dimanche 11 juin 2023

Coup de sifflet final pour TED LASSO


C'est par un tweet de Jason Sudeikis, à fond dans son rôle de Ted Lasso, qu'on a appris la fin de la série. L'aventure du coach américain dans le championnat de football anglais s'achève donc au bout de trois saisons, alors que Apple TV + aurait bien aimé prolonger l'affaire, récompensée par plusieurs prix et un succès public et critique. 12 derniers épisodes donc, parfois un peu brouillons, mais pour un final digne qui nous rend déjà nostalgiques.

Avec des spoilers of course !


L'A.F.C. Richmond revient en Premier League mais les pronostiqueurs le donnent bon dernier à la fin de la saison. Pour motiver ses troupes, Ted les emmène visiter les égouts de Londres car ils ne descendront pas plus bas. Mais des photos de cette expédition fuitent et inspirent les commentaires moqueurs de Nate Shelley, devenu coach de West Ham, promis au top 4. Ted lui répond en conférence de presse en s'auto-dénigrant, ce qui le rend sympathique auprès des médias. Roy et Keely décident de se séparer, trop accaparés par leurs jobs.


Trent Crimm, l'ex-journaliste de 'The Independent", obtient le droit d'écrire un livre sur l'AFC Richmond de l'intérieur, mais Roy Kent interdit aux joueurs de lui adresser la parole. Ted oblige les deux hommes à s'expliquer et Roy explique à Trent n'avoir jamais digéré un papier assassin qu'il avait écrit sur lui à ses débuts. De son côté, Rebecca Welton est sur les rangs pour recruter Zava, qui quitte la Juventus Turin mais dont le talent n'a d'égal que son excentricité.


Le renfort de Zava permet à Richmond d'enchaîner cinq victoires et de grimper au classement. Ted n'en profite guère car il a appris par son fils, Henry, que son ex-femme, Michelle, fréquente désormais leur ancien conseiller conjugal, Jacob. Jamie Tartt jalouse la popularité de Zava et Roy lui propose de l'entraîner personnellement pour atteindre le niveau de son rival en attaque.


Nate Shelley est nerveux malgré les bons résultats de West Ham car le club va affronter Richmond et lui recroiser Ted. Contre toute attente, ce dernier pardonne à son ex-adjoint, mais les joueurs ni le coach Beard ni Roy qui les motivent à écraser leurs adversaires. Le match vire au pugilat avec plusieurs exclusions et une cuisante défaite de Richmond.


Keeley fait la connaissance de Jack, l'actionnaire majoritaire de son agence de relations publiques. Les deux femmes, célibataires, tombent amoureuses l'une de l'autre, mais Rebeccas met Keeley en garde contre la personnalité écrasante de sa maîtresse. Richmond ne se remet pas de son échec face à West Ham et enchaîne sept défaites. Nate avoue ses sentiments à Jade, la serveuse de son restaurant préféré qui lui réserve toujours un accueil glacial mais qui accepte de dîner avec lui. Alors que Richmond va affronter le favori du championnat, Manchester City, Zava ne se présente pas au match et annonce sur les réseaux sociaux sa retraite.


Après la défaite, logique, contre Manchester City, Ted remobilise ses joueurs en leur expliquant que le départ de Zava est une opportunité de montrer la cohésion de l'équipe. Malgré cela, Richmond est une nouvelle fois humilié en match amical contre l'Ajax Amsterdam. Les joueurs ont droit à des quartiers libres mais ne savent pas quoi faire. Rebecca rencontre le propriétaire d'une péniche et passe la soirée et la nuit avec lui. Leslie et Will vont écouter du jazz dans un club. Ted a une révélation en revoyant un ancien match de Basket-ball des Chicago Bulls et décide d'appliquer un nouveau schéma de jeu.
  

C'est ainsi que Richmond apprend, laborieusement, à maîtriser le total football créé par Johan Cryuff et repris ensuite par Pep Guardiola (le coach actuel de Manchester City), qui repose sur la polyvalence de chaque joueur. Même si le club s'incline contre Arsenal, c'est avec la manière. Nate fréquente désormais Jade. Quant à Sam Obisanya, après des commentaires contre l'accueil des migrants par le gouvernement anglais, il voit son restaurant vandalisé, mais ses co-équipiers l'aident à réparer les dégâts. 


Ted reçoit la visite de Henry, accompagné par Michelle et Jacob qui le lui laissent pour aller visiter Paris. Il craint alors qu'ils n'y aillent pour se marier et passe deux jours angoissants, qui plus parce que son fils veut aller voir jouer West Ham. Nate est troublé par la présence de Ted en tribune. Isaac découvre que Colin est gay et ne lui parle plus, jusqu'à ce qu'il lui avoue avoir été vexé que son ami lui cache alors qu'il est prêt comme les autres à le soutenir. Keely doit réagir à des vidéos intimes d'elle qui circulent sur le Net et pour lesquelles Jack lui conseille de s'excuser publiquement.. De retour de Paris, Michelle récupère Henry et Ted remarque qu'elle ne porte pas d'alliance au doigt.


La visite de son fils et de son ex-femme a donné le mal du pays à Ted, qui songe à arrêter d'entraîner Richmond à la fin de la saison, quelle qu'en soit l'issue. L'équipe se porte mieux et aligne une nouvelle série de victoires, s'attirant les commentaires élogieux des médias et ambitionnant maintenant de finir dans les premiers. Ayant refusé de s'excuser pour les vidéos d'elle qui ont fuité, Keely apprend que Jack ne financera plus son agence et ses employés font leurs bagages. Rebecca la réconforte et lui propose de revenir s'occuper des relations publiques au sein du club. Nate, lui, préfère refuser de suivre Rupert Mannion à une partie fine pour rester avec Jade.


La presse fait ses choux gras du renvoi surprise de Nate et il se réfugie chez ses parents pour échapper aux paparazzi. Plusieurs joueurs de Richmond voient leurs belles prestations de la saison récompensées par une sélection dans leur équipe nationale, mais pas Sam Obisanya à qui Edwin Akufo barre la route. Le riche nigérian invite Rupert et Rebecca avec d'autres patrons de clubs pour évoquer son projet de super-ligue, mais Rebecca refuse d'y prendre part, considérant que ce sont les supporters les plus modestes et fidèles qui seront sanctionnés. Jamie et Roy qui se chamaillent à nouveau pour Keely lui demandent avec lequel d'eux elle veut s'engager. Elle les fiche à la porte.
 

Dottie, la mère de Ted, lui rend une visite surprise et c'est l'occasion pour lui de régler quelques comptes car il l'accuse de ne jamais avoir voulu parler du suicide de son mari, ce qui a provoqué les crises de panique dont souffre encore Ted. Encouragé par Jade, Nate cherche un nouveau poste dans un club et, au même moment, Ted est prêt à le reprendre mais il doit convaincre Beard pour cela. Ce dernier, qui doit beaucoup à Ted, accepte de pardonner Nate. Et c'est par une nouvelle victoire contre Manchester City que le staff scelle sa réunion. Ted est félicité par son idole, Pep Guardiola, à la fin du match.


C'est la dernière journée du championnat et Richmond peut prétendre au titre s'il bat West Ham et que Manchester est battu par Liverpool. Trent remet son manuscrit à Ted, qui lui suggère de changer le titre, et Beard, qui raye toutes les mentions personnelles à son sujet. Ted annonce à Rebecca qu'il démissionne tandis qu'elle vendre le club. Richmond va-t-il remporter le championnat ? 

Vous le saurez en regardant la fin de Ted Lasso. Déjà, je sais que cette série va me manquer. Mais en même temps, je salue l'intégrité de ses créateurs qui ont refusé de disputer la match de trop. Certes, trois saisons, c'est peu, mais Ted Lasso s'achève au sommet.

Est-ce à dire que tout est parfait dans cette saison 3 ? Certes non. On sent que les auteurs ont voulu donner un maximum aux fans, parfois trop, parfois de façon désordonnée, et l'ensemble manque de cette fluidité qu'avait les deux précédentes saisons. Mais ce n'est pas grave, l'essentiel est là, et même ses défauts rendent la série encore plus attachante.

C'est un show qui a grandi au fur et à mesure, passant de la sitcom prenant le foot comme prétexte pour dresser le portrait d'un américain sans expérience avec ce sport et qui s'exile professionnellement en Angleterre à une "dramédie" dont les épisodes dépassent fréquemment les 60' et s'intéressant à un groupe de personnages qui forme plus une famille qu'une équipe.

Après une saison 1 qui a vu l'AFC Richmond mordre la poussière et descendre en deuxième division, une saison 2 qui l'a vu remonter, cette saison 3 démarre en examinant ses chances, faibles, de rester parmi l'élite du football britannique. Ted Lasso, incorrigible optimiste, ne se laisse pas abattre par les pronostics, les commentaires perfides des experts et les remarques désobligeantes de Nate Shelley, son ex-adjoint devenu le coach de West Ham. Pourtant, il ne peut plus guère dissimuler son mal-être à ceux qui le connaissent bien, nous les premiers.

Car Ted a le mal du pays. Son fils lui manque et leurs échanges sur Facetime ne suffisent plus. Il a aussi pris conscience qu'il avait condamné son couple en partant pour Richmond et désormais Michelle fréquente leur ancien conseiller conjugal. Ne serait-il pas temps de rentrer à la maison, prés des siens, d'essayer de reconquérir sa belle ? 

Mais il reste une saison à disputer et Ted Lasso n'est pas du genre à se défiler. Même s'il ne fait pas de la victoire un impératif, il ne veut pas partir sans se battre et échouer sportivement comme il l'a fait sentimentalement. Tous les personnages principaux de la série sont d'ailleurs dans un cas de figure similaire où le refus de l'échec n'est pas conditionné  à un succès obligatoire mais à une volonté de faire bonne figure, de ne pas rester sur une mauvaise note.

Ainsi, en parallèle de Ted, on voit comment Roy mais aussi Jamie vont tenter de séduire à nouveau Keeley, comment Keely succombe au charme de son actionnaire avant de comprendre son intolérable dirigisme, comment Rebecca surmonte sa rancoeur envers Rupert, comment Rupert est rattrapé par ses frasques, comment Nate est hanté par son départ de Richmond, comment Beard se sent toujours redevable à Ted, etc.

Il y avait assez avec tout ça pour alimenter cette saison, mais les scénaristes y ont ajouté des éléments purement comiques ou plus dramatiques pour densifier chaque épisode, parfois aux dépens de l'équilibre général. D'où un sentiment de trop-plein, de too much. Mais peut-on décemment se plaindre de rire de bon coeur en ces temps troublés ? 

Ainsi, dans la première moitié de la saison, l'introduction de Zava, cette caricature de Zlatan Ibrahimovic, est un régal. Peut-être pas très subtil, mais très efficace. L'acteur (Maximilian Osinki) a par ailleurs une ressemblance étonnante avec le modèle de son personnage. D'aucuns auront pu déplorer que la série ne montre finalement que peu d'actions sur le terrain, mais il convient de dire que le football, même s'il est un spectacle cinégénique en diable, est aussi une discipline difficile à faire rejouer par des acteurs (comptez le nombre de fictions qui s'y sont essayées avec succès et vous verrez que, à part Coup de tête de Jean-Jacques Annaud avec Patrick Dewaere, il n'y en a pas). C'est donc frustrant mais pour ma part, je préfère la série telle quelle qu'avec des phases de jeu irréalistes.

Dans la seconde moitié, Ted Lasso va insister sur l'imminence de sa propre fin. Le héros va, c'est sûr, partir, et son choix va impacter tout le reste du show. Les auteurs évoquent alors, parfois en vrac, à la va-vite, des thèmes comme la super-ligue (un projet bien réel qu'aimeraient imposer certains clubs en marge des championnats nationaux pour générer plus de profits), l'omerta autour de l'homosexualité dans le foot (et le sport en général), les scandales liés aux abus sexuels (on pense à l'affaire Benjamin Mendy par exemple), le mythe du Petit Poucet (le club que personne n'attendait si haut dans une compétition). Le caméo très classe de Pep Guardiola, légende des coachs, actuellement en poste à Manchester City, donne à cette dernière ligne droite un éclat incomparable.

Oui, cette saison est très riche, trop même. Mais on quitte ces personnages avec le coeur serré et en même temps en riant une ultime fois avec eux, grâce à eux, comme de vrais amis. Leslie, Keeley, Roy, Sam, Jamie, Colin, Isaac, Zoreaux, Jan, Will, Rebecca, Beard, Ted, à jamais dans nos coeurs. Les acteurs auront tous embrassé leurs rôles avec une sincérité incomparable, au point qu'on les laisse avec autant d'émotion que leurs alter egos de fiction.

Merci pour tout ça. C'était bien, c'était chouette. Il faudra sans doute un moment avant de retrouver une série comme ça, qui fait autant de bien.

samedi 10 juin 2023

THE MAGIC ORDER 4 #5, de Mark Millar et Dike Ruan


Inexplicablement, il n'y a pas eu d'épisode de The Magic Order le mois dernier et c'est donc cette semaine qu'est sorti le n°5 de l'actuelle série. Mark Millar a pourtant fini de rédiger son script depuis longtemps. Ce qui n'empêche pas Dike Ruan de livrer des planches toujours aussi inégales. Décidément ce volume 4 aura déçu.



Royaume de Kolthur. Cordelia Moonstone affronte son frère Perditus, seigneur de ces terres, dans l'arène, après avoir tenté une dernière fois de le raisonner. Pendant ce temps les magiciens négligés apr Mme Albany se fédèrent pour attaquer le nouvel Ordre Magique. Et l'oncle Edgar découvre la vérité sur ses origines...
  

Alors, oui, il reste encore un épisode (peut-être avec une pagination augmentée) dans ce volume 4. Et, normalement, même si Mark Millar ne communique pas dessus, encore un autre volume après celui-ci, certainement à venir en 2024. Mais il faut bien le reconnaître, The Magic Order, ce n'est plus ce que c'était.


Jusqu'à présent, Millar avait réussi à nous embarquer dans sa saga et quand ses scénarios captivaient moins, il pouvait, comme d'habitude, s'appuyer sur un dessinateur exceptionnel pour que le lecteur ne décroche pas complètement. Mais cette fois, il a raté son coup.


En définitive, depuis le début de cette année, on ne peut que constater le manque d'inspiration de l'auteur écossais. N'en ferait-il pas tout simplement trop, entre ses comics et la production des adaptations de ses bandes dessinées en live action pour Netflix, sans oublier la tonne de projets qu'il tease pour l'an prochain, après son event tant attendu (Big Game) ?

Dans le cas précis de The Magic Order, le problème est que Millar paraît avoir emprunté une direction qu'il peine à rendre passionnante. Il a^souvent répété qu'il s'agissait de sa série la plus ambitieuse avec Jupiter's Legacy, et le nombre de volumes, donc d'épisodes, qu'il y a consacrée le confirme. Mais si le premier acte tenait debout tout seul très bien, ensuite il a feuilletonné les suivants pour amplifier les enjeux, développer la mythologie, accroître le casting. Et c'est là que ça a commencé à devenir moins bon.

Individuellement, chaque volume, jusqu'au troisième, fonctionnait assez bien, même si le troisième justement n'avait pas de fin et servait de rampe de lancement au quatrième, celui actuellement en cours de publication. Toutefois, on mentirait en prétendant que l'intensité se maintenait et que les additions à l'histoire originelle étaient concluantes. En vérité, on voit arriver de nouveaux visages, en revenir de plus anciens, se créer de nouveaux twists, sans que la sauce ne prenne. Au lieu de capitaliser sur ce qu'il avait installé et d'ajouter quelques ingrédients supplémentaires avec parcimonie, Millar a préféré voir grand. Trop.

Franchement, tout ce qu'on a lu depuis la fin de la première série ne méritait pas trois volumes. La narration est trop décompressée. Ou plus exactement, elle l'est parfois trop. Le rythme est inégal, comme si le récit avançait par à-coups, par ruades. Les moments forts peuvent être exceptionnels, mais ensuite ça pique du nez. Et les épisodes actuels sont les plus faibles, les plus médiocres alors qu'ils présentaient le potentiel le plus prometteur.

En introduisant Perditus, on pouvait espérer beaucoup plus que de rencontrer ce fils maudit tatoué et cornu dont, spoilers, Cordelia, sa soeur, ne fait finalement qu'une bouchée dans l'épisode de ce mois. Aucun suspense malgré des pages engageantes et spectaculaires. Pour un sorcier qui a imposé son joug brutal sur tout un royaume, Perditus est écrasé très, trop facilement pour qu'on vibre vraiment. 

Il est ensuite difficile de s'emballer pour la suite de l'épisode, entre la présentation d'une sorte d'équipe B de l'Ordre Magique que Madame Albany a ignorée. Et le cliffhanger avec l'oncle Edgar passe devant nos yeux sans réussir à nous faire réagir, trop expédié, trop convenu.

Visuellement, surtout, ce volume 4 aura complètement échoué me convaincre. Je ne doute pas que Dike Ruan soit promis à un bel avenir, il a du potentiel. Mais saura-t-il le convertir pour devenir un vrai grand dessinateur comme sa technique le laisse penser ? 

C'est bien simple, ce qui manque à Ruan, c'est l'envie de se dépasser. Pour être complet comme tous les très bons, il faudra qu'il apprenne à dessiner des décors, dont sont dépourvues les 3/4 de ses planches. C'est à peine si la plupart du temps on sait où on est, et quand il daigne situer l'action graphiquement, il s'en tient au strict minimum.

Ensuite, si Ruan est doué pour découper ses scènes et camper ses personnages, il ne donne jamais le sentiment de se dépasser, de forcer son talent. Il a une aisance certaine, mais qui côtoie la nonchalance du type doué mais paresseux. C'est dommage. Mais quand on le compare à des artistes ayant officié sur la série, comme Coipel (dans ses bons jours), Immonen et Cavenago, Ruan est très loin derrière ces cadors. Ici, il va vous balancer une double planche qui vous fera un instant douter et réévaluer votre critique. Puis ensuite ça repart dans quelque chose de très quelconque finalement, tape-à-l'oeil, efficace mais creux.

Plus que jamais, en attendant le dernier épisode, et surtout le début de Big Game, on se dit que Millar va jouer très gros avec son event car si celui-ci ne convainc pas, alors le cru 2023 du MillarWorld sera à oublier.

vendredi 9 juin 2023

SHAZAM ! #2, de Mark Waid et Dan Mora


A peine commencée, la nouvelle série Shazam ! va pourtant faire une pause en Juillet et Août puisque l'event Knight Terrors va l'impacter. Voilà qui n'est pas très bien pensé de la part de DC... Mais profitons pour l'heure de ce deuxième épisode où Mark Waid et Dan Mora poursuivent leur intrigue sur les tracas de Billy Batson et son alter ego.


Qui a fait perdre les pédales au Captain ? Billy Batson n'a pas la réponse et fuit ses frères et soeurs adoptifs qui le harcèlent de questions. Toutefois, en ville, il tombe sur le Psycho-Pirate en train de voler des oeuvres d'art dans le musée. Et si c'était lui qui l'avait influencé ?


Revenons un instant sur le break forcé de la série Shazam ! : en Juillet-Août, pratiquement toutes les séries régulières vont être touchés par l'event Knight Terrors, imaginé par Joshua Williamson, où les héros du DCU sont confrontés à leur pire cauchemar.


Si Mark Waid écrira les deux tie-in, ceux-ci mettront en avant Mary Marvel et non le Captain. Dan Mora cédera la place à Roger Cruz pour les dessins. Ayant décidé de zapper cet event, je ne lirai donc pas les deux chapitres de Knight Terrors : Shazam ! et n'en rédigerai pas de critique. Je patienterai jusqu'en Septembre pour retrouver la série régulière.


Je trouve fâcheux que Shazam ! soit impliqué dans cet event, même si je comprends la logique (la série se passe de nos jours, contrairement à World's Finest du même scénariste), mais bon, le titre vient à peine de démarrer et déjà il est interrompu. C'est chiant.

Et ça l'est d'autant plus que ce deuxième épisode explore les conséquences de ce à quoi on a assisté le mois dernier quand le Captain a inexplicablement perdu ses nerfs devant les caméras après avoir sauvé des civils d'une catastrophe. Que lui est-il arrivé ?

Billy Batson doit calmer ses frères et soeurs adoptifs qui l'interrogent, puis un dinosaure de l'espace vient lui demander des comptes suite au coup de main qu'il a donné à d'autres dinos s'étant crashé sur Terre. Bill y file en douce avec Freddy Freeman. Lorsqu'il arrive dans le centre-ville de Fawcette City, ils assistent à un braquage commis par le Psycho-Pirate et son gang dans le musée. Le Captain intervient et perd à nouveau ses nerfs, entraînant de gros dégâts sur les oeuvres d'art et molestant méchamment le Pirate.

Durant son face-à-face avec ses frères et soeur (Eugene, Pedro, Darla, Mary, Freddy), le nom de Mister Mind est évoqué, mais Billy n'y croit pas. Lorsqu'il affronte le Psycho-Pirate, il croit tenir le coupable idéal, mais en se déchaînant alors que le vilain a perdu le masque qui lui permet de manipuler les émotions, il comprend que ce n'est lui le responsable de ses accès de colère.

Mark Waid nous entraîne ainsi sur des fausses pistes en semant le doute habilement. Il alterne moments très bien sentis avec la fratrie de Billy, ceux plus loufoques avec le dinosaure procédurier, et lâche la bride au cou de Dan Mora quand l'action domine.

Aucune surprise : Mora est une fois de plus magistral dans tous les compartiments du jeu. Lire les dessins de cet artiste a quelque chose d'incroyablement revigorant tant il semble s'amuser et que son plaisir à animer ces personnages, ces situations est communicatif. Ses planches débordent d'énergie, avec des plans impeccablement composés, des valeurs de plans parfaits. Jamais un faux pas, jamais une case de travers, jamais une expression déplacée. C'est bluffant, jubilatoire.

Pourtant, je dois bien l'avouer maintenant, j'avais quelques doutes après le premier épisode à cause de la variant cover signée Chris Samnee. Samnee a un trait plus rond, plus léger, plus aérien que Mora, qui me semblait absolument parfait pour Shazam !. Tandis que Mora est plus anguleux, plus nerveux, et je craignais qu'à la longue, cela ne convienne pas pour un personnage qui conserve quelque chose d'enfantin.

Mais après ce deuxième épisode, même si j'aurai adoré lire Shazam ! dessiné par Samnee, je ne peux qu m'incliner devant l'interprétation qu'en fait Mora. L'habilité avec laquelle il campe Billy est idéale, et lorsque le Captain entre en scène, il a une puissance irrésistible.

Cela colle avec ce que veut faire Waid sur cette série. Grand connaisseur des comics du golden age, le scénariste a révisé avant de relancer le titre et il a convenu que, avec tout le respect qu'on doit à C.C. Beck, le créateur du héros, les histoires originelles étaient souvent dénuées d'enjeu et auraient échoué à séduire le public contemporain. Son ambition affichée est donc que le Captain soit confronté à des menaces sérieuses, mais sans que soit sacrifiée la partie la plus fantaisiste qui le distingue des autres. Ainsi, l'apparition du dinosaure fonctionnaire se marie avec le combat inquiétant contre le Psycho-Pirate, réunissant en un seul épisode les deux facettes du personnage.

La lecture est rapide et deux épilogues concluent le chapitre : le premier met en scène Freddy Freeman dans le Rocher d'Eternité où il assiste à un conciliabule troublant avant d'être découvert, tandis que le second est une introduction au futur tie-in de Knight Terrors : Shazam ! du mois prochain.

Pas à dire, avec Dan Mora en feu, Mark Waid confirme que son retour chez DC lui a fait un bien fou. Et à nous aussi.

jeudi 8 juin 2023

THE AMBASSADORS #6, de Mark Millar et Matteo Scalera


Et c'est avec ce sixième épisode (à la pagination augmentée) que s'achève The Ambassadors. Ou plus exactement le Volume 1 de ce titre comme on l'apprend à la dernière page. Le projet de Mark Millar ne m'aura guère convaincu et son dénouement (provisoire), s'il est plus satisfaisant, ne rattrape pas vraiment les erreurs du scénariste (et de sa méthode). Matteo Scalera produit, comme d'habitude, de pages fabuleuses, s'élevant sans difficultés au-dessus du lot.



Les Ambassaodrs sont appelés sur une zone menacée par un tsunami et Choon-He Chung interrompt une discussion avec son assistante Oksana Petrov pour assister son équipe. Mais il s'agit d'un piège tendu par son ex-mari, Jin-Sung, qui a rassemblé autour de lui son propre groupe de surhommes...


Si, comme moi, vous êtes abonnés à la newsletter de Mark Millar, alors vous avez reçu dans votre boîte mail la dernière en date hier pour promouvoir les sorties de The Magic Order 4 #5 et de The Ambassadors #6, disponibles cett semaine. C'est aussi l'occasion pour l'auteur de revenir sur la parution, le mois prochain du premier numéro de Big Game, premier crossover du MillarWorld, dessiné par Pepe Larraz, dans lequel on retrouvera notamment les Ambassadors.
 

Mais, outre la promo de ses publications comics (et aussi de sa chaîne YouTube, de la série The Chosen One sur Netflix dans quelque temps, et quelques mots sur le film The Flash), ce qui est intéressant dans ce courriel, c'est ce que dit Millar à propos de sa manière d'écrire depuis une dizaine d'années.


On a peu d'opportunités de lire la méthode d'un auteur pour produire ses scripts, imaginer ses histoires, dont c'est intéressant, quoiqu'on pense de Mark Millar. En l'occurrence, c'est particulièrement intéressant de lire ce qu'il dit à ce sujet avant ou après avoir lu The Ambassadors #6.


Il faut préciser que, comme il en a l'habitude désormais, ce numéro compte une pagination augmentée (une quarantaine de pages), et que cela a été possible grâce au dessinateur Matteo Scalera, un collaborateur fidèle de Millar (Space Bandits, King of Spies), qui, contrairement à tous les autres artistes ayant oeuvré sur ce titre, est très rapide et a bouclé cet épisode sans exploser les délais.

Le format de l'épisode permet à Millar de consacrer en ouverture plusieurs pages à un dialogue entre Choon-He Chung et son assistante Oksana Petrov au cours duquel elle évoque le premier prix en sciences qu'elle a gagné très jeune, battant celui qui allait devenir son mari, Jin-Sung, puis leurs noces, et leur séparation, puis les accusations qui lui ont valu d'être incarcéré à la place de son époux, puis sa revanche avec la création du projet Ambassadors.

Le reste tranche avec cette scène rétrospective et calme et donne à Millar et Scalera l'opportunité de produire un épisode très spectaculaire, bourré d'action, parfois très violent, avant une conclusion plus tranquille. Du classique, rondement mené, par deux professionnels, sûrs de leur coup et de leur talent. C'est d'ailleurs agréable à lire, plus que la moyenne de la série jusqu'à présent, car, enfin, on sort du moule de la présentation d'un candidat au projet Ambassadors, de l'acquisition de ses pouvoirs, de sa première mission, de sa rencontre avec les autres recrues. Pour la première fois, on lit ce à quoi la série aurait dû ressembler si Millar n'avait pas choisi de décompresser autant en consacrant un numéro pour chaque personnage et en développant à peine, en tout cas paresseusement, un subplot sans relief.

Mais revenons à la méthode Millar, telle qu'il l'explique dans sa newsletter. Il raconte que depuis une dizaine d'années, il a pris l'habitude de commencer à concevoir ses histoires en partant de la fin, afin d'y mettre de quoi combler le lecteur, avec des coups de théâtre, de l'action, du grand spectacle. Une fois qu'il a établi où son récit allait aboutir, il remonte le cours des événements et s'assure que tout tient debout, en créant des protagonistes haut en couleurs, des situations inattendues, un pitch à la fois simple et efficace.

Si l'on considère cela, on peut se demander quelle mouche a piqué Millar de construire The Ambassadors en livrant tous les quinze jours un épisode qui n'offrait rien de plus que l'introduction d'un personnage intégrant une équipe. Compte tenu de la relative originalité des profils de ces héros, il aurait pu soit corriger cela en leur inventant des parcours plus toniques et singuliers, soit composer l'équipe plus vite. Mais la vérité, c'est que Millar s'est enfermé tout seul dans son concept, qui se situe hors du champ narratif stricto sensu.

Millar a voulu se faire plaisir et épater la galerie en écrivant une mini-série dont les vrais super-héros seraient en fait les artistes conviés à la dessiner, et comme il a réuni une formation digne des Avengers des dessinateurs de comics avec Frank Quitely, Karl Kerschl, Travis Charest, Olivier Coipel, Matteo Buffagni et Matteo Scalera, il avait une main gagnante. Rien que pour avoir réussi à faire dessiner vingt pages par Charest, ça vaut le détour, vu que ce dernier ne l'avait plus fait depuis vingt ans.

Mais c'est un beau gâchis car donner un machin aussi quelconque, générique à de telles virtuoses, n'a rien qui puisse combler ni les fans de Millar, ni ceux des dessinateurs concernés, ni mêmes ceux des comics en général. Et pourtant, cette idée, toute bête mais accrocheuse, d'une équipe de super-héros ambassadeurs, intervenant comme des secouristes et non comme des justiciers, était séduisante. Sauf que le casting n'a pas été à la hauteur. Car ces Ambassadors ne sont rien d'autre qu'une bande de Néo dans Matrix puisant dans une banque de super-pouvoirs pour remplir leurs missions, missions qui n'ont rien de palpitant.

Il aura fallu attendre le dernier épisode pour avoir enfin droit à quelque chose de digne de Millar, de Scalera, du concept, de l'attente générée par tout ça, avec l'affrontement entre le groupe de Choon-He et Jin-Sung Chung. La baston tient ses promesses et Matteo Scalera nous en met plein les mirettes, avec des pages explosives, aux cases généreuses, avec une colorisation splendide de Lee Loughridge (qui a peint directement sur les dessins de Scalera). On a droit à des twists, à du sang, des boyaux, l'issue est incertaine jusqu'au bout. Millar fait du Millar, mais il le fait bien, stimulé par ce que son dessinateur va en tirer et Scalera est prodigieux sur ce plan-là.

Oh, il n'y a guère de surprise sur le nom du vainqueur, mais même dans l'épilogue Millar glisse quelques ultimes surprises qui nous font saisir que les Ambassadors sont loin d'être une équipe parfaite, que certains de ses membres sont susceptibles de la faire imploser, que sa fondatrice est loin d'avoir achevé son projet. 

Reste à savoir maintenant comment cela évoluera, dans le fond comme dans la forme. Les Ambassadors vont donc participer à l'event Big Game dès Juillet. Et ils auront droit à un Volume 2, mais qui ressemblera à quoi ? Millar va-t-il réunir une nouvelle équipe de super-artistes pour chaque épisode (on imagine mal qu'il fasse à nouveau appel à Quitely ou Charest sauf si ce vol. 2 sort dans cinq ans) ? Dans sa newsletter, le scénariste n'en dit rien, sauf pour assurer ses fans qu'il achève l'écriture des séries MillarWorld à venir en 2024 (et j'espère qu'on aura enfin droit à la suite de Empress) - et ça, c'est sans compter avec son projet Superman qu'il va livrer à DC...

mercredi 7 juin 2023

DARK KNIGHTS OF STEEL #11, de Tom Taylor et Yasmine Putri


Dark Knights of Steel s'achèvera dans deux mois, quasiment deux ans depuis le début de sa parution (c'était en Novembre 2021). D'où un légitime sentiment de lassitude, de ne pas en voir le bout. Editorialement, j'ai déjà eu l'occasion de le dire, ce n'est pas fameux. Mais Tom Taylor aura, tant bien que mal, su préserver un intérêt à son projet, bien aidé par la dessinatrice Yasmine Putri. Et ce pénultième épisode est une belle veillée d'armes.



Les martiens blancs ont mis la main sur la kryptonite, grâce à laquelle ils ont un avantage sur le royaume des El. Avec les Pierce et les Amazones, ceux-ci se préparent à la guerre, grâce à J'onn J'onzz mais aussi aux prisonniers des donjons qui sont libérés. Ce qui déplaît à la général Waller...


La désastreuse gestion éditoriale de cette mini-série obligera, je l'espère, les editors du DC Black Label à réfléchir à leur manière de sortir de futurs projets sous cette bannière. Car, avec deux sous d'intelligence, et davantage de bon sens, Dark Knight of Steel aurait été bouclé depuis un moment et ses lecteurs moins frustrés.


Je ne vais pas revenir là-dessus, j'en ai déjà parlé dans de précédentes critiques, mais tout de même, quel gâchis que de ne pas avoir mieux anticiper le temps nécessaire à Yasmine Putri pour dessiner ses épisodes. Démarrée en Novembre 2021, la série ne se conclura qu'en Août 2023, ayant épuisé pas mal de fans entre temps.


C'est d'autant plus dommage que Tom Taylor a sans doute écrit son magnum opus avec Dark Knights of Steel. Si, avec une série comme Nightwing, le scénariste m'a déçu et découragé, en revanche, quand il imagine des récits "elseworlds", il se montre bien plus inspiré, libéré de toute contrainte.

La révélation que Alfred, le valet du prince Bruce, était en réalité le martien J'onn J'onzz dans cette réalité a permis de justifier beaucoup d'événements antérieurs. A commencer par le fait que les vrais méchants de l'histoire étaient des martiens blancs métamorphes venus conquérir la Terre après la destruction de leur planète. Dans un contexte médiéval, teinté de fantastique, c'est une fantaisie supplémentaire qui n'a aucun mal à trouver sa place, même si elle survient tardivement.

Il est désormais acquis que Dark Knights of Steel s'achèvera dans une bataille qui promet d'être spectaculaire et mortelle pour nombre de protagonistes, entre les kryptoniens de la maison El, les amazones, la famille Pierce, sans doute les Titans, et quelques sorciers. Aussi, ce onzième chapitre est une veillée d'armes.

Taylor prend donc le temps de montrer comment les adversaires d'hier se préparent au conflit en utilisant ce que redoutent le plus leurs ennemis, le feu, ici creusant des tranchées, là incendiant des terrains. La reine Lara et ses deux enfants déterrent de quoi forger un projecteur de la zone fantôme où expédier les martiens blancs. Poison Ivy met à disposition sa forêt pour concevoir des armes. John Constantine comprend à quel point il a mal interprété la prophétie. Les mystérieuses créatures enfermés dans les donjons de la maison El sont libérés pour grossir les rangs de l'armée.

Cette dernière initiative a pour conséquence de déplaire à Amanda Waller, qui a souffert la perte de nombre de ses soldats à cause de ces vauriens. Et elle trahit donc les El en allant proposer une alliance aux martiens blancs. Je spoile mais ce n'est pas méchant dans la mesure où ce comportement correspond à celui de la Amanda Waller qu'on connaît dans la continuité classique, prête à composer avec la pire engeance contre des dangers surhumains. C'est le point le plus convenu, le plus téléphoné de cette partie de l'épisode.

Ce qui l'est moins, c'est la réconciliation entre Kal et Bruce quand on se souvient que le premier avait voulu tuer le second quand il lui avait révélé être son demi-frère. Mais ça, c'était avant, avant qu'on sache que Protex, le chef des martiens blancs, avait usurpé l'identité et l'apparence de Kal. Taylor s'est joué du lecteur, quitte parfois à miser sur des coups de théâtre un peu poussifs, un casting un chouia trop fourni (je compte sur le retour des Titans, d'Etrigan, mais sans en avoir l'assurance). Le scénariste apprécie visiblement d'abuser son audience, ce qui ne serait pas gênant si sa série sortait régulièrement, alors que là, avec cette périodicité chaotique, l'astuce est moins efficace.

Yasmine Putri a un peu de mal à dissimuler sa fatigue. Quand on dessine sur une si longue durée une histoire, difficile de garder la même énergie, la même exigence. Elle accomplit une prestation très honorable à laquelle on peut juste reprocher d'être trop légère sur les décors, avec beaucoup trop de plans sans arrière-fond (et que le coloriste Arif Prianto doit donc remplir).

Le charisme de ses designs et l'allure de ses personnages comblent un peu ces failles, mais il faut bien avouer que l'épisode ne permet pas non plus à Putri de fournir un découpage spectaculaire. Elle s'acquitte avec professionnalisme de scènes dialoguées, souvent en tête-à-tête, et certains moments sont tout de même touchants et beaux (je retiens l'échange entre le prince Bruce et J'onn J'onzz).

C'est vraiment, je le répète, que l'éditorial ait échoué à trouver une parution plus adaptée, qui nous aurait épargné des fill-in trop moyens et une pause de plusieurs mois à mi-parcours qui n'a pas permis à Yasmine Putri d'engranger assez d'épisodes d'avance. Souhaitons à présent que Tom Taylor nous donne un final à la hauteur, en attendant de relire tout ça d'une traite, apaisé.