vendredi 15 décembre 2023
GREEN LANTERN #6, de Jeremy Adams, Xermanico, Scott Godlewski, Peter J. Tomasi et David LaFuente
jeudi 14 décembre 2023
MASTERPIECE #1, de Brian Michael Bendis et Alex Maleev
mercredi 13 décembre 2023
DANGER STREET #12, de Tom King et Jorge Fornes
En vérité, ce n'est pas si important. D'une certaine manière, avec Danger Street, le voyage est plus exaltant que la destination et en se remémorant les douze épisodes, on saisit mieux ce qu'a voulu communiquer Tom King au lecteur. C'est une forme de pensée diffuse, sensible, qui éclot lentement mais sûrement.
Le narrateur de la série a été la voix du Doctor Fate, qu'on n'a jamais vu, mais dont le casque est passé de main en main. A chaque début et fin d'épisode, il introduisait le lecteur dans cet univers où tous les personnages semblaient ne jamais devoir se croiser et qui, lorsque cela arrivait, voyait leur existence définitivement altérée.
C'est la théorie du "voyage du héros" qu'enseignent bien des romanciers et scénaristes pour apprendre comment construire une histoire ; en gros, il s'agit de faire suivre au lecteur la trajectoire d'un personnage dans sa quête, quête qui va le transformer au fil d'épreuves qu'il traverse, mais qu'il endure pour souvent sauver quelqu'un. Le succès de sa quête réside autant dans la réussite de ce sauvetage que dans la manière dont ce qu'il a enduré l'a changé.
Et dans Danger Street, tous les personnages accomplissent ce voyage du héros : Warlord et Starman qui ambitionnaient d'intégrer la Ligue de Justice, Orion qui voulait sauver l'univers de la chute des cieux en gagnant du temps pour ses deux pères, le Creeper qui voulait servir la Green Team en servant de relais à sa propagande, les Outsiders qui voulaient recouvrir leur humanité, Manhunter et Codename : Assassin qui voulaient savoir lequel d'eux était le meilleur dans sa partie, Metamorpho qui voulait se retrouver, les Dingbats qui voulaient retrouver leur ami, LadyCop qui voulait simplement faire son job.
De manière assez ironique, King choisit de clore son récit de manière très pragmatique. Les bons gagnent donc, les méchants sont punis, le monde est sauvé, les amis sont réunis. Puis en une scène il brouille les cartes et suggère que, non, en fait, tout n'est pas si simple. Que tout ça ne se résume pas à des bons et des méchants, que la happy end n'est pas si happy mais nuancée par un sacrifice immense, et d'ailleurs entretemps il y a eu des morts qui le sont restés, et qu'une nouvelle boucle est enclenchée.
Ce que ça signifie ? Que la fin d'une histoire, c'est le début d'une autre, de toutes les autres, ça ne s'arrête jamais. Et c'est ce que veulent dire les ultimes paroles émanant du casque du Dr. Fate au sujet des dieux, des princesses, des histoires, des gens qui les écoutent. Tout est lié : les histoires n'existent que par ceux qui les écoutent, les lisent, ceux-là même qui souvent sont aussi les acteurs d'autres histoires. Mais surtout que les histoires sont des divertissements, des récits pour rendre heureux, même quand elles sont dramatiques : les histoires nous permettent de nous évader, qu'importe leur gravité car tant qu'elles sont reçues elles procurent cette évasion au lecteur/auditeur.
Avec une construction aussi riche, la transposition graphique est un facteur crucial pour la réussite du projet. Jorge Fornes a eu raison de dessiner toutes ces péripéties sans se départir d'une authentique simplicité. Cela a permis au lecteur d'appréhender toutes les strates de l'intrigue de la même façon, qu'il s'agisse de suivre les Dingbats, ces garnements qui en font voir à LadyCop, ou Darkseid et le Haut-Père dans leurs efforts pour éviter que le ciel ne nous tombe littéralement sur la tête, ou Warlord et Starman qui se sont comportés en vrais héros sans avoir besoin d'intégrer la Justice League.
Idem pour les personnages moins sympathiques comme la Green Team qui, bien qu'étant des enfants comme les Dingbats, ont commis des atrocités froidement exécutées par des tueurs professionnels sans que le lecteur ne soit tenté de leur pardonner. Ou la revanche des Outsiders, mus par un ressentiment aussi terrible. Ou Orion qui a foncé dans le tas sans réfléchir au lieu de manoeuvrer plus subtilement.
Fornes a ce génie de représenter les personnages et leurs actions sans qu'on se rende compte de l'énormité de ce qu'ils font. Mais cela infuse dans l'esprit du lecteur et finit par lui éclater au visage. Sauf qu'à ce moment-là, l'artiste a accompli sa mission, a atteint l'objectif qu'il s'était fixé : nous entraîner dans un récit abracadabrantesque sans qu'on l'ait pleinement mesuré. Il nous a, en d'autres termes, amener là où il le souhaitait, au terme d'une intrigue insensée, délirante, et pourtant raconté de la manière la plus posée possible.
Dès lors, que des personnages aussi improbables existent et se croisent devient admissible : c'est la fameuse suspension de crédulité avec laquelle jouent les narrateurs et qui est particulièrement sollicité dans les comics super-héroïques. Fornes a compris, comme seuls les très grands savent le faire, qu'il faut animer une histoire comme un prestidigitateur accomplit un tour : tandis que nous regardons la main droite, la main gauche est négligée et nous sommes confondus. Notre attention n'est jamais attirée du bon côté. Ici en l'occurrence, le dessin, par sa simplicité, sa fluidité, nous raconte une histoire sobrement alors qu'en fait, de l'autre côté, à notre insu, se déroule une intrigue plus complexe et qui se révèle seulement à la toute fin.
La conclusion de Danger Street peut se lire comme l'achèvement de deux auteurs à la complicité extraordinaire - de ce point de vue, je crois que Fornes, plus encore que Mitch Gerads, est l'artiste qui comprend le mieux comment illustrer les scripts de King - mais aussi comme une page qui se tourne. King n'a pas de nouveau projet prévu dans le DC Black Label, après y avoir brillé depuis des années (et le succès de Mister Miracle). En revanche, il est revenu à des monthly comics (Wonder Woman, Le Pingouin) et développe des creator-owned chez Image (Love Everlasting), Boom ! Studios (Animal Pound) ou Dark Horse (Helen of Wyndhorn). Une manière de considérer Danger Street comme ses adieux au label qui le fit roi ?
mardi 12 décembre 2023
TITANS : BEAST WORLD #2, de Tom Taylor et Ivan Reis
Bon, hé bien, là, vous remplacez Strange par Amanda Waller et le Dr. Hate (le nom de vilain le plus ridicule dont on nous a gratifié depuis des lustres) qui ont profité du plan de Beast Boy pour battre la Necrostar en se transformant en Starro. Résultat : tout le monde ne se transforme pas en monstres mais pas loin quand même puisqu'ils deviennent des bêtes sauvages.
Ah, je vous avais prévenus, c'est du pompage en bonne et due forme, et sans scrupules. La Nuit des Monstres était déjà d'une débilité sans fond mais Titans : Beast World ne vaut pas mieux - en tout cas à ce stade. Bien sûr, on peut croire aux miracles et penser que ça va s'arranger, mais je ne miserai pas gros là-dessus.
Taylor fait de Batman une sorte de loup-garou et de Black Adam un lion. J'espère que Aquaman ne va pas se changer en baleine et nouer une idylle avec King Shark... Mais avec ce scénariste, on peut s'attendre à tout. Je ne veux pas l'accabler : il y a bien un editor qui a validé cette idée et un rédacteur en chef qui a consenti à la publier, mais bon, après Knights Terror qui, comble du comble, ne faisait jamais peur, ce Beast World est un autre event assez pathétique. DC n'a pas besoin de ça.
Heureusement, dans notre malheur, nous avons le plaisir de lire les planches de Ivan Reis. C'est bien la seule chose de valable dans ce nanar et l'artiste brésilien honore la profession en donnant tout ce qu'il a au service de cette histoire débilissime.
Là aussi, on peut se désoler que le dessinateur qui, jadis, accomplit des miracles sur Blackest Night en soit réduit à faire ça, mais en même temps, il doit s'en fiche pas mal puisque, c'est annoncé, il va quitter DC pour rejoindre Ghost Machine, le label de son ami Geoff Johns pour lequel il sera exclusif (et il y rejoint d'autres pointures comme Bryan Hitch, Francis Manapul, Jason Fabok rien que pour la partie graphique).
Le soin que met Reis à illustrer Beast World, à nous livrer des scènes épiques, force le respect, mais on ne peut s'empêcher là aussi d'être affligé de voir celui qui a tant donné à DC partir sur cette note. Il méritait une sortie plus qualitative, une histoire digne de son talent. Pour ma part, je regretterai toujours qu'il n'ait pas oeuvré sur un run à sa mesure sur Justice League (il avait participé à la série du temps des New 52, mais avec des épisodes peu convaincants).
De mon côté, je vais continuer et terminer Titans : Beast World. Uniquement parce que le rythme de parution est soutenu (prochain n° dans quinze jours) et que ce sera donc vite plié. Et pour Reis. Après, je tâcherai d'oublier jusqu'au nom de l'infâme Tom Taylor, un des pires écrivaillons de comics qui a jamais été.





























