jeudi 17 décembre 2020

DECORUM #6, de Jonathan Hickman et Mike Huddleston


Après deux mois sans parution, Decorum est de retour, et aborde sa dernière ligne droite avec ce antépénultième numéro. Jonathan Hickman a développé, en parallèle, deux intrigues dont on pouvait se demander comment, quand et si elles se rejoindraient : c'est chose faite avec cet épisode, une fois de plus magnifiquement mis en images par Mike Huddleston.


Chi Ro comparaît devant la Singularité dont il est le leader de l'Eglise et avoue son échec à récupérer et livrer l'Oeuf cosmique. Il s'attend à être exécuté mais contre toute attente il reçoit une solution pour se tirer de ce mauvais pas.
 

Au centre d'entraînement de la Sororité de l'Homme, Chi Ro se présente et passe un contrat. Il offre une récompense faramineuse si les assassins de l'école lui ramènent soit l'Oeuf intact soit ce qui en est sorti, mort ou vivant. Ma confie cette mission à Imogen mais elle suggère que les élèves participent tous.


Malgré les doutes de Ma, Imogen obtient satisfaction car ce contrat permettra vraiment d'évaluer leurs recrues. Neha a compris qu'avec la récompense, même si elle n'en touche qu'une partie, elle pourrait refaire sa vie et donner des soins à son frère, peut-être le sauver.


Mais la jeune apprentie est consciente de la difficulté de cette mission et propose à Imogen de faire équipe en partageant le butin. Imogen refuse net. Elle rend visite à son mari qui lui parle de son dernier rêve, où elle apparaît. Neha rend visite à son frère mais sent qu'elle est suivie...

S'il est bien une chose qu'on peut reconnaître à Jonathan Hickman, c'est que, même s'il ne choisit pas souvent la ligne droite pour raconter une histoire, il retombe sur ses pieds avec une adresse stupéfiante. De ce point de vue, Decorum est une leçon de narration et particulièrement ce sixième épisode où il réussit à lier les deux intrigues qu'il développait dans cette mini-série sans qu'elles aient apparemment le moindre rapport.

D'un côté, nous suivions le tandem Imogen-Neha, digne d'une buddy-story dans un cadre SF, la tueuse la plus redoutable et la plus exigeante sur les bonnes manières de son job et l'ancienne coursière devenue sa protégée et l'élève de l'école d'assassins où la première a fait ses classes. De l'autre, un récit beaucoup plus nébuleux où il était question d'un oeuf, d'une église qui le convoîtait, de Mères Célestes. D'un côté une histoire character-driven. De l'autre, quelque chose d'indéfinissable et d'à peine compréhensible.

Et puis, voilà les premières pages de ce numéro 6 où dans une scène aux lumières bariolées, avec un dialogue entre une créature et une entité informe, qui va tout lier, magistralement et simplement. Cet oeuf cosmique, que la créature (Chi Ro) a échoué à livrer à l'entité (la Singularité), et qui est désormais couvé par une Mère Céleste (mais ça, ils l'ignorent), autant demander à des professionnels de le localiser et de le rapporter. S'il a éclos, alors il faut éliminer celle qui l'a couvé et ce qui en est sorti et le remettre à Chi Ro. Et quels meilleurs professionnels que des assassins ?

Et donc les assassins de la Sororité de l'Homme, où se trouvent Imogen et Neha (et les camarades/concurrents de celles-ci). Simple comme bonjour ! Nos deux héroïnes vont donc partir à la recherche de l'oeuf, de sa couveuse, peut-être de sa progéniture.

La scène de la transaction, qui fait suite au dialogue d'ouverture, est savoureuse. On a d'un côté un commanditaire pour qui la notion même d'argent, de rétribution n'a aucun sens, mais baste ! s'il faut payer, il paiera. Et donc il offre comme récompense un diamant de la taille d'une planète. Je sais que ça ne paraîtra jamais évident à beaucoup mais c'est dans ces moments-là qu'on mesure à quel point Hickman est un auteur capable d'un sens de l'humour complètement loufoque (c'est peut-être aussi, surtout, ce qui a déconcerté les X-fans avec X of Swords, qui déjouait les codes d'un comic-book super-héroïque en transformant son tournoi des champions en une farce grotesque et une collection d'épreuves délirantes pour moquer les batailles épiques traditionnelles).

Au fond, Hickman ne serait-il pas un auteur sérieux qui ne se prend pas au sérieux, ou autrement dit un auteur qui n'a pas l'air de ce qu'il montre ? Derrière l'auteur qui aime raconter qu'il planifie tout, qui adore les data pages, les figures, les diagrammes, n'y a-t-il pas surtout un type rigoureux pour, sinon la déconne, en tout cas pour démonter ce qui est trop sérieux dans les comics ? Car enfin, entre un Oeuf cosmique, une planète en diamant, une tueuse mariée avec un sosie du Prince Charles, une ex-coursière qui témoin d'un contrat est obligée de se reconvertir en assassin, une entité divine, son chef d'église incompétent, tout ça n'a ni queue ni tête. Mais inscrits dans le registre de la SF, du space opera, de la buddy-story, et de la métaphore absurde, c'est franchement drôle.

Moi, en tout cas, c'est comme ça que je vois la chose. J'admets que Decorum paraisse imbuvable parce qu'insaisissable, cryptique, abscons. Il faut s'accrocher parfois, c'est sûr. Mais en même temps, c'est quand on accepte de se relâcher, de s'y abandonner, que cette histoire si bizarre devient jubilatoire. Et Hickman nous récompense de notre patience en reliant le tout à deux étapes de la fin. Ce n'est pas juste un pétage de cable par un auteur reconnu. L'affaire a quand même une construction, une structure, des personnages attachants (et aussi d'autres complètement impossibles car volontairement définis comme des créatures échappant à des représentations classiques). Et désormais un but, un objectif, une finalité, simple, efficace, captivante, parce qu'avec ce qui les ont précédés, on peut quand même croire que tout ne va pas se règler de façon basique.

Par ailleurs, Decorum n'a pas pris ses lecteurs en traître car, visuellement, dès le départ, Mike Huddleston ne s'est pas contenté d'illustrer un script, il a fait sa propre BD avec des images sublimes, déroutantes, belles, moches, bizarres, indéfinissables. C'est une expérience renouvelée d'épisode en épisode et qui signale au lecteur que, esthétiquement, le voyage sera un trip unique.

Huddleston déstabilise le lecteur car il semble n'appliquer à ses pages aucune logique justifiant le traitement de son graphisme. Il ne se réinvente pas d'une page à l'autre, ou d'un numéro à l'autre : non, il va plus loin, il maintient le lecteur sur le qui-vive en permanence car il dessine selon son humeur, de manière imprévisible. Il peut aligner des pages entières en oir et blanc, puis enchaîner avec une débauches d'effets numériques, le plus souvent même ces sauts visuels se produisent d'une case à l'autre, sans aucune prévention. Juste pour souligner un détail, une expression.

Il transcende les notions de beau, pas beau, efficace, raisonnable. C'est parfois délicat, acrobatique, car on n'est pas habitué à un tel feu d'artifices. Mais notre attention est sans cesse requise, c'est une lecture très active et qui nous interroge, nous force à nous questionner sur ce qui est acceptable, supportable, agréable, fluide. Même quand il nous agresse avec des formes, Huddleston semble soucieux de se faire presque pardonner en sortant plus loin une image, une planche à couper le soufffle. Avant de nous chahuter à nouveau.

Pour tout cela, Decorum est une BD passionnante. Parfois complètement fumeuse, limite fumiste. Mais aussi virtuose, et très ludique. Si vous aimez un certain inconfort, voire les sensations fortes, c'est parfait. Pour lecteurs avertis seulement ? Non. Mais un peu quand même.

Variant cover de Mike Huddleston

mercredi 16 décembre 2020

RORSCHACH #3, de Tom King et Jorge Fornes


Rorschach est décidément une série impressionnante : en trois épisodes, Tom King et Jorge Fornes ont emprunté des chemins de traverse avec l'oeuvre et le personnage d'Alan Moore et Dave Gobbons, mais ce choix s'avère payant. En effet, il permet aux deux auteurs de ne pas être écraser par le poids de Watchmen mais aussi de faire mieux, plus fort, plus troublant que la série HBO.


Après avoir enquêté sur Wil Wyerson à New York, le Détective se rend dans la bourgade de Hanna, Wyoming. Cette ancienne localité minière a été frappée au début du XXème siècle par une terrible tragédie : l'effondrement d'une mine, causant la mort de plusieurs hommes.


C'est là que grandit Laura Cummings, la complice de Myerson dans la tentative d'assassinat contre le candidat Turley. Elle est élevée par un père, ancien cheminot, qui s'occupait du cimetière où reposaient les mineurs.


Laura est, très jeune, initiée au maniement de armes par son père, qui croit à une nouvelle attaque extra-terrestre comme celle survenue en 1986 à New York, et dont le président Redford serait le complice. Laura s'entraîne avec une milice prête en découdre avec les autorités.


Le père de Laura a tué sa femme qu'il croyait sous l'emprise des extra-terrestres et finit par demander à sa fille de le supprimer quand il se croit à son tour sous leur contrôle. Le Détective découvre cela dans le journal intime de la jeune femme où il croit avoir décelé un indice important sur sa collaboration avec Myerson...

A la fin du Chapitre V de Watchmen, Alan Moore glissait, comme pour tous les épisodes de sa série, une phrase d'un auteur célèbre, censée éclairer ce qu'il venait de raconter au sujet d'un des protagonistes. Pour Rorschach, William Blake était évoqué avec ces vers : "Tigre, tigre, flamboyant / Dans les forêts de la nuit / Quelle main, quel oeil immortel / Traça ta terrible symétrie ?". Une manière poétique d'illustrer le masque aux marques symétriques et mobiles de Rorschach mais aussi son parcours scindé en deux (enfant battu-justicier implacable, annonciateur de la fin du monde-enquêteur découvrant un vaste complot, etc).

Ce motif de la symétrie ne pouvait que fasciner et inspirer Tom King dont les comics sont eux-mêmes composés à partir de découpages stricts (les "gaufriers", les allers-retours dans l'espace-temps, les personnages tiraillés entre le Bien et le Mal, la Vie et la Mort, etc). Il en fait la structure de ce troisième épisode de Rorschach dans lequel on découvre le passé de "la gamine" ("the Kid"), Laura Cummings, la complice de Wil Myerson, l'ancien auteur de BD qui, masqué comme Rorschach, a tenté de tuer le candidat à la présidentielle Turley.

Observons-là, cette Laura Cummings, déguisée en cowgirl. Les plus cinéphiles d'entre vous seront peut-être interpelés, sinon je vais tâcher de vous éclairer. Voyez ci-dessous :


Il s'agit là de Peggy Cummins, interprête principale du film Gun Crazy/Le Démon des Armes, de Joseph Lewis (1950). Dans ce film, elle joue une tireuse qui se produit dans les fêtes foraines où elle rencontre son amant, lui-même pistolero émérite. Ils deviennent des braqueurs de banque et vont devenir les ennemis publics numéro un, jusqu'à leur fin tragique. 17 ans avant Bonnie & Clyde de Arthur Penn, cette magnifique série B a foudroyé tous ceux qui l'ont vue.

Et apparemment, elle a aussi inspiré Jorge Fornes au moment de designer Laura Cummings et Tom King au moment de baptiser cette anti-héroïne qui a presque le même nom de famille (à une lettre près) que l'actrice.

Car l'épisode de ce mois-ci ne fait pas qu'emprunter à Peggy Cummins son allure inoubliable. L'histoire qu'il raconte pourrait lui-même s'appeler Gun Crazy/Le Démon des Armes. En effet, le Détective se rend, comme il l'annonçait à la fin du numéro précédent, dans le Wyoming, à Hanna exactement, une ancienne bourgade minière. En 1903, un coup de grisou tua plusieurs dizaines de travailleurs et les autorités, constatant que le cimetière ne serait pas assez grand pour enterrer toutes les victimes, acquit un terrain plus grand. Le père de Laura, un ancien cheminot, devint responsable de l'entretien des tombes mais il emmenait aussi sa fille pour l'entraîner au tir au pistolet. Puis plus tard, il lui avouera avoir tué sa mère et l'intègrera à une milice.

Tom King avait annoncé, dans sa déclaration d'intention pour Rorschach, qu'il s'agissait d'une histoire qui ne contredirait ni Watchmen version Moore/Gibbons ni version HBO. Cette synthèse est parfaitement illustrée ici avec des mentions au comic-book originel et à la série tv. Le père de Laura fait allusion à l'attaque de New York de la BD (organisée par Ozymandias) mais aussi aux machinations d'Adrian Veidt telles qu'on les voit dans la série télé. Il est convaincu que le président Redford a agi de concert avec des extraterrestres qui veulent prendre le contrôle mental des citoyens américains pour les affaiblir. S'il a tué sa femme, c'est parce qu'il était persuadé qu'elle était déjà sous leur emprise. Et in finira par demander à Laura de le tuer quand lui-même se sentira menacé de la même façon.

Tom King a aussi expliqué que, avec Strange Adventures, Batman/Catwoman et Rorschach, il s'était rendu compte que la colère l'avait guidé, inspiré par les années de présidence Trump notamment, et la monde qu'il laisserait à ses enfants. Cette colère se traduit ici par le portrait glaçant et réaliste de ces américains qui prennent les armes, s'organisent en milice, croient aux théories du complot (quand ils ne les conçoivent pas eux-mêmes), tous ceux qui forment la base électorale de Trump. L'actualité avec la crise sanitaire et toute la propagande contre les vaccins, l'élection américaine, mais pas que (on en perçoit des échos avec le mouvement des Gilets Jaunes, les anti-Europe, les néo-nazis, les climato-sceptiques et j'en passe) prouve que cette mouvance se propage, fondé sur une lutte anti-système, un sentiment d'exclusion, de tromperie généralisée, un terreau fertile pour échauffer les esprits.

Appliqué au personnage de Laura Cummings, cela donne une gamine endoctrinée dès son plus jeune âge et dont la fin était programmée, alors qu'elle tenait dans sa ligne de mire un candidat aux présidentielles. Ce n'est pas l'histoire d'une folle ou d'une idiote, attention : c'était une jeune femme structurée, déterminée. Mais selon des codes complètement aberrants, délirants. Elle a cru à un père qui lui prédisait un grand destin et l'a formée pour cela, presque comme on entraîne une sportive pour battre des records dans une discipline. King écrit cela sobrement, de manière détachée, ce qui rend son récit encore plus terrible et crédible. Le déguisement apparaît alors comme une transfiguration ultime : s'habiller comme une cowgirl, c'est revenir à l'Ouest sauvage, à des règles simples, à une époque et un espace où la solution se trouvait au bout d'un six-coups, et où un président abolitionniste (Lincoln) fut exécuté après la guerre civile.

La mise en images répond aux mêmes critères. Rorschach est une BD résolument austère, avec ses couleurs passées, son découpage froid, ses personnages-marionnettes. Nous sommes dans une configuration théâtrale, une esthétique "maison de poupée". Chaque pion avance sur un échiquier et King est le maître de la partie tandis que Fornes dessine les mouvements des acteurs.

Cette simplicité aboutit à des enchaînements prodigieux dans la manière dont il joue les ellipses, les transitions d'une époque à une autre, font dialoguer des morts avec des vivants, des idées avec dess faits, des hypothèses avec des résultats. La manière dont on voit Laura enfant quitter le pla pour y revenir adulte produit un effet étonnant et puissant, tout comme quand la cowgirl et le pseudo-Rorschach interrogent par-delà la mort le Détective pour lui demander ce qu'il voit maintenant qu'il a en mains le récit du passé de Laura.

Cela, King se garde bien de le dire, il garde cela pour plus tard, et Fornes, dans le même élan, se retient de le montrer. Ce qui apparaît comme certain, c'est que le Détective a découvert, ou du moins deviné quelque chose de plus grand, de plus profond, dans les histoires de Myerson et Cummings que l'histoire de deux individus pris dans un courant fou où ils ont fini, abattus, après avoir failli tuer Turley.

Nous ne sommes qu'au quart de l'histoire de Rorschach, et ce mystère promet d'être levé lentement. Il faudra donc être patient. Mais le jeu en vaut la chandelle car l'ambiance de ce récit est envoûtante et sa traduction en images, superbe. 

samedi 12 décembre 2020

GUARDIANS OF THE GALAXY #9, de Al Ewing et Juann Cabal


Al Ewing est très présent cette semaine : un signe évident de la position actuelle du scénariste, sur lequel Marvel mise beaucoup. Avec trois séries en cours (Immortal Hulk, S.W.O.R.D. et donc Guardians of the Galaxy), il est devenu une valeur sûre. Ce mois-ci, il retrouve Juann Cabal et son script est transcendé par la virtuosité de cet artiste. Pour un épisode qui marque le retour d'un personnage emblématique du titre...


Peter Quill s'était sacrifié pour sauver ses amis des dieux olympiens. Mais le voilà qui réapparaît dans une dimension parallèle, sur la planète Morinus. Il a été recueilli par un couple de justiciers, Aridia et Mors, qui lutte contre les Douze Maisons et pour ceux qui réclament leur aide.
 

Peter partage leurs aventures trépidantes, sans réussir à oublier sa vie passée et surtout le souvenir de son amour pour Gamora. Il en profite également pour reconfigurer son pistolet élémental. Après plusieurs décennies, il devient l'amant de Mors et Aridia.


Mais Peter découvre qu'en utilisant son arme, il redonne aux dieux de l'Olympe l'énergie qu'il leur faut pour recouvrir leur puissance et regagner notre dimension. Mors meurt au combat. Peter fait le choix de quitter Aridia et, pour retrouver les siens, plonge dans la piscine sacrée.


Il s'agit d'un conduit qui le ramène dans notre dimension où il retrouve aussitôt Rocket Raccoon et Nova, aux prises avec la nouvelle menace qui dévaste l'univers...

Ce qu'on retiendra de cet épisode, c'est une évidence avec laquelle Guardians of the Galaxy va devoir composer dans l'avenir : rarement la réussite d'une série a autant dépendu de son artiste, Juann Cabal, dont le style virtuose assure un spectacle unique à chaque fois.

Comme scénariste de cette série, Al Ewing a imprimé à ses histoires un rythme soutenu, des intrigues inventives. Il a aussi chamboulé le casting, désirant s'affranchir de la formation qui a connu la gloire dans les comics et au cinéma (c'est-à-dire en écartant Gamora, Groot, Drax et Star-Lord). Ses arcs narratifs sont souvent brefs et mixe space opera, soap, polar, comédie, drame.

On ne s'ennuie donc pas, mais l'ensemble est inégal. Quand Ewing est inspiré, cela se lit tout seul, avec un grand plaisir. Quand la sauce peine à prendre, c'est beaucoup plus laborieux ou anecdotique. Par ailleurs, comme Donny Cates avant lui, Ewing a échoué jusqu'à présent à donner de la consistance à tous ses personnages (en particulier Phyla-Vell), à justifier l'intégration de nouvelles têtes (Hercule), ou à cacher sa préférence pour certains (Noh-Varr, Nova, Rocket). Le bilan est donc mitigé.

En éliminant dès le deuxième épisode Peter Quill, Ewing a voulu clairement marquer son territoire et faire un coup. Certes, sa disparition avait été héroïque et donnait à son geste un aspect sacrificiel d'une rare noblesse. Mais finalement cela n'aura duré que sept épisodes pour que Ewing le fasse revenir dans la partie : ce n'est pas rien, mais ce n'est pas non plus très long.

Du coup, on peut légitimement s'interroger sur le sens à donner à cette manoeuvre et ses conséquences. D'autant plus que, le mois prochain, Guardians of the Galaxy va être directement impliqué dans la saga King of Black et le projet de conquête/fin du monde mené par Knull, le roi des symbiotes. Contrairement aux X-Men où l'editor Jordan White et le scénariste Jonathan Hickman ont préféré s'en détacher en ne consacrant que des épisodes hors-séries, Ewing avec ses deux titres cosmiques (SWORD et donc les GotG) lui a accepté de croiser ses intrigues avec celle de Donny Cates.

On peut donc dire que Star-Lord revient à pic pour aider ses camarades dans la nouvelle grande épopée Marvel, mais du coup son retour devient trop providentielle pour conserver tout son impact. J'aurai franchement préféré que Ewing s'attarde sur l'impact du retour de Peter Quill que de le ramener pile au moment où Knull croise la route des Gardiens. Ensuite, une fois le(s) épisode(s) liés à King in Black passé(s), qu'adviendra-t-il de Star-Lord ? Reprendra-t-il la tête de son équipe ? Ou restera-t-il auprès de Gamora ? Ou Gamora le suivra-t-elle au sein des Gardiens ? Et comment réagiront d'ailleurs les Gardiens au retour de leur ancien chef ?

Vous l'aurez compris, je suis un peu perplexe. Le contenu de l'épisode est bon, même très bon. Il y a une dimension psychédélique étonnante, on assiste à des rebondissements surprenants (Peter Quill devient bisexuel), Ewing remixe avec son adresse coutumière anciens et nouveaux éléments du passé de Star-Lord pour produire des origines "officielles". L'apparition du Maître du Soleil rappellera à point à de vieux fans que Star-Lord n'a pas toujours été un héros cosmiques cool comme celui popularisé dans les films mais une sorte de héraut investi par une entité mystérieuse qui lui accorda des pouvoirs pour venger sa mère de manière très musclée. Son équipée avec Mors et Aridia est dépaysante, le récit prend une tournure initiatique, comme un reboot où le héros renaît fort de sa récente mort et des expériences antérieures.

Mais surtout tout cela a de l'allure grâce aux planches incroyables que livre Juann Cabal. La série n'est vraiment pas la même quand c'est lui qui la dessine. On peut comprendre qu'il ne tienne pas les délais mensuels quand on observe ses planches, avec un découpage époustouflant où le motif du triangle, de la pyramide est ominprésent, où le flux de lecture est dirigé avec expertise de haut en bas, de gauche à droite. Il n'y a pas que Star-Lord qui est dans des montagnes russes ici : le lecteur est soumis à une expérience visuelle peu commune. Une nouvelle fois, la comparaison entre Cabal et le grand J.H. Williams III me paraît évidente : deux artistes qui font de chaque page un terrain de jeu et y soumettent le lecteur.

Mais, comme Bachalo, Williams III, et quelques autres dessinateurs extrêmes, Cabal est impossible à suivre. Impossible à remplacer. sans lui, Guardians of the Galaxy n'a vraiment pas la même saveur, la même grandeur, la même luxuriance. Marcio Takara reparti chez DC, qui va le remplacer quand il aura besoin de souffler ? Ewing se lâche avec Cabal car il sait qu'il tient un partenaire exceptionnel. Sans lui, ses scripts révèlent leurs faiblesses et la série devient plus ordinaire.

On ne peut pas lire cet épisode en faisant abstraction des interrogations qu'il suscite. C'est le talon d'Achille du run de Ewing et Cabal : ils produisent des épisodes éblouissants à eux deux, mais leurs efforts sont fragiles et un team-book est très exigeant. De ce point de vue, le retour de Star-Lord colle bien avec celui de Cabal : le héros et son dessinateur sauveront-ils longtemps les meubles ? Ou sont-ils condamnés à des exploits météoriques ? La BD est un art organique, cet épisode en est la preuve.

vendredi 11 décembre 2020

S.W.O.R.D. #1, de Al Ewing et Valerio Schiti


S.WO.R.D. est un acronyme connu des lecteurs de Astonishing X-Men puisque cet équivalent spatial du S.H.I.E.L.D. a été créé par Joss Whedon et John Cassaday. Aujourd'hui, Al Ewing la remet sous les feux des projecteurs en l'associant directement à la franchise "X" post-X of Swords, où la station orbitale a joué un rôle. Accompagné de l'excellent Valerio Schiti, ce qui est décrit comme le programme spatial mutant s'offre un premier numéro épatant.


Magneto se rend dans le Pic, la station orbitale du SWORD, abandonnée depuis plusieurs mois. Désormais propriété de la nation de Krakoa, elle est dirigée par Abigail Brand, son ancienne directrice, qui a réuni autour d'elle une équipe de "spacers".


Wiz Kid est en charge de la technologie améliorée de la station. Frenzy joue le rôle d'ambassadrice de Krakoa et présente à Mangeto Paibok, son homologue de l'alliance kree-skrull. Celui-ci souhaite que la nation X reconsidère la situation de la Sorcière Rouge, qui est la mère de l'empereur Hulkling.


Fabian Cortez est le médecin à bord. Puis Manifold est le chef d'une unité spéciale. Grâce à celle-ci, le SWORD peut se déplacer n'importe où dans l'espace-temps et accéder ainsi à des sources d'énergie insoupçonnées, tandis qu'une autre unité alimente en énergie et sécurise leurs déplacements.


Les Six effectuent une démonstration en présence de leur invité. Manifold est à la manoeuvre et les deux unités opèrent ensemble pour atteindre un artefact, le Mystérium, qui est ensuite remis à Abigail Brand. Mangeto saisit tout de suite le potentiel de cette petite pyramide noire...

"Dawn of X" a vécu, nous sommes entrés dans une nouvelle ère, celle de "Reign of X", dont SWORD est la première série originale. Interrogé à ce sujet, Jonathan Hickman, la "head of X", a résumé l'ambition de cette nouvelle étape par un mot : l'expansion. 

Cela signifie que d'autres séries mutantes vont voir le jour (Children of Atom, puis plus tard X-Corp), et que celles qui existaient déjà vont connaître des changements importants. Quelle est la place de SWORD dans tout ça ? Celle d'explorer la mutanité dans l'espace. C'est littéralement le programme spatial mutant, la NASA X.

Et de fait, la référence qui vient la première à l'esprit après avoir lu ce premier épisode, c'est Planetary de Warren Ellis et John Cassaday. Certes, des mutants dans l'espace, ce n'est pas nouveau, c'est même une sorte de classique incontournable pour les X-Men. Mais l'aventure est subtilement différente ici car il ne s'agit pas de s'impliquer dans des affrontements extra-terrestres (quoique ça finira sûrement ps arriver) : non, il s'agit davantage d'exploration.

Et sur ce point, on pense donc à Planetary, mais par ricochet à la série fondatrice de tout comics dans l'espace avec des explorateurs : Fantastic Four. Pas très étonnant quand on se souvient que Hickman a écrit les histoires des Quatre Fantastiques. Mais ce n'est pas Hickman qui pilote ici. Et Ewing s'inscrit dans les traces de son collègue tout en imprimant sa marque, un ton bien à lui.

Alors que pour bien des séries mutantes actuelles, on a l'impression que les scénaristes ont composé leurs formations avec des personnages délaissés par Hickman, Ewing semble, lui, avoir volontairement choisi des outsiders, des mutants auxquels personne n'avait pensés. Un casting surprenant, inattendu, qui donne à son projet un dynamisme rafraîchissant et lui permet des caractérisations bien senties, une liberté de manoeuvre (personne ne va venir lui emprunter ses héros). Un pari, car les fans préfèrent toujours des figures familières, mais une initiative bienvenue.

Sur la couverture, l'équipe du SWORD est limitée. En réalité, ce ne sont pas moins de quinze individus qui occupent la station du Pic et qu'on découvre dans cet épisode. Kid Cable, Abigail Brand, Magneto, dans une moindre mesure Manifold (pour ceux qui se souviennent de lui dans Secret Warriors et Avengers de Hickman) sont des têtes de gondole. Frenzy, Wiz Kid, Fabian Cortez, et Peeper, Armor, Risque, Random, Gateway, Blink, Lila Cheney, Vanisher, Amelia Voght sont des noms plus connus des initiés de l'univers X et composent le reste d'un équipage bien fourni, auquel il faut ajouter un ambassadeur de l'alliance kree-skrull.

Avec une rare habileté, Ewing réussit à donner à (presque) tous un moment et livre des scènes savoureuses (l'humiliation de Cortez, les retrouvailles avec Peeper). Surtout il sait à merveille définir les fonctions de chacun, et le plan de cette équipe. Comme l'explique Abigail Brand (qui est mi-alien, mi-mutante), ce sont tous des "spacers", par opposition aux "earthers" de Krakoa et de la Terre. Donc, si elle collabore avec Krakoa, elle ne lui rend aucun compte car elle s'occupe de problèmes plus grands, plus vastes. Magneto est un peu le personnage-témoin, qui est mis devant le fait accompli et en même temps vient aider (ponctuellement ou durablement ?).

L'autre grande idée de la série, c'est cette brigade des Six. Krakoa a les Cinq, qui s'occupent de ressuciter les mutants. Les Six sont aussi importants et originaux : ils incarnent littéralement l'exploration comme ils le démontrent dans une scène spectaculaire en pouvant se déplacer dans l'espace-temps grâce à une collaboration en réseau de deux formations complémentaires. L'épisode se clôt sur la capture du Mystérium, un mystérieux artefact (qui donne son titre au numéro), et dont in devine qu'il représente une source d'énergie incroyable, capable de bouleverser la condition des mutants sur ce plan. Mais aussi une potentielle menace (une citation du Dr. Fatalis conclut l'épisode, révélant qu'il y a eu lui aussi accès)...

Après avoir collaboré avec le scénariste sur Empyre, Valerio Schiti rebondit donc sur ce titre qui est un vrai pari pour lui. On imagine fort bien que cet artiste accompli aurait pu être placé sur n'importe quelle série exposée. Qu'il ait choisi de s'engager sur SWORD est évidemment une belle opportunité (scénariste dans le vent, sur une franchise en plein boum), mais un challenge aussi car il dessine une série qui repart de zéro, avec des héros méconnus ou inconnus pour la plupart.

Je suis un grand fan de Schiti, depuis un moment maintenant. C'est un dessinateur dont j'apprécie la technique, très solide, la narration dynamique et claire, le trait expressif et énergique. C'est clairement un des meilleurs talents de Marvel, qui plus est d'une ponctualité exceptionnelle. Autant dire un partenaire de choix pour Ewing. Il s'est beaucoup investi sur la série, redesignant tous les personnages avec classe et s'appropriant les décors avec une aisance confondante.

 Il est difficile, et même impossible de prendre Schiti en défaut. Ce qu'il produit est formidable, on en prend plein les yeux tout en se régalant de compositions généreuses et soignées. Le casting très divers de la série lui permet de briller et il anime chacun avec le même goût du détail. Pour un épisode d'exposition, il rend la lecture captivante et on a déjà hâte d'avoir le prochain numéro en mains.

Si Reign of X se mesure à l'aune de la réussite de SWORD #1, alors on va se régaler. En tout cas, Al Ewing et Valerio Schiti intègrent la franchise de manière impressionnante.

Ci-dessus : l'organigramme du SWORD


jeudi 10 décembre 2020

MARAUDERS #16, de Gerry Duggan et Stefano Caselli


Laissée en suspens depuis deux mois, l'intrigue de Marauders reprend donc ses droits avec ce seizième épisode. La couverture (superbe) de Russell Dauterman annonce parfaitement la couleur du script écrit par Gerry Duggan et dessiné par Stefano Caselli : c'est l'heure de la vengeance pour Kitty Pryde et Emma Frost (mais pas que...). Et le résultat est jubilatoire.


Bishop présente à Tornade une preuve irréfutable de l'implication de Sebastian Shaw dans le meurtre de Kitty Pryde. Il avait en effet trouvé sur le corps de celle-ci un échantillon d'une vigne de Krakoa, qui pousse sur la Baie d'Hellfire. Tornade décide que la place de Shaw au Conseil ne le protégera pas.
 

Emma Frost et Kitty Pryde se rendent chez Shaw et le surprennent alors qu'il dégustait un de ses précieux alcools cultivés sur l'île. Emma tire sur Sebastian et le prive de ses pouvoirs tandis qu'après l'avoir frappé une première fois, Kitty s'en prend à ses spiritueux.


Soit Shaw avoue sa tentative de meurtre et sa complicité avec les Verendi à Madripoor, et l'affaire sera règlée tout de suite, ou plus tard devant le Conseil de Krakoa. Il accepte la première option. Tornade arrive avec Lockheed qui réclame sa vengeance... Et l'obtient de manière brutale.


Kitty tend un verre à Shaw mais celui-ci contient un poison. Si Shaw en meurt, il sera ressucité, mais les trois femmes s'emploieront à retarder son retour à la vie. Le lendemain, Shaw, en chaise roulante, revient à la table du Conseil et refuse de dénoncer Emma, Kitty et Ororo.

Depuis sa résurrection, opérée dans des conditions laborieuses, Kitty (oui, je sais, maintenant c'est "Kate" mais pour moi, ce sera toujours Kitty) s'était promise de faire payer Sebastian Shaw. Elle avait le soutien total d'Emma Frost, qui préférait carrèment se débarrasser de leur ennemi mais s'était ravisée quand Kitty lui avait soumis un autre plan. Celui-ci toutefois restait secret.

Voilà où nous en étions avant que ne démarre X of Swords qui mit entre parenthèses ce règlement de comptes attendu (de même que l'interrogatoire de Colossus dans X-Force). Les protagonistes de cette intrigue étaient restés en retrait durant le crossover, ne faisant ni partie des champions de Krakoa pour le tournoi dans l'Outremonde, ni de la bataille finale qui décida du gagnant.

Cette attente a fait que Gerry Duggan n'avait pas intérêt à se rater pour exécuter le plan ourdi par les deux X-Wowen. Le résultat ne déçoit pas : il se joue en petit comité, dans un lieu unique, et Shaw en prend vraiment pour son grade. Mieux encore : ce qui se passe va sûrement impacter durablement la série, et par extension la franchise "X" dont on commence à voir les premières fissures (de ce point de vue, X of Swords aura servi de révélateur).

On comprend vite que Kitty et Emma ont surtout à coeur de faire payer Shaw mais aussi de le faire avouer sur plusieurs sujets, et sans que cela s'ébruite - entendez : sans que le Conseil de Krakoa n'y fourre son nez. Dans un premier temps, il y a évidemment une rétribution physique et déjà sur ce plan, Shaw prend cher. Il finit méchamment rossé, éborgné et humilié. Le souci, cependant, c'est qu'avec ce bonhomme, rien ne garantit qu'il en restera là (le dernier plan de la dernière page suggère même le contraire).

Duggan en profite aussi pour expliquer des éléments antérieurs concernant les Verendi (les gamins opposés au business de la Hellfire trading company), notamment en ce qui concerne la manière dont ils avaient accès à tant d'informations sur le commerce krakoan, avant même d'employer Yellowjacket. C'est habile et cela souligne encore davantage, si besoin était, la duplicité de Shaw. Là encore, les conséquences à long terme sur les membres du Conseil de l'île risquent d'être lourdes car avec des individus comme Sinistre, Mystique, voire Exodus et donc Shaw, qui, tous, poursuivent leur propre agenda (et subséquemment les départs de Jean Grey, d'Apocalypse, et les attitudes du trio Kitty-Emma-Tornade), cela va vite devenir compliqué pour Charles Xavier de conserver un climat de confiance (Magneto, on le verra dans ma prochaine critique de S.W.O.R.D. #1 est aussi occupé ailleurs).

Et c'est peut-être l'enseignement majeur à tirer de cet épisode : la société de Krakoa s'est bâti sur une base qui aujourd'hui se fissure franchement. La représentation au sein du Conseil et ce que vient de subir Shaw en sont les manifestations les plus nettes. Quand Diablo va vouloir bâtir son église, que Mystique s'impatientera qu'on ne ressucite pas Destinée, que Sinistre fera quelque chose de ses échantillons ADN arakki, et que, peut-être, Shaw voudra sa revanche, le brave Professeur X aura du mal à contenir la crise. On peut s'interroger sur Xavier et sa foi dans sa nation X. Ne voit-il vraiment rien venir ? J'ai du mal à le croire. Comme j'ai peine à croire que Moira McTaggert ne surveille pas les événements depuis sa "No Place" . Le "Reign of X" serait-il le temps d'un profond bouleversement dans la communauté mutante après celui développé depuis House of X-Powers of X ?

L'épisode est par ailleurs formidablement dessiné par Stefano Caselli qui, depuis son arrivée sur le titre, lui a donné un indéniable cachet, un tonus, une expressivité, de la chair, qui lui manquait avec Matteo Lolli. 

L'action ici nécessitait un artiste qui anime les personnages avec rigueur, et Caselli est vraiment parfait pour l'exercice. Il donne donc beaucoup de vie à chacun mais surtout ses personnages ont une densité graphique qui donne du volume à chaque scène. Les gestes précis d'Emma et Kitty, la défaite de Shaw sont exemplairement traduits par leurs gestes, leurs mimiques. Caselli réussit à tout faire passer grâce à son trait précis, même les répliques les plus casse-gueule comme quand Kitty s'exclame, après avoir recraché de l'alcool dans la cheminé allumée de Shaw, "I'm Lockheed !".

La justesse de Caselli est digne des grands expressionnistes comme Kevin Maguire, dans un registre moins ouvertement comique, ou Stuart Immonen, avec plus de rondeur. La veulerie de Shaw par exemple est rendue à merveille, quand il constate sa déculottée. Le découpage ne joue pas les malins et le dessinateur préfère un angle de vue bien senti à une image tape-à-l'oeil (comme cette contre-plongée sur Kitty, Tornade et Emma qui observent Shaw à terre, empoisonné).

(Comme pour Hickman) je n'ai pas toujours été un inconditionnel de Caselli à qui je reprochais d'en faire un peu trop à ses débuts. Son dessin manquait d'élégance, de retenue. Aujourd'hui, il est arrivé à un bon dosage, à une vraie maturité. Sans doute qu'une série comme Marauders ne suffit pas à lui donner un statut à la hauteur de son talent, mais il l'illustre si bien, il lui donne une telle plus-value visuelle qu'il serait dommage qu'il en parte (d'autant qu'en prime il est régulier, il tient ses délais).

Il n'y a rien à jeter dans cet épisode. C'est brillant, enlevé, mordant, méchant même. C'est top.