mercredi 17 septembre 2014

Critique 508 : JOHAN ET PIRLOUIT, TOME 10 - LA GUERRE DES 7 FONTAINES, de Peyo


JOHAN ET PIRLOUIT : LA GUERRE DES 7 FONTAINES est le 10ème tome (et la 17ème histoire) de la série, écrit et dessiné par Peyo, publié en 1961 par Dupuis.
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Egarés dans un territoire sec et hostile, Johan et Pirlouit, pour échapper à un orage, se réfugient dans un château abandonné. Mais des bruits suspects et le son de la cloche à minuit empêchent Pirlouit puis Johan de trouver le sommeil, et les deux amis partent à la recherche de l'importun.
C'est ainsi qu'ils vont rencontrer le fantôme de Sire Aldebert de Baufort, l'ancien seigneur de l'endroit, mort depuis cent ans, et responsable de l'état désolé de la région. En effet, après avoir croisé la vieille sorcière Sara, cet amateur de vin, dont le vignoble finit par ne plus produire qu'une infâme piquette, fut exaucé d'un voeu : transformer toutes les sources d'eau du pays en rivières de vin.
Tous ses sujets sombrèrent comme lui dans l'alcoolisme, et le domaine dans l'anarchie. Aldebert retourna voir Sara pour qu'elle rétablisse la situation mais elle refusa au prétexte qu'il n'avait droit qu'à un souhait. Il insista mais sa colère provoqua celle de la sorcière qui assécha alors toutes les courants. Le pays déclina et ses habitants en partirent.
A sa mort, les aïeux d'Aldebert lui refusèrent sa place au ciel et le condamnèrent à hanter son château jusqu'à ce que son descendant légitime lui succède sur le trône. 
Avec l'aide de la sorcière Rachel et des Schtroumpfs, Johan et Pirlouit entreprennent de rendre l'eau au pays tout en devant composer avec une douzaine de Baufort et Beaufort prétendant régner sur place. Le véritable héritier, Jean, devient alors l'homme à abattre et celui à protéger pour les deux héros...


Peyo commence la réalisation de ce 10ème tome dans les pages de Spirou en 1959, après la publication de La Flûte à Six Schtroumpfs. Comme son éditeur le lui permet désormais, il développe une longue histoire de plus de 60 pages, qui, avec le temps, sera reconnue comme un (sinon le) sommet de la série. C'était en tout cas le récit que préférait l'auteur.

Il est vrai qu'avec cette Guerre des 7 Fontaines, on trouve réunies toutes les qualités de Peyo et assemblés les éléments majeurs de son oeuvre : beaucoup d'action, un zeste d'humour, l'inspiration fantastique, un brin de poésie, un tempérament de fabuliste (avec une morale malicieuse sur les méfaits de la boisson et le bon usage du pouvoir).
Surtout, l'aventure est menée sur un rythme soutenu, ce qui permet aux nombreux évènements de se dérouler sans jamais ennuyer. Il y a trois actes distincts mais qui s'enchaînent avec fluidité : dans un premier temps, la rencontre entre les deux héros et le fantôme, la découverte de la situation ; dans un deuxième temps, l'arrivée des prétendants et la menace qui pèse sur l'héritier légitime ; puis dans un troisième et dernier temps, le retournement de situation avec l'alliance entre les deux héros et le descendant et leur bataille contre leurs adversaires. 
La limpidité de cette construction associée à la densité du récit assurent une lecture riche et divertissante, aux climats variés, aux coups de théâtre fréquents, avec de vrais morceaux de bravoure. Les personnages sont tous bien campés, et on peut même s'amuser du fait que l'histoire commence de manière similaire au tome 5 (Le Serment des Vikings, critique 507) - avec Johan et Pirlouit fuyant le mauvais temps et impliqués dans une intrigue à cause de cela - mais infiniment mieux développée. Même la figure du fantôme de Sire Aldebert est finement écrite, Peyo ne l'employant pas dans le but de susciter l'épouvante (ou alors de manière détournée, ironique) mais plutôt de la compassion pour ce pauvre damné.

Les dessins proposent sans doute ce que Peyo a accompli de plus impressionnant dans la série, notamment dans le dernier tiers de l'album : la séquence où Jean de Baufort, avec Johan et Pirlouit, et ses troupes prennent d'assaut le château et la lutte très disputée que se livrent les deux camps est éblouissante. 
Franquin avait longtemps regretté ne jamais avoir réussi à animer la foule dans Spirou et Fantasio, estimant ne jamais parvenir à un résultat à la fois assez clair, assez vif et assez impressionnant visuellement. Hé bien, ce tour de force, Peyo l'accomplit ici, en particulier pages 32, 41 et 57, avec des plans bluffants, au sein de planches incroyablement denses (toujours plus de dix cases !).
L'artiste réutilise un casting très fourni, avec tous les Baufort/Beaufort, mais aussi les Schtroumpfs, les sorcières Sara et Rachel (il ne manque guère que l'enchanteur Homnibus dans cette galerie magique).

Un album impressionnant, qui ne vole pas son titre de grand classique.

mardi 16 septembre 2014

Critique 507 : JOHAN ET PIRLOUIT, TOME 5 - LE SERMENT DES VIKINGS, de Peyo


JOHAN ET PIRLOUIT : LE SERMENT DES VIKINGS est le 5ème tome de la série, écrit et dessiné par Peyo, publié en 1957 par Dupuis.
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De retour d'une mission chez le baron de Troumanach, sur la côte, Johan et Pirlouit regagnent le château du bon Roi quand ils sont surpris par la pluie. Ils trouvent heureusement rapidement refuge chez une famille de pêcheurs non loin de la plage. 
Alors que Pirlouit distrait les trois enfants en leur racontant un conte, Johan remarque l'intelligence de l'aîné, Jacques, mais son père déplore de ne pouvoir encore le garder longtemps auprès de lui, en expliquant que le baron l'engagera certainement comme valet d'écurie. L'écuyer propose une alternative : l'emmener avec lui pour qu'il devienne page. Mais Johan se heurte au refus du père.
Le lendemain matin, un viking se présente à la porte de la maison et annonce à Johan qu'il vient chercher Jacques. Le garçon est enlevé sans que l'écuyer et Pirlouit puisse l'empêcher.
C'est alors qu'un second drakkar passe par là et embarque nos deux héros, l'équipage désirant comme eux libérer le garçon qui est au centre d'une lutte pour le trône du Snoeland...

Cela fait trois ans qu'il est publié dans les pages de Spirou quand Peyo se lance dans cette 5ème aventure de Johan et Pirlouit. Il est devenu une des vedettes de la revue et la série jouit d'une popularité grandissante auprès des lecteurs.

A ces titres, il participe au projet Risque-Tout, un nouveau journal de bande dessinée que lance les éditions Dupuis dès 1955 et dans laquelle il place plusieurs histoires courtes : Le Dragon vert (au n°2), Enguerran le preux (au n°9), Sortilège au Château (au n°22) et L'Auberge du Pendu (au n°25).
 
Mais le format long manque visiblement à Peyo et, dès le n° 920 de Spirou, fin 1955, il commence la publication du Serment des Vikings. La série n'a pas encore atteint des sommets artistiques, mais son auteur a acquis une vraie maîtrise de narrateur et c'est un artiste en constant progrès.
L'argument peut sembler assez banal avec son duo de héros embarqué dans une aventure qui les dépasse, dont ils ignorent les tenants et aboutissants : Johan croit bien faire en s'en mêlant mais entraîne un Pirlouit réticent dans l'affaire, avant de savoir le fin mot de l'histoire.

En examinant attentivement le découpage de cet album de 44 planches, on se rend néanmoins vite compte qu'il s'agit d'un récit très dense : on a droit à une moyenne de 11 à 12 plans par page, et il faut bien ça pour illustrer lisiblement la succession soutenue de rebondissements de cette longue course poursuite à bord de drakkars, à l'assaut d'un château, aux nombreux combats, aux retournements de situations multiples. En outre, le casting des seconds rôles est abondant et les patronymes des vikings, bons et méchants, offrent une note d'exotisme certain (on y croise des Olaf, Thor, Ingjald, Sveinn, Karle, Bodhvar, Mjolnir, Starkadh, Sigurd...).

Peyo fait feu de tout bois : visuellement, cette histoire réserve son lot de pages superbes, aux décors soignés, aux costumes évocateurs. Les scènes les plus spectaculaires, avec les flottes de drakkars, ou les batailles en mer ou dans le château  de Sigurd (dans lequel Johan et Pirlouit s'introduisent au moyen d'une ruse savoureuse), sont merveilleusement composées, sans pourtant requérir de grandes cases mais en utilisant au maximum l'espace de chaque cadre (une leçon que ferait bien d'étudier bon nombres d'artistes actuels...).

Il manque peut-être la pointe de poésie qui transformera les futurs albums en des récits de qualité encore supérieure, mais l'efficacité de l'action et les quelques notes de fantaisie suffisent à assurer une lecture très divertissante. 

dimanche 14 septembre 2014

Critique 506 : SPIROU N° 3987 (10 Septembre 2014)


La couverture de cette semaine met à l'honneur Nelson : pas très excitant... C'est aussi le retour de Détective et Cie. Et, pour les abonnés, la 2ème partie (sur 4) du poster Zombillenium par Arthur de Pins (qui s'annonce gigantesque à la vue des 2 premières pièces).
Epluchons un peu ce sommaire, et causons un peu de ce qui vaut le plus le détour.

J'ai aimé :

- Spirou et Fantasio : Le Groom de Sniper Alley 2. Fantasio trouve un stratagème pour entrer dans l'Aswana et bénéficier de la protection de la force militaire "Gros-Nez". Il faudra bien ça pour commencer leur périple qui est très vite très mouvementé...
Ces nouvelles pages sont jubilatoires, avec un humour pince-sans-rire (l'astuce pour rhabiller Spirou en groom est bien trouvée), de l'action (on est tout de suite dans le vif du sujet). Yoann est également très en forme : comme il le raconte dans l'interview en préambule, il s'est solidement documenté pour les uniformes, les véhicules, les armes, les décors.
On dirait bien que le duo d'auteurs a (enfin) trouvé le bon bout.

- Ernest et Rebecca : La Boîte à blagues 5/7. C'est parti pour l'évasion de Pépé Bestiole, organisée par les "tripotes" et la complicité de la postière Cassiopée. Pour cette échappée nocturne, Rebecca découvre des coins de la campagne où son grand-père a vécu de grands moments...
On approche tout doucement de la fin et déjà, j'ai un pincement au coeur car je fonds devant les aventures de cette gamine avec son grand-père. Guillaume Bianco sait parfaitement doser les moments drôles, loufoques, et les autres, plus émouvants, sans jamais tomber dans la mièvrerie. Les dessins de Dalena et les couleurs de Giumento ajoutent à l'enchantement.

- Mélusine. La chute (au sens propre et figuré) est efficace, comme toujours, mais cette fois, Clarke ose l'émotion avec cette page touchante où sa jolie fée se rappelle son amie disparue.

- Détective et Cie : Retour à la case pétard. Un privé cherche, et retrouve, une jeune femme disparue, retenue prisonnière par le malfaisant Ted Bormist. Reste que l'enquêteur a peut-être un peu enjolivé son récit lorsqu'il explique comment il a sauvé la demoiselle...
Ce récit court de Fardin est très drôle et mouvementée, et son dénouement est sarcastique à souhait. Les dessins de Baron Brumaire m'enthousiasment moins, mais ça ne suffit pas à gâcher le plaisir.

- Rob. James et Boris Mirroir continuent de s'amuser (et nous avec) sur la romance entre leur héros et la conseillère de l'agence pour l'emploi, sous l'oeil goguenard du robot. Ces strips sont efficaces et marrants, d'un humour subtil.

- Imbattable. Pascal Jousselin confronte son super-héros à un savant fou et tricote encore une fois un bijou narratif, au découpage diabolique. Mine de rien, c'est du grand art, très inventif.

- Pinpin Reporter. Mathieu Sapin prépare les repérages de son court métrage au Jardin des Plantes. Du comique de situation très bien vu, mais pas super bien dessiné hélas !

- L'Ateleir Mastodonte. Guillaume Bouzard revient à l'atelier après une longue absence : de quoi provoquer un joyeux quiproquo, que Alfred va amplifier. Absurde et très rigolo. Une valeur sûre de la revue.

- Tash et Trash. Trois cases très marrantes : c'est d'une efficacité redoutable. / Kahl et Pörth. 2 cases, encore plus concis mais aussi bien senti.

- Dad. Nob livre chaque semaine une planche magique : il transforme une situation banale en un gag qui tape dans le mille, le tout superbement dessiné et mis en couleur. Quel régal ! (voir ci-dessous)

En Direct de la Rédak ne propose rien de bien notable (une interview de Bertschy, le créateur de Nelson, le retour la semaine prochaine des Campbell de Munuera).
Les Aventures d'un Journal revient sur la chronique tenue de 2004 à 2008 par Martin Winckler (successeur du Fureteur de Jean Doisy, rebaptisé Dr Je sais tout).

Bon, après, comme toujours, y a des trucs pas folichons pour remplir le programme, et je me rends compte que, depuis que j'achète régulièrement l'hebdomadaire, c'est bien là que la bât blesse : un numéro, c'est 50 pages, dont, dans le meilleur des cas, deux tiers (dans le pire, la moitié) valent le coup et le reste n'est vraiment pas au même niveau (avec des titres repris sans inspiration ou des séries originales pas terribles).
On peut s'interroger sur ce qui pourrait remplacer ces séries moins bonnes, en donnant plus de place au rédactionnel, à de nouveaux auteurs (le principe de la page "Cartes blanches" plus développée, car on y trouve souvent de très bonnes choses), des interviews plus longues et qui ne donneraient pas que la parole à la série d'ouverture (parce que c'est intéressant d'apprendre comment les auteurs écrivent et dessinent).
Mais, bon, je ne râle pas trop parce que j'y trouve quand même mon compte (surtout en étant abonné) et que, jusqu'à présent, depuis fin Juillet que suis fidèle, le bilan a été quand même positif.

mercredi 10 septembre 2014

LUMIERE SUR... DARWYN COOKE

En Novembre, Darwyn Cooke signe de magnifiques "variant covers" 
pour les séries DC Comics.

 Action Comics
 Aquaman
 Batgirl
 Batman & Robin
 Batman
 Catwoman
 Detective Comics
 Flash
 Grayson
 Green Lantern
Green Lantern Corps
 Harley Quinn
 Justice League Dark
 Justice League United
 Justice League
 He-Man & The Masters of the Universe
 Sinestro
Star-Spangled War Stories, featuring GI Zombie
 Supergirl
 Superman/Batman
 Superman/Wonder Woman
 Teen Titans
 Wonder Woman

dimanche 7 septembre 2014

Critique 505 : LA RIBAMBELLE, L'INTEGRALE TOME 2, de Roba, avec Jidéhem, Vicq et Maurice Tillieux


LA RIBAMBELLE, L'INTEGRALE TOME 2 rassemble en un seul volume les tomes 4 à 6 de la série créée par Roba, publié en un volume par Dargaud  en 2001.
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LA RIBAMBELLE AUX GALOPINGOS est le 6ème tome dans l'ordre chronologique de la série, écrit par Vicq et dessiné par Roba avec Jidéhem, publié en 1968 par Dupuis. 
Il ouvre cependant cette seconde Intégrale puisque l'histoire est la suite directe de La Ribambelle s'envole (le tome 3 de la série, in L'Intégrale tome 1 - critique 499).
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6 mois après avoir gagné le concours de construction d'un engin volant uniquement mue par l'énergie musculaire du pilote (voir l'Intégrale tome 1, La Ribambelle s'envole !), la Ribambelle attend toujours de recevoir son prix, un voyage tous frais payés pour les îles Galopingos. Et quand celui-ci arrive enfin, c'est la désillusion car il n'y a qu'un seul billet ! 
Aucun membre de la bande ne se résolvant à partir sans les autres, il est décidé d'offrir le billet à Berlingaud, le confiseur du quartier dont la grande passion est la paléontologie. Mais quand il arrive sur place, il fait une mauvaise rencontre sans s'en douter avec le capitaine Schlapp, complice d'un savant fou, le Dr Schikelgrüber, cultivant une plante locale pour en faire une drogue asservissant ses consommateurs.
La Ribambelle apprend la disparition de Berlingaud et, avec l'argent d'Archibald, part à sa recherche, quitte à affronter des indigènes hostiles et le mystérieux dragon de Grododo.
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LA RIBAMBELLE ENQUÊTE est le 3ème tome dans l'ordre chronologique de la série, écrit par Maurice Tillieux et dessiné par Roba avec Jidéhem, publié à l'origine en 1966 dans Spirou par Dupuis. LA RIBAMBELLE ENGAGE DU MONDE !, écrit par Roba et Yvan Delporte et dessiné par Roba, publié à l'origine en 1964 dans Spirou par Dupuis, complète le sommaire de l'album.
Les deux histoires trouvent leurs suite et fin respectives dans La Ribambelle contre-attaque ! et La Ribambelle au bassin.
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La Ribambelle enquête ! et La Ribambelle contre-attaque ! forment un seul récit mais découpé en deux parties de 30 pages chacune.

Alcide Levase est un brocanteur malhonnête qui a localisé un précieux coffret enterré sous le bus dans le terrain où la Ribambelle a son QG. Pour éviter les pièges d'Archibald après une première visite nocturne agitée, il enlève le petit écossais pour le forcer à lui indiquer un itinéraire sûr.
Sans nouvelles de leur ami, le reste de la bande, alerté par le majordome James, se met à sa recherche, sans savoir qu'entretemps Arsène Grofilou (voir Intégrale tome 1, La Ribambelle gagne du terrain) a eu vent de cette histoire de coffret et veut aussi s'en emparer.
Archibald libéré, la Ribambelle n'est pas au bout ses peines car Grofilou a recruté Tatane et ses Caïmans pour récupérer le coffret... 

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LA RIBAMBELLE CONTRE-ATTAQUE ! est le 4ème tome dans l'ordre chronologique, écrit par Maurice Tillieux et dessiné par Roba avec Jidéhem, publié à l'origine dans Spirou en 1966 par Dupuis. LA RIBAMBELLE AU BASSIN, écrit par Roba et Yvan Delporte et dessiné par Roba, publié à l'origine dans Spirou en 1964 par Dupuis, complète le sommaire de cet album.
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La Ribambelle engage du monde et La Ribambelle au bassin sont deux mini-récits complets de 16 pages chacun, et dont la parution (en 1964) est en fait antérieure à toutes les autres histoires de cette 2nde Intégrale.

Dans La Ribambelle engage du monde, les Caïmans postulent pour entrer dans la bande afin de s'approprier son terrain. Ils passent les tests d'usage et les réussissent, mais James, le majordome, se méfie : il a raison car il s'aperçoit que Tatane et ses deux acolytes veulent revendre à un ferrailleur le vieux bus en pièces détachées.
Dans La Ribambelle au bassin, nos héros et les Caïmans assistent à l'arrestation dans un square d'un homme par deux policiers. Grenadine apprend que le fugitif a jeté son mystérieux butin dans le bassin du parc. Chacune des deux équipes s'emploient à le récupérer (la Ribambelle pour le rendre à son propriétaire, les Caïmans pour le vendre au plus offrant). Tatane et ses sbires prennent l'avantage mais en découvrant la nature du butin, vont avoir une mauvaise surprise...

La chronologie du sommaire de cette seconde Intégrale est pour le moins chaotique : on commence par le tome 6 de la série paru en album en 1968, puis on enchaîne avec une histoire en deux parties de 1966 qui n'a été publié qu'en 1984 en album, et enfin deux courts récits complets antérieurs à tout le reste puisque datant de 1964 (et en albums en 1984).
Néanmoins, on peut penser que si Dargaud a choisi de repositionner La Ribambelle aux Galopingos en ouverture de cette Intégrale tome 2, c'est parce qu'il s'agit de la suite directe de La Ribambelle s'envole ! qui concluait l'Intégrale tome 1. En revanche, avoir saucissonné La Ribambelle enquête ! et La Ribambelle contre-attaque ! et placer La Ribambelle engage du monde et La Ribambelle au bassin laisse beaucoup plus perplexe.

Cela ne doit, cependant, empêcher d'apprécier la suite et fin du run de Roba, même s'il est vrai que ces histoires sont moins convaincantes dans l'ensemble et que le concept même de la série reste inabouti.
Contrairement à d'autres auteurs qui ont délaissé des créations parallèles ou précédentes au titre qui a fait leur succès, Roba nourrissait le projet de reprendre un jour La Ribambelle (il l'avait évoqué dans les années 80), convaincu que les personnages avaient encore du potentiel et pouvaient revenir dans des aventures actualisées. Mais accaparé par Boule et Bill, puis embarrassé par des problèmes de santé (il souffrait d'arthrose à une main), il n'a jamais pu concrétiser ce souhait.

S'il avait pu, Roba aurait quand même dû corriger la principale faiblesse de la série : le déséquilibre dans la caractérisation de ses personnages et une véritable modernisation pour certains d'entre eux. C'était déjà flagrant dans la première Intégrale mais le jeune Archibald concentre l'intérêt quand Grenadine est par trop rétrograde, cantonnée à un rôle d'infirmière-couturière dont l'absence ne se remarquerait même pas (mis à part dans La Ribambelle au bassin, mais c'est vite plié). 
Ces gamins sympathiques ne dépassent pourtant jamais les clichés de leurs origines sociales et culturelles, et de ce point de vue, la série a quand même beaucoup vieilli. On la lit comme le témoignage d'une époque où les moeurs étaient loin d'être aussi libérées, où la censure paralysait les éditeurs et écrasait les auteurs. Mais pour peu qu'on ne soit pas disposé à l'indulgence, il est facile de n'en retenir qu'une succession de lieux communs, avec Dizzie le petit noir qui ne jure que par le jazz, Atchi et Atcha les asiatiques qui pratiquement forcément le kung-fu et ne communiquent que par des pseudo-dictons, ou Phil le mignon et courageux blondinet.

Mais ça, c'est si on est un peu méchant et cynique. Sinon, La Ribambelle conserve un vrai charme, une fraîcheur authentique, et on aurait, à mon avis, tort de reprocher à Roba et ses collaborateurs d'être de frileux petits bourgeois. Ils n'étaient que le produit de leur époque, produisant donc des bandes dessinées pour des enfants, sous la direction d'éditeurs qui leur imposaient de respecter les bonnes manières (alors que Roba désirait au départ faire de ses héros des gosses des rues moins apprêtés).

La suite de La Ribambelle s'envole ! entraîne la bande dans un décor exotique propice à de nombreuses péripéties, et Vicq au scénario ne se prive pas d'y instiller une vraie fantaisie. La présence et l'apparition du dragon de Grododo prouve qu'entre les mains d'un narrateur débridé, la série pouvait prétendre à une certaine étrangeté, une cocasserie, et en entraînant ses héros à l'étranger, leurs aventures n'en étaient que meilleures.

Le récit imaginé par Maurice Tillieux (le créateur de Gil Jourdan) dans La Ribambelle enquête ! / Contre-attaque ! ramène la bande en terrain plus convenu, avec le retour des méchants Grofilou et Caïmans. Cette chasse au trésor profite du talent de son scénariste, très à l'aise dans ce registre quasi-policier, et la morale de l'histoire révèle l'aspect dérisoire de qui s'est déroulé, soulignant du même coup que l'avidité est un vilain défaut.

Les deux petits récits, La Ribambelle engage du monde et Au bassin, associent les talents d'Yvan Delporte et de Roba pour des aventures minimalistes mais pleines de rebondissements, de rythme. Qui sait si en fait ce format bref n'aurait pas mieux convenu à la série que des histoires plus amples ? Roba a gagné un public large et fidèle avec les gags en une page de Boule et Bill, et la concision naturelle de son écriture aurait peut-être pu lui permettre de réanimer La Ribambelle avec des "short stories", procédé repris par des auteurs actuels (comme Benoît Féroumont ou Fabien Vehlmann) avec succès.

Visuellement, en tout cas, tout le bien qu'on peut penser de la première Intégrale se confirme dans cette seconde. 
Vraisemblablement pour tenir les délais, Roba reçoit le soutien de Jidéhem, que les fans de Franquin (dans de nombreux Spirou et Fantasio jusqu'à ses premiers Gaston Lagaffe) connaissent bien. Dargaud n'a hélas ! pas cru bon d'indiquer, dans un nouveau texte en préface, quelle était la nature exacte de la contribution de Jidéhem, mais on peut supposer qu'il a, comme avec Franquin, réalisé les décors et participé à l'encrage (quoique Roba était un excellent encreur).
Le résultat est superbe, notamment dans la virée aux Galopingos, avec sa jungle très ouvragée, le design des indigènes ou la création du dragon de Grododo. Roba donne même un aperçu de ses talents (peu exploités par ailleurs) de caricaturiste en donnant au capitaine Schlapp les traits de l'acteur  Gert Fröbe (qui joua le méchant Goldfinger dans l'épisode du même nom de la série de films James Bond).

Jidéhem est encore là pour La Ribambelle enquête ! / Contre-attaque !, et on y trouve de belles ambiances nocturnes dans des décors urbains, de superbes voitures (comme la limousine de Grofilou). Dans La Ribambelle engage du monde, la casse du ferrailleur avec lequel Tatane négocie la vente du bus est plus brièvement traitée mais procure aussi de belles vignettes.

Néanmoins, j'avoue un faible pour La Ribambelle au bassin, dans lequel Roba réussit à représenter le parc, décor quasi-unique de l'histoire, avec un découpage, des jeux d'ombres et de lumière, de manière très réussie. De même, le siège du repaire des Caïmans à la fin évoque une version efficace des films de gangsters, avec une ambiance inspirée.

La Ribambelle n'est pas une grande BD, mais c'est une oeuvre à redécouvrir chez un auteur-artiste dont le génie pour animer les enfants reste fabuleux. C'est plein de charme, et cela compense presque toujours le côté daté de cette création (qui, reprise aujourd'hui, n'a gagné pas en caractère et perdu en fraîcheur).