, la conception de la série n'a pas été établie pour coller à la création de Stan Lee et Jack Kirby (laquelle était déjà inspirée de Challengers of Unknown... Chez DC, que l'éditeur va relancer !). C'est devenu un sujet de plaisanterie, un clin d'oeil.

Ainsi Mr. Terrific a-t-il la science de Reed Richards mais c'est Plastic Man qui en a le pouvoir extensible, de même que Metamorpho renvoie à la Chose et que Phantom Girl évoque Sue Richards, et que la relation Metamorpho-Plastic Man ressemble à celle, chamailleuse, entre Ben Grimm et Johnny Storm. Même le géant mort sur lequel les Terrifics échouent peut rappeler Galactus (ou les Célestes) et Sapphire et Simon Stagg Alicia Masters et le Puppetmaster.

On pourrait alors estimer que Lemire et le staff éditorial font davantage preuve de malice que d'inventivité. Mais cela est corrigé par la forme même du projet. Lemire a voulu écrire une série qui aille vite, dont chaque épisode conduirait au suivant, où les présentations seraient rapidement exécutées - en somme un retour au format narratif des comics du "Silver Age". De ce côté-là, c'est parfaitement réussi : le scénario est dense et file à toute allure, à la fin de l'épisode le groupe des Terrifics est composé, et les rôles sont attribués (avec un leader naturel, un bouffon, un monstre, une fille perdue). Le cliffhanger est très prometteur - et bien plus finement amené que le retour de Promethea (autre création d'Alan Moore) dans de récents épisodes de Justice League of America (par Steve Orlando et Neil Edwards) : Tom Strong explorait déjà la même veine que celle visitée par ces Terrifics (un cocktail d'aventures, d'humour, de SF, avec une famille de héros).

Je sais ce que vous vous demandez : tout ça a l'air fort efficace et aguicheur mais est-ce bien personnel ? Là encore : oui. Car ce groupe d'explorateurs du Dark Multivers (aux airs de zone négative) est du pur Lemire : on a là des protagonistes familiers à l'auteur, des individus que leur aspect ou leurs capacités (voire les deux) relèguent à la marge, des sortes de freaks and geeks, dont la bizarrerie et la curiosité spontanées scellent l'union naturellement. Des solitaires plus fort ensemble. Mais dont l'étrangeté, loin de les accabler, forment la force.

Pour leur donner vie, DC a mis le paquet et à la disposition de Lemire Ivan Reis, une de leurs stars du dessin. Même s'il ne restera que pour les trois premiers numéros et qu'il n'a pas designé le look des personnages (réalisé par Evan Shaner, qui sera responsable de la partie graphique à partir du #4), le plaisir qu'il a pris à illustrer ce script est manifeste et prouve une fois encore la puissance esthétique de cet artiste.

L'énergie et la lisibilité de son découpage dynamisent le récit et offrent des images fantastiques, habitées par des personnages très expressifs (Plastic Man est aussi fou et amusant qu'on pouvait le rêver, Metamorpho est impressionnant, Mr. Terrific en impose sans forcer et Phantom Girl a une fragilité touchante). Lorsqu'apparaît, à la dernière page, Tom Strong, dont la silhouette a été modelée par Chris Sprouse, on craint son interprétation par Reis, mais il s'en empare en une image comme s'il l'avait dessiné depuis longtemps.

Il y a quelque chose d'indéfinissablement réjouissant dans ce chapitre I - tout simplement le fait qu'on a ce qu'on nous a promis et que Marvel hésite à nous redonner (les FF). Mais aussi autre chose, une fraîcheur, un allant, un élan. On a le sourire en lisant ça. Comme le chantait Johnny, cette série-là, "mon vieux, elle est terrible !"  

jeudi 1 mars 2018

SUPER SONS, VOLUME 1 : WHEN I GROW UP..., de Peter Tomasi, Jorge Jimenez et Allison Borges


Après avoir présenté la première rencontre entre Damian Wayne/Robin et Jonathan Kent/Superboy dans Superman #10-11, nous pouvons maintenant nous plonger dans la lecture du premier volume des Super Sons avec l'arc narratif When I grow up..., riche de cinq épisodes écrits par Peter J. Tomasi et dessinés par Jorge Jimenez (#1-4) et Allison Borges (#5).


Scolarisé à Hamilton, Jonathan Kent est victime avec quelques-uns de ses camarades de harcèlement et il doit se contenir pour ne pas utiliser ses pouvoirs contre ceux qui les agressent. Il ignore qu'un autre veille à ce que la situation ne dégénère pas : Damian Wayne, venu solliciter son renfort pour une enquête qu'il mène au sujet de vols commis chez LexCorp.
  

Alors qu'ils pénètrent par effraction chez Lex Luthor, les deux garçons se font surprendre par l'intéressé. Ils leur échappent de justesse non sans que Robin ait réussi à pirater les fichiers de vidéo-surveillance grâce auxquels Superboy repère quatre voleurs identiques commettre les vols susmentionnés.


Le garçon capable de quadrupler s'appelle Reggie Meyer et participe à une télé-réalité, "Les Super-Duffys", dans le studio de tournage de laquelle Superboy et Robin trouvent sa petite soeur, Sara. Celle-ci, comme son frère, a acquis des pouvoirs grâce au virus Amazo développé par Luthor mais son frère est devenu fou et a assassiné leurs parents. Prenant la fuite, ils sont attaqués par des robots pilotés par Reggie.


Bien que Sara contrôle les machines, elle n'est pas assez puissante pour les neutraliser et Kid Amazo, comme s'est rebaptisé Reggie, capture le trio à qui il expose son plan d'éliminer la Justice League, grâce à une armure conçue avec la technologie de Luthor et qui amplifie ses pouvoirs. Mais son projet est contrarié par l'irruption de Lex et l'intervention de Sara qui profite de la surprise de son frère pour le désarmer. Robin et Superboy se carapatent avant de devoir rendre des comptes à Luthor.


Mais Alfred Pennyworth et Lois Lane les attendent de pied ferme à leur retour chez les Kent. Ils sont tous deux punis et reprochent à l'autre d'être ainsi sanctionné. Jonathan décide d'aller corriger Damian mais leurs pères les séparent et les convainquent de persévérer dans leur collaboration, comme eux par le passé, car ils se complètent finalement bien.

Peter J. Tomasi, en ayant mis en scène la rencontre entre ses deux jeunes héros, peut parfaitement exploiter la série qui narre leurs aventures communes : c'est un gage inestimable de cohérence pour passer des deux épisodes de Superman aux cinq premiers de Super Sons.

Et leur lecture prolonge le plaisir pris auparavant tout en proposant une histoire autonome, immédiatement compréhensible, et riche en péripéties. Bien qu'il soit toujours délicat d'animer des personnages enfants, ici, le scénariste trouve le bon ton immédiatement, bien entraîné par son run sur Batman and Robin durant l'ère des "New 52".

Assister aux chamailleries entre Jonathan Kent et Damian Wayne est aussi divertissant que de les suivre dans une mission qui n'a rien d'évident. Il ne s'agit en effet pas de bâtir une intrigue format de poche pour les deux super fistons ou de verser dans un récit jeunesse avec des mini-Batman et Superman. La caractérisation est soignée comme en témoignent l'attitude dirigiste et agressive de Robin et celle plus sage mais surtout plus posée de Superboy. La complémentarité joue à fond entre celui qui fonce dans le tas tout en profitant de chaque opportunité - qu'il se vante d'avoir anticipé ensuite - et l'autre qui reste sur ses gardes et dont la prudence est éclairée - tout en narguant malicieusement son compère sur son impulsivité et sa petite taille.

Drôle et mouvementée, la bande dessinée ne le serait pas tant si elle ne disposait pas avec Jorge Jimenez d'un dessinateur impeccable. Si animer des enfants réclame une écriture au cordeau pour ne pas sombrer dans la mièvrerie, les représenter est tout aussi ardu. Jimenez fait parfois penser à Humberto Ramos, mais avec un trait qui en aurait gardé la puissante expressivité sans aller aussi loin dans la caricature. Les proportions sont plus réalistes et l'énergie passe davantage dans le découpage où le rythme taille les cadres sous une évidente influence des mangas d'action.

Il y a malgré tout un souci constant de rester lisible pour à la fois préserver la compréhension de l'histoire et le flux de la lecture où on passe d'un décor à un autre à toute vitesse, avec des rebondissements classiques mais tourbillonnants, jusqu'au final explosif.

Le dernier épisode, qui forme une sorte d'épilogue à ce premier arc, est dessiné par Allison Borges, dont le style est dans la continuité de celui de Jimenez, sans égaler son intensité ni la maturité. On comprend néanmoins ce fill-in car le titulaire se donne beaucoup et a dû avoir besoin de souffler après avoir abattu 80 pages trépidantes (sans compter quelques planches additionnelles sur Superman).

Vous voulez lire quelque chose de frais, de marrant, d'haletant et qui ne soit pas abêtissant ? Jetez-vous sur ces épatants Super Sons, qui tireront leur révérence en v.o. en Mai prochain (bien que Tomasi ait promis ne pas en avoir fini avec eux...).