vendredi 12 mai 2023

ROGUE & GAMBIT #3, de Stephanie Phillips et Carlos Gomez


Si j'ai décidé d'arrêter de suivre les séries régulières concernant les mutants (en tout cas jusqu'à ce que l'envie revienne), je vais quand même aller au bout de cette mini-série Rogue & Gambit qui est, ma foi, très sympathique. Stephanie Phillips n'est pas embarrassée par tout ce qui se joue à Krakoa et anime deux personnage qu'elle aime dans une intrigue accrocheuse, que Carlos Gomez met en images de façon très chouette. Un vrai bol d'air.



Au Q.G. new-yorkais des X-Men Malicia demande à Forge de lui prêter sa combinaison avec laquelle il a infiltré la Voûte mais le savant jure l'avoir détruite, de peur qu'elle tombe entre de mauvaises mains. Gambit devine qu'il ment et fournit à Malicia ce dont elle a besoin pour retrouver Manifold, mais sans lui...


Comme je l'ai expliqué du mieux que j'ai pu dans une entrée récente, deux choses m'ont conduit à cesser de suivre les séries régulières consacrées aux mutants : d'une part, je n'apprécie plus la direction imprimée à la franchise, avec des events et crossovers trop fréquents ; et d'autre part, l'approche de Fall of X ne me dit rien qui vaille (même si, entre-temps, Marvel a déjà commencé à communiqué sur l'après Fall of X avec un statu quo nommé Rebirth... Par peur que les fans de l'âge de Krakoa décrochent ?).


Quoi qu'il en soit, je crois que l'erreur majeure commise par le staff éditorial de la ligne X, depuis le départ de Jonathan Hickman, tient pour beaucoup au manque de renouvellement des auteurs. Je ne dis pas qu'il faut remplacer tout le monde, mais faire bouger les lignes passe parfois mieux en déplaçant les créateurs pour mieux surprendre les fans (plutôt que de leur infliger un énième event).


Ce qui aurait été bienvenu, c'est par exemple, comme à une certaine époque où les titres Avengers se multipliaient, de procéder à un jeu des chaises musicales, de réattribuer les titres à des auteurs trop confortablement installés sur leurs titres. Ou, mieux, d'accueillir des recrues avec des idées neuves.

Stephanie Phillips, venue de DC pour écrire cette mini-série Rogue & Gambit (probablement le couple favori des fans depuis les années 1990), a choisi d'inscrire son histoire légèrement à la marge. L'action ne se situe pas à Krakoa et s'appuie donc sur Malicia et Gambit, sans le recours à d'autres X-Men (même si ce mois-ci, on aperçoit Wolverine/Logan dans un flashback et Forge au début de l'épisode).

En même temps, Phillips ne se déconnecte pas de Krakoa complètement puisque Malicia et Gambit sont envoyés en mission par Destinée (qui siège au conseil de Krakoa) et la scénariste a promis que son récit aurait des répercussions sensibles sur la franchise.

Mais ce qui me plaît simplement le plus dans sa démarche, c'est l'air frais qu'elle fait souffler sur la franchise en ne dépendant pas du grand tout formé par ladite franchise. On ignore encore pourquoi, pour Destinée, il est si important que Malicia et Gambit conduisent Manifold à Krakoa mais on a envie de le savoir et donc on suit cette intrigue.

Par ailleurs, Phillips s'empare du couple Malicia-Gambit pour explorer le fossé qui s'est creusé entre eux depuis que Malicia a été éloigné de son mari durant l'année qu'elle a passée dans l'équipe des X-Men et depuis que Gambit, lui, était avec Excalibur puis les Knights of X dans l'Outremonde. En somme, la scénariste réussit où Duggan a échoué en soignant la caractérisation, la dynamique entre ses personnages sans négliger l'intrigue.

Parce qu'elle arrive après la bataille en somme, Stephanie Phillips a un regard neuf sur tout ça mais exploite ce que d'autres avant elle ont semé. Et comme elle le fait bien, on prend du plaisir à suivre ce récit. Les références à la combinaison que Forge avait confectionnée (à partir des pouvoirs de Caliban, Mystique et Tempo) risquent certes d'égarer ceux qui n'ont pas lu X-Men #15-17 et l'incursion chez les Enfants de la Voûte pour secourir Darwin, mais Phillips y a pensé et résume tout ça avec une data page issue des notes de Forge. Malin.

Elle n'oublie pas non plus le quota d'action avec une explosion tout sauf gratuite provoquée par Gambit dans le labo de Forge puis un combat spectaculaire entre Malicia et les compagnons de détention de Manifold (avec un cliffhanger bien glaçant). Pour moi, c'est un sans-faute. Et j'aimerai que Phillips hérite d'un titre régulier (mutant ou non) chez Marvel après avoir fait aussi bien ses preuves ici.

Tant qu'à faire, que Marvel continue à la faire travailler avec Carlos Gomez afin d'offrir à cet excellent dessinateur une production régulière plutôt que de le cantonner à des mini-séries. Gomez est mine de rien un narrateur solide au trait très plaisant. Bien entendu, il dessine divinement Malicia (et les femmes en général), mais il serait injuste de le réduire à ça.

Gomez livre des planches avec un niveau de détails épatant, des décors soignés, qui sont mis en valeur par des angles de vue et des valeurs de plan très bien pensés. Ses compositions sont toujours équilibrées, ses personnages harmonieusement disposés dans l'espace, avec de l'expressivité. Après sa prestation impeccable sur X-Terminators, il confirme tout le bien qu'on peut penser de lui.

Rogue & Gambit, c'est une synthèse formidable de ce que pourrait (devrait ?) devenir la franchise X. Avec des histoires qui ne soient pas si fréquemment parasitées par des events/crossovers, avec une écriture fraîche, un graphisme soigné, mais sans renier, sans oublier ce qui été bâti. Et si, en fait, Marvel laissait la franchise X dérouler un peu, sans imposer de cycles (Dawn of X, Reign of, Destiny of X, Fall of X) et entr'actes (Hellfire Gala), juste pour voir ce que les auteurs racontent sur un plus long terme ?

jeudi 11 mai 2023

THE AMBASSADORS #4, de Mark Millar et Olivier Coipel


Bonne nouvelle : ce quatrième épisode de The Ambassadors est le meilleur, en tout cas le moins convenu. Mauvaise nouvelle : Mark Millar ne change pas de formule, seulement une nouvelle fois de décor. Olivier Coipel, lui, est plutôt dans un bon jour.


Rio de Janeiro, Brésil. Un prêtre s'oppose avec virulence contre les forces de police corrompues qui ne font rien pour ramener l'ordre et la paix dans les favelas. Ses ouailles le recommandent à Choon-He Chung pour intégrer les Ambassadors. Mais Zee, une policière à la solde du capitaine Lobo, s'en mêle...


Sauf miracle, improbable donc, The Ambassadors sera une énorme occasion ratée. Quand on voit les talents que Mark Millar a réussis à fédérer autour de ce projet, on attendait, légitimement une mini-série exceptionnelle. Ce ne sera pas le cas, et c'est la faute du scénariste écossais.


Plus on met la barre haut, plus on s'expose à décevoir les lecteurs et Millar, peut-être trop sûr de lui, a failli à convaincre. Depuis le début The Ambassadors propose l'histoire d'un recrutement par Choon-He Chung, cette scientifique géniale et fortunée, qui veut assembler une équipe de super-héros pour porter secours aux plus démunis. Mais à part ça, que raconte cette série ? Où veut en venir Millar ?


Millar a expliqué qu'il comptait faire de The Ambassadors une saga aussi ambitieuse que Jupiter's Legacy ou The Magic Order et que donc ces six premiers épisodes n'étaient que le premier étage de sa fusée. Dans cette perspective, on serait enclin à l'indulgence sauf qu'on voit mal comment il parviendra à agréger à la suite un tel casting que pour ce premier acte. Et c'est bien là que le bât blesse.

Car si Millar avait construit The Ambassadors autour de ses prestigieux artistes en développant une intrigue avec un début, un milieu et une fin (comme le premier tome de The Magic Order, qui se suffisait à lui-même) ou alors était en mesure de composer un diptyque comme Jupiter's Legacy avec douze dessinateurs haut de gamme pour autant de numéros, là, oui, ç'aurait été énorme.

Au lieu de ça, chaque épisode se suit et se ressemble, trop pour ne pas lasser, et décourager même le plus fervent  de ses fans. Surtout, on n'a pas vraiment eu l'impression jusqu'à présent que Frank Quitely, Karl Kerschl ou cette fois Olivier Coipel étaient à fond pour produire leurs planches. C'est certes excellent, mais on a vu mieux de leur part. Le seul à avoir comblé les attentes, c'est Travis Charest, qui a ébloui comme on l'espérait après sa longue absence.

Toutefois, Olivier Coipel est plutôt dans un bon jour. Le français nous a habitués au pire comme au meilleur. Parfois, quand il doit aligner les épisodes, il fatigue nettement sur la fin, sacrifiant les décors, et comme il s'entête à s'encrer, de façon toujours aussi inégale, la qualité est aléatoire. Cette fois il livre une trentaine de pages de bonne facture, ni éblouissante, ni médiocre, dans la bonne moyenne. Les décors sont le plus souvent davantage évoqués que détaillés, mais les personnages ont cette expressivité surjouée qu'il maîtrise parfaitement, le découpage est un peu brouillon mais avec quelques plans superbes, et les couleurs de Giovanna Niro sont superbes, valorisant le travail de l'artiste.

Autre bon point : Millar réussit à prendre le lecteur à contrepied en lui faisant croire à l'identité du nouvel Ambassador pour mieux nous entraîner sur une fausse piste et un twist final malin et efficace.

Mais sorti de ces deux éléments, que dire ? Millar alimente très paresseusement un pseudo-subplot avec la mir de Choon-He Chung, qui tient sur deux-trois pages à la toute fin et c'est tout. Le reste est entièrement consacré autour du recrutement de l'Ambassador du Brésil. On sait gré au scénariste d'imaginer à chaque fois un personnage qui sort de l'ordinaire et de nous faire voyager pour expliquer qu'il peut y avoir des super-héros coréen, français, brésilien et pas seulement nord-américain.

Mais l'histoire ne progresse absolument pas. On va arriver à ce train-là au sixième épisode avec l'équipe au complet mais sans l'avoir vu à l'oeuvre, et il faudra donc attendre, certainement un bon moment, avant une suite. C'est tout de même très laborieux, trop décompressé. Si, comme c'est prévu, The Ambassadors devient aussi une série télé sur Netflix, alors il faudra réécrire énormément pour donner de la substance aux épisodes filmés - sauf s'ils ont une durée de 30' chacun.

Au fond, c'est le peut-être le vrai problème de cette entreprise : En vendant son MillarWorld à Netflix, Millar a vendu des créations destinées à être déclinées en plusieurs formats. Et aujourd'hui, on voit avec The Ambassadors les limites de ce process. Surtout que, en réalité, ces adaptations ne sont pas légion : il y a eu le pitoyable Jupiter's Legacy, annulé après une saison (et qui a coûté une blinde), l'anime Super Crooks, il va y avoir American Jesus (The Chosen), dont le tournage a été le théâtre d'une catastrophe terrible (avec la mort de six membres de l'équipe et du casting dans un accident), et apparemment The Magic Order est toujours dans les tuyaux.

Quand il se concentre sur l'aspect purement comics de ses projets, Millar peut sortir des trucs très sympas et même brillants (Starlight, Chrononauts, King of Spies...) mais dès qu'il écrit en pensant déjà au film ou à la série qu'il va en tirer, ça ne fonctionne plus aussi bien. Qu'il se recentre donc et laisse Netflix adapter ce qu'ils veulent dans son catalogue : ça fera de meilleurs comics et peut-être aussi de bonnes adaptations.

mercredi 10 mai 2023

GREEN LANTERN #1, de Jeremy Adams et Xermanico, Philip Kennedy Johnson et Montos


Après Shazam ! la semaine dernière, c'est au tour de Green Lantern de connaître une relance. C'est aussi le come-back de Hal Jordan dans le rôle. Le héros qui reste attaché au run de Geoff Johns (qui en fit une vraie vedette) est cette fois entre les mains de Jeremy Adams et Xermanico, qui sont réunis après Flashpoint Beyond. Tandis que le mensuel s'accompagne d'une back-up story par Philip Kennedy Johnson et Montos impliquant John Stewart.


Les Gardiens d'Oa ont disparu et ce sont désormais les Planètes Unies qui les commandent. Mais Hal Jordan a refusé de les servir et a dû rendre son anneau de pouvoir et revenir sur Terre, placée en quarantaine car jugée trop peu sûre. Et le moins qu'on puisse dire est qu'il n'est pas accueilli à bras ouverts...
 

Il y a 19 ans (déjà !) Geoff Johns prenait les rênes du titre Green Lantern et fit de Hal Jordan (l'incarnation du héros depuis le Silver Age) un personnage vedette, éclipsant même à l'époque Superman et Wonder Woman. Quand il quitta la série neuf ans plus tard, il avait achevé un run historique.


Depuis, malgré les efforts des différents scénaristes à avoir animé les aventures de Green Lantern, DC n'a jamais renoué avec pareil succès pour ce personnage. Hal Jordan fut même remplacé par John Stewart dans la Justice League de Scott Snyder, accomplissant le plus souvent ses missions dans l'espace. Loin des yeux, loin du coeur...


C'est encore une fois à l'occasion de Dark Crisis (on Infinite Earths) que Hal Jordan fit son come-back et que, peu après, DC annonça le lancement d'une nouvelle série dont il aurait le premier rôle. Nous y voilà.

Jeremy Adams achève actuellement un long run sur Flash (autre point commun qu'il partage avec Johns) et il se trouve qu'il y a quelques années il avait soumis un pitch à l'editor de la série. Il la proposé à nouveau quand on chercha un auteur pour ce relaunch que DC souhaitait plus terre-à-terre pour le héros.

Comme pour Shazam ! sorti la semaine dernière, il s'agit, on le comprend, de réintroduire Green Lantern auprès des lecteurs, nouveaux ou plus anciens, et de le rendre à nouveau sympathique, abordable. De ce point de vue, c'est une totale réussite, même si comme pour la série de Mark Waid et Dan Mora, on pourra se sentir un brin frustré par ce premier épisode.

Toutefois, ce Green Lantern  n°1 comme Shazam ! témoigne de l'intelligence éditoriale actuelle de DC : plutôt, comme chez Marvel, de confier leurs séries phares à des vedettes pas forcément inspirées, la Distinguée Concurrence attribue les titres à des auteurs fans avec une vision claire et nette pour le personnage et son univers, s'appuyant sur une idée simple. En l'occurrence, faire de Hal Jordan un Green Lantern viré du Green Lantern Corps, revenu sur Terre qui a été mise en quarantaine car considéré comme un secteur trop dangereux pour l'équilibre cosmique.

Sans le sou, parti depuis longtemps, privé de son anneau de pouvoir, Hal Jordan ne résiste pourtant pas un soir à se rendre à Coast City où sévit un dangereux vilain, Steel Fury, vêtu d'une armure de Manhunter. Puis il va frapper à la porte de Caroll Ferris pour décrocher une place. Son retour ne passe pas inaperçu et si certains s'en félicitent, la plupart le voit d'un mauvais oeil...

L'épisode se lit rapidement, presque trop. Jeremy Adams (re)fait les présentations et surtout rétablit les fondamentaux de Green Lantern : Carol Ferris, Sinestro, les Manhunters. Cela contribue à rassurer un lecteur qui n'a plus lu la série depuis un bail. Mais le scénariste en garde sous le pied : où sont passés les Gardiens d'Oa ? Qu'est-ce qui justifie l'autoritarisme des Planètes Unies vis-à-vis du Green Lantern Corps ? Pourquoi la Terre est-elle mise en quarantaine ? Qu'y fait Sinestro, incognito ?

La couverture indique aussi qu'on reverra Kilowog, le formateur du GLC aux côtés de Hal Jordan. Adams n'épargne pas ce dernier qui, embauché à nouveau par Ferris, ne pilote plus d'avion de chasse mais des drones car c'est désormais le matériel favorisé par l'armée, et on voit que cela le met en difficulté. Du coup, habilement, on prend fait et cause pour Hal à qui on souhaite le meilleur tout en se doutant bien que les ennuis vont resurgir vite. Le volontarisme du héros participe aussi à en faire une figure aimable (ce qui est une condition sine qua non pour un personnage se vantant d'avoir le willpower le plus affirmé de tous ses homologues).

DC fait aussi un effort régulier pour attacher aux projets des artistes en mesure de rafraîchir les séries tout en s'assurant de composer un binôme efficace avec le scénariste. Tout comme Dan Mora et Mark Waid, Xermanico et Jeremy Adams se connaissent bien puisqu'ils ont collaboré récemment sur Flashpoint Beyond

L'artiste espagnol s'est investi avec passion dans le titre et son trait sert à merveille le personnage, depuis la couverture à l'aquarelle jusqu'aux planches intérieures au rythme trépidant. Avec le coloriste Romulo Fajardo, il produit des images lumineuses et dynamiques, avec des compositions harmonieuses, sur lesquelles on peut s'attarder pour en apprécier les détails, avec des arrière-plans fournis, mais aussi une fluidité remarquable dans les enchaînements (bienvenue pour un épisode qui va-et-vient entre passé et présent).

Si Xermanico tient le rythme, alors pas de doute, cette relance a de beaux jours devant elle (sinon il faut souhaiter que DC trouve un fill-in artist d'un bon niveau pour laisser au titulaire le temps de souffler de temps en temps).

C'est en tout cas très engageant et on a envie d'y croire.


- JOHN STEWART HOMECOMING (Philip Kennedy Johnson/Montos) - De son côté, John Stewart a aussi fait son retour sur Terre, auprès de sa mère, pour qui il effectue des réparations dans sa maison. Mais dans l'espace, ses compagnons du Green Lantern Corps affrontent la Mère des Revenants qui le traque...

Cette back-up écrite par Philip Kennedy Johnson (Action Comics) doit, à terme, servir de rampe de lancement pour une série régulière consacrée à John Stewart (déjà vedette du run de Geoff Thorne. Il faut en tout cas le souhaiter car en l'état c'est un appendice dispensable pour le titre dédié à Hal Jordan (même si Jeremy Adams n'a pas fermé la porte à une interaction entre Stewart et Jordan).

L'idée de Kennedy Johnson est intéressante : il suggère que Stewart n'a pas claqué la porte du GLC (comme Jordan), mais a plutôt raccroché, comme un militaire professionnel en retraite. Pourtant, considéré comme le meilleur du Corps, il ne fait guère de doute qu'il rempilera, et d'ailleurs une menace dans l'espace indique qu'il est traqué par un mystérieux et féroce ennemi.

Au dessin, Montos, inconnu au bataillon, a un style qui fait penser à du Gary Frank et se montre aussi à l'aise dans les scènes intimistes (avec John et sa mère) que dans l'action (avec le GLC).

mardi 9 mai 2023

La LIAISON dangereuse de Vincent Cassel et Eva Green


Liaison est la première fiction française produite par Apple +, ce qui est une sorte d'événement pour la plateforme de streaming. Il serait toutefois plus juste de la considérer comme ce que les mauvaises langues appellent un "europudding" puisque le casting rassemble acteurs français et britanniques. Toutefois, la création de Virginie Brac a de l'allure et ne mérite pas d'être jugée avec condescendance.

ATTENTION !  CE QUI SUIT CONTIENT DES SPOILERS !


Deux frères syriens, Samir et Walid Hamza, demandent l'asile à l'ambassade France à Damas en échange d'informations sur des cyberattaques imminentes en Europe qu'ils ont découvertes en hackant les fichiers du régime de Bachar Al Hassad. Cela remotne jusqu'au sommet de l'Etat français mais le Président de la République préfère confier cette affaire à la Task Force de Didier Taraus qu'à la D.G.S.E. de Sophie Saint-Roch. Taraud demande à Alain Dumas, patron de l'agence privée Telkis, d'envoyer un de ses hommes sur place. Au même moment, une cyberattaque frappe les barrages de la Tamise à Londres et le Ministère de la Défense, Richard Banks, confie à son assistante, Alison Rowdy, une enquête sur les services de Mark Bolton. Gabriel Delage, l'agent de Telkis, échoue à exfiltrer les frères Hamza qui prennent la fuite pour gagner l'Angleterre où ils ont un contact haut placé.
 

L'échec de Taraud avec les syriens vaut à la DGSE de récupérer le dossier tandis que Delage rejoint à son tour l'Angleterre où Telkis a localisé les deux frères Hamza. Là-bas, Delage retrouve seul Walid mais celui-ci tente de le semer puis essaie de le tuer. Delage l'envoie à l'hôpital en lui dérobant la clé USB sur laquelle les Hamza ont stockés leurs infos sur les cyberattaques, mais elle est cryptée et impossible à ouvrir. Samir, prévenu de ce qui est arrivé son frère, quitte le Royaueme-Uni pour Dunkerque tandis que les caméras de surveillance ont permis de filmer l'agression de Walid par Delage que reconnaît tout de suite Alison, son ancienne maîtresse, sans rien dire.


Telkis localise Myriam, la femme de Samir, dans un centre de rétention en Belgique et envoie Delage la chercher. De son côté, Banks missionne Alison et Bolton pour aller à Bruxelles négocier le retour de l'Angleterre dans le système de cyberdéfense européen. En l'apprenant par son ex-femme, haut-fonctionnaire à Bruxelles, Taraud lui demande de torpiller cette requête mais Alison obtient malgré tout un rendez-vous avec Vandermeer, son supérieur. Bolton, lui, s'absente pour rencontrer Bob Foret, administrateur d'Antropa, une société de cyberdéfense qui veut, grâce à Taraud, récupérer le marché de la cyberdéfense pour l'Europe. Mais après avoir appris que Antropa était responsable de l'attaque contre le barrage de la Tamise, Bolton prend peur. Alison le trouve pendu mais sans croire à un suicide.
 

Delage récupère Myriam mais des sbires d'Antropa les attaque. Ils réussissent à les semer mais Delage appelle Alison à l'aide. Celle-ci, sous le choc, répond aux questions de la police au sujet de Bolton puis rejoint Delage qu'elle ramène avec Myriam à Bruxelles. Après un peu de repos et avoir parlé avec Dumas, Delage comprend que les Hamza avaient découvert les plans d'Antropa et il convient avec Alison et Myriam que Samir les rejoigne. Reste à décider qui, de la France ou de l'Angleterre, gagnera le droit de garder Samir. En attendant, il faut le mettre à l'abri et Alison pense à les conduire, lui et sa femme, chez son père, un ancien officier de l'OTAN. Mais Antropa les suit. De son côté, Dumas rencontre Sophie Saint-Roch pour l'informer de la complicité de Taraud avec Antropa et le coincer pour trahison.


Les sbires d'Antropa débarquent de nuit chez le père de Alison. Celui-ci réussit à leur échapper grâce à Delage et Alison. Ils gagnent Dunkerque où ils avaient laissé Samir et Myriam à des amis de Delage. Dumas contacte son agent et lui fixe un rendez-vous avec Alison. Elle négocie avec Sophie Saint-Roch la garde de Samir contre la tête de Taraud qui doit se rendre à Londres pour conclure avec Antropa et son patron, Francis Miller. De retour à Londres, Alison confie Samir et Myriam à Banks tandis que Delage infiltre les locaux d'Antropa. Après un peu de repos, Alison retourne au bureau rejoindre Banks mais elle est enlevée par des sbires d'Antropa alors que Gabriel est arrêté par les services de sécurité de cette société.


Alsion est emmenée devant Miller qui veut la faire passer pour une traître aux yeux des autorités anglaises tandis que Delage servira de bouc émissaire pour Taraud. Mais les deux ex-amants réussissent à filer. Des échanges de coups de feu alertent la police qui investit le siège d'Antropa et obligent Taraud et Miller à filer en hélicoptère. Séparée de Delage qui la couvre contre les tirs des sbires d'Antropa, Alison sort du bâtiment avec Myriam mais sans Samir qui s'est sacrifiée pour sauver sa femme et elle aperçoit dans le ciel l'hélico exploser en vol. Banks arrive avec sa garde rapprochée sur les lieux; Myriam est prise en charge mais Alison refuse de continuer à servir son ministre. Elle retrouve Gabriel, indemne au milieu des ambulances et voitures de police.

Virginie Brac, la créatrice, principale scénariste et showrunner de Liaison, s'est faite un nom en écrivant des romans policiers puis, ensuite, à participant à la production de séries pour Canal + (comme Engrenages). C'est sans doute ce C.V. qui a convaincu Apple + de produire sa nouvelle série, la première avec la France pour la plateforme de streaming.

Ajoutez-y deux acteurs hexagonaux connus à l'étranger et le tour est joué. Après, vous trouverez malgré tout des grincheux pour dire du mal de Liaison en expliquant que ça n'a pas l'envergure ni l'ambition de projets anglo-saxons dans un registre équivalent. Pourtant, à l'écran, on ne peut que constater la qualité de cette production qui ne ressemble pas du tout à une série au rabais.

Tout n'est certes pas parfait dans ces six épisodes. Pendant un peu trop longtemps (en tout cas à mon goût), on va-et-vient entre Londres et Paris, Londres et Bruxelles, Londres et Dunkerque et l'intrigue y perd en intensité. Ce jeu du chat et de la souris pour récupérer un hacker syrien qui a découvert qu'une entreprise de cybersécurité privée fomentait des attentats pour forcer la main de plusieurs Etats européens à lui confier sa cyberdéfense est un peu trop filandreuse et ses conspirateurs un peu trop sommaires.

Le personnage de Didier Taraud est le plus problématique car cette éminence grise de la Présidence française fait appel à une agence privée d'anciens espions sans rien en dire à personne. C'est difficile à avaler et cela donne surtout encore le mauvais rôle à notre pays, qui certes a son lot de barbouzeries mais pas plus que ses homologues. Le personnage du Président, campé par Thierry Frémont, évoquant peu subtilement Nicolas Sarkosy, passe pour un type manipulable qui, contre toute logique, préfère s'appuyer sur un collaborateur mystérieux que sur la chef de la DGSE. Bon, c'est plus romanesque, mais c'est surtout moins crédible et c'est tout de même ennuyeux quand on prétend raconter une histoire plausible.

En revanche, côté anglais, la hiérarchie est présentée de façon un peu moins caricaturale, même si là aussi il y a des éléments tirés par les cheveux, comme l'importance du conseiller du Premier Ministre, qui a l'air de trancher sur tout, ou le fait que Mark Bolton n'éveille pas davantage et plus vite les soupçons. Son assassinat mal maquillé en suicide dans les murs même de la commission européenne à Bruxelles est aussi extravagante quand on imagine le niveau de sécurité de ce genre d'endroit.

Une fois qu'on a gobé tout ça (ce qui est, je le conçois, beaucoup, et qui accapare presque la moitié de la série), le niveau s'améliore. D'abord tout simplement parce que les deux héros sont enfin réunis et engagés dans une course-poursuite où leur intégrité physique et morale est mise en jeu, avec son lot de scènes d'action, de retournements de situations et de règlements de comptes efficaces. Par ailleurs, ces deux anciens amants, chez qui la flamme n'est pas éteinte, bénéficient d'une solide caractérisation, avec un background bien fourni (elle et lui ont été des éco-activistes mêlés à un drame accidentel, lui cache un vieux secret à ce sujet, elle culpabilise pour ce qui s'est passé).

Et au fond, on comprend pourquoi avoir casté Eva Green et Vincent Cassel a été déterminant non seulement pour convaincre Apple + mais aussi pour bâtir tout ce projet. Cassel rêvait de donner la réplique à Green depuis longtemps et il se trouve qu'il a exaucé ce souhait deux fois d'affilée (ici et avec le diptyque des Trois Mousquetaires, dont le premier volet cartonne actuellement en salles). Il y a quelques années, Cassel avait déjà brillé dans un excellent film d'espionnage, Agents Secrets (Frédéric Schoendoerffer, 2004) avec sa compagne d'alors, Monica Bellucci. A 57 ans, avec sa gueule de voyou grisonnant, le fils de Jean-Pierre Cassel reste impeccable.

Face à lui, Eva Green apporte toute sa fièvre romantique au personnage de Alison Rowdy, constamment tiraillée entre ses sentiments et la raison (d'Etat). Souvent, il faut bien le reconnaître, elle vole la vedette à son partenaire par un jeu plus nuancé, moins monolithique, et sa palette de jeu, éprouvé par une filmographie impressionnante (au ciné et à la télé) lui permet de faire passer des scènes limites. Son couple avec Cassel est parfaitement crédible et l'alchimie fonctionne à plein entre eux deux.

Ils sont bien entourés par des seconds rôles soignés. Peter Mullan est formidable en ministre aguerri. Irène Jacob est épatante en patronne de la DGSE. Le revenant Stanislas Merhar est parfait en magouilleur sans scrupules. Je serai plus réservé sur la prestation de Gérard Lanvin qui, comme d'habitude, semble s'ennuyer, à tirer la tronche pour paraître grave. Tcheky Karyo apparaît dans le dernier épisode, transparent, alors qu'il incarne le grand méchant de l'histoire. Dommage.

Liaison n'est donc pas dénué de défauts, mais tient principalement grâce à ses deux vedettes, irréprochables et à une densité narrative appréciable. Virginie Brac aurait gagné des points en allant davantage à l'essentiel et en imprimant plus de nerf à son intrigue, filmée par Stephen Hopkins avec efficacité. J'ai quand même, au final, envie de soutenir cet effort et de conseiller le visionnage de ces épisodes.

lundi 8 mai 2023

Charlie Cox change de masque dans EN TRAÎTRE


Mise en ligne à la fin 2022, En Traître est une création originale Netflix qui emploie à nouveau Charlie Cox, qui immortalisa Daredevil sur la plateforme de streaming. Les cinq épisodes de cette série d'espionnage l'oppose à une autre recrue du MCU, Olga Kurylenko. Pour un résultat un poil décevant...
 

Adam Lawrence est promu à la tête du MI-6, le service de renseignements extérieurs du Royaume-Uni dont le chef, Martin Angelis, est victime d'un empoisonnement. Tous les effectifs du service sont sur le coup pour trouver le(s) coupable(s) et très vite est identifiée une femme. Adam la reconnaît immédiatement, sans en dire un mot : c'est une espionne russe et son ancienne amante, Kara Yusova.


Adam retrouve Kara, prêt à la livrer aux autorités, mais elle le fait chanter car elle lui a fourni des renseignements précieux depuis quinze ans qui ont favorisé son ascension professionnelle. Elle veut qu'il fouille dans les dossiers du MI-6 pour savoir qui a trahi ses hommes lors d'une mission à Bakou.. Maddy, l'épouse de Adam, remarque vite que son mari n'est pas dans son état normal alors qu'il a été entraîné à la gestion de crise.


C'est alors que resurgit une amie de Maddy, Dede Alexander, avec laquelle elle a servie en Afghanistan et qui fait désormais partie de la C.I.A.. Celle-ci suspecte Adam d'être un agent double et obtient de Maddy qu'elle le surveille pour ne pas sombrer avec lui. Kara, se sachant traquée, contacte Anton Melnikov, le conseiller et mécène de Robert Kirby, prétendant au poste de Premier Ministre, pour lui fournir des papiers et une planque : en échange, il lui demande de trouver des éléments compromettants contre Audrey Gratz, la rivale de Kirby.


Refusant de croire Adam quand il lui explique n'avoir rien appris sur le responsable de la mort de ses agents à Bakou, Kara enlève sa fille et n'accepte de la lui rendre que contre des infos sur Gratz. Cependant, Martin Angelis sort de l'hôpital et reprend son poste. Adam remet un dossier sur Gratz à Kara qui lui explique en avoir besoin pour Melnikov et Kirby. Or, Adam sait que ce dernier est un ami de Angelis et soupçonne son chef de vouloir empêcher Gratz.


Angelis s'emploie déjà à accabler Andrew en passant un accord avec Dede pour les éliminer, lui et Kara, afin de couvrir ses traces...

Vous le savez certainement à cette heure-ci, mais actuellement une grève des scénaristes à Hollywood menace de paralyser l'industrie du divertissement. Les revendications portent sur une meilleure rétribution des auteurs pour leur travail mais concernent aussi la menace pour leur métier que représente l'Intelligence Artificielle.

Pourquoi commence-je par parler de ça ? C'est simple : avec ces cinq épisodes, En Traître incarne parfaitement l'évolution des séries télé. Il y a encore quelques années, pour une saison complète, une série comptait une vingtaine d'épisodes quand aujourd'hui la moyenne tourne autour de dix, ce qui constitue donc un sacré manque à gagner pour ceux qui les écrivent. Les habitudes des téléspectateurs ont changé et le streaming y a fortement contribué, en particulier avec le mode de diffusion popularisé par Netflix qui met tous les épisodes de ses créations originales en ligne le même jour, poussant au binge-watching et accélérant le demande des abonnés à leurs services.

Cinq épisodes, c'est peu, on est dans la fourchette basse d'une série. Pour les auteurs de fiction, c'est encore un défi supplémentaire car il faut alors écrire une histoire encore plus dense, encore plus efficace. C'est ce que fait En Traître, au risque de trop bien le faire...

Treason a été créé par Matt Charman et nous plonge directement dans le vif du sujet avec le patron du MI-6 qui est remplacé par son jeune adjoint. En traquant la femme qui a voulu tuer Martin Angelis, Adam Lawrence tombe sur son ancienne amante, une espionne russe, Kara Yusova, ce qui le met dans une position délicate. Et à mesure que l'intrigue se déploie, on se rend compte que tous les protagonistes sont dans ce cas.

Ainsi Kara, recherchée, cherche de l'aide auprès d'un compatriote, Melnikov, qui accepte de la dépanner si elle lui fournit de quoi compromettre une candidate rivale à l'homme qu'il soutient pour le poste de Premier Ministre. Lorsque Angelis, le patron du MI-6, sort de l'hôpital, les événements se précipitent car entre-temps Adam et Kara ont deviné un réseau de complices oeuvrant la désignation du futur Prime Minister et qui, pour couvrir leurs magouilles, doivent sacrifier un bouc émissaire. Ce sera Adam, candidat parfait car amant d'une agent russe, jeune, fragile car père de famille et marié à une femme amie d'une agent de la CIA.

Contrairement, toutefois, à ce que peut faire croire l'affiche de En Traître, ce n'est pas tant Charlie Cox qui est la vedette du show que Olga Kurylenko, qui incarne celle par qui tout démarre et se terminera. Si Cox est au coeur du récit, son personnage subit trop pour être le véritable héros de l'histoire, tandis que Kurylenko a droit aux meilleures scènes, dans le domaine de l'action physique ou des échanges avec les autres.

C'est ce qui rend l'ensemble un peu décevant car Cox est un remarquable comédien qui mérite mieux que ça. D'autant que En Traître convaincra ceux qui dénigrent les interprètes de super-héros Marvel qu'ils sont de bons acteurs : révélé aux yeux du grand public dans les trois saisons de Daredevil, co-produites par Netflix, Cox évolue dans un registre tout à fait différent ici et prouve qu'il peut porter un rôle dramatique sans avoir à se cacher derrière un masque. On a aucune difficulté à sympathiser avec son personnage, même quand on doute de sa loyauté et il fait face avec charisme à des partenaires aguerris comme l'imposant Cirian Hinds.

Oona Chaplin est également parfaite en épouse dépassant son statut, avec un riche passé et un impact fort sur les situations. Malgré tout, c'est l'autre caillou dans la chaussure de la série car le personnage de Maddy est un peu trop beau pour être vrai : Adam a bien de la chance quand même d'avoir épousé une ex-soldat ayant servi en Afghanistan, sachant se servir d'un pistolet automatique, et dont la meilleure amie est opportunément agent de la CIA. On voit là les limites de cette compression scénaristique où tous les personnages doivent participer activement à l'intrigue, quitte à ce qu'aucun d'entre eux ne soit "normal", ordinaire.

Dès lors, on comprend mieux pourquoi Olga Kurylenko est le vrai moteur du show : habituée aussi bien du cinéma d'auteur que d'action, du grand comme du petit écran, celle qui comme Cox fait désormais partie de l'écurie MCU (elle a joué le Maître de Corvée dans l'épouvantable Black Widow) se saisit de son rôle avec autorité. Jamais on ne doute de sa crédibilité en espionne russe vengeresse (même s'il doit être douloureusement ironique pour elle de la jouer puisqu'elle est d'origine ukrainienne).

Un peu trop plein trop rapide, et finalement prévisible, tout en étant agréable, En Traître a les défauts de ses qualités. Avec un ou deux épisodes de plus, la série aurait gagné quelques respirations et se serait certainement permis des caractérisations un peu moins cadenassées.