jeudi 2 décembre 2021

FIRE POWER #18, de Robert Kirkman et Chris Samnee


Ce dix-huitième numéro de Fire Power était annoncé comme un turning point pour la série par ses auteurs, une sorte de climax à mi-parcours dans sa saison 2. Robert Kirkman et Chris Samnee n'ont pas menti : c'est spectaculaire. Et en même temps... Ce n'est que ça ! Des limites de la surenchère. Même si la suite devient, du coup, vraiment imprévisible.



Rejoints par Reggie, Haley et Doug aux portes du Temple du Poing de Feu, Owen et Kellie les entraînent dans leur fuite alors que les serpents ont pris possession de tout le monde et que l'édifice s'effondre derrière eux.


Wei Lun affronte Owen et le corrige. Mais Haley se saisit du serpent dans le cou du vieux mentor et le carbonise, Libéré de l'emprise du serpent, Wei Lun tente de convaincre Owen qu'avec le retour de Maître Shaw, la suite s'annonce terrible.


Chen Zul, sa fille Ling Zan et les assassins du serpent encerclent Owen et sa famille. Opportunèment, une avalanche se déclenche et disperse les deux groupes. Owen et les siens trouvent refuge, grâce à Wei Lun, dans une crevasse enneigée.


Mais, alors que les assassins de la Griffe du Dragon continuent de les chercher, Wei Lun demande à Owen de s'approcher de l'ouverture de la crevasse pour constater l'inimaginable...

Si vous lisez cette critique et donc le résumé illustré de l'épisode, vous avez donc pris la décision de découvrir le cliffhanger grandiloquent de Fire Power #18. Et donc, vous savez à présent que, oui, le dragon terré dans les profondeurs du Temple du Poing de Feu existe bel et bien et que Maître Shaw, qui le chevauche, dispose désormais d'une arme terrifiante pour étendre son empire.

De ce point de vue, cet épisode est une réussite : Robert Kirkman teasait depuis un moment le pivot que représenterait ce numéro dans la "saison" 2 de la série et il n'a pas menti. C'est spectaculaire et il n'y a pas de retour possible. Fire Power s'engage à présent dans une saga d'envergure, peut-être pas forcément très longue mais en tout cas sur une pente vertigineuse.

La destruction du Temple, l'emprise du Présage du Serpent, la domination sans antécédent de Maître Shaw et de ses complices, renversent complètement et inéluctablement la table. C'est un vrai choix scénaristique car on sort des histoires de clans, du simple kung fu et des boules de feu. Owen Johnson est un héros vraiment dépassé par les événements et nul ne peut dire comment, et même si il pourra sauver la situation. C'est en tout cas très mal engagé.

Déjà, le mois dernier, le retour de Maître Shaw avait été un choc dans la mesure où voir le fondateur du Temple du Poing de Feu prendre vie constituait un rebondissement à la fois fantaisiste et sinistre, dans un même mouvement. La série embrassait une direction radical dans l'incarnation d'un méchant grandiloquent et surpuissant. Mais on franchit un nouveau palier avec la confirmation que le dragon légendaire caché dans les entrailles du Temple existe vraiment et obéit à Shaw.

C'est donc tellement énorme, disproportionné que Owen Johnson et compagnie semblent soudain bien petits, dérisoires, ridicules face à cette créature et son cavalier. Il n'est plus question du tout de simples serpents, en soi déjà redoutables, qui asservissent des maîtres du kung fu, mais bien de conquête du monde. L'échelle du récit est bouleversée.

Mais ce qui explose le récit fait aussi sa limite. Car en tant que tel, cet épisode ne raconte pas grand-chose : c'est une succession de pages explosives, fracassantes, terrifiantes et grotesques. Le spectacle atteint ses limites, on ne voit guère que ce qui pourrait arriver de pire. Et on ne voit pas davantage comment Kirkman va pouvoir faire espérer le lecteur que Owen puisse sauver la partie. Le rapport de force est tellement déséquilibré que c'est trop, trop soudain, trop gros. Une surenchère risquée.

Chris Samnee se plie à l'exercice avec discipline et maîtrise. Il y a là plus de splash-pages et de doubles pages dans un seul épisode que dans toute la série depuis son début. Et on sent bien que Samnee tire la langue. Il est fatigué, son trait est moins beau, ses finitions bâclées, son découpage à bout de souffle. D'une certaine manière, expédier ces scènes avec des pleines pages, des doubles pages, ou même des découpages plus classiques mais avec un nombre de cases réduites, est son seul moyen de ne pas, lui aussi, exploser en plein vol.

En cumulant deux séries mensuelles, Samnee s'est astreint à un rythme de production dément, surtout que ni Kirkman ni lui-même et sa femme (avec l'écriture de Jonna and the Unpossible Monsters) ne ménagent Samnee le dessinateur. Et il est clair que Samnee n'est pas Bryan Hitch, pour qui l'exercice correspondant à mettre en images un tel numéro est routinier. Quelque part, on sent l'artiste emprunté tant ça ne lui ressemble pas.

Samnee n'est pas seulement un dessinateur brillant, c'est un vrai narrateur et Fire Power l'a confirmé à plusieurs reprises quand Kirkman lui a laissé la conduite du récit, avec des épisodes finement ciselés, presque insolents de brio visuel et technique. Aligner des splash et des doubles pages, c'est réduire Samnee à une narration proche de zéro, du tape-à-l'oeil, de l'esbroufe, lui qui sait être si subtil, si pointu.

Le problème, ce n'est pas tant que ça se lit très vite et qu'on referme le fascicule avec l'impression d'avoir plus picoré que dévoré, c'est plutôt que scénaristiquement et visuellement, ça ne raconte rien ou pas grand-chose. 20 pages et quelques pour (enfin) montrer ce dragon, c'est finalement pas grand-chose, c'est pas consistant. On est choqué par l'apparition de la bête, par ailleurs sublimement designé par Samnee, mais comme on s'y attendait, on est aussi frustré, et même déçu. Fire Power est une série coûtumière du fait : déjà, la fin de la première "saison", avec son affrontement dantesque entre le Temple du Poing de Feu et le Clan de la Terre Ecorchée avait ce goût de l'épate mais aussi un son creux.

Je ne veux pas être trop sévère toutefois. Car Kirkman et Samnee engagent donc Fire Power dans une direction imprévisible. Personne ne peut savoir où ça va aller, ce que ça va raconter. C'est un turning point digne de ce nom. 

Ce qui est certain en revanche, c'est qu'on ne le saura que en... Avril 2022 ! Car, comme on pouvait s'y attendre, vu les échanges récents entre Kirkman et Samnee en fin d'épisode, la série va faire une pause. Sans doute pour permettre à Samnee de souffler et de dessiner tranquillou quelques épisodes d'avance. Mais aussi, à en croire le scénariste, pour tester le lecteur, le laisser sur un coup d'éclat et lui donner l'envie de revenir de plus belle. A dans quatre mois donc.

MARAUDERS #26, de Gerry Duggan et Matteo Lolli


Ce vingt-sixième épisode de Marauders est l'avant-dernier du run de Gerry Duggan qui retrouve pour l'occasion (et le mois prochain pour le final) le dessinateur Matteo Lolli, avec qui il a lancé le titre. On sent que le scénariste ne sait plus trop quoi raconter, sans spoiler Inferno, et donc il s'amuse à faire n'importe quoi, de façon plus sympa et sans conséquence que sur X-Men.



Dans la longue file d'attente des mutants à ressuciter, le tour de Harry Leland est enfin venu. Il renoue avec Sebastian Shaw et Emma Frost, qu'il côtoyait aux débuts du Club des Damnés et qui l'aident à se réacclimater.


Pendant ce temps, les Marauders - Kitty Pryde, Christian Frost, Iceberg, Callisto et Lockheed - convoient une cargaison d'alcool de Krakoa lorsqu'ils sont attaqués par le dragon Fin Fang Foom. Iceberg l'écarte au terme d'une bataille où il démontre l'étendue de ses pouvoirs de mutant oméga.


Shaw accompagne Leland à New York City dans l'ancien hôtel particulier du Club des Damnés. Shinobi Shaw les surprend et Sebastian informe Harry qu'il s'agit de son fils biologique qu'il a élevé durant son"absence".


Aux Nations-Unies, l'ambassadeur du Royaume-Uni tente à nouveau de discréditer Krakoa en faisant remarquer qu'aucun représentant mutant n'assiste à la séance. Mais Harry Leland se présente alors enq qualité de porte-parole de la Nation X.

Le résumé ci-dessus donne bien l'idée du côté complétement décousu de l'épisode. On pourrait même pousser plus loin en affirmant que cela résume la série Marauders telle que l'a toujours écrite Gerry Duggan qui, le mois prochain, quittera le titre pour se conacrer exclusivement à X-Men.

Si je suis très sévère avec ce que Duggan fait sur X-Men, je garde une tendresse, un peu coupable, pour son travail sur Marauders, dont la désinvolture, si elle m'a parfois agacé, voire limite découragé, fait l'essentiel de son charme.

Sur le fond, entre ce que la série devait être et ce qu'elle a été effectivement, Duggan n'a jamais respecté le contrat. Marauders devait se consacrer d'une part au business de Krakoa, au commerce de sa médecine miraculeuse via la Hellfire trading company, et de l'autre, au sauvetage et au rapatriement de mutants persécutés dans des Etats ne reconnaissant pas Krakoa comme une nation.

26 épisodes ont été produits et très peu de ce programme initial a été tenu. On a eu un peu droit à du sauvetage, un peu à du commerce, mais tout ça a été dilué dans des intrigues filandreuses. Comme d'ahbitude, ce qui semble le plus intéresser Duggan, c'est un tour de passe-passe entre ce que la série doit faire et ce que lui a envie de faire. De fait, l'histoire la plus mémorable de toute la série restera celle contenue dans ses dix premiers épisodes avec l'assassinat de Kitty Pryde par Sebastian Shaw jusqu'à la résurrection compliquée de Kitty et la révélation de l'identité de son agresseur (et de son mobile). Cela nous laisse donc une quinzaine d'épisodes où Marauders est parti dans tous les sens.

C'est encore le cas cette fois avec le retour que personne n'atttendait de Harry Leland, membre du Club des Damnés apparu lors du run de Claremont/Byrne dans les années 70. Comme s'il n'y avait personne de plus qualifié, Sebastian Shaw et Emma Frost en font le nouvel ambassadeur de Krakoa auprès des Nations-Unies et Duggan ajoute même, de manière aussi incongrue que dispensable, qu'il est le père biologique de Shinobi Shaw (pourquoi ? On n'en sait rien et on ne le saura sans doute jamais, mais bon, ça permet de remplir deux planches).

Si donc le retour de Leland est le fil rouge de l'épisode, Duggan gratifie le lecteur d'une scène d'action, comme un quota, avec un équipage réduit des Marauders aux prises avec... Fin Fang Foom ! Là encore, pourquoi pas ? Cela donne l'occasion d'apprécier Iceberg en action, en train de déployer ses pouvoirs à leur maximum, ce qui n'est pas souvent le cas, alors qu'il est quand même un mutant de niveau oméga (au même titre que Tornade ou Marvel Girl ou Magneto par exemple). Bobby Drake, c'est un peu le héros "dugganien" par excellence : personne ne s'en méfie mais il peut accomplir des prouesses, rarement mais quelquefois quand on (Duggan le premier) se souvient qu'il en est capable.

Fin Fang Foom est aussi parfait pour Duggan qui adore ce genre d'adversaire improbable. Même si, après avoir lu Nextwave (de Warren Ellis/Stuart Immonen), il n'est plus possible de voir le dragon sans réprimer un fou rire, sur une page il en jette et on peut être sûr d'avoir de l'action et du grand spectacle.

Où tout cela nous mène-t-il ? Pas loin. Il est aussi fait mention de Nimrod, briévement. Et c'est là qu'on se doute que Duggan doit meubler sans trop en dire, au risque de spoiler Inferno, qui va sûrement impacter tous les titres X. Pourtant, au-delà de l'Annual de Marauders, Marvel n'a toujours pas confirmé si la série continuerait (à ce stade, seuls X-Men, New Mutants et Wolverine en sont assurés. Certainement X-Force aussi. Mais aucune annonce sur le futur d'Excalibur, S.W.O.R.D.. X-Corp semble d'ores et déjà condamné.).

Matteo Lolli revient au dessin pour conclure le run de Duggan avec qui il avait démarré la série. C'est toujours aussi inspide même si ce n'est pas ce qu'il a fait de pire. La scène avec Fin Fang Foom n'est pas mal, l'artiste ayant compris qu'il fallait la traiter sans lésiner sur les plans larges avec un découpage réduit pour des cases de belles dimensions. Le reste est plat, hormis la splash page où Leland découvre Krakoa, sympa. 

Mais au fond Lolli est comme Duggan : on ne sent jamais chez lui une envie de se dépasser, d'aller au-delà de ce qu'il pourrait faire. Sa technique est limitée et il est absolument incapable de produire quelque chose qui sort de l'ordinaire, qui va prouver qu'il sait raconter visuellement quelque chose d'intéressant. Au fond, c'est un dessinateur qui n'est ni inspiré ni motivé (le seul dessinateur qui a apporté un plus à la série restera Stefano Caselli, dans une prestation en pointillés). Les couleurs de Rain Beredo ne rattrapent rien, c'est là aussi le minimum syndical.

Parce que son auteur n'a jamais su élever son niveau et par conséquent celui de la série, Marauders est resté ce titre qui se laisse lire mais dont on ne retiendra pas grand-chose, voire rien (quel a été son impact sur la franchise ? Se poser la question, c'est y répondre). Si elle ne survit pas à l'après Inferno, pas sûr qu'elle manque à quiconque. Sauf si ceux à qui elle sera confiée se démènent vraiment.... 

mercredi 1 décembre 2021

BATMAN : FEAR STATE OMEGA #1, de James Tynion, Riccardo Federici, Christian Deuce, Guillem March, Ryan Benjamin et Trevor Hairsine

 

Cette fois, c'est la bonne : James Tynion IV tire sa révèrence et quitte Batman avec ce numéro Fear State Omega. C'est le bilan de sa dernière saga et même de l'année écoulée, forcément contrastée, entre tentatives de redynamiser la série et échecs patents. Pour la peine, il est soutenu par cinq dessinateurs qui se partagent les chapitres rétrospectifs du numéro, un procédé habile.



Batman convoie l'Epouvnatail dans son nouveau lieu de détention. Les deux hommes font le point : Molly Miracle a été incarcérée à Blackgate, payant pour tout le Collectif Insensé. Simon Saint est aussi en prison et son entreprise est sous la surveillance d'Amanda Waller.


Sean Mahoney s'est enfui et a quitté Gotham. Poison Ivy a renoué avec Harley Quinn mais a rompu avec la Jardinière et réfléchit au meilleur usage futur de ses pouvoirs. Catwoman doit également penser à son implication dans Alleytown mis à mal par le GCPD, le Magistrat et ses rivaux.


Clownhunter reproche à Batman d'être responsable du chaos en ville sans apporter de réponses. Ghost-Maker propose à Clownhunter de le former pour être plus efficace en renonçant à une justice expéditive et sans intégrer la Bat-famille.


Avant de livrer l'Epouvantail à sa nouvelle psychothérapeute, Chase Meridian, Batman lui explique que, chacun à leur manière, ils ont cru pouvoir changer, contrôler Gotham. Mais Jonathan Crane n'a pas compris que c'est une ville qui change ses habitants et pas le contraire.

C'est l'heure pour James Tynion IV de ranger ses jouets et de confier Batman à son successeur, Joshua Williamson. Il s'en acquitte dans ce long épilogue d'une quarantaine de pages en mettant en scène un dialogue entre Batman et l'Epouvnatail durant le trajet qui mène du commissariat central de Gotham jusqu'au nouvel asile de la ville.

Le procédé vaut ce qu'il vaut, mais il est plaisant à lire. Au fond, le scénariste oppose deux conceptions du contrôle : Batman, comme il l'explique à la fin de l'épisode, a tiré une leçon de l'année chaotique qu'il vient de traverser (depuis Joker War). Il a voulu, comme l'Epouvantail, contrôler Gotham, la changer, mais a fini par admettre que c'était impossible. Cet enseignement lui a été inspiré par une instropection : le drame originel qui a décidé de sa vocation super-héroïque (l'assassinat de ses parents) l'a conduit à vouloir traquer les criminels de toutes sortes en leur faisant peur, une méthode finalement similaire à celle de Jonathan Crane avec ses toxines. 

En élaborant l'Etat de la Peur (Fear State), l'Epouvantail a voulu plonger Gotham dans la terreur afin de mieux la soigner ensuite comme un thérapeute, un traitement de choc pour une ville constamment plongée dans le chaos. Sa méthode était juste plus radicale, globale que celle de Batman. Mais comme le justicier, elle a échoué.

Est-ce à dire que Gotham est incurable ? En tout cas, c'est une ville résiliente, qui se relève de toutes les épreuves, et c'est un trait de caractère qu'elle partage avec Batman, mais pas avec l'Epouvantail. James Tynion IV prolonge donc une idée formulée par certains auteurs de la série : Gotham est un personnafge autant qu'une métropole et lorsqu'on écrit Batman, on écrit Gotham.

Durant le trajet qu'ils parcourent du commissariat central jusqu'au nouvel asile (en vérité, Batman empêche l'évasion de Jonathan Crane par des sbires qu'il avait conditionnés pour stopper le fourgon de police qui devait le convoyer), les deux antagonistes dressent une sorte de bilan non seulement de leur affrotnement récent mais aussi de l'année écoulée, ce qui temporalise la run de Tynion, avec une année passée entre Joker War et Fear State.

Batman détaille le sort de plusieurs personnages liés à ces événements : Molly Miracle et Simon Saint sont incarcérés. La première paie pour le Collectif Insensé qui a participé à la déstabilisation générale en s'attaquant aux médias, mais son séjour à Blackgate va sûrement lui permettre de convertir des détenus. Le second a tout perdu : son entreprise est désormais au main d'un conseil d'administration surveillé par Amand Waller (et il y a là de la matière pour une intrigue de la série Suicide Squad).

Poison Ivy a renoué avec Harley Quinn mais chasse la Jardinière de son éden dans les sous-sols de Gotham. C'est la drôle de fin d'une histoire qui n'a jamais eu lieu puisqu'il est évident que Tynion IV devait certainement revenir sur le passé commun de Pamela Isley et cette Jardinière et il y a peu de chances qu'on revoit cette dernière dans le futur. A force de vouloir peupler la Bat-galerie de nouveaux personnages, Tynion a eu les yeux plus gros que le ventre et en laisse un paquet sur le carreau (car j'ai aussi des doutes au sujet de Molly Miracle, Sean Mahoney, Clowhunter, Ghost-Maker) : peut-être ne pensait-il pas, en les créant, partir de Batman et de DC si vite, mais en même temps personne ne l'a mis dehors, c'est lui qui a choisi de tout plaquer pour Substack et ses creator-owned.

Sean Mahoney prend le maquis et quitte Gotham. Clownhunter accepte que Ghost-Maker devienne son tuteur. Tous ces noms, je me répéte, sont condamnés aux oubliettes, à mon avis. Joshua Williamson n'a rien dit à leur sujet pour sa reprise de la série et l'histoire qu'il veut développer, et je ne vois personne s'y intéresser pour les intégrer à une autre série, une équipe. Tout ça fait beaucoup de casse. Mais entre des designs moches et des rôles improbables, comment les exploiter ? Le problème de tous ces personnages, outre qu'ils sont des seconds rôles oubliables, c'est qu'ils sont morts-nés : Tynion a échoué à leur donner une épaisseur, un intérêt, une fonction, il a échoué à les rendre indispensables. Ils manquent tous de l'étoffe dont on fait des personnages avec un avenir : Tynion n'a écrit ces personnages que pour lui, et comme il s'en va, ils vont disparaître. Personne ne les regrettera, trop nombreux, trop artificiels.

In fine, Tynion introduit Chase Meridian dans l'histoire. Il s'agit en fait d'une psy qui avait fait son apparition dans le film Batman Forever de Joel Schumacher en 1995, incarné par Nicole Kidman. Une addition inattendue, qui rend perplexe, mais qui, bizarrement, pourrait, elle, servir car, Arkham détruit, elle devient la nouvelle thérapeute des super-vilains de Gotham, à la tête d'un nouvel asile.

Comme pour Batman : Fear State Alpha, Riccardo Federeci rempile au dessin et livre des planches très détaillées (quoique aux décors fantômatiques - l'avantage d'ilustrer des scènes à l'intérieur de la Bat-mobile roulant dans un brouillard à couper au Batarang). 

Chaque segment du scénario en relation avec un des acteurs de Fear State est ensuite dessiné par un artiste différent : Christian Deuce officie sur les pages impliquant Molly Miracle, le Collectif Insensé, Simon Saint et Amanda Waller. Du bon travail, propre.

Ryan Benjamin imite Jim Lee avec les pages consacrées à l'évasion de Sean Mahoney. Sans intérêt, paresseux.

Guillem March, fidèle à son goût pour les super-vilaines (cf. Gotham City Sirens), s'occupe de la scène avec Catwoman Poison Ivy, Harley Quinn et la Jardinière. Pas mal, mais convenu.

Enfin, Trevor Hairsine livre la prestation la plus intéressante avec Clowhunter et Ghost-Maker. Nerveux, efficace.

On n'aura pas à attendre pour découvrir la nouvelle équipe créative à la tête de Batman puisque le #118 sortira dans une semaine pile. Joshua Williamson sera très attendu et aidé par l'excellent Jorge Molina pour un premier arc de quatre épisodes.

vendredi 26 novembre 2021

BLACK HAMMER : REBORN #6, de Jeff Lemire, Malachi Ward et Matthew Sheean


Avec ce sixième épisode de Black Hammer : Reborn, on arrive à la moitié de la série. Jeff Lemire passe donc à la vitesse supérieure dans un chapitre occupé au deux tiers par un flashback explicatif. Mais le scénariste canadien s'affirme aussi comme un vrai détecteur de tendances puisqu'il explore la notion de Multivers, qui préoccupe beaucoup Marvel et DC actuellement. Le dessin est toujours réalisé par le duo Malachi Ward-Matthew Sheean, dont la complicité et la maîtrise sont un régal.


1996. Alors qu'il malmène deux voyous pour leur soutirer le nom de leur chef, Skulldigger est distrait par le crash du Dr. Andromeda sur le toit dun immeuble. Il le rejoint et affronte son double d'une autre dimension qu'il neutralise avant d'évacuer son ami.


Dans le repaire de Skulldigger, le Dr. Andromeda, une fois remis, lui explique qu'il a découvert que la Para-Zone ouvre sur un Multivers. Au coeur de ces réalités alternatives dort l'Anti-Dieu et son double veut le réveiller pour détruire notre monde.


Skulldigger est dépassé par cette affaire mais Andromeda assure qu'il peut l'aider. Ils sont de tout façon les deux derniers héros en activité. Et peut-être est-ce leur destin de mener ce combat. Skulldigger accepte et Andromeda lui propose d'améliorer son matériel.


2016. Skulldigger et Black Hammer font face à Sherlock Frankenstein et sa Ligue du Mal. Ils sont rapidement vaincus, mais cela fait les affaires de Skulldigger qui sait que les vilains vont les expédier dans le Spiral Asylum de leur Terre parallèle... Où est detenu le Dr. Andromeda !

Sachant que Jeff Lemire n'est plus lié par un contrat d'exclusivité avec Marvel ou DC, il écrit dans son coin pour Dark Horse, éditeur de la franchise Black Hammer. Il faut bien avoir cela en tête pour mesurer à quel point le scénariste canadien est malin, voire visionnaire car dans cet épisode il a anticipé la mode actuelle chez les Big Two : le Multivers.

Chez DC, le Multivers est devenu un élément d'une notion encore plus vaste, l'Omnivers (c'est-à-dire le Multivers de plusieurs Multivers), comme Joshua Williamson l'a formulé, à la suite de Scott Snyder, dans la mini série Infinite Frontier. Chez Marvel, ce motif est multi-média puisqu'il a été exploité aussi bien dans les séries Loki et What if...? sur Disney +, les futurs films Spider-Man : No Way Home et Doctor Strange in The Multiverse of Madness, et dans plusieurs comics (Spider-Verse, Avengers Forever, etc). 

Mais alors que tout ça se met tout juste en place (quand bien même le Multivers n'a rien de neuf chez DC comme chez Marvel. Il s'agit plutôt d'un regain d'intérêt pour lui.) chez les Big Two, Jeff Lemire, dans son propre univers de poche, le Black Hammer-verse, a senti qu'il était temps d'abattre cette carte et de la jouer à fond avec Black Hammer : Reborn.

Lemire aussi avait préparé le terrain : la Para-Zone, chère au colonel Weird depuis le début de la franchise, était un moyen idéal pour introduire un Multivers. D'un point de vue plus méta-textuel, on peut même dire que tout l'univers Black Hammer repose sur le concept de Multivers puisque Lemire, en s'amusant à donner ses versions de héros Marvel et DC, a fondé son entreprise sur une variante qui serait commune aux créations des Big Two. Une sorte d'univers de synthèse, un néo-Amalgam (pour reprendre l'idée développée en 1996 par les deux éditeurs, qui avaient proposé des héros fusionnés).

Au coeur de ce sixième épisode, qui, et ce n'est évidemment pas un hasard, se situe à la moitié de la série Black Hammer : Reborn, il y a donc ce motif du Multivers à la sauce Lemire. Les deux tiers de l'épisode sont formés par un flashback situé en 1996, donc vingt ans avant les événements de la série. A cette époque, Skulldigger agit seul, après que la détective Amanda Ryan ait récupéré son epéhémère sidekick Skeleton Boy (comme c'est mentionné de façon suggestive et discrète). Les Unbelievable Unteens ont disparu. L'équipe du premier Black Hammer également (suite à leur bataille contre l'Anti-Dieu). Skulldigger est donc le dernier "héros" actif. Jusqu'à ce que le Dr. Andromeda resurgisse, mal en point, avec son double à ses trousses.

L'existence de ce doppelgänger suffit à introduire l'idée du Multivers, expliqué ensuite par Jim Robinson/Andromeda à Skulldigger. Surtout, comme le vigilante, on apprend qu'au coeur du Multivers se trouve l'Anti-Dieu, qui n'est donc pas mort mais assoupi, et que l'autre Dr. Andromeda veut réveiller pour détruire notre monde (celui de la série). Dans la mythologie de Black Hammer, l'Anti-Dieu est lui-même un amalgame, inspiré par Galactus mais aussi Darkseid ou la vague d'Annihilation (out toute autre menace d'envergure cosmique et multi-dimensionnelle). C'est littéralement la traduction incarnée de la guerre des mondes car qui réveillera l'Anti-Dieu condamnera la Terre. S'il existe un autre Dr. Andromeda, plus belliqueux, provenant d'une Terre parallèle, alors l'Anti-Dieu pourrait devenir son arme suprême pour détruire la Terre où vit Skulldigger (et par extension celle où ont vécu tous les héros écrits jusque-là par Lemire).

Au détour de ce topo, qui passe cependant comme une lettre à la poste car Lemire fait de Skulldigger le personnage par lequel nous sommes initiés à ce concept de Multivers (c'est-à-dire un personnage moins intelligent que Andromeda, mais pas non plus complètement crétin - "moins crétin que j'en ai l'air" dit-il), Lemire réussit à glisser une superbe mention à la notion de paternité quand Jim Robinson aperçoit l'habit de Skeleton Boy dans le gymnase de Skulldigger. Il pense qu'il s'agit du fils du vigilante et cela le renvoie à sa propre histoire, tragique, de père (racontée dans Doctor Star and the Kingdom of Lost Tomorrows). Par extension, on peut aussi estimer que l'Anti-Dieu est une sorte de Père de Tout (ou de Rien, du Néant qui menace). C'est brillant.

Puis la fin de l'épisode nous ramène en 2016 et au moment où nous avions quitté Skulldigger et Black Hammer (Lucy Weber) à la fin du #5, face à la Ligue du Mal de Sherlock Frankenstein. Contre toute attente, les vilains ont facilement raison des deux héros (et on peut y lire la pensée de Lemire selon laquelle le génie scientifique de Sherlock Frankenstein - comme celui de Jim Robinson - est supérieur à la magie de Black Hammer). Ils sont alors embarqués pour l'asile de Spiral City 2 (la Spiral City de la Terre parallèle qui menace de percuter notre Terre) : cela fait les affaires de Skulldigger (et explique pourquoi il n'a pas résisté aux vilains et a déconseillé à Black Hammer de tenter de les battre) car dans cet asile est enfermé Jim Robinson/Andromeda, le seul héros capable de sauver l'univers (puisqu'il en a percé le mystère primordial, celui du Multivers et du danger qu'il referme avec l'Anti-Dieu endormi).

L'épisode est magistral narré, pas seulement par le scénario mais aussi par son dessin. Le tandem Malachi Ward-Matthew Sheean fait des étincelles. Leur trait est incroyablement texturé tandis que leur découpage est simplissime. La série est gâtée car elle ne perd rien en qualité visuelle en étant passé de Caitlin Yarsky (qui signe la couverture) à Ward-Sheean.

Pourtant, c'est un exercice difficile pour les artistes car un épisode quasiment entièrement consacré à un dialogue explicatif entre  deux héros, entre quatre murs sur le sujet du Multivers, c'est pas très sexy. Et la fluidité de la mise en scène, l'expressivité des acteurs, tout ça rend ce devoir imparable. Rien n'est épargné aux deux dessinateurs puisque Skulldigger (qui tient à son identé secrète) garde son casque sur la tête durant toute sa conversation avec Robinson : Ward et Sheean n'ont que les yeux du justicier et ses gestes pour traduire les émotions qui le traversent pendant que Andromeda expose ses découvertes et son plan. C'est bluffant.

Tout est bluffant à vrai dire dans Black Hammer : Reborn, qui est la quintessence de ce qu'un comic-book super-héroïque mainstream et indé à la fois peut offrir. C'est intelligent, palpitant, épique. Jeff Lemire est vraiment au sommet de son art, un conteur sans pareil. 

jeudi 25 novembre 2021

DECORUM #8, de Jonathan Hickman et Mike Huddleston


Sept mois après le précédent numéro, voici enfin le dernier épisode de Decorum ! La série la plus folle de Jonathan Hickman arrive à son terme (ou peut-être pas...) et le plus étonnant, c'est qu'on replonge dans cette histoire sans avoir besoin de réviser, comme si cet univers nous était resté parfaitement familier. Visuellement, Mike Huddleston produit une nouvelle fois des planches hallucinantes.



Ayant mis la main sur le Messie Céleste, Neha Nori Sood est devenue la femme à abattre par ses homologues de l'organisation criminelle de la Sororité de l'Homme. Elle élimine Jetti Kahn puis Sam-Sam avant de tomber sur Ursula Ring. Mais Imogen Morley-Smith intervient juste à temps.


Cette dernière entend bien malgré tout honorer le contrat lancé sur la tête du Messie Céleste par l'Eglise de la Singularité. Toutefois, il la convainc de n'en rien faire et lui expose un plan, audacieux, pour se débarrasser de Ro Chi, le leader fou de cette institution.


Imogen persuade ensuite, à son tour, Ma, la chef de la Sororité, d'accomplir le plan du Messie Céleste. Les tueuses de l'organisation se lancent donc à l'assaut de l'Eglise et en massacrent les membres les plus dangereux. Mais Ro Chi supprime Ma et défie le Messie.


Le Messie dispose facilement de Ro Chi puis reconfigure l'Intelligence Artificielle de l'Eglise. Il reste à lui trouver un nouveau leader. Et  ce sujet, Imogen a une idée précise bien que parfaitement farfelue...

De prime abord, on peut être mécontent d'avoir dû patienter tant de temps pour lire la fin de cette histoire qui n'était déjà pas simple à intégrer. Sept mois ! On pourrait être d'autant plus sévère avec Jonathan Hickman et Mike Huddleston que, dans l'intervalle, les deux hommes se sont engagés dans un nouveau projet pour la plateforme Substack, avec la saga 3W. 3M. (3 Worlds. 3 Moons.), et il paraît légitime de se demander si, avant de lancer ça, ils n'auraient pas d'abord dû achever Decorum.

Et puis, on se dit : basta ! Decorum #8 est là, lisons-le, profitons-en et voyons ce que ça vaut, considérons si sa conclusion est à la hauteur de l'attente. Après tout, ce n'est que de la BD, on ne va pas s'arracher les cheveux pour sept mois d'attente. L'essentiel n'est-il pas que Hickman et Huddleston aient fini ?

On notera alors que les deux acolytes n'ont pas lésiné sur le format : cet ultime chapitre compte une soixantaine de pages, l'effort est louable. Ensuite, sur le fond, c'est vraiment foutraque à souhait, souvent très drôle, épique. Et à la toute fin, il y a une chouette surprise, inattendue.

Ce qui m'a le plus surpris, c'est la facilité avec laquelle je me suis replongé dans la lecture. Je n'ai volontairement pas voulu relire les épisodes précédents, justement pour tester la faculté d'Hickman et Huddleston à me happer. Et c'est comme si j'avais quitté la série le mois dernier : je me souvenais des noms des personnages, de la situation dans laquelle ils étaient à la fin du #7, etc. J'y ai vu le signe d'une écriture très solide, d'un récit mémorable.

Donc, Neha a mis la main sur le Messie Céleste : c'est un homme avec l'esprit d'un nouveau-né, qui sait à peine parler, raisonner, accomplir les choses les plus élémentaires. Plus un boulet qu'un véritable créateur d'univers. Mais Neha a choisi de ne pas le tuer, comme elle s'y était pourtant engagée à l'instar des autres membres de la Sororité de l'Homme. Problème : elle est désormais traquée au même titre que ce Messie.

Cependant, à chaque tentative de meurtre à laquelle elle échappe, elle voit que le Messie évolue, son intelligence augmente, et ses capacités divines se révèlent. Neha étant elle-même une jeune fille très dégourdie et spontanée, elle ne fait pas une cible facile car elle trouble les assassins à ses trousses, qui ne savent jamais ce qu'elle va faire. A eux deux donc, Neha et le Messie vont se débarrasser des terribles Jetti Kahn et Sam-Sam. Avant de tomber sur la redoutable Ursula Ring.

Mais Imogen Morley-Smith, la mentor de Neha, intervient à point nommé. Le Messie va alors entraîner les tueuses dans une mission suicidaire contre l'Eglise de la Singularité et leur chef fanatique Ro Chi. A la clé : la survie de l'univers !

Plus souvent qu'à son tour, Decorum a pu désorienter le lecteur et cet épisode ne fait pas exception. On ne sait jamais sur quel pied danser. Ce délicieux parfum d'inattendu fait tout le sel de l'aventure écrite par Jonathan Hickman. Pour ma part, et je crois que c'est une lecture valable du projet, Decorum est une comédie où Jonathan Hickman s'autoparodie de manière savoureuse et absolue, en déployant tous ses tics d'écriture (les data pages, les chapitrages, le format des épisodes, le goût des personnages désincarnés, la grandiloquence des décors et des enjeux). On ne peut le prendre au sérieux ici tant il pousse les curseurs à fond.

Tout est fou dans Decorum, tout est absurde, grotesque, et hilarant. On peut voir résumer cela par la double page où, façon maître d'école, le Messie interroge le lecteur pour définir ce qu'est une divinité comme lui. Plus loin, on voit détailler, par le menu, la "Mission Déicide", et les paragraphes du plan regorgent de détails saugrenus dans leur précision. On en mesure le caractère délirant et insensé tout en voulant bien croire, puisque c'est énorme, que c'est effectivement le seul moyen de règler le problème qui se pose à ce stade (ici : neutraliser l'Eglise de la Sororité et son leader). Quand, enfin, le Messie reconfigure tout ce bazar pour assurer la paix cosmique et que vient le moment de choisir un successeur au fanatique Ro Chi, la solution est tellement loufoque qu'elle ne peut que vous faire éclater de rire. Toutes les pauses sérieuses qui ont pu précéder ont volé en éclats.

Mike Huddleston a depuis le début fait lui aussi exploser le calibrage de la bande dessinée pour transformer Decorum en une expérience visuelle. Il n'allait pas s'assagir au dernier moment et pendant soixante pages, il lâche les chevaux. On passe de pages à la colorisation minimaliste à d'autres saturées d'effets numériques, puis en noir et blanc. Constamment, il fait souffler le chaud et le froid, ne laissant aucun répit au lecteur.

On en sort rincé, mais c'est une claque esthétique peu commune. Toute la série semble avoir été non pas pensée, élaborée, mais réalisée à l'instinct, selon l'humeur de l'artiste. Ce qui, là encore, va à l'encontre des principes qu'on attache aux comics de Hickman, avec ses plans, ses cadres, son déterminisme. Le génie de Huddleston est d'avoir injecté dans la machine Hickman une irrationnalité qui l'a dégrippée, décoincée.

Mais, en vérité, on s'en doute, rien n'est si simple. Hickman a sans doute dès le départ voulu tout péter et avec Huddleston, il avait un partenaire idéal pour cela. Un dessinateur capable de jouer la folie totale tout en concevant des planches hyper-travaillées mais qui donnaient l'impression d'être improvisées, comme sous l'effet d'un trip. De ce point de vue, le decorum, c'est-à-dire l'ensemble des règles à observer pour bien se tenir en société, s'applique avant tout aux deux auteurs qui étaient connus dans leurs registres respectifs (Hickman le cérébral, Huddleston le fou) et allaient nous décoiffer en faisant le contraire de qu'on attendait d'eux. C'est donc tout à fait réussi. Huddleston a certainement produit son oeuvre la plus calculée quand Hickman a volontairement complètement lâché la rampe.

Allez, je ne résiste pas : ce n'est pas vraiment fini car, en fin d'épisode, un teaser annonce une suite à Decorum qui s'intitulera Decorum and the Womanly Art of Empire. Hickman et Huddleston vont donc rempiler, mais, prudents, ils n'indiquent pas la date du retour de leur série. Est-ce que je repartirai pour un tour ? On verra, mais si c'est aussi amusant, pourquoi se priver.