vendredi 14 août 2015

Critique 689 : CINEMASTOCK, L'INTEGRALE, de Gotlib et Alexis


CINEMASTOCK : L'INTEGRALE rassemble en un seul volume les deux tomes de la collection d'épisodes parodiques, écrits par Gotlib et dessinés par Alexis, publié en 2005 par Dargaud.
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CINEMASTOCK, TOME 1 rassemble les quatre premiers épisodes parodiques de la série, écrits par Gotlib et dessinés par Alexis, publiés de 1970 à 1974 dans la revue "Pilote", repris en un album en 1974 publié par Dargaud.
(Extrait de Cinémastock : Les films de chevalerie.
Textes de Gotlib, dessins de Alexis.)

- Les films de chevalerie (7 pages, 1970) : pour tout savoir sur les codes et clichés des films de genre, ces sept pages sont idéales. D'ailleurs, les auteurs ne jurent-ils pas, par exemple catalogue, que "les différentes phases de la scène du duel ont été fixées une fois pour toutes selon un règlement très strict déposé à la société des auteurs et duquel il est strictement interdit de s'écarter" !

- Hamlet (9 pages, 1972) : le drame écrit par William Shakespeare dépoussiéré mais fidèle à l'intrigue originale. Attention aux morsures de vipère quand même...

- Tarass Boulba (15 pages, 1973) : L'épopée de Nicolas Gogol légèrement revue et corrigée, dans le cadre de "l'Ukraine sauvage... grandiose... cruelle... L'Ukraine si belle... L'Ukraine aux plaines infinies... L'Ukraine où vivent comme des animaux superbes, ces hommes fiers... farouches... indomptables... Les cosaques". De joyeux drilles en vérité, qui boivent de la vodka comme de l'eau et qui ont le sens de la famille chevillé au corps, même s'ils devraient se méfier du facteur...

- La Dame aux camélias (22 pages, 1974) : Entre deux quintes de toux, une poignante relecture de la romance écrite par Alexandre Dumas fils entre Marguerite Gautier et Armand Duval, fils du patron des "Pastis Duval". Ou presque. Avec un mousquetaire qui s'est trompé de Dumas au milieu...

CINEMASTOCK, TOME 2 rassemble les trois derniers épisodes parodiques de la série, écrits par Gotlib et dessinés par Alexis, publiés dans la revue "Pilote" en 1971 et 1974, repris en un album publié en 1976 par Dargaud.
(Extrait de Cinémastock : Chapeau melon et bottes de cuir.
Textes de Gotlib, dessins de Alexis)

- Chapeau melon et bottes de cuir (7 pages, 1971) : pour ceux qui auraient oublié que le chef de John Steed se faisait appeler Mère-Grand, une révision utile, surtout lorsque, avec Tara King, il doit arrêter un criminel surnommé "El Lobo" (Le Loup, et le loup, c'est bien connu, aime bien les grands-mères).

- Les Malheurs de Sophie (12 pages, 1974) : une autre adaptation utile du classique de la Comtesse de Ségur (née Rostopchine, mais c'est pas de sa faute, elle est née comme ça), afin d'apprendre à dresser les enfants désobéissants.

- Notre-Dame de Paris (30 pages, 1974) : le grand oeuvre de Victor Hugo parfaitement résumé où il est question de gitane aguicheuse, de bossu sonneur de cloches concupiscent, d'homme d'église travaillé par la lubricité et d'un capitaine de la garde royale un peu mufle. Bêêê...Llle !

Aujourd'hui, le cinéma vient abondamment puiser dans le patrimoine de la bande dessinée, pour le pire et le meilleur, tandis que la bande dessinée a intégré, là encore avec des fortunes diverses, la langage du septième art. Il paraît loin le temps où on jugeait les "illustrés" comme le cinéma du pauvre, même si la BD est encore volontiers snobée par la critique littéraire (en dehors de quelques gros vendeurs consensuels). 

Aujourd'hui, encore, il est même devenu fréquent que des auteurs de bande dessinée en vogue se piquent d'ambitions cinématographiques, comme on le voit chez nous avec Joann Sfar, Pascal Rabaté, Riad Sattouf, ou aux Etats-Unis avec Frank Miller ou les comics prêts-à-filmer de Mark Millar.

Pourtant, au début des années 70, quand on se contentait le plus souvent de quelques dessins animés pour le grand écran tirés des albums de Astérix et Lucky Luke, deux illustres représentants du 9ème art se mirent en tête de se moquer du cinéma et de la grande littérature dans une série d'épisodes parodiques. C'est le dessinateur Alexis qui eût l'idée du titre de cette entreprise qu'écrivit avec lui Gotlib.

(Re)lire Cinémastock est bien entendu l'occasion de se bien rigoler avec cette collection d'histoires revisitées avec souvent du génie, au minimum beaucoup de talent, mais c'est aussi devenu, avec le temps qui passe, une opportunité de saluer Marcel Gotlib, qui a atteint l'âge vénérable de 81 ans et qui serait un trésor national si on estimait à sa juste valeur l'homme des Dingo-dossiers (avec Goscinny) et de La Rubrique-à-brac. C'est aussi une façon de se souvenir des prestations d'un dessinateur fauché dans la fleur de l'âge, Alexis, de son vrai nom Dominique Vallet, mort à 31 ans en 1977.

Le plus étonnant, c'est que les sept épisodes parodiques de Cinémastock respectent à la lettre les oeuvres dont elles s'inspirent. Gotlib en détourne les motifs, use du comique de répétition, pour en souligner les grosses ficelles dramatiques et s'en moquer, mais il est indéniable qu'il a bien lu et analysé ce dont il se sert. En poussant la logique des romans, films et séries télé jusqu'à l'absurde, il pointe ce qui échappe à notre vigilance critique à cause de la manière dont on nous les présente : des histoires intouchables, appartenant à une sorte de panthéon artistique dont il est malvenu de remettre en question la qualité narrative même quand celle-ci abuse de facilités grotesques.

De cinéma, il en est en vérité peu question puisque seuls les films de chevalerie sont réellement frontalement traités : Gotlib n'en cite aucun en particulier mais aborde le genre en général. C'est tout de même très drôle, mais, tout comme quand il imagine à sa façon un épisode de Chapeau melon et bottes de cuir, il se montre assez sage, plus rigolard que critique.

On monte d'un cran dans la déconnade et le détournement avec les oeuvres littéraires (dont certaines ont fait l'objet d'adaptations cinématographiques) et théâtrales : Hamlet suit précisément l'intrigue de Shakespeare mais en la condensant en dix pages, les rouages de cette mécanique deviennent si grossiers qu'on en ricane. Avec Tarass Boulba de Gogol, La dame aux camélias de Dumas fils, Les malheurs de Sophie et surtout Notre-Dame de Paris de Hugo, Gotlib se surpasse, forçant à peine le trait pour tourner ces incontournables proclamés en ridicule. Le classique de Hugo, avec ses 30 pages, dépasse même le cadre de la parodie pour devenir un hommage au livre parsemé de quelques gags "hénaurmes".

Les dessins d'Alexis sont fantastiques et on comprend ce que le projet lui doit : c'était un fabuleux artiste doué dans tous les compartiments de sa pratique. Ses compositions sont superbes, avec un découpage très fluide (flirtant régulièrement avec le "gaufrier", puis s'autorisant des pleines pages décadrées étonnantes).
L'expressivité des personnages est également imparable, avec l'élasticité d'un caricaturiste et le soin apporté aux détails des grands réalistes (notamment dans les décors, intérieurs et extérieurs, et les costumes).

L'encrage est d'une exceptionnelle finesse, avec un usage de la plume impressionnant. Il est juste dommage que la colorisation, comme souvent à cette époque, soit si médiocre, et je rêverai qu'une Intégrale en noir et blanc soit un jour publiée pour que chacun se rende compte de la puissance graphique d'Alexis, dont le goût pour la farce n'avait d'égal que la virtuosité artistique. C'est vraiment une terrible perte que ce dessinateur soit parti si jeune, si tôt : il avait tout pour devenir un très grand (il est mort après avoir avoir réalisé les 16 premières pages du Transperceneige écrit par Jacques Lob, qu'achévera Jean-Marc Rochette).    

D'une drôlerie ravageuse, avec des dessins extraordinaires, Cinémastock est un chef d'oeuvre de loufoquerie indémodable. C'est certainement ce qu'on a fait de mieux dans le genre, tout simplement.

jeudi 13 août 2015

Critique 688 : MISSION : IMPOSSIBLE 5 - ROGUE NATION, de Christopher McQuarrie


MISSION : IMPOSSIBLE - ROGUE NATION est le 5ème film adapté de la série télé créée par Bruce Geller (après le 1 en 1996, le 2 en 2000, le 3 en 2006 et le 4 en 2011), produite par J. J. Abrams, Bryan Burk, Tom Cruise et David Ellison.
Christopher McQuarrie signe la réalisation et co-écrit le scénario avec Drew Pearce. La direction artistique est assurée par Andrew Bennett, Matthew Gray et Paul Inglis, avec la photographie de Robert Elswit, les costumes de Joanna Johnston et la musique de Joe Kramer (le thème principal reste celui composé par Lalo Schiffrin).
Le film est sorti en France le 12 Août 2015.
De gauche à droite : Jeremy Renner, Tom Cruise, Sean Harris,
Ving Rhames, Rebecca Ferguson, Alec Baldwin.

Dans les rôles principaux, on trouve : Tom Cruise (Ethan Hunt), Rebecca Ferguson (Ilsa Faust), Jeremy Renner (William Brandt), Ving Rhames (Luther Stickell), Alec Baldwin (Alan Hunley), Sean Harris (Solomon Lane), Simon McBurney (Atlee).
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ATTENTION ! SPOILERS !
Ethan Hunt
(Tom Cruise)

L'agent Ethan Hunt intercepte avec l'aide de ses collègues Benjamin Dunn et William Brandt une cargaison de gaz toxique à bord d'un avion militaire, destinée à être vendue à un groupe terroriste, le Syndicat. 
Ethan Hunt
(Tom Cruise)

Hunt est capturé dans un magasin de disques vinyles qui sert de relais à l'agence de la Force Mission : Impossible (IMF). Lorsqu'il reprend connaissance, il est prisonnier du criminel Janik Vinter sur le point de le torturer. Mais parmi la bande de ce dernier se trouve une agent double, Ilsa Faust, qui permet à Hunt de s'échapper.

Les méthodes de l'IMF déplaisent en haut lieu : le directeur de la CIA, Alan Hunley, réclame devant une commission sénatoriale sa dissolution tandis que William Brandt essaie, en vain, de gagner du temps.

Quand il reprend contact avec Brandt, Hunt refuse d'abandonner son enquête et prend le maquis. Pendant plusieurs mois, il réussit à tenir la CIA à distance. Mais, pour cela et pour parvenir à trouver le chef du Syndicat, Hunt bénéficie de la complicité de Benjamin Dunn, qu'il attire à Vienne où il pense que le Chancelier autrichien risque d'être assassiné.
Benjamin Dunn
(Simon Pegg)

Durant l'opération, Hunt retrouve sur sa route Ilsa Faust mais ne peut éviter la mort du Chancelier dans l'explosion de sa voiture. Ilsa convainc Hunt de la relâcher en lui promettant de l'aider le moment venu.
Ilsa Faust
(Rebecca Ferguson)

Pour sauver Hunt et Dunn que la CIA a reçu l'ordre d'abattre pour trahison, Brandt obtient le renfort de Luther Stickell. Les deux fugitifs sont au Maroc où leur a donné rendez-vous Ilsa avec laquelle ils se préparent un fichier convoité par le Syndicat, qu'elle a infiltré, et protégé dans un centre de haute sécurité.

Le vol du fichier réussit mais Ilsa trahit Hunt et Dunn en s'en emparant et en prenant la fuite au cours d'une course-poursuite dans les rues de la ville et ses environs. A nouveau, elle réussit à semer tout le monde. 
Ethan Hunt
(Tom Cruise)

Mais Dunn a eu le temps de faire une copie du fichier et en découvre, avec Brandt, Stickell et Hunt, le contenu : il s'agit d'une "boîte rouge", qui ne peut être ouverte que par le Premier ministre anglais.
William Brandt et Luther Stickell
(Jeremy Renner et Ving Rhames)

Ilsa est déjà à Londres où elle rencontre Atlee, son supérieur, qui lui ordonne, au risque de sa vie, de remettre le fichier à Solomon Lane, le chef du Syndicat. Mais, tandis qu'il la menace de la livrer à la CIA si elle refuse, il copie le fichier en vidant la clé usb dans laquelle il est contenu. 

Acculée, la jeune femme obéit mais Lane découvre que le fichier a été vidé et lui conseille de le récupérer. Ilsa s'en remet à Hunt à qui elle donne rendez-vous dans une gare bondée pour lui proposer une alliance contre tous ceux qui les veulent morts (la CIA, Atlee, Lane). 
Ilsa Faust
(Rebecca Ferguson)

Durant leur discussion, alors qu'ils sont surveillés par Brandt, Stickell et Dunn, ce ce dernier est enlevé par Vinter dont Lane se sert contre Hunt : il lui rendra son ami vivant contre une copie du fichier.
Solomon Lane
(Sean Harris)

Hunt convainc avec difficulté Brandt et Stickell de l'aider à kidnapper le Premier ministre anglais. Mais Brandt contacte aussi discrètement Hunley pour l'informer du plan de Hunt. Hunley se rend à Londres où il prévient aussitôt Atlee de la menace.
Atlee et Hunley
(Simon McBurney et Alec Baldwin)

Le premier ministre anglais, qui participe à une vente aux enchères caritative, s'absente pour rejoindre Atlee et Hunley. Hunt a usurpé l'identité de Atlee, grâce à un masque, et administre un sérum de vérité au ministre auquel il extirpe les informations nécessaires à la lecture du fichier, qu'ouvre à distance Stickell : il recèle des informations sur les origines et le financement du Syndicat, lancé pour neutraliser les ennemis à l'intérieur et à l'extérieur des services de renseignements britanniques avant d'échapper au contrôle d'Atlee. 
Ethan Hunt et William Brandt
(Tom Cruise et Jeremy Renner)

Ces révélations bouleversent Hunley qui accepte de laisser Hunt et son équipe boucler leur mission, au terme de laquelle ils seront réhabilités.

Hunt appelle Lane et convient d'un endroit pour procéder à l'échange du fichier avec Dunn. Mais Lane veut se débarrasser de Hunt et ses acolytes. Une course-poursuite dans Londres la nuit, entre les hommes du Syndicat et leurs adversaires, tourne à l'avantage de ces derniers jusqu'à la capture de Lane.
Ilsa Faust et Ethan Hunt
(Rebecca Ferguson et Tom Cruise)

Ilsa préfère s'en aller de son côté, tandis que de retour à Washington devant la commission sénatoriale, Hunley renonce, comme promis, à la dissolution de l'IMF.

Presque vingt ans après la première adaptation par Brian De Palma de la série télé créée par Bruce Geller, Mission : Impossible revient pour un cinquième film. Et il s'agit sans doute de l'épisode le plus réussi de la franchise, produite et interprétée par Tom Cruise.

Aux manettes, bien que Cruise ait, semble-t-il, voulu conserver Brad Bird (qui avait réalisé Mission : Impossible 4 - Protocole Fantôme en 2011), on trouve Christopher McQuarrie, un familier de la star puisqu'il l'avait déjà dirigé dans l'excellent Jack Reacher (conçu, là aussi, comme le premier volet d'une nouvelle franchise). Pour les cinéphiles, McQuarrie est aussi le scénariste du premier long métrage de Bryan Singer, le cultissime Usual Suspects.

On retrouve dans le script de McQuarrie, co-écrit avec Drew Pearce, le goût qu'a celui-ci pour les intrigues touffues, les personnages ambivalents, et le grand spectacle intelligent. Il est en effet question de héros pris pour des criminels en cavale, aux prises avec une affaire compliquée, un ennemi qui a le plus souvent une longueur d'avance, et pris dans ce tourbillon un individu dont on se demande pendant longtemps pour quel camp il joue. Mais il y a aussi une volonté de produire un divertissement très efficace, mené sur un rythme infernal, dans des décors spectaculaires, et bien entendu une fin ouverte (Mission : Impossible 6 est déjà annoncé, et confirmé depuis le triomphe de ce cinquième volet - le plus gros succès de Tom Cruise au box office américain depuis La Guerre des Mondes, réalisé par Steven Spielberg en 2005 !).

L'histoire est d'une grande densité mais reste toujours lisible, même si le spectateur comprend l'intrigue à la même vitesse que le héros : l'effet est garanti, on découvre l'ampleur de la menace, la réalité des dangers, la nature réelle de certains personnages, au fur et à mesure. La tension est constante tout du long des 127 minutes du film, et le scénario alterne à la perfection les scènes d'exposition (où les dialogues entre les protagonistes explicitent les situations qu'ils ont traversées) et d'action (où le récit s'emballe et rebondit jusqu'à l'étape suivante de l'intrigue).

En démarrant le film par une scène déjà anthologique, où Hunt/Cruise s'accroche à la porte d'embarquement d'un avion militaire en train de décoller, on pouvait craindre que McQuarrie n'ait plus rien d'équivalent ou de plus fort à proposer ensuite. Mais Mission : Impossible 5 comporte un lot de morceaux de bravoure suffisamment impressionnant pour ne pas décevoir les amateurs de sensations fortes : une plongée en apnée dans le réservoir hydraulique d'une centrale électrique et surtout une ahurissante poursuite à moto au Maroc en attestent. La séquence à moto en particulier est bluffante, surtout en ayant à l'esprit que ni Cruise ni Rebecca Ferguson n'ont été doublés !

Il y a également de superbes scènes de combat, comme celle dans la salle de torture au début ou, celle, fantastique, à la fin, dans les rues de Londres la nuit, digne d'un film noir des années 50. C'est juste assez too much pour qu'on les apprécie sans souffrir de l'exagération inhérente au cinéma d'action à grand spectacle hollywoodien. Hunt est effectivement un super espion, quasiment indestructible (à peine boîte-il après ses plus folles gamelles, et peu de coups l'entame physiquement, sans parler de sa volonté de fer), mais si on accepte cet irréalisme fantaisiste, alors rien ne viendra entamer le plaisir de suivre ses invraisemblables péripéties.

La réalisation est donc très solide : McQuarrie ne fait pas preuve d'une originalité particulière dans ce domaine (on est loin des plans sophistiqués d'un De Palma, mais aussi des effets ridicules d'un John Woo), mais le cahier des charges est largement rempli. De toute manière, dans ce type de production, où la star contrôle tout, le cinéaste est en service commandé : il n'est pas question d'essayer d'imposer une vision particulière, seul le script peut autoriser quelques audaces (même si McQuarrie suggérait plus d'ironie dans Jack Reacher en flirtant avec la parodie). 

L'intégration des effets spéciaux est tellement aboutie qu'on ne les remarque même plus, et comme le spectateur un peu informé sait que les cascades de Tom Cruise sont effectués par lui-même, sans filet, on est saisi par ce délicieux frisson d'un cinéma à la fois très moderne (par la technicité de ses conditions de tournage) et "à l'ancienne" (tout n'est pas truqué en post-production grâce à la magie numérique).

L'argent est sur l'écran, mais pas que : la photo est soigné, le montage nerveux sans être haché. Le film nous fait voyager (Washington, Londres, Cuba, le Maroc...), offrant diverses ambiances, dans des décors bien exploités. Le tout sur une formidable bande sonore où Joe Kraemer rend plusieurs fois un bel hommage au score originel de Lalo Schiffrin.

Enfin, le casting est impeccable : dans des seconds rôles bien taillés, on retrouve avec plaisir Jeremy Renner (un temps annoncé comme le successeur de Cruise à la tête de la franchise, avant que les financiers ne constatent que la star était encore bankable) et Ving Rhames (seul autre personnage présent dans tous les épisodes). Alec Baldwin et Simon McBurney (qui jouait déjà une fripouille dans Magic in the moonlight de Woody Allen) sont épatants en patrons rigides de leurs officines d'espions. Sean Harris campe un méchant bien glaçant, avec une bien vilaine tronche. Quant à Simon Pegg, il revient après l'épisode précédent et une présence sensiblement augmentée, apportant la note d'humour indispensable.

Tom Cruise est toujours irréprochable : regard d'acier, mâchoire serrée, son charisme naturel s'est épaissi avec l'âge, donnant à la saga une perspective dans le temps très troublante, qui a vu Ethan Hunt passer du disciple trahi de Jim Phelps à la tête brûlé à l'amoureux obligé de sacrifier sa vie de couple et maintenant chef de bande. Les performances physiques qu'il livre à 53 ans sont scotchantes, il paie vraiment de sa personne pour cette franchise. Mais surtout il compose avec toujours beaucoup de sobriété, ce qui confère un équilibre avec les délires spectaculaires de l'intrigue.

La révélation de cet épisode est Rebecca Ferguson, qui est de très loin la meilleure "Hunt's girl" de la série. McQuarrie y a, c'est évident, porté une attention spéciale en souhaitant en faire l'égale du héros et pas seulement un faire-valoir de charme. L'actrice a une séduction fascinante, c'est certain, mais elle joue divinement bien cet agent double (et même triple) déterminé et livré à elle-même. Elle mériterait de revenir pour la prochain Mission (mais ça semble bien improbable hélas !).

Blockbuster efficace en diable, mais qui donne du grain à moudre au spectateur, cette Rogue Nation est un opus majeur dans sa catégorie, assurément le sommet de la collection. En opposant l'IMF à des dissidents des services secrets britanniques, le film adresse un clin d'oeil savoureux, presque un défi à l'espion le plus célèbre de sa Majesté, qui fera son retour à la fin de l'année. Mais James Bond aura fort à faire pour égaler et même dépasser le brio de cette 5ème Mission : Impossible.   

mardi 11 août 2015

Critique 687 : LES GARDIENS DE LA GALAXIE #8 (Août 2015)

 Les Gardien de la Galaxie #8 :

- Les Gardiens de la Galaxie #23 : Planète Venom (Brian Michael Bendis / Valerio Schiti) :

Flash Thompson découvre que le symbiote Venom dont il était l'hôte a agressé les Gardiens de la galaxie et possède actuellement Drax. L'équipe est entraînée sur la planète dont sont originaires ces extra-terrestres dont elle va apprendre le véritable rôle...

Brian Bendis conclut cet arc, finalement très bref, en livrant des révélations étonnantes sur les symbiotes. Après avoir fait référence à un récit des New Avengers, il adresse cette fois un clin d'oeil appuyé au film Aliens de James Cameron et par ricochet à la saga des Broods de Chris Claremont. Le personnage de Flash Thompson en sort profondément redéfini. Et le cliffhanger est très drôle.
J'hésite encore à poursuivre la lecture de la revue puisqu'on va avoir droit à un crossover pendant quatre mois, qui oblige aussi à se procurer le mensuel "X-Men". Mais j'y reviendrai certainement pour la fin de la série actuelle (au #27) puis l'intermède Guardians of Knowhere (durant l'event Secret Wars) avant le relaunch (en vf courant 2016).

Valerio Schiti produit toujours de planches impeccables : l'expressivité de ses personnages est son point fort, assorti d'un découpage très fluide et énergiques. L'italien s'est imposé naturellement comme un artiste à suivre, et c'est heureux qu'il rempile pour le relaunch (Mike Deodato le remplacera durant Guardians of Knowhere).
Le fan du Hawkeye de Fraction et Aja notera le clin d'oeil sympa en observant le tee-shirt que porte Peter Quill à la fin de l'épisode.

- Guardians Team-Up #2 : Rencontre Gardiens de la Galaxie / Avengers (2) (Brian Michael Bendis / Stéphane Roux) :

Nebula a enlevé Gamora pour la livrer au régent d'une planète dont Thanos voulait se rendre maître. Les Avengers aident les Gardiens de la galaxie à retrouver leur amie et à la sauver d'une mort certaine...

Soyons honnête, ce n'est pas la deuxième partie de cette histoire qui va en relever le niveau : Bendis a collé avec application au cahier des charges de ce titre lancé pour surfer sur le succès du film de James Gunn, en utilisant Nebula et aussi les Avengers. Mais tout ça est très faiblement exploité, sans intérêt, aussi vite lu qu'oublié.

J'attendais aussi beaucoup mieux de Stéphane Roux au dessin, même si le français a du mal à s'imposer partout où il s'engage (en étant toujours en retard notamment) : ses meilleures pages prouvent sa capacité à représenter des personnages très expressifs, avec des décors fouillés, mais l'ensemble demeure très inconstant, malgré le renfort de l'encreur Jay Leisten.

- Star-Lord #7 : Le règne du Vortex Noir (2) (Sam Humphries / Freddie Williams II) :

Kitty Pryde a volé un quinjet aux Avengers pour partir à la rescousse de Peter Quill, fait prisonnier par son père, qui n'est autre que le sinistre Mr Knife en possession du redoutable Vortex Noir...

Un épisode de plus toujours aussi peu convaincant de la part du scénariste Sam Humphries, même s'il comporte un peu plus d'action : le titre accuse sévèrement le fait de n'être qu'un prétexte pour exploiter une marque désormais à la mode (une série pour chaque Gardien de la galaxie), sans proposer un contenu original.

Freddie Williams II remplace Paco Medina pour cette fois : dessinateur médiocre, il ne fait donc pas de miracles.

- Rocket Raccoon #6 : Robots de foire (Skottie Young / Jake Parker) :
Rocket Raccoon accepte de s'acquitter d'une vieille dette envers le chien Cosmo en aidant un robot pacifique à délivrer certains de ses confrères prêts à être reprogrammés pour combattre...

Heureusement que cette série existe pour maintenir le lecteur éveillé : Skottie Young se contente désormais de signer le scénario et les dialogues et anime une histoire dont la simplicité, l'énergie et la drôlerie sont vraiment rafraîchissantes. Totalement atypique, et improbable, ce titre est un régal.

Jake Parker assume seul la partie graphique sans démériter : son découpage basique et l'expressivité cartoonesque de son dessin compensent avantageusement des plans un peu pauvres parfois en décors. La colorisation flashy de Jean-François Beaulieu convient parfaitement à la série.

- Nova #25 : Carte de membre (Gerry Duggan / David Baldeon) :

Après son combat épique et victorieux contre Hulk, le jeune Sam Alexander est abordé par Steve Rogers qui le conduit au manoir des Avengers. Nova en devient membre mais reçoit aussi une mise en garde : pour conserver sa place, il ne devra plus affronter de telles menaces seul...

Bien que le graphisme de David Baldeon me rebute, je dois reconnaître que cet épisode anniversaire (qui compte en vérité trente pages mais que Panini, avec sa fantaisie coutumière, a choisi de couper en deux parties de 20 et 10 pages, suite et fin le mois prochain...) est sympathique.

Gerry Duggan officialise le nouveau statut de Sam Alexander avec bonne humeur, quelques Avengers font de la figuration : c'est sympa. Dommage que ce soit si moche.  

Bilan : toujours aussi mitigé - GOTG de Bendis et Schiti et Rocket Raccoon de Young et Parker portent une revue en manque de séries fortes. C'est déplorable quand on sait que des titres à vocation "cosmique" ont été développés en parallèle mais que Panini a préféré les publier en librairie ou dans des HS. 

lundi 10 août 2015

Critique 686 : LE CHÂTEAU DES ETOILES - 2ème ANNEE, d'Alex Alice

 
 
 
 
 
 
 
LE CHÂTEAU DES ETOILES : 2ème ANNEE comprend les épisodes 4 (Les Naufragés du ciel), 5 (Les Secrets de la face cachée) et 6 (Le Roi-Lune) de la série, écrits et dessinés par Alex Alice, avec Anthony Simon comme assistant pour les décors, publiés de Mai à Juillet 2015 par les Editions Rue de Sèvres. L'album cartonné rassemblant ces trois nouveaux chapitres paraîtra le 16 Septembre 2015.

Pour mémoire, j'avais consacré une entrée aux trois premiers épisodes dans ma critique n° 527 de Novembre 2014 (ici : Le Château des Etoiles n°1, 2 et 3).

Rappel des faits :

En 1970, Le Roi Ludwig de Bavière se passionne pour l'aéronautique et récupère les carnets de vol de l'exploratrice Claire Dulac, tragiquement disparue alors qu'elle était partie en vol à la recherche de l'éther. Il obtient du mari de l'aventurière et de son fils, le professeur Dulac et Séraphin, leur aide pour poursuivre et réaliser le projet de la défunte.
Mais grâce au Chambellan du Roi, Hagen Von Gudden, Bismarck est au courant de cette entreprise qu'il compte détourner à des fins militaires pour dominer l'Europe. 
Le professeur Dulac fait construire un éthernef pour s'envoler dans l'espace et échappe, avec le Roi, Séraphin et ses deux jeunes amis, Sophie et Hans, au Chambellan...

L'histoire reprend là où on l'avait laissée :

L'éthernef atteint les 13 000 mètres d'altitude quand une avarie survient : le variateur électro-éthérique a disparu, entraînant le vaisseau à la dérive dans l'espace. La toile du ballon qui y était suspendue obstrue désormais l'habitacle et il faut tenter une sortie pour l'enlever. Séraphin s'en occupe, découvre le Roi inconscient dans la cabine de la proue, et surtout que l'appareil tombe en direction de la face cachée de la lune.
L'éthernef atterrit sur la face cachée de la lune. Séraphin, son père, Sophie et Hans (plus son chien Falstaff, passager clandestin) s'emploient alors à réparer le vaisseau en espérant repartir dans les 354 prochaines heures, autrement dit les 14 jours de la nuit lunaire. Mais le Roi Ludwig, profitant que l'air soit respirable, part explorer les montagnes voisines, convaincu d'y trouver le château des étoiles, que visait certainement Claire Dulac.
Le Roi Ludwig décide de rester sur la lune - ou plutôt d'en redécoller à bord d'un navire éthérique. Avant cela, il rend le variateur électro-éthérique à Séraphin, qui permet à son père de les ramener, avec Sophie et Hans, sur terre. Il leur reste à récupérer le carnet de Claire Dulac, caché dans la bibliothèque royale avant Bismarck...

Contrairement, tout d'abord, à ce que j'avais compris en lisant la 1ère Année de la série, ces trois nouveaux épisodes, qui forment la 2ème Année, n'en sont pas la conclusion définitive : même si le récit trouve un dénouement satisfaisant, la fin est ouverte et Alex Alice et son éditeur annoncent déjà un troisième acte à leur saga (mais je vous laisse découvrir où elle entraînera les héros). Cela promet encore une lecture enchanteresse.

Car, et c'est ce qui nous occupera pour aujourd'hui, cette nouvelle "saison" est aussi réussie que la première.

Le scénario ménage encore un riche lot de rebondissements en confirmant les influences qui ont inspiré Alex Alice : Jules Verne y tient la première place, et de nouveaux bonus (qui resteront inédits dans l'édition en album cartonné à paraître en Septembre) cite l'écrivain nantais sous la forme de faux articles d'époque, illustrés par de simili-gravures. Ces suppléments ne sont pas seulement un cadeau fait aux fans qui suivent la série en l'achetant dans son format journal (41,5 x 29,4 cm), ils complètent intelligemment et malicieusement l'intrigue, notamment en évoquant les machinations que continuent d'utiliser le Chambellan Von Gudden tandis que les héros voyagent dans l'espace ou les efforts du quotidien pour retrouver un journaliste disparu en enquêtant sur le Roi Ludwig avant son départ pour les étoiles.

La narration est articulée selon trois temps précis : d'abord, le décollage et l'ascension de l'éthernef jusqu'à la disparition mystérieuse de son variateur et sa dérive vers la face cachée de la lune ; ensuite, le crash de l'appareil sur la lune et l'exploration de l'astre ; enfin, les efforts pour revenir sur terre en parallèle avec le choix du Roi Ludwig.

Chacun de ces chapitres est un pur régal à lire, mais le numéro 5 entièrement situé sur la lune est assurément le plus beau. Alex Alice abandonne tout réalisme scientifique pour nous embarquer dans une balade astrale fascinante, poétique, mais aussi mélancolique, dramatique. Le résultat est tout simplement féerique. 

La conclusion de cette saga est habile : l'auteur n'a pas voulu que la victoire des héros soit trop simple puisqu'il y a incorporé à son récit des figures historiques authentiques, comme Bismarck dans le rôle du méchant de service. La solution que trouvent Séraphin, son père, Sophie et Hans, pour contrarier les plans du prussien correspond à la fois au cadre d'une uchronie sans tomber dans une fable trop positive ou moraliste : l'enjeu pour la suite est subtilement déplacé et il sera intéressant de découvrir comment Alex Alice l'exploitera (en allant dans le registre de l'aventure pure ? Ou en conservant quelques éléments politico-historiques ?).

Les personnages ont une dimension humaine très sensible : la notion de famille - celle dont on est issu (Séraphin et son père) mais aussi celle qu'on se bâtit, avec des amis, des alliés (avec Sophie, Hans, le Roi), ou celle qu'on a perdue et après le fantôme duquel on court (Claire Dulac, dont le mystère de la mort reste irrésolu) - est très forte, soutenant toute la dramaturgie de ces aventuriers qui en risquant leurs vies dans une aventure risquée veulent tous se relancer existentiellement. Alex Alice sait écrire des enfants sans sombrer dans la mièvrerie ni l'héroïsme exagéré et des adultes hantés par des démons bien particuliers.

Bien entendu, ces nouveaux épisodes sont visuellement aussi beaux, si ce n'est plus que les premiers : l'artiste, assisté par Anthony Simon aux décors, a su créer des pages dont la puissance esthétique subjuguera n'importe qui. 

Tout cela dégage à la fois un travail extraordinaire sur les designs, la colorisation (à tomber à la renverse, avec le mélange de plusieurs techniques - crayons, aquarelles, peinture numérique), et une liberté comme seuls les très grands graphistes peuvent se le permettre, confiants en leur art et sa pratique, mais aussi inspirés par leur projet, son format hors normes.

Le château des étoiles est une expérience que sa publication originale rend spéciale : on ne peut tout simplement pas la lire comme une bande dessinée ordinaire car l'objet est relativement fragile, il faut le manier avec délicatesse, déposer chaque numéro sur une surface devant soi et non pas en le tenant comme un album. Ainsi installé, on peut à loisir contempler des pages immenses au découpage si bien pensé, à la beauté exceptionnelle. Le dépaysement et les sensations fortes sont garanties.

A l'heure où auteurs et lecteurs de BD sont bousculés dans leurs habitudes par la concurrence des tablettes et autres supports de lecture, un projet comme celui-ci devrait inciter l'édition à investir davantage dans des histoires qui ne se limitent pas à des cases et des bandes classiques sur des pages reliées, mais jouent avec les dimensions des planches, les effets que cela provoque. Il y a là une invitation à un renouvellement artisanal de la bande dessinée (pourquoi pas sous la forme de pop-up books, de livres-jeux, de pages dépliantes, de flip-books, etc).

Fête pour les yeux, voyage scénaristique, comic-book steampunk lumineux et palpitant, Le Château des Etoiles d'Alex Alice a le goût rare des classiques instantanés.

dimanche 9 août 2015

Critique 685 : SPIROU N° 4034 (5 Août 2015)


Le troisième tome des Campbell trouve son terme dans le numéro de cette semaine. Et sur le bandeau, une nouvelle série arrive (en remplacement de Zizi chauve-souris) : Happy Birds.

J'ai aimé :

- Dad. La visite au zoo de la semaine dernière a laissé des traces : le papa de Bébérinice, Roxane, Ondine et Pandora va souffrir... Nob nous régale comme toujours avec ce gag où il démontre un art consommé du hors-champ et des onomatopées.

- Les Tuniques bleues : Les quatre évangélistes (2/7). Chesterfiled, déguisé en pasteur, et Blutch, accoutré en idiot du village, infiltrent les lignes ennemis pour saboter la batterie d'artillerie du capitaine Pendleton. Il s'en faut de peu qu'ils soient démasqués quand ils croisent une vieille connaissance...
Cauvin (oui, le même qui n'est jamais drôle avec Cédric, Les femmes en blanc et Pierre Tombal) mène son affaire avec une vraie habileté : c'est certes très classique, mais on ne s'ennuie pas et on a envie de lire la suite. Lambil, au dessin, s'en sort également très bien, sans forcer.
De la "BD à Papa" en somme, mais indéniablement bien faite.

- Le Royaume des lecteurs. Dans le n° 4024 (spécial "Do it yourself"), Benoît Féroumont proposait aux lecteurs une planche aux phylactères blancs : celui qui trouverait les dialogues les plus drôles à partir de la situation dessinée les verraient publiés. Olivier et Matthieu ont relevé le défi et c'est effectivement très marrant. Espérons que ça donnera à Féroumont l'envie de produire plus souvent des pages de sa jubilatoire BD.

- Boni : Manon. Le petit lapin de Ian Fortin doit composer avec une camarade un peu enveloppée qui cherche l'âme soeur : quatre nouveaux strips savoureux de la part de cet auteur québécois indispensable.

- Les Campbell : De la fumée et du bruit. Munuera conclut la troisième aventure de sa famille de pirates dans un épisode de 10 pages plein d'action et de rebondissements : le Turc tombe les masques, et la suite qui verra Inferno et son frère s'affronter pour le salut des brigands des mers promet beaucoup.
C'est vraiment dommage que la parution de cette série ne soit pas mieux gérée par Dupuis parce qu'elle vaut vraiment le coup : en attendant que Munuera dispose de suffisamment d'épisodes à l'avance par exemple pour ensuite être lus plus régulièrement.

- Capitaine Anchois : La bibliothèque. Le capitaine et son second pensaient bien (enfin) avoir mis la main sur un trésor, quitte à remonter le temps : pas de chance, la bibliothécaire a été plus maline... Floris a droit à 3 pages pour cette nouvelle (més)aventure très rigolote.

- Le Club des Huns. Dab's confirme que sa série se déploie maintenant en gags d'une page et on n'y perd pas au change : c'est toujours aussi tordant de voir ce pauvre Attila essayer d'éduquer ses troupes, avec une séance de natation épique.

- Happy Birds. Lewis Trondheim refait équipe avec Hugo Piette (après leur histoire pour le spécial 75 ans de "Spirou") dans cette série de strips (trois par semaine) qui se moquent des concepteurs du jeu vidéo Angry Birds. Le dessin naïf de Piette et le verbe toujours mordant de Trondheim donnent une production prometteuse.

- L'Atelier Mastodonte. Alfred n'est toujours pas calmé, comme vont l'apprendre à leurs dépens Mathilde Domecq et un petit garçon dans un square : c'est ça aussi le charme si spécial de ce titre, alterner des mini-feuilletons loufoques et flippants, où les auteurs se dévoilent sans concessions.

- Tash & Trash. Dino livre encore un strip minimaliste et génial. C'est si bien foutu que je me demande ce qu'il serait capable d'imaginer en s'essayant au gag en une page.

- Game Over. Midam est lui aussi en grande forme. Et finalement son spin-off de Kid Paddle trouve une troublante résonance avec la rubrique des Aventures d'un journal de cette semaine (voir plus bas)...    

En direct de la rédak donne la parole à Trondheim et Piette au sujet de la genèse de Happy Birds. Pas de bol par contre pour la semaine prochaine : Les femmes en blanc ont droit à la couverture...
Les aventures d'un journal revient sur le tragique destin de Jean Portelle : ce jeune aventurier de 23 ans imagina la série Les aventures du capitaine Morgan pour Gérald Forton avant de mourir prématurément lors d'un périple près de l'île Cocos avec Claude Chaliés. Comme le note Fred Neidhardt dans le frontispice de la rubrique, le destin est susceptible...

Les abonnés ont droit à un chouette mini-récit (à assembler eux-mêmes) en supplément : Le précipice par David De Thuin, une poignante histoire de chat.