jeudi 1 août 2019

POWERS OF X #1, de Jonathan Hickman et R.B. Silva


Une semaine après l'impressionnante introduction que constituait House of X, voici la seconde mini-série écrite par Jonathan Hickman qui ambitionne de restaurer le lustre des X-Men : Powers of X (lire : Powers of Ten). Après avoir cartographié géo-politiquement les enjeux de son récit, le scénariste explore le temps, passé, présent et futur, toujours aussi magistralement. Et avec RB Silva au dessin, on en prend une nouvelle fois plein les mirettes.


L'évolution des mutants a connu quatre âges : le rêve, le monde, la guerre, l'ascension. En l'An 1 des X-Men, Charles Xavier, encore valide, rencontre Moira McTaggert dans une fête. Elle l'aborde.


Elle s'est faite tirer les cartes et a interprété les prédictions cryptiques de la chiromancienne. Charles est tout à son bonheur car il a, lui, vu la possibilité d'un monde conforme à son rêve. Moira lui répond, énigmatique, qu'il ne s'agit pas d'un rêve.


En l'An 2 des X-Men, aujourd'hui. Mystique et le Crapaud rentrent à Krakoa après leur opération dans les locaux de Damage Control. Elle remet à Magneto et Xavier une clé USB, qui contient des données visant à amélirorer le monde des mutants.


En l'An 3 des X-Men, cent ans dans le futur. Nimrod a conquis la Terre et pratiquement exterminé la race mutante, dont ne subsiste qu'une poche de résistants conçus par Mr Sinister. Rapustin IV et Cardinal perdent deux des leurs pour ramener à Wolverine ce qu'ils ont dérobé dans le Nexus.


En l'An 4 des X-Men, mille ans dans le futur. Le règne de Nimrod s'est achevé depuis longtemps, grâce aux humains. Le Libraire entretient des archives pour qu'on n'oublie pas - et préparer la nouvelle étape ?

Décidément, la reprise en main de la franchise "X" par Jonathan Hickman (à propos de laquelle certains fans ont commencé à détourner la célèbre réplique : "To me, my Hick-Men.") impressionne par son envergure. Le scénariste a vraiment les pleins pouvoirs pour restaurer l'image de marque des mutants et il ne fait pas n'importe quoi.

On comprend désormais pourquoi il a, surtout, obtenu l'arrêt de toutes les séries "X" en cours : pas seulement pour préparer la nouvelle vague qui débutera en Octobre, mais parce que son plan consiste à tout remettre à plat et à établir de nouvelles perspectives que rien ne devait brouiller.

Si House of X a cartographié le volet géo-politique des mutants avec la nouvelle situation de Krakoa comme nation, alors Powers of X (dont le "X" est à lire comme le chiffre 10 en caractères romains) explore la dimension historique. Pour cela, Hickman pose quatre jalons.

L'An 1 déroule une scène qui se situe avant l'accident qui a coûté l'usage de ses jambes à Charles Xavier et également antérieure à la formation de la première génération de X-Men. Le télépathe est encore jeune (mais déjà chauve) et idéaliste. C'est l'âge du rêve, celui de la cohabitation pacifique entre homo sapiens et homo superior. Moira McTaggert aborde Xavier en évoquant des cartes de tarot dont les figures se matérialiseront plus tard dans l'épisode mais surtout en confrontant son interlocuteur aux notions de rêve et de réalité.

Hickman intrigue durablement avec cette scène, qui fait de Moira une femme apparemment insouciante, mais qui, en vérité, en sait plus que Xavier. Lorsque celui-ci sonde son esprit pour apprendre ce qu'elle sait, son expression se fige sans qu'on puisse l'interpréter définitivement : étonnment ? stupeur ? effroi ?

Le scénariste développe ce procédé dans les parties successives de cet épisode où le lecteur appréhende les faits sans pouvoir être certain de leur sens. Que contient la clé USB volée par Mystique (comme on l'a vue dans HOX #1) et qui aidera Xavier à concevoir un monde meilleur pour les mutants ? Tout comme on s'interroge sur ce que Rasputin IV et Cardinal ont dérobé, au péril de leurs vies (et au prix de celles de deux de leurs camarades), dans le Nexus et qui vaut à un Wolverine âgé, dans cent ans, d'affirmer que leur sacrifice n'a pas été vain ? Enfin, qui est ce mystérieux Libraire dans mille ans qui archive les données laissées par Nimrod, en mentionnant une guerre entre les machines et les mutants arbitrée par les hommes tout en veillant sur une sorte de ruche dans laquelle se trouvent de nouveaux Adam et Eve ?

Il faut accepter de recevoir cet épisode avec ces questions sans réponses, ce principe d'allusions, cet enchaînements de moments intervenant à des époques très lointaines les unes des autres. On peut tout de même en déduire que le futur des X-Men selon Charles Xavier a échoué de manière tragique. Hickman convoque un autre grand méchant avec Nimrod, cet androïde du futur, traqueur de mutants, qu'il considère comme des aberrations mais aussi des objets de recherche. Et auprès duquel se tient dans un siècle Karima Shapandar, la Sentinelle Oméga, qui accompagnait le Dr Alia Gregor de la mission Orchis dans HOX #1, et qui a donc trahi les mutants.

Hickman renoue avec les pages exclusivement constituées de textes, d'organigrammes, de plans. Leur usage n'est pas un simple motif répété, un peu maniériste. C'est d'abord un moyen habile de résumer des faits importants, rapidement, mais en soulignant leur impact historique : sans cela, il faudrait le double d'épisodes pour tout montrer, tout raconter. Il est question du programme Sinister, donc de Mr. Sinister, ce machiavélique généticien, qui a collaboré pour l'extermination des mutants tout en dissimulant son propre agenda.

On trouve ainsi l'explication à l'aspect et aux noms de ces curieux mutants du futur (qui apparaissent dès la couverture), comme Rasputin IV et Cardinal. Il s'agit de "chimères", des créatures composées à partir de plusieurs ADN mutants, et aux fonctions prédéterminées. Sinister a voulu doubler les autorités en profitant, au gré des altérations génétiques de ces générations de mutants composites, de changements dans leur comportement. Des chasseurs sont devenus des opposants au régime, se sont mis à développer des sentiments (pacifisme, indépendantisme...), ont multipliés leurs capacités (télépathie, facteur gérisseur...). 

Hickman nuance donc des thèmes rebattus comme la persécution anti-mutants, la résistance. Il jalonne aussi son récit avec de nouveaux paramètres sur le futur en expliquant que les mutants ont majoritairement trouvé asile chez les Shi'ar, mais que huit d'entre eux résident sur l'astéroïde K (comme Krakoa), alors que l'île mutante et sa colonie martienne sont tombées.

Pour traduire visuellement l'ampleur de cette cartographie, après Pepe Larraz sur HOX, POX peut compter sur un autre excellent dessinateur en la personne de RB Silva. Il a déjà pas mal roulé sa bosse, de DC à Marvel, sans s'imposer vraiment. La faute à un style trop proche (jusqu'à un point troublant) avec celui d'Immonen ?

Plus encore que Larraz, Silva entretient la confusion (même s'il ne dispose pas avec Andrea di Benedetto de l'équivalent d'un von Grawbadger à l'encrage). Pour ceux qui sont en manque du maître canadien, en tout cas, c'est un substitut de grande classe. Et qui, là, enfin, trouve matière à prouver sa valeur.

Comme Hickman a lui aussi une expérience de graphiste, nul doute que l'artiste et son scénariste ont dû étroitement collaborer pour que leur mini-série reflète parfaitement l'esthétique du projet. De prime abord, avec plus de la moitié du récit se déroulant dans le futur, on peut être dérouté, notamment par l'apparence des "chimères". Mais les designs a priori un peu bâtards se révèlent très inventifs et nourrissent là encore l'imaginaire (Cardinal avec sa peau rouge mais sa ligne élancée est un mix élégant entre Nightcrawler et son père Azazel, tandis que Rasputin IV est un mélange audacieux entre Colossus et Magik). Silva sait aussi se faire épuré comme en témoigne son Nimrod, à la fois colossal et sournois, ou le Libraire avec ses marques en forme de glyphes sur le visage (élément typiquement Hickman-ien).

Autre point important : la colorisation est assurée, comme pour HOX, par Marte Gracia, ce qui assure une cohérence entre les deux titres. Lesquelles, comme l'avait annoncé Hickman, sont bien complémentaires. Il faut lire les deux séries, qui se répondent, de manière organique, s'enrichissent. Tel Krakoa, elles forment un même arbre aux racines communes mais aux directions différentes - l'une dans l'espace (au sens géographique), l'autre dans le temps.

L'expérience est passionnante. Depuis quand avions-nous été aussi excités par une relance des X-Men ? Et surtout depuis quand un auteur a su si bien tenir sa promesse de relancer la machine ?  

dimanche 28 juillet 2019

TONY STARK : IRON MAN #14, de Dan Slott, Jim Zub et Valerio Schiti


Après deux épisodes attachés à la saga War of the Realms, Tony Stark : Iron Man reprend ses droits. Dan Slott et Jim Zub focent pied au plancher dans un nouvel arc, et invitent dans la série Captain Marvel. Valerio Schiti, reposé, est dans une forme olympique. De quoi produire encore un chapitre très dense et mouvementé.


Depuis son aventure dans l'e-Scape, Tony Stark a compris qu'il n'était revenu à la vie que sous la forme d'une simulation bio-technologique de lui-même. Il a à nouveau envie de boire alors qu'il a promis de parrainner Carol Danvers aux Alcooliques Anonymes.


Mais Tony a également perdu Jocaste, révoltée par son insouciance vis-à-vis des intelligences artificielles. Pourtant elle-même aspire à dépasser sa condition d'androïde, au grand dam d'Aaron Stack/Machine Man.


Tony n'a pas le temps de tergiverser car le Spymaster vole le Manticore à Stark Unlimited. Il se lance à sa poursuite avec Captain Marvel mais le pirate détourne toutes les armures d'Iron Man pour se débarrasser d'eux.
  

Pendant ce temps, dans les locaux de Baintronics, Arno Stark découvre pourquoi et comment Tony a transféré les mémoires de leurs parents dans l'e-Scape. Il entreprend de les ramener dans le monde des vivants dans de nouveaux hôtes.


Après une bataille disputée, Iron Man vainc le Spymaster et déduit avec Rhodey que Baintronics lui a fourni le moyen de pénétrer à Stark Unlimited. Sunset Bain introduit Jocaste auprès de Arno qui saisit le profit qu'il peut en tirer...

Le cinéaste et critique Christophe Gans, lors de la sortie de son film Le Pacte des loups (2001), justifiait le mélange des genres de son histoire par une distinction entre récits pour gourmets et pour gourmands. Si on garde cette classification, alors Tony Stark : Iron Man est un comic book pour les gourmands car chaque épisode vous rassasie.

On est toujours soufflé par la maîtrise affichée par Dan Slott et Jim Zub qui jonglent avec plusieurs niveaux narratifs sans se prendre les pieds dans le tapis ni égarer le lecteur. Ce mois-ci, on va et vient entre la team-up Iron Man-Captain Marvel, les projets de Jocaste et ceux de Arno Stark. Tout ici est plein comme un oeuf, ouvre des tas de pistes pour le futur, assure un divertissement de chaque instant.

Reprenons. La série reçoit comme invitée Captain Marvel : c'est de circonstance puisque dans son propre titre, on a vu Carol Danvers sur le point de sombrer à nouveau dans l'alcool suite à une série de revers personnels et professionnels. Et Tony Stark en est au même point puisque lors de son séjour dans l'e-Scape, il a virtuellement craqué pour un verre. Les deux Avengers doivent surmonter leur malaise et le Spymaster leur donne un moyen de prouver qu'ils en sont capables. L'affrontement est épique et aboutit à un premier cliffhanger très alléchant.

Ensuite il y a le cas de Jocaste : démissionnaire de son poste de responsable de l'éthique chez Stark, elle aspire à dépasser sa condition d'androïde. Il est clair qu'elle veut devenir une humaine, ou du moins s'en approcher. C'est un cheminement logique pour celle qui est née des mains d'Hank Pym, le créateur d'Ultron, et qui a été élaborée à partir d'un programme inspiré par la personnalité de Janet Van Dyne - l'actuel girlfriend de Tony ! Ce mélange de ressentiment et de surpassement fait écho à celui de Captain Marvel et Iron Man.

Enfin, Arno Stark perce le mystère de la présence de simulations de ses parents (Maria et Howard Stark) dans l'e-Scape (que Baintronics a piraté pour aider Tony). Lui aussi a un objectif lisible : il veut télécharger la conscience de ses géniteurs dans des hôtes - ce qu'a retardé et s'est refusé Tony. Quand Jocaste se présente à lui pour être "améliorée", il n'est pas difficile de deviner que Arno va se servir d'elle comme réceptacle.

Quel est le fil qui unit tous ces personnages - Tony, Jocaste, Arno ? Le transhumanisme. En vérité, c'est le thème central de la série depuis sa relance par Slott. Tony n'est plus qu'une sorte de clone, Jocaste veut être plus qu'une androïde, et Arno veut retrouver ses parents. Leurs quêtes de réinvention, d'amélioration, de transcendance, c'est toute la problématique du transhumanisme, qui prétend faire accéder l'homme à un nouveau stade de l'évolution par la technologie et la science.

Bien entendu, tout cela serait un pensum si la série ne bénéficiait pas d'un dessinateur littéralement en feu depuis des mois, et qu'on a laissé opportunément souffler à deux reprises pour qu'il conserve son niveau.

Valerio Schiti, comme un symbole, a lui aussi accédé à un autre niveau. L'italien a toujours été excellent et je suis un fan acquis depuis longtemps, mais sa prestation sur Tony Stark : Iron Man en a fait LE dessinateur taille patron chez Marvel, sans doute la pépite de l'éditeur, le joyau de la couronne. Personne n'égale ce qu'il produit actuellement.

Tout est là : l'expressivité des personnages, l'énergie du découpage, l'inventivité des compositions, la lisibilité de l'action, la gestion du tempo du récit. On peut chercher une faiblesse, en vain. Et son coloriste, Edgar Delgado, suit la cadence en donnant à chaque segment une teinte propre (solaire pour Iron Man avec Captain Marvel, froide pour Arno, métallique pour Jocaste). L'usage de trames insuffle même un petit côté rétro parfois (quand bien même Schiti et Delgado travaillent sur ordinateur).

Il est exceptionnel qu'une série, après quatorze numéros, se surpasse. Mais elle est en fait comme condamnée à le faire puisque son sujet est précisément le dépassement de ses héros. Très fort !  

samedi 27 juillet 2019

DIAL H FOR HERO #5, de Sam Humphries et Joe Quinones


Ce cinquième épisode de Dial H for Hero intrigue quant à sa conception car, initialement, ce devait être le pénultième. Sauf qu'entretemps le titre est devenu une maxi-série de douze chapitres. A quel point cela a altéré l'histoire de Sam Humphries ? En l'état en tout cas, cela reste un divertissement épatant, et superbement illustré par Joe Quinones.


Pour avoir voulu rattraper le téléphone magique aux mains de Mr Thunderbolt, Miguel est tombé dans le Heroverse où il retrouve l'Opérateur. Avant de pouvoir agir, ils sont jetés dans les abysses de cette dimension.


L'Opérateur livre les secrets de ce monde parallèle à Miguel depuis que Robby Reed découvrit, le premier, le téléphone rouge, puis explora le Multivers, et apprit que l'endroit possédait son côté obscur.


Ainsi, comme Miguel aujourd'hui, Robby Reed/l'Opérateur dut s'interroger sur la nature réelle des origines secrètes d'un super-héros. Et ce qui le pousse à agir pour le Bien ou à sombrer dans le Mal, selon sa foi ou son ressentiment.
  

Pendant ce temps, Mr Thunderbolt a réintégré son enveloppe charnelle et accède au Pinacle, la source du Heroverse. Il y compose sur le cadran du téléphone rouge un numéro correspondant au nom de...


... Metropolis ! Summer y atterrit en catastrophe à bord de la Supermobile, après un périple mouvementé. Et elle comprend rapidement que la situation est hors de contrôle car Thunderbolt a piégé tous les correspondants de la ville...

Donc, soit, le mois prochain, on assistera au dénouement (d'ores et déjà spectaculaire) de cet arc narratif ; soit on embarquera pour un développement de l'intrigue initiale, du fait de la prolongation de la série.

Quoi qu'il en soit, Sam Humphries a son affaire bien en mains puisqu'il réussit à faire d'un épisode explicatif un pur morceau de bravoure narratif et graphique avec l'aide de Joe Quinones. Visiblement, les deux compères ont relu Promethea et The Multiversity, mais pour en tirer une variation plus ludique.

En effet, la visite du Heroverse est mise en scène comme les pérégrinations de l'héroïne d'Alan Moore et JH Williams III ou celles des héros de Charlton Comics dans le segment Pax Americana de Grant Morrison et Frank Quitely. C'est un merveilleux tour de manège.

Tandis que l'Opérateur et Miguel évoluent le long du cordon téléphonique magique et devisent sur les origines secrètes des super-héros pour comprendre ce qui conditionne ces derniers à servir le Bien, les pages défilent, virtuoses, dans des compositions vraiment bluffantes, renversantes.

Quinones lâche les chevaus et prouve quel artiste génial il est, en imitant sans mal le style des dessinateurs des golden-silver ages, en passant par celui de Darwyn Cooke avec un clin d'oeil appuyé à DC : The New Frontier (que traduira cet Automne Urban Comics en un seul volume - si vous n'avez pas encore lu ce chef d'oeuvre, plus d'excuses donc !). Puis, ensuite, il marche dans les pas de glorieux stylistes comme Williams III et Quitely, sans souffrir de la comparaison.

Humphries a confiance en son dessinateur pour lui donner à illustrer un texte explicatif. Le scénariste glisse quand même quelques apartés très drôles comme le voyage jusqu'à Metropolis de Summer à bord de la Supermobile (en rappelant au passage qu'il était idiot que Superman ait un tel véhicule puisqu'il peut voler). Elle traverse Gotham sous le joug de Bane (comme actuellement dans les épisodes de Batman)... Et finit par se ficher dans le globe surplombant le "Daily Planet" !

Comme quoi, on peut s'amuser en produire de la BD sophistiquée. 

ACTION COMICS #1013, de Brian Michael Bendis et Szymon Kudranski


Action Comics va donc tourner au ralenti pendant quelques mois puisqu'il est désormais évident que Brian Michael Bendis fait du titre un tie-in à son Event Leviathan. Le scénariste compose aussi avec la"Year of the Villain" de manière conséquente. C'est un peu dommage, surtout qu'il faut aussi supporter les dessins médiocres de Szymon Kudranski.


Mme Leone reçoit la visite de l'hologramme de Lex Luthor venu lui remettre un de ses présents en vue de la guerre qu'il mène, au nom de Perpetua, la mère du Multivers, contre les super-héros. Mais la chef de la mafia refuse.


Tandis que Leone fuit sa maison et la détruit, son alliée au "Daily Planet", la reporter Robinson Goode, raconte l'histoire de Rose et Thorn, approchée par Leviathan. Mais surtout appliquant sa justice expéditive en toute impunité.


Comme elle a refusé de s'allier à Leviathan, elle est poursuivie par ses sbires. Jusqu'à ce que Superman s'en mêle. Il interroge un des agents de l'ennemi mais s'aperçoit que l'armure qu'il porte le protège et est peut-être piégée.


Pourtant elle n'explose mais téléporte Superman à New Dehli. De retour à Metropolis, Clark Kent soumet sa théorie à Perry White : Leviathan ne détruit pas les immeubles et ne tue pas ses occupants, mais les déplace on ne sait où.


Perry charge Clark d'enquêter là-dessus avec Robinson Goode. Mais celle-ci, à qui ses pouvoirs jouent des tours, est rentreé chez elle. Luthor l'y attend et lui offre son aide...

Qu'on ne se méprenne pas sur ce que j'écris en préambule : ce que Bendis raconte dans Action Comics demeure étonnamment efficace. La lecture de ce nouvel épisode en témoigne, où il se passe pas mal de choses intéressantes, et qui forme un complément à Event Leviathan.

Parfois, l'auteur rabâche un peu la même chose - on a bien compris désormais que Leviathan ne tue pas des centaines d'innocents en faisant disparaître des bâtiments, mais qu'il les téléporte. Parfois, il ajoute des précisions moins spectaculaires mais sont des indices supplémentaires sur ce méchant peu banal - les armures de ses agents sont impénétrables à la super-vision de Superman, ce qui suppose l'accès à une matière rare et donc des moyens conséquents.

En revanche, il ne faut pas cacher non plus que la série souffre sur d'autres points. En l'attachant si fort à Event Leviathan, Bendis en fait une extension un peu laborieuse, où tout ce qui concernait la mafia invisible est mis de côté. Le "dossier Rose and Thorn" n'est pas très passionnant non plus (et effectivement, on se demande, comme Robinson Goode, pourquoi la police de Metropolis et Superman ne l'appréhendent pas alors qu'elle tue sans sommation ceux qui la harcèlent.).

Enfin, et là on accordera des circonstances atténuantes à Bendis, il doit composer avec "Year of the Villain", donc avec ce que développe Scott Snyder depuis Justice League, et donc la présence de Luthor comme émissaire de Perpetua. Cette fois, il approche Mme Leone (en vain) puis Robinson Goode/Red Cloud (avec réussite). Ce qui suprend quand même, c'est que, à part Mme Leone, personne n'a l'air de se poser la question de ce qu'il devra à Luthor pour ses présents (Circé dans Justice League Dark, censée être très maline, accepte son aide sans discuter et Goode est trop heureuse qu'on vienne corriger ses pouvoirs déréglés).

Mais un épisode moyen, lesté comme celui-ci, pourrait mieux passer s'il était bien mis en images. Or ce n'est pas le cas avec Szymon Kudranski dont les planches sont pénibles à lire.

C'est le plus souvent affreusement sombres, donc à peine déchiffraches. Le nombre de cases copiées-collées atteint un score grotesque. le manque de dynamisme des scènes d'action est accablant. L'inexpressivité des personnages est affligeante.

Il va falloir supporter cela jusqu'en Octobre, et la fin de cet arc (après le dessianteur retournera chez Marvel). Le temps va être long... Et dire que pendant ce temps-là, Chris Samnee est disponible (et rêve de travailler pour DC)...
   
La variant cover "Year of the Villain" de Frank Quitely.

vendredi 26 juillet 2019

SKYWARD #15, de Joe Henderson et Lee Garbett


Conclure une histoire est toujours périlleux, surtout quand tout paraissait avoir été dit dans le pénultième épisode. Pourtant, Joe Henderson produit une vraie et belle fin à Skyward avec d'ultimes péripéties et sans maniérisme. Lee Garbett a eu aussi visiblement à coeur de quitter cette histoire sur une bonne note. Mais est-ce vraiment la fin ?


Le maire de Chicago et la mère d'Edison Davies reprochent, malgré la bravoure dont elle a fait preuve, l'attitude de Willa Fowler. En effet, sans les fermiers, la population risque la famine.


Outrée, Willa veut trouver une solution. En rejoignant sa mère, une idée lui vient car elle se rappelle avoir entendu que des terres environnant Crystal Springs, la cité souterraine, étaient à l'abandon.


Lilly Fowler convainc Randy et le conseil municipal d'accueillir les fermiers pour cultiver ces terres. Cela coûte sa place de maire à Randy mais offre aux compagnons de Serena un emploi et un gîte. Et à Chicago un ravitaillement.


A Chicago justement, Edison a décidé de travailler aux côtés de ses parents pour s'assurer qu'ils n'abusent pas de leur pouvoir puisqu'ils ont récupéré le business de Roger Barrow.


Cela oblige le jeune homme à rester en ville alors que Willa va partir en voyage avec sa mère. Mais elle lui promet de revenir...

Joe Henderson, à la fin de cet ultime épisode, laisse planer le doute sur une suite à Skyward. C'est étonnant puisque le titre s'arrête faute de ventes suffisantes et après que Image ait accordé à l'auteur cinq épisodes pour boucler sa saga. Mais il est vrai cependant que le dénouement est ouvert et que l'univers de la série conserve son potentiel intact.

Ce qui est sûr en revanche, c'est que Henderson et Lee Garbett préparent ensemble un nouveau projet (qui reste à rédiger cependant, précise le scénariste), toujours chez Image.

En attendant, Skyward s'achève sur un chapitre parfaitement mené, alors que tout semblait avoir été dit le mois dernier. Henderson met Willa face aux conséquences de la défaite des fermiers et la destruction de leur culture. La population risque la famine et ne peut compter sur les vivres d'autres villes pour subsister.

La solution trouvée par l'héroïne et son créateur est habile et permet de boucler la boucle de façon efficace. On passera du coup sur quelques rebondissements dispensables, comme le baroud d'honneur de Lucas Serrano, expédié avec une pointe d'humour. La situation d'Edison est aussi inspirée et évite à l'épisode de sombrer dans un excès de sentimentalisme et de contentement. Willa est devenue une jeune femme qui doit rattraper le temps perdu avec sa mère, quitte à s'éloigner de son amant.

Les dessins de Garbett autorisent tout : depuis le début, il a su donner à la série des planches bondissantes, aériennes, gracieuses, dynamiques, qui privilégient toujours le récit, la narration, la fluiditié.

C'est pour cela qu'on croit dans le caractère résolu et fonceur de Willa, qu'on a cru à son émancipation, qu'on a été touché par ses drames et heureux dans ses victoires. Garbett a maintenu cet aspect divertissant et coloré (avec l'aide d'Antonio Fabela) à une aventure qui, si elle a connu des heures graves, tragiques même, est toujours allée de  l'avant, comme Willa.

On accepte donc, comme Edison, de voir partir (pour toujours ?) la série et son attachante héroïne. Et si les auteurs remercient leurs fans, alors on les remercie aussi pour la qualité de leur travail.