vendredi 23 février 2018

ASTONISHING X-MEN #8, de Charles Soule et Paulo Siqueira


Charles Soule poursuit le deuxième arc narratif de ses Astonishing X-Men avec toujours la même ambition feuilletonesque (l'histoire déroule son fil depuis le #1). Il est cette fois-ci accompagné par le dessinateur Paulo Siqueira, sans doute l'artiste le moins connu depuis le début de son run, mais pas le moins doué. Et encore une fois, c'est une lecture très gratifiante.


Proteus, lâché dans Londres, se gave de l'énergie des civils qui ont le malheur de croiser sa route. Alors qu'Archangel pose sur le toit d'un immeuble Old Man Logan et Gambit, X réfléchit à un plan pour stopper leur ennemi qui a franchi le plan astral en même temps que lui.


Au sol, Bishop reste en première ligne et tente de stopper Proteus en lui tirant dessus mais X lui explique que cela ne fait que le renforcer. Effectivement plus puissant et imposant, le mutant se dirige vers Hyde Park.


Tandis que Old Man Logan est prêt, en entraînant Archangel dans son raid, à tuer Proteus pour qui le métal des griffes de l'un et des ailes de l'autre constituent son seul point faible, X le convainc de tenter une autre riposte. Pour cela, il a besoin de Psylocke.
  

Les deux X-Men investissent les pensées de Proteus et Kevin McTaggert leur propose une trêve, estimant avoir été suffisamment malmené par le passé quand il fut isolé par sa mère (Moira Mctaggert) puis tué une première fois par Colossus et que son esprit fut récupéré par le Roi d'Ombre.


Mais cela ne convainc pas X, résolu à le supprimer. Proteus contre-attaque aussitôt et radicalement en faisant fusionner les esprits et les corps de X et Betsy Braddock dans la réalité !

Lorsqu'on examine les huit épisodes produits par Charles Soule et ses dessinateurs, force est de constater que le scénariste ne s'est pas facilité la tâche en désignant pour ses deux arcs narratifs un ennemi mental. Représenter le pouvoir dans sa forme la plus abstraite, en faire ressentir la menace et la puissance en maintenant le suspense et visuellement de façon efficace, sont un challenge en soi, et c'est sans doute ce pourquoi, pendant longtemps, le traitement de Charles Xavier comme protagoniste actif a été un problème pour les auteurs.

Le Pr. X était la plupart du temps ce chef d'équipe en chaise roulante (pas très mobile donc pas très spectaculaire dans un genre qui exige du mouvement) au caractère rigide, avec des comportements limites envers ses ouailles (attirance trouble pour Jean Grey, autoritarisme envers les fortes têtes de ses équipes, concurrence pour le leadership avec Cyclops, et je passe sur les mutants sacrifiés "pour la bonne cause", les manipulations psychiques, les doubles maléfiques, etc.). Un bonhomme en définitive peu sympathique, cassant, emmerdant (disons-le franchement) à traîner.

Si vous ajoutez à ça des ennemis qui évoluent dans sa sphère, donc des télépathes dont les capacités n'ont rien de graphiquement accrocheurs (lire dans les esprits, effacer des souvenirs, jouer au marionnettiste...), c'est pas très sexy.

Pourtant, donc, dans ces contraintes cumulées, Soule semble avoir trouvé une inspiration qui ne dément pas depuis huit mois. Après le duel contre le Roi d'Ombre, voici que les Astonishing X-Men combattent avec Proteus, et pour ça, doivent visiter ses pensées. Bien sûr, il y a de la casse, bien physique, au passage, dans les rues de Londres jusqu'à la fusion X-Betsy Braddock à la fin de cet épisode (vision qui laisse le lecteur aussi médusé que les héros). Mais l'essentiel reste quand même des jeux d'esprits, des "mind games" (comme les chantait John Lennon).

Mieux encore, le scénariste rend complexe la résolution du problème : les arguments de Kevin McTaggert pour que les X-Men cessent de l'embêter se valent tout à fait, le lecteur n'a aucun mal à compatir pour ce mutant certes puissant et menaçant mais dont l'existence n'est pas une vie (dixit Louis Jouvet).

Seul bémol (persistant) : l'inutilité de Bishop, dont la seule intervention ici (la vraie première depuis le début de la série en fait) est d'une idiotie sans nom, dont il ne tire aucun enseignement. Cela donne l'impression que sa présence a été imposée au casting... Ou alors Soule lui prépare un rôle décisif tardif.

Paulo Siqueira est un artiste que je connais peu mais je me souviens de ses travaux sur Black Canary, Superman, Spider-Man. Ce n'est pas une star mais un artisan solide, avec un niveau technique accompli : ses personnages sont bien conçus, avec expressivité, et réalistes anatomiquement (même si ses femmes sont plutôt voluptueuses, mais sans les excès d'un Frank Cho par exemple). Idem pour les décors qu'il sait soigner tout en composant des plans dégagés quand la lisibilité de l'action l'impose.

Le résultat est clair, direct, agréable, même si l'encrage est un peu trop précieux, rempli de fioritures dont son trait n'a pas besoin (typique de ces dessinateurs qui gagneraient à passer sous le pinceau d'un vétéran pour profiter d'effets de texture et d'épaisseur plus appuyés). En gros, c'est un peu impersonnel, mais ça sert parfaitement le récit, sans chercher à l'encombrer. Solide, quoi.

Quoi qu'il en soit, la série conserve son attractivité intacte et je garde intacte l'envie de la poursuivre. D'autant que le prochain numéro accueillera un dessinateur que j'apprécie en la personne de Matteo Buffagni, et que nos héros vont subir un regain de colère de Porteus...       

jeudi 22 février 2018

DEFENDERS #10 (FINALE), de Brian Michael Bendis et David Marquez

 

Nous y sommes : c'est le dernier épisode de Defenders, tel qu'écrit par Brian Michael Bendis et dessiné par David Marquez. Et le tandem a osé une sortie de scène imprévisible, donc j'ai décidé aussi de rédiger une entrée inattendue...



 "Ce qui s'est passé après la victoire des Defenders contre Diamondback..."

Commençons, donc, par saluer la prestation de David Marquez : comme je l'avais dit en parlant du premier épisode de la série, c'est un artiste que j'ai appris à apprécier. Je trouvais son style un peu lisse, mais avec du potentiel. Sa régularité impressionnante (capable d'enchaîner mensuellement les épisodes en trouvant parfois le temps d'aller dessiner quelques pages pour dépanner ailleurs) et le test que constitue la réalisation d'une saga globale (en l'occurrence Civil War II), exercice qui "crame" souvent même les plus expérimentés (à cause du volume de personnages à animer, des contraintes éditoriales, des passages obligés - comme les scènes de baston avec une figuration importante), ont prouvé qu'il en avait sous le crayon et qu'il faudrait compter avec lui.

J'ai espéré pourtant qu'il boucle ses valises quand Bendis ne parte chez DC Comics afin de les voir prolonger leur collaboration mais il semble bien que Marquez restera chez Marvel (pour y devenir le dessinateur de la prochaine série Wolverine ?). Même s'il perd le scénariste qui l'aura révélé (grâce à Ultimate Spider-Man), je guetterai son prochain job avec appétit car son trait sûr, qui a gagné en maturité, en assurance, est un des plus séduisants de la "Maison des Idées".

Dans ce numéro, il combine un découpage respirant l'espièglerie (avec notamment un usage du "gaufrier" et en franchissant le "quatrième mur") et son art de la composition est une merveille, cadrant toujours parfaitement chaque scène, servant superbement le script. Un régal. Tout au long de ces dix épisodes, il aura été irréprochable, parfois impressionnant, d'une constance exemplaire. David Marquez : retenez ce nom.

Parlons de Brian Michael Bendis. Pour cela, permettez-moi un flash-back personnel : pendant une dizaine d'années, j'ai cessé complètement de lire des comics super-héroïques, rassasié par une adolescence où j'en avais beaucoup consommé et voulant replonger dans la production franco-belge, tout en étant fort occupé à réaliser mes propres BD. Lorsque j'ai replongé, sans tirer de plan sur la comète, l'une des premières revues que je me suis procuré était le premier épisode de la saga House of M écrit par Bendis.

Pourquoi est-on piqué par un scénariste ? Comment devine-t-on qu'on va faire un bout de chemin avec lui ? C'est difficile à formuler, on l'apprend en devenant un de ses fidèles sans en devenir un dévot. Ce qui est certain, c'est que lorsque j'ai découvert Bendis (et d'autres en même temps que lui), je n'étais plus le lecteur que je fus à 15 ans. Je cherchais bien d'abord à retrouver mes sensations de jeune fan de comics sans me douter qu'en vieillissant, en m'étant ouvert à d'autres formes de narration, je ne pourrais plus lire des histoires de super-héros de la même manière. J'étais, sans le savoir encore, en quête d'autre chose.

Mais pourquoi Bendis plus que les autres ? Avec le recul, je me rends compte que ce qui définit le mieux ce scénariste pour moi, et qui le distingue, c'est son art du pied-de-nez. C'est comme si, lui aussi, cherchait à dire les choses différemment. Il est clair que les codes traditionnels ne passionnent guère Bendis, ce folklore de bagarres, de doubles identités, de costumes bariolés, ce ton mélodramatique, cet aspect soap opera. Aussi s'ingénie-t-il à les détourner, à les ignorer même parfois, à les malmener. C'est cela qui hérisse ses détracteurs, des lecteurs attachés aux règles - la continuité, le character's profile, les règlements de comptes via des bastons.

Ceux qui n'aiment pas Bendis lui reprochent toujours les mêmes choses : ses dialogues volontiers abondants, semblant copier ceux du cinéma, avec des digressions, une forme d'oralité adaptée, ses story-arcs immuables (alors qu'à l'examen objectif, on se rend compte qu'il n'est pas un maniaque des récits en six épisodes parfaits pour composer un TPB), son souci relatif de la psychologie historique des personnages et de la continuité, une plus grande aisance avec des héros solitaires urbains qu'avec des équipes...

Pour m'être souvent pris le bec avec des anti-Bendis, je sais le sujet épineux, inépuisable, les avis tranchés, inchangeables. Pourtant, j'admets qu'on n'apprécie pas son style (chacun a ses préférences). Je comprends moins qu'on lui reproche sa productivité (alors que d'autres fournissent autant), qu'on lui prête carrément autant de pouvoir qu'un editor (dont il n'aurait pas le titre... Alors qu'on peut en dire autant de chaque scénariste qui au sommet de sa popularité imprime la direction à suivre à ses collègues). Il y a, là-dedans, beaucoup de fantasmes, bien pratique quand on veut tailler un costume.

Mais revenons à l'affection, l'intérêt et même l'admiration que je lui porte et oublions les polémiques. Revenons à Defenders et ce dernier épisode. QUEL KIF !

Je n'en ferai pas le résumé cette fois, vous l'apprécierez mieux en lisant cet ultime chapitre. Même ceux qui honnissent Bendis reconnaîtront qu'il y ose une chose folle, en particulier avec le dénouement (les deux dernières pages). Cela s'appelle un pied-de-nez, et c'est une sorte de synthèse de Bendis, jubilatoire pour un fan, bluffante même, et qui fera lever les yeux de consternation ou de sidération aux autres.

Comme je l'ai dit plus haut, tout ce qui compose normalement un comic-book super-héroïque ne m'a jamais semblé passionner Bendis. S'il sacrifie à des codes, c'est dans le cadre précis d'un travail où il ne peut faire autrement, au risque de trop frustrer le lecteur. Mais c'est un compromis, une concession. Lorsqu'il a la liberté qu'il a eue sur Defenders, projet désiré depuis la fin de son run sur New Avengers (il voulait carrément enchaîner avec à l'époque, et Mike Deodato devait dessiner), et qu'entre temps il a officialisé son départ de Marvel pour DC, bénéficiant de la part de ses employeurs de la permission de conclure ses séries en cours à sa guise, alors pourquoi se gêner, se retenir ? Autant y aller à fond !

Bendis a toujours aimé montrer les super-héros dans leur quotidien, quand ils tombaient masques et costumes ou qu'ils les gardaient pour partager une discussion (ces fameux dialogues...), un repas (parfois un repas en causant), comme pour prouver que ces gens-là ne faisaient pas que défendre la veuve et l'orphelin ou sauver le monde (ou s'y préparer) ou souligner le décalage à mettre en scène des surhumains habillés comme à un bal costumé dans des situations banales. Dans cet épisode, cela occupe la majeure partie des pages : tout New York (par le biais de figures connus des lecteurs de Marvel, familiers dans la production de Bendis - Miles Morales, Ben Urich, Spider-Woman, J. Jonah Jameson, Hellcat, Misty Knight) s'interroge sur ce qui s'est produit après la victoire des Defenders contre Diamondback. Et la réponse est aussi simple qu'imprévisible - elle prend d'ailleurs au dépourvu les intéressés eux-mêmes - tout en s'inscrivant dans une normalité épatante.

Pourtant, il reste bien un obstacle à franchir avant de tirer sa révérence : the Hood, son auto-proclamation comme nouveau Caïd (et même comme "Kingpin of all the kingpins"). Mais la solution choisie par Bendis est tellement culottée, malicieuse, qu'on arrive à la dernière page avec un mélange de stupéfaction et d'amusement. C'est le summun du pied-de-nez, le contournement absolu, la porte ouverte au hors-champ le plus audacieux qui soit. Mais aussi un acte de foi, un don fait au lecteur, quelque chose comme : "vous attendiez un affrontement dantesque, LA grande foire d'empoigne ? Hé bien, elle est toute à vous, à chacun d'entre vous de l'imaginer : elle sera aussi épique que vous la désiriez !" Un présent pareil de la part d'un scénariste est impayable, drôle et généreux, comme si Bendis nous glissait que le 11ème numéro de Defenders, c'est nous tous, tous à notre façon, tous comme nous le voulons, qui pouvons l'écrire, le fantasmer.

Quand j'ai fermé mon mensuel, j'étais hébété, ne sachant pas si c'était un coup fumant ou un trait de génie. Puis j'ai surtout retenu la jubilation procurée par ce choix narratif, cette sortie de scène, cette fin qui en est une sans l'être vraiment, qui pourra être écrite par le repreneur du titre (car Marvel relancera tôt ou tard la série). Ou pas.

Il est important d'accrocher le lecteur quand on démarre une série. Mais soigner son départ sans avoir peur d'oser est un acte encore plus délicat à effectuer. Bendis et Marquez quittent Defenders d'une manière la plus formidable que j'ai lue. Ils nous remercient, avec leurs collaborateurs, pour les avoir supportés dans ce projet. Je leur retourne ce remerciement pour nous saluer sur cette note euphorisante.   

mercredi 21 février 2018

THE NIGHT OF (HBO)


J'avais prévu de consacrer l'entrée du jour à un programme plus léger, après les critiques de quelques comics dramatiques, mais reporter indéfiniment cet article sur la série limitée de HBO, The Night Of, aurait été injuste. Elle mérite bien mieux, même si elle n'est pas légère et vous laisse K.O.. Je sais que je donne l'impression d'être très louangeur avec certains shows télés, mais s'il y a une part de chance là-dedans, il faut aussi admettre que les chaînes proposent des productions d'une qualité extraordinaire et nous procurent des émotions puissantes. C'est, donc, encore le cas ici.

 John Stone et Nasir Kahn (John Turturro et Riz Ahmed)

Octobre 2014. Brillant étudiant dans le Queens, Nasir Kahn emprunte, sans lui demander sa permission, un soir, le taxi de son père pour se rendre à une fête. A un feu rouge, une belle jeune femme, Andre Cornish, monte à bord et le convainc de la véhiculer puis d'annuler sa sortie pour passer la soirée ensemble. Après avoir consommé de l'alcool et de la drogue et fait l'amour chez elle, Nasir se réveille et découvre le corps de la jeune femme morte, tailladée de plusieurs coups de couteau. Paniqué, il prend la fuite mais se fait arrêter peu après par deux agents en patrouille pour une légère infraction au code de la route. Le Central envoie les deux flics à l'adresse d'Andrea où un voisin a signalé un cambriolage. Nasir est conduit au poste par une autre voiture de police. Fouillé, on trouve sur lui l'arme présumée du crime. Il est interrogé par l'inspecteur en charge de l'affaire, Dennis Box, puis placé en cellule où un avocat de passage, John Stone, le remarque et lui offre de le représenter.

L'inspecteur Dennis Box (Bill Camp)

Stone conseille d'abord à Nasir de ne plus parler à personne, l'avocat se fiche d'ailleurs de savoir s'il est innocent. Box retourne sur la scène de crime et appelle Don Taylor, le beau-père d'Andrea, pour qu'il vienne identifier le corps à la morgue. Revenant auprès de Nasir, l'inspecteur lui rend son inhalateur (pour l'asthme dont il souffre) et tente de le pousser aux aveux - en vain. Nasir est inculpé pour meurtre devant un juge et envoyé à la prison de Rykers Island en attendant son procès.

Nasir et Freddy (Riz Ahmed et Michael K. Williams)

Stone rencontre les parents de Nasir et négocie avec eux un forfait pour le défendre mais ils sont trop pauvres pour s'acquitter des frais de justice. Grâce au JT, une avocate célèbre, Alison Crowe, s'intéresse à l'affaire et propose aux Kahn de représenter leur fils gratuitement. Son plan consiste en vérité à convaincre Nasir de plaider coupable afin qu'il écope d'une réduction de peine et qu'elle profite de la publicité acquise pour cette "victoire". Stone apprend par Nasir qu'il n'est plus son défendeur et, à l'intérieur de la prison, menacé par d'autres détenus, il accepte la protection que lui offre Freddy, un ancien champion de boxe, condamné pour le meurtre de sa femme.

Les parents de Nasir, Salim et Safan (Peyman Moaadi et Poorna Jagannathan)

Stone assiste, à distance, aux funérailles d'Andrea et remarque, après l'inhumation du cercueil, une dispute entre Don Taylor, le beau-père, et un jeune homme - il s'agit de Don, le conseiller financier des Cornish. Par ailleurs, il est établi que la victime était une toxicomane ayant hérité de la fortune de sa mère, morte l'an passé d'un cancer. En s'entretenant avec Chandra Kapoor, l'assistante de Crowe, Nasir décide de ne pas plaider coupable car il est certain de ne pas l'être. Lorsqu'il le répète devant la procureur Helen Weiss et le juge, il est lâché par Crowe - mais Chandra décide de reprendre le dossier.  

John Stone

Pendant que la défense et le ministère public aiguisent leurs arguments, Nasir doit s'endurcir en prison : il se rase la tête, se fait tatouer, brutalise des détenus qui l'avaient menacé ou blessé. Il sert aussi de "mule" à Freddy pour l'approvisionner en drogue, fournie par la mère d'un autre jeune nouveau prisonnier. Box, lui, sur ordre du procureur Weiss, reconstitue la nuit du crime : Nasir a consommé des amphétamines, croisé un certain Trevor Williams avec qui il a failli se battre et qui était accompagné d'un dénommé Duane Read, malfrat récidiviste qui a agressé plusieurs personnes au couteau. Les parents de Nasir doivent trouver de nouveaux jobs, peu rémunérateurs, pour subsister, alors que la communauté pakistanaise les rejette.

La procureur Helen Weiss (Jeannie Berlin)

Stone et Chandra fouillent aussi le passé, éloigné et récent, de Nasir et découvrent qu'il a dû changer d'école pour des violences commises par lui à la suite des attentats du 11-Septembre et de harcèlements contre lui. Il a aussi vendu des médicaments à d'autres élèves. La nuit du crime, une caméra de vidéo-surveillance révèle que le chauffeur d'un corbillard, à une station-service, où s'était arrêté avec Andrea dans le taxi a réprimandé verbalement la jeune femme. Et enfin une conversation "off" avec Don, le conseiller financier des Cornish, révèle que la fortune d'Andrea reviendra désormais à son beau-père qu'elle détestait - il a accumulé les liaisons avec des femmes plus âgées et riches auparavant.  

Chandra Kapoor, Nasir Kahn et John Stone (Amara Kahn, Riz Ahmed et John Turturro)

Le procès débute. Un expert médical pour la défense, le Dr. Katz, démonte le rapport du légiste de la police, accablant Nasir, et Chandra révèle que Box a commis une faute procédurale en rendant à Nasir son inhalateur laissé sur la scène de crime et par conséquent jamais mis sous scellés. Les antécédents de Duane Reade, arrêté à nouveau pour agression, et ceux du beau-père plus les menaces proférées par le conducteur du corbillard constituent autant de nouvelles pistes négligées/ignorées par la police et l'accusation mais introduisant un doute raisonnable en faveur de Nasir. Pourtant, Helen Weiss renverse la situation en contre-interrogeant le jeune homme, appelé à donner sa version des faits par Chandra, quand il avoue piteusement ne pas se souvenir de ce qu'il a fait entre son étreinte avec Andrea et le moment où il s'est réveillé à côté de son cadavre. 

Nasir Kahn

Box, tourmenté par les zones d'ombre de l'affaire, reprend le dossier de A à Z et y détecte des failles, notamment sur des appels téléphoniques reçus par Andrea et envoyés par son amant qui n'est autre que son conseiller financier. Grâce à des vidéos-surveillance, ce dernier est visible la nuit du meurtre en train de la suivre jusqu'à ce qu'elle monte dans le taxi de Nasir. Mais Weiss, à qui Box présente ces nouveaux éléments, préfère les ignorer car elle a son coupable. Surprise en train d'embrasser Nasir, Chandra est suspendue par le juge (et, ensuite, renvoyée par Crowe) : Stone doit prononcer la plaidoirie malgré son anxiété (qui réveille son eczéma) après le réquisitoire terrible de la procureur. Le jury, après des heures de délibération, est incapable de trancher, Weiss préfère cesser les poursuites plutôt que tenter un nouveau procès.
Nasir est libre mais hanté par cette nuit. Weiss charge Box d'arrêter Don, le conseiller financier. Chandra débarrasse son bureau. Stone adopte le chat d'Andrea (malgré son allergie) et reprend sa tournée des commissariats en quête de nouveaux clients.

The Night Of, c'est d'abord une leçon de narration compressée, même s'il s'agit d'une série, donc par définition d'un format plus élastique qu'un film. Mais c'est une mini-série, qui n'aura pas de saison 2 (vu son histoire auto-contenue, avec une fin bouclée), de seulement huit épisodes. Vous, qui l'avez vu ou qui la verrez, me rétorquerez que le premier chapitre dure quand même une heure et quart et le dernier presque une heure trente, et que les six autres font une heure. Mais quand même : le contenu de chaque volet est d'une telle densité qu'on n'a jamais l'impression que ce temps est perdu, que les auteurs tirent sur la ligne.

Ce sentiment de compression narrative tient aussi beaucoup à l'ambiance étouffante qui règne durant tout le récit : l'affaire traitée est d'emblée si accrocheuse et ses enjeux se resserrent si vite et bien et fort qu'on en suit le déroulement comme en apnée parfois, suspendu aux révélations qui tombent, à l'évolution de son héros, aux passes d'armes entre l'accusation et la défense, à l'attitude de la police et de l'administration carcérale. Car The Night Of donne à voir le système judiciaire américain comme un effrayant étau, une machine qui broie l'individu.

Les scénaristes, prestigieux, que sont le romancier Richard Price et Steve Zaillian (ce dernier ayant également assuré la réalisation) insistent soigneusement sur ces rouages qui s'enclenchent dès que le crime est découvert et le suspect arrêté. Les scènes au poste de police montrent des fonctionnaires se succédant en reproduisant des gestes identiques, presque comme des robots, on assiste à des interrogatoires menées avec une fausse bienveillance par un flic proche de la retraite mais plus soucieux de partir sur une victoire que de confondre le vrai coupable, à l'examen de preuves contradictoires par une procureur qui préfère les ignorer car elle a assez d'éléments à charge contre l'accusé (et qui n'a aucune envie de subir la honte de s'être trompée de cible, et donc de s'engager dans un nouveau procès). 

La description pointilleuse de l'enquête, de l'instruction, du procès, et à côté, en parallèle, du séjour en prison de Nasir, renvoie la série New York Police Judiciaire de Dick Wolf, si elle était quasiment amputée de sa partie investigatrice pour se focaliser sur le labeur du ministère public et de la défense, avec ces accords négociés, cette partie de poker menteur, ces pièces au dossier dissimulées à la partie adverse. Tout est décortiqué ici et, ce qui, chez Dick Wolf, est réglé en 45 minutes (et pas toujours par la victoire des procureurs), est développé sur huit épisodes.

Cela permet donc de définir la caractérisation des protagonistes, tous admirablement campés, par des acteurs sensationnels : Riz Ahmed, récompensé il y a quelques semaines aux Golden Globes pour son interprétation intense et poignante de ce garçon fracassé ; et John Turturro, exceptionnel en avocat mal fagoté, moqué par ses pairs, les flics, dévisagé par tout le monde (à cause de son eczéma : "Regarde, ils n'osent même pas m'approcher car il croit que j'ai la lèpre." lance-t-il), dominent les débats dans des rôles en or. Mais le reste de la distribution est également magnifique : Amara Kahn en avocate idéaliste, Jeannie Berlin en attorney general glaçante, Bill Camp en flic pugnace mais finalement juste, Michael K. Williams en caïd du pénitencier pathétique, et bien entendu Peyman Moaadi et Poorna Jaggannathan impeccablement dignes en parents dépassés, écrasés.

La mise en scène les saisit dans ce cauchemar semblable aux sables mouvants où plus on s'agite, plus on s'enfonce. Elle souligne aussi l'absurdité de ce cas où la culpabilité devient presque accessoire pour interroger les conséquences d'une telle affaire sur l'accusé dont le passage derrière les barreaux fait un junkie, à jamais hanté par cette épreuve et le souvenir d'une jeune femme aimée sans l'avoir connue.

C'est dans le creuset de cette absence que se dessine aussi la spécificité de cette fiction si réaliste car, initialement, le projet était celui de l'acteur James Gandolfini : il devait interpréter John Stone avant de mourir subitement. HBO avait alors annulé la série puis relancé en sa mémoire (le chaîne rendant ainsi hommage à celui qui incarna le chef de famille des Soprano, un de leurs grands succès), avec Robert de Niro puis, donc, finalement Turturro, remplaçant son camarade surbooké. 

On ne saura jamais ce que The Night Of aurait donné avec son comédien (crédité comme producteur associé) original, mais son suppléant est aussi fantastique que différent. Et la série est aussi fascinante que terrible. Pas plus qu'on ne peut oublier Gandolfini, on ne peut oublier cette nuit-là...     

mardi 20 février 2018

MARVEL TWO-IN-ONE #3, de Chip Zdarsky et Valerio Schiti


Pour ce troisième épisode, les lecteurs remarqueront deux changements notables : le plus évident est l'arrivée de Valerio Schiti comme dessinateur (un fill-in de luxe, Cheung revient le moins prochain, puis Schiti le remplacera à nouveau pour le #5) du script de Chip Zdarsky ; et ensuite le contenu de ce numéro inclut une altération notable des origines de Fantastic Four... Qui pourrait bien soit déterminer la vitesse de leur retour, soit précipiter la disparition totale du groupe ! Ceux qui se plaignaient que le titre ne soit pas assez mouvementé en seront pour leur frais...


Hors de question pour Ben Grimm de partir à l'aventure dans le Multivers sans que Johnny Storm ne soit en pleine possession de ses moyens : il faut donc trouver un remède à la réduction actuelle de ses pouvoirs. Et pour cela, la Chose se tourne vers... Hercule, le dieu grec, membre des Avengers, qui a connu pareille avarie avant de trouver une personne l'ayant requinqué : le Dr. Rachna Koul (aperçue dans le #1 de la série, à la soirée du "Fantastic Award").


Mais, dans sa villa-laboratoire à l'écart de tout, cette scientifique réclame un prix exorbitant pour ses services - une somme que n'ont pas Ben et Johnny et qui les scandalise d'autant plus qu'elle soigne aussi des super-vilains, comme Hydro-Ma actuellement. Une bagarre éclate entre les visiteurs et le patient avant que Rachna Koul ne congédie ce dernier par la force.


Contraint de marchander, Ben montre alors à la jeune femme le Multisect et elle accepte alors de les aider s'ils l'embarquent avec eux dans leur périple. Les aider ? Oui, car, depuis qu'ils sont entrés chez elle, elle a procédé à des analyses sur la Chose et la Torche humaine grâce à des capteurs dissimulés dans son domicile et leur révèle son diagnostic : tout comme la force d'Hercule ait lié à une source mystique, les pouvoirs des Fantastic Four s'amenuisent plus ils restent éloignés les uns des autres, ce qui, à terme, privera de leurs capacités aussi bien Ben et Johnny que Reed, Sue et leurs enfants !


Pendant ce temps, le Dr. Fatalis surprend le Penseur Fou dans son repaire où il a emporté du matériel subtilisé à Reed Richards dont le disparition l'intrigue. Mais quand son visiteur veut l'arrêter, il le piège et le neutralise avant de dévoiler son ambition : remplacer Mr. Fantastic et les Fantastic Four !

Revenons à présent en détail sur les deux nouveautés de cet épisode, en commençant par la partie graphique assurée par Valerio Schiti. J'ai découvert et très apprécié la prestation de cet artiste italien sur Guardians of the galaxy de Bendis, appréciant aussi bien sa capacité à tenir les délais que l'énergie de son dessin. Et c'est sur ce point qu'il apporte une vraie plus-value par rapport à Jim Cheung - non pas que ce dernier soit mauvais (sa prestation jusqu'à présent était même épatante), mais il est davantage un faiseur de belles images qu'un storyteller en mesure de donner de la vie à une histoire. cela soulignait le rythme un peu mou et la tonalité mélancolique du scénario.

Schiti ouvrage moins ses plans, en les dispensant de détails, de finitions (quoiqu'il ne bâcle pas les décors ou tout ce qui meuble une image), mais la manière qu'il a d'animer les scènes est incomparablement meilleure que chez Cheung. Son dessin a le sens du mouvement, une fluidité rare, qui évoque Immonen. L'autre point commun qu'il partage avec ce dernier est l'expressivité qu'il donne aux personnages (là où Cheung est plus faible), la variété de ses physionomies, et le soin apporté aux compositions (les éléments du plan sont disposés de manière lisible et tonique).

Cela vient aussi du fait que Schiti s'encre lui-même et donc a la totale maîtrise des graphismes qu'il créés : il sait ce qu'il faut garder dans une case pour ne pas la charger inutilement, et a très peu recours à l'image pour souligner son esthétisme - il vise d'abord l'efficacité, la rapidité avec laquelle elle sera assimilée par le lecteur et donc la vitesse des enchaînements entre les vignettes dans le cadre général de la page. Tout cela influe nettement sur le swing de l'épisode qui se lit vite tout en donnant de quoi contenter le regard.

Chip Zdarsky semble avoir adapté son écriture à la manière de son partenaire car cet épisode est le plus mobile depuis le début, non pas en termes de changements de décors (au contraire, l'action se déroule principalement dans la maison de Rachna Koul), mais dans la valeur des plans, la variété des émotions, le mix d'action et de sentiments.

On passera sur la bagarre avec Hydro-Man qui apparaît ici comme une sorte d'étape obligatoire peu naturelle (même si elle présente le mérite de montrer que Rachna Koul travaille aussi avec des vilains), pour aller directement au coeur de la surprise ménagée par le scénariste.

En effet, Zdarsky introduit ce qui est, à ma connaissance, une nouveauté de taille dans l'appréhension des pouvoirs des FF, et qui pèse dramatiquement sur l'intrigue : si la flamme de Johnny Storm faiblit inexplicablement dernièrement et que Ben Grimm accuse un léger coup de mou, c'est parce que plus ils sont éloignés, moins leurs capacités extraordinaires sont puissantes. Par une déduction facile, on comprend que si cela atteint ces deux-là, alors Reed, Sue, Valeria et Franklin Richards, où qu'ils soient dans le Multivers, sont atteints des mêmes syndromes (perte de l'élasticité de Mr. Fantastic, invisibilité réduite de Invisible Girl, régression intellectuelle de Valeria, diminution de l'omnipotence de Franklin).

Soudain, on trouve là ce qui manquait à la série sans arriver à la formuler : une urgence. Il faut non seulement que les FF se reforment mais surtout qu'ils se pressent de le faire, sans quoi ils n'auront plus de pouvoirs.

Mais cela vaut uniquement d'un point de vue dramaturgique. Car, si on est plus pragmatique, voire cynique, ça ressemble aussi étrangement à un plan B au niveau éditorial : si, à terme, Marvel Two-in-One n'est pas le succès commercial espéré, il condamne le retour d'une revue dédiée aux Fantastic Four (c'est le contrat). Mais si la mission de Ben Grimm et Johnny Storm est un échec, s'ils ne retrouvent pas leurs co-équipiers, le reste de leur famille, alors cela s'expliquera simplement par le fait qu'ils ne l'auront pas fait à temps, avant que leurs pouvoirs aient disparu - une façon de pousser les personnages vers une sortie définitive (car les FF sans pouvoirs n'apporteraient rien à un monde fictionnel surpeuplé de super-héros). Et Zdarsky paraît presque préparer ce plan B en montrant le Penseur Fou (plus déjanté que jamais) annonçant qu'il veut remplacer Mr. Fantastic et former une nouvelle équipe de Fantastic Four...

Eléments de suspense diabolique ou préparatifs pour un enterrement à terme, quoi qu'il en soit, il faudra lire la suite pour le savoir. C'est sadique, mais habile pour accrocher le lecteur.     

lundi 19 février 2018

OLD MAN HAWKEYE #2, de Ethan Sacks et Marco Checchetto


Comme promis, je vous invite à replonger dans un autre futur apocalyptique chez Marvel, coïncidant avec le nouvel arc narratif de Captain America #698, avec ce deuxième épisode de la maxi-série Old Man Hawkeye, écrite par Ethan Sacks et dessinée par Marco Checchetto, dont le début laissait une forte impression.


Des Moines. Le marshall Bullseye vient interroger Jebediah Hammer au sujet du convoi qu'il avait confié à Clint Barton et du meurtre de tout le gang Madrox. La séance de questions se mal mal : Jebediah est tué mais avoue, avant de mourir, pour que sa femme Susannah soit épargné, où trouver l'archer.


Hawkeye entre au "Eye Candy" à quelques miles de là pour y avoir une conversation avec The Orb. mais là aussi, la situation dégénère quand les gardes de ce dernier veulent expulser le visiteur qui déclenche une fusillade.


Barton se débarrasse vite des membres de la sécurité pour atteindre celui à qui il est venu parler du massacre des super-héros et du commanditaire de cette opération. The Orb se souvient de la fin des justiciers et indique à Hawkeye un endroit où est susceptible de se trouver sinon l'ordonnateur, en tout cas un indic capable de le désigner.


Le marshall Bullseye est en planque devant le domicile de l'ex-femme de Barton quand la fille de ce dernier l'interpelle et lui affirme que son père n'est pas (jamais) là. Le policier se retire après avoir menacé la fillette, peu impressionnée, et reçu un message de Crâne Rouge.


Hawkeye arrive au parc d'attractions "Murderworld" d'Arcade dans le Nevada pendant que, chez les Hammer, Susannah achève d'enterrer son mari et leurs fils. Elle est alors surprise par le gang Madrox dont tous les membres sont devenus des hôtes de symbiotes Venom, également à la recherche de Barton...

C'est ce qu'on appelle le zeitgeist, "l'esprit du temps", la tendance : sans s'être concerté, Ethan Sacks et Mark Waid exploitent le genre de la dystopie le même mois dans leurs séries respectives. Bien entendu, avec Old Man Hawkeye, la chose est moins surprenante qu'avec Captain America puisqu'en tant que prequel d'Old Man Logan, le scénario explore un univers futuriste déjà codifié par Mark Millar et que l'époque est encore plus lointaine dans l'avenir que l'arc Out of Time de Waid.

Il n'empêche, la coïncidence frappe l'esprit. Qu'est-ce qui inspire aux auteurs des récits de fin du monde, où les super-héros ont disparu, où le mal a triomphé, dans des décors ravagés ? On peut l'interpréter de bien des manières, de la plus facile - un simple exercice de style qui permet de se dégager des événements en cours dans l'univers partagé de l'éditeur - au plus actuel - l'expression d'une appréhension face à la politique américaine avec Trump au pouvoir. A vous de choisir, mais impossible de ne pas y penser.

Reste le contenu et sa qualité. Si Mark Waid glisse quelques piques au pouvoir en place dans son pays, Sacks ne semble pas voir, étonnamment si loin, et se "contente" de suivre son plan, en dressant une saga plus classique mais pas moins troublante. La peur irrigue son récit - celle de Clint Barton de perdre la vue, de ne pas venger ses amis, celle que suscite Bullseye ou les symbiotes Venom (désormais avec le gang Madrox comme hôtes) - et il en résulte des scènes intenses où la violence surgit de manière imprévisible.

Bullseye massacre la famille Hammer mais épargne la fille de Hawkeye, qui pourtant lui oppose son mépris (le moment révèle une tension superbement traduite). The Orb n'a pas assez de gardes pour empêcher Barton de l'approcher et de lui soutirer (mais, cette fois, sans violence, alors qu'il vient de tuer plusieurs hommes) des renseignements. Et l'arrivée de l'archer dans le parc abandonné d'Arcade n'augure rien de bon. Ménager aussi bien la trouille et l'action prouve le savoir-faire d'Ethan Sacks.

Elle permet également à Marco Checchetto de briller en alignant une fois encore de magnifiques planches. Il est décidément très à son aise dans ce cadre post-western aux couleurs de rouille et de poussière, à l'ambiance à la fois aride et poisseuse, magnifiquement restituées par Andres Mossa

L'artiste italien a aussi l'occasion de faire admirer son sens du découpage, qu'il s'agisse de faire monter la pression lors d'une scène d'interrogatoire dont on devine qu'elle va mal se passer (les manières sournoises de Bullseye chez les Hammer) ou de mettre en scène avec dynamisme un échange de coups de feu et de tirs à l'arc dans un saloon (une leçon de nervosité).

Checchetto est un dessinateur complet que cette maxi-série devrait totalement imposer (en prime du grade de "young gun" que vient de lui décerner Marvel... Ce qui ne manque pas de piquant car ce n'est plus un débutant depuis belle lurette).

En tout cas, Old Man Hawkeye confirme tout le bien que promettait son premier épisode, à la fois digne spin-off de la saga de Millar et production actuelle de Marvel.