jeudi 13 août 2020

GIANT-SIZE X-MEN : FANTOMEX, de Jonathan Hickman et Rod Reis


Hormis le premier numéro de la collection Giant-Size X-Men, la déception domine en ce qui concerne cette initiative de Jonathan Hickman. L'épisode avec Nightcrawler était insignifiant (et présentait même une contradiction en montrant le retour de Lady Mastermind, qui avait déjà acté dans House of X !), celui avec Magneto insipide. Mais tout est pardonné avec le retour de Fantomex. Hickman refait équipe avec Rod Reis et rend une copie sous influence mais très maline et bien barrée.


Durant cinq décennies, depuis sa naissance et celle de son frère, Fantomex n'a de cesse de pénétrer dans le Monde, l'endroit où il a vu le jour, pour le détruire. Il s'allie successivement avec les Howling Commandos de Nick Fury...


... Puis le Cercle Intérieur du Hellfire Club, puis les Humongonautes, et enfin avec Wolverine et Cyclope pour tenter d'y parvenir. A chaque fois, il tombe sur son double, qui veille sur le Monde qu'il veut, lui, protéger.


Mais à la fin, le frère de Fantomex a accédé à un niveau de conscience si élevé que sa propre mission lui apparaît futile. De nos jours, Tornade sollicite Fantomex pour qu'il l'aide...


Depuis House of X-Powers of X, Jonathan Hickman joue avec l'héritage de Grant Morrison sur les mutants. Tour à tour, il défait ce qu'avait institué le scénariste écossais (l'extinction est remplacée par une renaissance massive, par exemple) ou, au contraire, en reprend les motifs et les figures (comme ici Fantomex, création de son prédécesseur).


Quant Grant Morrison prend en main les destinées des X-Men au début des années 2000, il invente deux personnages charismatiques qui lui survivront : d'un côté l'enigmatique Xorn (dont on découvrira qu'il s'agit d'un déguisement de Magneto pour provoquer l'implosion de l'institut Xavier), de l'autre le bandit Fantomex.

Ce dernier est issu du programme Arme X, dont provient aussi Wolverine (c'est ainsi qu'il a acquis, au gré d'expériences traumatisantes, son squelette et ses griffes d'adamantium). L'Arme X est un concept fabuleusement riche, puisqu'il est lié à la création de Captain America, Luke Cage et d'autres surhommes de Marvel au point qu'on peut s'étonner qu'aucun véritable event n'ait été élaboré à partir de cela (d'autant que le père de Tony Stark y a été mêlé et on peut aussi glisser dedans Spider-Man, Spider-Woman, Sentry). Le plus ironique, c'est que les super-soldats de l'Arme X ont été conçus, pour certains, afin d'éliminer... Les mutants.

C'est le cas de Fantomex, comme le rappelle la scène d'ouverture de cet épisode où une jeune recrue de l'A.I.M. tamponne sur le front deux clones "progressifs", qui deviendront Fantomex et Ultimaton, son "frère". Sauf que Fantomex, une fois hors du Monde (le site où il a vu le jour), entreprend de le détruire.

Le parallèle entre le Monde et Krakoa, la Nation X par extension, devient rapidement sybillin. Dans les deux cas, il s'agit de vases clos, aux philosophies finalement semblables, isolationnistes. La science folle de l'AIM et la religion de Krakoa sont toutes deux des extrémismes, des îlots fascistes, qui pratiquent une forme de sectarisme fondé l'une sur l'eugénisme, l'autre sur une forme de tribalisme. Dans les deux cas, la haine de l'autre prévaut : les savants fous veulent exterminer les mutants, les X-Men sont engagés dans une réponse pro-active contre les humains.

Fantomex, dans les deux cas, est un électron libre. Il a échappé au déterminisme scientiste et ne fait pas vraiment partie de la communauté mutante (il ne réside pas sur Krakoa et s'allie indifférémment avec des humains et des mutants dans sa quête). Il y a une dimension répétitive et absurde dans son entreprise où il semble moins s'agir de détruire le Monde (dit comme ça, on mesure bien la qualité symbolique de la terminologie de Morrison pour baptiser le lieu de naissance du personnage) que d'approcher son frère. La véritable mission de Fantomex est d'extraire Ultimaton de là mais sans le forcer.

D'ailleurs, les deux frères s'observent à la fois comme des doubles (ce qu'ils sont littéralement) mais aussi comme des étrangers, fascinés l'un par l'autre. Ultimaton est la quinzième version de l'Arme X, probablement la plus sophistiquée, la plus poussée. Il n'a jamais quitté le Monde et finit par devenir une sorte de cyborg doté d'une conscience divine qui lui fait voir humains et mutants comme deux espèces déjà dépassées - on pense au Dr. Manhattan dans Watchmen.

Fantomex, lui, est une curiosité typique des créations de Grant Morrison et Jonathan Hickman a bien compris que modifier sa caractérisation dégraderait le personnage. C'est une sorte d'aventurier sorti des pulp fictions, avec son long manteau, ses flingues, sa cagoule, entièrement vêtu de blanc, qui fonce dans le tas, en tentant à chaque fois d'être plus rusé mais toujours explosif. Une scène le montre même se coiffant, ridiculement, d'un bérêt comme si cet accessoire pouvait le rapprocher davantage des membres des Howling Commandos de Nick Fury.

Pour arriver à ses fins, Fantomex s'adapte : il se fait négociateur avec le Hellfire Club (Sebastian Shaw, une fois sous le feu ennemi, lui promet de se venger), leader avec les Humongonautes, fraternel avec Wolverine (qui exige de lui du respect pour Cyclope, ivre mort). A la fin de l'épisode, il est flanqué d'un membre de l'AIM, dont la présence d'ailleurs ne dérange pas les X-Men qui viennent à sa rencontre - là encore, tout est dit...

Justement, à la fin, le récit retombe superbement sur ses pattes et on regrette que Hickman n'ait pas relié ainsi tous ses Giant-Size X-Men (cela aurait justifié leur existence en tant que collection parallèle à la série X-Men). Car Tornade (accompagnée de Cypher et Trinary) sollicite Fantomex pour la sauver : cela renvoie au premier numéro, avec Emma Frost et Jean Grey, quand elles ont sondé télépathiquement l'esprit d'Oror Munroe pour découvrir que les Enfants de la Voûte lui avaient inoculé un virus mortel. Le remède se trouverait dans le Monde. Il n'est plus question de le laisser détruire et Fantomex s'y est résigné après son ultime rencontre avec Ultimaton. La boucle sera bouclée au prochain numéro entièrement consacré à Tornade.

Pour l'occasion, Hickman renoue avec le dessinateur Rod Reis, avec qui il a signé le premier arc, marrant, de New Mutants. L'artiste est idéal pour animer Fantomex, grâce à son style volontiers déjanté, empruntant des techniques au grand Bill Sienkiewicz.

Grâce aux effets composées, il réussit l'exploit de rendre imprévisibles des scènes répétitives lorsque Fantomex et ses différents renforts s'infiltrent dans le Monde. C'est le moment de savourer des doubles pages démentes, avec des créatures insensées. Le Monde est fou et Reis comme Hickman filent littéralement la métaphore.

Le découpage illustre parfaitement ces incursions délirantes qui se terminent invariablement par le face-à-face des deux Armes X, avec des cadres déstructurés puis des vignettes étrangement apaisées car, malgré leurs dissemblances croissantes, jamais il n'y a d'animosité entre Fantomex et Ultimaton. Ce sont des intimes étrangers - et cela définit à la fois l'homo sapiens et l'homo superior, Fantomex et le reste des mutants, le Monde et Krakoa.

Ce numéro, renversant et jouissif, entretient bien des regrets contre ceux consacrés à Nightcrawler et Magneto. Mais il prouve aussi que Hickman a bien un plan. Avant le méga-crossover X of Swords, qui démarrera en Septembre, ces Giant-Size X-Men (pour au moins le premier, ce quatrième et le futur cinquième - qui verra Russell Dauterman revenir au dessin) forme un corpus passionnant.  

EMPYRE #4, de Dan Slott, Al Ewing et Valerio Schiti


Le quatrième numéro de Empyre m'avait laissé une impression de gâchis. Dan Slott et Al Ewing devaient donc se rattraper en beauté pour le pénultième épisode de leur saga. D'autant que Marvel a décidé de publier la fin dans... Trois semaines ! Mission (presque) accomplie avec ce chapitre nerveux, dense, superbement dessiné par Valerio Schiti... Même s'il souffre encore de quelques bizarreries. 


Dans l'appartement de Wiccan, Captain Marvel et la Torche Humaine apprennent que Billy Kaplan et Hulkling se sont mariés en secret avant que ce dernier ne prenne place sur le trône de l'alliance Kree-Skrull. Le jeune magicien sait donc que l'empereur actuel est un imposteur et sait comment le prouver.


Wakanda. La Chose se fait massacrer par le Cotati qui a pris l'apparence de She-Hulk. Celle-ci a besoin de son cadavre pour en faire un terreau grâce à son corps. Mantis et la Femme Invisible asssistent, umpuissantes, à la correction de leur ami.


Un peu plus loin, Black Panther affronte seul l'armée Cotati et il est désormais clairement dépassé. Un de leurs chefs plante une graine dans le sol enrichi en vibranium, créant un portail. De celui-ci surgit Swordsman qui empale T'Challa sur son épée avant d'accueillir Quoi.


Wiccan, avec la Torche Humaine et Captain Marvel, se téléporte dans le vaisseau amiral de l'alliance Kree-Skrull et démasque le faux empereur en délivrant Hulkling. Hélas ! Il est trop tard car l'imposteur a activé le Bûcher, condamnant la Terre pour exterminer les Cotati.


La Montagne des Avengers. Mr. Fantastic résume la situation à Tony Stark qui l'équipe de sa nouvelle armure...

Finies les palabres, retour à l'action : ainsi pourrait-on résumer le contenu de cet avant-dernier épisode de Empyre. Il était temps et à la fin de cette histoire, on retiendra certainement ce ventre mou juste au milieu de la saga. Il demeure quelques curiosités dans ce chapitre mais il faut saluer le sursaut des auteurs.

Tout d'abord, comme le résumé ci-dessus le prouve (j'espère), le récit est clairement découpé. On va d'un point à l'autre, l'action rebondit de manière très rythmée et claire, les enjeux sont bien (re)définis, les personnages ont tous une mission à accomplir et les méchants sont bien disposés. Un très bon point.

Si, disons, le premier tiers de Empyre ne laissait guère de doute quand au conducteur de la saga (Al Ewing), il semble que maintenant on assiste à une reprise en main par Dan Slott. En effet, contrairement à son partenaire, il a la charge d'une série directement impactée par les événements (Fantastic Four) et il se sert de chaque membre du quatuor pour, en quelque sorte, baliser le scénario. Johnny Storm avec Captain Marvel et Wiccan, Ben Grimm avec Mantis (à laquelle Schiti a donné un look de giesha surprenant mais séduisant) et Sue Richards, Reed Richards avec Tony Stark. On peut même ajouter qu'il emploie Black Panther comme une sorte de personnage-relais entre FF et Avengers puisque T'challa a souvent servi de suppléant dans les 4 Fantastiques.

Comme le cliffhanger de l'épisode précédent nous le révélait, l'astuce consiste à dévoiler que Wiccan et Hulkling se sont mariés en secret juste avant que Hulkling devienne empereur de l'alliance Kree-Skrull. Valerio Schiti s'amuse au passage à donner les visages de Jim Cheung et Allan Heinberg, les créateurs de Hulkling et Wiccan, aux deux hommes chargés d'officialiser l'union des deux jeunes héros. Unis par les liens du mariage mais aussi par une sorte de lien magique, ils sont toujours en contact : Wiccan sait donc que son mari a été emprisonné et qu'un imposteur a pris sa place - on apprend d'ailleurs que les conseilleirs Kree et Skrulles n'ont eu de cesse depuis le mariage de vouloir le faire annuler.

D'une certaine manière, cette astuce se retourne contre les scénaristes car elle arrive trop tardivement : tous les héros auraient dû avoir un peu plus de bon sens et solliciter Wiccan quand la situation a dégénéré. Ewing et Slott nagent donc contre le courant qu'ils ont eux-même créé, et ce pendant tout cet épisode. Parfois ils surnagent, parfois ils dérivent, incapables de corriger quelque chose qui n'a que trop duré.

Le plus évident, c'est la position de Black Panther qui affronte à lui seul tous les Cotati débarqués au Wakanda. Alors, certes, il y a là une mauvaise gestion éditoriale : en effet, la crise sanitaire a motivé la décision de Marvel de réduire le nombre de tie-in, et l'un en particulier se fait cruellement sentir - il s'agit de celui avec Thor. Le dieu du tonnerre est absent depuis le deuxième épisode, on sait juste qu'il est parti en quête d'une solution alternative (comme l'a expliqué Tony Stark à Reed Richards dans le #4). Mais comme Empyre : Thor a été annulé, on ignore tout de cette "quête" et on constate juste qu'un des poid lourds des Avengers manque à l'appel dans un moment critique. Va-t-il, opportunément, revenir dans le #6 pour sauver le Wakanda et infliger une correction à Quoi ? Cela ressemblerait fort à une scène mémorable de Avengers : Infinity War.

Mais au-delà de l'absence du seul Thor, il est complètement aberrant de mettre en scène Black Panther de cette manière. Ce n'est pas comme si les héros manquaient pour le soutenir, mais visiblement personne n'a l'idée de se rendre au Wakanda (par exemple, où est passé Ghost Rider ? Lui aussi est invisible depuis le n°1). Dès lors, sa défaite est inévitable et on peut dire qu'elle ne souffre aucune discussion. Je ne crois guère cependant que Ewing et Slott aient eu a permission de le tuer vraiment, malgré les apparences (Black Panther est devenu un symbole trop important depuis le succès du film, et comme il est le chef des Avengers de Jason Aaron, il est de facto protégé).

En revanche, et cela confirme la reprise en main des affaires par Slott, l'affrontement entre She-Hulk et la Chose est un grand moment, douloureux, cruel. On a rarement vu Ben Grimm morfler autant, ça fait mal au coeur. La fin de l'épisode s'emballe, de façon réjouissante, avec des positions radicales de part et d'autre (l'alliance Kree-Skrull a activé le Bûcher, Quoi accède à un niveau divin). Cela compense le fait que Tony Stark et Reed Richards aient été eux aussi trop mis à l'écart (même si l'issue du combat dépend en grande partie d'eux désormais).

Reste que cet event est remarquablement dessiné. C'est même certainement le plus abouti depuis Fear Itself et Secret Wars. Valerio Schiti pète le feu et envoie du bois. Son dessin est généreux avec un découpage très dynamique et des personnages très expressifs. Il sait représenter avec force les pouvoirs de chacun (en particulier donc le combat sanglant entre She-Hulk et la Chose) et les décors sont soignés. Les couleurs de Marte Gracia veillent à privilégier une gamme chromatique distincte pour chaque site, ce qui facilite là aussi la lecture et l'identification des protagonistes. Parfois on aimerait juste que le script lui donne plus d'espace pour quelques scènes d'envergure (comme l'attaque aérienne commandée par Black Panther), mais on ne va pas chipoter.

C'est très frustrant, surtout après avoir dévoré cinq épisodes d'affilée en autant de semaines, mais il faudra s'armer de patience pour connaître le dénouement de cette saga (qui gagne aussi un numéro "Omega", qui reviendra sur le mariage Wiccan-Hulkling).

dimanche 9 août 2020

FIRE POWER #2, de Robert Kirkman et Chris Samnee


Je me suis posé la question : fallait-il tout de suite rédiger une critique de Fire Power #2, juste après celle du #1 ? Ou bien laisser un peu reposer et écrire plus tard ? Mais comme les deux premiers épisodes sont sortis le même jour, ça n'avait pas de sens de différer l'article. Et puis ainsi, j'espère définitivement vous convaincre d'acheter cette série.


Un ninja s'est glissé dans la chambre d'Owen et Kellie Johnson. Owen l'a senti et l'affronte dans cet espace exigü sans faire de bruit. Il réussit à expluser son adversaire de la pièce mais une mauvaise surprise l'attend dans la couloir.


Le ninja n'est pas venu seul, deux compères l'accompagnent. Owen engage le combat, toujours en veillant à ne pas faire de bruit pour ne pas réveiller sa femme mais aussi ses enfants. Ses ennemis tiennent aussi visiblement à rester discrets pour le capturer.


Owen finit pas recourir à son pouvoir et les trois ninjas tombent dans le salon au rez-de-chaussée de sa maison. Il éteint les flammes et convainc le dernier à être enore conscient de se taire. Mais Kellie surgit, fusil à la main.


Owen vérifie qu'il ne s'agit pas de membres du clan de la Terre Ecorchée pus appelle Ma Guang qui sort de l'ombre et se révèle être à l'origine de cette attaque. Il demande à nouveau à Owen de rentrer au temple du Poing Enflammée et essuie un nouveau refus...


Ce deuxième épisode est l'antithèse du premier : prime à l'action ! Voilà qui devrait soulager ceux qui craignaient une mise en place un peu laborieuse. Mais surtout le numéro entier est un morceau de bravoure, Robert Kirkman ayant laissé les clés à Chris Samnee, dans une forme olympique.

Sur les vingt-deux pages que compte ce chapitre, pas moins de seize sont muettes (ou presque : Owen ponctuant son combat d'un laconique "Damn it" après avoir expulsé le premier ninja de la chambre conjugale). 

L'art de mettre en scène une bagarre est une sorte de test pour tout artiste de comics puisque l'exercice est une forme de figure imposée par le genre. Chris Samnee le sait bien, lui qui a animé des séries à forte teneur en mandales et coups de latte divers et variés, de Daredevil à Captain America en passant par Black Widow. On remarquera ainsi que le dessinateur s'est fait une réputation avec des super-héros sans pouvoirs et cela me rappelle ce passage de Wolverine : Ennemi d'Etat (Mark Millar/John Romita Jr) dans lequel me mutant griffu s'en prenait à Daredevil en expliquant en voix-off que les street-level heroes étaient sous-estimés. Pourtant, sans talent autre que leur talent de lutteur et d'acrobate, c'étaient les plus méritants de la communauté car ils ne pouvaient compter que sur eux-mêmes et un entraînement rigoureux pour s'en sortir face à des ennemis souvent plus puissants.

Cela est, littéralement illustré ici par l'exemple de Owen Johnson dont la pratique des arts martiaux est la principale arme. En effet, on a pu noter à la fin du Prélude qu'il n'utilisait plus son pouvoir combustible qu'en cachette (pour allumer son barbecue) et dans le numéro 1, il insistait auprès de Ma Guang sur le fait que tout ce qu'il avait vécu au temple était derrière lui, suggérant ainsi qu'il avait renoncé au don de produire de boules de feu. On pouvait même se demander si sa femme était au courant qu'il savait faire cela et même qu'il était un artiste martial d'exception...

En veillant à ne pas faire de bruit lorsqu'il affronte un puis trois ninjas, le doute est encore permis. On se dit qu'il pourrait avoir raison d'eux facilement et rapidement avec une bonne boule de feu, mais il n'y recourera qu'en dernière extrémité. Ensuite, non seulement on apprendra que Kellie Johnson sait que son mari est un combattant exceptionnel mais aussi qu'il est doté d'un tel pouvoir : il lui a confié tous ses secrets, depuis son séjour au temple jusqu'à sa rivalité/amitié avec Ma Guang en passant par son amour pour Lin Zang et même la légende du dragon.

Avant cela, Samnee réalise un exploit narratif sur seize pages fabuleusement intenses. Il avait déjà signé des affrontements mémorables dans ses séries antérieures (notamment sur Daredevil) mais il se surpasse ici. Les acrobaties accomplies par Owen se permettent même d'insuffler une dose d'humur puisque le héros s'évertue à ne rien faire tomber malgré les chocs qu'il provoque : il évite à un verre d'eau de se briser ou une peluche de glisser du lit de son fils.

Depuis Frank Miller et Klaus Janson sur Daredevil (le monde est petit), la chorégraphie d'une bagarre est devenue une manière pour un dessinateur de sublimer cet exercice. Il s'agit à la fois de faire exécuter au héros et à son adversaire une suite de mouvements gracieux et puissants mais encore de le faire en veillant à ce que chaque plan ait une valeur précise, que les cases s'enchaînent avec une fluidité imparable et enfin que les pages se suivent sans jamais se ressembler, avec des compositions de plans variées, un découpage très rythmé. Bref, tout cela indique à quel point l'action doit être maîtrisée par l'artiste.

Les scénaristes sont plus ou moins directifs pour rédiger ce genre de séquences. Tom King laissait Mikel Janin "faire sa magie" dans les épisodes de Batman qu'il dessinait par exemple tandis que le "gaufrier" de Mister Miracle devait sans doute contraindre Mitch Gerads à quelques contorsions quand cela s'animait. En revanche, des auteurs comme Brian Michael Bendis sont réputés pour fournir des scripts très détaillés (même si le champion en la matière reste Alan Moore). Parfois on ne sait qui du scénariste ou du dessinateur prend ses responsabilités, mais on peut imaginer qu'un Stuart Immonen a les coudées franches, même quand c'est Warren Ellis qui signait le texte de Nextwave.

Hélas ! dans les bonus du numéro de Fire Power, une nouvelle fois formés d'un dialogue entre Samnee et Kirkman, ce dernier ne précise pas la forme de son scénario pour ce tour de force. Je parierai quand même sur une grande liberté accordée à Samnee car Kirkman a été le chercher justement pour sa virtuosité à chorégraphier des combats (entre autres atouts).

Il est impossible, à moins d'être un lecteur ingrat, de ne pas s'attarder sur les pages de Samnee, d'autant que l'action se déroule entièrement de nuit, lumières éteintes dans la maison Johnson. Il faut aussi saluer Matt Wilson, dont le travail est loué par Samnee : les deux hommes se connaissent parfaitement, après plus de dix ans de collaboration (Samnee ne lui a fait qu'un infidélité quand il a dessiné un arc de The Rocketeer, colorisé par Jordie Bellaire). Wilson est certainement le meilleur dans sa partie par sa régularité et la finesse de ses contributions. Le trait épuré de Samnee lui laisse du champ pour s'exprimer mais il n'en abuse jamais, sa palette est subtile et elle donne juste ce qu'il faut de relief au dessin. Ici, par des camaïeux de bleus, il photographie l'action de manière somptueuse, même si l'encrage de Samnee est irréprochable (je me rappelle avoir lu sur un blog la réaction d'un lecteur devant des commissions arts de Samnee à qui il reprochait de n'être qu'un ersatz de Toth, qui aimait trop le noir. J'aimerai bien savoir si ce cuistre a lu cet épisode pour savoir s'il est toujours aussi catégorique dans sa bétise).

C'est donc un pur régal de lire Owen Johnson en train de maraver ces trois ninjas (au design épatant - cette visière est une idée géniale). Mais une fois la boîte à gifles rangée, Kirkman et son artiste réservent d'ultimes planches aussi réussies avec un nouvel échange rendu avec Ma Guang (l'instigateur de cette embuscade). Lorsque Kellie Johnson mentionne le dragon, on relève avec le sourire que Owen n'y croit toujours pas, c'est très drôle. Mais le cliffhanger final est une fois de plus terrible : j'ai vraiment été cueilli (même si je m'attendais à une réapparition rapide de ce personnage). L'intrigue rebondit et nous entraîne dans un questionnement redoutable. Pas de doute, Kirkman voit loin et n'a pas fini de se jouer de nous.

Bon, maintenant, si ça ne suffit pas pour vous y mettre, je m'avoue vaincu. Mais vous allez passer à côté d'une BD jubilatoire, merveilleusement imagée et efficacement écrite. Allez quoi, faîtes-vous plaisir !

samedi 8 août 2020

FIRE POWER #1, de Robert Kirkman et Chris Samnee


Après un substantiel prélude de plus de 150 pages, Robert Kirkman et Chris Samnee sont désormais lancés dans la parution classique de leur creator-owned, Fire Power. Mais comme ces deux-là ne font décidément rien comme les autres, les deux premiers numéros sortent le même jour. Double ration donc et plaisir assuré.


Quinze ans après son séjour au temple du Poing Enflammé, Owen Johnson est rentré aux Etats-Unis où il a complètement refait sa vie. Il est marié à Kellie (une femme flic), avec qui il a deux enfants (Doug et Haley), et la famille habite un pavillon de banlieue.


Ce jour-là, c'est barbecue avec les parents adoptifs d'Owen, voisins, amis, collègues. Owen et sa fille vont faire quelques courses au supermarché du coin. C'est là qu'il est abordé par Ma Guang qui lui donne rendez-vous à Minuit dans un stade près de chez lui.


La journée se passe bien, au point que Owen oublie presque Ma Guang. Mais à l'heure de se coucher, il laisse son épouse se reposer et en profite pour rejoindre son ancien rival du temple. Celui-ci lui annonce que Wei Lun a disparu et lui demande de l'aider à le chercher.


Owen refuse, le ton monte, puis Ma Guang se retire en soulignant que son partenaire ne pourra pas toujours se cacher. En rentrant chez lui, Owen sent une présence étrangère...


La fin du Prélude de Fire Power nous projetait quinze ans après le passage de Owen Johnson au temple, sans plus d'explications. Que s'était-il passé entre temps ? Mystère. Mais ce bond dans le temps était une accroche très efficace pour donner envie de suivre les aventures du héros.

Si je comprends que certains attendront la parution en recueil de ce premier arc, j'aimerai quand même insister sur deux points. D'abord, le succès d'une série s'appuie sur celui de ses numéros mensuels, et donc attendre leur collection en recueils n'assure pas la survie d'un titre dans un marché concurrentiel (et impacté par la crise sanitaire) : donc, nous sommes responsables de la poursuite d'une série, si on zappe les mensuels, elle s'arrêtera faute de followers. Ensuite, il y a une excellente raison, outre la qualité de la série en question, pour se procurer Fire Power en floppies, ce sont ses bonus.

Car, en attendant le courrier des lecteurs, Robert Kirkman a eu l'idée de combler la fin de chaque numéro par une discussion avec Chris Samnee. Si vous êtes curieux des coulisses d'un comic-book, vous serez comblés. Mais pas que. Car les deux auteurs justifient leurs choix narratifs, graphiques (en n'oubliant ni la colorisation, magnifique, de Dave Stewart, ni le lettrage, excellent, de Rus Wooton) et nous instruisent donc sur la conception du titre. Enfin, vous aurez droit dans ce #1 à un sketchbook de Chris Samnee qui vous montre ses croquis préparatoires pour les personnages principaux (et, comme le dit Kirkman, "ce mec est vraiment bon").

J'ignore si ces extras seront repris en TPB (sans doute le sketchbook, mais la conversation in extenso, c'est moins sûr), donc vous voilà prévenus.

Une chose sur laquelle insistent Samnee et Kirkman, c'est le rythme. Le lecteur en est le maître. Il peut dévorer facilement cet opus en quelques minutes. Ou s'attarder sur les détails et prendre son temps. Personnellement, je suis souvent agacé par la vitesse à laquelle les fans lisent, on croirait qu'ils ont autre chose à faire et se pressent, négligeant l'examen des planches, le soin apporté à leur réalisation. Ce sont les mêmes lecteurs qui d'ailleurs, souvent, râlent, puérilement, au sujet des retards pris par certaines séries, comme si les auteurs étaient des machines juste bonnes à pisser de la copie et à dessiner, immunisés contre le fatigue, le manque d'inspiration, ou des avaries personnelles (maladie, blessures, etc.). Bref, comme le note Kirkman, soit il n'y a pas assez de substance et ça ne va pas, soit ça prend trop de temps à sortir... Et ça ne va pas non plus. Un conseil, amical : respecter les auteurs, les comics, si vous voulez qu'ils vous respectent en étant bien faits.

Je devine que parmi les esprits chagrins, qui refont le monde sur les forums ou se posent en experts dans les blogs, déploreront le contenu de ce premier épisode, qui nous montre en prenant son temps la vie désormais bien ordinaire de Owen Johnson, alors qu'on pouvait (légitimement) attendre de lire une BD pleine d'action, de baston et de boules de feu. Pourtant, c'est un passage obligé pour apprécier le reste, et surtout resituer le personnage et son histoire.

Ainsi Kirkman, en osant un chapitre calme comme celui-ci, insiste bien sur la rupture opérée par le héros entre aujourd'hui et les événements décrits dans le Prélude. Ce n'est plus un jeune homme à la recherche de réponses sur ses origines, un élève en arts martiaux, c'est désormais un adulte installé, marié, père de famille, qui a changé de vie. Qui a même tourné le dos à son passé aventureux. A demi-mots, on apprend que Lin Zang est morte (ou du moins qu'elle est présumée morte - son corps a été trouvée brûlée), que Owen a été suspecté de son meurtre alors que lui accuse Chou Feng (un autre membre du temple, qui est désormais à sa tête). Plus clairement, Wei Lun a disparu. Et Ma Guang resurgit pour demander à Owen de rentrer au temple et l'aider à retrouver leur mâitre.

Donc : l'air de rien, il est dit beaucoup de choses dans ce numéro où, en surface, il semble ne rien se passer d'exceptionnel. Il est encore trop tôt pour affirmer que Fire Power est une série qui cache son jeu, mais comme le prouve le deuxième épisode, il est évident que Kirkman n'a pas peur de dévoiler quelques surprises de taille, ce qui signifie qu'il en a sous le capot. Ce sentiment que la série affiche un matériel abondant est jubilatoire car cela attise notre curiosité et nous motive pour la suivre. Simple, malin.

Dans l'échange publié en fin de numéro entre les deux auteurs, Samnee révèle une anecdote révélatrice sur sa méthode. Avant qu'il ne perce dans le métier, il a couru les conventions et présenté des portfolios à d'autres artistes et des éditeurs pour se faire remarquer, rien que de très classique. Jusqu'à ce qu'un professionnel lui indique qu'il savait bien représenter les super-héros en costumes, mais qu'il lui fallait aussi maîtriser les personnages en civils car, avant de plonger dans l'action, il fallait les montrer dans leur vie quotidienne. A partir de là, Samnee n'a plus arrêté de dessiner des personnages en civils. Une formation encore utile aujourd'hui, puisque Fire Power ne s'inscrit pas dans le registre des super-héros.

On mesure à quel point tout cela lui sert quand il doit, sur une double page épatante, dessiner le jardin des Johnson occupé par leurs invités pour le barbecue. Pour chacun de ces figurants, Samnee donne une chose à faire, une expression propre, une attitude propre, dans une composition à la fois fournie et claire. Une double page comme ça est une leçon de dessin et de narration car elle raconte à la fois une scène de la vie normale et abonde en détails savoureux. L'exemple parfait de ce que je relevais plus haut, à savoir qu'il faut prendre son temps pour lire et apprécier une BD car un plan comme cela, survolé, est une occasion gâchée par le lecteur de remarquer le soin apporté par l'artiste pour composer l'image mais aussi pour caractériser les personnages qui le peuplent.

Maintenant, prenons un autre exemple avec le rendez-vous, à la nuit tombée, dans le stade désert, entre Owen et Ma Guang. On goûtera d'abord au jeu des ombres, magistral. Puis, à la faveur d'un découpage très simple mais tonique, au dialogue entre les deux hommes, à la façon dont Samnee traduit subtilement la tension qui alimente leur échange, à la brève bagarre qui éclate, et au calme qui revient jusqu'à une étreinte fraternelle après avoir partagé le chagrin d'avoir perdu la femme aimée.

Voyez, ça aussi, c'est l'alliance parfaite de l'esthétique et de la narration. Un enchaînement de plans fluide, très beau, nerveux, au service d'un propos sur la mémoire, le passé, la vie, la mort, l'amitié. L'adrénaline qui irrigue ces pages est grisante, elle permet d'apprécier un dessinateur en pleine capacité de ses moyens, qui est aligné sur la même longueur d'ondes que son scénariste et qui sublime une scène. Là encore, prenez un peu de temps et vous verrez que ce n'est pas du temps perdu, mais un travail précis, qui fonctionne parce que toutes les pièces s'emboîtent parfaitement. Notre plaisir ne naît pas par hasard dans la lecture, il résulte d'un effort orchestré des auteurs.

Kirkman est très fort pour conclure et une nouvelle fois, il nous cueille avec un cliffhanger jouissif, que Samnee illustre avec expertise. Je vous en reparle très vite... En attendant, filez acheter Fire Power

vendredi 7 août 2020

GUARDIANS OF THE GALAXY #5, de Al Ewing et Juann Cabal


Une nouvelle fois, ce numéro de Guardians of the Galaxy impressionne. La série a vraiment atteint un niveau exceptionnel en un temps record, Al Ewing a totalement fait oublier le run raté de son prédécesseur (Donny Cates) et dispose d'un dessinateur éblouissant avec Juann Cabal (la révélation de l'année).


Moondragon est attaquée par le Dragon de la Lune, son double issue de notre réalité, qui veut la vaincre pour révéler qu'elle est une impostrice depuis des mois. Mais leur affrontement a un prix : Moondragon ne peut maintenir son lien télépathique avec Phyla-Vell et le reste des Gardiens.


Phyla s'en rend compte et s'en inquiète, craignant une manoeuvre de leurs ennemis. Pourtant dans le convertisseur de matière, Hercule ne tremble lorsque Gamora le tient en joue. Il lui explique calmement que Peter Quill s'est sacrifié pour eux tous et n'a pas été lâché par l'équipe contre les Olympiens.


Le Prince of Power profite de cet échange pour frapper Hercule mais ce dernier réplique vite et se débarrasse de son adversaire sans problème tandis que Drax revient à lui. Moondragon, elle, prend aussi le dessus sur le Dragon de la Lune.


Groot empêche BlackJack O'Hare de tuer Rocket Raccoon, qui comptait depuis le début sur la loyauté de son meilleur ami. Marvel Boy appréhende Castor Gnawbarque qui a observé, désemparé, la débâcle de ses mercenaires.


Moondragon parachève sa victoire sur le Dragon de la Lune en absorbant sa puissance et renoue le contact avec Phyla-Vell et les Gardiens. Mais cet effort l'a visiblement profondément changée...

En quatre épisodes (le troisième étant un peu à part), Al Ewing a su magistralement remettre d'aplomb un titre qui avait perdu le Nord, tout en n'hésitant pas à en redessiner les lignes. Exit Peter Quill, écartés Gamora et Groot. Moondragon et Phyla-Vell inexistantes durant le run de Donny Cates ont enfin de la susbstance, Hercule a intégré l'équipe, Marvel Boy en est devenu l'attraction. En attendant le tour de Nova le mois prochain.

Pourtant, quand on y regarde de plus près, Ewing applique une méthode simple à ce ravalement de façade puisqu'il a consacré un épisode à chaque fois pour poser un personnage au premier plan, lui attribuer un rôle précis dans l'équipe, et ainsi reconfigurer les missions des Gardiens (qui sont désormais moins des pirates de l'espace qu'une sorte de groupe façon Mission : Impossible où les compétences de chacun sont éprouvées de manière à démontrer qu'ils sont les meilleurs pour le job).

En les opposant à la fois à leurs anciens alliés et à des mercenaires payés pour les éliminer, les héros n'ont pas eu la tâche facile pour empêcher qu'un convertisseur de matière semblable à celui qu'utilise Galactus pour consommer une planète ne tombe entre de mauvaises mains. Mais cela change des sempiternelles batailels contre les Baadon ou Thanos.

Après le show Marvel Boy du précédent épisode, l'accent est mis sur Moondragon. Les premières pages permettent de resituer Heather Douglas et d'expliquer que la Moondragon qu'emploie Ewing n'est pas l'originale mais un double issue d'une dimension parallèle, plus puissante. Le scénariste expose très clairement qu'elle a des troubles de la mémoire, remarqués par certains mais assez discrets pour ne pas avoir éveillé les soupçons de ses co-équipiers actuels. Lorsque le Dragon de la Lune, c'est-à-dire la forme issue de notre réalité, l'attaque, c'est évidemment pour la démasquer et reprendre sa place. Au moment même où elle est la plus fragile puisqu'elle assure la liaison entre les Gardiens sur le terrain.

Et c'est là qu'intervient Juann Cabal. Quand je dis qu'il sera la révélation de l'année, parmi les dessinateurs, cet épisode en est la traduction la plus saisissante puisque l'artiste espagnole enchaîne les planches plus extraordinaires les unes que les autres. Les scènes entre les deux Moondragon sont bien entendu les plus fabuleuses avec un découpage bluffant, à coup de motifs spiraliques, d'enchevêtrements de cases circulaires, d'effets graphiques insensés (des parties de l'image en "négatif", en miroir, etc). Franchement, c'est époustouflant, du  niveau de ce que peut faire un J.H. Williams III, ce qui n'est rien. Mais ce n'est pas gratuitement virtuose, tape-à-l'oeil.

Car Cabal sert ainsi au mieux le sens de ces scènes, l'expression des pouvoirs mentaux des deux adversaires. Quand on sait que le dessinateur assume aussi son encrage, on est encore plus épaté par sa force de travail. Et la colorisation de Federico Blee respecte ce dessin, le valorise avec subtilité.

Mais Cabal n'en reste pas là. Quand il doit mettre en scène un passage plus calme, il a recours à des astuces aussi remarquables, comme ce "gaufrier" de douze cases (voir plus haut) qui permet d'apprécier l'expressivité de son trait dans un passage muet où tout passe par les visages des protagonistes. Là, on pense à Kevin Maguire pour la plasticité des figures, mais sans tomber dans le travers de ce dernier qui en fait trop pour provoquer le rire même quand ce n'est pas justifié.

La palette de Cabal est si complète qu'on a du mal à croire qu'elle se révèle seulement maintenant, après tout c'est sa première grosse série (même si Guardians of the Galaxy reste une série à part comparée à des blockbusters comme Avengers ou Spider-Man). En tout cas, en le voyant capable de cela si tôt, sa marge de progression augure du génie potentiel de ce jeune artiste.

Ewing est un auteur intelligent, il sait qu'il collabore avec un partenaire en grande forme et peut se concentrer sur la construction de son histoire. L'habileté ave laquelle il passe d'un personnage à un autre, d'une ambiance à une autre, le tout sur un rythme implacable, et toujours avec une lisibilité impeccable, est un régal à lire. Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, il réussit à animer un team-book sans se prendre les pieds dans le tapis, en combinant caractérisation et action, drame et légéreté, du grand art. Lui aussi a tout de la vedette incontournable en devenir et Marvel a intérêt à le chouchouter.

Enfin, un dernier mot sur une tradition que Ewing remet discrètement au goût du jour : les comics qui fonctionnent par arcs narratifs ont souvent un titre pour une grappe d'épisodes. Ewing, lui, donne un titre à chaque épisode, en relation directe avec le personnage le plus important du chapitre. C'est un petit quelque chose d'aussi agréable que la liste des personnages présents à chaque épisode des X-Men de Hickman. Une façon de s'y retrouver facilement et rapidement.

Pour tout cela, Guardians of the Galaxy mérite sa place parmi les meilleurs séries du moment. Une réussite assez inattendue et donc d'autant plus savoureuse.