jeudi 5 octobre 2023

X-MEN #27, de Gerry Duggan et Phil Noto

 

J'aime décidément beaucoup ce que Gerry Duggan fait avec Fall of X : on a le sentiment que le scénariste se lâche comme jamais et surtout il traduit à merveille l'ambiance oppressante de cette période. Dans ce X-Men #27, il ne reste pas en place, divisant l'épisode en deux parties distinctes, également intéressantes et prometteuses. Le dessin est assuré par Phil Noto qui a dû remplacer au pied levé Stefano Caselli, initialement prévu.



Shadowkat infiltre une prison d'Orchis où elle trouve le Fléau et découvre que son voisin de cellule est Cyclope dans un sale état et qu'elle ne peut libérer. De retour auprès de Synch, Talon, Ms. Marvel et Rasputin IV avec un casque Cerebro, elle les laisse aller rendre une visite aux 4 Fantastiques, eux aussi indésirables à New York...
 

Au fur et à mesure des épisodes se déroulant dans ce nouveau statu quo qu'est Fall of X, on mesure à quel point Gerry Duggan est un scénariste qui n'est jamais aussi bon que dans un cadre strictement établi. C'est déjà frappant avec Uncanny Avengers, ça semble l'être avec Invincible Iron Man (série également impactée par les mésaventures actuelles des mutants), et surtout avec X-Men.
 

En toute honnêteté, je ne trouve pas que Gerry Duggan a l'étoffe d'un grand scénariste susceptible d'apporter quelque chose de renversant à la franchise. Mais c'est un professionnel expérimenté maintenant et qui potasse ses dossiers de manière appliquée pour sortir de bonnes histoires, divertissantes.


A ce jeu-là, en tout cas, il est autrement plus convaincant que d'autres auteurs Marvel que l'éditeur a décidé d'éprouver sur de gros titres (comme Ryan North sur Fantastic Four ou Jed MacKay sur The Avengers). Tout simplement parce qu'il se plie plus facilement aux contraintes : mieux il s'y épanouit.

Comme, avec Kieron Gillen, c'est lui qui a précipité Fall of X avec le dernier Hellfire Gala en date, il a dû se préparer à raconter quelque chose de sensiblement différent de ce qu'on lui demandait jusqu'alors, c'est-à-dire mettre en scène les X-Men comme les champions de Krakoa, une équipe de super-héros dont la particularité est de ne comporter que des mutants.

Or, pendant les deux dernières années, on a pu constater que Duggan affichait ses limites dans cet exercice trop convenu. Les intrigues, les adversaires qu'il imaginait pour les X-Men n'avaient rien de bien palpitant : c'était efficace, bien fait, mais sans grand relief. Désormais que la crise est là, que les mutants sont à nouveau en position de faiblesse (comme ils l'ont rarement été), le cadre n'est certes pas original mais fournit à Duggan des ressorts dramatiques qu'il manie bien mieux.

La série est devenue plus dure, plus sombre, plus désespérée et en conséquence l'adversité est partout. Les X-Men sont acculés, diminués, face à Orchis qui a réussi à les entamer sérieusement, à retourner l'opinion contre eux. On n'est en vérité pas si loin de ce que Brubaker faisait quand il écrivait Captain America avec cette atmosphère poisseuse, noire, dépressive et un héros qui semblait ne jamais voir le bout du tunnel après avoir retrouvé Bucky Barnes changé en Soldat de l'Hiver et Crâne Rouge en coulisses.

Il y a donc maintenant un côté polar, série noire dans X-Men qui lui va bien, je trouve. C'est la guerre, tous les mutants sont réquisitionnés, sont des X-Men, doivent se salir les mains au besoin, gagner des points patiemment face à un ennemi omniprésent, malin, retors, organisé, puissant. C'est ce qu'on voit spécialement avec ShadowKat qui joue les ninjas et découvre ce mois-ci les conditions de détention du Fléau et surtout de Cyclope qu'elle ne peut même pas faire évader (je ne vous dis pas pourquoi pour ne pas spoiler mais c'est terrible).

L'autre partie de l'épisode met en avant Rasputin IV, la chimère conçue dans le futur de Powers of X par Mr. Sinister, désormais présente à notre époque. Comme toutes les chimères, elle possède les pouvoirs de plusieurs mutants mais sans avoir la puissance des originaux. Avec Synch et Talon, promus bien malgré eux chefs de la résistance, et Ms. Marvel, et muni d'un casque Cerebro récupéré par ShadowKat, ils vont demander de l'aide à Mr. Fantastic.

Comme les FF sont eux aussi hors de New York (suite aux événements dévoilés dans le premier arc de leur série - je vous renvoie aux critiques que j'avais rédigées de la série écrite par Ryan North), la rencontre se passe dans un environnement dépaysant, qui permet au lecteur de respirer un peu. Duggan revient sur une histoire développée dans la mini-série X-Men/Fantastic Four de Chip Zdarsky et Terry Dodson en 2020 quand Krakoa avait invité Franklin Richards à séjourner sur Krakoa. Pour résumer : méfiant, Reed Richards avait alors trouvé un moyen d'altérer le gène X de son fils afin qu'il ne puisse franchir le portail krakoan.

Aujourd'hui si les X-Men savaient à nouveau comment Reed avait réussi cela, ils pourraient échapper à leurs persécuteurs pour mieux les frapper. Mais Mr. Fantastic ne se souvient plus de ce qu'il a fait car Charles Xavier a effacé sa découverte de son esprit... Là encore, je ne vais pas vous spoiler comment cela lui revient mais Duggan emploie Ms. Marvel avec beaucoup d'à-propos dans une scène-clé.

Visuellement, l'épisode est, disons-le, assez faible. Pourtant j'aime beaucoup Phil Noto mais il est évident qu'il n'a pas disposé de beaucoup de temps pour livrer ses planches (que, comme d'habitude, il dessine, encre et colorise lui-même).

La raison en est simple : au départ X-Men 27 devait être illustré par Stefano Caselli, or celui-ci a fait ses adieux aux mutants il y a deux mois avec le n° 25, qui comptait une pagination plus conséquente qui plus est. Après quoi il s'est mis au boulot sur le one-shot Ultimate Universe qui sortira le mois prochain.

Marvel a dû donc trouver un artiste rapide et vite. Phil Noto est capable de relever le défi mais il a dû quand même se presser car plusieurs pages sont expédiées. Les décors sont pauvres, certains personnages sont rapidement croqués, sans finitions, et la colorisation est également peu nuancée.

Noto réussit les scènes les plus faciles, comme quand ShadowKat infiltre la prison. La suite est beaucou moins convaincante et lorsque les X-Men rencontrent les FF et que Rasputin IV écarte la Torche puis la Chose, on sent vraiment que Noto a dû faire vite. Comme les scènes d'action ne sont pas son fort en général, c'est particulièrement flagrant. Je reste quand même indulgent en prenant en compte les conditions dans lesquelles il a travaillées mais bon, c'est pas fameux éditorialement.

La fin de l'épisode annonce déjà le programme du suivant où Firestar va passer un sale quart d'heure. Mais chut ! Et rendez-vous dans un mois.

mercredi 4 octobre 2023

SHAZAM ! #4, de Mark Waid et Dan Mora


Shazam ! est une série qui a du mal à me convaincre jusque-là. Comme si Mark Waid n'arrivait pas à trouver le bon ton pour raconter les aventures de son héros, forçant le trait (et sa nature) pour s'adresser au côté le plus enfantin du titre. Dan Mora lui-même me semble éprouver des difficultés à embrasser la fantaisie requise. Sauf que ce quatrième épisode est bien plus abouti, même si encore imparfait.


Le Captain se rend compte que les gorilles lui ont menti au sujet des projets de Garguax l'empereur de la Lune qui n'a pas l'intention de lâcher un missile sur leur ville mais de construire un vaisseau pour Zazzala/Queen Bee. Celle-ci excite à présent Zeus... Salomon décide donc d'alerter Freedy Freeman et la "Shazamily"...


Mark Waid s'est lancé dans une entreprise casse-gueule en relançant Shazam !. Le héros a toujours eu du mal à s'intégrer au reste de ses semblables chez DC où on le considérait surtout comme un rival de Superman. 


D'ailleurs Mark Waid l'a employé de la sorte dans Kingdom Come ! Sans être un spécialiste du personnage, les rares fois où j'ai apprécié la vision d'un auteur sur Shazam !, ce fut quand Jerry Ordway s'en empara ou alors Grant Morrison avec Cameron Stewart (dans un chapitre de The Multiversity).


Le souci de Waid, c'est éprouve toutes difficultés du monde à trouver le ton juste pour animer sa série. Il a visiblement envie de s'adresser à un public jeune sans négliger les fans plus âgés, mais d'un côté son scénario manque de cette légèreté, de cette insouciance tout en refusant d'être trop violent, trop sérieux. C'est littéralement ce qui s'appelle avoir le cul entre deux chaises.

Cette valse-hésitation se traduit aussi au niveau graphique puisque la condition émise par Waid pour écrire cette série était que ce soit Dan Mora qui la dessine. Waid aime travailler avec un artiste sur lequel il puisse s'appuyer, qui soit régulier. Ses meilleurs runs en témoignent (Captain America avec Ron Garney, Fantastic Four avec Mike Wieringo, Daredevil avec Chris Samnee). Mais Mora dessine déjà World's Finest et, malgré son énorme talent, il n'a pas la souplesse d'un Stuart Immonen, capable d'adapter son style aux comics qu'on lui confie. Sans doute ai-je ce sentiment parce que je garde en mémoire le formidable boulot accompli par Cameron Stewart sur The Multiversity qui avait trouvé l'équilibre parfait sur le script de Morrison pour le personnage (aussi bien quand il s'agissait de Billy que du Captain). Mais je persiste à penser qu'un artiste avec un trait plus en courbes, en rondeur conviendrait mieux à Shazam !.

Mora affiche une remarquable constance pour quelqu'un qui tombe 40 pages par mois, mais je crois qu'on ne peut pas être également bon sur deux titres aussi différents que World's Finest et Shazam ! qui s'inscrivent dans deux tonalités distinctes et s'adressent à deux lectorats différents. Quand on voit les variant covers de Chris Samnee, on se dit que lui (ou Cameron Stewart - mais c'est impossible désormais car il est blacklisté depuis que son attitude déplacée avec de jeunes femmes a été révélée) aurait été le dessinateur idéal.

En fait, c'est là le coeur du problème : Billy Batson est un gamin et le Captain, malgré son aspect adulte, en est un aussi. Dès lors, on ne peut pas l'écrire et le dessiner comme deux entités distinctes. Il faut lui conserver une forme de naïveté, de candeur et que cela se traduise à l'image par une représentation qui ne soit pas trop classiquement super héroïque. Quand vous perdez de vue cet aspect essentiel, vous produisez un personnage abâtardi qui n'est plus le Captain mais juste un gamin qui se transforme en super-héros. Et disons que depuis trois épisodes, c'est cet équilibre que la série a des difficultés à trouver parce que d'un côté l'intrigue met en scène Billy/le Captain avec cette définition précise et de l'autre des dieux adultes qui le manipulent avec des émotions d'adultes, aboutissant à des situations bizarres, troublantes (comme ici quand Zeus influence le Captain pour qu'il fasse du charme à Zazzala : ce n'est pas Zeus qui veut embrasser Zazzala, c'est le Captain qui va le faire pour lui et donc Billy, un gamin. Résultat : Zazzala se trouve dans la position où elle tombe dans les bras d'un môme, ce qui, même si elle l'ignore, a de quoi perturber.).

Sachant que ce premier arc s'achèvera au n°6, on a donc encore deux épisodes pour savoir comment Waid et Mora vont redresser la barre et ou stagner. Je serai contrarié de devoir laisser tomber Shazam ! qui reste une série très plaisante et visuellement épatante, même si cette intrigue est laborieuse. Tout n'est pas perdu : on a affaire à deux professionnels pour ça et DC le sait. J'ai foi en Waid, quant à Mora je ne bouderai pas non plus s'il doit rester l'artiste du titre bien entendu.

Ce qui semble certain et assumé, c'est qu'au terme de cet arc, le statu quo va changer (je parie sur un retour de Mary Marvel et Freddy Freeman dans leurs rôles de co-équipiers du Captain et j'espère que les autres membres de la Shazamily - Darla, Eugene et Pedro - restent sans pouvoirs, sans doute grâce à une influence amoindrie des dieux). Et comme dans le prochain arc Black Adam sera lui aussi de retour, ce sera peut-être plus classique mais plus simple, plus naturel. Fingers crossed !

mardi 3 octobre 2023

DC'S GHOULS JUST WANNA HAVE FUN, de Ellen Tremiti et Tyler Crook, Kenny Porter et Riley Rossmo, Michael C. Conrad et Christopher Mitten, Christopher Sean & Laneya et Dexter Soy, Gregory Burnham et Javier Rodriguez, Alex Galer et Fabio Veras, Adam F. Goldberg & Hans Rodinoff et Danny Earls, John Arcudi et Shaw McManus


Halloween ne sera fêté que le 31 Octobre prochain mais DC a décidé de prendre de l'avance en sortant dès ce mardi 3 une anthologie s'inspirant de cette occasion. Comme souvent dans pareil cas, le menu est inégal et le pire côtoie le meilleur. Ici, on a une belle variété de talents et de quoi satisfaire tous les goûts.



- THE QUESTION : A LOOK TO DIE FOR (Ecrit par Ellen Tremiti et dessiné par Tyler Crook) - Renee Montoya enquête sur le meurtre d'une top model lors de la Fashion Week à Gotham. Mais tous ses témoins s'avèrent déjà mortes...

On débute cette anthologie en beauté avec un chapitre consacré à la Question version Renee Montoya. L'intrigue est vraiment captivante et oppose l'héroïne à deux ennemis de Batman dont l'implication dans ce genre de crimes tombe sous le sens. C'est rondement mené et surtout superbement mis en image par Tyler Crook (que j'avais adoré sur The Unbelievable Unteens) : il illustre toutes ses pages à l'aquarelle en couleurs directes et le résultat est extraordinaire. Voilà le genre de récit que j'aimerai voir développé dans une mini-série sur le Black Label.


- GREEN LANTERN : THE SHADOWS OVER COAST CITY (Ecrit par Kenny Porter et dessiné par Riley Rossmo) -  Hal Jordan doit appréhender un démon qui s'est échappé des geôles de Oa et pour y parvenir il fait équipe avec Etrigan. Une collaboration qui ne va pas de soi...

Encore une réussite pour ce récit complètement échevelé qui aurait parfaitement sa place dans le mensuel The Brave and the Bold. Kenny Porter tire pleinement parti des différences entre Hal Jordan et Jason Blood et leur duo fonctionne à fond les ballons avec des dialogues punchy et de l'action à gogo. Ajoutez à cela les dessins barrés de Riley Rossmo qui donne à cette bataille un tonus incomparable et vous obtenez un segment jouissif. 



- ANIMAL MAN : THIS DAY, ANYTHING GOES (Ecrit par Michael C. Conrad et dessiné par Christopher Mitten) -  Buddy Baker et sa femme veillent sur leur fille Maxine sans savoir qu'elle subit un harcèlement scolaire. Du coup, Buddy décide de veiller sur elle discrètement le soir d'Hallowenn mais Maxine a de la ressource...

Michael C. Conrad est habitué à co-écrire avec Becky Cloonan, sa compagne, et s'empare du personnage d'Animal Man, mais en le laissant singulièrement en retrait puisque, ici, c'est sa fille qui est en première ligne. Sur un sujet très à la mode (le harcèlement scolaire, qu'il ne faut bien entendu pas minorer), Christopher Mitten pose des dessins sensibles qui font pencher l'histoire du côté d'une fable. C'est joli.



- NIGHTWING : THE DARK BITE (Ecrit par Christopher Sean et Laneya et dessiné par Dexter Soy) - Nightwing vient au secours d'un DJ qui vient de se faire agresser et demande l'aide de Red Hood. Ensemble, ils découvrent qui a attaqué la victime...

Bon, c'est l'histoire la plus faible du lot. On se demande même ce qu'elle fait là, même s'il y a un argument fantastique, mais surtout parce que la paire de scénaristes a l'air d'avoir plutôt conçu l'intrigue comme le début d'une histoire à suivre. Curieux. Puis il faut supporter le dessin toujours aussi moche de Dexter Soy. Donc, zappez !


- SUPERMAN : THE SPOILS (Ecrit par Gregory Burnham et dessiné par Javier Rodriguez) - Superman rend service à Lois Lane en allant inspecter une prison abandonnée de Metropolis qui serait hantée. Il va y faire une découverte troublante concernant celui qui dirigeait l'établissement...

Le niveau remonte en flèche avec ce récit qui respecte les codes de l'anthologie, soit une nouvelle d'épouvante avec un super héros. L'histoire est impeccablement écrite par Gregory Burnham avec une chute épatante. Mais surtout c'est l'occasion de revoir les dessins de Javier Rodriguez sur une aventure de Superman (après celle qu'il avait signée dans The Brave and the Bold en compagnie de Christopher Cantwell). Je l'ai dit et je le répète : DC doit donner à Rodriguez l'opportunité de dessiner le Man of Steel, soit dans sa série régulière actuelle (bien que je l'ai abandonnée suite au départ de Jamal Campbell), soit dans un projet Black Labellisé. 


- ROBOTMAN : NOT FADE AWAY (Ecrit par Alex Galer et dessiné par Fabio Veras) - Pas facile pour Robotman de passer Hallowenn quand après avoir bu un verre en compagnie d'ex-membres de la Doom Patrol, il rentre chez lui où les fantômes de gens qu'il n'a pu sauver viennent le tourmenter...

Produite par deux inconnus, cette histoire avec Robotman est sans doute la meilleure de cette anthologie. Alex Galer imagine un récit très touchant autour de Cliff Steele et de l'idée que les super héros échouent à sauver des innocents, y compris parmi leurs semblables. On a droit à un caméo de John Constantine moins cynique que d'habitude. Et encore une fois c'est magnifiquement dessiné par un artiste dont il semble impensable qu'on ne le revoit pas dans un proche avenir : Fabio Veras a un style qui évoque Leonardo Romero, très élégant donc, d'une maturité spectaculaire. 



- CRUSH & LOBO : HAPPY HAL(LOBO)WEEN ! (Ecrit par Adam F. Goldberg et Hans Rudinoff et dessiné par Danny Earls) - Crush reçoit la visite de son père, Lobo, qui, pour la forcer à l'aider à trouver le bon costume pour Halloween, n'a pas hésité à piéger deux amis de sa fille.

Le prétexte est complètement stupide mais c'est tout de même très marrant puisque Crush s'évertue à faire deviner à son père quel est le rôle le plus connu de Hugh Jackman et donc le meilleur accoutrement pour lui. C'est donc le segment le plus ouvertement déconnant de cette anthologie. Et en prime, c'est l'occasion de découvrir le dessinateur Danny Earls, que la scénariste Gail Simone a mis en lumière sur Twitter et qui depuis est réclamé partout. Le bonhomme a du talent et il le prouve avec panache.



- MAN-BAT : OUT OF THE SHADOWS (Ecrit par John Arcudi et dessiné par Shawn McManus) - Rose Costa est une infirmière à la retraite peureuse mais qui rêve de rencontrer Batman. Pas de bol : elle est prise dans une baston entre Man-Bat et un loup-garou !

John Arcudi délaisse le Mignola-vers pour écrire ce récit très amusant et palpitant que vient mettre en image le génial et mésestimé Shawn McManus dont le trait super expressif donne une dimension singulière au chapitre. C'est donc une merveille à savourer, divinement rédigé et illustré, concluant en beauté ce gros comic-book très recommandable.

lundi 2 octobre 2023

NO ONE WILL SAVE YOU... Et c'est vrai !


Quand Guillermo de Toro et Stephen King recommandent un film, la moindre des choses est de vérifier s'ils ont raison. C'est ce qui attiré mon attention sur No One Will Save You (traduit en vf par Traquée - bonjour l'inspiration du traducteur...), deuxième long métrage écrit et réalisé de Brian Duffield. Mieux qu'un énième opus d'horreur, il s'agit surtout ici d'épouvante et d'exercice de style puisque le film est quasiment muet !

Attention ! Ce qui suit contient des SPOILERS !


Encore adolescente, Brynn et sa meilleure amie Maude se disputent et la seconde fait tomber la première parterre dans une forêt. Brynn se relève en saisissant un caillou avec lequel elle frappe Maude à la tête, la tuant accidentellement. Ce drame a mis au ban Brynn dans la ville où elle a grandie et elle vit depuis seule, à l'écart de tout, dans la maison que lui a laissée sa mère.


D'(un tempérament anxieux, dévorée par la culpabilité, Brynn, aujourd'hui jeune femme, passe son temps à fabriquer un modèle réduit de la ville voisine et à coudre des habits qu'elle revend ensuite sur un site internet. Une nuit, elle est réveillée par le bruit d'une poubelle métallique qui est tombée dans son jardin. Elle se lève et descend la ramasser lorsqu'elle aperçoit une étrange silhouette au rez-de-chaussée. Elle tente de s'échapper mais l'intrus a des pouvoirs télékinésiques avec lesquels il la rattrape. Elle se débat et le tue en lui plantant dans le crâne un des bâtiments miniatures du modèle réduit de la ville.
 

Brynn examine l'extraterrestre et recouvre son corps avec une couverture. Puis elle constate qu'il a désactivé avec ses pouvoirs tous les équipements électriques et électroniques de la maison. Au petit matin, elle enfourche son vélo pour gagner la ville mais découvre en chemin la camionnette du facteur renversée sur la route puis une maison également visitée dans la nuit, dont les habitants ont disparu. Une fois en ville, elle entre dans le poste de police et se trouve nez à nez avec les parents de Maude (dont le père est policier). La mère lui crache au visage.


Brynn ressort et décide de prendre le bus pour quitter la ville. Mais plusieurs passagers, possédés par un parasite, se mettent à l'agresser. Elle réussit à sortir du bus et part en courant à travers bois. De retour chez elle, elle se calfeutre mais la nuit venue les extraterrestres resurgissent en commençant par récupérer le cadavre de leur semblable. Puis Brynn est attaquée par deux autres aliens qu'elle réussit à tuer avant d'être poursuivie à l'extérieur par un troisième qu'elle piège dans sa voiture à laquelle elle met le feu.


Brynn retourne dans la maison mais un quatrième extraterrestre l'immobilise et lui fait avaler un parasite pour la contrôler. Des hallucinations lui montrent alors ce qu'aurait été sa vie sans la mort de Maude et de sa mère. Pourtant Brynn réagit et vomit, expulsant le parasite. Elle disparaît dans la forêt jusqu'à ce qu'elle tombe sur son double alien qui la poignarde et qu'elle égorge avec un cutter. Elle est alors aspirée à l'intérieur d'une soucoupe volante en vol stationnaire au-dessus de la forêt.


Sondée télépathiquement par ses ravisseurs, Maude les trouble suffisamment en leur révélant son passé pour qu'ils la relâchent. Finalement, Brynn reprend le cours de sa vie en cohabitant avec ses voisins, tous sous l'emprise des extraterrestres, mais désormais beaucoup plus aimables avec elle.

Je ne connaissais pas le scénariste et réalisateur Brian Duffield avant de voir No One Will Save You. J'ai depuis appris qu'il avait signé un premier film, Spontaneous, déjà salué par les critiques. Toutefois, c'est sans commune mesure avec l'accueil reçu par ce nouvel opus, produit par Hulu et disponible sur Disney +.

Un buzz incroyable entoure le film depuis sa mise en ligne et les commentateurs s'étonnent qu'il n'ait pas eu droit à une sortie en salles, certains qu'il aurait rencontré un beau succès. Deux des fans du film se sont exprimés avec enthousiasme sur les réseaux sociaux pour encourager le public à le découvrir et ce ne sont pas les premiers venus puisqu'il s'agit de Guillermo del Toro (le cinéaste à qui on doit Hellboy, La Forme de l'Eau, Nightmare Alley) et Stephen King (le romancier auteur de La Tour Sombre, Carrie, The Shining).

Quand deux célébrités aussi respectées vous conseillent un film, la moindre des choses, c'est de vérifier si ça en vaut la peine. La réponse est un grand "oui". No One Will Save You est d'ores et déjà une des meilleures surprises de cette année, un petit film malin, qui va vous faire sursauter souvent, très original, très efficace. C'est aussi un exercice de style magistral puisqu'il est quasiment dénué de dialogues !

Les seuls sons que vous entendrez ici sont la musique et les bruitages (dont le roucoulement flippant émis par les aliens quand ils communiquent entre eux ou s'adressent à leurs proies). Quand les humains s'expriment, Duffield fait toujours en sorte qu'on ne les voit pas parler à l'image, mais toujours hors-champ ou de manière assez éloignée pour qu'on n'identifie pas celui qui prend la parole. Le reste du temps, ce ne sont que râles, borborygmes, respirations, souffles, cris, onomatopées.

De fait, même si est souvent effrayé, si on frémit pour l'héroïne, ce n'est pas un film d'horreur. Il s'agit d'un film d'épouvante et la nuance est cruciale car tout passe ici par la suggestion, à tel point qu'à plusieurs reprises le cinéaste suggère que tout ça se passe dans la tête de Brynn. En effet, on peut douter de ce qu'elle voit et traverse quand on considère sa façon de vivre et son passé. Responsable de la mort de sa meilleure amie, orpheline, elle vit isolée dans une grande maison à l'écart de tout, n'ayant aucune interaction sociale avec quiconque. Sinon via une correspondance qu'elle tient en s'adressant à Maude, sa meilleure amie, qu'elle a donc tuée accidentellement.

A la toute fin, la confusion est encore mieux entretenue car, après avoir été relâchée par les extraterrestres, elle perd connaissance et quand elle se réveille, elle est dans son lit et sa maison ne porte plus aucun stigmate des événements traumatisants qu'on a vus. Mieux : ses voisins sont dans sa propriété, occupés à dresser des buffets et à accrocher des décorations pour une soirée festive. Le soir venu, tout le monde danse joyeusement et Brynn passe de bras en bras. Avant que le téléspectateur ne se rende compte qu'en vérité tout ça dissimule une réalité glaçante, dont a parfaitement conscience la jeune femme.

On pense à 10 Cloverfield Lane (autre petit chef d'oeuvre), Les Dents de la Mer de Spielberg mais surtout à Jacques Tourneur, le réalisateur de La Féline et Rendez-vous avec la peur, le maître absolu de l'horreur suggestive, de l'épouvante élégante. Je ne serai pas étonné d'apprendre qu'il s'agit de la référence de Brian Duffield qui a dû composer avec un budget serré (à peine 22 million de dollars) mais a su les dépenser intelligemment pour un maximum de frissons. D'ailleurs, le réalisateur ne cherche pas à révolutionner le genre, il semble même s'en moquer quand on détaille l'aspect de ses aliens, proche des créatures soi-disant disséquées à Roswell, mais auxquelles il donne une gestuelle et des dimensions particulièrement cauchemardesques.

Contrairement à Tourneur, Spielberg et Dan Trachtenberg cependant, Duffield montre très vite et clairement à quoi ressemblent ses envahisseurs. La surprise réelle vient quand on se rend compte qu'il n'y en a pas qu'un ou quelques-uns mais qu'on assiste bien à une attaque d'envergure. Dès lors le look des créatures n'a que peu d'importance, tout comme le fait que leurs vaisseaux sont de classiques soucoupes volantes : ce qui compte, c'est bien de savoir comment un pauvre jeune fille apparemment sans défense va se sortir de cette situation. Et c'est là que le titre prend tout son sens : effectivement personne ne va venir la (vous/nous) sauver.

Co-productrice du film, Kaitlyn Dever s'est donc accaparée le rôle de Brynn et produit une authentique performance. J'avais découvert cette jeune actrice aussi jolie que renversante dans la série Unbelievable (il faudra que je pense à en tirer un article) puis dans le premier film de Olivia Wilde, Booksmart. Mais ce qu'elle accomplit ici est extraordinaire : elle fait passer une foule d'émotions par la seule force des expressions de son visage et de sa gestuelle. Elle n'a pas besoin de parler, tout est là, et le procédé s'avère bien plus efficace car on s'attend à ce qu'elle finisse par s'exprimer sans que cela arrive, ce qui contribue à nous vriller les nerfs.

Cette série B a la classe des meilleurs films. L'imagination est au pouvoir et rien n'est en trop durant les 93 minutes que dure No One Will Save You. J'ai moins d'influence que Guillermo del Toro et Stephen King mais, comme eux, je vous recommande vivement cet authentique ovni.

dimanche 1 octobre 2023

SUR ORDRE DE DIEU, on commet des atrocités inhumaines


Mis en ligne en 2022, Sur Ordre de Dieu est une série limitée en sept épisodes produite par la chaîne FX. Inspirée de faits réels et du livre Under the Banner of Heaven de John Krakaeur, cette enquête au coeur de la religion mormone est aussi passionnante que terrifiante, portée par un casting exceptionnel.


1984. East Rockwell, Utah. Les inspecteurs Jeb Pyre et Bill Taba enquêtent sur le meurtre de Brenda Wroght Lafferty et son bébé Erica, retrouvés égorgés chez elle. Le mari de Brenda, Allen Lafferty, les vêtements maculés de sang, est arrêté et lors de son interrogatoire désigne ses deux frères aînés, Ron et Dan, comme les auteurs de cette atrocité. Les Lafferty, comme Pyre, sont des mormons réputés dans leur communauté. Lorsqu'Ammon et Doreen, les parents, sont partis en mission durant deux ans, ils ont confié la famille aux bons soins de Dan, au grand dam de Ron. Peu après, Robin Lafferty est arrêté à son tour.


Pyre et Taba interrogent Robin et Allen séparément pour comparer leurs dires. Robin explique que Ron, patron d'une entreprise de BTP, qui subvenait largement aux besoins de la famille, connaissait des difficultés financières depuis que Dan, qui se sentait persécuté par l'Etat et les impôts, décida de ne plus payer les taxes dont il devait s'acquitter. Allen ajoute que sa famille n'appréciait pas Brenda qu'elle jugeait trop indépendante. Taba apprend par Robin que les  Lafferty vivraient dans une ferme isolée et décide d'y aller.


Accueilli par des tirs de fusil, Taba appelle des renforts et Pyre avec plusieurs hommes prend d'assaut la ferme où est appréhendé Samuel Lafferty. Celui-ci est un extrémiste complètement illuminé qui évoque le fait que les pécheurs doivent expier par le sang et mentionne une liste de plusieurs mormons éminents à éliminer. La police se déploie pour s'assurer que les cibles sont encore en vie. Allen raconte à Pyre que Ammon s'était brouillé avec Dan quand il a ambitionné de se présenter au poste de shériff alors qu'il désapprouvait déjà le fait qu'il ne paie plus ses impôts. Allen accepta alors la demande de Brenda de s'éloigner de ses frères à la condition qu'elle renonce à son métier de journaliste pour fonder une famille. Lorsque Robin apprend le meurtre de Brenda, il craque et jure n'y être pour rien.
  

Pyre, Taba et l'officier Morris découvrent la maison de l'évêque Low, qui figure sur la liste, mise à sac. Sur place, Pyre met la main sur une lettre qu'avait adressée Brenda à Low pour lui signaler le comportement déviant des Lafferty. A la même époque, Ron se vit refuser un prêt bancaire à cause des positions de Dan qui, de son côté, se rapprocha d'extrémistes mormons approuvant la polygamie. Dan convainquit Ron de fonder leur propre église avec leurs frères Samuel et Robin et leurs épouses. Morris retrouve l'évêque Low sain et sauf, parti pour une partie de pêche.


Sam parle à Pyre et Taba de l'Ecole des Prophètes fondée par Dan et Ron sur les conseils du Prophète Onias, un fondamentaliste rencontré au Canada accusant l'église mormone de s'être trop accommodée des lois du gouvernement. Low témoigne que c'est en apprenant cette initiative qu'il a excommunié Dan puis Ron qui, lui, de son côté, aurait refusé des soins médicaux à son père, tombé gravement malade. Parmi les membres les plus zélés de l'Ecole des Prophètes se trouvait Bernard Brady que Pyre et Taba questionnent et qui leur confirme l'isolement progressif des Lafferty, s'adonnant à une pratique de plus en plus radical de leur religion, et ajoute que Doreen, leur mère, les soutenait.


Pyre et Taba rendent visite à Doreen qui évoquent deux hommes, Chip et Ricky, enrôlés par Dan er Ron, dans leur projet d'expiation par le sang de plusieurs pécheurs listés, malgré la désapprobation du prophète Onias. Celui-ci, pourtant, avait désigné Ron comme l'Elu choisi par Dieu le Père lui-même pour faire le ménage dans son église. A cette époque, Brenda convainquit Dianna, la femme de Ron, brutalisée par ce dernier, de fuir avec l'aide de l'évêque Low. Brenda avait auparavant consulté les cadres de sa congrégation qui, en retour, l'avait chargée de ramener les Lafferty dans le droit chemin - ce qui, pour Allen, rétrospectivement, revenait à lui planter une cible sur le front.
  

Taba retrouve le prophète Onias qui justifie son éloignement vis-à-vis des Lafferty quand il a compris que Ron était corrompu par son rôle d'Elu. En vérité il songeait à se venger de Brenda qui avait éloigné Dianna, qu'il voulait retrouver morte ou vive. La police arrête Chip et Rick à la frontière dl'Etat et les deux hommes avouent avoir lâché Ron et Dan après que ceux-ci aient assassinés Brenda et son bébé. D'après eux, ils devaient ensuite aller dans le Nevada pour jouer au casino et y gagner assez d'argent pour financer la suite de leur expédition punitive contre Dianna. A Miami, la police, averti par Pyre, met à l'abri Dianna et ses enfants puis avec Taba il se rend à Reno pour y appréhender Ron et Dan. Pyre peut enfin rentrer chez lui auprès de sa femme, de leurs enfants et de sa mère, Taba s'assurant de boucler le dossier.

Sur Ordre de Dieu est adapté de ce qu'on appelle une true crime story. Ce type d'écrit a été popularisé par Truman Capote avec son ouvrage De Sang-Froid dans lequel le romancier s'était intéressé à un fait divers criminel dont il tira en 1965 un "roman de non-fiction", ensuite porté à l'écran par Richard Brooks en 1967. Capote ne se remit jamais de cette expérience, hanté par ce qu'il avait rapporté.

Depuis ce genre de littérature a fait foison et John Krakaeur s'y est adonné en signant Under the Banner of Heaven sur l'affaire des frères Lafferty qui s'est déroulée au milieu des années 1980. Dustin Lance Black a adapté ce livre pour en tirer cette mini-série mise en ligne sur Disney + l'an dernier, pour un résultat impressionnant.

La critique, à l'époque, a comparé Sur Ordre de Dieu à True Detective. Pourtant qu'il me soit permis de dire que je trouve Sur Ordre... supérieur. Car le fond est beaucoup plus terrifiant et dense, complexe et mémorable. Autant vous prévenir : mieux vaut avoir le coeur bien accroché avant de se plonger dans cette série très noire.

Il s'agit en fait d'un examen minutieux et traumatisant du fanatisme religieux. On comprend que la communauté mormone n'ait pas été ravi qu'une telle série voit le jour après le livre qui lui servie d'inspiration. Car, même si le récit ponctue l'enquête menée par les détectives Pyre et Taba de flashbacks sur les origines de l'église mormone et montre que ses pionniers ont subi une persécution sanglante et acharnée, il est impossible de minimiser les dérives de cette congrégation encore aujourd'hui et sa responsabilité aussi bien dans la dérive meurtrière des frères Lafferty et la mort de Brenda Wright.

La série démarre alors que Brenda est découverte égorgée dans sa cuisine. Son nouveau-né a subi le même sort. La réalisation nous épargne des images trop sanglantes, mais on en voit assez pour mesurer l'abomination totale qui a été commise. Surtout ce qui rend l'investigation qui suit encore plus troublante est qu'elle est menée, pour moitié, par un officier de police qui est lui-même mormon. Si East Rockwell, où se situe l'action, est une bourgade imaginaire, elle abrite une population majoritairement acquise à cette religion et les cadres de l'église qui s'y est établie ne voit pas d'un bon oeil la mauvaise publicité que va faire ce fait divers à leur culte.

Un sentiment de révolte envahit le téléspectateur quand il comprend que les mormons se soucient plus de ce problème d'image que de l'assassinat barbare d'une jeune femme et de son bébé par des membres de cette communauté. Et cela trouve un écho dans l'Histoire même des mormons : son fondateur, Joseph Smith, était au départ un religieux plutôt modéré mais qui s'est ensuite radicalisé pour que le culte dont il prétendait être le missionnaire désigné par Dieu lui-même accepte des pratiques insensées, comme la polygamie, les violences faites aux femmes, le mariage forcée pour des mineures, l'expiation par le sang de pécheurs, le recours à la lutte armée contre ceux qui les persécutaient, etc.

A sa mort, Smith fut remplacé par Brigham Young, encore plus zélé que lui et qui connut une fin aussi funeste. Ensuite les mormons usèrent de ruse pour que ce qui leur était reproché et interdit par la Loi soit caché. Les Lafferty ont embrassé ces évolutions quand ils ont dû affronter des difficultés financières, à commencer par Dan et Robin, deux chiropracteurs considérant que le gouvernement leur faisait les poches avec les taxes et les impôts. Dan ambitionna alors, pour se rebeller contre cela, de devenir shériff en se présentant au élections, ce qui provoqua l'ire du patriarche des Lafferty et opposa Ron, un entrepreneur, à sa banque qui refusait de lui accorder un crédit à cause des prises de position de son cadet.

La caractérisation des personnages est particulièrement soignée. Les Lafferty sont tous campés avec complexité, depuis le plus illuminé (Samuel) au plus prudent (Robin) en passant par le benjamin victime de la folie de ses aînés (respectivement Allen, Ron et Dan). Les femmes n'ont que peu de voix au chapitre puisqu'elles sont littéralement asservis par ces dévots complètement fous, même si Dianna, la femme de Ron, finira par s'éloigner. Brenda devient la figure sacrificielle et tragique de l'histoire puisqu'elle est à la fois la cible de Ron et Dan mais aussi celle sur laquelle se sont défaussés les cadres de l'église en lui demandant de remettre les Lafferty dans le droit chemin. 

Même les deux policiers en charge de l'enquête font l'objet d'une attention spéciale. Pyre est donc lui-même un mormon qui doit capturer deux fondamentalistes criminels, ce qui le met en porte-à-faux vis-à-vis de sa hiérarchie (aussi bien au sein de la police - le commissaire est aussi un mormon - que de l'église - qui est davantage dérangée par le scandale provoqué par un meurtre commis par des membres du culte que par le sort des victimes). Surtout, à mesure que els investigations progressent, et au fil de ses échanges avec Allen, Pyre est ébranlé dans sa foi, découvrant les aspects les plus sombres de l'Histoire de sa communauté. Son couple en souffre car sa femme est, elle, une fervente pratiquante, et en plus il doit composer avec sa mère qui souffre démence (ce qui, pour un mormon, est un test - le fils qui médicamente ou place dans un établissement spécialisé un parent est jugé indigne).

Taba est aussi un personnage captivant car il est indien, un Païute. Pour les mormons, c'est un sauvage, même s'ils entretiennent la légende selon laquelle les Païutes auraient été les alliés de Brigham Young quand celui-ci a établi son église en Californie (en réalité, Young voulait leur aide pour affronter ceux qui voulaient une fois de plus les chasser de cette région). Athée, Taba soutient Pyre tout en tâchant de lui faire comprendre qu'il doit mener l'enquête en mettant sa foi de côté pour s'en tenir aux faits.

Si on est emporté par cette histoire, c'est aussi grâce à un casting exceptionnel, non pas parce que les acteurs sont tous des vedettes mais pour la qualité de leur interprétation. Andrew Garfield et Gil Birmingham sont parfaits en flics tourmentés. Daisy Edgar-Jones est encore une fois bouleversante dans le rôle de Brenda. Sam Worthington (Avatar) et Wyatt Russell (Falcon et le Soldat de l'Hiver) sont terrifiants en frangins hallucinés. Billy Howle est poignant en mari de la victime.

Ron Lafferty fut condamné à mort mais s'éteignit avant son exécution. Dan fut condamné à la prison à perpétuité. Aucun des deux n'exprima de remords, persuadés d'être réellement les Elus de Dieu accomplissant une mission transmise dans des Révélations.

Bref, si vous vous sentez d'attaque pour plonger dans une intrigue aussi noire, n'hésitez pas : Sur Ordre de Dieu va vous combler. C'est en tout cas une mini-série qui va vous retourner et que vous n'oublierez pas de sitôt.