jeudi 27 juillet 2017

BATWOMAN #1-4, de Marguerite Bennett, James Tynion IV et Steve Epting

J'ai été surpris de la brièveté de la série Velvet (écrite par Ed Brubaker chez Image), même s'il a fallu s'armer de patience pour en lire les ultimes épisodes. Et j'ai été étonné d'apprendre que Steve Epting rebondissait chez DC à l'occasion de "Rebirth" en dessinant la nouvelle série consacrée à Batwoman.
 

Mais en apprenant que James Tynion IV était de la partie, aux côtés de Marguerite Bennett, car cet auteur m'a impressionné sur les premiers épisodes de Detective Comics (que je suis dans la revue Batman Rebirth chez Urban Comics). Allaient-ils, tous ensemble, transformer l'essai, égaler le run de Rucka et Williams III, voire le dépasser ?

C'est ce qu'on peut vérifier avec le premier arc en 4 épisodes : The Many Arms of Death. Et pas de suspense : c'est une réussite.

L'intrigue alterne narration au présent et flash-backs situés un an auparavant. Kate Kane, après un accident de plongée sous-marine, rencontre Safiyah Sohail sur l'île de Coryana. Cette femme, aux côtés de son bras-droit Rafael et de son bras armé (et amante ?) Tahani, y commerce avec Adelaïde Stern, Tae-Ree et Bruno Bwna Brewster, des criminels, afin de préserver la discrétion du site.

Une romance se noue entre Kate et Safiyah, mais la première finit par repartir exercer ses talents de justicière à Gotham. Sans le savoir alors, elle a scellé le sort de l'île. Lorsqu'en mission, elle croise à nouveau Tahani et que celle-ci se montre très hostile, Batwoman comprend qu'il est temps de retourner à Coryana, d'autant qu'une enquête sur une potion transformant ceux qui se l'injectent en monstre l'y conduit aussi. Kate est accompagnée par Julia (alias "Tuxedo One", un peu son Alfred Pennyworth à elle, mais en plus mignonne, même si elles ne sont pas amantes).

L'île a effectivement bien changé : elle est désormais aux mains de la Kali Corporation, dirigée par un frère et une soeur jumeaux, qui ont transformé l'économie de l'endroit - et au-delà. Tahani semble être devenue leur complice. Mais quid des camarades de Safiyah - et de Safiyah elle-même ?

Tout d'abord, on peut très bien faire l'impasse sur le "n° 0" de Batwoman (l'épisode "Rebirth"), qui n'apprendra rien qu'on ne sache déjà sur le personnage, et dans lequel scénaristes et dessinateur singent absurdement ce que firent Rucka et Williams III.

Cela étant dit, par contre, il ne faut pas passer à côté de ce premier arc, qui est un modèle d'efficacité. Tynion IV s'y affirme comme l'auteur le plus inspiré que j'ai lu actuellement et sans vouloir minorer le rôle de Marguerite Bennett, on retrouve surtout le sens de la narration, la finesse de la caractérisation et le rythme soutenu pour une intrigue dense déjà à l'oeuvre dans Detective Comics. Les enjeux sont bien posés, l'histoire est prenante, les ambiances intenses : c'est un sans-faute.

Quant à Epting, sa prestation est superbe. J'ai un peu regretté qu'Elizabeth Breitweiser ne le colorise plus (son apport aux planches de Velvet était remarquable), mais Jeremy Cox accomplit un travail magnifique aussi (un peu plus plat, mais très classieux). L'artiste régalera ses fans (comme moi) avec le soin qu'il apporte à donner à chaque personnage une vraie identité visuelle, à jouer avec leurs attitudes, leur langage corporel, de manière subtile, dans le cadre d'un découpage classique mais à la maîtrise incomparable (des doubles-pages côtoient des gaufriers de neuf cases ou des pleines pages à tomber).

Epting est très à l'aise avec Batwoman, son costume (un des plus beaux designs de ces dernières années - ça aide quand même quand on confie ce job à un pro comme Alex Ross), mais aussi avec Kate Kane, qui est campée avec ce qu'il faut de féminité et de dureté. Son adversaire (Tahani aka Knife) en impose aussi, dès sa première apparition, et les jumeaux sont flippants à souhait.

Je n'ai pas vérifié dans les sollicitations si Epting allait continuer à produire la partie graphique ou si la série allait alterner les arcs avec un autre dessinateur (il en faudra en tout un bon). Mais ce qu'il y a de sûr, c'est qu'on est accroché (où est passée Safiyah ? Quels sont les plans de la Kali Corp. ?)

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