vendredi 9 décembre 2022

X-MEN : RED #9, de Al Ewing et Stefano Caselli


Quoiqu'il arive en 2023, il restera la satisfaction intense d'avoir suivi X-Men : Red depuis neuf mois, aisément la meilleure série attachée à l'univers mutant actuellement. Al Ewing est un scénariste prodigieux sur ce titre et il le prouve une nouvelle fois. Quant à Stefano Caselli, son retour est rien moins que tonitruant. (Et quelle couverture de ouf de Russell Dauterman !)


Magneto ayant refusé qu'on le ressucite, Cyclope et le Pr. Xavier décident de faire revenir parmi eux Vulcain, autre mutant oméga, malgré l'avis contraire de Havok.


Ils vont regretter leur choix car, manipulé par Abigail Brand et Mentallo, Vulcain réclame le trône Shi'ar qu'il occupa jadis, et n'hésite pas pour en déloger Xandra à affronter ceux qui la protègent.
 

Pendant ce temps, l'équipe de Cable a découvert à quel point Brand manigançait contre Krakoa et Arakko, avec Orbis Stellaris. Celui-ci réplique sévèrement contre les ex du SWORD.


Vulcain découvre qu'il a été dupé par Warbird et surtout Sunspot. Furieux, il part débusquer Xandra dans le seul endroit sur Arakko où elle a pu être cachée...

Cette semaine, j'ai décidé d'arrêter d'écrire sur Immortal X-Men après avoir lu le neuvième épisode de cette série tellement il m'a horripilé (je n'en peux plus de la fixette sur Mr. Sinistre par Kieron Gillen et par conséquent je ne lirai pas Sins of Sinister, le prochain event mutant au centre duquel le personnage se trouve). 

Sins of Sinister va hélas ! impliquer des séries que je lis et chronique ici comme X-Men : Red, tandis que le crossover Dark Web va lui concerner X-Men (et Amazing Spider-Man). New Mutants semble être annulé puisque le titre n'est pas sollicité en Janvier 2023 (Rod Reis a déjà annoncé qu'il ne reviendrait pas sur le titre de toute façon).

Conclusion : plus rien (ou presque : il ne restera que la fin de X-Terminators) à lire côté mutants au début de l'année prochaine. L'ère Hickman est bel et bien révolue, quand l'architecte du renouveau X avait établi une sorte de protectorat autour des séries de la franchise, évitant à ses personnages de se mélanger au reste de l'univers Marvel. Les digues ont sauté et désormais on voit Wolverine (Logan) et Magik être utilisés dans d'autres titres non mutants.

C'était prévisible : personne n'a l'autorité d'Hickman parmi les auteurs de titres mutants et Marvel n'a pas voulu le remplacer comme "Head of X". Jordan White semble beaucoup aimer Kieron Gillen et C.B. Cebuslki aussi, pour lui confier un autre event (Sins of Sinister donc) juste après Judgment Day. Mais je pense qu'ils se trompent de cheval.

Car, pour moi, le seul à avoir la carrure d'un patron, c'est bien Al Ewing. C'est curieux car jusqu'à présent je n'avais jamais vraiment prêté attention à son travail : je n'ai pas suivi son Immortal Hulk, acclamé, par exemple. Mais j'avais apprécié S.W.O.R.D. et surtout la façon dont il s'en est servi pour aboutir à X-Men : Red, série d'un tout autre calibre, follement ambitieuse et maîtrisée.

Alors que X-Men de Gerry Duggan reste plutôt basique et classique mais efficace, Ewing voit grand et l'assume. Il a fait par ailleurs preuve d'ingéniosité en s'occupant non pas d'une énième série basée sur Krakoa mais en s'exilant dans l'espace, d'abord avec SWORD, et maintenant sur Arakko avec X-Men : Red. Il en a fait son territoire, son pré carré, l'endroit où il est sûr que personne ne viendra l'embêter - ou presque, puisque, donc, Gillen a embarqué dans son pénible délire Sinistre X-Men : Red (qui sera rebaptisé pour l'occasion Storm & the Brotherhood of Mutants) et Legion of X de Si Spurrier (qui sera retitré Nightcrawlers).

Mais depuis neuf mois, Ewing a protégé X-Men : Red, même quand il a suivi la marche de Judgment Day à l'occasion duquel il a orchestré de fameux morceaux de bravoure et tué Magneto. Le génie de Ewing, c'est aussi de faire son miel de ce qu'il ne créé pas : en réalité, on retiendra davantage ce qui s'est passé dans les pages de sa série que dans tout l'event de Gillen (qui a diverti spectaculairement avant de se ramasser dans son ultime étape).

Ewing a la mentalité de l'architecte et s'il était la nouvelle "Head of X", nul doute que la franchise n'aurait pas à subir les traitements de Benjamin Percy (qui s'acharne toujours sur le Fauve) et les obsessions de Gillen. Mais peut-être ne veut-il pas coiffer cette casquette de général et préfére-t-il plus sagement rester sur Arakko, autour de laquelle il bâtit une fascinante saga politique. Plus forte, plus fine aussi, que tous les events et crossovers.

Ce neuvième épisode est un nouveau sommet et en fait c'est comme si la série s'employait à ne jamais baisser en intensité, à toujours maintenir la pression, à ne jamais décevoir son lecteur. Ewing est parti sur une histoire complexe et au long cours et n'a pas le droit de flancher, d'être simplement bon : il s'est condamné à l'excellence. Et parce qu'il est exigeant et talentueux, il nous ravit avec ce réseau d'intrigues, de personnages, tordus, machiavéliques, flamboyants.

Vulcain est le jouet de longue date d'Abigail Brand, grâce à Mentallo, mais aussi Orbis Stellaris. Il est sur le point de reprendre le trône des Shi'ar qu'il avait conquis durant les sagas cosmiques écrites apr Dan Abnett et Andy Lanning (War of Kings surtout) et initiées par le run de Ed Brubaker sur Uncanny X-Men (à partir de Deadly Genesis, puis The Rise and Fall of the Shi'ar Empire). Ewing a minutieusement, patiemment construit la conspiration de Brand en en faisant une Nick Fury au féminin avec des visées géo-stratégiques à l'échelle de la galaxie. Tout cela est désormais arrivé à ébullition et Vulcain l'illustre royalement.

Ressucité à la place de Magneto (qui avait exprimé la volonté de ne pas être ramené à la vie pour épouser la philosophie arakki) après avoir été tué par l'Eternel Uranos, Vulcain devait, pour Charles Xavier et Cyclope, malgré les doutes de Havok, remplacer Erik Lensherr comme mutant oméga sur Arakko. Les mutants de Krakoa ignoraient bien entendu que 1/ Vulcain avait été ramené à la vie une première fois par des aliens (depuis capturés par Orbis Stellaris) qui l'avaient transformé en bombe à retardement, et 2/ Brand l'avait instrumentalisé depuis des mois avec l'aide de Mentallo.

Mais le récit est un trompe-l'oeil magistral et dévoile un tacticien aussi retors que Brand en la personne de Sunspot. Petit rappel : 


Ceci était une couverture variante de Powers of X #6 par Guiseppe Camuncoli. A l'époque où cette image a été diffusée, pas grand-monde n'y a prêté attention, pensant qu'il s'agissait juste d'un dessin de plus pour illustrer le dernier épisode de la mini-série. Mais les plus curieux s'étaient demandé si Hickman n'annonçait pas quelque chose, surtout quand après ils surent que le scénariste allait écrire un arc de New Mutants avec Sunspot, qui était un de ses mutants favoris (il avait fait partie de ses Avengers).

Que pouvait bien alors signifer Roberto da Costa sur le trône Shi'ar avec Xandra l'impératrice et Gladiator agenouillés devant lui ? Finalement, Hickman n'en a rien fait quand il a écrit New Mutants ni ensuite dans X-Men. Mais il se trouve que Al Ewing adore aussi Sunspot (il était le leader de ses New Avengers). Et sans doute que cette variant cover l'a fait cogiter.

On n'en est pas encore arrivé à Sunspot empereur, mais disons que cet épisode de X-Men : Red établit une passerelle dans cette direction, d'autant que Hickman, par contre, avait amorcé une romance, sur un ton assez humoristique, entre Roberto da Costa et Warbird, la préceptrice de Xandra, et que, ce mois-ci, Xandra doit une fière chandelle à Roberto.

Cette façon d'intégrer des éléments, a priori insignifiants ou à peine considérés par ses prédécesseurs, mais aussi de reprendre à son compte des pistes narratives issus de précédents travaux de sa part (comme des mentions à Empyre dans l'épisode du mois dernier), c'est aussi ça, le génie de Ewing. Rien ne se perd, tout se transforme dans ce recyclage inspiré. Zéro déchet. Mais jubilation totale à lire ce qui en ressort. L'intemède avec l'équipe de Cable contre Orbis Stellaris, au centre de ce numéro, passerait presque pour une étape secondaire alors qu'elle fait partie de l'ensemble, offrant au lecteur un parallèle tout aussi tendu entre ce qui se passe avec Vulcain et ce qu'affrontent Cable et son gang.

Pour ne rien gâcher, Stefano Caselli nous fait la grâce de revenir sur la série au moment le plus brûlant. Suppléé remarquablement (par Madibek Musenbekov), l'artiste italien ramène son trait puissant pour ce chapitre incandescent.

Il nous gratifie, en miroir, au début et à la fin, de deux pages où justement deux personnages s'imposent en majesté dans les flammes, mais ce n'est pas exactement au début ni exactement à la fin. Entre temps, l'action domine et le combat que livre Vulcain contre Nova, Frenzy, Paibok et Gladiator est vraiment exceptionnel. Caselli découpe ça de manière rigoureuse, avec des cases de dimensions raisonnables, préférant imposer un rythme soutenu que de proposer des grandes vignettes ou même des splash-pages.

Il se défoule davantage avec le passage concernant l'équipe de Cable, gratifiant le lecteur, d'une double-page électrisante, formidablement composée. les seules trois pleines pages sont celles de la résurrection de Vulcain, de l'apparition de Sunspot (voir-ci-dessous) et la toute dernière de l'épisode, révélant... Non, je ne vous le dirais pas. Mais sachez simplement qu'on va avoir droit à un putain d'affrontement dans le #10 !

Les couleurs de Federico Blee jouent aussi un rôle déterminant dans cet épisode où les pages semblent vous sauter au visage par leur expressivité, leur dynamisme, leur ambiance.

Immense série, la meilleure que vous puissiez lire dans la collection mutante actuelle. De quoi vraiment enrager qu'elle soit perturbée dans les prochains mois.

DO A POWERBOMB ! #7, de Daniel Warren Johnson


C'est la fin du tournoi pour Do a Powerbomb ! de Daniel Warren Johnson. Cette mini-série ne m'aura pas autant conquis que Murder Falcon du même auteur, mais il faut reconnaître qu'on ne lit pas une chose pareil tous les mois. Et la conclusion, à défaut d'être parfaite, est tout de même touchante, entre deux mandales.


Comme je le fais souvent, je ne vais pas résumer ce dernier épisode pour vous laisser la surprise. Disons alors juste que Willard Necroton a avoué à Lona Steerose et son père, Cobrasun, qu'il n'était pas suffisamment puissant pour ressuciter Yua Steelrose, la mère et la femme de l'un et l'autre.
  

Pour les apaiser, il les conduit chez son supérieur : Dieu lui-même, aussi fervent amateur de catch que lui, et qui défie le père et sa fille dans un ultime combat au terme duquel, s'ils gagnent, il s'engage à exaucer leur voeu - retrouver Yua Steelrose. Mais peut-on vaincre Dieu ?


Daniel Warren Johnson signe à la fin de ce numéro une postface où, comme c'est l'usage, il remercie son coloriste, Mike Spicer, mais aussi son épouse (qui est sa première lectrice et critique) ainsi que l'équipe éditoriale d'Image Comics et du label Skybound de Robert Kirkman.


Surtout Johnson confie à quel point c'est difficile pour lui de terminer une BD, malgré les efforts, l'investissement que cela représente. Il ajoute que le temps fils trop vite, qu'il a l'impression d'avoir démarré Do a Powerbomb ! la veille et que, grisé par sa propre fiction, il n'a pas vu les mois passer.

Ces confidences, outre qu'elles renvoient au sujet même de cette mini-série sur lequel je vais revenir, en disent long sur ce drôle de métier de faire des comics. Il faudrait remercier Daniel Warren Johnson comme il remercie ses lecteurs pour ne pas oublier que c'est une tâche ingrate - parce qu'on n'est jamais sûr que ce qu'on va proposer au public va fonctionner, parce qu'on y met toutes ses forces (pour peu qu'on fasse son boulot honnêtement).

A l'heure où l'Intelligence Artificielle prétend faire aussi bien que des artistes et que ce débat agite les réseaux sociaux, il est toujours bon de rappeler que les comics sont une aventure humaine entre un auteur et le lecteur, mais surtout pour le créateur qui imagine une histoire, qui l'écrit, la met en forme, la dessine, l'encre, la confie à un coloriste, un lettreur, un imprimeur. Qu'importe si on travaille encore "à l'ancienne" avec un craayon, une gomme, des plumes, des feutres, des pinceaux, ou sur des tablettes graphqiues : l'outil dont on se sert, c'est d'abord son propre corps, en étant assis à une table pendant des mois.

Cette patte humaine, rien ne la remplacera jamais, même le plus puissant des logiciels informatiques. Ecrire, dessiner des BD, c'est un exercice mental et physique qui ne se résume pas à des 0 et des 1. Ce sont des courbatures, des noeuds au cerveau, de l'anxiété, de l'euphorie, du découragement, une vie sociale souvent réduite. Et ceux qui en font métier le font avec le fol espoir que le public répondra présent en reconnaissant leurs efforts, leur engagement.

On peut facilement comprendre dès lors qu'il est difficile de se détacher d'un objet sur lequel on a besogné des mois durant, et Daniel Warren Johnson le dit simplement. Mais en définitive, cette griserie qui agrémente toute création artistique, cette invresse qui fait oublier les heures, les jours, les mois, rend le voyage plus important que le rendu. On arrive à la fin en étant souvent surpris à la fois d'y être et aussi vidé d'avoir réussi. La suite n'appartient plus vraiment au créateur, le lecteur va décider du succès de l'oeuvre et du mérite de l'auteur.

C'est aussi la morale, en somme, de Do a Powerbomb ! comme vous le découvrirez avec la fin de ce septième épisode où il n'est pas/plus question d'avoir ce qu'on était venu chercher en se battant dans un tournoi de catch dans une dimension parallèle. C'est plutôt le chemin parcouru durant ce tournoi, au fil des matchs, qui est devenu essentiel, qui a fait grandir.

A la fin de cette histoire, Lona et Cobrasun sont aussi vidés qu'a dû l'être Daniel Warren Johnson au terme de cet ultime épisode. Qu'ils gagnent ou perdent contre Dieu devient presque accessoire, ils ont remporté chaque partie jusqu'au dénouement, ils ont accompli leur odyssée. Ils ont littéralement fait ce qu'ils ont pu, ils ont éta u bout du bout.

Le récit écrit par Johnson m'a déconcerté rapidement, car j'estimais qu'il grillait des cartouches trop vite (en révélant surtout qui était Cobrasun très vite). Il y a eu aussi un sentiment de lassitude qui s'est installé car, malgré toute sa maestria visuelle, cette succession de combats délirants n'a pas compensé une certaine vacuité scénaristique. Sept épisodes, c'était trop pour cette histoire. La formidable énergie déployée par Johnson n'a pas suffi à m'éblouir et à me bouleverser autant que sur Murder Falcon, plus équilibré, plus poignant et tout aussi loufoque.

C'est quand, en fin de compte, il revenait à des choses simples que l'auteur savait renouer avec ce qui faisait la magie de Murder Falcon, comme lorsqu'il mettait en scène Sun et Steel hors du ring, ou que leurs adversaires se battaient pour des motifs aussi déchirants que les leurs. Le reste, la baston, je savais que Johnson maîtrisait et qu'il épaterait la galerie car son dessin possède cette puissance inouie. 

Et c'est cela que confirme cet épisode, après un énième combat sur le ring, quand une scène du passé est dévoilée, entre Yua et Lona, dans l'intimité de la chambre de la petite fille, écoutant sa mère parler de la vérité du catch mais surtout des individus qui s'y affrontent, non pour gagner, mais pour vivre et éprouver dans leur chair des sensations comme la peur, l'excitation, la fatigue, l'exaltation, le dépassement, etc.

Comme un auteur de BD, pour Johnson, le lutteur a du mal à se détacher du ring, l'équivalent de la planche à dessin. Il y oublie le temps, la fatigue, mais doute toujours de l'issue du match. Victorieux ou vaincu, il traverse le temps du match comme un voyage, quasiment un trip, avec sa part de mysticisme, et se laisse griser. Il finira avec la ceinture du champion ou allongé sur le tapis, certain d'avoir été le plus fort ou d'être tombé contre plus fort que lui. Mais il y reviendra - l'auteur avec une nouvelle histoire, comme le catcheur.

Il est évident que Daniel Warren Johnson a exprimé sa conviction que le point commun entre le catch et les comics est qu'il s'agit de sports de combat. Il faut être préparé, motivé, savoir encaisser, savoir en mettre plein la vue, mais surtout dans les deux cas, il y a une vraie dramaturgie, un récit. S'il a parfois perdu un peu le fil, été un peu long, bourrin même, avec Do a Powerbomb ! l'auteur signe un singulier mais sincère parallèle entre son métier et ce sport qui le fascine, le passionne, l'amuse comme les comics.

jeudi 8 décembre 2022

FANTASTIC FOUR #2, de Ryan North et Iban Coello


Ce nouveau volume de Fantastic Four n'en est qu'à son deuxième numéro mais il me plait beaucoup ! J'aime la proposition que fait Ryan North au scénario, avec des épisodes auto-contenus (même s'il y a un fil rouge entre eux), et ce que réalise Iban Coello au dessin, d'un trait vif, expressif. 


Après avoir été reconduit hors d'une petite ville où ils s'étaient arrêtés pour se restaurer mais où ils avaient été attaqués par des Fatalibots, Reed et Sue Richards décident d'enquêter.


Invisibles grâce à Sue, ils remarquent que tous les habitants sont des Fatalibots sauf une vieille dame que Reed accoste en ayant changé de visage et en évoquant le nom de Victor Von Doom.


Mary, cette vieille dame a en effet hébergé Victor Von Doom dans sa jeunesse. Mais Sue découvre que Mary a elle-même été remplacée par un Fatalibot afin de le préserver pour la remercier.


Neutralisant la population grâce à une décharge électromagnétique, Reed et Sue reprogramme les Fatalibots pour les rendre inoffensifs et laisser de cla compagnie à l'esprit de Mary...

Comme le mois dernier avec l'aventure vécue par Ben et Alicia Grimm, il y a une référence évidente à La Quatrième Dimension dans ce deuxième épisode de Fantastic Four. On pourrait penser que Ryan North se répéte. Si ce n'était pas voulu et si, nénamoins, l'histoire n'était pas différente.

Mais surtout ce qu'il faut sans doute retenir, c'est qu'on suit les Fantastic Four séparément. On a découvert à la fin du premier épisode qu'un énorme cratère fumant subsistait là où se dressait le Baxter building. Sans plus d'explication, Ryan North nous suggérait que quelque chose de grave s'était passé, obligeant le quatuor à se séparer et New York à les rejeter. Que Ben et Alicia voyagent sans leurs enfants adoptifs (les petits Kree et Skrull qu'ils ont accueuillis durant l'event Empyre) indiquaient en outre qu'ils en avait vraisemblablement perdus la garde.

J'ai aussi lu un article sur Bleeding Cool très instructif et qui lierait la série Amazing Spider-Man à ces événements : dans un épisode récent de Zeb Wells et John Romita Jr., Peter Parker, dans un flash-back, se dispute avec Johnny Storm qui l'accuse d'avoir volé quelque chose au Baxter building, causant de graves ennuis au groupe. Et finalement aussi à Spider-Man, à qui tout le monde a également tourné le dos dans sa série actuelle.

Donc, logiquement, le mois prochain, nous aurons droit à un épisode dévoilant la situation de la Torche Humaine. Mais pour l'instant, où en sont Reed et Sue, Mr. Fantastic et le Femme Invisible ?

L'épisode s'ouvre avec eux dans un restaurant où une serveuse les reconnaît. Aussitôt les clients et la serveuse dévoilent leur véritable apparence : ce sont tous des Fatalibots (ou Doombots si vous préférez en vo). Une bagarre s'ensuit. Vite stoppée par l'apparition du shériff  qui rend à chacun son apprence humaine. Reed et Sue sont conduits hors de la ville avec interdiction d'y rentrer. Evidemment, ils ne vont pas en rester là et mener l'enquête.

C'est là qu'on entre dans La Quatrième Dimension en découvrant le secret de cette petite ville, lié comme le révèle la couverture à Victor Von Doom/Dr. Fatalis. Pourtant l'ennemi juré des Fantastic Four n'est pas présent dans cette histoire qui renvoie à son passé et à une promesse faîte à une des habitantes du coin.

Ryan North réussit, brillamment, à nous intriguer sans faire de moulinets. Comme pour le précédent numéro, c'est plutôt l'ambiance qui nous captive, un endroit tranquille, des choses curieuses qui s'y produisent, une énigme qui est résolue progressivement, une solution pacifique et bienveillante. Et dans le rôle des détectives, Reed et Sue Richards, à la façon de L'Introuvable de Dashiell Hammett, sur le ton de la comédie, du fantastique, du polar, tout ça mixé savamment.

La densité du scénario est accompagnée par un dessin vif, alerte, très expressif. Iban Coello était très convaincant le mois dernier, il est encore meilleur cette fois. Cela met en confiance pour la suite car on sent que l'artiste anime ces personnages de mieux en mieux, qu'il a de la ressource et surtout qu'il est sur la même longueur d'ondes que son scénariste.

North exploite à fond les pouvoirs des deux Fantastiques et Iban Coello illustre magistralement cela. Les couleurs de Jesus Arbutov vont merveille quand il s'agit de représenter l'invisibilité de Sue alors que le lecteur la voit. Mais Coello est aussi inspiré que son scénariste et son coloriste quand il s'agit d'exploiter l'élasticité de Reed avec des astuces vraiment étonnantes (comme quand il fait glisser ses yeux jusqu'au bout de ses doigts - ou qu'il déforme son visage (une idée trop rarement utilisée alors que John Byrne par exemple en avait fait un stratagème quand Sue et Reed quittèrent New York pour s'installer en banlieue incognito).

Les scènes d'action sont plutôt rares mais franchement dynamiques, comme celle à l'intérieur du resto au tout début où lorsque Sue grille tous les Fatalibots à la fin. Sue aussi est impeccablement caractérisée en femme amoureuse et héroïne très active. Coello la dessine avec beaucoup de tempérament et North l'écrit comme une épouse aimante mais indépendante et lucide. Il a pour cela recours à une voix off qui renvoie en fait à une lettre qu'écrit Sue à Jennifer Walters (She-Hulk) pour lui expliquer ce qu'ils traversent.

Honnêtement, ça faisait un moment que je n'avais pas autant aimé lire Fantastic Four (sachant que j'ai très vite décroché avec Slott, et que Hickman m'avait largué). En fait, on n'est pas si loin de la période bénie de Waid/Wieringo, sans toutefois que North/Coello les imite. Ces deux-là ont une voix bien à eux, un projet personnel, une proposition singulière et emballante. C'est un gros coup de coeur en cette fin d'année.

lundi 5 décembre 2022

L'AMANT DE LADY CHATTERLEY, de Laure de Clermont-Tonnerre (Netflix)


Bigre ! Un film Netflix interdit aux moins de 18 ans, rien que ça, ça attire la curiosité ! L'Amant de Lady Chatterley a donc toujours un goût de souffre, même en 2022, assez en tout cas pour que la plateforme de streaming lui colle un avertissement. En tout cas Laure de Clermont-Tonnerre adapte donc le roman de D.H. Lawrence et lui donne un sérieux coup de fouet, avec deux comédiens principaux en état de grâce.


Années 1920, Angleterre. Constance "Connie" Reid a épousé lord Clifford Chatterley avant la guerre et le voit rentrer du front paralysé dans un fauteuil roulant et impuissant. Ils quittent Londres pour s'installer dans le domaine familial à la campagne. Malgré tout, Connie reste auprès de son mari qu'elle soutient et aide au quotidien.


Ensemble, ils veulent redonner du lustre à leur demeure et engage du personnel. Mais Connie, comme elle l'écrit à sa soeur aînée Hilda, s'ennuie et s'épuise à jouer les infirmières. Elle souffre aussi à l'idée qu'elle n'aura jamais d'enfant étant donné la condition de Clifford. Jusqu'à ce que ce dernier ne suggère qu'elle conçoive avec un autre homme, pourvu qu'il soit de la bonne société et qu'il ignore son identité.
 

Hilda débarque au domaine Chatterley avec une infirmière professionnelle, Mrs. Bolton, afin de soulager Connie. Elle peut alors découvrir les environs et, en découvrant une cabane, s'y réfugie pour lire au calme. L'endroit est occupé par le garde-chasse, Oliver Mellors, qui accepte de le partager avec elle car lui aussi aime venir y lire. Elle commence à lui apporter des livres et à recueillir ses confidences, apprenant qu'il a été marié à une femme qui lui refuse le divorce et envoie son nouveau compagnon réclamer la moitié de sa pension militaire.


Alors que Clifford apprend que les mines du coin vont fermer, il entreprend de faire construire une usine pour employer les hommes au chômage tout en les payant chichement. Ces plans déplaisent à Connie qui n'apprécie pas l'exploitation de plus pauvres, dont certains ont aussi participé à la guerre, par les nantis, qui en ont été exemptés. Après une dispute avec son mari, elle retourne à la cabane où Oliver est troublé par sa détresse. Elle se donne à lui : c'est le début d'une relation passionnée et secrète entre eux.


Hilda revient auprès de Connie qui lui avoue sa liaison avec Oliver et songe à tout plaquer pour lui. Sa soeur la met en garde contre un coup de tête et lui explique que jamais Clifford ne lui accordera le divorce et qu'elle devra affronter l'opprobre de leur milieu. Mais Connie pense être enceinte du garde-chasse et prévoit de profiter du voyage à Venise prévu par Hilda et leur père pour s'enfuir. Ned, le compagnon de la femme de Oliver, découvre chez ce dernier une lingerie de Connie et répand la rumeur de leur liaison durant l'absence de la jeune femme.


Mis au courant, Clifford convoque Oliver et le licencie sur-le-champ tandis que Mrs. Bolton téléphone à Connie pour la tenir au courant. Elle rentre précipitamment et annonce à Clifford qu'elle le quitte et qu'elle est enceinte de son mant. Il la supplie de rester à ses côtés puis la menace. Mais rien n'y fait : Connie s'en va et demande à Mrs. Bolton de faire passer le mot si quelqu'un sait où est allé Oliver.


Seule à Venise, enceinte, Connie est sans nouvelles pendant de longs mois de son amant et l'objet de quolibets des bourgeois en villégiature. Elle rentre à Londres avec Hilda qui vient de recevoir une lettre de Oliver. Il s'est établi en Ecosse où il a trouvé une place dans une ferme et justifie son silence en expliquant qu'il voulait pouvoir les recevoir dignement, elle et leur enfant. Elle part le rejoindre.

Le roman de D.H. Lawrence a connu quantité d'adaptations, mais en 2006 la réalisatrice Pascale Ferran a certainement produit la plus belle. Il fallait donc du culot à Laure de Clermont-Tonnerre pour y revenir. Mais la cinéaste, auteur du très beau Nevada (2019, avec Matthias Schoenaerts), a parfaitement su se distinguer.

Netflix aussi a eu l'audace de financer ce projet, même si, donc, L'Amant de Lady Chatterley, mis en ligne le 2 Décembre, est accompagné d'une signalétique +18 ans pour "Sexe" (un avertissement bien hypocrite puisque la plateforme de streaming ne peut vérifier l'âge de ses abonnés).

Le script de cette version a été rédigé par David Magee, qui a été le scénariste de L'Odyssée de Pi (Ang Lee, 2012) entre autres. Il a pris quelques libertés avec le texte, supprimant quelques péripéties pour mieux se concentrer sur deux aspects : d'abord la personnalité de Clifford Chatterley, bourgeois estropié durant la Grand Guerre et convaincu qu'il a été élevé pour diriger les autres et que ces autres l'ont été pour servir ; et ensuite la romance torride et poignante entre Lady Chatterley et le garde-chasse. Plus donc de liaison entre Constance Reid et Michaelis comme dans le roman, et c'est tant mieux.

Avec Laure de Clermont-Tonnerre, Magee semble s'être accordé sur un point essentiel : combattre à tout prix la reconstitution, éviter absolument le piège du film d'époque en costumes. Il souffle dès lors une sorte d'insouciance, de légèreté et de passion dans cette histoire, loin des clichés poussiéreux de l'époque édouardienne. La caméra est très mobile, la lumière naturelle, les comédiens souvent sans maquillage.

La cinéaste s'est même permise d'improviser et il en ressort des scènes grisantes comme celle-ci où Connie chez Oliver entend la pluie tomber. Elle sort de son cottage et se déshabille. Il l'imite et les voilà à courir comme Adam et Eve dans un champ, tout à la joie de leur amour. La spontanéité qu'on ressent chez les deux acteurs devant l'objectif n'est pas feinte et apparaît comme la mesure du film tout entier où tout arrive sans préméditation et où chaque instant amoureux est croqué avec appétit.

On pouvait craindre qu'avec 127 minutes au compteur, il y ait des baisses de régime, une exposition un peu trop longue ou une fin qui s'étire. Mais rien de tout cela. Laure de Clermont-Tonnerre use d'ellipses, comme quand elle ne montre que la guerre dans le reflet de la diligence qui emmène Clifford sur le front. Le coeur battant du projet occupe les deux tiers de l'ensemble avec la chronique de l'amour fou entre Connie et Oliver. Le plus délicat étant bien sûr de montrer le début de cette romance et encore une fois, on a droit à une scène vibrante, allant crescendo, merveilleusement saisie.

Quand le ton s'assombrit, que la liaison de Lady Chatterley et du garde-chasse menace d'être révélée puis qu'elle l'est, la cinéaste ne perd jamais de vue aucun des protagonistes. Le spectateur peut apprécier la richesse et la finesse de leur caractérisation : Connie, qui a eu un amant allemand avant son mariage, est susceptible d'être trop impulsive comme le lui reproche sa soeur aînée quand elle veut la raisonner en lui détaillant ce qu'elle subira en mettant fin à son mariage. La condition modeste d'Oliver est crûment mise à jour quand Connie le présente à Hilda mais il fait face avec une dignité qui force le respect et un sens des responsabilités exemplaire. Quant au rôle ingrat du mari trompé, il n'est pas joué grossièrement et on peut, malgré le mépris que nous inspire par ailleurs Clifford sur d'autres points, éprouver de la compassion pour lui.

D'excellents acteurs ne sauvent jamais un mauvais film, mais ils contribuent à sa réussite quand il est déjà aussi abouti. Et sur ce point, le casting de L'Amant de Lady Chatterley en 2022 est parfait. On s'amusera de trouver dans la distribution Joely Richardson (Mrs. Bolton) qui incarna Constance Reid dans un téléfilm en 1993. Matthew Duckett incarne avec beaucoup de présence Lord Chatterley. Mais évidemment, le choix du couple d'amants devait être irréprochable.

Et quelle inspiration de la part de Laure de Clermont-Tonnerre d'avoir associé Emma Corrin et Jack O'Connell. Là encore, il est drôle de constater qu'ils ont déjà fait les belles heures de productions Netflix puisque Emma Corrin était Lady Di dans la saison 4 de The Crown et Jack O'Connell le cowboy recueilli par des femmes dans Godless. L'un comme l'autre sont formidables, imposant un jeu à la fois intense et subtil, expressif et sobre.

Netflix n'a pas de raison d'avoir peur : le film est magnifique, sans aucune vulgarité ni complaisance. Et surtout il est l'un de leurs plus beaux projets de cette année.

samedi 3 décembre 2022

RIFKIN'S FESTIVAL, de Woody Allen

 

Rifkin's Festival est le 49ème film de Woody Allen et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il aura eu du mal à être distribué. Pourtant, loin d'être une oeuvre testamentaire comme certains critiques l'ont écrit, ce long métrage témoigne de la vitalité du cinéaste américain, désormais persona non grata dans son propre pays. Toujours en verve, il fait feu de tout bois avec cette histoire douce-amère.



Morty Rifkin accompagne sa femme, Sue, plus jeune que lui, au festival du cinéma de San Sebastian en Espagne. Elle y est en qualité d'attachée de presse pour Philippe, un cinéaste français, dont Morty dénigre les films faussement engagés. Ne jurant que par le cinéma d'auteur européen, Morty est plutôt élitiste mais surtout très jaloux du succès des autres, lui qui n'a jamais réussi à achever le grand roman dont il a si souvent parlé.


Morty se méfie surtout de la grande proximité entre Sue et Philippe qui flirtent ouvertement devant lui. La situation lui inspire des rêves où sa vie conjugale imite de grands classiques du 7ème Art comme Citizen Kane, A Bout de souffle, Jules et Jim, Persona, Les Fraises sauvages, L'Ange exterminateur ou Huit et demi.


Ses journées deviennent aussi agitées que ses nuits et Morty doit consulter un médecin car il imagine être atteint de divers maux. C'est ainsi qu'il fait la connaissance de la séduisante Dr. Joanna Rojas, qui lui confie avoir fait ses études à New York à la même époque où Morty enseignait le cinéma à l'université. Elle est à présent en couple avec un peintre infidèle.


Morty est attiré par la jeune femme et se met en tête de la faire quitter ce compagnon volage. Il la revoit en prétextant souffrir de nouveaux troubles. Il lui demande de lui faire visiter la région et recueille ses confidences comme elle reçoit les siennes. Tous deux conviennent ne pas être heureux, tourmentés par leurs conjoints. Mais  si Joanna tient quand même à accorder une nouvelle chance à son couple, Morty tombe de haut quand Sue lui annonce qu'elle le quitte pour Philippe.
 

Après avoir une nouvelle fois appelé Joanna et avoir compris qu'elle ne repartirait pas à New York, Morty flâne sur la plage où il s'imagine jouer aux échecs avec la Mort comme dans Le Septième Sceau d'Ingmar Bergman. Cela le motive à changer de vie en reprenant l'enseignement, en étant moins snob dans ses goûts cinématographiques.

Woody Allen a 87 ans et à son âge, il pourrait se retirer et profiter des années qu'il lui reste, en exil en Europe. Mais malgré les épreuves qui l'accablent depuis un moment, le cinéaste new yorkais ne baisse pas les bras et fait preuve d'une résilience étonnante.

Condamné par le milieu du cinéma alors qu'il a toujours été blanchi par la justice d'accusations pédophiles par son ex-femme Mia Farrow, Woody Allen ne peut désormais plus tourner aux Etats-Unis où aucun producteur ne veut associer son nom au sien et où très peu d'acteurs ont le courage de le soutenir. Situation affligeante mais révélatrice à la fois des excès du mouvement #MeToo et de la justice médiatique, le cinéaste est désormais considéré comme un criminel au même titre que Harvey Weinstein.

Depuis 2019 et Un Jour de pluie à New York, Allen a donc considérablement ralenti sa production, autrefois métronomique d'un film par an. La difficulté à trouver des financements, une lassitude probable et légitime, l'ont forcé à l'exil. Ayant réalisé de grands films de ce côté-ci de l'Atlantique, Allen s'est acclimaté et a rebondi, tant bien que mal. Il aura quand même fallu deux ans pour que Rifkin's Festival sorte en France, d'abord retardé par la pandémie de Covid 19 puis repoussé (sauf en Belgique où il était dans les salles dès Août 2021).

Inutile de se voiler la face : Woody est désormais tricard partout. Rifin's Festival a fait un bide en France, où pourtant historiquement il a toujours été bien accueilli. La critique a été tiède et certains y ont même vu un opus testamentaire. Manque de bol : le mort bouge encore puisqu'il tourne actuellement son 50ème long métrage (en français avec des acteurs français).

Ce qui frappe dès lors, c'est l'épatante vitalité qu'on trouve dans ce film où, loin d'être aigri, amer, déprimé, Woody Allen fait feu de tout bois, comme s'il n'avait, littéralement, plus rien à perdre. Cette histoire d'un professeur de cinéma retiré marié à une femme plus jeune qui finit par le quitter pour un réalisateur encore plus jeune contient des dialogues merveilleux, avec ce sens de la formule inégalé, et une caractérisation irrésistible.

La partition n'est pas particulièrement originale, mais elle est maîtrisée, plus que la majorité des comédies qu'on peut voir. Allen a ce génie de nous faire suivre des personnages passant leur temps à refaire le monde en se regardant le nombril sans jamais être ennuyeux, mais en étant très spirituel. 

Formellement surtout, Rifkin's Festival est étincelant, divinement inventif : à plusieurs reprises, le héros cauchemarde sur les infidélités de son épouse et revisite les grands classiques, se mettant en scène dans des pastiches hilarants de Jules et Jim ou Persona, convoquant Godard ou Buñuel, rigolant de Bergman ou de Welles. Pour quelqu'un comme Allen qui porte aux nues tous ces noms illustres du 7ème Art, le geste ne manque pas de saveur, mais surtout il confère à son propre film une légèreté contredisant toutes les hypothèses sur son manque d'inspiration et ses projets de retraite. C'est surtout un effort de mise en scène qui vient souligner que Allen n'est pas qu'un bon narrateur et un dialoguiste virtuose mais aussi un vrai formaliste.

Le casting ne compte pas (plus) de vedettes, jeunes ou confirmées, comme à la grande époque, mais des comédiens aguerris et ravis d'être filmés par le cinéaste. Il peut se reposer sur Wallace Shawn qui réussit à composer ce fameux Morty, double évident, sans imiter Allen. Gina Gershon rappelle quelle actrice impeccable elle est. Louis Garrel est aussi tête à claques que son personnage de petit génie de festival. Et Elena Anaya est radieuse en doctoresse touchée par le vieux Rifkin mais incapable de s'émanciper d'un amant toxique. Et Christoph Waltz fait une apparition désopilante à la fin (j'ai presque envie de dire que, juste pour ça, ça vaut le détour).

Pas de gras, en 1h. 25, c'est bouclé. Maintenant, espérons qu'on aura pas à attendre aussi longtemps avant d'apprécier le 50ème film de Woody Allen, et qu'entre temps, critiques et public sauront revenir à la raison en admettant qu'il est innocent et toujours aussi en forme.