jeudi 5 janvier 2023

X-MEN : RED #10, de Al Ewing, Stefano Caselli et Jacopo Camagni


X-Men : Red #10 est le dernier numéro de la série avant de longs mois (au moins jusqu'en Mai prochain), puisque l'event Sins of Sinister va impacter plusieurs titres (rebaptisés pour l'occasion) entre-temps. Al Ewing devait donc boucler des lignes narratives développées depuis quelque temps avant de suivre l'idée de Kieron Gillen. Stefano Caselli est présent (avant de basculer sur le titre X-Men provisoirement) et reçoit pour quelques pages le renfort de Jacopo Camagni.


Vulcain manipulé par Abigail Brand et Mentallo réclame son trône d'empereur Shi'ar à Xandra et veut tuer celle-ci pour accomplir sa mission. Il pense la trouver dans l'ancien palais de Magneto sur Arakko mais Tornade l'attend. De son côté, l'équipe de Cable affronte Orbis Stellaris, autre complice de Brand.


Al Ewing n'a cessé de prouver depuis S.W.O.R.D. et plus encore avec X-Men : Red, qui en est plus que la suite, le prolongement, à quel point il maîtrisait son affaire. De manière très habile, en présidant à la destinée de la planète Mars, il a pu développer des intrigues personnelles, remontant parfois loin en arrière.
 

Mais alors que sur SWORD il subissait le calendrier, avec X-Men : Red, il a su mieux composer avec des storylines extérieures, en profitant même pour bousculer en profondeur le jeu mutant. Une dimension politique, complexe et claire à la fois, s'est révélée avec des protagonistes aux personnalités incroyablement fouillées.
 

Cela a conduit le lecteur à un climax dans ce dixième épisode où d'un côté, Vulcain défie Tornade, de l'autre Sunspot confond Abigail Brand, et enfin Cable confronte Orbis Stellaris. Brand, Vulcain et Orbis Stellaris oeuvrant pour un grand projet commun absolument diabolique.

J'ai lu, sur les réseaux sociaux, que certains avaient été déçus par l'issue de ce triple affrontement, espérant sans doute une grosse baston générale qui réglerait tout vite fait, bien fait. Il me paraît pourtant évident que cette solution de facilité aurait contredit tout les préparatifs minutieux, toute l'écriture architecturée de Ewing. Surtout les résolutions choisies par l'auteur en disent plus long et plus profond sur ce qui définit les bons des méchants, sans leur ôter un gramme de leur richesse intellectuelle.

Mais cette déception ressentie et exprimée par quelques-uns a surtout visée le duel tant attendu entre Vulcain et Tornade, annoncée comme le clou du spectacle. Il est vrai que cette bataille n'occupe pas la majeure partie de l'épisode et on peut en être frustré, mais les pages qu'elle occupe sont suffisamment intenses et spectaculaires pour ne pas se sentir floué. On a là deux mutants de niveau oméga qui ne retiennent pas leurs coups, effectuent des mouvements renversants, avec des manifestations de pouvoirs impressionnants. 

Ce qui prévaut, en vérité, c'est moins l'étalage de force, la démonstration, que la méthode, et sur ce point, Ewing, avec les dessins de Stefano Caselli, remonté comme un coucou, produisant des effets de puissance phénoménale grâce à un découpage magistral, définit bien ce qui distingue les deux adversaires. Et justifie la victoire du gagnant, plus intelligent, plus rusé.

La partie avec Cable et son équipe, amenée logiquement à devenir une formation repensée du SWORD, est, à mon sens, un peu en deçà. Mais uniquement parce qu'elle évacue ou diffère les problèmes qu'elle ne les solutionne. Ewing a voulu garder des cartouches pour le futur, quand X-Men : Red reviendra en bonne et due forme, tout en préparant la mutation temporaire du titre le temps de Sins of Sinister. Il faut donc lire ces pages avec, sinon indulgence, du moins en ayant en tête que le scénariste, toujours appuyé par Caselli au dessin, s'en sert comme rampe de lancement.

Enfin, le dernier segment avec Brand peut aussi surprendre car, là, par contre, il ferme visiblement un chapitre, un arc narratif, pour ce personnage. Ewing va-t-il sacrifier cette Nick Fury de l'espace qu'il a si savamment (re)modelée ? J'en doute. En tout cas, si je me trompe, ce serait dommage. Mais il semble très vraisemblable qu'elle a mangé son pain blanc. Je m'autorise à spoiler un peu car c'est le plus convenu. Le châtiment d'un méchant désigné est attendu, surtout que Ewing s'est amusé avec les clichés du genre (la révélation de son grand plan, et celle du contre-plan énoncé par Sunspot).

Jacopo Camagni, qui avait dessiné les derniers épisodes de SWORD, avec beaucoup de talent, revient donc donner un coup de main, en signant les pages 14 et 15 puis 20 et 21, en relation avec Brand puis Orbis Stellaris (dont on découvre la véritable apparence - et sur laquelle on peut se demander si c'est un choix de Ewing ou quelque chose qui lui a été imposé, même si on sait le scénariste toujours prêt à rebondir sur les idées des autres, en les améliorant sensiblement souvent d'ailleurs). Le style de Camagni créé une rupture avec celui de Caselli et c'est un peu dommage, mais peut-être que Caselli a eu recours à du renfort dans un agenda chargé (il a enchaîné des épisodes de Hack/Slash pour l'anthologie Image ! puis de X-Men : Red et va passer sans souffler au crossover X-Men/Captain Marvel).

Cela dit, X-Men : Red, même avec Caselli absent, est une des séries les plus abouties graphiquement de toute la franchise X, puisque les fill-in artists ont été exceptionnels, et revoir Camagni m'a fait plaisir, même pour quatre pages.

Je l'avoue, je suis un peu triste que cela s'arrête pour de longs mois, car X-Men : Red est ma série mutante préférée, et de loin. Al Ewing et ses artistes ont repoussé constamment les limites, offrant des épisodes de très haute volée, captivant le fan sans forcément lui donner ce qu'il aimait, mais plutôt en lui proposant, et c'est bien mieux, ce qu'il préférerait. C'est une sensation grisante et jubilatoire que de lire pareil comic-book. Alors s'en passer pour un event qui ne me dit rien (et que j'ai décidé de zapper en conséquence), c'est rageant. Mais à son retour, je sais aussi que ce sera un immense plaisir.  Alors ? Patience !

DARK KNIGHTS OF STEEL #9, de Tom Taylor et Yasmine Putri


Le dernier tiers de Dark Knights of Steel débute donc avec la nouvelle année. Et la mini-série écrite par Tom Taylor a quand même beaucoup perdu de sa superbe. Yasmine Putri est toujours là, mais elle non plus n'affiche pas la grande forme. Ne serait-ce pas simplement la lassitude qui gagne ?


Comme j'ai désormais décidé d'allèger la partie résumé, pour éviter de trop spoiler, étant donné que tous ceux qui me lisent ne suivent pas la vo et attendent les recueils en vf, je vais tâcher de respecter cette bonne résolution.
 

Le titre de ce neuvième épisode de Dark Knights of Steel ne laisse aucune place au doute : War. C'est donc la guerre qui éclate au pied du château des El entre ces derniers, les amazones et la famille Pierce. Un programme qui réclame une écriture ferme et un dessin généreux dans l'effort.


Tom Taylor donne au lecteur ce qu'il attend : la bataille est épique, à la (dé)mesure des antagonistes. Ils sont venus, ils sont tous là, ça combat de tous les côtés, il y a même un dragon. C'est aussi confus, car au beau milieu de tout ça, Bruce et Kal règlent leurs comptes. Mais pas seulement...


Car, en vérité, après huit épisodes, on n'a vraiment sympathisé avec personne. Les El pas plus que les amazones pas plus que les Pierce ne sont aimables. Le prince Bruce est peut-être celui qui suscite le plus de bienveillance au regard de ce qui lui est arrivé - et c'est tout sauf innocent puisqu'il s'agit de Batman, la vache sacrée du DCU, l'intouchable.

Dans le cadre d'un Elseworld (même qui ne dit pas son nom) comme Dark Knights of Steel, il est indispensable de laisser au lecteur des points de repère pour qu'il puisse suivre au moins un personnage. Or, Tom Taylor, à force de brouiller les cartes, de produire des mash-up plus ou moins inspirés et de multiplier les rebondissements, nous a un peu perdus.

Un peu, ou en tout cas assez pour qu'au moment d'aborder cette guerre, il aurait été bon de ne pas en rajouter (en effet, il reste suffisamment de subplots à résoudre, notamment avec Etrigan, les Titans, le Green Man, ou même le couple de détenus formé par Dinah et Oliver). Mais Taylor n'est visiblement pas de cet avis.

Et si le scénariste explique ainsi le geste sauvage, barbare commis par la reine Lara, à la fin du précédent numéro, contre Hippolyte, la révélation finale sur l'identité véritable d'Alfred fait partie de ces moments terribles dits "jumping the shark", où un personnage surgit de nulle part, tout à fait gratuitement, compliquant un peu plus l'intrigue déjà bien touffue.

Par ailleurs, comme je l'écris plus haut, la bataille au pied du château des El ne brille pas par sa clarté. Ce qui n'est pas un souci en soi (car les combats de troupes sont rarement chorégraphiés) se retourne contre le propos en ponctuant l'action de coups-contrecoups (à qui cognera la plus fort ? A qui fera l'entrée la plus remarquée ?) et de curieuses apartés (en montrant Constantine et Lois débattre de la tournure dramatique des choses comme s'ils étaient à l'abri - ce qui n'est pas le cas).

Voir ainsi Constantine se gratter la tête en se demandant ce qui se passe (car ce qui se passe n'était pas inscrit dans ses prophéties) devient limite grotesque car les prophéties sont aléatoires et les guerres sont là pour les contrarier. Si tout était écrit dans le marbre, prédéfini au mot près, tout ne serait qu'une formalité et donnerait donc un avantage décisif à un des camps. Mais avec des aliens, des amazones, des gens capables de contrôler la foudre, la végétation, et même un homme vert et complètement cintré muni d'un anneau de puissance, comment Constantine pouvait-il penser que tout se passerait sans anicroche ?

L'autre décrochage revient au dessin : Yasmine Putri a eu du temps pour préparer ces épisodes (et j'ose quand même espérer qu'elle ne sera pas remplacée pour ceux qui restent), mais c'est comme si l'artiste affichait soudain ses limites. Mettre en images un épisode pareil exige de celui qui en est chargé un effort conséquent puisq'il faut montrer un nombre conséquent de figurants, de décors, de mouvements de foules, plus les manifestations surhumaines des pouvoirs.

Autant, auparavant, Putri a fait des merveilles quand l'action était concentrée, autant là elle ne maîtrise pas son sujet et peine à trouver le souffle nécessaire pour rendre cette guerre aussi épique, sauvage et folle que prévue. Souvent on a le sentiment qu'elle a privilégié un découpage avec des plans aux dimensions généreuses pour présenter des points d'orgue dans la bataille plus que pour orchestrer les avancées et replis des troupes engagées.

En fait, quand il s'agit de scènes pareilles, il y a le modèle Kingdom Come (illustré par Alex Ross) avec pléthore de surhumains s'affrontant loin de tout mais capables de tout dévaster. Ce n'est pas le cas ici car on voit très bien que les surhumains en question sont peu nombreux et en première ligne, soutenus par des armées de simples humains. Ou alors il y a le modèle Ultimates (dessiné par Bryan Hitch) avec une bande de surhumains dans un environnement subissant les dégâts qu'ils provoquent et suggérant des pertes civiles et matérielles importantes et dramatiques. Dans les deux cas, il y a une tension, soulignée par le dessin, que le lecteur ressent car il est conscient que les forces qui se déchaînent sont cataclysmiques.

Or, ni le script de Taylor (avec ces apartés décalés) ni le dessin de Putri ne parviennent à créer cette tension indispensable. On regarde ça sans être vraiment pris, inquiet, sans vibrer. Ce sont quelques surhommes qui se foutent sur la tronche, mais qui n'ont en vérité pas besoin d'armées pour ça. Et surtout on s'en fiche un peu car Dark Knights of Steel n'a jamais vraiment pris la peine de nous les rendre sympathiques. Qu'un El ou une amazone ou un(e) Pierce meurt au milieu de tout ça n'arrive pas à nous émouvoir. C'est embêtant quand on veut quand même impliquer le lecteur, l'émouvoir.

La fin de l'épisode avec sa double surprise entraîne encore la mini-série dans des directions imprévues. Et il reste encore à savoir ce que Taylor fera de ce qu'il suggéré avec Ra's Al Ghul, les Titans, Bruce et Kal, Diana et Zara, Oliver et Dinah, etc. Tout ça avec seulement trois épisodes avant la conclusion. Si ça se trouve, ça passera crême. Mais qu'il me soit permis d'en douter.

mercredi 4 janvier 2023

THE NICE HOUSE ON THE LAKE #12, de James Tynion IV et Alvaro Martinez


Sorti la semaine dernière, j'avoue avoir eu la flemme d'écrire la critique du dernier numéro de The Nice House on the Lake de James Tynion IV et Alvaro Martinez. Mais est-ce vraiment le dernier numéro ? La réponse est dans la question : non. Et après une parution vraiment très longue et usante, j'avoue que cela a provoqué ma frustration.



Je ne vais pas spoiler le contenu de cet épisode, et d'ailleurs je vais tâcher pour ces critiques de 2023 d'être loquace dans cette aprtie, conscient que, souvent, n'en dis trop et que, pour ceux qui attendent la vf, ce n'est agréable de lire une analyse qui dévoile trop l'histoire.


Dans le cas particulier d'un dernier épisode, c'est d'autant plus pénible de subir ce qu'on appelle "le coup de l'ouvreuse".  Mais The Nice House on the Lake s'avère surtout, peut-être pas déplaisant, mais très frustrant à ce niveau, car la fin est reportée.


C'est le seul secret que je m'autorise à divulguer : non, la mini-série écrite par James Tynion IV et dessinée par Alvaro Martinez ne se conclut pas avec ce douzième épisode. Il s'agit en fin de la fin d'un "Cycle Un". Et, comme je le dis parfois quand je suis agacé, ce n'est pas ce que j'avais acheté, encore moins que ce que les auteurs avaient promis.


On pourrait me rétorquer que Tynion IV et Martinez n'avaient pas non plus dit le contraire, mais rien, dans leurs propos ni dans les communications de DC Comics, ne laissaient entendre que The Nice House... compteraient plus de douze numéros et que l'histoire se développerait sur plusieurs Cycles.

Pour tout dire, même si cela peut paraître exagéré, je trouve le procédé malhonnête. Surtout que The Nice House... a connu une publication très étalée : pour rappel, elle a commencé en Juin 2021. Alors, certes, il ne s'agit pas d'une dérive éditoriale comme on en voit chez Image Comics où certaines séries sont en stand-by pendant des mois, voire des années, souvent sans un mot des auteurs ou de l'éditeur. Mais provenant de DC, c'est tout de même un peu contrariant car ce n'est pas dans leurs habitudes.

Et puis le DC Black Label au sein duquel The Nice House... a été proposé s'est fait une spécialité des mini-séries en huit, dix, douze épisodes. DC avait convaincu Tynion IV de publier cette histoire chez eux alors que le scénariste avait déjà envie d'aller voir ailleurs (chez Substack en l'occurrence), mais sa popularité représentait une perte pour l'éditeur qui voulait continuer à l'exploiter, et le scénariste voulait absolument que Alvaro Martinez desssine The Nice House... et l'artiste était sous contrat d'exclusivité avec DC.

Jusqu'au onzième épisode, tout laissait croire que l'histoire serait résolue dans un dernier numéro, qui plus sollicité avec une pagniation double (40 pages). Or, quand on arrive à la fin, et qu'un carton indique "End of Cycle One", je ne me suis senti trompé. Je ne sais objectivement pas si j'ai envie de lire une suite, même si évidemment Tynion IV et Martinez ont accompli un travail remarquable, que dans l'ensemble cette histoire a été captivante, et que ce qui pourrait arriver ensuite est prometteur.

Mais si c'est pour embarquer dans douze nouveaux épisodes, publiés de la même manière, et s'achevant avec l'annonce d'un Cycle 3, non. Car The Nice House... a des défauts et présente des difficultés non pas insurmontables mais pénibles.

La première concerne sa partie graphique. Alvaro Martinez a changé de style avec cette mini-série, se passant d'encreur et collaborant étroitement avec la coloriste Jordie Bellaire pour aboutir à un résultat visuel à la fois étonnant et complexe, audacieux et exigeant. Je le dis sans détour : je préférai quand Martinez était encré par Raul Fernandez (sur Detective Comics et Justice League Dark), qui accomplissait un travail formidable. C'était certes plus classique et rien ne dit que visuellement The Nice House... aurait été aussi réussi avec Fernandez, mais cela aurait été certainement plus lisible.

Car le souci que j'ai eu tout au long de ma lecture, pour le dessin, c'est pour identifier les personnages. Le casting de la série est fourni avec pas moins d'une douzaine de personnages, et hormis le premier épisode, rien ne vient nous rappeler qui est qui ensuite. Il faut soit avoir une bonne mémoire, soit prendre des notes (ce que j'ai fait et ça n'a même pas été suffisant). Le traitement graphique choisi par Martinez et Bellaire rend difficile d'identifier les protagonistes en dehors de quelques-uns, et encore grâce à des astuces simples (couleurs de peau, de cheveux). Cette confusion dessert beaucoup le projet.

En fait, je me demande si les responsabilités ne sont partagées car Tynion IV écrit aussi, pour Image Comics, une série (ongoing celle-ci), The Department of Truth, illustrée par Martin Simmonds (et quelques guests sur des épisodes stand-alone). Or Simmonds a également un graphisme très exigeant, avec une utilisation des couleurs très spéciale. J'avais lu les premiers épisodes avant de laisser tomber tant c'était pénible. Mais je m'interroge du coup sur la volonté de Tynion IV à demander à ses dessinateurs un dessin exigeant, raccord avec l'ambiance de ses récits, mais plus difficile pour le lecteur habitué et préférant un graphisme plus classique.

Clairement, ce n'est pas/plus ma came. Déjà je trouve que Mitch Gerads récemment abuse de l'infographie (dans sa colorisation) mais là, des "expériences" post-Sienkiewicz comme Simmonds ou Martinez-Bellaire, c'est trop compliqué pour moi. Je ne veux pas lire de comics où je dois décrypter les images pour savoir qui est qui. Je ne demande pas non plus qu'on me rappelle tout le temps le nom des personnages, mais on doit pouvoir trouver un juste milieu.

The Nice House... est une BD spectaculaire sur le plan visuel et je pourrais en dire beaucoup de bien apr ailleurs (je crois n'avoit pas été pingre sur ce coup en critiquant les épisodes). Mais au bout du compte, j'en ressors un peu fatigué, avec le sentiment d'avoir été détourné de l'essentiel : la clarté, la lisibilité, des vertus cardinales pour moi.

Quant à Tynion IV, c'est un auteur sur lequel j'ai toujours autant de mal à me faire un avis définitif. Il n'est pas dénué de talent et s'est bien émancipé de Scott Snyder dont il a été longtemps la seconde main, celui que DC appelait pour boucler des scripts pour la star. Il a également pris un virage indépendant, en rejoignant la plateforme Substack et, avant cela, en signant un énorme carton avec Something is killing the Children (et ses spin-off).

De fait, cela rend The Nice House... encore plus singulier puisqu'il est évident que le projet n'était certainement pas prévu pour DC par Tynion IV. Même au sein du DC Black Label, il faut un peu "tâche" puisqu'il ne met pas en scène de super-héros, même de manière décalée. Je doute même qu'au temps de Vertigo il ait eu plus sa place. 

Pourtant, le bilan est mitigé. Au rayon qualité, malgré donc des délais entre les épisodes (surtout après les six premiers), je n'ai jamais songé à arrêter, ou attendre que ce soit fini pour écrire une critique qui reviendrait sur les épisodes publiés entre temps. C'est peut-être bête, mais c'est un signe de qualité, car parfois en s'embarquant sur douze épisodes, un moment de mou et vous êtes découragé, vous vous demandez si ça va se redresser, et surtout si vous aurez la motivation pour reprendre la rédaction des critiques de la mini-série.

Le récit est suffisamment riche en rebondissements pour assurer une lecture qui fidélise. Tynion parvient à mixer le story-driver et le character-driven de façon convaincante (malgré le fait, donc, qu'on puisse avoir du mal à toujours dire qui est qui et que, sans aucun doute, tout ça aurait pu êtr raconté avec un, deux ou même moitié moins de personnages). A mon avis, il y a sans doute un tiers de la série dispensable, c'est parfois un peu lent, trop décompressé. A la rigueur, dix épisodes maxi, ça passait très bien. Mais huit, ça aurait été parfait.

Toutefois, je serai plus réservé sur d'autres aspects, comme le fait que les personnages intègrent finalement trés vite leur situation. Tout comme leur manque de curiosité vis-à-vis de ce qui se passe au-delà de la maison. Comment peut-on raisonnablement comprendre qu'aucun d'eux ne tente une expédition au-delà des limites de la propriété pour ne serait-ce que vérifier que le reste du monde est totalement dévasté ?

La façon dont à mi-parcours Walter efface les souvenirs de ses invités pour tenter de rattraper ses erreurs de jugement m'a paru, avec le recul, une astuce narrative trop facile, et c'est aussi pour cela que je pense qu'avec moins d'épisodes The Nice House... aurait gagné en densité et en efficacité, en se dispensant de ce genre de tour de passe-passe.

Enfin, la chute de ce Cycle 1, sans rien spoiler, aurait pu ressembler au dénouement d'un épisode de La Quatriième Dimension ou Au-Delà du réel suffisamment flippant, en mettant à profit la pagination plus abondante de ce dernier épisode pour expliquer pourquoi dans les prologues de chaque numéro on voyait les invités dans un décor en feu. Mais le fait qu'un Cycle 2 soit annoncé (sans toutefois préciser quand sa publication débutera - sans doute dans le courant 2023, mais aussi certainement pas avant que Martinez ait dessiné assez d'épisodes d'avance) ruine l'effet parce qu'il est alors évident que Tynion IV va vouloir expliquer, résoudre.  Or, je pense que parfois ce genre d'histoire gagne à ne pas êtr trop explicitée et même à laisser le lecteur sur le cul, avec une chute ou un twist vertigineux ou angoissant.

Mais, sans vouloir être lourdingue, ça ne m'a pas convaincu ni convenu. Pour que j'ai envie d'un Cycle 2, il aurait fallu un cliffhanger plus dingue que celui-ci, et au-delà une écriture plus acérée et des dessins plus "faciles". Et donc que DC et les auteurs préviennent qu'il y aurait une suite. Pas suffisant pour gâcher ce que j'ai aimé dans The Nice House on the Lake, mais assez agaçant pour me rendre chafouin.

dimanche 1 janvier 2023

BONNE ANNEE !

 Je vous souhaite une 

BONNE ANNEE 2023 !

(Avec quelques dessins réalisés pour l'occasion par...)

Alfonso Font

Antonio Lapone

David Mack (avec un texte de Neil Gaiman)


2 x Enrico Marini

Frank Cho

Goran Parlov

Serge Birault

samedi 31 décembre 2022

EMILY IN PARIS (Saison 3) (Netflix)


Opportunément mise en ligne avant Noël, la troisième saison de Emily in Paris sur Netflix a, comme les précédentes, fait un carton, séduisant même des critiques qui, jusque-là, n'appréciaient pas la série créée par Darren Starr.  Même si ces dix nouveaux épisodes jouent (un peu) moins avec les clichés de la vie dans la capitale française au profit de personnages plus creusés, j'ai trouvé le résultat pourtant moins efficace.


Sylvie Grateau renvoyée l'agence Savoir par Madeline, Emily ne sait qui suivre, entre rester fidèle à sa mentor américaine ou son ex-chef française. Si bien qu'elle se trouve à travailler pour les deux jusqu'à ce que Luc révèle la vérité à Sylvie qui la renvoie après un dîner à la Tour Eiffel où elle négociait avec un client d'Emily et où Madeline les a surprises. Alfie, lui, est obligé de rentrer à Londres.


Désireuse de se racheter auprès de Madeline qui vient d'accoucher, Emily doit la soutenir lorsqu'elle menace Sylvie d'un procès si elle cherche à récupérer des clients de l'agence Savoir en vertu d'une clause de non-concurrence dans son contrat. Emily découvre ensuite que Alfie est devenu le directeur financier de Maison Lavaus tandis que Pierre Cadault quitte Sylvie pour vendre sa marque au groupe de luxe JVMA.


Sylvie veut reprendre les locaux de l'agence et, avec la complicité du concierge de l'immeuble qui les abrite, rend la vie insupportable à Madeline. Mindy décroche un contrat au cabaret La Trompette Bleue, mais sans Benoît. Alors que Emily a profité de la Fête de la Musique pour déclarer sa flamme en public à Alfie, Madeline lui annonce que le groupe Gilbert ferme leur antenne à Paris et qu'elles rentrent donc à Chicago. Mais la jeune femme démissionne pour pouvoir rester.


Sans emploi, Emily tient un vlog sur Paris qui devient très suivi. Gabriel, lâché par un de ses serveurs, la recrute provisoirement, mais doit la remercier aussi vite suite à un incident en salle avec un client. Grâce au soutien de Luc et Julien, Emily est embauchée par Sylvie qui la veut pour s'occuper de la prochaine campagne du champagne produit par la famille de Camille. Cette dernière expose une artiste grecque, Sofia, qui la drague ouvertement.


Alfie loue un appartement à Paris et lors de la pendaison de crémaillère Emily surprend sur le toit-terrasse Sofia et Camille échangeant un baiser langoureux. Au même moment, à cette fête, Mindy croise une vieille connaissance, Nicolas de Leon, fils du patron du groupe JVMA, ce qui rend jaloux Benoît. Celui-ci ne tarde pas à rompre. Emily s'emploie à faire la promo de l'agence de Sylvie pour une liste de personnalités dans Le Monde, mais c'est elle que la journaliste met en couverture.


Emily et Gabriel accompagnent Alfie en provence où Antoine Lavaux s'apprête à commercialiser sa nouvelle fragrance. Mais le parfum s'avère invendable car le mélange des senteurs a tourné. Gabriel emmène Emily dîner dans un restaurant étoilé où le chef les prend pour un couple. De retour auprès d'Antoine, Emily lui suggère une solution pour son parfum avant la réception qu'il donne pour le présenter. Ce jour-là, Erik quitte Sylvie après l'arrivée inattendue de Laurent, son mari. En Grèce, Camille et Sofia entament une liaison.


Camille absente, Alfie reparti à Londres (pour voir sa mère), Alfie passe la soirée avec Gabriel et accompagne Mindy qui a rendez-vous avec Nicolas de Leon. Celui-ci confie à l'américaine qu'il est excédé par les caprices de Pierre Cadault qu'il songe à licencier pour le remplacer par un autre styliste. Emily promet de parler au couturier, puis s'éclipse avec Gabriel. Il lui confie que son couple bat de l'aîle et soupçonne que Camille fréquente quelqu'un d'autre. Le lendemain, Emily convie Cadault à un lunch avec Nicolas et Sylvie mais il se fait renverser par une voiture en traversant pour les rejoindre.


Cadault se rétablit dans une clinique privée où Sylvie et Emily lui apprennent que Nicolas va le remplacer par son rival, Gregory Dupree. Une présentation publique va avoir lieu le soir-même pour officialiser cela. Jugeant cela injuste, Sylvie et Emily font croire que Cadault est mort, ce qui gâche l'évenement avant que le couturier ne surgisse pour révéler aux invités la manière dont le groupe JVMA l'a traité. Nicolas est humilié devant son père et Mindy. Emily, de retour chez elle, croise Gabriel très heureux et qui lui annonce avoir parlé avec Camille qu'il a l'intention d'épouser !


Alfie est de retour mais Emily apprend qu'il n'a pas parlé d'elle à sa mère, ce qui la trouble. Julien présente son projet à un client et Emily propose sans l'avoir averti d'y impliquer Gabriel et Camille. Julien pense alors à démissionner, excédé par sa collègue. Finalement, faute d'obtenir la participation de Gabriel et Camille, qui continue de voir Sofia en cachette, Emily convainc Alfie de devenir avec elle les visages de la pub de ce client. Mindy tente de réconcilier Nicolas avec Emily, sans succès, juste avant que Benoît lui annonce qu'ils sont sélectionnés pour représenter la France à l'Eurovision.


Gabriel impose à Antoine un nouveau partenariat pour leur restaurant car le jeune chef veut gagner une étoile au guide Michelin. Luc contacte une de ses ex, Marianne, critique gastronomique, pour l'aider. Sylvie apprend que Laurent va ouvrir un club à Paris, financé avec JVMA. Gabriel propose à Camille de l'épouser lors d'un week-end chez ses parents à l'occasion de la présentation de leur nouveau cru de champagne. Mais Camille décline en expliquant qu'elle sait que Emily et Gabriel s'aiment toujours. Alfie se retire. Gabriel et Emily sont désemparés, mais lui encore plus qu'elle car il a appris que Camille était enceinte.

Emily in Paris est un guilty pleasure, un plaisir coupable : j'aime regarder cette série tout en ne l'assumant pas complètement. Les deux premières saisons de la création de Darren Starr étaient une friandise acidulée jonglant avec les clichés de la vie parisienne à travers les yeux d'une jeune et jolie américaine. On pouvait accepter la caricature avec le sourire, ou lever les yeux au ciel devant un spectacle aussi sucré.

Ce qui faisait pencher la balance en faveur de la série, pour moi en tout cas, c'était le ton employé. Car si le téléspectateur pouvait ressentir une certaine honte à dire qu'il regarder Emily in Paris, les auteurs eux faisaient feu de tout bois et proposaient un divertissement coloré et léger où le réalisme n'avait rien à faire. Autant reprocher à une comédie musicale ses numéros chantés ou son idéalisation des situations !

En mettant en ligne la quatrième saison juste avant Noël, Netflix visait un public déjà gavé de bluettes hivernales tout en promettant que ces dix nouveaux épisodes seraient un peu moins too much, que les personnages y traverseraient de épreuves plus intimes - bref, que Emily in Paris serait plus mature.

Il faut tout de suite dissiper ce malentendu : ce n'est pas absolument pas le cas. Emily in Paris reste invraisemblable au possible et pour s'en convaincre, il suffit de voir les looks arborés par les personnages défilant dans les rues (impeccables) de Paris, tous beaux, chics, glamours. La capitale n'est filmé que son meilleur jour, il ne pleut jamais, on ne voit aucun chantier, les clients comme les serveurs sont souriants et aimables, et nos héros continuent à s'aimer sans se le dire comme si toute leur vie ne tournait qu'autour des affaires de coeur sans aucun souci d'ordre matériel.

On cherche en vain un antagoniste de taille qui viendrait faire dérailler ce manège et on croit le tenir avec l'horripilante Madeline en début de saison, campée par une Kate Walsh parfaitement insupportable. Mais elle quitte vite la scène à la fin du troisième épisode, fermant l'agence Savoir et rentrant à Chicago. 

Plus coriace, le personnage de Nicolas de Leon, père d'un milliardaire qui s'inspire ouvertement de Bernard Arnault, va jouer les trouble-fête entre Mindy et Emily, mettant sur la touche Pierre Cadault, et dans le pétrin Sylvie Grateau à au moins deux reprises (à cause de Cadault justement, puis quand il s'avère être le partenaire financier du projet de club de Laurent). Mais là encore, tout est bien qui finit bien puisque, à la fin de la saison, il se réconcilie avec Emily. Il faudra attendre la saison 4 (d'ores et déjà commandée) pour savoir si ce rabibochage durera car Mindy est sur le point de suivre Benoît dans une histoire croquignolesque (chanter à l'Eurovision - moment culte en perspective) et que Laurent ignore tout de la bisbille entre Sylvie et JVMA.

C'est un peu le problème de cette saison que de tenter des choses supposées bousculer l'ordre établi sans oser aller jusqu'au bout. On a le sentiment d'épisodes de transition, qui préparent le terrain pour la suite. Exemple flagrant avec la liaison entre Camille et Sofia qui déjà est maladroitement amenée et surtout ne semble avoir été imaginée que pour justifier la rupture entre Camille et Gabriel dans un dénouement trop fourni et qui, à force de vouloir précipiter les choses, les noie (entre les fiançailles plantées, la possibiltié de ganger une étoile Michelin, la grossese de Camille, le départ de Alfie, c'est trop).

Emily in Paris a perdu beaucoup de ce qui faisait son charme dans ces dix épisodes, comme si en voulant convaincre les critiques acides, la série avait perdu ses fondamentaux. On ne gagne jamais rien à vouloir conquérir les railleurs ni à donner aux fans ce qu'ils exigent. Il faut qu'une série existe et avance comme elle l'entend, en suivant sa musique et pas en lisant une autre partition qui ne satisfait ni les analystes ni les fans. D'ailleurs, on a plus d'une fois l'impression que Emily n'est plus là que pour faire briller les autres et, alors excentrée, la jeune et jolie américaine subit trop et n'amuse plsu autant. Dommage.

Le vrai bonheur est donc à trouver au second plan, avec des personnages comme Julien (qui évolue bien sur la fin), Luc (toujours très drôle) et surtout Sylvie à qui Philippine Leroy-Baulieu donne toute sa classe naturelle. C'est elle, la reine du show, celle autour de qui le plus intéressant gravite. L'actrice resplendit et réussit à concilier dérision et présence. Lucien Laviscourt incarne aussi Alfie avec subtilité, d'abord agaçant et puis plus fin, attachant, complexe qu'il n'y paraît. Camille Razat gagnerait à ce que les scénaristes creusent davantage son rôle car elle devient aussi plus troublante.

Et Lily Collins ? Hé bien, elle est égale à elle-même. La comédienne porte la série avec enthousiasme mais c'est plutôt ce que les auteurs lui écrivent qui frustrent car elle paraît réduite, sinon condamnée à être en permanence ramené à son attirance avec Gabriel. Lucas Bravo qui le joue a d'ailleurs osé exprimé en interview qu'il préférait pourtant la #teamalfie pour dire que la série fonctionnait mieux en ne misant pas tout sur la romance entre Emily et Gabriel mais davantage sur la tension et l'incertitude entre eux.

En conclusion, j'ai donc été partagé sur cette saison 3. Emily in Paris est une série fraîche et amusante, mais que je préfére quand elle assume sa nature enjôleuse plus que quand elle ambitionne d'être moins caricaturale et à l'eau de rose. Maintenant, les cartes étant tellement rabattues au terme de ces dix épisodes, tout est possible pour la saison 4.