samedi 17 août 2019

BATMAN UNIVERSE #2, de Brian Michael Bendis et Nick Derington


Après un début très accrocheur, Batman Universe ne lève pas le pied : on sent le plaisir manifeste du duo Brian Michael Bendis-Nick Derington à travailler ensemble et à raconter cette histoire. Histoire qui renoue avec les detective stories et nous embarque dans une enquête bien mouvementée dans plusieurs zones du DC-verse.


Amsterdam. Green Arrow et Batman ont coincé le Sphinx et se sont débarrassés de Deathstoke. Mais la police hollandaise débarque et oblige les deux héros à s'éclipser, permettant aussi à leur adversaire de se carapater.


Mais le Sphinx ne va pas loin avant d'être rattrapé. Green Arrow récupère la boîte dans laquelle il transporte l'oeuf de Fabergé qu'il a volé. Un gaz semblable à celui développé par l'Epouvantail le rend fou lorsqu'il l'ouvre.


Pendant que Batman tente de raisonner Green Arrow et de lui administrer l'antidote, le Sphinx se fait à nouveau la belle. Il gagne les docks où l'attend son commanditaire : Vandal Savage.


Batman repart à la recherche de l'oeuf en traçant sa signature énergétique, d'origine extraterrestre. Cela le conduit à Gorilla city où il s'infiltre discrètement avant que la garde royale ne lui barre la route.


Batman convainc le roi Nnamdi de le suivre dans sa salle des trophées. Ils y trouvent en effet le Sphinx avec la boîte de l'oeuf. Batman procède à une anlayse du récipient mais il est alors téléporté sur... Thanagar !

On retrouve, intact, ce qui a séduit dans le premier numéro de Batman Universe dans ce nouveau chapitre (qui, comme précédemment, comporte en fait deux épisodes de quinze pages). Pas besoin de connaître Batman sur le bout des doigts, ni même ce qui se passe dans ses deux autres séries (Batman et Detective Comics). Il suffit de se laisser porter.

Brian Michael Bendis finira-t-il par écrire une série régulière consacrée au dark knight ? En tout cas, il est vraiment taillé pour ça et il donne au lecteur néophyte comme au vieux fan un concentré de ce qu'on aime chez ce héros, sans verser dans quelque chose de sombre (comme c'est souvent le cas). Le projet pourrait s'appeler "Batman Adventures" car c'est bien à cela qu'on a affaire.

L'enquête entraîne le personnage et le lecteur dans des endroits peu fréquentés par Batman, loin de Gotham : c'est très dépaysant. Et cela permet de renouer avec quelque chose de familier comme The Brave and the Bold, grâce à la participation de Green Arrow (d'autres partenaires apparaîtront dans la suite du récit, comme Green Lantern ou Jonah Hex).

A l'image de l'oeuf de Fabergé que traque Batman, l'intrigue ressemble à un jeu de poupées russes : une surprise éclate à chaque fois qu'on s'en approche ou qu'on ouvre un coffret. Green Arrow en fait brièvement les frais et Batman, à la fin de ce numéro, a droit à un sacré trip. Bendis joue avec ces personnages comme avec nous : ce n'est pas innocent si ce que contient l'oeuf de Fabergé altère les facultés cognitives et empêchent, même le plus grand détective du DC-verse, d'anticiper ce qui va se produire.

Nick Derington fait feu de tout bois avec ce script mouvementé. Son dessin tranche aussi avec ceux des autress titres où figure Batman, en se rapprochant du cartoon, en ne cherchant pas le réalisme à tout crin. L'encrage un peu gras donne de la texture au trait et évite à l'artiste de noyer les plans dans trop de détails.

Cela n'empêche pas Derington de soigner ses planches, notamment avec les décors. Contrairement à la moyenne, il meuble les fonds et ne laisse pas au coloriste (pourtant le très doué Dave Stewart) la tâche de masquer les arrières-plans avec des camaïeux.

Il y a des scènes formidables inventives, dont on mesure l'excellence par l'habileté avec laquelle elle nous confonde, comme lorsqu'on découvre que Batman n'est pas dans la Batcave mais dans une simulation en réalité augmentée généréé depuis le Bat-plane. Ou comme l'arrivée de Batman à Gorilla city dans laquelle il tente d'accéder à la salle des trophées royaux en sautant de toit en toit (une somptueuse double page avec une décomposition de la progression du personnage sur les hauteurs de la ville).

Ce n'est pas difficile d'aimer ce Batman Universe - ça le serait plutôt de ne pas l'aimer. Alors allez-y en toute confiance : c'est fun, c'est palpitant, imprévisible. Digne du dessin animé mythique de Bruce Timm.

vendredi 16 août 2019

CAPTAIN MARVEL #9, de Kelly Thompson et Carmen Carnero


Ce neuvième épisode de Captain Marvel déçoit. Autant être franc : la série affiche ses limites de manière frappante, comme si, soudain, elles apparaissaient en pleine lumière. Comme son héroïne, Kelly Thompson tourne en rond, et Carmen Carnero peine toujours à sublimer le script. Rideau ?


Ses pouvoirs défaillant, sans emploi, impopulaire, Captain Marvel peut néanmoins encore compter sur le soutien d'Abigail Brand du SWORD et surtout de Rhodey. Elle l'entraîne d'ailleurs jusque dans le repaire de Minn-Erva pour connaître ses intentions réelles.


Ils y découvrent une créature semblable à celles qu'a affront Carol récemment. De quoi confirmer la théorie d'un piège ourdi par Minn-Erva. Quand le monstre se réveille, il faut l'intervention, providentielle, de Star, pour sauver les civils exposés.


Cette fois, Carol se rend à l'évidence : elle accepte de se soumettre à des tests médicaux chez Tony Stark. En présence de Spider-Woman, ils remarquent dans la poitrine de Captain Marvel un curieux implant.


Si Tony ne l'identifie pas, Carol a son idée. Spider-Woman la suit jusqu'à Harpswell, dans le Maine, où Captain Marvel a installé sa base secrète, sous la maison de ses parents. Et où elle a un implant, d'origine Kree, identique à celui découvert dans sa poitrine.


Plus de doute pour Carol : Minn-Erva s'est jouée d'elle en provoquant sa chute et la régression de ses pouvoirs. Mais en retournant dans le repaire de sa rivale, elle la trouve inconsciente et enchainée devant un message menaçant à l'adresse de Captain Marvel.

En vérité, l'échec de Captain Marvel version "Fresh Start" n'est pas une surprise. Je me suis montré indulgent, trop sans doute, pour me rendre à l'évidence avec ce numéro.

Jusqu'alors, j'ai été très clément avec les comics écrits par Kelly Thompson chez Marvel parce que la scénariste y faisait preuve d'une fraîcheur bienvenue. Je considérai ses échecs commerciaux injustes, que ce soit avec sa reprise de Hawkeye et de West Coast Avengers (même si, dans ce dernier cas, Marvel n'a rien arrangé en dépouillant le titre de son artiste initial).

Pourtant, il faut bien revenir sur ces bides pour tenter de comprendre ce qui ne va pas avec Captain Marvel. Beaucoup de fans de comics prétendent que les auteurs qui savent écrire des séries avec des groupes de héros sont moins inspirés avec des séries centrées sur un seul héros, et vice-versa. Kelly Thompson s'est fait connaître en co-écrivant deux team-books (le tie-in à Secret Wars, Captain Marvel and the Carol Corps, avec Kelly Sue DeConnick ; puis A-Force, avec G. Willow Wilson). Et c'est comme si, depuis, elle voulait reproduire cette formule.

Hawkeye avait un supporting-cast fourni et la série avait fini avec la réunion de Kate Bishop et Clint Barton. WCA reprenait les choses où s'arrêtait Hawkeye. Et le premier arc de Captain Marvel voyait l'héroïne bien entourée par des collègues féminines (une sorte de A-Force bis qui ne disait pas son nom).

Mais, là où Hawkeye avait un vrai charme et le début de WCA une fantaisie exquise, Captain Marvel se traîne. Il n'y a pas cette étincelle qui transforme une BD sympa en bonne BD, ce je-ne-sais-quoi qui vous convainc que la scénariste ajoute quelque chose de neuf à la série et son personnage principal. Thompson nous sert plutôt du réchauffé avec des monstres, des super-vilaisn ringards, une héroïne en rade malgré sa détermination. Rien qui passionne, qui fasse vibrer. 

Tout paraît téléphoné malgré le mystère que veut entretenir Thompson : on devine, bien plus facilement que Carol Danvers, que Star, cette nouvelle justicière, n'a pas surgi de nulle part ni que Minn-Erva est une suspecte trop évidente (donc une fausse coupable). Déjà rendue peu sympathique par Bendis (dans Civil War II) ou intéressante par Stohl (dans The Life of Captain Marvel), Carol lasse à être toujours aussi paumé et revêche (avec Tony Stark, qui lui a pourtant pardonné de l'avoir quasiment tué). On est loin du personnage animé par Kelly Sue DeConnick et David Lopez.

Ce plantage n'est pas nuancé par le dessin. Carmen Carnero livre son meilleur boulot, mais ce n'est pas à l'évidence une artiste capable de transcender l'ouvrage. Elle est appliquée, pas maladroite, mais pas renversante. Ses planches sont solides mais jamais épatantes. C'est illustratif, classique, sans vraie personnalité.

Pardonnez cet écart de langage, mais cette série est emmerdante. Elle se lit, ce n'est pas un navet. Mais ce n'est pas palpitant. Je ne sais honnêtement pas si je vais poursuivre : finir cet arc m'ennuie, car je ne sens pas un redressement possible.

jeudi 15 août 2019

POWERS OF X #2, de Jonathan Hickman et R. B. Silva


Le démarrage de House of X et Powers of X a dominé les ventes de Juillet et a dû sûrement soulager Marvel (davantage que le scénariste qui affichait l'assurance tranquille des gagnants). Même si ce deuxième chapitre de POX n'est pas aussi fort que celui de HOX, il confirme l'envergure du projet et joue toujours sur les échos d'une série à l'autre, et même sur les scènes de l'épisode entre elles.


X-Men, An 1. Île M. Charles Xavier et Moira McTaggert débarquent dans le repaire de Magneto, situé dans le Triangle des Bermudes. Erik Lensherr accepte d'ouvrir son esprit à Xavier, connecté à Moira, et voit ses échecs à venir. Magneto est prêt à suivre le grand plan de son "vieil ami" pour les mutants.


X-Men, An 10. Krakoa. Cyclope rejoint le Professeur X et Magneto pour lire le contenu de la clé USB volée chez Damage Control par Mystique. Elle révèle le projet d'Orchis. Cyclope accepte de conduire la mission qui empêchera son achèvement.


X-Men, An 100. Astéroïde K. Rasputin IV et Cardinal sont conduits devant Apocalypse, le nouveau guide des mutants, à qui ils remettent la carte dérobée sur Terre. Nimrod se demande de son côté ce que mijotent les derniers rebelles mutants.


La lecture de la carte suggère qu'il faut accéder au lieu où sont indexées les données rassemblées par Nimrod. Une mission-suicide comme le résume Wolverine. Mais Apocalypse est prêt à la mener.


X-Men, An 1000. Nimbus. Le Libraire et ses pairs accueillent les Phalanx, la forme collective la plus intellectuellement avancée dans l'univers, et leur adressent leur requête : l'Ascension. Qui n'est accordée qu'au mérite estimée par les visiteurs.

Autant prévenir : certains, qui ont été impressionnés par les trois épisodes cumulés de House of X et Powers of X, et en particulier par le twist de HOX #2, risquent d'être un peu déçu par cet épisode, ou du moins de rester sur leur faim. Ne vous attendez pas à un nouveau coup de théâtre spectaculaire.

En vérité, POX est une sorte de complément de programme, ce qui ne l'empêche pas d'être indispensable à la compréhension de la saga car les scènes qu'y développe Jonathan Hickman sont essentielles. Mais la structure narrative est plus découpée, plus rigide aussi, et oblige à apprécier différemment le contenu.

En chapitrant l'histoire de POX en périodes clés de l'Histoire des mutants, la lecture est plus "éditée", avec un effet de montage plus flagrant. Il s'agit littéralement de s'arrêter sur des moments de vérité, assez brefs, mais déterminants. Il n'y a pas d'effet de surprise réel, mais des appendices, des explications - quand bien même la partie située mille ans dans le futur est plus cryptique et vertigineuse.

De fait, après avoir découvert que Moira était une mutante, ayant vécu plus vies, avant de révéler sa nature à Charles Xavier - même si le mystère demeure entier concernant sa sixième incarnation - , nous la retrouvons en compagnie du Professeur X sur l'île refuge de Magneto. Le diable est dans les détails et donc le lecteur attentif notera d'emblée que Xavier se déplace désormais dans son fauteuil roulant (alors que lors de sa rencontre avec Moira, il était encore valide). De même Magneto apparaît en costume et ses paroles suggèrent qu'il a déjà affronté plusieurs fois Xavier et ses premiers X-Men. Cela situe le récit, la scène dans le temps - et c'est tout le propos de POX, le temps.

Hickman connaît ses classiques et résume en un plan la liste non exhaustive mais intense des échecs les plus cuisants du maître du magnétisme. De quoi l'ébranler sérieusement et le convaincre que Xavier et Moira ont un plan solide, qu'il accepte (certes toujours avec méfiance) de suivre. Le dialogue mais aussi l'attitude de Erik Lensherr sont admirablement captés : il est sur la défensive, réticent, rappelle que "désormais, nous sommes ensemble, toi et moi" à Xavier. Et Xavier est rusé, roublard même ("je n'en attendais pas moins de ta part"). Moira joue l'arbitre. Tout est dit et le pacte qui se noue entre eux trois résume tout.

La deuxième scène est encore plus expéditive : Cyclope est affranchi du projet Orchis. La menace est déjà concrète. Une mission est décrétée et Scott Summers ne se défile pas. C'est une mission commando, en terrain ennemi, loin de la base des mutants : cela aura son importance pour la séquence suivante car Hickman pose cela comme un élément appelé à se répéter. On entrevoit une réflexion sur le déterminisme, la fatalité, même si elle ne dit pas encore son nom. Mais aussi sur la hiérarchie des X-Men : Xavier est le chef, Magneto le général, Cyclope le lieutenant. C'est clair, net, précis : ce qui manquait depuis des lustres aux X-Men (notamment pour définir Xavier, dont beaucoup de scénaristes ne sachant qu'en faire s'en débarrassaient - Hickman compris, puisque c'est lui qui eût l'idée que Cyclope le tue dans Avengers vs. X-Men).

La troisième partie est la plus consistante : cent ans dans le futur, c'est la période primordiale, charnière de POX, avec ses "Chimères", et les survivants historiques de la deuxième ère (Wolverine, North - une "chimère" composée de Polaris et Emma Frost - , Apocalypse, Xorn et ce qui semble être Cypher - même s'il s'agit plus vraisemblablement d'un hybride composé de Krakoa et Cypher).

Ce groupe de protagonistes va devoir lui aussi s'engager dans une mission dangereuse contre l'ennemi désigné cent ans plus tôt (Nimrod). Mais cette fois, Wolverine le dit sans ambiguïté, c'est une opération-suicide (Parcival avait le pouvoir de les faire passer inaperçus, et la puissance de Nimrod semble illimitée, même pour Apocalypse). Le déterminisme est ici plus franchement formulé : est-ce le destin, sans cesse répété, des mutants de lutter pour survivre (alors que, dans l'An 1, Xavier assurait à Magneto que son plan ne consisterait plus à assurer la survie des mutants...) ?

On arrive à l'An 1000. Hickman est ici plus cryptique. Les personnages sont à peine caractérisés, parlent de manière nébuleuse, et ce n'est pas l'arrivée des Phalanx, ces entités surpuissantes qui arrangent quoi que ce soit. Toutefois l'Ascension désirée par les pairs du Libraire introduit une espérance, absente des segments antérieurs. Elle suggère aussi une forme de mutation ultime.

Ce qui trouble, c'est qu'en vérité aucune de ces époques n'est vraiment identifiée. Depuis qu'on sait que Moira a expérimenté plusieurs existences et que la sixième incarnation nous est inconnue, toutes les théories fleurissent. L'histoire qu'on lit est-elle celle qui prolonge la dixième (et certainement dernière) vie de Moira. Ou bien, quelque part, dans l'intervalle séparant les ères, Hickman n'est-il pas en train de nous raconter la sixième vie de Moira ? Et si POX, toute entière, était non pas le complément direct de HOX mais la sixième vie de Moira et son développement ?  Ou alors la sixième vie de Moira sera dévoilée à la fin de HOX et POX, et sera en quelque sorte le contenant des six séries débutant en Octobre ? 

C'est une machine diabolique qu'a mise au point Hickman, et qui fait phosphorer le lecteur comme jamais, le pousse à des spéculations sans fin. Mais c'est formidable car on vibre à nouveau pour les X-Men, comme on se régale des planches superbes de RB Silva (dont le style trouble aussi par sa ressemblance avec celui de Immonen). Le projet est si bien "designé" (et il faudrait à ce sujet féliciter Tom Muller, qui est le concepteur graphique des deux mini-séries, dont le boulot est fabuleux) qu'on a l'impression que Silva n'a qu'à bien le dessiner - ce qui revient à minimiser ses efforts tout en soulignant son respect du script et son efficacité visuelle.

Bon sang, on peut plus ou moins apprécier Hickman et sa façon de raconter, mais quelle virtuosité quand même ! Son succès est mérité : ne lui devons-nous pas la meilleure des relances Marvel ?   

mercredi 14 août 2019

GLOW (Saison 3) (Netflix)


Les Glorious Ladies Of Wrestling reviennent pour un troisième round et elles investissent le ring de Las Vegas. La série de Liz Flahive et Carly Mensch franchit cette étape avec succès et inspiration, alors que l'avenir de bien des productions Netflix est dans la balance. De quoi attendre la suite avec confiance.

A l'affiche du Fan-Tan

L'année 1986 s'ouvre pour la troupe de GLOW sur un sentiment très mitigé. D'une part, leur spectacle de catch se produit désormais sur la scène du casino Fan-Tan, une institution du divertissement à Las Vegas. Mais, d'autre part, alors que Ruth/Zoya et Debbie/Liberty Belle font la promo du show à la télé, la navette Challenger explose en vol. La représentation est tout de même donnée. Et son succès soulage tout le monde malgré la tragédie.
  
Sam et Ruth (Marc Marron et Alison Brie)

Pour le premier jour de relâche, chacun en profite pour se changer les idées. Sam initie Ruth aux subtilités du jeu puis lui avoue ses sentiments. Malheureusement, elle ne les partage pas. De leur côté, à cause d'une migraine de Rhonda, Bash est désemparé. Quant à Arthie, elle n'assume pas encore son homosexualité, ce qui vexe Yolanda.

Face au laisser-aller des filles, l'entraînement !

Depuis leur installation à Vegas, les filles sont dissipées et négligent leur entraînement. Cherry décide d'y remédier et, en rencontrant une ancienne showgirl, elle les force à suivre un cours de danse intensif. Mais Cherry prend aussi conscience qu'elle n'a pas envie de fonder une famille tout de suite et d'arrêter de travailler - ce qui provoque le départ de Keith, son compagnon.

Ruth et Carmen (Alison Brie et Britney Young)

Russell, le caméraman, vient rendre visite à Ruth à Vegas. La nervosité de la jeune femme la conduit à enchaîner les gaffes alors que son compagnon ne veut rien précipiter entre eux deux. Bash engage des jongleurs et un magicien pour le spectacle sans prendre conscience que chacun veut profiter de sa fortune et de sa naïveté. Sheila s'inscrit à un cours de théâtre et c'est une révèlation.

Changement de rôles : Debbie interprète Zoya (Betty Gilpin)

Tammé, la doyenne de l'équipe, souffre d'un mal de dos chronique, qu'elle dissimule aux autres grâce à une consommation excessive de calmants. Jusqu'à la blessure sur le ring. Son indisponibilité inspire aux filles un changement de leurs rôles lors d'une représentation à laquelle doit pourtant assister Sandy Devereaux Saint-Clair, la directrice du Fan-Tan. Mais alors que Bash croit à un désastre, cela vaut à la troupe un renouvellement de contrat de neuf mois.

Camping dans le désert pour les filles, encadrées par Debbie et Ruth

Pour réfléchir à cette opportunité professionnelle et personnelle, les filles partent, sans Sam et Bash, faire du camping dans le désert. C'est l'occasion pour tout le monde de mieux se connaître, et pour certaines de se réconcilier, de se confier et de se trouver - comme Sheila qui abandonne défintivement son alias de "She-Wolf".

Justine et Sam (Britt Baron et Marc Marron)

Sam accompagne Justine chez plusieurs producteurs à Hollywood pour vendre le scénario qu'elle a écrit. Elle attire l'attention d'un jeune financier et impose son père à la réalisation. Sam, contrarié, la laisse fêter ça seule et a un  malaise cardiaque, qui lui impose une meilleure hygiène de vie.. A Vegas, la mère de Bash, Birdie, vient rencontrer Rhonda, sa belle-fille, qui gagne sa confiance. Debbie fait la connaissance de Tex, un riche homme d'affaires.

Ruth face à elle-même

Depuis le départ de Keith, Cherry a accumulé une grosse dette de jeu, qui risque de provoquer son renvoi du Fan-Tan. Carmen vient à la rescousse pour l'aider à rembourser. Ruth répété avec Sheila pour une fête de charité et mesure l'impasse dans laquelle se trouve sa carrière d'actrice. D'ailleurs, Debbie ne se prive pas de le lui rappeler tout en nourrissant pour son amie et elle-même de grandes ambitions grâce à la fortune de Tex, devenu son amant.

 La fête de Libertines animée par Bobby Barnes (Kevin Cahoon)

Ruth auditionne à Los Angeles pour le film de Sam et Justine, à la demande de celle-ci. Elle reconnaît aimer Sam en partageant un verre avec lui mais il lui avoue qu'elle n'a pas décroché le rôle. Pendant ce temps, Bash tombe dans un piège tendu par Rhonda pour réveiller leur vie sexuelle. Sheila éblouie l'auditoire lors de la fête de Libertines produite par Debbie. Avant qu'un incendie ne se déclare devant la salle - le fait de militants homophobes.

"Un Conte de Noël" revisité par GLOW

Grâce aux investissements de Bash dans les productions du Fan-Tan et le succès intact de GLOW, en cette veille de Noël, le spectacle est sûr d'être reconduit en 1987. Pour fêter ça, la troupe adapte, à l'initiative de Carmen, "Un conte de Noël" de Dickens sur le ring. Debbie, vexée d'avoir été le jouet de Tex, lui vole un contrat et convainc Bash d'acheter une chaîne de télé à Bash. Les filles se séparent pour partir en congé. Debbie révèle à Ruth l'affaire conclue avec Bash et lui offre un poste de réalisatrice. Mais elle refuse, pensant encore percer comme actrice.

Pour peu qu'on soit superstitieux, on commence à regarder cette troisième saison de GLOW avec un léger sentiment d'appréhension. Parce que la série reprend après l'annulation de The OA et la déconfiture totale de Dear White People (un naufrage tel que je n'ai pas eu le coeur d'écrire une critique dessus). Le show de Liz Flahive et Carly Mensch va-t-il conjurer le sort ?

Ne faison pas durer le suspense : c'est une excellente cuvée que ces dix nouveaux épisodes. Pas seulement parce que les qualités de la série sont toujours là mais aussi parce que les showrunners ont su faire grandir, évoluer leur production sans la dénaturer. On n'a pas l'impression d'assister à un nouvel acte superficiel, un match de trop. Au contraire : GLOW trouve un nouveau souffle et de nouvelles perspectives très alléchantes s'ouvrent à la fin de la saison.

La surprise, cependant, réside dans le peu de place accordée au catch. Mais chaque représentation donne l'occasion de moments comiques désopilants et inventifs, dont le point culminant se situe dans le dixième épisode, avec la nouvelle de Charles Dickens adaptée pour le ring, et qui occupe au moins la moitié de la durée de l'épisode.

Les scénaristes ont manifestement voulu creuser la caractérisation des personnages, sans s'arrêter aux deux stars que sont Ruth et Debbie, voire Bash et Sam. Chaque fille de la troupe à son moment et plusieurs ont droit à un arc entier, comme Rhonda, Arthie ou surtout Sheila. La prestation de Gayle Rankin dans son rôle est d'ailleurs remarquable, après avoir passé une quinzaine d'épisodes déguisée en femme-loup. 

Les problèmes de sexualité, de parentalité (à travers les personnages d'Arthie, Sam, Justine, Debbie), de vieillesse (avec Tammé), trouvent un écho avec l'actualité de l'époque (épidémie du sida, homophobie). Les auteurs savent aborder ces thèmes intelligemment, les intégrant à la narration sans lourdeur, de manière subtile et frappante. C'est un peu déroutant au début de voir le récit bifurquer et accorder moins de place à Ruth notamment, mais c'est finalement très sympa de mieux définir les filles, de cerner les tensions dans le groupe, les doutes de chacune, préparant le terrain pour le futur (la saison 4 devrait voir les lignes bouger profondément si on en juge par le final).

Plus globalement, cette saison 3 est plus éclatée, plus chorale. Sam s'éloigne de façon logique (le spectacle tourne très bien sans lui alors que Justine perce à Hollywood). Debbie assume ses ambitions (jusqu'à en avoir pour deux, ce qui ne sera pas sans conséquences pour son amitié avec Ruth) et s'affirme. Bash doit affronter sa sexualit tandis que Rhonda prend une épaisseur inattendue. Le sort de Carmen ou Tammé va certainement beaucoup changer encore. C'est très riche.

Le décor de Las Vegas menaçait la série qui risquait de devenir trop clinquante. Mais là encore, le piège est admirablement évité car l'histoire reste focalisée sur les personnages. L'aspect artificiel du lieu souligne, par contraste, les tourments des protagonistes, qui refusent, au propre comme au figuré, d'être prisonniers.

Une fois encore, la série tire un profit indiscutable de sa troupe d'actrices, toutes magnifiques d'humanité. J'ai déjà parlé de Gayle Rankin, mais il faut aussi mentionner Britney Young ("le coeur et l'âme de GLOW" dixit Ruth), ou Kia Stevens (épatante Tammé). Et la participation de Geena Davis est sensationnelle : voilà une guest-star bien employée !

Bien entendu, les deux vedettes, Alison Brie et Betty Gilpin, sont toujours merveilleuses. Brie, en particulier, existe toujours intensément, même en étant un peu plus enretrait cette saison, et fait de Ruth une héroïne très attachante (l'actrice passe aussi derrière la caméra avec talent le temps d'un épisode). Le duo Marc Marron-Britt Baron sont un père et sa fille plus vrais que nature. Et Chris Lowell est top dans le costume de Bash.

Flamboyante et sensible à la fois, GLOW demeure une des meilleures productions Netflix, de celles sur laquelle la plateforme peut continuer à compter. 

dimanche 11 août 2019

EUPHORIA (Saison 1) (HBO)


HBO explore les tourments adolescents et le résultat est renversant : la chaîne à péage américaine a produit Euphoria, l'adaptation d'une fiction israélienne par Sam Levinson, dont c'est la première incursion à la télé (après son long métrage Assassination Nation). En huit épisodes coups de poing, cette première saison ne ménage pas le public et lui tend un miroir très sombre. Déjà culte.

 Rue Bennett (Zendaya)

Après une overdose et une cure de désintoxication, Rue Bennett rentre chez elle et au lycée. Elle y remarque rapidement une nouvelle venue, Jules Vaughn, transgenre décomplexée. Plutôt qu'aller à la fête organisée par le receveur de l'équipe de foot, Christopher Mackay, Rue en profite pour s'approvisionner en drogues chez Fez, son fournisseur, secrètement épris d'elle et rongé par les remords. Jules, elle, a rendez-vous dans un motel avec un homme avec lequel elle a un rapport sexuel. Puis elle rejoint la fête où Nate Jacobs, le quaterback, s'en prend à elle. Rue raccompagne Jules chez elle. Nate rentre chez lui et retrouve Cal, son père - l'homme qui a couché avec Jules.

 Jules Vaughn (Hunter Schafer)/Nate Jacobs (Jacob Elordi)

Devenues amies, Rue et Jules se confient l'une à l'autre : la première raconte comment elle est devenue toxicomane suite au cancer qui a emporté son père, tandis que la seconde raconte avoir été soutenue par son père quand elle a voulu changer de sexe. Kat Hernandez trouve un moyen d'assumer ses rondeurs en se faisant de l'argent sur un site porno. Cassie Howard fréquente Chris Mackay qui, bien qu'il ait appris son passé sexuel trouble, se montre délicat avec elle. Jules textote avec un certain Tyler - qui n'est autre que Nate Jacobs.

Jules et Rue (Hunter Schafer et Zendaya)

Pour garder Jules comme amie, Rue accepte d'arrêter de se droguer et d'assister aux réunions des Narcotiques Anonymes. Kat, masquée, s'offre à la vue d'internautes en échange d'argent. Maddy Perez et Nate Jacobs se réconcilient après une énième dispute, mais la jeune femme inspecte le portable de son amant et y trouve des clichés étranges - ceux que lui envoie Jules, pris par Rue. Les deux amies se rapprochent encore davantage au point que Rue embrasse Jules, ce qui surprend cette dernière.

Maddy Perez et Nate Jacobs (Alexa Demie et Jacob Elordi)

Une fête foraine fournit l'occasion aux lycéens de se détendre. Mais la soirée va dégénèrer : Rue surprend sa soeur cadette, Gia, en train de fumer un joint ; Kat voit Ethan Lewis, son prétendant, discutant avec une autre fille ; Mackay refuse de présenter Cassie comme sa petite amie ; Nate brutalise Maddy après une scène de jalousie. Enfin et surtout, Jules découvre que Tyler est Nate et il la fait chanter au moyen des photos intimes qu'elle lui a envoyé. Jules se réfugie chez Rue en pleine nuit et elles font l'amour. 

 Cal et Nate Jacobs (Eric Dane et Jacob Elordi)

D'abord heureuse de la situation, Rue déchante vite en constatant que Jules est de plus en plus distante avec elle. En remarquant des marques sur le cou de sa fille, la mère de Maddy la force à avouer que Nate l'a brutalisée àla fête foraine et porte plainte. Nate est exclu du lycée le temps de l'enquête. Témoins de la séquence, Jules est mal à l'aise et Rue le remarque, mais sans l'interroger. Pourtant, le soir venu, Maddy retrouve Nate dans un motel pour lui expliquer qu'elle n'a rien voulu de tout ça. Il la croit.

 Kat Hernadez et Ethan Lewis (Barbie Ferreira et Austin Abrams)

Ethan Lewis cherche à comprendre (en vain) pourquoi Kat Hernandez ne lui adresse plus la parole depuis la fête foraine. Cette dernière, confrontée à des clients de plus en plus malsains, cesse ses activités sur le site porno et conseille à Cassie de rompre avec Mackay alors qu'elle est courtisée par Daniel. Elle hésite pourtant car elle craint qu'en changeant si vite de partenaire, on lui reproche à nouveau d'être une fille facile. Nate brutalise un garçon qui a dragué Maddy pour le forcer à avouer que c'est lui qui a voulu l'étrangler à la fête foraine. Jules doit témoigner aussi dans ce sens. Nate est blanchi et réintégre le lycée, au bras de Maddy.

 Cassie Howard et Christopher Mackay (Sydney Sweeney et Algee Smith)

Rue est terriblement frustrée par les évènements récents : elle devine que Nate a fait du mal à Jules sans que celle-ci veuille en parler. Elle est même partie pour le week-end chez une ancienne amie qui lui présente sa co-locataire, Anna. Celle-ci la séduit. Cependant, Kat et Maddy sont en froid à cause de l'affaire ayant impliqué Nate : Kat désapprouve leur relation toxique tandis que Maddy reproche à Kat son attitude envers Ethan. Cassie, pressée par Daniel, se refuse à lui mais, ensuite, prise de nausée, elle passe un test de grossesse et découvre qu'elle est enceinte. Mackay exige qu'elle avorte. Juls rentre et retrouve Rue auprès de qui elle s'excuse. 

Jules et Rue

Le bal de promo réunit une nouvelle fois les élèves et génère son lot de prises de conscience : Cassie après avoir avorté rompt définitivement avec Mackay ; Kat se réconcilie et couche avec Ethan ; Nate obsédé par Jules (bien qu'il refuse d'admettre qu'elle l'attire sexuellement) n'arrive pas à satisfaire sexuellement Maddy et redevient violent avec elle. Elle se réfugie dans la bureau de Cal où elle trouve un DVD  de ses ébats avec de jeunes transgenres et le vole. Rue convainc Jules de quitter le bal prématurément et de fuir la ville mais n'assume plus son envie sur le quai de la gare. Elle rentre chez elle et sniffe de la cocaïne jusqu'à l'overdose.

Les fans d'Euphoria ont bien cru que, comme ceux de The OA, un funeste sort les priverait de suite quand, après la diffusion du dernier épisode, la vedette du show, Zendaya, a posté sur Instagram un troublant message suggérant qu'elle en avait fini avec son rôle. La conclusion de la saison laissait en effet penser que Rue Bennett succombe à une nouvelle overdose.

Heureusement, HBO et l'actrice ont démenti cette perspective : il y aura bien une saison 2. Mais c'est un sacré défi qui attend le showrunner Sam Levinson tant ces huit premiers épisodes sont impressionnants.

A l'origine, la série est l'adaptation d'un format venu d'Israël (comme en son temps Homeland). Impossible de savoir ce qui a été transformé entre le contenu initial et ce qu'on peut voir ici. Euphoria est de toute manière une expérience curieuse, comme si Larry Clark avait collaboré avec un réalisateur de clips ou de pubs, le croisement improbable d'une esthétique très léchée, à la limite du maniérisme, et d'un propos très cru, à la limite du pathos.

La jeunesse que nous montre la série est aussi multiple que fragile : tous les personnages sont aux prises avec le sexe et diverses addictions, jouant volontiers avec le feu, se brûlant tous, et se relevant difficilement. La résilience n'est cependant pas toujours au rendez-vous et choisir Rue comme narratrice de ce portrait pourtant choral indique clairement de la part de Levinson une volonté d'être lucide, tendance pessimiste.

La série en fait-elle trop ? On peut le penser parfois car la misère affective de ces ados filmée dans des lumières clinquantes, avec un montage quelquefois trop cut, des effets de caméras à la fois vertigineux et tape-à-l'oeil, un ton désabusé, produit une impression bizarre. Il y a une certaine complaisance dans ce spectacle où personne ne semble être, pouvoir ou même vouloir être normal. L'une est toxicomane récidiviste, l'autre se filme pour une site porno, une autre jouit en public sous l'effet de la boisson, etc. Ces enfants sont vraiment paumés, perdus même, tous élevés par des parents démunis ou trop exigeants, poursuivis par des rumeurs abjectes, en quête d'émancipation rapide et donc maladroite.

Ce qui menace le plus cet édifice, c'est l'accumulation de personnages borderline : un père de famille macho qui couche avec des transgenres, une jeune fille prisonnière d'une liaison toxique, une autre qui doit faire face seule à une grossesse non désirée. C'est dur, mais parfois trop étouffant. Un peu d'air, de tendresse seraient bienvenus. Il y a, un peu, pas beaucoup (pas suffisamment ?).

La relation tumultueuse entre Rue et Jules, qui aborde les questions d'identité sexuelle, d'homosexualité, de pansexualité, de dépendance aussi, est forte et sert de fil rouge au long des huit épisodes. L'autre ligne narrative, intense, de la série, plus que la trajectoire de Kat, ou malsaine de Maddy, c'est celle de Cassie, exposée sans fard, de façon poignante : on voit d'abord une fille très sexy, et on finit avec une fillette abîmée, très émouvante.

Euphoria a donc des limites, des améliorations à accomplir, mais tient par la grâce et le talent de sa troupe de comédiens. Jacob Elordi campe un enfoiré de première comme on en voit rarement, que rien ne vient excuser, et qu'assume crânement l'interprète. Sydney Sweeney est fantastique dans le rôle de Cassie, elle réussit l'exploit de nous charmer puis de nous bouleverser. Barbie Ferreira et Alexa Demie devront profiter de plus de nuances à l'avenir pour ne pas être éclipsées. Eric Dane, sorti de Grey's Anatomy, est bluffant.

Mais bien entendu, ce sont Zendaya et Hunter Schafer qui dominent les débats. La première casse radicalement son image et s'impose comme une actrice époustouflante, sensible et intense : si cela ne lui vaut pas, au moins, une citation aux Emmy, je ne comprend plus rien. Quand à sa partenaire, elle s'empare d'un personnage complexe, insaisissable, à la fois coloré et fragile, fort et vulnérable, avec un panache admirable. Ensemble, elles forment un couple magnifique, appelé à marquer les esprits.

Après le récent Trinkets (Quintessa Swindell fait aussi partie de la distribution ici, dans le petit rôle d'Anna), le teenage drama trouve une nouvelle série remarquable.