vendredi 26 juillet 2019

JUSTICE LEAGUE DARK #13, de James Tynion IV, Mark Buckingham et Daniel Sampere


Après le spectaculaire épisode du mois dernier Justice League Dark s'offre une pause pour en mesurer les conséquences. James Tynion IV découpe ce chapitre en trois parties et s'appuie sur deux dessinateurs très différents, Mark Buckingham et Daniel Sampere. Reposant, mais pas longtemps.


(1/ The Last Lord of Order) Kent Nelson se remérore dans quelles conditions tragiques il est devenu, grâce à la ruse de Nabu, le Dr. Fate. Cela a coûté la vie à son père, Svenn, et plusieurs années de sa propre existence à lui-même.


Aujourd'hui, Wonder Woman lui demande d'endosser à nouveau ce rôle, mais il refuse, tout comme Khalid Nassour. Néanmoins, ils promettent à l'amazone leur soutien pour veiller sur le heaume de Fate.


(2/ Secret and origins) John Constantine boit au comptoir du Bar Oblivion, accablé par la perte de ses pouvoirs. Zatanna réclame son attention car elle a appris, chez Circé, que son père avait fait de Constantine son disciple secret depuis des années.


Constantine explique qu'il a surtout abattu le sale boulot de Giovanni Zatara pour préserver l'équilibre de la magie. Zatanna ne se laisse pas apitoyer et envisage de ramener son père d'entre les morts avec l'aide de Constantine.

Alors, oui, je dis plus haut que cet épisode compte trois parties et je n'en résume que deux, mais je vais m'en expliquer.

Depuis quelque temps, dans plusieurs séries, Lex Luthor sous la forme d'un hologramme et sous un aspect modifié visite plusieurs personnes, malfaisantes, pour leur offrir un cadeau. Ceux qui, comme moi, ne lisent pas Justice League par Scott Snyder et James Tynion IV ignorent que Lex a été capturé par Perpetua, ma mère du Multivers, qui l'a transformé en son messager, en le dotant de pouvoirs. Tel un spectre, il apparaît donc à droite et à gauche pour des présents à d'éventuels partenaires. Dans cet épisode de Justice League Dark, à la fin, il se rend chez Circé dont il connaît le projet de mener une guerre magique et veut lui permettre de la gagner avec une équipe rivalisant avec la JLD.

On verra plus tard comment cela va être développé, mais tout cela s'inscrit dans les étapes successives de la Year of the Villain, dont le dispositif va traverser le DCU jusqu'à la fin 2019 (dès le mois prochain, une nouvelle série Batman/Superman verra le duo affronter le Batman-qui-rit échappé du Dark Multiverse par exemple ; dans le Batman de Tom King cela se manifeste par la prise de Gotham par Bane dont a été banni le dark knight ; dans Action Comics dont je posterai la critique bientôt deux ennemis de l'ombre de l'homme d'acier recevront une offre également, etc).

Comme Tynion IV assiste régulièrement Snyder sur Justice League, il a intégré Luthor et ses présents naturellement dans ce treizième épisode, d'autant que l'intrigue marque un temps après ce qui pouvait être considéré comme la fin de l'Acte I de la série le mois dernier (la défaite de Nabu).

Le scénariste en profite pour revenir sur les origines de deux personnages et les perspectives qu'elles ouvrent pour l'avenir. Avec Mark Buckingham (dont le retour est un plaisir pour le fan de Fables), c'est Kent Nelson, un des hôtes de Dr. Fate qui est à l'honneur. Qui pour porter le heaume du héros et assumer le pouvoir qui va avec ? Les candidats ne se bousculent pas et on comprend pourquoi. Superbement mis en images, ce petit récit est très efficace et alléchant (même si j'aimerai bien que Tynion IV montre aussi le pouvoir de Fate de manière positive).

Puis, avec Daniel Sampere (qui revient sur la série après en avoir dessiné l'arc sur les funérailles de Nightmaster et son testament), on a droit à une conversation tendue entre Zatanna (dont le caractère s'est considérablement endurci) et Constantine (qui, lui, accuse méchamment le coup depuis que Nabu l'a purgé de son sang démoniaque, le privant de pouvoirs). La magicienne projette de ramener à la vie son père - sans doute au moins autant pour le retrouver qu'exiger des explications sur ses manigances. Plus classique formellement, cela ouvre la voie à des développements également intéressants.

Sampere illustre encore le segment avec Luthor et Circé qui tient en deux pages (dont une pleine page).

Le nouvel Acte de la série sera sans doute aussi dense que le premier mais aussi plus nerveux. En tout cas, le titre a désormais déployé ses ailes et affiche un potentiel remarquable.

jeudi 25 juillet 2019

HOUSE OF X #1, de Jonathan Hickman et Pepe Larraz


"Humains, pendant que vous dormez, le monde change." C'est parce cette phrase déclaréé par Charles Xavier que démarre ce premier numéro de House of X. Et c'est comme une adresse formulée par Jonathan Hickman au lecteur car, effectivement, le monde des X-Men a changé énormément. Et durant les trente-sept pages suivantes, on assiste à la refonte promise par l'auteur, le nouveau départ espéré. Qui plus est superbement illustré par Pepe Larraz. Un début impressionnant.


Depuis des mois, les X-Men ont planté des graines de l'île Krakoa partout sur Terre et dans l'espace, développant un écosystème géant avec des portails pour que seuls les mutants y accèdent. Cinq ambassadeurs humains sont reçus par Magneto.
  

La mission spatiale Orchis gagne une station en orbite autour du soleil. A sa tête, le Dr. Alia Gregor et son ancien mari, ont fait de cet endroit un poste d'observation sur l'évolution mutante depuis deux ans. Et préparent une éventuelle riposte.


Mystique, Dents-de-sabre et le Crapaud dérobent des données informatiques dans les serveurs d'un bâtiment de Damage Control. Ils sont pris en chasse par les 4 Fantastiques. Cyclope vient réclamer Dents-de-sabre, arrêté, mais accepte de le leur laisser diplomatiquement.


Les cinq ambassadeurs guidés par Magneto écoutent l'offre que leur transmet Charles Xavier : Krakoa leur fournit un antibiotique révolutionnaire, une formule permettant de rallonger l'espérance de vie et de guérir les troubles mentaux.


En échange les humains acceptent la nouvelle nation mutante souveraine et s'engagent à ne pas l'agresser. La Chine et la France sont d'accord, la Russie est méfiante, l'Angleterre et les Etats-Unis sont réticents. Mais ont-ils encore le choix ?

Ce qui frappe après la lecture de ce copieux premier épisode, c'est que sa densité n'empêche pas qu'il se lise très facilement. On sait qui est qui, quelles relations entretiennent les protagonistes, les objectifs de chacun, et surtout les données du nouveau statu quo. En soi, c'est une leçon de narration.

On a souvent associé l'écriture de Jonathan Hickman à celle d'un cartographe, développant lors de ses runs un plan de voyage préétabli, avec un casting spécifique. On retrouve cela dans House of X #1, littéralement la description de la "Maison de Xavier" (en référence à House of M de Bendis - car Hickman n'a pas oublié qu'il avait été introduit chez Marvel grâce à Bendis à l'époque de Secret Warriors). Une maison avec son architecture, sa matière (très organique), mais aussi ses habitants, ses voisins, et ses ennemis potentiels.

Tout est là, admirablement fluide, sur la table. Il ne manque rien, le scénariste profite du format étendu pour tout décrire, voire rappeler : les coordonnées dans le Pacifique de l'île vivante Krakoa, ses extensions actuelles sur Terre mais aussi sur la Lune et Mars, sa production. Mais pas que. Vous avez aussi droit à des notes sur la mission Orchus près du soleil (où on construit de nouvelles Sentinelles en prévision d'une guerre avec les mutants - classique, mais doté d'une dimension nouvelle vue la stratégie de Xavier), Damage Control (la société qui nettoie les scènes de bataille, affaiblie récemment par la disparition des FF et de Tony Stark), des mutants de niveau Oméga (les plus puissants de leur espèce). C'est assez fascinant car, sous ses airs de cours magistral, l'exposé de Hickman est tout ce que les comics actuels négligent souvent : les présentations pour les non-initiés, les révisions pour les fans.

C'est indiscutablement la relance la plus cohérente, ambitieuse et solide à laquelle les mutants ont eu droit depuis belle lurette, car un auteur est aux commandes pour reconstruire la franchise - pas un editor qui aligne les planètes avec l'objectif d'en faire la gamme la plus lucrative, mais un auteur qui veut la rendre à nouveau lisible, intelligible. Hickman unifie les X-Men quand auparavant plusieurs scénaristes l'exploitaient selon leur fantaisie et en composant avec des crossovers périodiques. Il a douze semaines devant lui et deux titres pour remettre de l'ordre, et déjà avec cet épisode, un sacré coup de balai a été donné.

D'entrée, on voit Charles Xavier coiffé de Cerebro dans les entrailles de Krakoa où s'extraient de cocons de nouveaux mutants : "To me, my X-Men.", dit le Professeur X tel un Dieu. Et c'est précisément de cela qu'il va s'agir puisque la dernière phrase du numéro est, elle, prononcée par Magneto à un groupe d'ambassadeurs humains : "You have new gods now." Ces représentants de la France, des Etats-Unis, de la Chine, de la Russie et de la Grande-Bretagne sont entrés dans le labyrinthe de l'île depuis Jérusalem - tout un symbole.

La couverture est un leurre : Jean Grey n'apparaît que dans une scène tout comme Cyclope (où il fait face, très diplomatiquement, aux Fantastic Four), Wolverine figure dans une case, et Xavier dans les deux premières pages. Hickman a un monde nouveau et une situation inédite à décrire, pour l'instant les vedettes sont des figurants - même si Magneto, dans son rôle de guide, a plus de temps de présence. Ceux qui n'aiment pas Hickman diront qu'il fait encore preuve de trop de distance avec ses héros, mais je suis sûr que ça va changer (même s'il ne faut certainement pas s'attendre à trop de sentimentalisme).

Dans ces conditions, il revient pour une large part à l'artiste de faire vivre ce qui semble être une introduction un peu scolaire. Pepe Larraz a été choisi pour cette mission et Joe Quesada louait sur Twitter la qualité de sa prestation. On ne peut qu'abonder dans ce sens car visuellement c'est superbe et efficace à la fois.

L'environnement des mutants est désormais un gigantesque organisme végétale qui renvoie au jardin d'Eden, mais aussi à une vaste pharmacie (grâce à laquelle les mutants comptent acheter un accord de paix aux humains - à moins qu'il ne s'agisse d'un plan destiné à transformer toute l'humanité pour la faire accéder au rang de l'homo superior ?), avec des portails dimensionnels, et même une zone noire, dangereuse pour les indigènes. Larraz illustre idéalement ce monde dans le monde, à la fois beau, inquiétant, magique, angoissant, et on se rend ainsi compte que jamais Krakoa n'avait été aussi bien, aussi grandement exploité.

Larraz a déjà eu l'occasion de se faire la main sur les personnages de cet univers (lors de la mini Extermination de Ed Brisson, qui a renvoyé dans les années 60 les premiers X-Men de la série All-New X-Men de Bendis). Toutefois, là, il a à dessiner quelque chose de bien plus consistant et de varié.

Hickman a voulu que les personnages aient des looks emblématiques (comme lui-même a défini les quatre époques fondamentales des X-Men, depuis Giant-size X-Men de Wein-Claremont jusqu'à New X-Men de Morrison en passant par X-Men de Claremont et Jim Lee et Age of Apocalypse de Lobdell et Nicieza). Traduction : Cyclops porte une variante bleutée de son costume des Uncanny X-Men de Bendis et Magneto sa tenue blanche de la même série, Jean Grey a revêtu son habit de Marvel Girl époque Neal Adams-Jim Steranko, Wolverine est en marron comme après La saga du Phénix Noir, et Xavier évolue en noir avec le casque Cérébro sur la tête - ce qui lui donne un faux air du Maker (l'Ultimate Reed Richards devenu malfaisant - un indice avec la scène où Cyke croise les FF ?). Seuls les enfants et les jeunes mutants ont l'uniforme bleu et jaune.

Larraz se défoule vraiment en deux occasions : lors de la découverte de la station Orchis, avec des planches époustouflantes (et la révélation de la nature de cet endroit), et lors du braquage par Mystique, le Crapaud et Dents-de-sabre, un pur moment d'action, survolté, qui porte la marque de l'influence d'Immonen sur le dessinateur espagnol.

Plus généralement, House of X se distingue esthétiquement par le choix des couleurs (de Marte Gracia, avec une palette flamboyante) et un design très étudié (des glyphes, des pages avec uniquement du texte et des organigrammes - un classique de la maison Hickman). Tout a été vraiment conçu pour que le projet soit un ensemble cohérent sur tous les plans et pas seulement un énième relaunch vite torché pour booster les ventes. Marvel a mis le paquet et suivi les instructions du scénariste avec une confiance dans sa vision comme on en voit rarement.

Je suis bien en peine de trouver une faute à tout ça (pour pinailler : Cyclope est un peu trop musclé pour que Ben Grimm l'appelle encore "Slim"). C'est bluffant. Powers of X, la semaine prochaine, fera-t-il aussi bien tout en partant dans une autre direction (plus futuriste apparemment) ? En tout cas, on part confiant.

mardi 23 juillet 2019

SDCC 2019 : Comics MARVEL - DC

Suite et fin de mon rapport de la San Diego Comic Con 2019.

Je ne vais être exhaustif dans cette entrée consacrée aux annonces comics, mais privilégier les news qui m'ont tapé dans l'oeil. Mais c'est déjà consistant, vous allez le constater.

Et bien entendu, ce que j'attendais le plus, c'était la nouvelle line-up de titres mutants résultant des deux mini-séries House of X - Powers of X écrites par Jonathan Hickman. Celles-ci compteront chacune six numéros dont la parution d'étalera sur douze semaines, ce qui nous conduit au mois d'Octobre prochain, la rentrée donc (les choses sont bien faites). Hickman avait prévenus qu'il superviserait tout et qu'il faudrait s'attendre à une complète remise à plat (traduire : Matthew Rosenberg et ses épisodes d'Uncanny X-Men et toutes les mini autour de Age of X-Man, je m'en tamponne, les mutants morts ne le seront plus et les X-Men ne seront plus des victimes mais des pro-actifs).

Six nouvelles séries, souvent avec des noms connus, occuperont donc les stands.


On démarre avec le vaisseau amiral de la gamme : X-Men, écrit par Jonathan Hickman et dessiné par Leinil Yu (également auteur de la couverure ci-dessus). Comme la composition de l'équipe le montre, c'est très familial puisque Cyclops, ses frères Havok et Vulcan, son père Corsair, sa fiancée Jean Grey, leurs "enfants" Rachel Summers et Cable, sont de la partie. Wolverine est également présent (Polaris aurait été plus logique, rapport à Havok, mais bon, le griffu est de retour).

Ce qui est évident, c'est que c'est un groupe très puissant, parfois même au risque d'un certaine redondance (Rachel et Jean sont toutes deux télépathes et télékinésistes). J'imagine que ce beau monde ira dans l'espace ou affrontera du lourd.

Sur le papier, c'est malin. Je ne me souviens pas d'une cellule mutante aussi liée par les liens du sang, et bien entendu, de la part de Hickman, ça rappelle ses Fantastic Four (autre famille). Au moins l'idée a le mérite de la clarté : on pouvait penser à une équipe all-star, avec les X-Men les plus populaires, façon Claremont-Byrne par exemple, mais ça fait sens de regrouper les Summers-Grey à la manière d'une famille royale des mutants (ce que Marvel a complètement foiré avec les Inhumains).

Pour cela, Hickman renoue avec Leinil Yu, un de ses dessinateurs sur Avengers, qui demeure un artiste côté chez Marvel. Je ne cacherai cependant as une légère déception car les récents travaux de Yu m'ont donné l'image d'un type franchement cramé, usé, et surtout j'avais rêvé que Pepe Larraz et RB Silva (les dessinateurs de House of X et Powers of X) enchaîneraient en produisant chacun un arc par exemple.  

Jonathan Hickman s'investit vraiment dans l'aventure puisqu'il relance aussi New Mutants, un titre qui a vraiment connu le pire ces dernières années. Le casting : Magik, Karma, Mirage, Sunspot, Cypher, Wolfsbane, Chamber et Mondo. Du classique.

Néanmoins, Hickman se contentera d'écrire le premier arc après quoi il passera le relais à Ed Brisson (dont la mini Extermination, qui a renvoyé les All-New X-Men de Bendis dans les années 60, a été bien accueillie). A charge pour lui de pérénniser le titre. Jouera-t-il sur la fibre nostalgique ? Ou parviendra-t-il à imposer les Nouveaux Mutants comme une équipe viable, affranchie de la tutelle des X-Men ?

On sait en tout cas que Magik et sa bande vont partir dans l'espace et côtoyer les Starjammers (dont le chef Corsair est membre des X-Men).  A la recherche de qui, de quoi ? Peut-être de Cannonball par exemple, absent remarqué de l'équipe (et de toute la nouvelle gamme).

Rod Reis assurera les dessins (comme celui de la couverture ci-dessus). J'aime bien cet artiste, que j'ai découvert récemment (avec la mini Winter Soldier de Kyle Higgins). C'est un choix astucieux parce qu'il est très régulier, avec un style évoquant Phil Noto et un peu Bill Sienkiewicz (artiste mythique des New Mutants).


X-Force a toujours été le titre dark de la ligne "X". Hickman a voulu nuancer tout ça en en faisant "la CIA des mutants". Autrement dit une officine de renseignements et d'action. Avec d'un côté des membres comme Jean Grey, Sage, Beast, Black Tom Cassidy, et de l'autre Wolverine, Domino, Colossus et Kid Omega (Quentin Quire), il y a de quoi faire.

Benjamin Percy (transfuge de DC, où il s'est fait remarqué sur Green Arrow) écrira ce titre, dessiné par Joshua Cassara (Deadpool), avec une couverture de Dustin Weaver. J'avoue ne pas savoir quoi en penser : le pitch est alléchant, mais les présences de Wolverine et Jean Grey (déjà là dans X-Men sont un peu dommageables quand tant de mutants restent inutilisés (voire carrément absents de cette refonte - Magneto comme chef d'un groupe pareil, ça aurait eu de la gueule).


Historiquement, le nom des Marauders renvoie à une formation de tueurs à l'époque glorieuse de Chris Claremont. Aussi ai-je été surpris qu'une série avec ce titre soit lancée. Mais il ne faut pas juger un livre à sa couverture...

Hélas ! ce n'est pas Russell Dauterman qui produira les planches de la série (il se contente de la jaquette) - ce sera Matteo Lolli (Asgardians of the Galaxy). Je ne veux pas être trop sévère et je souhaite être agréablement surpris visuellement. On verra.

Pour le scénario, c'est la prometteuse Tini Howard (Thanos, Euthanauts) qui est aux commandes de cette série dont les personnages silloneront le monde en bâteau pour offrir assistance et protection à des mutants persécutés. C'est clairement une référence aux navires de secours aux réfugiés, donc un propos culotté, engagé politiquement.

A bord, on trouve la Captain Kitty Pryde, Lockheed, Iceman, Storm, Emma Frost (la financière des opérations du vaisseau), Bishop et Pyro. Et alors là, un vrai mystère surgit : pirates, mutants, persécutés ? Où diable est Nightcrawler (par ailleurs absent de toutes les autres équipes) ? Où est mon mutant favori ? J'espère que Kurt Wagner va vite apparaître ici (ou ailleurs), surtout avec des proches comme Storm, Beast, Kitty !


Autre série mythique, mais tristement dévastée (depuis Alan Davis en vérité) : Excalibur revient ! Mais sans Alan Davis (ç'aurait été trop simple, trop beau), ni Claremont (idem).

Avec Rogue et Gambit, aux côtés de Betsy Braddock en néo-Captain Britain, Rictor, Jubilee et... Apocalypse (?!), Kelly Thompson aurait été toute indiquée pour écrire cela. Toujours pas ! C'est Gerry Duggan qui s'en charge. Capable du bon (Uncanny Avengers) comme du pire (le reste ?), je suis fébrile.

Pour dessiner cela, Marcus To revient chez Marvel. J'aime bien, même s'il n'a pas un style foufou. Il faudra pourtant qu'il se déchaîne dans des histoires où ces mutants ont pour mission de sceller des alliances avec les mondes parallèles, en particulier magiques, comme Hors-le-Monde (la dimension du Captain Britain Corps). 

J'ai envie d'y croire, mais je suis perplexe.


Enfin, Fallen Angels de Bryan Edward Hill et Szymon Kudranski me paraît condamné d'avance. Un pitch minimal (Psylocke alias Kwannon désormais) veut se venger et entraîne avec elle X-23 et la version jeune de Cable. WTF ?

Je n'arrive pas à croire au potentiel de ce machin, qui à mon avis risque vite de finir en mini-série fautes de ventes suffisantes.

Surtout, au terme de cette revue d'effectifs, on s'interroge sur le sort de certains personnages : quid du Professeur X ? de Magneto ? de Nightcrawler ? de Cannonball ? de Polaris ? de Honey Badger ? Hickman a ajouté que sa série X-Men verrait tous les X-Men possibles possiblement intervenir, mais quand même Chuck, Magnus, Kurt en particulier méritent mieux que de jouer les guest-stars de luxe.

Et puis le niveau graphique général est au mieux moyen : Yu, Cassara, To, Lolli, Reis, Kudranski... Désolé, mais ça ne fait pas rêver. Quand on a Larraz et Silva sur HOX - POX, on s'attend à du lourd pour la suite. Marvel continue de garder ses stars sur d'autres franchises (ou à ne pas retenir ses néo-vedettes, comme Samnee, Marquez). Vraiment dommage.

Je reste tenté par cette relance générale et je pense que je tenterai plusieurs séries le moment venu. Mais je constate que, malgré toute sa bonne volonté, Hickman a du boulot.

Et maintenant passons à DC (l'autre gros poisson du lac, qui fait des BD mieux que ses films, contrairement à Marvel).


Bon, hé bien, DC a été très discret. Faut dire que beaucoup de plats sont déjà sur le feu entre Year of the Villain, Event Leviathan, DCeased, Doomsday Clock (non, ce n'est toujours pas fini...). Et les séries sont bien installées. Pas de gros chantiers à programmer.

Mais, quand même, il y avait une chose qui était attendue, espérée (ou redoutée, c'est selon) : le nouveau projet pour 2020 de Tom King et Mitch Gerads, après le carton (critique et public) de Mister Miracle.

Ce sera donc une nouvelle maxi-série : Strange Adventures, autrement dit le retour d'Adam Strange ! King avait teasé son affaire dès Heroes in Crisis en avertissant qu'un des personnages qui y faisait une apparition furtive serait son prochain héros. Flash ? Booster Gold ? Trop visibles. Mais Adam Strange, ça, fallait le deviner (il n'était présent que sur une page !).

Le tandem est accompagné par Evan "Doc" Shaner, mais sans qu'on sache l'implication de ce dernier. Certains semblent supposer qu'il produirait des planches avec Gerads, mais je pense plutôt qu'il se "contentera" des couvertures régulières (comme Nick Derington pour Mister Miracle), Gerads réalisant les variants (comme ci-dessus).

Et les images ci-dessus suggérent un récit encore très ambivalent puisque Shaner montre Adam Strange de manière classique, héroïque, lumineux, tandis que Gerads le représente avec des graffitis ("war criminal", "liar", "stranger danger" : criminel de guerre, menteur, danger étranger). 

On notera aussi les similitudes avec Scott Free puisque Strange est marié, avec une habitante de Rann, Alanna, (comme Miracle avec Barda) et qu'il est surnommé le héros de deux mondes (comme Mister Miracle avec Apokolips/New Genesis et la Terre). C'est aussi un soldat, et Rann a souvent été en conflit avec Thanagar (le monde des Hawkmen).

En tout cas, entre ceci et la maxi Batman/Catwoman qui concluera son run sur Batman, King aura une année 2020 copieuse. Je suis fan de son travail donc pas objectif, mais j'ai hâte de lire ça.

Voilà. J'ai sans doute raté des annonces, mais j'ai voulu parler de ce qui m'avait vraiment mis en appétit (quitte à être parfois réservé finalement). C'est la première fois que, via ce blog, je relaie des infos d'ue convention, mais Marvel a mis le paquet pour créer le buzz et le retour du duo King-Gerads ou la renaissance des mutants, je ne pouvais pas passer à côté. Ne reste plus qu'à souhaiter que tout ça soit à la hauteur des promesses affichées. 

lundi 22 juillet 2019

SDCC 2019 : MCU PHASE IV - Films et Séries

La Convention de San Diego était the place to be ces derniers jours : en effet les studios de cinéma et les éditeurs de comics y étaient réunis pour annoncer leurs futures sorties.



Et cette année, Marvel a frappé un grand coup, éclipsant toute la concurrence. Il faut dire que Disney était ravi puisque, c'est officiel, Avengers : Endgame a battu le record d'Avatar au box-office, devenant le plus gros succès cinématographique de tous le temps avec plus de deux milliards de recettes !

Kevin Feige, le producteur des films du MCU, en a profité pour dévoiler l'essentiel du contenu de la Phase IV, avec les longs métrages qui sortiront en salles en 2020-2021 et les séries qui seront disponibles sur la plateforme de streaming Disney + durant la même période. Et il y a du très lourd ! Revue d'effectif :


Le nouveau blockbuster prévu sera l'adaptation des Eternals, de Jack Kirby, réalisée par Chloe Zaho. Créés par le king of comics à son retour chez Marvel dans les années 70, les Eternels sont des des humains modifiés par les Célestes, surpuissants et immortels, en même temps que les Deviants. Neil Gaiman et John Romita Jr. les avaient réanimés en 2006 dans une superbe mini-série.
Le casting est très cosmopolite et surprenant avec (voir la photo ci-dessus, de gauche à droite :) Richard Madden (Ikaris), Kumail Nanjani (Kingo), Lauren Ridloff (Makkari - le personnage est donc féminisé, et c'est une actrice sourde qui l'incarnera), Brian Tyree Henry (Phastos), Salma Hayek (Ajak - là encore le rôle est féminisé), Lia McHugh (Sprite - idem), Don Lee (Gilgamesh) et Angelina Jolie (Thena).
Sortie en Novembre 2020.
  

Un peu avant sortira Black Widow, dont l'action se déroulera après les événements narrés dans Captain America : Civil War. Scarlett Johansson reprend son rôle fétiche, entourée de David Harbour, Florence Pugh, O. T. Fagbenle et Rachel Weisz. C'est Cate Shortland qui réalise ce qui est annoncé comme un pur film d'action.


Il faudra être plus patient pour découvrir le quatrième volet des aventures du dieu du tonnerre, en 2021, intitulé Thor : Love and Thunder. Taika Watiti est de nouveau aux commandes, avec bien sûr Chris Hemsworth, mais aussi Tessa Thompson. ET Natalie Portman qui revient dans le MCU et qui brandira Mjolnir ! (Je suis trop content de revoir Natalie.)


Toujours en 2021 arrivera la suite de Doctor Strange, The Multiverse of Madness. Scott Derrickson et Benedict Cumberbatch rempilent derrière et devant la caméra. Cauchemar sera le grand méchant de l'histoire, qui sera horrifique, et Scarlet Witch/Elizabeth Olsen sera de la partie (joie !).


A priori, l'annonce du film Shang Chi and the legend of the ten rings fait un peu pâle figure à côté de tout ça. Mais Marvel veut ostensiblement conquérir le marché asiatique et parie sur un héros méconnu, incarné par Sami Liu. Le méchant sera le Mandarin (le vrai, cette fois), joué par le mythique Tony Leung.

Mais c'est pas tout !

En effet, Marvel et Disney vont lancer leur propre plateforme de streaming pour concurrencer Netflix, Amazon Prime, Hulu, etc. Disney + exploitera donc des héros Marvel dont le studio juge sans doute que les acteurs ne sont pas assez solides pour supporter un long métrage. N'empêche, ça donne envie !
  

Sebastian Stan et Antony Mackie seront The Falcon and the Winter Soldier face au Baron Zemo (Daniel Bruhl). L'action se passe après Endgame et la série sera diffusée fin 2020.
  

WandaVision réunira Elizabeth Olsen, Paul Bettany et Teyonah Parris (dans le rôle de Monica Rambeau, devenue adulte et sans doute pourvue de pouvoirs). Là encore, cela se passe après Endgame, et ce sera pour 2021.


Hawkeye aura sa propre série, visiblement inspirée par le run de Matt Fraction et David Aja, en 2021. Jeremy Renner conserve son rôle et sera le mentor de Kate Bishop (mais on ne sait pas encore qui jouera cette dernière). Je suis impatient !


Tom Hiddleston sera à nouveau Loki dans sa propre série, où il voyagera dans le temps et l'espace.

Nous aurons même droit à une série d'animation What if...?, dont le narrateur sera Jeffrey Wright, et où tous les acteurs du MCU doubleront leurs personnages !

Enfin, série ou film, en 2022, on assistera au retour de Blade (je mise sur un film). Et il sera interprété par Mahershala Ali !

Feige a aussi déclaré que les suites de Captain Marvel, Black Panther et Guardians of the Galaxy (avec James Gunn aux manettes) sont en développement (les Gardiens devraient être les premiers à passer en production car le scénario est déjà bouclé).

Et le producteur a aussi annoncé qu'il avait l'intention de donner aux Fantastic Four un film à leur hauteur (prends ça, la Fox !).

N'en jetez plus !

Marvel est décidément devenu un studio plus excitant pour ses films et séries télé que pour ses comics. Mais surtout le futur de la compagnie promet d'exploser encore le box office.

Demain, je vous donnerai des nouvelles de quelques comics cités au SDCC qui m'ont tapé dans l'oeil. Stay tuned !

samedi 20 juillet 2019

SPIDER-MAN : FAR FROM HOME, de Jon Watts



Deux ans après Homecoming, qui avait vu l'homme-araignée intégrer officiellement le MCU, et trois mois après la sortie triomphale de Avengers : Endgame, Spider-Man : Far From Home a la lourde responsabilité de clore la "phase IV" des films Marvel. Jon Watts est à nouveau aux commandes du film qui, s'il perd un peu en fraîcheur, réfléchit de manière inattendue et bondissante sur le genre dans lequel il s'inscrit.

 Mysterio (Jake Gyllenhaal)

A Ixtenco au Mexique, Nick Fury et Maria Hill enquêtent sur une tempête paranormale quand Mysterio se manifeste et affronte un géant de terre. Pendant ce temps à New York, l'heure est encore aux hommages rendus aux Avengers tombés face à Thanos huit mois auparavant. Spider-Man représente les héros tout en apprenant à grandir sans Tony Stark, son mentor, et tandis que sa tante May sort avec Happy Hogan, le chauffeur-garde du corps de ce dernier - qui remet à Peter une paire de lunettes connectée au système de données de Stark.

 Peter Parker et "MJ" Michelle Jones (Tom Holland et Zendaya)

Un voyage scolaire en Europe va fournir à Peter l'occasion de prendre du recul - et de déclarer sa flamme à "MJ" Michelle Jones. Ils se rendent d'abord en Italie, à Venise, où très vite les événements les rattrapent puisque la lagune est dévastée par un géant composé d'eau. L'intervention de Mysterio permet à la ville de retrouver son calme. Le soir venu, Peter est retrouvé par Nick Fury qui sollicite son aide.

 Quentin Beck/Mysterio et Peter Parker/Spider-Man

Peter/Spider-Man fait la connaissance de Quentin Beck, l'alias de Mysterio, venu d'une Terre parallèle ravagée par les "Elémentaux"  qui menace désormais notre planète. La prochaine attaque, d'un géant de feu, est prévue à Prague. Pour que les deux héros y soient, Fury déroute le voyage scolaire. Les lycées sont ravis de ce détour, insouciants du danger.

 Mysterio

Ses amis à l'abri dans un opéra, Peter peut soutenir l'effort de Mysterio lorsque le géant de feu apparaît en plein coeur du carnaval de la ville. Malgré des dégats importants, c'est une nouvelle victoire. Impressionné par Beck, Peter lui offre les lunettes de Stark, certain qu'il est plus à la hauteur que lui pour succéder à Iron Man. Hélas ! Une fois seul, Beck se démasque : ancien employé de Tony, il a utilisé une technologie sophistiquée pour faire croire aux "Elémentaux" et passer pour le sauveur. Il a déjà un plan pour la suite.

 Peter Parker et Nick Fury (Tom Holland et Samuel L. Jackson)

Fury, à cours de ressources depuis la dissolution du SHIELD et la dispersion des Avengers, propose à Peter de le suivre à Berlin où il va présenter Mysterio comme son nouveau super-champion. Mais Peter décline l'offre et rejoint "MJ". Celle-ci lui révèle connaître sa double identité et lui montre un projecteur miniaturisé qu'elle a ramassé sur le théâtre de la bataille entre Mysterio et un géant. Peter comprend alors qu'ils ont été abusés, lui et Fury - et qu'il doit prévenir ce dernier.

 Spider-Man

Tandis que ses camarades s'envolent pour la dernière étape de leur voyage, à Londres, Spider-Man rejoint Berlin mais tombe dans le piège tendu par Mysterio qui, ayant constaté la perte de son projecteur, sait qu'il a été démasqué. Sévèrement corrigé, Spider-Man doit battre en retraite et appeler Happy Hogan à l'aide car, croyant parler à Fury, il a désigné "MJ" comme l'autre personne au courant de la machination de Mysterio. 

 Spider-Man

Dans la capitale anglaise, Mysterio veut réaliser une démonstration de force en générant une nouvelle illusion menaçante qui servira aussi à tuer "MJ" et Fury. Spider-Man contrarie son plan en réussissant, difficilement, à en empêcher l'accomplissement. Beck est mortellement blessé par un tir de drone mais "MJ" est saine et sauve. Et Nick Fury, averti par Happy Hogan, peut remercier le tisseur.

"MJ" et Spider-Man

De retour à New York, Peter emmène "MJ" pour une balade dans les airs en costume de Spider-Man.

Deux scènes supplémentaires ont lieu au milieu et à la fin du générique :

- 1/ Spider-Man repose "MJ" dans la rue lorsqu'un flash spécial est diffusé sur les écrans. Une vidéo de Mysterio avant sa mort le montre en train de dénoncer le héros comme son assassin puis révéler son identité civile ;

- 2/ Nick Fury et Maria Hill s'avèrent être des skrulls pendant que le véritable ancien patron du SHIELD est en contact avec eux depuis un vaisseau spatial skrull également.

Après la sortie de Avengers : Endgame, le producteur Kevin Feige a surpris tout le monde en annonçant que le film ne concluait pas la "phase III" du MCU et que ce serait Spider-Man : Far From Home qui le ferait. Soudain, la suite de Homecoming, qui avait vu le tisseur intégrer officiellement l'univers cinématographique Marvel (après son apparition remarquée dans Captain America : Civil War), endossait une responsabilité inédite.

Effectivement, lorsque l'histoire débute, les citations à la fin du dernier chapitre des Avengers se multiplient : le "blip" (le retour à la vie des héros désintégrés par Thanos à la fin de Infinity War), les morts de Iron Man, Black Widow et Steve Rogers (qui n'aura donc pas survécu bien longtemps) sont mentionnés. On explique également que les civils disparus pendant les cinq ans ayant suivi le claquement de doigts de Thanos (le fameux "snap") n'ont pas vieilli en réapparaissant, entraînant des situations tragico-comiques.

Sur ce point, on louera l'habileté des scénaristes, Chris McKenna et Erik Sommers, qui ne sombrent pas dans le mélodrame, le pathos. On est clairement là pour renouer avec la légèreté, l'aventure, même si Peter Parker/Spider-Man se remet difficilement de la mort de son mentor, Tony Stark.

L'autre excellente trouvaille du film, pour changer les idées de tout le monde, c'est d'envoyer les personnages à l'étranger. Sortir Spider-Man de New York, c'est forcément brouiller ses repères - et justement, c'est le thème du film.

Car le scénario surprend encore plus positivement en se mettant à développer une réflexion inattendue, ludique et honnête sur l'illusion. C'est déjà évident pour une oeuvre de divertissement, de fiction, qui a pour vocation d'offrir aux spectateurs un spectacle entièrement fondé sur des artifices. Mais ça l'est encore plus avec le choix de Mysterio comme autre protagoniste de l'histoire.

Pendant un bon moment, Quentin Beck est présenté comme un héros, venant d'une dimension parallèle, et donc induisant le fameux multivers (certainement le prochain territoire à explorer dans le MCU, depuis que le royaume quantique de Ant-Man a été établi et les univers parallèles de la fin de Endgame suggérés). Les fans des comics Spider-Man sont un peu déroutés même si on devine que cela cache forcément quelque chose.

Et effectivement, la vérité est tout autre. Une scène, formidablement mise en images par Jon Watts, résume le programme quand, à Berlin, Spider-Man est complètement tourneboulé par les illusions générés par Mysterio. Les connaisseurs identifieront sans mal des citations à la mort de Gwen Stacy ou aux Marvel Zombies, mais surtout ce jeu sur les apparences procure une sensation grisante et troublante.

Car, durant ces minutes décisives, c'est comme si Marvel interrogeait sa nature même de producteur de divertissement. On nous vend du faux, de l'irréalisme, avec l'air du vrai, grâce à des moyens techniques de plus en plus sophistiqués. Mais, aujourd'hui, les Avengers ne sont plus, le doute ronge Spider-Man, on découvrira même à la fin du film que Fury n'était pas vraiment Fury (et cela explique beaucoup de choses concernant son comportement durant le déroulement de l'intrigue). Qu'est-ce qu'il reste ? La place pour des prétendants au trône, mais qui sont des escrocs, des ersatz. Pour un peu, le discours se ferait presque critique, envers la concurrence mais aussi envers Marvel lui-même - pour qui il faut désormais presque tout réinventer, remettre son titre en jeu (quand bien même il y aura l'an prochain le film Black Widow, puis ensuite un quatrième Thor, un deuxième Doctor Strange et Captain Marvel et Black Panther).

C'est presque du Guy Debord et La société du spectacle qui s'invitent dans le film de super-héros. Cela donne un relief surprenant au film, qui gagne en profondeur (et en efficacité) ce qu'il perd en spontanéité (mais c'était inévitable : c'est le lot des suites).

Le réalisateur peut toutefois s'appuyer sur son casting pour garder de la fraîcheur car Tom Holland en tête dans le rôle-titre, ses acteurs sont épatants. Holland incarne le mielleur Spidey de toute l'histoire, simplement parce qu'il en la juvénilité mas aussi la crédibilité : il est plus sympathique que Tobey Maguire et plus évident que Andrew Garfield simplement. C'est le tisseur aussi qu'on n'a plus dans les comics, cet ado insouciant et écrasé par son "talent" (et ça vaut pour pratiquement tous les héros Marvel, qui sont devenus plus passionnants à l'écran que sur le papier).

On distinguera dans la troupe qui l'entoure Zendaya, qui après avoir déçu dans Homecoming est formidable ici (sans doute aussi que sa performance dans la série Euphoria, en cours de diffusion sur HBO, a changé mon regard sur elle), et bien entendu Jake Gyllenhaal, qui campe un Mysterio magistral, séduisant et tordu à souhait (j'espère même que le personnage n'est pas vraiment mort, car ça collerait avec sa nature et aussi parce qu'un retour de Quentin Beck serait jubilatoire). Samuel L. Jackson fait le taf comme d'hab' (et le twist final est vraiment bien amené, imprévisible et narrativement plein de possibilités). Le caméo de J.K. Simmons est aussi un régal (et probablement un teaser pour son retour dans le rôle de JJ Jameson).

Le carton déjà astronomique du film garantit un troisième épisode. Mais avant le MCU va aller voir ailleurs. Une page se tourne effectivement. C'est excitant.