dimanche 2 février 2020

X-FORCE #6, de Benjamin Percy et Stephen Segovia


Il est étonnant/épatant de constater à quel point les séries X-Men et X-Force se répondent/se complètent. J'ignore si c'est parce que Jonathan Hickman et Benjamin Percy communiquent beaucoup pour accorder leurs violons, mais avec cet épisode on mesure le degré de complicité entre les deux titres. Une nouvelle fois, mais avec un récit moins trépidant, le résultat est excellent, et même Stephen Segovia suppléé avec talent Joshua Cassara au dessin.


Le Fauve dirige l'X-Force depuis son poste de commandement sur Krakoa. L'équipe, elle, est en manoeuvre en Terra Verde, un petit pays d'Amérique du Sud où elle affronte des créatures végétales ayant des humains comme hôtes.

Quelques jours auparavant, le Pr. X a répondu à l'invitation du président de Terra Verde pour y signer un partenariat. Pourtant, la cérémonie a failli tourner au drame quand un commando s'en est pris au dirigeant du pays, mais Black Tom Cassidy s'est interposé.


En examinant le film de cette agression, le Fauve et Sage remarque qu'en vérité les agresseurs ne ciblaient pas le Pr. X ni le président, mais le fils de ce dernier qu'ils ont enlevé. Jean Grey et le Fauve sondent le cerveau du président et découvre qui sont les ravisseurs.


La Terra Verde a élu son président sur la promesse de cultiver et commercialiser sa flore à des fins pharmaceutiques mais aussi militaires. Considérant d'abord Krakoa comme un concurrent, le président a préféré négocier avec les mutants, contre l'avis d'une partie de la population.


X-Force est donc envoyé en Terra Verde pour y libérer le fils du président. Mais celui-ci a en fait mis en scène son enlèvement pour forcer son père à rompre ses relations avec Krakoa. Le Fauve a néanmoins mésestimé la menace...

Lorsque je dis que Benjamin Percy est sur la même longueur d'ondes que Jonathan Hickman, c'est que la lecture de ce sixième épisode de X-Force colle parfaitement avec celle de X-Men #5, sorti également cette semaine. Dans les deux cas, les scénaristes y brossent le portrait d'un leader mutant péchant par excès de confiance.

Intitulé "Le Maître", l'histoire ici se concentre sur Hank McCoy. Dans la scène d'ouverture où on suit la manoeuvre secrète d'X-Force en Terra Verde, le Fauve suit Wolverine, Jean Grey, Kid Omega et Domino à distance et dirige leur opération clandestine en se comparant à un chef d'orchestre, un meneur de jeu - un maître.

Plus loin, alors que l'affaire semble pliée, il affirme sans ciller toujours gagner parce que, tel un prodige des échecs, il joue en ayant toujours cinq coups d'avance. C'est présomptueux et cela s'avère faux puisque rien n'est résolu en Terra Verde lorsqu'on découvre l'état véritable du fils du président de ce petit pays d'Amérique Latine.

Comme Cyclope dans le dernier numéro d'X-Men (qui envoie X-23, Darwin et Synch dans la Voûte au risque de les sacrifier), le Fauve commet une erreur en étant trop sûr de lui et de sa stratégie et de sa direction d'orchestre. Pourtant, on le voit accumuler méticuleusement les données sur et en dehors du terrain, avec un groupe déjà bien entraîné, dans une formation accomplie.

Les informations collectées par Hank McCoy sont partagées avec le lecteur grâce à un des data pages sur l'histoire de la Terra Verde, qui s'est d'abord positionné contre Krakoa parce qu'elle disposait aussi d'une flore exceptionnelle à même de produire médicaments et armements - mais en plus petite quantité et avec une moins bonne distribution que la Nation X. Pour ne pas être complètement perdant, le président a préféré transiger et, reconnaissant la souveraineté de Krakoa, passer un accord commercial avec elle. Mais cette décision n'a pas convenu à tout le monde dans le pays.

Percy tisse une intrigue dense mais fluide dans sa narration bien que la première partie de l'épisode soit un flash-back (relatant la visite du Pr. X et de Black Tom Cassidy en Terra Verde). Ensuite a lieu l'enquête proprement dite sur les circonstances de l'attentat manqué contre le président, l'enlèvement de son fils, la nature des ravisseurs (usant des armes "téléfloroniques" de la Terra Verde). La révélation de la vérité sur les dessous de l'affaire est à la fois terrible et évidente. 

Le scénariste insiste surtout sur l'usage de l'X-Force, les libertés prises avec les lois cardinales de Krakoa (en particulier le fait de ne pas tuer des humains, ce qui est de plus en plus dévoyé), et donc des options tactiques prises par le Fauve. La docilité de ses hommes de terrain n'est pas discutée, d'ailleurs on voit mal Wolverine, Domino ou Kid Oméga retenir leurs coups. Par contre Jean Grey, se joignant aux manoeuvres clandestines, cela donne un relief inattendu au personnage, sans atténuer son caractère (elle prévient le Fauve de ne pas la considérer comme sa subalterne).

On pouvait légitimement redouter le moment où Joshua Cassara serait obligé de passer la main puisque la série paraît à une fréquence soutenue (18 épisodes/an sont prévus). D'autant plus que Marvel a choisi Stephen Segovia pour le suppléer et que ce dernier est loin d'être un artiste aussi puissant. En outre, Dean White est lui aussi remplacé par le studio Guru FX à la colorisation.

Mais on est rassuré en lisant le résultat. Segovia livre un très bon numéro avec des planches solides. Certes, il n'a pas le style très incarné de Cassara puisqu'il s'encre de manière plus appliquée et que Guru FX appose des couleurs avec moins d'effets de textures que White.

Pourtant, cela reste très efficace, avec un découpage efficace, simple, sans fioritures. Les personnages sont bien campés. Les décors sont un peu moins bien traités, l'ensemble a un côté plus générique (la Terra Verde n'est pas bien montré alors que sa flore joue un rôle crucial dans l'histoire). L'un dans l'autre, néanmoins, c'est un bon fill-in, qui je l'espère, sera reconduit quand Cassara aura à nouveau besoin de souffler.

Le rythme général de l'épisode est moins trépidant, l'action moins viscérale, mais c'est encore une réussite pour la série qui confirme que les homo superior souffrent surtout d'une suffisance certaine en ce moment.

samedi 1 février 2020

HAWKEYE : FREEFALL #2, de Matthew Rosenberg et Otto Schmidt


Si ce n'était ses couvertures hideuses (signées Kim Jacinto), cette mini-série serait un sans-faute. Car ce deuxième chapitre de Hawkeye : Freefall réussit l'exploit d'être encore meilleur que le précédent : plus drôle, plus énergique, avec une chute irrésistible. Matthew Rosenberg se lâche complètement pour notre plus grand plaisir tandis qu'Otto Schmidt met tout ça en images de manière hilarante.


Pour épater sa nouvelle copine, Linda Carter l'infirmière de nuit, Clint Barton la traîne à une soirée caritative. Mais il lui a caché qu'il en était le principal donner tandis qu'elle est draguée par Tony Stark et qu'elle fait la connaissance de Peter Parker, venu photographier l'événement.


Ce dernier doit s'absenter quand il est prévenu d'une attaque en ville. Spider-Man surprend Ronin qui vient de braquer une planque de the Hood. Contre toute attente, le tisseur se fait surprendre par son vis-à-vis qui lui échappe avec son butin.


Le lendemain, alors qu'il déjeunait dehors, Clint Barton surprend un cambriolage par un vilain de bas étage. Luke Cage l'aide à le maîtriser tout en l'interrogeant sur Ronin. Clint nie à nouveau avoir repris cet alias.


Les actions de ce mystérieux Ronin nuisent au business de the Hood qui capture un de ses rivaux pour l'interroger sur l'identité du personnage. Pendant ce temps, Clint confie une grosse somme d'argent à un directeur d'hôpital et au dirigeant d'un laboratoire pharmaceutique pour ouvrir un centre de désintoxication gratuit.


Le soir venu, Ronin surgit dans une nouvelle planque de the Hood. Il neutralise facilement les gardes et menace Bryce, un informaticien, pour accéder au coffre. Mais Bryce affirme avoir découvert son identité en comparant des vidéos de surveillance. Ronin se démasque : c'est Clint !

Croyez-moi si je vous dis que Hawkeye : Freefall est le comic-book Marvel le plus drôle que vous lirez cette année. Si cela ne vous convainc pas de donner sa chance à cette mini-série (qui pourrait très bien devenir une ongoing si les pontes de Marvel étaient inspirés), alors tant pis pour vous, vous passez vraiment à côté d'une pépite.

Le plaisir de la lecture est renforcé par le fait qu'on n'en attendait pas tant de la part de Matthew Rosenberg et que Marvel a lancé le projet sans faire d'efforts promotionnels. C'est dommage car Clint Barton est devenu, depuis le run de Fraction/Aja, un personnage auquel nombre de lecteurs se sont attachés, appréciant qu'il en était fait un sympathique loser plus qu'un Avenger courant après les succès spectaculaires de ses collègues.

D'ailleurs, l'épisode joue là-dessus dans une scène d'ouverture tordante où les bons mots fusent et appuient sur le décalage entre Barton et la situation qu'il affronte (pour impressionner sa nouvelle copine, il dame le pion à Tony Stark lors d'une soirée caritative, sans oublier de se ridiculiser en croyant qu'on va lui remettre une récompense).

Le dessin d'Otto Schmidt est délectable car, avec son trait vif, très expressif, l'artiste fuit tout réalisme pour mieux souligner les mimiques cabotines et grotesques du héros dont sont témoins des guests (comme Stark Linda Carter, May et Peter Parker, puis Luke Cage). L'aspect volontiers cartoon du dessin de Schmidt produit un effet imparable en complément du script enlevé de Rosenberg.

Quand on atteint ce niveau de complicité entre un auteur et un artiste, le récit ne peut qu'en profiter. Mais attention, derrière les vannes et les clins d'oeil, le produit est joliment emballé comme en témoigne le découpage rigoureux, composé pour valoriser les effets comiques ou l'action.

Ainsi Rosenberg et Schmidt n'hésitent-ils pas à en passer par des pages en "gaufrier" pour des dialogues avant de dynamiter ces moments par des pleines pages explosives ou une succession de bandes horizontales ne montrant que les conséquences d'un tir nourri (par le mal-nommé Human Bomb) contre Hawkeye et Luke Cage.

Hawkeye : Freefall joue sur deux tableaux : un décalage quasi-parodique quand on est en présence de Clint, puis des scènes plus directes quand the Hood et Ronin sont au premier plan. Le premier tue ainsi d'une balle en pleine tête un rival dont le témoignage ne sert à rien. Le second blesse au sabre des dealers à la manière dont le ferait un Punisher.

C'est un procédé habile car d'une part il définit bien qui sont les méchants des gentils, et ensuite parce qu'il permet aux deux aspects de l'histoire de cohabiter sans se marcher dessus - on rigole avec Clint, on est glacé par Ronin et the Hood.

Lorsque intervient la surprise finale, le lecteur est dérouté. Bien entendu, Clint n'est pas le Ronin qui commet des exactions contre des gangsters affiliés à the Hood, tout cela est un stratagème pour confondre le vrai coupable. Mais le plan de Barton est tordu à souhait, sauf pour un regard aiguisé (comme celui de l'informaticien Bryce).

C'est la promesse de nouvelles péripéties très prometteuses, tant que Rosenberg conservera cet équilibre entre humour et action. Grâce à Schmidt, il ne devrait pas déraper.

THOR #2, de Donny Cates et Nic Klein


Le moins qu'on puisse dire avec cette relance de la série Thor, c'est qu'elle ne manque ni de panache ni de générosité puisque Donny Cates et Nic Klein livrent un nouvel épisode de trente pages. En vérité, c'est comme si ce format les arrangeait car les deux partenaires veulent visiblement rendre au dieu du tonnerre toute sa démesure dans cette histoire. L'influence de Kirby est omniprésente, dans le cadre, la caractérisation. Et le tout ne manque pas de culot en s'adressant aussi au DCU...


L'Hiver Noir, qui jadis détruisit l'univers qui vit naître Galactus, s'abat à présent sur le notre. Il dévaste une planète qui, malgré ses surhommes, est impuissante face à ce fléau informe et sa neige noire qui réduit tout en cendres sur son passage.


Loin de là, Thor a guidé Galactus jusqu'à la première des cinq planètes dont l'énergie peut l'alimenter assez pour qu'il contre l'Hiver Noir. Mais Clypse est habitée et le dieu du tonnerre refuse que les indigènes soient sacrifiées.


Galactus est pressé et affronte son nouvel héraut qui réplique sans faire de quartier. Quand les habitants de Clypse s'en prennent à Thor, il appelle Lady Sif à l'aide pour qu'elle les évacue tous au moyen du Bifrost. 


Une fois sur Asgard, ils sont pris en charge par Volstagg et Balder tandis que Galactus consume Clypse jusqu'à la dévaster. Cette destruction provoque la colère de Thor qui à nouveau défie le dévoreur de planètes.


Mais leur dispute est interrompue par des tirs contre Galactus. Thor reconnaît l'agresseur puisqu'il s'agit de Beta Ray Bill, résolu à obtenir des explications sur ce massacre...

Après un premier épisode déjà impressionnant de puissance, l'intrigue de ce premier arc ne baisse pas en régime. Au contraire même puisque, dès les premières pages, et encore par la suite, on assiste à un enchaînements de morceaux de bravoure. 

Les influences de Donny Cates sont évidentes : il revient aux sources en empruntant à Kirby mais aussi à son fils spirituel le plus audacieux, Walter Simonson. Tout est bigger than life, un vrai souffle balaie le récit pour qu'on en savoure la dimension mythologique.

Le choix d'un méchant sans visage, ni même forme, est habile : désincarné mais ravageur dans des proportions cosmiques, il choque le lecteur en démontrant sa capacité de nuisance et son aspect irréversible. Si bien que même Thor semble impuissant à le stopper. Ainsi Cates échappe-t-il aux clichés qui oppose régulièrement le dieu du tonnerre à des ennemis asgardiens (ou créés par des forces asgardiennes).

Le scénariste représente la menace d'une manière culottée en pulvérisant une planète semblable à la notre mais surtout évoquant irrésistiblement une Terre du DCU puisqu'elle est protégée par des surhommes résumés à des rayons lumineux en pleine action et des définitions en voix off sybillines (on y parle de "dieux de la vitesse, des océans, de la force", et les couleurs de Matt Wilson rendent évidentes les références à Superman, Flash, Green Lantern, etc.).

En quelques pages donc, l'Hiver Noir annihile le DCU ! C'est savoureux, surtout quelques mois après la saga DCeased de Tom Taylor et son techno-virus provenant d'Apokolips... La concurrence appréciera.

Puis on retrouve Thor, désormais transformé en héraut de Galactus. La relation en les deux est houleuse mais le plaisir de Cates à les animer est manifeste, il aime ces deux colosses qu'il écrit à la manière de Kirby, querelleurs, têtus, ne retenant pas leurs coups, investis d'une puissance ahurissante. Quand Galactus dévore la planète Clypse, le spectacle est total et effrayant, et l'apparence du géant, à la fin de son macabre festin, irradiant d'un rouge sanguin sinistre, est saisissante.

Cates sait qu'il dispose d'un dessinateur capable de soutenir ses visions infernales avec Nic Klein. Ce dernier traduit exemplairement le déchaînement crépitant des protagonistes. Il n'est pas question ici de solliciter la vraisemblance, la suspension de crédibilité. On est dans du très grand spectacle, une imagerie violente, sauvage, inhumaine.

Cette furie en mouvement a quelque chose d'indéniablement jouissive car si on joue la série comme une pièce épique, alors autant y aller franchement. La bagarre entre Thor et Galactus est brutale, le géant est mutilé par Mjolnir et on devine que l'attitude hargneuse de Thor est certainement à l'origine de nouvelles difficultés à manier son marteau, véritable entité autonome, n'obéissant au dieu que s'il le juge méritant.

Un peuple entier est évacué via le Bifrost, et l'arrivé des réfugiés sur Asgard est un clin d'oeil sans ambiguïtés à la crise des migrants, qui, en revanche, montre la noblesse de Thor. Klein illustre toutes ces scènes, qui défilent sur un rythme soutenu (l'action est ramassée sur quelques minutes), avec toute l'ampleur qu'elles exigent. Il fournit des plans très riches, sans avoir peur de la figuration ni des décors, encore moins du déferlement d'énergie des protagonistes. Jusqu'à l'apparition de Beta Ray Bill à la fin...

Le seul petit doute qu'on peut avoir concerne le développement de l'intrigue puisqu'on sait que ce premier arc ne comptera que cinq épisodes. Cates parviendra-t-il à tout faire tenir (la bataille contre l'Hiver Noir après la consommation des cinq planètes par Galactus) en ajoutant Beta Ray Bill, l'antagonisme Thor-Galactus, la mauvaise santé de l'Arbre de Vie ?

Le programme est copieux, peut-être trop pour être résolu en trois épisodes. Mais la maestria visuelle et l'intensité narrative donnent envie de vérifier.  

vendredi 31 janvier 2020

JUSTICE LEAGUE DARK #19, de James Tynion IV et Alvaro Martinez


C'est donc avec ce dix-neuvième épisode que s'achève (comme je le supposais) le run de James Tynion IV sur Justice League Dark. Je reviens plus bas sur cette fin pour le scénariste lui-même, mais c'est un départ en beauté. Pourtant, cette réussite restera aussi, surtout celle du dessinateur Alvaro Martinez (et de son encreur et de son coloriste) qui donnent tout, à la fois comme pour remercier Tynion et boucler cette histoire.


Circé et sa bande ont investi la salle des reliques du Hall de Justice. Man-Bat et Bobo neutralisés, la sorcière s'en prend à Kent Nelson pour savoir où est caché le diamant d'Eclipso. C'est alors que resurgit Wonder Woman, en trois exemplaires grâce à l'Homme Inversé avec qui elle a scellé un pacte.


Le retour de l'amazone suffit à faire fuir Klarion. Papa Mid-Nite se cache comme Woodrue. Elle se débarrasse du dragon Drakul Karfang. Mais Circé n'a pas dit son dernier mot et attire le diamant d'Eclipso pour qu'il possède Wonder Woman.


La situation semble à nouveau perdue aux yeux de Zatanna et John Constantine. Mais Khalid Nassour a coiffé le heaume du Dr. Fate, malgré le risque et il renverse la partie en terrassant Circé et en libérant Wonder Woman de l'emprise d'Eclipso.


L'amazone profite de ce sursaut pour rétablir ce qui a été abîmé par Circé : elle restaure l'âme de Bobo, guérit Man-Bat du sort jeté par Klarion, et surtout enferme Circé dans un miroir magique avec l'orbe contenant le pouvoir de Hécate, comptant sur elle pour l'aider le moment venu contre l'Homme Inversé.


Contre toute attente, la Justice League Dark a eu raison de ses adversaires. Papa Mid-Nite et Woodrue sont arrêtés. L'équipe peut profiter d'un répit. mais déjà Wonder Woman pense à leur prochaine mission : sauver Swamp Thing, s'il n'est pas trop tard...

Avant de rédiger la critique de cet épisode, il faut revenir sur le sort de son scénariste. C'est donc le dernier numéro écrit par James Tynion IV, mais ce n'était pas le plan prévu par ce dernier qui s'est exprimé sur le sujet (relayé par le site Bleeding Cool).

Tynion a en effet été désigné pour succéder à Tom King sur Batman, avec la garantie que le titre redeviendrait mensuel (comme DC a décidé de publier toutes ses séries désormais). Mais l'éditeur a changé d'avis sur la périodicité et le scénariste (qui, par ailleurs, écrit des creator-owned chez Image Comics) a estimé qu'il ne pourrait pas diriger Justice League Dark et Batman. Il a donc choisi d'abréger son run sur la JLD pour se consacrer à deux épisodes par mois de la chauve-souris.

Il est évident, pourtant, que Tynion s'en va en laissant en suspens bien des intrigues (la première concernant le sort de Swamp Thing, qui alimentera le prochain arc). Son remplaçant, Ram V, a d'ailleurs la charge de s'en occuper (nul ne sait s'il restera longtemps sur la série, suffisamment en tout cas pour développer ses propres idées dans de futures histoires inédites et personnelles). Je ne connais pas assez bien le travail de cet auteur pour préjuger du résultat, mais il faut espérer que la série survive à Tynion (alors que lors de sa précédente version, durant les "New 52", elle avait sombré après le départ de Jeff Lemire).

Pour en revenir au contenu de cet épisode, il ne souffre cependant pas d'une conclusion hâtive, bâclée. Au contraire, la maîtrise affichée par Tynion est indéniable, il a terminé sa "Witching War" comme il l'entendait, avec un numéro dense, riche en action et en grand spectacle, avec des rebondissements très efficaces. On ne peut pas être déçu.

Les péripéties s'enchaînent à un rythme échevelé, montrant Circé tour à tour triomphante, Eclipso dans toute sa dangerosité (même si, finalement, son influence est fugace), le retour en majesté du Dr. Fate (avec un hôte dont on ignore encore s'il sera définitif - faudra-t-il attendre une nouvelle série JSA, tant espérée mais pas encore annoncée, pour le savoir ?). On en prend plein la vue, on est captivé. C'est exemplaire, surtout que Tynion prouve que les premiers éléments qu'il avait (laborieusement) développés dans la série reviennent à point nommé pour ce climax (voir la triple incarnation de Wonder Woman, dont l'une a l'aspect qu'elle avait sous l'influence de Hécate et une autre sous celle de Mordru - la troisième représentant plus simplement Diana telle qu'on la connaît).

En signalant que l'épisode est visuellement extraordinaire, vous aurez compris tout seul que la prestation d'Alvaro Martinez est une fois encore tonitruante. Jamais l'espagnol n'a déçu sur ce titre mais il réussit à épater, toujours, à impressionner. Il faut associer ses deux partenaires pour cet exploit car l'encrage de Raul Fernandez et les couleurs de Brad Anderson sont bluffants : le premier y fait preuve d'une précision et d'une méticulosité qui sidèrent pour une production mensuelle, tandis que le second exploite une palette aux nuances remarquables, qui font de JLD sans doute la plus belle série actuelle de DC.

Martinez mettra tout le monde d'accord car il apparaît en apesanteur, cet état que seuls les très grands atteignent à force de travail, de discipline et d'inspiration. Ses planches sont un modèle de régularité et de beauté. Il se permet des doubles pages grandioses et découpées magistralement, des compositions intelligentes et très esthétiques, des ambiances ouvragées comme on en voit rarement.

Il anime les personnages en leur donnant une envergure, une puissance, une intensité époustouflantes. Wonder Woman a droit à de grands moments, mais l'apparition de Dr. Fate est aussi une scène jouissive, et l'ultime explication entre Diana et Circé est somptueuse. Pas besoin de se forcer pour tresser des louanges à cet artiste et ses partenaires.

Je reste confiant pour l'avenir proche de la série, d'abord parce que Martinez va rester (au moins pour l'arc suivant. Après ? Je ne sais pas, mais si DC rappelait Javier Fernandez, ce serait une bonne idée pour que la qualité esthétique soit maintenue). Ram V passe après un auteur qui aura accompli un excellent passage, c'est un gros défi qui l'attend mais il dispose d'un matériau généreux pour faire ses preuves.

DIAL H FOR HERO #11, de Sam Humphries et Joe Quinones


Le pénultième numéro de cette maxi-série fait feu de tout bois, confirmant le redressement opéré par son scénariste. Sam Humphries nous entraîne, avec ses héros, à Apokolips et convoque Superman, la figure récurrente, le modèle, de manière très ludique, pour une réflexion sur l'héroïsme. Joe Quinones, lui aussi, est en grande forme et produit parmi ses planches les plus inventives. De quoi être confiant pour le grand final.


Les SuperMiguels déboulent à Apoklips pour y dérober le K-Dial, le dernier des quatre cadrans magiques, grâce auxquels Mr. Thunderbolt va pouvoir reconfigurer tout le Multivers en dotant ses habitants de super-pouvoirs.


Mais Summer Pickens est là aussi et fait face à Granny Godness. Elle lui cède volontiers le K-Dial en lui expliquant que cet appareil est maudit et consume l'âme de son utilisateur. Summer peut rejoindre l'Opérateur et élaborer avec lui un plan pour accueillir les SuperMiguels et Mr. Thunderbolt.


Les quatre SuperMiguels ne tardent pas à apparaître dans la Hérovers et Summer utilise le C-Dial pour se transformer en Lolo KickYou afin de les affronter. Mais la bataille est inégale et la jeune fille est vite dépassée par ses adversaires.


Mr. Thunderbolt surgit et peut s'emparer du K-Dial. Il expédie Miguel, qui a voulu reprendre sa forme humaine, et Summer dans le néant, et il gagne Metropolis où ses fidèles l'attendent dans son quartier général situé au sous-sol du "Daily Planet".


Ensemble ils composent sur le quatre cadrans le numéro 52 (F-I-F-T-Y-T-W-0). Le Multivers tremble sur ses bases, toutes les dimensions sont affectées. Mr. Thunderbolt, ivre de puissance, peut remodeler à sa guise le continuum espace-temps.

Comme aux plus belles heures de la maxi-série, débutée il y a presque un an maintenant, cet épisode prouve l'imagination de ses auteurs. Sam Humphries et Joe Quinones (avec l'aide, pour ce dernier, du coloriste génial qu'est Jordan Gibson) n'ont pas seulement revitalisé un vieux concept de DC mais produit une saga ambitieuse. Le résultat n'aura pas toujours été égal en qualité, parce que le projet initial a été modifié à mi-parcours et que cela a affecté la construction du récit, mais on peut dire que l'équipe artistique n'a pas manqué de panache pour être à la hauteur de la conclusion.

Car, sauf un impair terrible, la fin de Dial H for Hero saison 2019-2020 promet d'être grandiose. Certes, ce onzième épisode ne s'attarde pas assez sur le passage à Apokolips, pourtant longtemps attendu et abondamment "teasé" par le scénariste comme l'étape la plus spectaculaire, mais quand le fond faillit, la forme le rattrape et assure au lecteur un divertissement jubilatoire.

Bien entendu, lorsqu'on s'arrête dans le coin le plus terrible du Quatrième Monde créé par Jack Kirby, impensable de ne pas signer le chapitre par une référence appuyé au "King of comics". Et Quinones s'amuse énormément à pasticher le style visuel de son illustre aîné, toujours avec la même virtuosité.

Mais le dessinateur ne s'en contente pas : il consacre une pleine page au plan de fabrication d'un K-Dial à la manière d'une fiche de jeu dans un magazine (à vous de choisir si vous découperez une page de votre revue...). Puis, plus loin, pour représenter le retour de Lolo KickYou, le double super-héroïque de Summer Pickens, il renoue avec le trait manga propre au personnage et un découpage ultra énergique (avec un "gaufrier" explosif).

Cette folie graphique reste l'atout maître de la maxi-série, ce par quoi le projet a vraiment été transcendé, au risque parfois de flirter avec l'exercice de style. Mais Quinones est un artiste hors du commun, visiblement porté par le récit et inspiré par le scénario de Humphries.

Ce dernier a profité pleinement de l'histoire pour visiter divers pans du DCU, mais la figure centrale de son histoire reste Superman, et il le convoque à nouveau via les SuperMiguels. On reconnaît des versions parodiques du Superman cyborg, de Connor Kent... Mais c'est surtout un prétexte pour réfléchir à la notion de héros incarné par le kryptonien et ses avatars. Que se passerait-il si cela était dévoyé ?

En se laissant corrompre par Mr. Thunderbolt, en cédant à la tentation du pouvoir, Miguel fait l'apprentissage de la duperie. Son nouveau mentor le double sans scrupules au moment où il récupère les quatre cadrans magiques avec lesquels il peut reformater le Multivers selon son délire (en conférant à tous des super-pouvoirs). Comme Miguel, Thunderbolt veut faire le Bien, corriger ce qu'il a vécu comme une injustice dramatique (la perte d'un être proche et aimé), mais son comportement trahit à la fin de cet épisode une mégalomanie qui dépasse toute noblesse.

C'est le complexe du Messie, qui risque de perdre tout super-héros et envahit tout super-vilain. L'Opérateur ne ressort pas non plus grandi de l'affaire car son laxisme, sa propre faiblesse (Mr. Thunderbolt n'est que l'autre partie de lui-même), a précipité la situation et il s'en est remis à deux enfants pour la corriger.

Tout cela confirme que, sous ses airs légers, Dial H for Hero est plus profond et trouble qu'il n'en a l'air. Il ne reste plus qu'à boucler la boucle en beauté, ce que cet avant-dernier chapitre prépare avec brio.