vendredi 25 août 2017

LE BONHEUR DE VIVRE SEUL, par Yaoyao Ma Van As


J'avoue : j'ai rien fait ! Une bonne journée de glande, au moins en apparence, si on la considère du point de vue de l'alimentation de ce blog. Mais les faits sont là : je n'ai rien lu de quoi vous parler aujourd'hui, ni vu quoi que ce soit d'intéressant. J'écris actuellement un scénario qui me donne du fil à retordre, au point que j'ai revu toute ma copie pour la rédiger sous un autre angle, en remodelant l'intrigue, en caractérisant différemment les protagonistes. Qui gagnera à la fin, entre mon obstination à mener ce projet à terme (mais à un rythme irrégulier et avec les difficultés rencontrées) et la matière même de cette histoire qui m'obsède mais me résiste, m'éprouve ?

Alors quoi ? Je ne vais quand même pas vous laisser sans rien à grignoter. Parce qu'entre la prise de texte sur ce scénario et la glande récupératrice, j'ai surfé sur Facebook et je découvre un article sur Yaoyao Ma Van As. Qui est-ce ? j'en ai appris peu sur son compte (pas encore eu le temps de creuser, mais je tâcherai d'ajouter ça à la liste de choses à faire). En revanche, ce fameux article montrait quelques-unes de ses illustrations sur le thème du Bonheur de vivre seul (Happiness to live alone en v.o.). Un lien renvoyait à son site avec (apparemment l'intégralité de ses peintures sur ce sujet.
Saisi par le charme qui s'en dégageait, et sensible au thème (je suis également célibataire, par choix, et ma foi, satisfait de cette situation, alors que la norme dans nos sociétés considère les gens seuls comme des âmes en peine ou des curiosités suspectes, comme si la vie à deux assurait la béatitude), je veux partager ces images avec vous. 
Yaoyao Ma Van As a une sensibilité remarquable, une technique enchanteresse : il est difficile de ne pas fondre devant ses peintures, simples mais si touchantes, à la fois drôles et émouvantes, qui expriment parfaitement ce qu'elle a voulu communiquer.
Enjoy !

































jeudi 24 août 2017

UNCANNY AVENGERS (VOLUME III) #9-12, de Gerry Duggan et Pepe Larraz

Après avoir lu quasiment l'intégralité du run écrit par Rick Remender (j'ai zappé les épisodes attachés à la saga Axis, dont la réputation est exécrable, et les cinq chapitres de l'éphémère Volume II de la série, avant le départ de l'auteur de Marvel), le lancement d'un nouvel acte des Uncanny Avengers fin 2015 n'a pas, je dois l'avouer, attiré mon attention. Et lorsque je l'ai appris, l'équipe créative à sa charge - le scénariste Gerry Duggan et le dessinateur Ryan Stegman (que je n'ai jamais supporté) - ne m'ont pas motivé pour replonger.

C'est en découvrant récemment, en vf, de nouveaux épisodes, toujours écrits par Duggan mais dessinés par Pepe Larraz, que l'envie est revenu. Et ça tombait bien puisque c'était le début d'un nouvel arc narratif, un de ces points d'entrée que Marvel annonce fréquemment pour attirer ou fair revenir des lecteurs : The Man who felle to Earth.
 

L'histoire démarre sur les chapeaux de roue (et le rythme ne faiblira jamais durant les quatre épisodes) : Rogue est avertie par Captain America (Steve Rogers) que la capsule Soyouz risque d'être détruite après avoir percuté lors de sa descente des débris orbitaux. Elle vole aux secours des russes mais quelqu'un la devance : il s'agit de Hank Pym... Lequel avait pourtant péri en affrontant dans l'espace son robot Ultron !
Ayant fusionné avec sa créature, il n'a qu'une hâte : reprendre du service comme Avenger.
 

Mais Rogers est dubitatif comme tout le monde et surveille Pym avec l'équipe des Uncanny Avengers, composée de Rogue, Cable, Deadpool (qui finance leurs activités), Quicksilver, Dr. Voodoo, la Torche Humaine et Synapse (une Inhumaine). Janet Van Dyne alias the Wasp est appelée pour vérifier qu'il s'agit bien de son ex-mari... Et les doutes de Captain America sont fondés : Ultron a pris les traits de son créateur pour prendre sa revanche !
 

L'affrontement est dès lors inévitable et d'autres Avengers, liés à Ultron, renforcent les Uncanny Avengers malmenés : Vision, le "fils" du robot, et Iron Man lui tendent un piège initialement conçu pour maîtriser Hulk. Mais leur adversaire est très coriace et surtout dévoile un plan plus machiavélique... 
 

En effet, en revenant sur Terre, il a dévasté plusieurs peuplades aliens en prétendant agir au nom des Avengers. Les héros, même s'ils le neutralisent, devront s'attendre à ce qu'un jour prochain des indigènes d'autres planètes débarquent pour les combattre...

Jusque récemment j'avais peu, sinon d'estime, du moins d'intérêt pour ce qu'écrivait Gerry Duggan : je lui reconnais, pour ce que j'avais lu de sa part, un savoir-faire certain à défaut d'une forte personnalité. Je continue à être réservé sur son cas car il n'a pas (pas encore ?) signé un run ou même une histoire digne de le réévaluer.

N'empêche, le bonhomme sait raconter une intrigue avec efficacité et surtout animer un "team-book", comme on le voit avec All-New Guardians of the Galaxy et donc Uncanny Avengers. Son premier mérite est de gérer un effectif très conséquent ici : l'équipe compte pas moins de huit membres et il n'en laisse pas un sur le bas côté (même si, dans ces quatre épisodes, Synapse, l'Inhumaine, n'a pas l'occasion d'imposer son utilité : on comprend qu'elle représente sa communauté et sa présence colle à la philosophie initiale du titre - des Avengers de tous bords - ... Philosophie qui date en fait des débuts de la série et non pas de Remender !).

Autre qualité, il rend cool et sexy un casting improbable, où des personnages populaires, de premier ordre (comme Steve Rogers, la Torche Humaine, Rogue et Deadpool - qui reste supportable, même si sa popularité reste un vrai mystère pour moi), et des seconds couteaux, aux parcours sinueux (Cable évidemment, mais aussi Dr. Voodoo  et, dans une moindre mesure, Quicksilver).

Sans un bon adversaire, cet attelage révélerait vite son artificialité et ramener Hank Pym/Ultron (que Remender pensait avoir bel et bien effacé du tableau dans le graphic novel Rage of Ultron) est une idée étonnante mais payante. Duggan le met en scène d'abord comme une opposition physique avant de jouer avec le passif fourni de ce vilain atypique (puisque créé par un héros) et le plan diabolique qui accompagne son retour sur Terre - on verra si Duggan conclut cet aspect (mais j'ai quelque doute à ce sujet puisqu'il a récemment quitté la série et son remplaçant, Jim Zub, semble aller dans une autre direction. Dommage.).

Pepe Larraz est un peu comme Duggan : jusqu'à présent, il n'a pas acquis ses galons de vedette, de dessinateur en haut de la liste. Pourtant, il s'est fait remarquer ici et là par de solides prestations (avec The Mighty Thor période Kieron Gillen, ou des épisodes de spin-off de Star Wars). Peut-être son moment est-il venu (avec le départ pour d'autres projets, d'autres éditeurs, d'artistes auxquels il succédait comme Olivier Coipel, Pasqual Ferry et Ryan Stegman, qui tenait le crayon sur les huit premiers épisodes de Volume III des Uncanny Avengers). Son style emporte l'adhésion par son expressivité et sa tonicité exceptionnelles, ce qui convient parfaitement à une série de groupe (pour bien distinguer chaque personnage et chorégraphier leurs bastons). 
Il est, en outre, bien accompagné par David Curiel dont les couleurs ne "mangent" pas l'encrage (qu'effectue Larraz).

Avec ces deux outsiders aux commandes, la série devient imprévisiblement excitante.    

mardi 22 août 2017

'RINGO, 10 YEARS AGO...

Il y a, aujourd'hui, dix ans et dix jours exactement, disparaissait Mike Wieringo. Ce triste anniversaire n'est guère célébré, vous ne trouverez guère d'hommage ou d'article pour vous le rappeler. S'il nous reste ses comics, c'est, en revanche, comme si l'artiste avait été effacé...

J'étais un fan de celui qui se surnommait (et signait) 'Ringo, même si je l'ai vraiment découvert après sa mort à 44 ans. J'ai eu, cette année, moi-même, 44 ans et me voici donc aussi âgé que ce dessinateur que j'adorais quand il est parti. Récemment, je lisais une interview de l'écrivain Paul Auster qui, à 70 ans, constatait qu'il était désormais plus âgé que son père quand il décéda et en le remarquant, un trouble le saisit : celui que, désormais, il était en quelque sorte en train de prolonger l'existence de son père.

Je crois qu'il s'agit un peu de la même chose avec les lecteurs qui perpétuent l'oeuvre des auteurs après leur mort, ils deviennent des passeurs, leurs avocats, ceux qui restent pour garder vif le souvenir des disparus. Rien de macabre ou de nostalgique là-dedans, mais plutôt une forme de devoir de mémoire envers ceux qui nous ont fait rêver, qui nous instruits - ces inestimables présents.

J'ai donc voulu me rappeler de Mike Wieringo et, si je ne l'ai pas fait le 12 Août dernier précisément, c'est parce que je cherchais un moyen de le faire simplement mais personnellement, en évoquant quelque chose qui me touchait spécialement chez lui.  

Et c'est alors que j'ai pensé à Fantastic Four #60 (2003), premier épisode de son run sur cette série - qui, comme 'Ringo, n'existe plus aujourd'hui... - , écrit avec son ami Mark Waid (voir ci-dessus). Je ne poste que quelques planches, situées au début et à la fin de cette histoire. 


Quand Waid prend le titre en main, il veut le rendre accessible et accrocheur pour les lecteurs, mais de façon originale. Les Fantastic Four sont les plus anciens héros de Marvel (une fois que la maison d'édition a pris ce nom après avoir été Timely Comics), créés par Stan Lee et Jack Kirby. Et il faut insister sur le terme "héros" car il suggère une nuance avec les "super-héros". 
Effectivement, les FF sont d'abord une famille : ses membres sont Reed et Sue Richards, mariés ; Johnny Storm, le frère cadet de Sue ; et Ben Grimm, le meilleur ami de Reed. Reed et Sue ont deux enfants, Franklin et Valeria.
Ensuite, ce ne sont pas des justiciers ou des soldats ou des super agents de l'ordre, ce qui les distinguent de Spider-Man, Captain America, les Avengers. Ce sont pas non plus une tribu atypique comme les X-Men ou les Inhumains. Non, ce sont des aventuriers, des explorateurs, dont les adversaires sont des individus ou des groupes que leurs recherches contrarient (Dr. Fatalis, l'Homme-Taupe, Annihilus, Galactus...). Waid inventera pour l'occasion un néologisme : "Imaginauts", des serviteurs de l'imaginaire, des curieux.

Dans Fantastic Four #60, Waid a donc une idée simple mais géniale pour (ré)introduire ces personnages au public : Reed loue les services d'une agence de communicants pour restaurer l'image des FF, les rendre plus populaires. Le groupe vit des brevets scientifiques déposés par Mr. Fantastic, mais souffre d'un déficit de visibilité car ils sont moins cool que Spider-Man, moins héroïques que Captain America, moins spectaculaires que les Avengers (tout en étant moins étranges que les mutants ou retirés que les Inhumains). Ce que l'histoire sous-entend, c'est que les FF sont méconnus du peuple de New York (et donc des lecteurs) parce qu'ils vivent dans un building, y pratiquent des expériences (aux conséquences parfois directes sur les civils), ce sont un peu des outsiders, sympathiques, un peu bizarres, mais aussi communs (une famille - presque - comme tant d'autres). Et sans identité secrète : ils ne portent même pas de masques, ont tous le même uniforme, et leurs pseudonymes désignent davantage leurs pouvoirs qu'ils ne dissimulent leurs vrais noms.

L'agence envoie Shertzer, un jeune publiciste (qui s'occupe habituellement de rock stars), passer une semaine avec les FF pour trouver un moyen de rendre l'équipe plus sexy, plus commercial - comme Waid doit rendre le comic-book plus vendeur. Shertzer passe donc les jours suivants avec la Torche Humaine (qui vient de rompre avec l'actrice Jennifer Garner), la Chose (qui dénigre le rap mais reçoit d'admirateurs un CD avec un rap en son honneur), la Femme Invisible (qui élève ses enfants, assiste son mari mais surtout s'assure de la cohésion de toute la famille en assignant un rôle à chacun - quelques épisodes plus tard, elle confiera la gestion financière à son frère, qui fuit toute responsabilité, pour le faire mûrir)... Mais sans comprendre au fond pourquoi Mr. Fantastic tient tant à la célébrité.

Réponse dans les ultimes pages du n°. 




Quand Shertzer livre son rapport aux graphistes de l'agence, il découvre, consterné, qu'ils ont maquetté un comic-book qui les travestit. Il corrige le tir en expliquant que ce ne sont justement pas des super-héros : "ce sont des astronautes, des aventuriers, des explorateurs. OK, si Galactus débarquent, ils répondent à l'appel. Mais leur boulot, ce n'est pas ça, ça va juste avec. Comme tout pionnier." Et il ajoute : "C'est vrai qu'ils sont là depuis un bail, mais les Fantastiques n'en restent pas moins des novateurs." Donc : "Si vous voulez faire un comic, faîtes-le sur eux, pas sur leurs costumes."

Pour moi, Fantastic Four #60 est et reste le meilleur épisode introductif d'une série que j'ai lu. C'est intelligent, drôle, entraînant, simple. Mark Waid signe un chef d'oeuvre qui devrait servir de modèle à n'importe lequel de ses collègues quand il reprend une série et doit inviter les lecteurs, anciens ou nouveaux, à la lire, à la suivre, à la soutenir. Lorsque, une fois Shertzer et ses collègues sont partis, on assiste à une scène magnifique où Reed Richards va coucher sa fille Valeria en lui expliquant pourquoi il veut corriger l'image de l'équipe : c'est parce qu'il se sent responsable d'avoir bouleversé la vie de sa famille en les entraînant dans l'expérience qui les a dotés de pouvoirs. Par orgueil. Et la célébrité évitera que les gens aient peur d'eux, elle les transformerait en héros. Et peut-être alors ils leur pardonneraient qu'il les ait privés d'une existence normale.

La bande dessinée, beaucoup de lecteurs, quand ils la commentent ensuite, oublient qu'il s'agit du produit des efforts communs d'un auteur et d'un artiste. Et c'est là qu'intervient le talent unique de Wieringo. Observez la rondeur, l'élégance, l'expressivité, la justesse de son trait, de son découpage, des émotions diffusées, des ambiances (l'épisode alterne moments mouvementés et calmes avec maestria). Examinez avec quel brio il s'approprie ces personnages comme s'il les dessinait depuis toujours, les rend vivants, attachants, amusants, complices, sympathiques. Cette famille, malgré la folie qui l'entoure (et que, parfois, elle provoque), on a envie d'en faire partie aussi parce que 'Ringo la représente ainsi.

Son style est à la croisée de plusieurs tendances : un peu réaliste (mais pas photo-réaliste), un peu cartoony (mais pas trop caricatural), précis (sans être chargé), et admirablement encré par Kark Kesel et colorisé par Justin Ponsor

Cette combinaison - un script formidable, un dessin à la fois humble et donnant une plus-value au texte, valorisé par l'encrage et la couleur - , c'est cela qui fait une bonne BD. Pas simplement un bon texte, ou de jolis images. Wieringo était un grand angoissé, craignant toujours que son style ne plaise pas, ne convienne pas, ne refusant jamais une commande, s'exerçant chaque jour (en postant un dessin original sur son blog chaque matin, comme une gymnastique), mais le soin et le sérieux avec lequel il pratiquait rendait ses efforts invisibles : son dessin respirait la facilité, la marque des grands.

C'est pour son humilité et son intemporalité qu'il ne faut pas oublier 'Ringo. Il avait encore tant à donner (il grouillait d'ailleurs de projets). Mais ce qu'il a laissé nous rappelle toujours une manière de dessiner des comics souriante, aimable, gracieuse. Comment ne pas remercier, dix ans après son forfait, quelqu'un qui nous a fait un tel cadeau ? 

lundi 21 août 2017

DEFENDERS (Saison 1) (Netflix / Marvel Studios)


Comme pour les Avengers au cinéma, les héros Marvel dont les séries sont diffusées sur Netflix sont réunis pour la première fois dans un crossover en huit épisodes : Defenders. Le projet est ambitieux après les deux saisons de Daredevil et les premières années respectives de Jessica Jones, Luke Cage et Iron Fist (toutes ces séries ont été reconduites pour une 3ème et des 2èmes saisons).

La première question qui s'impose est : faut-il avoir vu les précédentes séries des quatre héros pour comprendre l'intrigue qui les réunit dans Defenders ? Pour en apprécier les nuances, les sous-entendus, les allusions, et la culmination ici, c'est évidemment préférable. Mais pas nécessaire car les scénaristes autour des showrunners Douglas Petrie et Marco Ramirez ont su, habilement, subtilement, glisser, au gré des dialogues, suffisamment d'éléments pour savoir qui est qui, qui connaît qui et comment (et depuis combien de temps), connaître l'origine des pouvoirs et leur nature.

Présentons quand même les protagonistes : 

- Jessica Jones (en haut, à gauche) est un détective privée qui, exposée à des produits radioactifs, durant un accident de voiture (qui coûta la vie à ses parents), est depuis doté d'une force surhumaine, capable de faire des bonds de plusieurs mètres de haut et aussi d'un caractère cynique (que n'arrange pas sa consommation d'alcool.
- Matthew Murdock (en haut à droite) est un avocat aveugle depuis que, enfant, il a sauvé un passant d'une collision avec un camion chargé de produits chimiques ayant éclaboussé ses yeux. L'accident a décuplé ses autres sens et, après la mort de son père (un boxeur qui a refusé de se coucher comme le lui avait ordonné la pègre), a été entraîné au combat et à l'acrobatie par Stick (un moine soldat aveugle comme lui). Juriste le jour, il fait régner l'ordre dans son quartier natal de Hell's Kitchen sous le masque de Daredevil. Son secret découvert par son associé, Foggy Nelson, et sa secrétaire, Karen Page, il exerce désormais sans eux bénévolement.
- Luke Cage (en bas à gauche)est un ancien repris de justice qui, de son vrai nom Carl Lucas, a subi des mauvais traitements en prison pour un crime dont il était innocent. Contre une remise de peine, il accepte de subir une expérience menée par le médecin du pénitencier, mais le test dégénère et le rend invulnérable. Il s'évade, change d'identité, se cache à Harlem jusqu'à ce qu'il décide de contrer les magouilles de la mafia et d'une politicienne corrompue. Reconnu, il est renvoyé en détention pour y purger la fin de sa peine (allégée grâce à ses actions héroïques).
- Danny Rand (en bas à droite) perd ses parents dans un crash d'avion. Mais, encore enfant, il est recueilli par les moines-soldats de la cité légendaire de K'un L'un qui en font une arme vivante, l'Iron Fist. Il est capable en se concentrant de rendre son poing droit dur comme l'acier et pratique les arts martiaux comme un maître de la discipline. Mais il fuit ce refuge pour rentrer à New York afin d'éclaircir les circonstances de la mort de ses parents et reprendre la direction de la compagnie Rand. Ce retour est aussi un prétexte pour traquer la Main, une organisation millénaire, formée par des dissidents de K'un L'un - sans savoir que son amie, Colleen Wing, en a été une protégée, et que Daredevil a eu affaire à eux avec Stick, et au prix de la vie d'Elektra, son amante et l'autre élève de son mentor.   
 Luke Cage et Claire Temple (Mike Colter et Rosario Dawson)

L'histoire démarre en présentant la situation des quatre héros : Luke Cage est libéré de prison pour bonne conduite, représenté par Foggy Nelson. Il rentre à Harlem où il renoue avec Claire Temple, une infirmière indépendante - dont il ignore qu'elle a, précédemment, porté secours aux autres héros de la ville (Daredevil et Iron Fist). L'inspecteur de police Misty Knight, une amie, l'interroge sur ses projets et il explique son intention d'aider la communauté de son quartier : elle évoque alors la disparition tragique de plusieurs adolescents impliqués dans le nettoyage de scènes de crime par un nouveau baron de la pègre.
Trish Walker et Jessica Jones (Rachael Taylor et Krysten Ritter)

Jessica Jones se remet d'un traumatisme récent (elle a affronté et vaincu Zebediah Kilgrave, un psychopathe manipulateur doué de pouvoirs suggestifs) en acceptant une nouvelle enquête privée : elle doit retrouver l'architecte d'un building dont sa femme n'a plus de nouvelles. Pour la détective, il ne s'agit certainement que d'un banal adultère, mais pour sa meilleure amie, l'animatrice de radio, Trish Walker, c'est l'occasion de rebondir. 
Colleen Wing et Danny Rand/Iron Fist (Jessica Henwick et Finn Jones)

Danny Rand et Colleen Wing (qui a renié ses liens avec la Main par amour pour l'Iron Fist et ar dégoût pour leurs activités criminelles) rentrent d'un périple autour du monde pour savoir ce qu'est devenue la cité de K'un L'un, mystérieusement disparue et dont les derniers gardiens meurent les uns après les autres, victime d'une tueuse coriace. A peine posés en hélicoptère sur le toit de la Rand Tower, ils assistent à un tremblement de terre au coeur de Manhattan, provoqué par une énorme explosion. 
Misty Knight, Matt Murdock et Jessica Jones (Simone Missick, Charlie Cox et Krysten Ritter)

Jessica Jones a découvert en fouinant dans les plans de l'architecte qu'il a conçu le gratte-ciel du Midland Circle. Mais il l'a contactée pour qu'elle cesse son enquête, préférant se suicider devant elle que d'être tuée par une femme à ses trousses (la même qu'ont combattue Colleen et Danny). Arrêtée par Misty Knight, Jessica Jones est relâchée grâce à l'intervention de Matt Murdock que son ami Foggy Nelson, qui travaille pour le prestigieux cabinet Hogarth (employeur occasionnel de Jessica), a demandé de défendre. 
Elektra et Alexandra (Elodie Yung et Sigourney Weaver)

La responsable de l'explosion à l'origine du tremblement de terre et des assassinats des derniers gardiens de K'un L'un mais aussi de l'architecte est une femme d'affaires puissante, Alexandra. Co-dirigeant la Main avec quatre autres partenaires (chacun étant un membre influent d'un quartier de New York mais opérant partout dans le monde), elle a investi de colossales ressources pour ressusciter Elektra afin qu'elle soit l'hôte du "Black Sky", incarnation du meilleur tueur de leur organisation. Grâce à ce renfort, elle compte capturer l'Iron Fist, seul capable d'ouvrir l'accès au sanctuaire abritant la substance qui leur assure l'immortalité.  
Luke Cage et Danny Rand/Iron Fist

Justement, Luke Cage rencontre Danny Rand en remontant la piste du mafieux qui embrigade et sacrifie les jeunes de Harlem jusqu'à une cache des "Chastes", guerriers de K'un L'un traquant ceux de la Main, dont l'Iron Fist est le champion. Après s'être affrontés, croyant chacun l'autre responsable du massacre des "Chastes", Luke et Danny se réconcilient bon gré mal gré quand Claire, qui les connaît tous les deux, les réunit chez Colleen. 
Luke Cage, Stick (Scott Glenn), Danny Rand/Iron Fist, Jessica Jones et Matt Murdock

Suivant le conseil de Luke, Danny comprend qu'il doit employer toutes ses ressources pour abattre leur ennemi commun, et il apprend, en consultant la liste des entrepreneurs partenaires de la compagnie Rand, que la Main a tenté de l'infiltrer. Il se rend au building du Midland Circle et défie Alexandra. Luke Cage surgit en renfort puis Jessica Jones et Matt Murdock, qui a suivi la détective, elle aussi avide de réponses. Elektra affronte Matt qui la reconnaît, sidéré. Puis le groupe bat en retraite pour élaborer un plan d'attaque ensemble. Stick se joint à eux pour les convaincre qu'ils ne pourront gagner qu'en restant soudés - alors qu'aucun, à part Danny, ne veut faire équipe, estimant qu'il s'agit d'une affaire personnelle.  
Elektra

Attaqués par la Main et Elektra, les quatre héros réussissent à capturer un des chefs de l'organisation, mais Stick finit par le sacrifier, exaspéré par ses vantardises menaçantes. Danny est également neutralisé par ses acolytes pour lui éviter d'être capturé par leurs ennemis. Matt et Jessica partent inspecter le domicile de l'architecte dans l'espoir d'y trouver des indices sur l'édification de Midland Circle et la raison pour laquelle il voulait détruire l'immeuble : ainsi découvrent-ils que sous le bâtiment se trouve une structure (un dôme) dont leur défunt prisonnier avait dit que seul l'Iron Fist permettait d'en ouvrir la porte.  
Daredevil (Charlie Cox)

Entre temps, Elektra retrouve la planque de Stick qui, ayant drogué Luke, veut désormais tuer Danny pour éviter que la Main ne l'emploie. Elle tue son mentor et ramène l'Iron Fist à Alexandra... Avant de la supprimer et de s'imposer auprès des trois cadres restants comme sa remplaçante.
Matt, Jessica et Luke, ayant constaté la capture de Danny, et sachant que la Main n'hésitera pas, pour les décourager, à s'en prendre à leurs proches, confie Foggy, Karen, Trish, Claire et Collen au bons soins de Misty Knight. Puis ils gagnent le Midland Circle avec un plan insensé : le faire sauter pour se débarrasser de la Main, dont c'est le QG, mais aussi empêcher l'accès au dôme souterrain. L'un des quatre Defenders n'en sortira pas vivant, mais son sacrifice inspirera aux autres la protection de New York contre de nouvelles menaces.

D'habitude développées en saisons de treize épisodes, cette série n'en compte que huit. Mais c'est un régime profitable : en effet, souvent, les productions Marvel-Netflix souffraient d'une sorte de "ventre mou", à mi-chemin de leur déroulement. En resserrant les boulons, le show gagne en densité sans perdre en fluidité. C'est le premier bon point.

L'autre, c'est que, durant les trois quarts de l'histoire, l'intrigue repose sur le principe, théorisé et popularisé par Hitchcock, du "Mac Guffin", c'est-à-dire une astuce narrative qui consiste à motiver les efforts du/des héros pour résoudre un problème qui l'incrimine personnellement ou représente une menace plus globale. Ici, le "Mac Guffin", c'est ce qui se cache dans les tréfonds du Midland Circle, quelque chose de suffisamment précieux pour être camouflé par un building mais aussi pour avoir nécessité qu'on creuse un gouffre de plusieurs kilomètres de profondeur pour y accéder et que convoite les cadres de la Main (au nombre initial de cinq, comme les doigts d'une main) pour continuer à contrôler le monde dans l'ombre - autrement dit pour rester immortels.

Si vous avez suivi les deux saisons de Daredevil, tout cela est déjà familier : dans la première, le démon de Hell's Kitchen découvrait qu'un certain Nobu avait acquis le terrain du Midland Circle ; dans la deuxième il avait trouvé, avec Elektra et Stick, le trou gigantesque et profond dans le sous-sol du futur bâtiment en construction. 

Au début de Defenders, l'épicentre du tremblement de terre est situé à Manhattan et, successivement, plusieurs personnages (secondaires, comme Trish, ou principaux) déduiront que l'explosion provenait précisément du gouffre sous le Midland Circle et comprendront qu'il s'agissait de forcer l'entrée d'un dôme, abritant la source d'une substance d'immortalité.

Pendant les 3/4 donc de l'intrigue, le secret des profondeurs du Midland Circle est le "Mac Guffin" de Defenders, une idée suffisamment excitante pour à la fois orienter les investigations des quatre héros (et de leurs alliés), motiver leur union et les pousser à une solution extrême (détruire le building pour ensevelir le dôme et enterrer ainsi la Main).

Tant que les héros et le spectateur ignore exactement ce que cache ce dôme et que convoite tant la Main, la série est une réussite exemplaire. Notre imagination est mise à contribution et les allusions d'Alexandra surtout restent suffisamment nébuleuses, fantasmatiques, pour que notre ignorance soit un atout dramatique. Il est dommage que les scénaristes aient préféré, in fine, nous révéler que le dôme était la tombe d'un dragon, semblable à celui dans le coeur duquel Danny Rand plongea son poing pour acquérir le pouvoir de l'Iron Fist, et dont la moelle osseuse est cette fameuse substance d'immortalité.

Néanmoins, Defenders ne saurait être sanctionné par cette révélation , ni être résumé à un réglement de comptes en forme de baston déchaînée dans les sous-sols d'un gratte-ciel (une convention du genre puisque sans bataille finale, on sort des codes super-héroïques, même quand il s'agit de "street-level heroes").

D'abord parce que la série parvient de manière très naturelle à former son équipe de justiciers - alors même qu'aucun ne veut s'encombrer de partenaires (chacun pour des raisons propres, même si Danny accepte, pour une fois, ce compromis). Les enquêtes croisées de Jessica, Luke et Danny avec Colleen convergent habilement (agglomérant projet architectural, sacrifices d'enfants et traque de la Main), puis Murdock s'y greffe de façon maline (lorsque Foggy lui demande amicalement de représenter la défense de Jessica que la police, incarnée par Misty Knight, la tracasse). Lorsque le quatuor se bat ensemble pour la première fois, c'est d'abord parce que leurs recherches les ont tous conduits au même endroit. Quand ils consentent à une union sacrée, c'est aussi logique, au terme de négociations houleuses, et avec le concours de Stick.

Ensuite, les personnages secondaires des diverses séries ne sont pas oubliés, même si, évidemment, le format ne permet pas de leur donner beaucoup de place pour s'exprimer. Mais la prime accordée à Claire, Colleen et Misty est là encore justifiée et quand, à la fin, elles rejoignent les quatre justiciers dans leur mission-suicide, chacune a un rôle précis et un impact sur l'issue du problème (quand bien même l'une le paie au prix fort, dans sa chair - et cela va inspirer aux fans des souhaits pour un spin-off avec les Daughters of Dragon, ce qui ne serait pas immérité).

Enfin, Defenders boucle, parfois définitivement, la storyline liant Elektra à Stick (et par conséquent Stick à Daredevil)... Et donne une idée probable de la saison 3 de Daredevil. Le sort de la Main se résume désormais à celui de Mme Gao... Mais confirme que l'état de K'un L'un n'est pas résolue et donc va certainement alimenter la suite d'Iron Fist. Luke Cage est désormais complètement réhabilité à Harlem aux côtés de Claire. Et la situation de Jessica Jones pleine de promesses (non seulement psychologiquement, puisqu'elle est réconciliée avec Luke, mais professionnellement aussi).

Il faut aussi saluer la qualité de l'interprétation, soulignée par celle de la caractérisation : Finn Jones conserve ce côté chien fou dont l'apprentissage n'est pas achevé mais enrichi par la fin tragique de la lutte du Midland Circle ; Mike Colter donne une rondeur bonhomme à son rôle (et sa complicité éclatante avec Jones fait rêver à une future série Heroes for Hire ou Luke Cage & Iron Fist, comme dans les comics où ils ont été souvent réunis) ; Krysten Ritter prouve qu'elle peut jouer au-delà du registre de la détective alcoolo et cynique en ajoutant détermination et fragilité à la fois à son personnage, et Charlie Cox confirme qu'il campe un Daredevil idéal incapable de résister à sa double vie et tourmenté par sa foi. Face à eux, Elodie Yung impressionne en Elektra dont la relation fille-mère avec Sigourney Weaver, magistrale en méchante (jusqu'au coup de théâtre vraiment imprévisible de l'épisode 6), possède une intensité fascinante.

En somme donc, Defenders commence très bien, se déroule superbement, mais se clôt en demi-teinte. Les scénaristes ont, pour le coup, manqué de confiance envers les spectateurs, mais le divertissement demeure globalement tellement entraînant, vif, et nuancé pour qu'on le quitte ravi.      

dimanche 20 août 2017

BATMAN, VOLUME 1 : I AM GOTHAM, de Tom King, David Finch et Ivan Reis


Je vous ai récemment fait part de la grande impression que m'avait fait Tom King à l'occasion du premier épisode de la maxi-série Mister Miracle. L'ex-co-scénariste de Grayson (avec Tim Seeley) est visiblement devenu un auteur sur lequel mise beaucoup DC Comics puisqu'on lui a confié rien moins que la conduite de la série Batman.

En succédant à Scott Snyder (qui animait le héros durant les "New 52"  avec lequel il a signé le n° 0, Rebirth", assurant ainsi une transition organique pour titre), King n'a pas tardé à imprimer sa marque avec son premier arc, I Am Gotham, en six épisodes.

L'aventure démarre spectaculairement avec un avion de ligne qui menace de se crasher sur Gotham. Batman s'emploie aussitôt à empêcher la catastrophe tout en accomplissant une manoeuvre dans laquelle il risque d'y passer. Mais alors qu'il est sur le point de demander à Alfred Pennyworth d'appeler Superman en renfort, l'appareil est dérouté et ses passagers avec Batman sauvés grâce à l'intervention de deux jeunes surhumains : Gotham et sa soeur Gotham Girl.  

Inspirés depuis leur enfance dans la métropole par la figure protectrice de Batman, ils ont utilisé la fortune de leurs parents pour en aider les citoyens, de manière humble. Mais cela ne suffisait pas et ils ont enduré un entraînement physique intensif puis sont partis au secours de civils dans des zones de guerre à l'étranger. Dans une de ces lointaines contrées, ils ont acquis, sans préciser comment, des super-pouvoirs. Désormais ils veulent collaborer avec Batman et s'améliorer encore à son contact.

Batman ne refuse pas leur aide, d'autant que ses ennemis menacent la ville incessamment, au point qu'il soupçonne que quelqu'un organise ces attaques. Il en aura la confirmation quand le Dr. Hugo Strange rend enragé Gotham grâce au Psycho-Pirate. Pour Batman, il s'agit alors de neutraliser le jeune homme dont l'état dévaste mentalement sa soeur...

L'argument de l'histoire est simple mais accrocheur : que se passerait-il si Gotham n'avait plus besoin de Batman grâce à l'apparition de surhumains aussi puissants que Superman ? Certes, Hank et Claire Clover demandent à Batman de parachever leur formation, mais pour le dark knight, cette situation remet son statut entier en question. 

Plutôt que de la méfiance, Bruce Wayne y voit d'abord presque une opportunité, d'autant qu'il a constaté son impuissance à empêcher le crash de l'avion et sait que sa ville est en proie, depuis toujours, à la menace de super-vilains, moins intelligents que lui mais plus costauds. Si un cerveau criminel préparait un assaut d'ampleur de ces monstres, arriverait-il à le repousser ? Rien n'est moins sûr.

Pour raffiner son affaire, Tom King a pris soin de donner quand même une faille à Gotham et Gotham Girl : s'ils ne détaillent pas comment ils ont acquis leurs pouvoirs (autrement qu'à l'étranger lors de missions humanitaires), on apprend rapidement que plus ils les utilisent (en fréquence et en intensité), plus ils écourtent leur durée de vie - ce qui introduit une notion sacrificielle à leurs actes héroïques.

Le récit bascule lorsque l'un d'eux tombe dans un piège et perd les pédales, les événements s'enchaînent dramatiquement ensuite et aboutissent à un épilogue étonnant par l'émotion qu'il produit - et aussi parce qu'il renvoie au dénouement du premier arc de Detective Comics, vol. 1 : Rise of the Batmen. Cette chute donne un relief inattendu à une intrigue que ses six épisodes rendraient presque expédiée (mais c'est aussi par que l'arc narratif est très bien rythmé).

David Finch s'occupe du dessin de cinq des épisodes et réussit un Batman massif qui offre un contraste intéressant avec les doutes qui l'assaillent. Le dessinateur maîtrise en tout cas la représentation du héros et réussit de belles séquences, bien cadré par un script qu'on devine directif. L'épilogue est illustré par Ivan Reis et, évidemment, avec le talent exceptionnel de l'artiste (même si, depuis quelque temps, il a du mal à se fixer sur un titre durablement en tenant les délais), le chapitre y gagne en subtilité : il est question de deuil, de folie, de consolation, et toute la détresse partagée par Batman et Gotham Girl sont superbement rendue par un trait expressif, un travail sur les angles de vue intelligent : une pièce d'orfèvrerie. (Bimensuelle, la série sera dessinée alternativement, d'un arc à l'autre, par Finch et Mikel Janin, plus Clay Mann pour des intermèdes : le lecteur est gâté.)

On peut tout à fait se passer du n° 0 pour entrer directement dans le vif du sujet de I Am Gotham, qui se présente comme un début moins flamboyant que pour Detective Comics, mais la suite (Batman obligé d'infiltrer la prison de Santa Prisca pour récupérer le Psycho-Pirate remis par Hugo Strange à Bane) promet son lot de sensations fortes.