mercredi 16 septembre 2020

CATWOMAN #25, de Ram V, Fernando Blanco, John Paul Leon et Juan Ferreyra


Ce n'est pas un relaunch ni un reboot, mais plutôt un re-start pour la série Catwoman qui change d'équipe créative avec ce n°25. Joelle Jones (qui reste néanmoins cover-artist du titre) cède la place au scénariste Ram V (à qui DC semble faire confiance, après lui avoir confié Justice League Dark). Fernando Blanco est promu regular artist et partage l'affiche avec John Paul Leon et Juan Ferreyra cette fois. Programme copieux et entrée en matière réussie.


- Duende. - Avec la complicité du Sphinx et du Pingouin, Catwoman, s'introduit dans les locaux de Graves, Willock and Crain pour y commettre un détournement de fonds. Le Joker a en effet déclaré une guerre sans merci à Batman en ruinant son alter ego Bruce Wayne.


Le Pinguoin disperse à l'arme lourde les clowns du Joker pour qu'ils s'éloignent de l'immeuble tandis que le Sphinx pirate le système informatique de surveillance. Mais Catwoman double ses compères en s'emparant de l'argent qu'elle stocke sur une clé USB.


Malgré le grand nombre de gardes alerté par son intrusion, Catwoman réussit à en venir à bout. Le Sphinx est impuissant mais pas le Pingouin qui avait prévu cette trahison et attend la voleuse à la sortie avec ses sbires.


Blessée par Oswald Cobblepot, Catwoman ne doit son salut qu'à l'arrivée en trombe du détective Hadley, qu'elle a croisé à Villa Hermosa. Il l'emmène chez lui et la soigne. Après s'être reposée, elle l'interroge sur ses intentions.


Hadley commence à les lui exposer mais Catwoman en profite pour s'éclipser. Elle prend la place du chauffeur particulier de Luke Fox pour le prévenir qu'elle verse la moitié de son butin à Bruce Wayne - gardant l'autre moitié pour un projet personnel...

Ram V propose un numéro spécial, bien consistant pour sa reprise en main de la série. Une manière de fêter l'anniversaire (un peu artificiel) du vingt-cinquième épisode mais aussi de poser les bases de son run. Le scénariste en a effet déclaré qu'il comptait se démarquer de Joelle Jones (qui s'était complètement égarée dans une longue intrigue à Villa Hermosa) et s'inspirer de ses idoles, Ed Brubaker et Darwyn Cooke, qui avaient faient sensation au début des années 2000.

Le danger quand on se réfère à des devanciers aussi illustres, c'est bien évidemment de ne pas être à la hauteur de la comparaison. Il faudra donc éprouver Ram V sur la longueur pour voir ce qu'il a dans le ventre. Mais reconnaissons-lui d'avoir bon goût. Et de démarrer pied au plancher.

S'il est dommage qu'il n'ait pu entamer son run dégagé de Joker War, l'actuel arc narratif développé par James Tynion IV sur la série Batman, Ram V fait un effort appréciable pour que le lecteur qui y est étranger puisse comprendre facilement ce qu'il a à raconter. Il suffit donc de savoir que le Joker a découvert la double identité de Batman et a trouvé un moyen de détourner la fortune de Bruce Wayne à son compte en confiant à un autre méchant, le Coursier (the Underboker en vo), la gestion de cet argent. Floués par le Joker, le Sphinx et le Pingouin se liguent alors contre lui et recrute Catwoman pour les aider à se venger. Evidemment, Selina Kyle, qui reste l'alliée de Batman, a d'autres plans en tête.

Ponctué par des scènes où on voit Selina danser un flamenco endiablé devant un public inquiétant et face à un tigre, au gré de planches somptueuses (où éclate le talent de coloriste de FCO Plascencia), le récit se déroule tambour-battant. C'est un script digne des meilleurs heist movies auquel on a droit avec Catwoman qui déploie ses talents d'acrobate, de hackeuse, de combattante. Pour les fans du personnage, c'est un pur régal, on retrouve vraiment tout le sel des épisodes écrits autrefois par Brubaker, avec cette ambiance mi-polar mi-aventures, très tonique.

Ram V rend à Catwoman sa malice et sa duplicité. C'est ce qui fait tout le piquant du personnage, elle n'est ni une héroÎne classique ni une vilaine académique, mais une figure ambivalente, pour qui la fin justifie les moyens et son intérêt prévaut. C'est également une survivante, au milieu d'une cohorte de mâles et qui s'impose sans s'en laisser compter (sans la folie d'une Harley Quinn). En fait, Catwoman est un satellite du Bat-univers, un électron libre, et si on l'écrit comme tel, alors c'est parfait.

Pour autant donc, Ram V semble vouloir dans cet épisode ménager la chèvre et le chou, saluer Joelle Jones (avec la présence du détective Hadley, en provenance de Villa Hermosa) et respecter Tynion (en inscrivant son histoire dans le chaos de Joker War). Souhaitons qu'il s'en émancipe quand même vite (plus vite que pour Justice League Dark où il en est encore à conclure les lignes narratives laissées en plan par Tynion).

Le cas de Fernando Blanco est tout aussi délicat. Voilà réellement un excellent dessinateur à qui DC n'a pas donné les moyens de grandir comme il le méritait. Durant la période New 52, il s'est fait remarqué avec Steve Orlando sur une mini-série explosive (Apollo and Midnighter), et quelques panouilles ici et là. A la faveur de Rebirth, il a succédé à Steve Epting sur Batwoman où il a prouvé sa valeur pour un run fameux de Marguerite Bennett (inexplicablement jamais traduit en vf - que fait Urban ?!). Et puis, plus rien, ou presque. Il a joué les doublures de Joelle Jones quand elle ne pouvait assurer scénario et dessin sur Catwoman.

Mais cette fois-ci pourrait bien être son heure. Non seulement parce que DC a eu la bonne idée de ne pas le déplacer mais de lu confier le poste à plein temps. Comme il est bien entraîné à dessiner Selina Kyle, pas besoin de s'échauffer, il est prêt. Son expérience sur Batwoman lui sert aussi puisque le récit s'inscrit dans une veine similaire.

Blanco assume dessin et encrage et produit des planches de qualité, avec des coups d'éclat très maîtrisés (comme cette jubilatoire double planche où Catwoman s'échappe du building - voir image plus haut). Le flux de lecture est fluide, le découpage est classique mais efficace. Blanco est sobre mais il a surtout compris qu'il n'y avait pas la peine d'en faire des tonnes. C'est un (énième) héritier spirituel de l'école Toth, et un disciple de Mazzucchelli période Batman : Year One, avec un trait épuré, un sens de la lumière, des compositions accrocheuses, une technique solide. Et il est ponctuel ce qui devrait profiter à la série (sur Batwoman, les épisodes qu'il ne signait pas étaient rares).

J'ai donc beaucoup aimé cette entame. Et je suis heureux de relire Catwoman telle que je l'apprécie, sans compter que les offres de DC ces temps-ci ne sont pas très excitantes (et l'avenir est incertain avec les coupes drastiques dans les effectifs et le catalogue de l'actionnaire de l'éditeur)..

*

En complèment de programme, Ram V propose deux nouvelles qui prolongent directement l'épisode, donc ce ne sont pas des bonus dispensables. D'autant moins qu'ils sont illustrés par deux artistes exceptionnels.


- Return to Alleytown. - Selina Kyle revient dans le quartier mal famé où elle a grandi. Trois délinquants la repèrent vite et la détroussent illico presto. Mais elle en arrête un et récupèrent son bien.


Catwoman les retrouve dans le Nid, la planque où elle opérait à leur âge, et leur propose de devenir ses élèves, invitant les autres jeunes du quartier à les rejoindre...

Bien entendu, l'attraction de cette première back-up story, c'est la présence de John Paul Leon au dessin. Depuis Batman : Creature of the Night (où il était plus inspiré que son scénariste Kurt Busiek) et visiblement bien remis de la maladie qui lui a pourri l'existence ces dernières années, l'artiste restait tout de même rare.

Aussi est-ce un ravissement que de le voir signer quelques planches et qui plus est avec Catwoman en vedette. Le résultat est splendide bien que sage. Mais Leon n'a pas besoin de grand-chose pour écraser la concurrence.

Ram V établit en tout cas dans ce Retour à Alleytown des éléments qui vont être développés dans ses futurs épisodes. Selina Kyle revient dans le quartier, mal-famé, où elle a grandi et été formé à la cambriole. Elle se fait volontairement remarquer de jeunes voyous à qui elle remet ses biens pour mieux les tester et les filer. Avant de les engager.

C'est donc cela le projet personnel évoqué à la fin de l'épisode : Catwoman veut reprendre le contrôle du secteur grâce à l'argent qu'elle a subtilisé et à son tour, elle va instruire des gosses sans avenir pour en faire des sortes de Robin des bois. Si, éthiquement, c'est discutable, scénaristiquement, c'est prenant et plein de potentiel.

- Cat vs. Woman. - Un chat s'introduit dans le Nid et observe Selina Kyle pendant plusieurs jours et nuits. Il la suit alors qu'elle emménage avec les enfants qu'elle recueille. Et dans ses patrouilles nocturnes où elle intimide les gangsters susceptibles de lui nuire.


Quand il est surpris en train de fouiner dans son coffret à bijoux, le chat se rebiffe mais Selina le mate sans difficulté...

Cette seconde back-up est beaucoup plus légère, voire superficielle, même si sa narration est originale puisque tout est raconté par un chat. Ram V insiste davantage sur la séduction de Catwoman à qui rien, littéralement, ne semble pouvoir résister.

Q'il s'agisse de gamins des rues à qui elle offre le gîte, le couvert et ses cours particuliers, aux gangsters qui menacent son business et qu'elle corrige prestement, jusqu'à donc ce matou chapardeur, Selina Kyle vient à bout de tout et tous.

Encore une fois, c'est donc surtout du côté visuel qu'on trouvera son compte puisque Juan Ferreyra est de la partie. Celui qui s'est révélé en dessinant Green Arrow Rebirth (en alternance avec Otto Schmidt), et qui depuis officie aussi chez Marvel, livre une belle copie, en changeant un peu sa technique.

En effet, plutôt que la colorisation directe à laquelle il nous a habitués, il dessine et encre ses planches à l'ancienne, laissant à FCO Plascenscia le soin d'ambiancer tout cela. Le résultat est aussi beau, sinon plus à mon avis. Ferreyra gagne en fluidité, et représente divinement Selena.

Si, comme moi, vous êtes restés perplexes devant le run de Joelle Jones ou l'avait carrément zappé, c'est donc le moment de suivre à nouveau les aventures de Catwoman.

samedi 12 septembre 2020

EMPYRE : FANTASTIC FOUR - FALLOUT #1, de Dan Slott et Sean Izaakse


Pour ce second épilogue à Empyre, Dan Slott prend les manettes et place les Fantastic Four au centre de l'histoire. La first family de Marvel a réussi son retour dans un event, bien plus que les Avengers. Pourtant Slott tape parfois à côté et tease à son tour un probable futur event (qui, cependant, ressemble à une arlésienne chez lui). Il est accompagné pour cela de Sean Izaakse au dessin.


L'invisible observe l'agitation qui règne dans la zone bleue de la Lune. Les Cotati sont faits prisonniers de guerre par les Kree et les Skrulls et leur leader, Quoi, refuse de révéler qui lui a fourni les armes non répertoriées dont il s'est servi contre les héros de la Terre.


Toutefois, l'oncle de Quoi, Thor, refuse de le laisser, lui et les Cotati, dans les geôles Kree-Skrulls et avec l'aide de Franklin Richards, les exile sur une planète qu'il terraforme pour qu'ils y résident en paix, dans un environnement approprié à leur condition.


Afin d'expertiser l'arsenal Cotati, Reed Richards fait appel à la Profiteuse, la plus grande dealeuse d'armes de l'univers. Cependant, elle échoue à déterminer leur provenance. Ce qui ne l'empêche pas de réclamer paiement pour son examen : la restitution des deux enfants Kree et Skrull.


Les héros s'y refusent et Hulkling empêche une nouvelle bataille en brisant l'acte de propriété de la Profiteuse sur les enfants. Le nouvel empereur les confie à Ben et Alicia Grimm pour les élever pacifiquement et en sécurité.


La zone bleue est quittée par ses visiteurs. Seul demeure l'Invisible qui procéde à son tour à une tentative de datation des armes Cotati...

Peu ou prou, on trouve dans cet épilogue les mêmes mérites que dans celui consacré aux Avengers, écrit par Al Ewing. Comme son partenaire sur la saga Empyre, Dan Slott est bien plus à l'aise seul qu'accompagné pour dire ce qu'il a à dire. Il n'est pas question de mettre en doute la bonne entente entre les deux scénaristes, mais simplement de souligner que leurs styles et surtout leurs desseins sont sans doute trop affirmés pour se fondre en une entité unique.

D'une certaine manière, Slott bénéficie davantage de la saga que Ewing car Empyre a prouvé au moins une chose : les Fantastic Four sont bien de retour au premier plan et ont eu davantage de poids dans l'histoire. Ou du moins ils ont mieux existé.

En effet, avec le (léger) recul dont on dispose désormais, il est évident que la gestion du quatuor a été mieux écrite que celle des Avengers. En les dispersant sur les points chauds de la saga (Johnny Storm auprès de Captain Marvel et Hulkling, Ben Grimm et Sue Richards auprès de Mantis, Reed Richards auprès de Tony Stark), les FF ont été présents au bon endroit au bon moment avec les personnages essentiels.

Par ailleurs leurs compétences ont été mieux utilisés que celles des Avengers, dont l'amateurisme a été dangereux et la naïveté confondante. Maintenant que les X-Men font bande à part dans l'univers Marvel, ce retour des 4 Fantastiques est une aubaine. Et avec le renfort de RB Silva comme nouveau dessinateur régulier de leur série, nul doute que Slott va pouvoir en profiter.

Cependant, le scénariste tape parfois complètement à coté. Le fait que Mr Fantastic fasse appel à la Profiteuse pour expertiser les armes des Cotati est une bizarrerie absurde parce qu'on devine immédiatement ce qu'elle réclamera, qu'elle réussisse ou non à identifier la provenance de cet arsenal (ce qu'elle n'est pas fichue de faire par dessus le marché !). N'y a-t-il pas un autre personnage capable d'enquêter prestement sur ces armes au lieu de s'en remettre à une dealeuse ?

L'autre élément incongru, mais celui-ci indépendant de Slott, est ce que fait Thor dans cet épilogue. Le tie-in Empyre : Thor n'ayant finalement pas été publié, le rôle du dieu du tonnerre a été complètement gâché. Il a disparu au deuxième épisode de la saga et a resurgi au dernier, muni de nouveaux pouvoirs, sans que le lecteur ait su comment il les avait acquis et où il était passé entretemps. Slott a bien du mérite d'attribuer à Thor une fonction d'arbitre quand il sauve la mise de Quoi et des Cotati en les téléportant, avec l'aide de Franklin Richards, sur un monde lointain où ils pourront vivre tranquillement - et sans plus menacer la Terre.

Comme cet épisode est un vrai yo-yo narratif, on appréciera que Slott ait choisi de mettre en scène, même de loin, l'Invisible. Petit rappel : l'Invisible est le nouveau Gardien depuis l'assassinat d'Uatu et il s'agit en fait de Nick Fury. On doit cette "brillante" idée à Jason Aaron qui a ainsi sorti de la scène Fury (pour faire de la place à son rejeton qui a la tête de Samuel L. Jackson) à l'issue de son event, Original Sin (à côté duquel Empyre passe pour un chef d'oeuvre). Depuis, donc l'ex-super espion de Marvel erre sur la Lune, traînant de lourdes chaînes et toisant les terriens et leurs alliés ou ennemis d'un air sévère.

Mais Slott, donc, est plutôt inspiré en se servant de lui car à la toute fin de l'épilogue, il lui fait procéder à sa propre expertise de l'arsenal des Cotati. Et cela aboutit à une scène alléchante (je ne spoile pas). Comme Ewing donc, Slott tease un probable event futur, mais à ceci près que celui-ci est une arlésienne pour le scénariste. En effet, Reckoning War est une idée qu'a Slott depuis des années, il a voulu la développer durant son run sur Amazing Spider-Man, puis on a cru qu'il allait la caser dans ses épisodes de Silver Surfer. Peut-être que ce sera pour Fantastic Four. Ou une saga qu'il écrirait (car Slott est le seul scénariste vedette de Marvel à n'avoir jamais eu cette opportunité !).

En tout cas, Marvel laisse ses scénaristes actuels faire beaucoup d'annonces et on peut douter de leur réalisation à toutes. Aaron voudrait un match retour à Avengers vs X-Men, Donny Cates dans Thor #6 a affiché ses ambitions, Ewing aussi dans Empyre : Fallout - Avengers, et maintenant Slott. On se souviendra que Ed Brubaker, en son temps, avait voulu, sans succès, signer une saga sur le Phénix, puis avancé des pions dans Captain America : Reborn (avec une menace liée au fait que Steve Rogers reprenne son bouclier et une invasion de tripodes identiques à ceux de La Guerre des Mondes de H.G. Wells).  Déjà que Marvel enchaîne désormais pratiquement sans interruption les events, là, c'est déjà l'embouteillage.

Côté dessin, cet épilogue est réalisé par Sean Izaakse, qui contribue déjà à Fantastic Four. Voilà un dessinateur intéressant, solide, sans être renversant. Marvel paraît ne pas lui accorder une confiance folle et ne l'employer que pour jouer les pompiers de service, un peu comme un Paco Medina.

Il affiche pourtant de bonnes intentions et une technique séduisante. Il lui manque cependant ce qui distingue un bon dessinateur d'un artiste qui va marquer les esprits : quelque chose dans le trait trop sage, dans le découpage sans folie, les compositions sans génie. Mais j'ai plutôt envie de le féliciter car sa copie est très soignée, il produit des plans bien remplis, des personnages expressifs, maîtrise leur représentation.

Empyre, c'est donc fini. Slott, comme Ewing, n'ont pas spécialement brillé dans cette affaire, qui a souffert de la crise sanitaire et de l'amputation de tie-in. Mais leurs épilogues sont plus qu'honorables.   

EMPYRE : AVENGERS - FALLOUT #1, de Al Ewing et Valerio Schiti


Empyre est terminé. Enfin... Pas encore puisque deux épilogues sont parus ce Mercredi pour vraiment boucler l'intrigue en racontant ses conséquences. Enfin... Pas vraiment non plus. Car c'est la clé de l'afffaire, Al Ewing (et Dan Slott dans Empyre : Fantastic Four - Fallout #1) tease le futur et donne une perspective qui faisait défaut à leur saga. Valerio Schiti achève, lui, en beauté sa prestation.


Hulkling a mis sa grand-mère, R'kll sous les verrous. Elle lui raconte comment elle a sacrifié sa fille, Anelle, et infiltré les Kree. Mais elle prévient aussi son petit-fils contre les humains, certaine qu'ils le trahiront un jour...


Hulkling et Wiccan se remarient en grandes pompes à bord du vaisseau-amiral de la flotte Kree-Skrull devant un impressionnant parterre d'invités. Ils fêtent le couple et savourent leur victoire contre les Cotati. Thor porte un toast avec Tony Stark et Captain America au défunt Captain Mar-Vell.


Mais tout le monde n'est pas satisfait de l'issue de ce conflit : Abigail Brand gifle Carol Danvers pour l'avoir tenue à l'écart et annonce la dissolution de la Divison Alpha dans la foulée. L'ambiance se fige et oblige à une remise en question des héros.


Reed Richards admet qu'il faudrait que Avengers et Fantastic Four se concertent davantage à l'avenir devant un danger semblable. Et qu'il leur faut soutenir Hulkling, désormais garant de l'alliance Kree-Skrull.


Hulkling, en privé, blame le Super-Skrull et Captain Glory pour leur conduite durant la guerre. Mais, dans le futur, l'alerte de R'kll se confirme...

A la lecture de ce premier épilogue, deux sentiments se dégagent : d'abord, celui que Al Ewing est bien plus à son aise quand il écrit seul et qu'il anime des personnages confrontés à des choix qu'à des grandes batailles ; ensuite que Empyre a sans doute surtout servi à préparer un prochain event.

Ce dernier point est à double tranchant. Si on considère tout cela positivement, il est évident que Al Ewing prend les commandes avec l'aval de son éditeur pour mener les Avengers vers une prochaine grande aventure. D'ici à penser que Ewing va remplacer Jason Aaron à l'écriture de la série Avengers, je ne sais pas, mais il a de toute évidence des plans précis que Guardians of the Galaxy ne lui suffira pas à développer (même si ce titre va sûrement exploiter, comme on l'a lu dans son dernier numéro, la situation post-Empyre).

Par contre, si on estime cela plus négativement (plus lucidement ?), on ne peut pas s'empêcher de trouver que consacrer tout un event comme un Empyre juste pour préparer une prochaine saga est quand même limite. Si des efforts avaient été faits, aussi bien de la part des auteurs que de l'équipe éditoriale, pour construire une histoire un peu plus rigoureuse, le lecteur en aurait autrement profité. D'où cette impression de "tout ça pour ça".

Ewing est certes un scénariste qu'il faut suivre car il a du talent (son run sur Immortal Hulk en ce moment et ses Guardians of the Galaxy en attestent). Mais c'est encore un talent frais, qui a besoin de s'affirmer, de maîtriser des blockbusters. Auparavant, il a quand même été cantonné à des séries B comme USAavengers (ex New Avengers) ou Ultimates (quand ce nom ne servait plus que de marque, sans rapport avec l'oeuvre de Millar), avec des personnages de troisième rang et un ton inégal. Au contact d'un autre jeune auteur prometteur (quoique moins supporté par Marvel), Jim Zub, et d'un vétéran, Mark Waid, il a ensuite co-écrit Avengers : No Surrender, avec ses seize épisodes mouvementés mais un peu passés à l'as juste avant la reprise des Avengers par Aaron. Un CV qui ressemble beaucoup à celui d'un apprenti.

Empyre a souffert d'un manque flagrant d'expérience pour animer une saga de ce calibre, avec trop de parlotte, pas assez d'action (ou alors trop vite expédiée), pas assez d'ampleur. Cet épilogue ne corrige pas cela. Mais il a le mérite de revenir vraiment sur les conséquences de ce qui vient de se passer (ce que néglige souvent les events Marvel). Des scènes comme le savon que passe Abigail Brand à Carol Danvers ou l'appel de Mr. Fantastic à davantage coordonner les efforts des héros sont des ajouts précieux. Et le twist final est alléchant (je ne le spoile pas).

Il m'a aussi semblé que Ewing manifestait un intérêt pour les Young Avengers. La position de Hulkling et Wiccan, les présences de Kate Bishop, America Chavez, Speed, Marvel Boy (même s'il fait désormais partie des Gardiens de la galaxie) cela ressemble à une réunion de famille. Est-ce là son prochain projet, puisque le scénariste a laissé entendre que Marvel couvait ses Jeunes Vengeurs pour un retour imminent ? Et le projet sur lequel travaille déjà Valerio Schiti ?

Car l'artiste italien est déjà au boulot sur une nouvelle série. Bien entendu, il n'a rien dévoilé, mais il se montre très à l'aise (comme toujours, pour tout ce qu'il dessine) pour animer ces personnages dans cet épisode. Schiti est le grand gagnant de cet event : il a prouvé sa capacité à produire ses épisodes en temps et en heure (les terminant même avec de l'avance !), il peut représenter n'importe quel héros, a designé avec brio les vilains, et n'a pas lésiné sur les décors et les appareils.

C'est une grande satisfaction, même si, pour ses fans de la première heure (dont je suis), ce n'est pas franchement une surprise. Schiti est vraiment un dessinateur qui s'est formé à la Marvel way, dont la progression a été constante, qui est très flexible (en ayant collaboré avec des scénaristes très différents) et qui sort de cette saga sans être rincé. Avec Pepe Larraz, qui a changé de statut grâce à House of X, Schiti est l'artiste-phare de Marvel (impression renforcé avec les départs de David Marquez, Chris Samnee).

Cet épilogue entretient des regrets. Et devrait instruire Marvel sur l'échec des events écrits à deux ou en collége plus large (façon Avengers vs X-Men - après lequel des gens comme Ed Brubaker avait exprimé leur frustration, et avait quitté l'éditeur). L'avenir nous dira si la leçon est retenue.

vendredi 11 septembre 2020

X-FORCE #12, de Benjamin Percy et Oscar Bazaldua


Le dernier numéro de X-Force m'avait tant déplu que j'avais annoncé mon intention de ne plus suivre la série. Je me suis ravisé, moins convaincu par ce douzième épisode (même s'il y a du mieux) que parce que j'ai compris qu'il faudrait compter avec ce titre pour le crossover X of Swords (je vais sans doute aussi me plonger dans Excalibur pour cette raison). Voyons donc ce qu'ont réalisé Benjamin Percy et Oscar Bazaldua.


Attaqué par surprise, Kid Omega est passé à travers un des portails de Krakoa qui débouche en Russie. Il est désormais aux mains du mystérieux Mikhail, qui compte l'utiliser à des fins encore inconnues.


Sur l'île de Krakoa, le Fauve a retrouvé Sage indemne et alors qu'elle est encore sous le choc de son agression, il la pousse à dresser un état des lieux. Elle trace la piste de Quentin Quire et découvre qu'il a laissé un message indiquant l'identité de son ravisseur.

Mikhail débarque dans une assemblée de l'organisation Xeno dont le chef actuel est son rival. Il neutralise le garde de ce dernier et le force à l'écouter. Pour détruire leur ennemi commun (les mutants de Krakoa), ils doivent changer de tactique.


Sur l'île justement, le nom de Mikhail permet de remonter jusqu'à deux suspects : Omega Red, venu chercher asile récemment (après avoir d'abord refusé l'invitation du Pr. X), et surtout Colossus - le frère cadet de Mikhail.


Mikhail livre Kid Omega au chef de Xeno afin qu'il créé une armée de soldats dotés de ses pouvoirs pour attaquer Krakoa...

Contrairement à Marauders, X-Force est une série qui est devenue de plus en plus antipathique : son scénariste, Benjamin Percy, avait certes annoncé la couleur, ce serait un titre sombre sur les coulisses les moins reluisantes de la Nation X, mais pour ma part, j'ai fini par me lasser de ce tableau crapoteux.

Percy semblait parti pour distribuer équitablement les rôles, mais c'était faux : entre la tête de sa CIA des mutants (le Fauve, Sage, Jean Grey) et ses bras (armés - Wolverine, Domino, Kid Omega), il est vite devenu évident que l'équipe de terrain avait ses faveurs. C'est dommage car, si, évidemment, le trio d'action est plus dynamique, les états d'âme des stratèges étaient négligés et l'âme de la série se réduisait à un récit efficace mais plus conventionnel.

Pourtant, avec le recul, ce sont pourtant bien du côté des cerveaux de la X-Force qu'il se passe les choses les plus intéressantes. Même si le personnage de Sage est très pauvrement caractérisé (alors qu'elle a quand même la charge de toute la surveillance de Krakoa), un conflit a séparé nettement le Fauve (dont les choix sont de plus en plus discutables) et Jean Grey (qui a fini par démissionner).

Le présent épisode se découpe en deux parties : d'un côté on suit Mikhail, le frère aîné des Rasputin (donc de Colossus et Magik - dont la présence n'aurait pas été de trop dans l'histoire à ce stade), et de l'autre Colossus. Si Mikhail semble un peu sortir de nulle part (j'ignorai même qu'il existait avant) et exister surtout pour relancer le subplot impliquant l'organisation anti-mutante Xeno (que Percy a également laissé trop longtemps en plan alors qu'elle paraissait être l'ennemie n°1 de la X-Force) et entraîner Quentin Quire dans une nouvelle galère (ce qui devient répétitif : Percy s'acharne sur lui avec une véhémence suspecte), en revanche ce qui arrive à Colossus révèle des éléments bien plus percutants.

Parce qu'il est le frère de Mikhail et russe (les adversaires des mutants depuis Dawn of X, dans les séries Marauders et X-Force), Piotr doit être interrogé. Mais le Fauve organise son arrestation de façon vraiment détestable, en la transformant en parade de la honte. Wolverine, écoeuré par la méthode, reprend les choses en main et on jubile de le revoir, séchement, remettre Hank McCoy en place. Toutefois, la dernière page de l'épisode montre le pauvre Colossus dans une position qui fait mal au coeur.

Percy est cruel mais ce faisant, il est aussi moins complaisant que lorsqu'il mettait en scène l'équipe de terrain de la X-Force contre la végétation folle de la Terra Verde, privilégiant le effets horrifiques perturbants aux causes du problème (qui pointaient directement du doigt encore une fois le Fauve). Il est évident que le scénariste a décidé de faire de Hank le méchant de la série et les fans du Fauve ne seront pas contents car c'est une pièce de plus dans la machine. Ces dernières années, il n'a pas été gâté : du Complexe du Messie où il cherchait par tous les moyens à résoudre l'extinction mutante à All-New X-Men (période Bendis) où, pour tenter de raisonner Cyclope, il allait chercher les cinq premiers X-men dans le passé, McCoy a accumulé les sorties pour le moins hasardeuses, sans oublier son séjour chez les Inhumains (juste avant Death of X). Il semble bien loin le Fauve blagueur des Avengers, ou le savant pondérant Charles Xavier. Là, c'est carrément l'apprenti sorcier des Illuminati, limite Dark Beast.

Tout cela souligne surtout, par ricochet, le manque de nuances dans l'écriture de Percy, qui accable des personnages au lieu de suggérer subtilement ce qui ne va pas. Plutôt que de développer un duel Jean Grey-Hank McCoy à la tête de la X-Force, il sort Jean Grey de la partie et enfonce le clou avec le Fauve. On ne comprend pas comment, dans ces conditions, le Pr. X ne s'en mêle pas, ou au moins les X-Men originaux comme Cyclope, Angel, Iceberg, qui devraient être dérangés par la dérive de leur ami. Ce background, c'est ce qui fait défaut à la série telle que l'écrit Percy : à force de rester entre eux, les membres de la X-Force sont trop coupés des autres et ce n'est pas logique car cette équipe doit rendre directement des comptes au Conseil de Krakoa. Il est impossible que le Fauve puisse agir comme il le fait sans que les leaders de l'île l'ignorent et ne réagissent.

Visuellement, pour la deuxième fois d'affilée (comme pour le diptyque avec Domino), Oscar Bazaldua illustre le script. J'avais été sévère avec cet artiste en le comparant à Joshua Cassara, qui faisait merveille au début. Je dois me raviser en admettant qu'il livre une copie très honorable. Ce n'est pas un dessinateur très bon, mais correct.

Il est léger, trop, sur les décors, s'en remettant ostensiblement au coloriste (le studio Guru-FX, qui a remplacé Dean White), chargé alors de veiller aux ambiances, même si on ne sort guère d'endroits peu éclairés, dans un climat violent et oppressant - hormis la scène de l'arrestation de Colossus en Terre Sauvage.

Bazaldua va à l'essentiel avec le peu de temps dont il doit disposer. Il garde son énergie pour placer au bon moment une pleine page spectaculaire (la fameuse scène de la parade de la honte). Puis il aligne ensuite des planches sages, où la lisibilité prime sur tout le reste. Pas de compositions inventives, de découpage habile, d'expressivité fabuleuse. C'est vraiment le job d'un fill-in artist qui a décidé de ne pas se forcer (pourquoi se forcer quand on ne vous utilise que comme bouche-trou ?).

Cela renvoie une fois encore à l'emploi des dessinateurs par Marvel. Beaucoup de titres (à cause de leur périodicité ou du rythme de travail des artistes) ont besoin de fill-in, mais rien ne semble prêt pour bien répartir le travail (par exemple sur Daredevil, pourquoi ne pas alterner deux très bons dessianteurs au lieu d'attendre que Checchetto soit trop rincé ? Ici, pareil, pourquoi ne pas donner à un meilleur dessinateur que Bazaldua un arc entier afin que Cassara ne disparaisse pas au pire moment ?). Il me semble que sur ce point DC est mieux préparé (prenez des titres comme Batman, Detective Comics, Justice League Dark où James Tynion a toujours eu deux artistes équivalents en termes de qualité).

Pour terminer, une sorte de procès (ou du moins d'interrogatoire) de Colossus est annoncé. Mais à quand vraiment se déroulera-t-il puisque X-Force #13 se déroulera en plein coeur de X of Swords ? A suivre donc.

jeudi 10 septembre 2020

MARAUDERS #12, de Gerry Duggan et Matteo Lolli


Ce douzième épisode de Marauders est clairement un épisode de transition puisqu'il conclut le deuxième arc de la série mais que la suite va être chamboulée par la publication prochaine du crossover X of Swords. Gerry Duggan réussit à tirer parti de cette contrainte pour mettre en scène le retour de Kitty Pryde parmi les siens, avec la complicité de Matteo Lolli au dessin.


Tout juste ressucitée, Kitty Pryde est conduite par Emma Frost devant tous les mutants qu'elle a contribués à sauver avec les Marauders au cours de ses missions pour la Hellfire Trading Company. Kitty mesure alors le résultat concret de son travail et la reconnaissance de ses pairs.


Puis Emma et Kitty chevauchent sur une plage de Krakoa. Emma insiste pour que Kitty ne se préoccupe pas du boulot pour l'instant. Mais elle est prête à discuter des représailles contre Sebastian Shaw. Kitty a justement un plan, qui ravit Emma.


Kitty rejoint ensuite les X-Men pour une réception donnée en son honneur. Diablo lui rend l'étoile de David  qu'elle portait en pendentif. Wolverine boit à sa santé. Tornade l'étreint. Magik a emmené des musiciens. Rachel Summers est également là.


La surprise vient de la présence de Sebastian Shaw qui offre le champagne, produit sur l'île, à celle qu'il a tuée. Kitty joue la comédie en le remerciant. Puis elle demande à Magik de la téléporter loin d'ici, discrétement.


Kitty entre dans le salon d'une tatoueuse pour s'un faire inscrire un message sur les phalanges. Elle embrasse l'artite sur la bouche puis lui demande où est le port le plus proche...

L'imminence du crossover X of Swords (qui démarre officiellement la semaine prochaine avec les prologues dans les séries X-Men et Excalibur, puis le chapitre 1, Creation, dans quinze jours) oblige les scénaristes à composer avec leurs intrigues en cours. Benjamin Percy a choisi de ne pas interrompre ce qu'il a lancé (j'en parlerai dans ma critique de X-Force #12). Gerry Duggan a préféré opter pour un épisode de transition, qui lui permet de temporiser.

Après son retour parmi les vivants, Kitty Pryde doit se refamiliariser avec son environnement. Ou plutôt s'acclimater à Krakoa sur laquelle elle n'a jamais mis les pieds puisqu'elle ne pouvait en traverser les portails (autrement qu'en se rendant intangible, ce qu'elle ignorait). Emma Frost va jouer les guides.

Le scénario ne zappe aucun des passages obligés : la rencontre avec les mutants sauvés par les Marauders (mais avec lesquels Kitty n'a jamais eu le temps de faire connaissance), les retrouvailles avec la grande famille des X-Men (et en particulier, via une scène savoureuse, avec Sebastian Shaw). Mais l'intérêt de l'épisode est ailleurs, dans deux scènes précises et qui renvoient à un aspect parfois négligé (ou méconnu) de Kitty.

Comme je l'ai dit, Emma sert de guide à Kitty pour son retour. En vérité, on peut dire que c'est le cas depuis le début de la série, mais cela remonte aux origines. En effet, Kitty Pryde a intégré les X-Men lors de la fameuse saga du Phénix noir quand le Hellfire Club enleva les X-Men et que Jean Grey était sous la coupe du Cerveau. A cette époque, Emma était dans le camp des méchants et Kitty en gardera longtemps une rancoeur terrible contre elle, lui refusant toute confiance quand l'ex-reine blanche du Club des Damnés deviendra une des professeurs de l'institut Xavier.

Voir Emma et Kitty partenaires et amies au début de Marauders avait de quoi surprendre, choquer même. Mais avec le recul, cette complicité inédite faisait sens : anciennes ennemies, ces deux-là se connaissaient parfaitement, avec plus de franchise que d'anciennes bonnes copines. Travailler ensemble signifiait que leur colaboration serait sans concessions et ce que toutes deux recherchaient. On a pu voir à quel point la mort de Kitty affecta Emma (comme ce fut le cas à la fin d'Astonishing X-Men par Whedon/Cassaday).

Dans le contexte devenu hyper-sexualisé de la franchise Dawn of  X, où il est plus que suggéré que tout le monde couche avec tout le monde, il n'est pas insensé d'hypothéquer que ce qui unit Kitty et Emma va plus loin qu'une amitié féminine. Ce sont toutes deux des femmes séduisantes, qui ont connu des aventures amoureuses multiples (Kitty avec Colossus, Pete Wisdow, Star-Lord ; Emma avec Sebastian Shaw, Cyclops - et Banshee à l'époque Generation X ?). Mais ce qui peut faire penser à cela, c'est un souvenir plus lointain...

En effet, Emma ressemble au type de femme auquel n'est pas insensible Kitty. Avant d'aller plus loin, pour ceux qui pensent que je divague, que je fantasme, je rappelerai que Chris Claremont lui-même jouait beaucoup avec la sexualité de Kitty. Certes, il y avait la romance digne d'un soap opera avec Colossus (romance toutefois chaotique), mais ensuite dans Excalibur, il s'amusait volontiers sur la nature véritable de l'affection qu'entretenait Kitty pour Rachel Summers (dont le costume hérissé, en cuir rouge super-moulant était très suggestif). Dans cette même série, lors de l'épisode 24 (Juillet 90), Kitty passait une journée avec Courtney Ross (l'alter ego d'Opal-Luna Saturnyne, la maîtresse de l'Omnivers), visiblement sous le charme de cette blonde qui ressemble comme deux gouttes d'eau à... Emma Frost. Un dialogue en particulier disait tout des sentiments de Kitty : "I'm all yours" ("Je suis toute à toi.")...

Excalibur #24 : Kitty Pryde suce le doigt de Courtney Ross...

Aussi ne faut-il pas être plus surpris que ça quand on voit aujourd'hui, dans cet épisode de Marauders, Kitty et Emma chevaucher ensemble sur une plage, ou surtout quand Kitty embrasse la tatoueuse qu'elle visite à la fin... En réalité, Kitty, comme Claremont le désirait mais sans pouvoir à l'époque l'écrire ouvertement, assume désormais sa bisexualité (il n'est pas question d'effacer ses histoires avec Colossus, Wisdom, Quill). Et ce n'est pas sur Krakoa que ça va choquer ("Kid" Cable sort avec toutes les Stepford Cuckoos, Logan et Cyclops couchent avec Jean Grey, Emma a une relation avec Cyclops, Magik mange des yeux Magneto et, mais ça n'engage que moi, j'ai l'impression que le Fauve et Sage sont intimes, que Domino aimerait bien être plus proche de Colossus, etc.).

Bien etendu, avec Matteo Lolli au dessin, on pouvait craindre que visuellement cela soit montré de manière assez plate. C'est hélas ! le cas, mais l'épisode n'est pas catastrophique non plus sur cet aspect. Je suis bien plus réservé sur la coupe de cheveux que l'artiste donne à Kitty que par la paresse de son découpage, avec une abondance de champ-contre-champ qui prouve ses insuffisances en matière de narration.

Lolli donne aussi cette impression de je-m'en-foutisme dans sa représentation des personnages : dans son cas, le fait qu'il dessine sur une tablette n'apporte aucune plus-value graphique. Son trait est trop léger, et l'encrage ne rattrape rien. Il ne s'investit pas dans ce qu'il fait, comme en témoigne la façon dont il habille Emma (dans une improbable toilette avec des parties écaillées) ou Kitty (dans une robe rouge aussi légère qu'une nuisette ou ce costume de pirate ridicule). Tout ça manque de consistance. Vivement que Stefano Caselli revienne.

La vengeance programmée contre Shaw va sûrement être mise sur pause pour un moment (je vois mal cette affaire se règler durant X of Swords). Mais il est acquis qu'il va prendre cher. Et ça, ça me réjouit suffisamment pour que je sois patient.