dimanche 11 mars 2018

ROGUE & GAMBIT #3, de Kelly Thompson et Pere Perez


Avec ce troisième épisode, nous dépassons la moitié de la mini-série Rogue & Gambit (qui, c'est acté, en restera là - Gambit va venir grossir les rangs de la série X-Men : Red). Ce cap autorise le lecteur à attendre que le voile du mystère se lève notablement sur l'intrigue... Tout en conservant au récit encore quelques surprises d'ici à son dénouement.


Malgré leurs récentes découvertes dérangeantes dans une aile du centre thérapeutique de Paraiso Island, Rogue et Gambit poursuivent, comme s'ils n'en conservaient aucun souvenir, leurs séances en compagnie du Dr. Grand. Ils évoquent ainsi la fin de leur première liaison et les raisons de son échec.

Troublés par ce qu'ils ont livré, bien qu'ayant été jugés en progrès, Rogue et Gambit sont troublés par ces confidences mais aussi par l'absence prolongée de leurs voisins de bungalows, Joanne et Theo. Ils n'ont guère le temps de se tourmenter car Kitty Pryde les envoie inspecter un nouvel endroit en relation avec la disparition de mutants. Ils visitent ainsi un hôpital où ont été admis récemment plusieurs patients souffrant d'amnésie ou de démence.


Cela les renvoie à la perte de leurs propres souvenirs et à la faiblesse de leurs pouvoirs depuis le début de leur traitement. Ils retournent fouiner dans l'aile du centre de soins et découvrent cette fois des clones d'eux-mêmes, inspirés de leurs confessions au Dr. Grand.


Mais leurs doubles se réveillent et les attaquent. Dépassés par leur nombre, Rogue et Gambit doivent lutter en s'appuyant sur leur complicité naturelle. La lutte est très disputée mais ils arrivent à prendre l'avantage.


Mais alors qu'ils ont gagné, Lavish apparaît, prêt à les terrasser pour drainer leur puissance...

Kelly Thompson répond bien à quelques questions dans cet épisode, et c'est heureux car, discrètement, une certaine confusion menaçait de gagner le lecteur. Que se passait-il réellement dans ce centre de Paraiso Island ? Pourquoi Rogue et Gambit semblaient-ils, à chaque fois que leur enquête progressait, avoir tout oublier l'épisode suivant ? 

La scénariste a fait le pari, risqué mais payant, de semer le doute dans l'esprit du lecteur comme dans celui de ses deux héros : en nous privant d'informations, elle nous obligeait à aller au même rythme que les mutants en mission, se doutant bien que d'étranges faits se produisaient sur cette île sans arriver à mettre un nom dessus.

Il apparaît donc que le Dr. Grand est à la tête de la réalisation de clones et de vols de pouvoirs, en s'inspirant pour cela des confidences que lui communiquent ses patients. Mais il semble aussi qu'il ne s'agisse que de la surface visible d'un plan plus retors dont Lavish, son chasseur, est le une pièce essentielle puisque c'est grâce à sa capacité à dérober les pouvoirs d'autrui qu'il est si puissant et peut alimenter les clones. Il s'agirait donc de concevoir une armée de doubles dans une entreprise conquérante et d'usurpation - une variation mutante de l'invasion secrète des Skrulls ?

Si, jusqu'à présent, Kelly Thompson animait son récit sur le ton endiablé d'une screwball comedy avec les chamailleries entre Rogue et Gambit, forcés de travailler ensemble alors qu'elle ne voulait surtout pas renouer sentimentalement avec lui (mais que lui n'attendait que ça), cette fois, le ton se fait plus sérieux. Une inquiétude sourde envahit l'histoire, comme en témoigne la scène, perturbante mais décisive, dans l'hôpital saturé d'amnésiques et de déments récemment admis. C'est finement joué et amené.

Visuellement, Pere Perez sait se hisser au niveau de cette évolution narrative subtile en étant plus audacieux. Plus qu'un "ass-shot" racoleur sur Rogue, on retiendra plutôt la superbe double page illustrant les souvenirs de l'héroïne et son ex-amant, avec un découpage stylisé.

Plus loin, dans le dernier tiers de l'épisode, le dessinateur a l'occasion de se lâcher avec une séquence d'action très réussie également. L'humour de Thompson refait surface dans des dialogues savoureux (Gambit admettant que cela lui a fait un bien fou de coller une raclée aux clones de Rogue et de lui-même - ce qu'elle approuve). L'assaut de ces doubles est mis en scène avec variété, d'abord avec une vue frontale des adversaires, puis une page découpée en quatre cases qui occupent toute la largeur de la page (habile pour suggérer l'impression de submersion), et enfin par des vignettes horizontales montrant la riposte de Rogue et Gambit repoussant et assommant leurs ennemis. Lorsque Lavish apparaît, alors que les deux mutants reprennent leur souffle, le résultat est parfait pour traduire leur appréhension face à cette nouvelle menace.

En somme, la forme du récit emprunte celle de la courbe : plus d'action, des révélations, de la tension, de l'incertitude. C'est donc bien un tournant dans la mini-série et avec lui, la promesse d'un final, sur les deux épisodes restants, mouvementé. 

samedi 10 mars 2018

BLACK HAMMER, VOLUME 1 : SECRET ORIGINS, de Jeff Lemire et Dean Ormston


Ce Samedi, je suspends mes critiques sur les single issues récemment sorties pour vous parler d'un recueil que j'ai adoré : le premier volume de Black Hammer, le nouveau creator-owned écrit par Jeff Lemire pour Dark Horse Comics. On m'en avait dit beaucoup de bien mais j'hésitai à cause du style graphique, puis j'ai surmonté ce dernier point... Pour être vraiment absorbé par cette lecture jubilatoire. Assurément un de mes coups de coeur actuels (même si la série a démarré en 2016).


Comment et pourquoi cinq anciens super-héros ont atterri dans la ferme Black Hammer, située dans un coin de campagne des Etats-Unis, après avoir sauvé Spiral City de l'Anti-Dieu ? C'est que les cinq habitants ne sont pas commun puisqu'on y trouve une fillette, Gail Gibbons alias Golden Gail "la fiancée de l'Amérique" ; Mark Markz alias Barbalien "le seigneur de guerre de Mars" ; le colonel Randall Weird "l'aventurier interstellaire" et son robot intelligent Talky-Walky ; Mme Dragonfly "la maîtresse du macabre" ; et enfin Abraham "Slam" Slamovski - le seul du lot à n'avoir aucun pouvoir et à se sentir heureux ici (sa liaison avec Tammy, l'ex-femme du shérif Redd True heart, n'y étant pas pour rien. 


Talky-Walky ne se résigne pas à cette situation et cherche un moyen de faire rentrer le groupe à sa base, malgré ses échecs répétés. Gail est celle qui souhaite le plus quitter cet endroit pour recouvrer ses pouvoirs que lui confia, avant de mourir, le sorcier Zafram et qui la transformaient en Golden Gail, éternelle fillette capable de voler et dotée d'une force surhumaine. Aujourd'hui coincée dans le corps d'une enfant de neuf ans alors qu'elle en a 55, elle mène la vie dure à Abraham, qui se fait passer pour son grand-père auprès de l'institutrice Mme Roundtree, menaçant de l'exclure de l'école.


Barbalien provient de Mars où son père unifia les tribus jusqu'à ce qu'une fusée terrienne ne s'écrase sur la planète rouge. Envoyé sur notre monde pour estimer si nous étions une menace, il usurpe l'identité d'un policier tué par des gangsters grâce à ses talents de métamorphe. Pendant six ans, il s'intègre parfaitement aux terriens jusqu'à ce qu'il avoue son attirance à son collègue, qui le rejette. Aujourd'hui, il se rapproche du Père Quinn qui réveille sa foi et ses sentiments amoureux.


Abraham Slamkovski était un jeune homme juif et chétif quand éclata la seconde guerre mondiale. Recalé par l'armée à cause de sa condition physique, il est pris sous l'aîle de "Punch" Socklingham, un ancien champion de boxe, qui l'entraîne et en fait un athlète. Mais des gangsters tue le coach endetté et motive Slam à devenir un justicier masqué. Les années passant, il devient dépassé par l'émergence de nouveaux héros, dont le mystérieux Black Hammer. C'est avec appréhension qu'il cède à la requête de Tammy Trueheart de l'inviter à dîner à la ferme - mais le repas se passe bien avec la complicité des autres.


Randall Reid était astronaute pour la NASA entre 1956 et 1964 et amoureux d'Eve Argo quand il découvrit un portail dimensionnel qui devait l'éloigner d'elle jusqu'à aujourd'hui. Continuant depuis à explorer la Para-Zone, il a l'esprit de plus en plus confus. Il ne se doute pas que Lucy Weber a entrepris de retrouver les héros disparus, avec l'aide du Dr. Jimmy Robinson alias Dr. Star qui a récupéré une sonde envoyée par Talky-Walky.


Enfin, il y a Mme Dragonfly, qui vit à l'écart de l'équipe, dans une cabane maudite ayant fait le voyage avec eux. C'est dans celle-ci qu'il y a très longtemps elle rencontra un sorcier susceptible de sauver son nourrisson mais qui la trompa en la liant à son refuge. Importunée par des chasseurs, elle en tua un puis jeta un sort à l'autre, transformé en monstre dont elle s'éprit. Après la bataille de Spiral City, elle se découvrit enceinte mais l'enfant mourut à la naissance. Elle surveille le shérif Trueheart, qui veut punir Slam et Tammy d'être amants, mais surtout accueille Lucy Weber quand elle apparaît, affolée, près de la ferme. Slam la reconnaît aussitôt comme étant la fille de Black Hammer !

Sur la couverture de l'album, une accroche prestigieuse attire le regard : Mike Mignola, le créateur de Hellboy, déclare qu'il ne lit pas beaucoup de BD de super-héros mais qu'il adore Black Hammer. Ainsi adoubée, l'oeuvre de Jeff Lemire profite d'une parrainage enviable mais aussi d'une pression terrible, celle de ne pas décevoir ceux qui accordent du crédit à l'opinion d'un auteur aussi respecté. Mais s'agit-il vraiment d'un comic-book de super-héros ?

Dans les faits, on répondra spontanément par l'affirmative puisque les protagonistes sont tous d'anciens justiciers costumés, pourvus pour la plupart de super-pouvoirs, et aux états de service glorieux. Jusqu'à cette épique et dramatique bataille contre l'Anti-Dieu à Spiral City dont la victoire a causé un incident incompréhensible les ayant transporté dans une ferme au milieu de nulle part dans la campagne américaine. Certains ont perdu leurs talents dans l'affaire, d'autres la raison, d'autres s'emploient à trouver un moyen de renouer avec leur ancienne vie, un dernier a trouvé son bonheur inespéré dans ce contexte.

Lemire anime des personnages comme il les affectionne, des freaks, des loners unis par le hasard ou les circonstances, cohabitant tant bien que (plutôt) mal, que leurs origines distinguent du commun des mortels. Mais ces origines secrètes ne le définissent pas/plus seulement en tant que héros, elles nous instruisent sur les individus qu'ils sont.

Et c'est là que Black Hammer devient un régal car le scénariste s'amuse avec les clichés du genre, sans chercher à s'en cacher, mais en dessinant ses créatures de manière singulière par rapport à leurs modèles. Slam est une copie de Captain America sans le sérum du super-soldat, Golden Gail renvoie à Mary Marvel (alliée de Shazam), Barbalien reproduit le Martian Manhunter de la JLA, le colonel Weird est une version des aventuriers cosmiques comme Adam Strange assorti d'u robot intelligent (mais à l'aspect digne de ceux des films de SF des années 50, comme Pneuman dans Tom Strong), et Mme Dragonfly est une sorcière qui fait penser à Enchantress (dans Shadowpact). Seul Black Hammer reste plus flou, décrit comme le "champion des rues" mais armé d'un marteau noir énorme et capable de voler comme Thor : nimbé de mystère, il n'en est que plus charismatique et on se demande ce qui lui est arrivé (seul son marteau a été téléporté) - ce qui motive le subplot avec sa fille, Lucy Weber, à la recherche des héros.

On peut voir, dans cette démarche (composer un casting à partir d'avatars de héros connus), selon son humeur, une parodie, un plagiat, ou, et c'est ce qui me semble, un hommage. On n'est pas si loin de ce que le même Lemire vient d'opérer avec The Terrifics, réinterprétation tonique et malicieuse des Fantastic Four chez DC. Mais, au-delà des questions de ressemblances et d'intention, le vrai propos tient à la manière de le traiter.

Que faire quand on a été ? Chacun des protagonistes s'arrange comme il peut avec la situation : Talky-Walky veut absolument rentrer à la maison, le colonel Weird s'évade dans la Para-Zone (une issue pour le retour mais présentant, comme en témoigne son état mental et physique, de graves dangers), Barbalien s'accommode (visiblement amoureux du Père Quinn et apaisé par le catholicisme), Mme Dragonfly veille sur le shérif jaloux et menaçant et semble conspirer de son côté, Gail supporte le plus mal sa condition (femme âgé piégée dans un corps de fillette mais privée de ses pouvoirs). Sans surprise, c'est Slam, seul des héros à n'avoir jamais eu de pouvoirs et invité à prendre sa retraite par Black Hammer avant la bataille contre l'Anti-Dieu, qui a trouvé après l'incident le bonheur (avec Tammy) et la tranquillité.

L'émotion et l'humour cohabitent merveilleusement dans le récit dont les dessins de Dean Ormston, qui me rebutait au départ, sont en définitive un atout supplémentaire inattendu. On apprend dans les bonus de l'album que l'artiste a été victime, durant la préparation du projet, d'une hémorragie cérébrale, le laissant handicapé. Il y a survécu et entrepris une longue et pénible rééducation, conservant des séquelles au bras et à la main droite : en élaborant des layouts, il a retrouvé ses sensations lentement tout en constatant qu'il avait perdu en endurance et en stabilité. 

Son trait s'en ressent encore (mais pas sa productivité, car, étonnamment, il livre ses épisodes sans retard !). Pour cette raison, on peut trouver son style peu esthétique, le design de ses personnages fragile. Et pourtant, il suffit de voir la première page de l'épisode 2 (une vue plongeante sur Spiral City) pour être épaté par la précision fabuleuse du décor de cette cité fictive : quel exploit de produire cela en étant amoindri comme il l'est !

Mieux encore : dans ces lignes malhabiles, tremblantes, se trouve la vérité indispensable au sujet et à ses acteurs. En effet, en dessinant pour ainsi dire difficilement, Ormston atteint la justesse adéquate pour camper ces créatures bizarres prises dans ce curieux piège. Il échappe aux clichés de leur caractérisation en leur donnant une singularité poignante : Barbalien devient ce martien gay dépassé par ses sentiments (et par ceux des autres, comme lorsque Gail pense, par erreur, qu'ils peuvent être amants), le colonel Weird nous émeut comme seule une épave arraché davantage à son amour qu'à ses aventures sidérales peut le faire, Mme Dragonfly compense son allure inquiétante par son bouleversant passé, Talky-Walky même nous touche par sa pugnacité mal récompensé, et Slam a cette bienveillance propre aux vrais honnêtes hommes quand, malgré les soucis qu'elle lui cause, Gail craque en échouant à invoquer le sorcier Zafram.

Montrer l'humanité des super-humains, c'est là le défi de Black Hammer, avec en prime, à la fin de ces six premiers épisodes (un deuxième volume est paru depuis, j'ai hâte de le lire), un cliffhanger irrésistible. Comme Mike Mignola, on n'a pas fini de lire et d'aimer cette histoire (qui commence même à se décliner avec la série Sherlock Frankenstein, sur un des ennemis du groupe visité par Lucy Weber au cours de son enquête).      

vendredi 9 mars 2018

X-MEN : RED #1-2, de Tom Taylor et Mahmud Asrar


La franchise "X-Men" est à l'image de Phénix : souvent annoncée comme agonisante, voire morte, perdue pour la cause, toujours renaissante. Il y a quelques années, la volonté de Marvel de mettre en avant les Inhumains avait retenti chez les fans comme un arrêt de mort pour les mutants, dont les droits d'exploitation cinématographiques appartenaient à la Fox (depuis rachetée par Disney, donc Marvel studios), mais la sauce n'a jamais prise (ni en comics ni en série télé). Aujourd'hui il y a encore toujours autant de séries "X". La dernière en date : X-Men : Red (après X-Men : Gold et Blue) avec à sa tête, justement, la plus célèbre des revenantes, Jean Grey ! Mai apporte-t-elle quelque chose de neuf ?


Jean Grey, Wolverine (Laura Kinney) et Nightcrawler sauvent une fillette, Heather, d'une population visiblement mentalement possédée et prête à l'exécuter. Ils se téléportent à Searebro, leur quartier général où les attendent leurs acolytes Gentle (mutant wakandais), Namor, Trinary (mutante indienne) et Honey Badger (version miniature de Wolverine).


Deux mois auparavant, alors tout juste revenue à la vie, Jean Grey secourut une mère dont deux voyous volèrent la voiture à bord de laquelle se trouvait son bébé - ce dernier manifestait des pouvoirs soniques prématurées et Jean conseilla à la maman de le confier aux bons soins de l'institut Xavier.


Mais ces actions ont ravivé le débat sur le contrôle des mutants dans les médias et les autorités. Jean Grey réunit alors grâce à Black Panther un collectif d'intellectuels, d'activistes, de techniciens, de scientifiques, d'artistes afin de sonder, avec leur consentement, leurs esprits pour trouver une solution à la crise.


Elle partage son idée avec Kurt Wagner qui lui recommande de réunir une équipe pour la soutenir. Puis elle prononce un discours vibrant aux Nations-Unies en faveur d'une plus grande tolérance entre humains et mutants. Seule l'ambassadrice de Grande-Bretagne émet quelques réserves. Mais l'initiative est soutenue par Atlantis et Namor, et le Wakanda de T'challa.


Une fois dehors, après la séance, Jean Grey est abordée par l'ambassadrice anglaise qui s'avère sous l'emprise mentale de quelqu'un et la provoque. En voulant l'aider, Jean paraît la tuer : la scène est filmée et oblige les forces de l'ordre à intervenir, mais Nightcrawler les téléporte, elle et Namor, qui s'est interposé. Ils ignorent que, dans l'ombre, c'est Cassandra Nova, la soeur jumelle de Charles Xavier, qui tire les ficelles...


Et on enchaîne aussi sec avec le deuxième épisode, sorti ce Mercredi.


Jean Grey et ses amis ont trouvé asile au Wakanda après la mort de l'ambassadrice britannique. C'est alors qu'un message est intercepté, envoyé par une technopathe (une mutante capable de contrôler les machines) indienne : elle a piraté quelques jours auparavant les banques de son pays afin de rétablir l'équilibre salariale entre hommes et femmes mais cela l'a conduit en prison, sur ordre de son propre père.


Jean, Laura Kinney, Honey Badger et Kurt Wagner se rendent en Inde pour l'exfiltrer et pour la trouver, ils piègent Lakshay Singh, responsable du département de défense contre les mutants. Tandis que Jean guide ses acolytes à l'intérieur d'une prison haute sécurité, la foule s'énerve devant le bâtiment.
  

Trinary, la technopathe, est libérée mais Jean est en difficulté lorsque les gardiens de la prison sont débordés et que certains émeutiers résistent à ses ordres télépathiques. 


Nightcrawler se téléporte à l'extérieur mais Jean a repris le contrôle de la situation. Trinary et Honey Badger les rejoignent tandis que Wolverine neutralise Singh qui a activé le protocole Sentinelle.


Hélas ! c'est trop tard : un des fameux robots géants chasseurs de mutants apparaît pour appréhender les intrus...

Je ne connaissais Tom Taylor, le scénariste, que de nom : il a signé la série Injustice chez DC (qui se déroule dans une continuité parallèle, avec comme postulat la prise de pouvoir sur la Terre par Superman) puis All-New Wolverine chez Marvel (avec Laura Kinney, ex-X-23, dans le rôle-titre). Aucun préjugé, ni positif ni négatif, donc au moment de lire X-Men : Red.

Pourtant, j'ai hésité avant de me lancer dans cette nouvelle lecture, et j'ignore jusqu'à quand je la suivrai. La franchise mutante se décline maintenant entre des titres solos (All-New Wolverine, Old Man Logan... En attendant l'officialisation prévisible d'une série Wolverine avec Logan, qui a ressuscité comme on l'a vu dans Marvel Legacy #1) et des team-books colorés (X-Men : Gold/Blue et donc Red). Cette dernière ligne a de quoi faire sourire (à quand X-Men : Green, Yellow, etc), même si elle a le mérite de distinguer chaque série à défaut de leur donner une identité forte et un discours original.

Justement, Red est-il un titre vraiment original ou juste un de plus (avant une refonte et les retours de nominations célèbres telles que "X-Men" et/ou "Uncanny X-Men" ?) ? Pas franchement, il faut l'avouer. On assiste dans ces deux premiers épisodes à des récits très convenus, vus et revus, tant et si bien qu'on se croirait revenu à la relance des années 70 avec Giant-Size X-Men #1 (par Len Wein, Chris Claremont, Dave Cockrum) ou même à Uncanny X-Men #1 (par Lee et Kirby) : de jeunes mutants persécutés, une population hystérique prête à les sacrifier ou à les enfermer, leur sauvetage providentielle par des X-Men, la quête par leur leader occasionnel d'un moyen de pacifier les tensions entre homo sapiens et homo superior, un méchant qui attise le feu en coulisses (sans qu'on sache encore dans quel but)...

Ce manque flagrant d'originalité dans l'approche du récit trahit bien la frilosité et la sclérose qui touchent aussi bien les auteurs et le concept des mutants, comme s'il était impossible de les animer comme des héros ordinaires, dans des aventures classiques. La métaphore sur les minorités et leur maltraitance est devenue si éculée qu'elle aboutit à une impasse où mutant égale victime (et finalement qu'importe s'ils symbolisent les noirs, les homosexuels ou toute autre forme de communauté ciblée).

Malgré tout, il y a dans l'écriture de Taylor une évidente efficacité : sa narration joue avec la chronologie des faits, nous montrant d'abord l'équipe au grand complet. Sa composition est majoritairement féminine (quatre filles pour trois mecs, mais la couverture du #3 indique que Gambit va s'y greffer) et bigarrée, avec des vétérans (Nightcrawler, Namor - dont la "mutanité" reste cependant assez récente), des recrues fraîches (Wolverine/Laura Kinney) et inédites (Gentle, Trinary, Honey Badger). Sa puissance est assez équilibrée (Jean ne semble pas toute puissante, ce qui explique qu'elle n'évolue pas sous le nom de code Phénix) et culturellement variée (avec un atlante, un wakandais, une indienne...). C'est séduisant.

Là où ça pêche, c'est dans l'utilisation de l'équipe elle-même, qui, pour l'heure, se borne à localiser des mutants en détresse et à les tirer d'affaire ou à conseiller à la mère d'un nourrisson précocement doué de l'inscrire à l'institut Xavier. Néanmoins, le groupe est mobile et agit avec rapidité et le plus de discrétion possible (pour ne pas être hors-la-loi... Mais ce n'est pas gagné), ce qui rappelle une unité du genre "Mission : impossible". Et, plus notablement, Jean Grey veut donner à sa formation et leurs missions une légitimité politique en discourant à l'O.N.U. (non pas pour à nouveau que les mutants s'isolent sur une île mais soit considéré comme un peuple avec des droits et des devoirs dans le concert des nations).

Il en faudrait donc peu pour que Taylor n'entraîne ses héros dans une direction plus singulière, profonde et palpitante... Si tant est qu'il s'affranchisse des sauvetages et des Sentinelles, du thème de la persécution. Pour l'instant, ce n'est pas (pas encore ?) le cas, mais sa version de Jean Grey s'affirme étonnamment bien en leader naturelle, avec Nightcrawler en sage conseiller (ça fait plaisir de le retrouver aussi bien animé).

Le plaisir qu'on a à lire X-Men : Red provient aussi beaucoup des dessins de Mahmud Asrar, après sa prestation mitigée sur All-New, All-Different Avengers (écrit par Mark Waid). Il a changé de technique (pour se convertir au digital) mais sans que le dynamisme et l'expressivité de son graphisme en souffre. Revenu à un rythme mensuel, ayant pu redesigner les personnages, les maîtrisant parfaitement, il produit des pages accrocheuses, soutenues par la colorisation nuancée d'Ive Svorcina (Thor, god of thunder, Secret Wars, Empress).

Nul doute que s'il réussit à conserver, sur la durée, ce niveau, la série deviendra une des plus attractives de la gamme (là où Gold et Blue ne bénéficient pas d'artistes aussi habiles). A l'image des personnages et du titre, Asrar a tout à (re) prouver après s'être un peu perdu (alors qu'il avait très bien succédé à Immonen sur All-New X-Men de Bendis).

En somme, X-Men : Red a les défauts de ses qualités (ou l'inverse) : un bel emballage (souligné par les couvertures de Travis Charest, un autre revenant) qui n'attend que des histoires plus originales, comme une adresse à Tom Taylor pour lui dire : "Lâche-toi !"  

jeudi 8 mars 2018

CAPTAIN AMERICA #699, de Mark Waid et Chris Samnee


Le mois dernier, j'attendais cet épisode presque banalement... Et puis, entre temps, Chris Samnee a annoncé son départ de Marvel, effectif à partir du #700 le mois prochain. A ce jour, on ne connait toujours pas les raisons de son geste (sinon que son contrat n'a pas été renouvelé par Marvel). Mais, à coup sûr, il donne un relief particulier, à plus d'un titre, à ce numéro où, le monde est petit, il est question de libération et d'avenir à bâtir...


Captain America affronte Hulk qui est devenu, à cause d'un lavage de cerveau, un des gardes de King Babbington, le nouveau leader de l'Amérique, à la tête de l'organisation Rampart.


Le vengeur étoilé réussit difficilement à maîtriser le géant d'émeraude et peut converser avec Bruce Banner disposé à l'aider à renverser le pouvoir en place. Ils partent sans tarder avec Liang alors que des Radiotroops du régime approchent en ouvrant le feu sur eux.


Direction : le château du roi où Captain America et Liang s'introduisent par ses catacombes. Ils se fraient un chemin parmi les canalisations pour arriver jusqu'au générateur qui alimente le bâtiment et qu'ils comptent détruire pour semer la panique. Mais une surprise les y attend...
  

C'est, en effet, Ben Grimm qui, depuis treize ans, active le générateur, persuadé que les radiations nucléaires propagées par la bombe qui a permis l'accession au trône de Babbington a aussi obligé la population à vivre sous terre. Lorsqu'il apprend que cela est un mensonge, la Chose détruit la machine, ce qui attire les gardes de Rampart.
  

Mais cela ne suffira plus à empêcher Captain America de défier Babbington, malgré les pouvoirs psychiques dont la bombe l'a doté (en plus de l'avoir transformé en un monstre difforme). Une fois le tyran neutralisé, Steve Rogers déclare que la route sera encore longue pour rétablir une démocratie et que, pour cela, il faut un leader, désignant Liang. Mais elle et ses camarades préfèrent lui confier cette tâche...

Chris Samnee savait-il déjà qu'il allait quitter Marvel et son fidèle partenaire Mark Waid, par la même occasion, en co-écrivant avec lui cet épisode ? Le doute est bien sûr permis, mais le résultat est tout de même troublant.

Bien sûr, on notera encore une fois la brièveté et la rapidité de cet arc narratif, encore plus fulgurant que le précédent, alors qu'il y avait de quoi tirer sur la corde pendant des mois. A l'instar de Captain America, Waid et Samnee semblent ne pas vouloir laisser souffler ni les méchants de leur intrigue ni leurs lecteurs et foncer dans le tas, profiter de l'effet de surprise, résoudre la situation expéditivement.

C'est appréciable car, en vérité, en compressant si radicalement, la toile de fond de leur récit, l'immersion est immédiate. Comme The Terrifics de Lemire et Reis chez DC, il y a dans cette façon de procéder comme un retour aux sources, à la manière du "Silver Age", quand, dans les années 60, Stan Lee et Jack Kirby plantaient le décor, posaient les enjeux et solutionnaient tout en un ou deux épisodes-éclair, non pas en bombardant lecteur d'informations mais en lui imposant un dispositif qui l'empêchait de réfléchir à la crédibilité de l'ensemble. Un seul mot prévalait : l'aventure, avec un contexte dépaysant, des héros déterminés et inébranlables, une opposition a priori insurmontable, et malgré tout une issue triomphale.

Waid écrit cela avec l'art et la manière, comme revigoré, redécouvrant les mérites de la simplicité, invitant le lecteur à être son complice. Samnee l'imite en dessinant ça avec une énergie proprement incroyable, où il se paie malgré tout le luxe de glisser quelques oeillades malicieuses (le sourire de Cap quand il va péter une bombe au nez de Hulk) ou des compositions somptueuses (la planche où Liang et Cap évoluent dans les souterrains du château - voir plus haut) : on est ébloui par son encrage au feutre-pinceau, sa maîtrise géniale des à-plats noirs (qui créent un effet de fondu pour relier les différentes étapes de la progression des personnages).

Mais reste que le contenu de l'épisode peut aussi s'interpréter plus subtilement, comme une adresse discrète au lecteur. Je pense surtout à la chute de l'épisode où Captain America rappelle que rétablir la démocratie est laborieux et qu'il faut pour cela un leader digne de ce nom : or, c'est là tout ce que Waid et Samnee ont accompli pour réparer l'image du héros depuis Secret Empire (où un double l'avait remplacé pour diriger un putsch fasciste). Leur run, qui aura été finalement très bref (même en tenant compte des épisodes à venir que Waid écrira seul, avec Leonardo Romero au dessin, avant de passer la main à Ta-Nehisi Coates et Leinil Yu en Juillet prochain), se sera fait contre la saga grotesque de Nick Spencer, elle-même entamée avec le titre Captain America : Steve Rogers,  et pour redonner tout son lustre héroïque au personnage principal.

On ignore ce qui a vraiment poussé Samnee vers la sortie après dix ans passés chez Marvel, mais son départ interroge : partir ainsi au beau milieu d'un run, au début de l'année, ce n'est pas son style. Peut-être les chiffres de vente ne correspondaient pas aux attentes de l'artiste et de l'éditeur... Peut-être aussi que la rumeur insistante (et finalement confirmée) que la série lui serait retirée (au profit de Coates et Yu), sans compensation (une autre série aussi attractive), a agacé Samnee et l'a incité à jeter l'éponge... Avec un point de chute ailleurs et de meilleures conditions de travail, une relation professionnelle plus franche (probablement chez DC, ou un creator-owned chez Image).

Quoiqu'il en soit, c'est une impression de gâchis qui domine : Marvel laisse filer un grand talent, Samnee préfère lâcher l'affaire avant la fin. On profitera donc de ses dernières planches pour l'éditeur le mois prochain, mais en ayant souhaité une conclusion plus digne et en attendant de connaître où on le retrouvera (avec une pensée pour Waid, qui perd son collaborateur le plus motivant depuis Wieringo). 

HAWKEYE #16 (FINALE), de Kelly Thompson et Leonardo Romero


Après la fin de Defenders de Brian Michael Bendis et David Marquez, c'est au tour d'une autre de mes séries favorites de tirer sa révérence avec ce seizième numéro de Hawkeye par Kelly Thompson et Leonardo Romero. Ce n'est jamais gai de voir un titre, qui, depuis cinq ans, s'était imposé dans le paysage, être annulé, mais tâchons de faire ça dignement.


L'agence Hawkeye est assiégée par les sbires de Madame Masque et Eden Vale tandis qu'à l'intérieur Clint et Kate ont gardé en otage le père de cette dernière, Derek (ou plutôt son clone rajeuni et doté d'un pouvoir de persuasion vicieux par Mme Masque). Les deux archers montent sur le toit du bâtiment pour organiser leur riposte.


La bataille fait rage : Kate a raison de Lady Bullseye, Clint neutralise Swordsman et Boomerang. Une fillette, prise entre deux feux, est sauvée, obligeant les deux archers à faire face à leurs adversaires pour négocier.


Mais, il s'agit en vérité de créer une diversion : tandis que Clint est prêt à se livrer à Eden Vale, Kate ne profite pour se glisser à nouveau dans son agence pour mieux prendre à revers Mme Masque et son alliée. 

Les deux méchantes sont désarmées et la police, avec la détective Rivera, arrive enfin, appelées par les amis de Kate. Profitant une nouvelle fois de la confusion, Mme Masque se défile et rejoint le toit d'un immeuble voisin où l'attend sa commanditaire : nulle autre que la mère de Kate, ayant assisté à l'affrontement et désormais convaincue que sa fille possède des pouvoirs et recommandant à Masque de ne plus l'importuner.

A la dernière page de ce dernier épisode, la scénariste Kelly Thompson a rédigé, avec sa verve si tonique, une lettre de remerciements adressés à ses collaborateurs - les dessinateurs Leonardo Romero et Michael Walsh, la coloriste Jordie Bellaire, le cover-artist Julian Totino Tedesco (qui, j'ai omis de le citer, honte à moi, a produit de superbes illustrations tout au long de la série), l'editor Sana Amanat. Et bien entendu à tous les fans qui ont soutenu le titre depuis presque un an et demi.


Thompson avoue, humblement, avec quelle audace elle proposa le pitch de ce qui s'appelait encore Hawkeye Investigations pour succéder aux runs de Matt Fraction, David Aja et Annie Wu (multi-récompensé et à l'origine du renouveau commercial du personnage-titre), puis celui (plus bref mais non moins honorable) de Jeff Lemire et Ramon K. Pérez. Son objectif était de recentrer la série sur Kate Bishop sur un ton mélangeant l'aventure et l'humour.

Malgré des critiques élogieuses et un noyau de lecteurs attachés au projet, Marvel a donc préféré sacrifier cette série plutôt que de la relancer (et donc de lui donner un coup de projecteur bienvenu) ou de lui accorder un peu plus de publicité (la même mésaventure a été dénoncée par Kelly Sue DeConnick quand elle écrivait Captain Marvel, pour laquelle elle battait le rappel des troupes elle-même via les réseaux sociaux car l'éditeur se fichait de son travail). A côté de ça, Marvel préfère miser sur une série Lockjaw, le chien des Inhumains. 'Nuff said ! comme dirait Stan Lee...

Mais, à la fin de sa lettre, Thompson éveille un espoir pour les fans de sa Hawkeye en affirmant qu'elle et Sana Amanat ont des projets pour Kate Bishop... Dès Août prochain ! Sous quelle forme ? Avec quel dessinateur ? Mystère, mais au moins la porte n'est pas/plus complètement fermée.

Ce qui est regrettable, outre l'arrêt de Hawkeye, c'est aussi la dissolution de la collaboration entre Thompson et Leonardo Romero : il devient rarissime d'observer un duo artistique qui se trouve si bien, qui se révèle sur la même série et grandit avec elle. Ces deux-là formaient avec Waid et Samnee (sur Daredevil, Black Widow, Captain America) certainement la meilleure paire créative de Marvel. Le trait élégant et nerveux à la fois de l'italien servait admirablement, et ici encore une fois, les scripts de l'américaine, avec la contribution de la coloriste incroyable qu'est Jordie Bellaire. Romero rebondira vite puisqu'il va terminer le run de Mark Waid sur Captain America à partir du n°701 (il semble même qu'il débutera en se partageant les planches du #700 avec Samnee, dont ce sera le dernier travail pour Marvel).

La fin de cet ultime arc, Family Reunion, reste ouverte, avec la révélation (attendue, et que j'avais devinée) de la commanditaire de Mme Masque et la suggestion que Kate aurait bien des super-pouvoirs (sans qu'on sache précisément lesquels). "The End ?" conclut la dernière case, comme si, effectivement, Kelly Thompson préparait un retour, une explication, une suite.

Alors que les annonces pleuvent en ce moment sur le nouveau statu quo de Marvel, "Fresh Start", nous devrions savoir prochainement de quoi l'avenir des Hawkeye sera fait.