vendredi 20 août 2021

CATWOMAN #34, de Ram V et Fernando Blanco


Ce trente-quatrième épisode de Catwoman marque une étape dans la série écrite par Ram V puisque le scénariste perd son dessinateur, Fernando Blanco (appelé sur un autre projet pour l'instant secret). Mais aussi parce que le mois prochain, Catwoman est embarquée dans le crossover Fear State. Il s'agit donc de conclure en beauté, ce que ne manquent pas de faire Ram V et Fernando Blanco.


Blessée par le Père Vallée, Catwoman a été sauvée de la noyade par Batman. Il a pu la retrouver à temps grâce au détective Hadley du GCPD qui l'a prévenu qu'un tueur était aux trousses de Catwoman. Batman remet à sa partenaire des infos sur Vallée qui devrait lui permettre de le vaincre.


Cependant, Hadley se rend dans les ruines de l'église St-Thomas, détruite par Vallée et y trouve un plan calciné à partir duquel il déduit que l'assassin a une autre cible que Catwoman. Cette dernière fonce dans le repaire de son adversaire et découvre qu'il tient sa soeur Maggie dans sa ligne de tir.


Catwoman engage le combat mais le Père Vallée la domine car il a l'avantage d'avoir étudié ses techniques de combat. Mais Catwoman a des ressources et réussit à se reprendre. Cependant, Hadley calcule d'après les positions du plan laissé par Vallée ce qu'il vise.


Catwoman réussit à blesser mortellement Vallée mais celui-ci a encore un tour dans son sac : il actionne le tir de son fusil pour abattre Maggie. Hadley surgit sur la terrasse de cette dernière. Une détonation éclate en même temps que Vallée se jette dans le vide et se fait exploser...

Voilà une nouvelle leçon de narration prodiguée par Ram V et Fernando Blanco. J'espère vraiment que le dessinateur laisse tomber Catwoman pour un projet qui vaut le coup car il manquera cruellement à la série sur laquelle il accomplissait un magnifique travail et affichait une complicité épatante avec son scénariste.

Car, ou, le moment est venu pour Fernando Blanco de faire ses adieux à Catwoman. Depuis 2018, où il a régulièrement oeuvré comme fill-in artist sur le run de Joelle Jones jusqu'à 2021 où il est devenu titulaire du poste, le dessinateur espagnol a bien servi les aventures de la féline fatale. Son trait charbonneux, ses compositions inventives et magnifiquement équilibrées, son sens du découpage souvent prodigieux, ont permis au titre d'avoir une stabilité graphique qui lui manquait auparavant (Jones ayant connu des difficultés récurrentes à cumuler scénario et dessin).

Encore une fois, Blanco livre des planches superbes où son talent éblouit. Ce numéro est riche en action et alimenté par un suspense crescendo jusqu'à la toute dernière image. Il sert intelligemment le script en sachant mettre en valeur les points forts de l'histoire, qui file sur un rythme soutenu, implacable.

On retiendra bien entendu principalement l'affrontement entre Catwoman et le Père Vallée qui tient toutes ses promesses : brutal, impitoyable, intense, il est mis en image avec un savoir-faire indéniable. Blanco ne sacrifie rien : ni les décors, ni les jeux d'ombres et de lumière, les angles de vue dynamique, l'expressivité des personnages. On vibre durant ce combat où il est clair dès le début qu'un des deux ne survivra pas. La personnalité malade du Père Vallée transforme l'issue de cette bagarre non pas en règlement de comptes ni en application d'une justice expéditive, mais bien comme la traduction d'un comportement radicalisé face à une Catwoman qui, elle, lutte pour sa survie et celle de sa soeur.

Avant cela, Ram V nous éblouit encore par l'assurance de son écriture. On a là un auteur qui sait exactement où il va et ce qu'il ambitionne, qui entraîne le lecteur où il l'a décidé. Ce n'est pas étonnant qu'on se l'arrache et on peut s'étonner que DC ne lui ait pas fait signer un contrat d'exclusivité (mais l'éditeur est désormais dans une politique incongrue qui consiste à ne pas s'attacher les services de ses scénaristes pour ne pas avoir à supporter des salaires trop élevés, quitte ensuite à assister à une fuite des talents).

Ram V a en tout cas prouvé qu'il était à la hauteur non seulement du job mais surtout de ses références. Quand on prend pour maîtres-étalons quelqu'un comme Ed Brubaker, mieux vaut être sûr de son affaire car ce dernier avait totalement révolutionné Catwoman en son temps (avec l'aide non négligeable de Darwyn Cooke).

Mais Ram V n'est pas qu'un bon élève appliqué : son style existe et se traduit par une maîtrise du tempo, des temps forts et des temps calmes, vraiment bluffante. Lorsqu'il accélère, impossible de ne pas être emporté par son swing, et cet épisode est une démonstration. Passées les premières pages qui voit la réunion de Batman et Catwoman sur un mode mi-romantique mi-taquin, une fois que le Père Vallée défie son ennemie, c'est un défilé de pages sensationnelles, qui vous prend à la gorge et vous laisse sidéré à la toute fin. La dernière image encore une fois vous cueille complètement.

Même si je doute que ce soit la solution choisie par DC en Décembre, si Ram V succédait à Tynion IV pour prendre la direction de Batman, mais sans lâcher Catwoman, on pourrait alors avoir une parfaite synthèse entre l'option action de ces derniers mois et celle plus psychologico-sentimentale de Tom King (car j'aimerai vraiment que le couple BatCat se reforme tout en leur conservant leurs séries propres).

Espérons surtout que Catwoman maintienne cette qualité dans les prochains mois et que Nina Vakueva, qui remplacera Blanco au dessin, soit digne d'un niveau comparable. Ce sera difficile mais je croise les doigts car j'aime cette série et je déplorerai de la lâcher à cause de mauvais dessins. 

mercredi 18 août 2021

BATMAN / CATWOMAN #6, de Tom King et Clay Mann


C'est donc le sixième épisode de Batman/Catwoman, et l'histoire arrive à mi-parcours. En temps normal, cette étape sonne comme un premier bilan. Mais celui qu'on tire de la mini-série de Tom King et Clay Mann est rien moins que désastreux. En rédiger le résumé est fastidieux, de toute façon l'intrigue n'avance pas (ou si peu) et quand elle le fait, c'est de manière grotesque. Visuellement aussi, c'est limite honteux. Alors, puisque c'est la dernière fois que je parlerai de cette production, je vais changer la façon de la traiter.


Initialement, l'histoire de Batman/Catwoman aurait dû être celle du dernier arc écrit par Tom King pour son run sur Batman. Il a été évincé de la série avant, par Bob Harras (qui a depuis été licencié de DC Comics, avec beaucoup d'autres). DC Comics a quand même permis au scénariste de finaliser son plan avec douze épisodes, visiblement détachés de la continuité puisque publiés sous le Black Label.


King a tout de suite mis la barre très haut en annonçant vouloir faire de Batman/Catwoman l'équivalent de grands classiques comme The Dark Knight Returns de Frank Miller, une saga auto-contenue qui marqueerait les esprits et les personnages. Il l'a aussi écrite pour le dessinateur Clay Mann, qu'il considère comme le meilleur artiste avec lequel il a travaillé, et ce dernier lui a soufflé l'idée d'intègrer au récit le personnage d'Andrea Beaumont/Phantasm, uniquement apparu dans le film d'animation Le Masque de Phantasm. Le tout dans une construction à trois étages, entre passé, présent et futur. C'était donc très ambitieux et alléchant.


Tellement que DC a même accepté de repousser la publication de Batman/Catwoman d'un an afin de laisser à Clay Mann le temps nécessaire pour réaliser assez d'épisodes à l'avance, car lui et King refusaient l'intervention d'un fill-in artist. Les premiers épisodes de la mini-série m'ont impressionné mais aussi déboussolé, car la structure narrative était très haché et empêchait à la fois de s'attacher aux personnages, de bien saisir l'intrigue. Puis ça s'est rétabli. Avant de repiquer du nez car, contre toute attente, les épisodes ont pris du retard (deux mois et demi entre ce n°6 et le n°5)...


Mais je suis plutôt du genre cool avec les retards. Il m'en faut beaucoup pour me décourager et je n'oublie pas qu'un dessinateur n'est pas une machine à livrer vingt pages/mois comme si c'était naturel. Sauf si évidemment la qualité n'est pas au rendez-vous... Et de ce point de vue, mais pas seulement, ce sixième chapitre a eu raison de mon indulgence.

Clay Mann ne dessine plus aucun décor, on se croirait dans un comic-book de Rob Liefeld (je n'exagère pas). C'est déjà quelque chose qui m'agace. Mais on doit ajouter que Tom King n'écrit plus vraiment de script non plus, plutôt un enchaînement de scènes morcelées, bavardes, qui ne font plus progresser l'histoire, souvent de façon invraisemblable, pour ne pas dire ridicule.

Dans les années 70, dans le feuilleton Happy Days, une scène où Fonzie, à la plage, sautait par-dessus un requin sous le vivas des vacanciers a donné naissance à une expression péjorative pour désigner le moment où une production commençait à décliner qualitativement (et ce, même si l'épisode en question fut à l'époque un succès d'audience). Jumping the shark, littéralement, pour dire que les auteurs étaient allés trop loin.

Dans Batman/Catwoman #6, Tom King et Clay Mann, indissociablement, ont sauté par-dessus le requin : il s'agit de la page ci-dessus (la troisième). On y voit Selina Kyle, âgée, partir en patrouille avec sa fille Helena/Batwoman, après avoir enfilé son costume de Catwoman mauve avec la cape verte. Ce qui est ridicule ici, ce n'est pas tant de voir Selina en habit de Catwoman alors qu'elle doit avoir 60-70 ans, mais le choix de cet habit et la posture héroïque, iconique que lui donne Mann. Il est imposible de ne pas éclater de rire devant cette page et d'être surtout gêné. Gêné par ce choix scénaristique et visuel, qui est censé pour les auteurs montrer une femme d'un certain âge (d'un âge certain) en costume en ayant toute sa dignité alors que la représentation de cette idée est saugrenue, humiliante, embarrassante. D'un comique involontaire et dégradant.

On a vu, dans le précédent épisode, lors de son combat contre Harley Quinn, que Selina Kyle avait de beaux restes et Mann l'a dessinée depuis le début comme une belle femme âgée, élégante, avec un maintien impeccable. Donc pourquoi pas en effet l'envoyer patrouiller avec sa fille ? Mais accoutrée de la sorte ? Non. C'est juste pas possible.

Le sentiment qu'on garde de ce moment détruit tout ce qui précéde et suit. Et qui n'est déjà pas bien fameux. C'est littéralement l'instant jumping the shark. Une histoire ne peut se remettre d'une idée pareille.

Et, au fond, ce qu'on se demandait depuis le début - est-ce que King n'aurait pas dû en rester à la jolie fin de son run sur Batman, à l'épisode 85 ? - resurgit. Car Batman/Catwoman ressemble vraiment au combat de trop, à l'histoire de trop. Dans l'Annual #2 de son run, King explorait plus de façon bien plus efficace et émouvante ce qu'il tente lourdement de dire en douze laborieux épisodes ici : "comment ils vécurent, comment ils sont morts" (pour reprendre les paroles de Bonnie & Clyde par Serge Gainsbourg et Brigitte Bardot), leur première fois, leur dernière fois. Il n'a pas su s'arrêter, il a tout gâché. Enfin... pas tout, non. Mais Batman/Catwoman ressemble à un appendice inutile et disgracieux à cet Annual sublime, dessiné par Michael Lark et Lee Weeks, où tout était déjà dit.

Dès lors, on se contrefiche bien que Selina, contre toute logique, cache le Joker chez elle et qu'ils décorent un sapin de Noël, que Catwoman serve d'appât à Phantasm pour pièger Batman et que Selina avoue à Helena avoir bel et bien tué le Joker finalement. Quelle astuce cette série peut encore offrir qui vaille six épisodes supplémentaires et indispensables ? Je ne vois pas. Je ne le verrai jamais car j'arrête les frais.

Sur le papier, avec l'attente, et le désir qui l'a accompagnée, Batman/Catwoman était un projet qui faisait très envie. Si tant est que Clay Mann avait assuré, que King tenait son pari fou de pondre son classique Batmanien... Mais ce n'est pas le cas. C'est encore pire que Heroes in Crisis, agréable hormis son final capillotracté et idiot. Mieux vaut relire Mister Miracle, ou suivre Strange Adventures, Rorschach, Supergirl : Woman of Tomorrow, et attendre The Human Target. N'importe quoi sauf ça. King a définitivement tout dit sur Batman à mon goût, qu'il le laisse partir, et nous régale avec des personnages moins iconiques sur lesquels il est plus inspiré.

Quant à Clay Mann, comme Olivier Coipel, je ne suis pas certain de lui refaire confiance tant ce qu'il a fait là ressemble quand même à du foutage de gueule en règle. Il a un talent indéniable, mais peu de rigueur et encore moins d'honnêteté pour mériter que ses fans lui accordent du crédit.

lundi 16 août 2021

DES NOUVELLES NOUVELLES TOUTES FRAÎCHES

Visiblement l'entrée consacrée à "l'affaire" Substack vous a intéressés si j'en juge par le nombre vues enregistrées par Blogger : merci, ça fait plaisir ! Je n'étais pas très sûr de moi quand j'ai voulu, chaque semaine, consacrer un article aux News comics, mais les retours me réconfortent. Aussi en voilà d'autres, que j'ai préféré séparer de ma précédente entrée afin de ne pas vous imposer la lecture d'un pavé indigeste.

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MARVEL COMICS/DISNEY :


On démarre par un nouveau titre que proposera Marvel en Novembre prochain : il s'agira d'une mini-série (sans que l'éditeur ait précisé combien d'épisodes elle comptera) intitulée Captain America - Iron Man. Et tenez-vous bien, c'est la première fois que les deux Avengers partagent l'affiche d'une série consacrée à une histoire commune. Derek Landy écrit, Angel Unzueta dessine ce récit où les deux Avengers s'unissent pour affronter une menace provenant de l'Hydra. Très original donc... On peut se surtout se demander si ces deux personnages finiront la série amis ou en se foutant sur la gueule comme ça leur arrive régulièrement - façon pour Marvel de préparer une Civil War III ?
En tout cas, entre la fin de la mini The United States of Captain America et ceci, ça repousse le retour d'une série Captain America à 2022.
 

Une série débute, une autre va s'achever. Malgré de bonnes critiques et des ventes stables, Marvel annule Black Cat, écrit par Jed MacKay, en Novembre. Le titre avait déjà connu un premier arrêt au bout d'une première "saison" de 12 numéros avant d'être "relaunchée". Jamais deux sans trois ? On peut s'interroger après que Marvel a juré que Felicia Hardy allait devenir un de leurs personnages les plus importants à l'issue de l'event Infinite Destinies (réparti sur plusieurs Annuals). A moins que la Chatte Noire n'ai tun rôle important à jouer dans le futur Spider-Man Beyond ?


Marvel file un drôle de mauvais coton au niveau relations humaines et publiques en ce moment. Après Scarlett Johansson qui a décidé de poursuivre Disney suite à la double exploitation en salles et sur la plateforme de streaming Disney + qui l'aurait privé de plusieurs millions (grâce à un pourcentage sur les recettes en salles), voilà qu'un nouvel article de presse révèle que les auteurs dont les histoires ou les personnages sont portés à l'écran touchent en tout et pour tout 5 000 $ et une place pour l'avant-première dudit long métrage ! Ouch !
Une anecdote particulièrement édifiante révèle que lors de l'avant-première de Captain America : Le Soldat de l'Hiver, Ed Brubaker et Steve Epting (les créateurs du Winter Soldier quand même) se sont d'abord vus refuser l'entrée à la salle de projection... Avant que Sebastian Stan (l'interprète de Bucky Barnes) ne les fasse passer !
Et après ça, certains s'étonnent que tout le monde file chez Substack...
 

Un autre qui n'est pas jouasse, et à juste titre, c'est l'excellent dessinateur Joe Quinones qui vient de révéler ces jours-ci sur Twitter une drôle de mésaventure. Il a en effet découvert que Marvel commercialiser des posters d'America Chavez, d'après des couvertures de la série qu'il avait dessinées.... Mais en ayant effacé, grossièrement, sa signature de l'image (ci-dessous) !



Le procédé est évidemment indigne. Et sur le réseau social, de nombreux collègues et amis de Quinones, travaillant pour Marvel ou d'autres éditeurs, lui on exprimé leur soutien mais aussi leur sidération. Car, bien sûr, tout cela prive Quinones d'argent sur la vente de ces posters.
Rappelez-vous quand C.B. Cebulski, le rédacteur en chef de Marvel Comics, a été nommé, l'éditeur justifiait son choix par le fait que c'était lui-même un auteur et qu'il allait pouvoir mieux les représenter, les promouvoir que son prédécesseur (Axel Alonso). Hé bien, c'est là une curieuse manière de respecter les artistes.

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DC COMICS :


Les sollicitations pour le mois de Novembre sont tombées pour DC Comics (et bientôt pour Marvel), ce qui permet de découvrir de nouveaux projets à paraître dans trois mois et demi. Et parmi ceux-ci, on notera le retour du retour Jeff Lemire/Dustin NGuyen, après leurs collaborations chez Image (sur Descender et Ascender), pour une mini-série de prestige en quatre volumes de 40 pages, sous le Black Label : Robin & Batman.
Car il s'agira bien d'une histoire sur la première année de Dick Grayson en tant que Robin aux côtés de Batma, raconté du point de vue du Boy Wonder. Les premières pages qui ont été communiquées sont sublimes. Je vais craquer.


Et si vous aimez Robin, vous serez comblés avec la sortie d'une autre mini-série en six numéros intitulée Robins (avec un "s"), par Tim Seeley au scénario et Valdemar Rivas au dessin. Ce projet, qui réunira tous les Robin (Dick Grayson/Nightwing, Jason Todd/Red Hood, Tim Drake/Red Robin, Cassandra Cain/Orphan et Damian Wayne/Robin) est en fait le gagnant d'un concours de pitch organisé par DC et élu par les fans. A voir.
 

Depuis le début de la semaine dernière, Tom Taylor teasait sur Twitter son nouveau projet en expliquant qu'il travaillait depuis deux ans en secret dessus, avec un "dream artist". Il avait donné comme seul indice les initiales DCDKOS. Késako ? Hé bien, il s'agit de DC's Dark Knight Of Steel, une mini-série en 12 épisodes, sous le Black Label, dessinée par Yasmine Putri (jusqu'ici surtout remarquée pour ses superbes couvertures).
Comment souvent avec Taylor, c'est aussi un "Elseworlds", donc hors continuité. Cette fois, le scénariste s'est amusé à imaginer l'univers DC dans une ambiance à la Game of Thrones médiéval où la Trinité Superman-Wonder Woman-Batman est au centre de l'intrigue. Un peu gadget, il faut le reconnaître, mais amusant, à l'image de Taylor, un des auteurs les plus sympathiques et amoureux sincères du genre super-héroïque, inspiré par ces univers parallèles où tout est permis.
Les premières pages diffusées montrent que Putri a autant de talent pour les pages intérieures et les characters designs que pour ses covers. Et ça démarre aussi en Novembre.


Novembre encore : actuellement à l'oeuvre sur Infinite Frontier, le néo-architecte du DCU Joshua Williamson y réemploie la Justice League Incarnate imaginée par Grant Morrison dans The Multiversity. En compagnie de Dennis Culver, Andreï Bressan et Brandon Peterson, et avec un casting sensiblement modifié, Williamson va consacrer à ces gardiens de l'Omnivers une mini-série en 5 parties.
Gary Frank signera les couvertures. Mais je ne suis pas emballé.


Pas davantage que je ne le suis pas Wonder Woman : Evolution, une autre mini-série en 8 épisodes, écrites par Stephanie Phillips et dessinée par Mike Hawthorne (qui atterrit donc chez DC après avoir annoncé la fin de son bail chez Marvel, où il suppléé Marco Checchetto sur Daredevil et où il tenait le record d'épisodes dessinés sur Deadpool). L'amazone part dans l'espace représenter la Terre dans une espèce de compétition façon Jeux Olympiques. Bof.


Ce qui suit n'a encore rien d'officiel mais Sanford Greene (le dessinateur de la série Bitter Root chez Image Comics) a posté sur Twitter cette étude d'OMAC, le One Man Army Corps créé par Jack Kirby en 1974. Ce qui est déjà alléchant. Mais qui devient encore plus intriguant quand l'artiste mentionne le nom de Brian Michael Bendis. Projet en vue ? En tout cas, à surveiller de près car ça pourrait donner quelque chose de fun, certainement au sein du Black Label. Fingers crossed !


Pour terminer les News DC, un point sur les mouvements internes : d'abord le dessinateur actuel d'Action Comics, Daniel Sampere, quitte le titre écrit par Philip Kennedy Johnson au #1036 en Octobre. Il a annoncé partir pour un nouveau projet (je cite :) "ENORME !" toujours pour DC. Les paris sont ouverts mais on surveillera ça avec attention parce que Sampere est un excellent dessinateur (qui mérite mieux que le scénariste avec lequel il collaborait...).


Dans mon entrée consacrée à Substack, j'évoquai à demi-mots du changement concernant Tini Howard, qui allait collborer au nouveau projet de Jonathan Hickman (3 Worlds. 3 Moons). Mais j'avais gardé sous le pied la grosse info de la scénariste actuel de Excalibur qui quitte Marvel pour rejoindre DC en Novembre. Elle débutera chez son nouvel éditeur par une histoire courte dans l'anthologie Batman : Urban Legends. Mais nul doute qu'elle n'a pas fait le voyage juste pour ça. Reste à savoir qui va reprendre Excalibur, titre sur lequel elle avait imprimé sa marque (à laquelle je n'ai guère accrochée mais qui était indéniablement originale).


Enfin, et ça, c'est sans doute, l'annonce qui me fait le plus plaisir : la légende vivante Mark Waid revient chez DC en 2022 ! Ce n'est pas vraiment une surprise vu que Marvel ne lui donnait plus rien à écrire (ou alors des séries condamnées à l'échec, mais dont il se chargeait avec le professionnalisme qu'on lui connaît). On peut exclure qu'il s'occupe de Flash (sur lequel il a beaucoup donné) ou d'Aquaman (promesse faîte de ne jamais l'écrire depuis le décès de son partenaire Mike Wieringo, avec lequel il avait en tête de produire une série sur Arthur Curry). Mais Waid peut et sait tout écrire, il connaît cet univers, ces héros comme personne, et si DC lui donne un bon dessinateur (peut-être Daniel Sampere, tiens !), alors ce sera immanquable.

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IMAGE COMICS :


Enfin, pour conclure cette entrée, un rapide détour par Image qui nous prépare un joli cadeau de Noël un mois avant la date puisque l'éditeur publiera Friday Book One : The First Day of Christmas, écrit par Ed Brubaker et dessiné par Marcos Martin. Il s'agit d'une histoire originellement proposée sur PanelSyndicate, la plateforme de comics dématérialisés créée par Brian K. Vaughan et Martin, où le lecteur paie ce qu'il veut pour lire les épisodes mis en ligne.
Conçue comme un hommage aux romans policiers et young adult, Friday est une merveille mélancolique, somptueusement mise en image. N'hésitez pas à commander cet album au format "à l'italienne" en Novembre !

Et voilà, c'est fini pour cette fois. Prenez soin de vous et de vos proches (en allant vous faire vacciner !). Et à très bientôt pour de nouvelles critiques !

samedi 14 août 2021

DES NOUVELLES NOUVELLES TOUTES FRAÎCHES : SPECIALE SUBSTACK

J'avais initialement prévu de parler de Substack Lundi prochain, mais l'ampleur qu'ont prise les annonces de ce nouvel acteur de l'industrie des comics m'a incité à lui consacrer une entrée à part. Car c'est bel et bien une petite révolution à laquelle on est en train d'assister depuis quelques jours. Et comme chaque révolution, elle pose des questions : bouleversement visionnaire ? Ou miroir aux alouettes ?


Substack, c'est quoi d'abord ? Il s'agit d'une plateforme qui permet à des auteurs de publier leurs newsletters. C'est gratuit, mais on peut payer pour accèder à des contenus spéciaux. Cette semaine, Substack a fait beaucoup parler de lui en attirant plusieurs grands noms des comics dans un projet d'envergure.


Tout a en fait débuté lors du premier confinement consécutif à la pandémie du COVID-19 en 2020. A l'époque, les éditeurs paniquent : la crise sanitaire provoque un arrêt de la distribution des comics, le principal distributeur, Diamond Comics, cesse même son activité, tout comme certains imprimeurs. Chez certains éditeurs, on commande même aux artistes de poser leurs crayons le temps que la situation revienne à la normale. Durant cette période, le seul moyen de lire encore des comics consiste à utiliser les plateformes numériques, comme Comixology.
Mais les auteurs gambergent pour ne pas complètement perdre le contact avec leurs lecteurs, notamment quand ils produisent des titres en creator-owned. Nick Spencer (ci-dessus), le scénariste de The Amazing Spider-Man, pense déjà à l'après-COVID et discute avec Substack qui publie sa newsletter. 


Des échanges précis entre Spencer et Substack, on ne sait rien. Mais cette semaine, tout s'est brusquement accéléré. D'abord quand James Tynion IV (ci-dessus) annonce qu'il quitte DC et donc abandonne la série Batman, pour laquelle DC était prêt à lui donner carte blanche pour les trois prochaines années, afin de se consacrer exclusivement à ses propres créations. Il quittera Batman en Novembre prochain et The Joker en Avril 2022, terminera The Nice House on the Lake en 2022 (le titre fera un break de Novembre 2021 à Mars 2022). Mais Tynion ne veut plus écrire de comics de super-héros, conforté par le succès de Something is killing the Children.


Tynion annonce dans la foulée qu'il a signé un deal avec Substack, pour une collection de comics, dont le premier sera une série antholgique, Blue Book (ci-dessous), co-créée et dessinée par Mike Avon Oeming (ci(dessus). Cinq autres titres sont en prévision.


Nick Spencer, James Tynion IV, Mike Avon Oeming : c'est déjà pas mal. Mais ce n'est que le début d'une exode massive et spectaculaire. Car Substack a frappé très fort. Vraiment très fort.


Le prochain sur la liste n'est en effet nul autre que Jonathan Hickman, l'architecte du renouveau des X-Men chez Marvel depuis deux ans. Une sacrée prise, car le bonhomme n'arrive pas seul et pas pour n'importe quel projet. Il lance même ce qu'il appelle "une expérience inédite", intitulée 3W. 3M., soit 3 Worlds. 3 Moons. (ci-dessous)


Pour l'accompagner, il y a Mike Huddleston (ci-dessous), avec qui il signe Decorum (toujours pas fini au demeurant), chez Image Comics. Un artiste au style fou, qui colle donc bien à la démesure des ambitions de Hickman.


Si Hickman écrita le scénario et le script de 3W. 3M., il a confié à des complices le soin de compléter son projet :


- Tini Howard (scénariste de Excalibur et X-Corp) doit imaginer le système magique de cet univers.


- Ram V (Catwoman, Justice League Dark, Swamp Thing, Venom) se charge de l'économie.


- Al Ewing (S.W.O.R.D., Guardians of the Galaxy, Immortal Hulk, Defenders) réfléchit à la religion.


- Gerry Duggan (X-Men, Marauders) conçoit le modèle technologique et scientifique.


Que racontera exactement 3 Worlds. 3 Moons. ? On l'ignore encore, mais cela s'annonce hors normes. Un autre artiste a été réquisitionné pour la peine : Mike Del Mundo (ci-dessus) a posté les premiers characters designs de la série et c'est magnifique.




Mais la razzia n'est pas terminée ! Substack a dû lever des fonds énormes pour sa campagne de recrutement et le financement de ses futures publications. Car c'est une nouvelle manière de faire : en effet, Substack, pendant la première année de production, prend tout à sa charge. Puis la deuxième, il prélévera une commision de 10% sur les bénéfices générées par les oeuvres produites.


Saladin Ahmed (Miles Morales : Spider-Man, The Magnificent Ms. Marvel) sortira chez Substack Copper Bottle.


Molly Knox Ostertag (Strong Female Protagonist, Tales of the Night Watchman, The Girl from the Sea) livrera In The Telling.


Chip Zdarsky (Daredevil, Sex Criminals) est le dernier à avoir cédé aux sirènes de Substack, mais pas encore de tprojet précis communiqué.


Substack devient aussi le nouveau foyer de Skottie Young qui plante Image Comics pour relancer sa série déjantée I Hate Fairyland (ci-dessous).


Mais alors, au fond, qu'est-ce qui motive cet exode ?

Hé bien, en fait, c'est assez simple : Les auteurs vont pouvoir développer leur propre gamme de comics chez Substack. Ils en auront la propriété intellectuelle et les droits de publications, autrement dits si dans un premier temps Substack aura l'exclusivité de leurs productions en ligne, en format numérique, les auteurs pourront ensuite faire publier en format physique leurs histoires chez l'éditeur de leur choix (Image, Dark Horse, IDW, Boom !). Ils deviennent de fait des publishers, et surtout, ça ne signifie pas la mort des comics en dur - d'ailleurs la majorité des auteurs ayant signé avec Substack restent attachés aux albums (les TPB), et même les floppies (les fascicules).

Comment lira-t-on ces comics ?

Comme c'est d'abord, dans un premeir temps, une offre numérique, c'est un système de suscription, d'abonnement. Le prix de base a été (jusqu'à nouvel ordre) fixé à 5 $, ce qui revient au prix d'un floppie chez Marvel ou DC. Mais ensuite il y a une échelle de tarifs supérieurs pour accéder à des bonus (scripts, croquis, etc). Il n'est pas exclu aussi, d'après ce que j'ai compris, que certains auteurs appliquent un procédé semblable à celui de PanelSyndicate (la plateforme créée par Brian K. Vaughan et Marcos Martin, le "pay what you want", donc virtuellement une offre gratuite.

Que penser finalement de tout cela ?

Il est indéniable que Substack a redistribué les cartes. Chez Marvel et, dans une moindre mesure chez DC, ça doit être un peu la panique. 

Le cas de Jonathan Hickman est particulièrement intéressant : cela signifie-t-il qu'il va totalement quitter Marvel et donc plaquer la franchise X qu'il revitalisée ? Ou va-t-il vouloir conserver au moins une place de showrunner ? On sait que Tomm Coker dessine actuellement le vol. 3 de Black Monday Murders, la série qu'il écrit pour Image Comics, donc ce n'est pas impossible que Hickman ait le temps et l'énergie de continuer à produire pour Marvel. On en saura certainement plus à la fin de la publication d'Inferno, car le scénariste a maintes fois expliqué qu'il s'agissait d'une histoire aussi importante que House of X - Powers of X, et à la lumière de ces derniers jours, on peut interpréter cela de deux façons : soit il entend par là que Inferno peut être la conclusion de son projet sur la franchise mutante et que les autres scénaristes se chargeront de la suite sans lui ; soit Inferno conduira au lancement d'un nouveau titre écrit par Hickman (puisqu'il a légué X-Men à Gerry Duggan).

D'autres auteurs, comme Ram V, Gerry Duggan ou Tini Howard, ont déjà prévenu qu'ils ne délaissaient pas les Big Two : Ram V continuera à écrire Catwoman et Justice League Dark (et finira Swamp Thing) pour DC, co-signera Venom avec Al Ewing pour Marvel ; Gerry Duggan ne lâche pas X-Men ; et Tini Howard - je reparlerai d'elle Lundi dans mon autre entrée consacrée aux nouvelles de la semaine.

Substack et son offre ont-ils un avenir ? 

Ou est-ce un coup d'éclat qui risque d'aboutir à une énorme désillusion ? Il est impossible de le dire. Mais on peut raisonnablement penser que si des auteurs comme Tynion, Hickman, Skottie Young se sont engagés, ils ont bien dû peser le pour et le contre, et les avantages ont dû l'emporter sur les désagréments. Substack a aussi l'assurance avec des auteurs de ce calibre que leurs fans les suivront dans cette aventure. 

Financièrement, Substack donne des conditions de travail qui feraient rêver n'importe qui (c'est même mieux que Image Comics où les auteurs ne reçoivent aucun argent avant la publication). Et puis il y a le précédent PanelSyndicate, cette initiative improbable et pourtant couronnée de succès, où Brian K. Vaughan et Marcos Martin avaient lancé The Private Eye en laissant le choix aux lecteurs de payer ce qu'ils veulent. David Lopez, Albert Monteys les ont rejoints, avec bonheur. Les fans comprennent que tout travail mérite salaire et pour ceux qui préférent lire de vrais livres, physiques, les récits de Vaughan et Martin ont été ensuite publiés en hardcover par Image puis Urban Comics, Black Hand & Iron Head de Lopez idem, Universe de Monteys pareil.

Si on considère que pour produire des oeuvres originales et de qualité, il faut qu'ils soient dans de bonnes dispositions, alors réjouissons-nous de l'offre de Substack. Ensuite, le temps fera son oeuvre et nous verrons bien l'ampleur du succès (ou du bide) de cette entreprise.

vendredi 13 août 2021

THE SUICIDE SQUAD, de James Gunn (Critique avec Spoilers !)


Cinq and après la première adaptation au cinéma mise en scène par David Ayer, c'est donc au tour de James Gunn de proposer sa version de The Suicide Squad, qui n'est ni une suite ni un reboot, mais une vraie tentative pour le DCEU (DC Extended Universe) de trouver la bonne formule.  Bonne pioche car, en récupérant le cinéaste un temps tombé en disgrâce chez Marvel, Warner Bros réussit un très joli coup et surtotu, enfin, un vrai bon film. Qui devrait indiquer la direction à suivre pour le studio désormais...


Amanda Waller envoie deux équipes de la Task Force X, l'une commandée par le colonel Rick Flagg, l'autre par le super-mercenaire Bloodsport, au large de l'Amérique latine, sur l'île de Corto Maltese. L'endroit vient de subir un putsch militaire par des généraux anti-américains. En échange de leurs services, les criminels ayant accepté la mission bénéficieront d'une remise de peine. L'objectif : identifier le projet Starfish et le détruire. 


Le groupe de Flagg accoste le premier mais, trahi par un de ses agents, Blackguard, il est massacré par des soldats. Seule Harley Quinn survit mais elle est capturée et emmenée jusqu'à Silvio Luna, chef des putschistes. Flagg est porté disparu. Pendant ce temps, Bloodsport et son unité, profitant de cette diversion, s'enfonce dans la jungle de Corto Maltese. Ils attaquent un camp où Flagg a été récupéré par Sol Soria, chef des rebelles, et qui compte sur leur aide pour renverser le nouveau régime contre son aide pour accéder au projet Starfish.


Ayant gagné discrétement la capitale de l'île, Bloodsport et Flagg kidnappent le Penseur, un savant méta-humain en charge du projet Starfish. Mais avant d'attaquer la tour Jotunheim qui l'abrite, ils doivent sauver Harley Quinn. Celle-ci ne les attend toutefois pas : torturée par les putschistes, elle réussit à s'évader et retrouve Flagg alors qu'il s'apprêtait à entrer dans le bâtiment où elle était retenue.


La Suicide Squad - composée de Flagg, Harley, Bloodsport, Peacemaker, King Shark, Polka-dot Man, Ratcatcher II et King Shark - pénétrent dans la Tour Jotunheim grâce au Penseur et s'y enferme. Ils piègent le bâtiment avec des explosifs pendant que l'armée l'encercle, laissant aux rebelles la voie libre pour atteindre le palais des généraux et les abattre. Flagg , Peacemaker, Ratcatcher II suivent le Penseur au coeur de Jotunheim et découvre ce que cache le projet Starfish. Flagg comprend surtout que le gouvernement américain a participé à cela et veut le dénoncer aux médias. Mais Peacemaker s'interpose, sur ordre de Waller.


Le Penseur est tué alors que les charges explosives dévastent la Tour Jotunheim et pendant que Flagg et Peacemaker s'affrontent pour la disquette contenant les infos compromettant les Etats-Unis, c'est Ratcatcher qui la récupère. Harley, King Shark et Polka-dot Man sautent de la Tour qui s'effondre tandis que Bloodsport chute jusqu'au niveau où se trouvent Peacemaker et Ratcatcher. Bloodsport abat Peacemaker en apprenant qu'il a tué Flagg. Starro, le projet Starfish, est libre et fait des ravages dans la capitale.


La Suicide Squad désobeit à l'ordre de Waller de se replier pour arrêter ce monstre et sauver les civils. Au terme d'une bataille épique, Bloodsport obtient que Waller ne traque pas l'équipe sinon il transmettra les infos accablant les Etats-Unis au sujet de Starfish.

- Une première scène post-générique de fin montre Weasel (la Belette), membre de l'escadron dirigé par Flagg quand il a accosté sur l'île, laissée pour morte, reprendre connaissance et s'enfuir dans la jungle, affolée.

- Une seconde scène post-générique de fin montre les assistants de Waller se rendre dans un hôpital militaire où a été transporté Peacemaker, placé en soins intensifs pour de futures missions...

Sorti il y a juste une semaine aux Etats-Unis (et Mercredi dernier en France), The Suicide Squad a reçu un accueil dithyrambique dans la presse mais réalisé un score mineur au box-office américain, dans un contexte il est vrai encore tendu à cause de la crise sanitaire et les contaminations dûes au variant Delta du COVID-19. Pourtant, ça n'a pas eu l'air d'affecter Warner Bros et DC Comics, visiblement ravis des résultats du long métrage.

La raison de cet optimisme se trouve sans doute dans le fait que The Suicide Squad est une sorte de miraculé, un film qui a bien failli ne jamais voir le jour - en tout cas sous sa forme actuelle. Pour tout comprendre, il faut remonter jusqu'en 2016.

A cette époque, David Ayer voit son adaptation de Suicide Squad (sans le "The" actuel) éreinté à la fois par la critique et le public. Pourtant, contre toute attente, le film sera un succès, trsè rentable. Déjà, le réalisateur critiquera le studio qui a remonté son long métrage pour en faire un objet ni fait ni à faire. Encore aujourd'hui, Ayer, s'appuyant sur la campagne de fans qui ont obtenu la diffusion de la Zack Snyder's Justice League, répéte à l'envi qu'il est en mesure de proposer sa version du film. Mais cette fois, peu de chance qu'on la voit un jour (et c'est heureux car si c'est pour se taper à nouveau 4 heures interminables comme pour la Snyder's cut, non merci. Y a un moment, faut se calmer avec ces director's cut.).

Puis en 2017, coup de théâtre : chez Disney, James Gunn, qui prépare le troisième volume de Guardians of the Galaxy, est renvoyé suite à la réapparition de tweets contenant des blagues sur la pédophilie, déterrés par des militants d'extrême-droite contre qui le réalisateur avait pris parti. Gunn aura beau expliquer qu'il était revenu sur ses propos, rien n'y fait (protestations de ses acteurs, soutiens de ses collègues), il est évincé. La Warner lui tend la main en lui donnant carte blanche sur un projet d'adaptation de comics, en misant sur le buzz et l'efficacité du réalisateur.

Il n'y a rien d'étonnant à ce que Gunn ait voulu s'approprier The Suicide Squad quand on connaît son oeuvre, remplie de personnages marginaux, opposés à l'ordre établi. Le studio tient ses promesses et n'interfère pas avec ses choix d'écriture ou de casting (contrairement à ce qu'ont subi d'autres cinéastes, comme Cathy Yan sur Birds of Prey and the Fantabulous Emancipation of Harley Quinn - qui reste une pépite injustement mésestimée). Scénariste et director, Gunn a la main sur le film et l'occasion de prouver à Disney son erreur.

Le résultat est spectaculairement bon. Et croyez les bons papiers qui disent que c'est le meilleur film de son réalisateur, surtout après Guardians of the Galaxy, vol. 2 qui était moins convaincant que le vol. 1. Comme un arc de comic-book, l'histoire est chapitrée et donc très facile à suivre, remplie d'humour (parfois noir), d'action (explosive) et d'une part de subversion( avec quelques effets bien saignants), sans oublier une vraie dimension absurde et assumée (propre aux comcis). D'ailleurs des inter-titres s'inscrivent dans l'image à des moments-clés pour souligner l'évolution du récit, ses coups de théâtre, ses retours en arrière, ses virages inattendus.

Gunn est un pur produit de la culture pop comme le sont Edgar Wright ou Quentin Tarantino ou Taika Waititi : son amour du matériau d'origine transpire à chaque plan, mais sans jamais trop se prendre au sérieux, juste la bonne distance entre respect et irrévérence. C'est incroyablement vivfiant, surtout dans le DCEU, ce véritable bordel sans queue ni tête où il n'existe aucune continuité, où les projets s'enchaînent de la façon la plus décousue, avec des castings improbables et une direction artistique nulle. Là, on a une vraie vision d'auteur, un esthétisme, un rythme, une science du récit, qui sont réjouissantes.

Pourtant, avec 2h 17 au compteur, on pouvait craindre des hauts et des bas. La séquence d'ouverture qui voit un nombre ahurissant de personnages être tués, souvent sauvagement, interroge sur la suite, et le choix de Starro le conquérant, cette gigantesque étoile de mer extra-terrestre dans le rôle du méchant de l'histoire excite autant qu'elle angoisse. Mais Gunn est en état de grâce : il réussit tout et offre un divertissement jouissif, violent, drôle, enlevé, démesuré et même absurde, exquis. On est très loin du sage premier film Wonder Woman de Patty Jenkins, du sérieux plombant de la trilogie Batman par Christopher Nolan, du maniérisme ridicule de Zack Snyder. Par contre, The Suicide Squad transforme tout ce que Birds of Prey... osait sans pouvoir aller jusqu'au bout, avec des personnages bien cernés, qui interagissent énergiquement, avec ici en plus une intrigue plus consistante et mieux tenue.

La promotion du film a été très habile en mettant en avant une distribution insensée : Michael Rooker (déjà dans Guardians of the Galaxy), Nathan Fillion, Jai Courteney (rescapé du film de Ayer).... Mais Gunn prend tout le monde au dépourvu en dézinguant tout ce beau monde très vite et se concentrer sur un groupe plus ramassé de fortes têtes. Il nous gratifie ainsi de la meilleure scène avec Harley Quinn/Margot Robbie qu'on ait vu jusque-là (quand elle s'évade). Il a convaincu Sylvester Stallone de prêter sa voix caverneuse à King Shark (entièrement créé en CGI). Joel Kinnaman, qui était réduit chez Ayer à reluquer le postérieur de Margot Robbie, a la possibilité de réhabiliter complètement Rick Flagg. Idris Elba remplace avantageusement un Will Smith totalement éteint  chez Ayer en composant un Bloodsport attachant et implacable. David Datmalchian est irrésistible en home-confetti. Et surtout le film révèle Daniela Melchior, une inconnue portugaise au charme fou et au talent épatant en Ratacatcher II (son papa est joué dans des flashbacks par Taika Waititi). Seule Viola Davis est en retrait - c'est le seul bémol dans l'ensemble.

James Gunn n'en a pas fini avec le DCEU puisqu'il a enchaîné avec une série pour HBO Max sur le personnage de Peacemaker, et que le studio est prêt à lui refaire confiance pour un autre film (une suite ? Ou autre chose ?). Même Disney a pardonné à son enfant terrible en lui reconfiant Guardians of the Galaxy, vol. 3 (qui sera le dernier - et certainement les adieux du cinéaste à la major). L'Escadron Suicide, relancé dans les années 80 par John Ostrander (qui a un caméo dans le film), est bel et bien reparti pour un tour - et le DCEU à sa suite ?