vendredi 9 mars 2018

X-MEN : RED #1-2, de Tom Taylor et Mahmud Asrar


La franchise "X-Men" est à l'image de Phénix : souvent annoncée comme agonisante, voire morte, perdue pour la cause, toujours renaissante. Il y a quelques années, la volonté de Marvel de mettre en avant les Inhumains avait retenti chez les fans comme un arrêt de mort pour les mutants, dont les droits d'exploitation cinématographiques appartenaient à la Fox (depuis rachetée par Disney, donc Marvel studios), mais la sauce n'a jamais prise (ni en comics ni en série télé). Aujourd'hui il y a encore toujours autant de séries "X". La dernière en date : X-Men : Red (après X-Men : Gold et Blue) avec à sa tête, justement, la plus célèbre des revenantes, Jean Grey ! Mai apporte-t-elle quelque chose de neuf ?


Jean Grey, Wolverine (Laura Kinney) et Nightcrawler sauvent une fillette, Heather, d'une population visiblement mentalement possédée et prête à l'exécuter. Ils se téléportent à Searebro, leur quartier général où les attendent leurs acolytes Gentle (mutant wakandais), Namor, Trinary (mutante indienne) et Honey Badger (version miniature de Wolverine).


Deux mois auparavant, alors tout juste revenue à la vie, Jean Grey secourut une mère dont deux voyous volèrent la voiture à bord de laquelle se trouvait son bébé - ce dernier manifestait des pouvoirs soniques prématurées et Jean conseilla à la maman de le confier aux bons soins de l'institut Xavier.


Mais ces actions ont ravivé le débat sur le contrôle des mutants dans les médias et les autorités. Jean Grey réunit alors grâce à Black Panther un collectif d'intellectuels, d'activistes, de techniciens, de scientifiques, d'artistes afin de sonder, avec leur consentement, leurs esprits pour trouver une solution à la crise.


Elle partage son idée avec Kurt Wagner qui lui recommande de réunir une équipe pour la soutenir. Puis elle prononce un discours vibrant aux Nations-Unies en faveur d'une plus grande tolérance entre humains et mutants. Seule l'ambassadrice de Grande-Bretagne émet quelques réserves. Mais l'initiative est soutenue par Atlantis et Namor, et le Wakanda de T'challa.


Une fois dehors, après la séance, Jean Grey est abordée par l'ambassadrice anglaise qui s'avère sous l'emprise mentale de quelqu'un et la provoque. En voulant l'aider, Jean paraît la tuer : la scène est filmée et oblige les forces de l'ordre à intervenir, mais Nightcrawler les téléporte, elle et Namor, qui s'est interposé. Ils ignorent que, dans l'ombre, c'est Cassandra Nova, la soeur jumelle de Charles Xavier, qui tire les ficelles...


Et on enchaîne aussi sec avec le deuxième épisode, sorti ce Mercredi.


Jean Grey et ses amis ont trouvé asile au Wakanda après la mort de l'ambassadrice britannique. C'est alors qu'un message est intercepté, envoyé par une technopathe (une mutante capable de contrôler les machines) indienne : elle a piraté quelques jours auparavant les banques de son pays afin de rétablir l'équilibre salariale entre hommes et femmes mais cela l'a conduit en prison, sur ordre de son propre père.


Jean, Laura Kinney, Honey Badger et Kurt Wagner se rendent en Inde pour l'exfiltrer et pour la trouver, ils piègent Lakshay Singh, responsable du département de défense contre les mutants. Tandis que Jean guide ses acolytes à l'intérieur d'une prison haute sécurité, la foule s'énerve devant le bâtiment.
  

Trinary, la technopathe, est libérée mais Jean est en difficulté lorsque les gardiens de la prison sont débordés et que certains émeutiers résistent à ses ordres télépathiques. 


Nightcrawler se téléporte à l'extérieur mais Jean a repris le contrôle de la situation. Trinary et Honey Badger les rejoignent tandis que Wolverine neutralise Singh qui a activé le protocole Sentinelle.


Hélas ! c'est trop tard : un des fameux robots géants chasseurs de mutants apparaît pour appréhender les intrus...

Je ne connaissais Tom Taylor, le scénariste, que de nom : il a signé la série Injustice chez DC (qui se déroule dans une continuité parallèle, avec comme postulat la prise de pouvoir sur la Terre par Superman) puis All-New Wolverine chez Marvel (avec Laura Kinney, ex-X-23, dans le rôle-titre). Aucun préjugé, ni positif ni négatif, donc au moment de lire X-Men : Red.

Pourtant, j'ai hésité avant de me lancer dans cette nouvelle lecture, et j'ignore jusqu'à quand je la suivrai. La franchise mutante se décline maintenant entre des titres solos (All-New Wolverine, Old Man Logan... En attendant l'officialisation prévisible d'une série Wolverine avec Logan, qui a ressuscité comme on l'a vu dans Marvel Legacy #1) et des team-books colorés (X-Men : Gold/Blue et donc Red). Cette dernière ligne a de quoi faire sourire (à quand X-Men : Green, Yellow, etc), même si elle a le mérite de distinguer chaque série à défaut de leur donner une identité forte et un discours original.

Justement, Red est-il un titre vraiment original ou juste un de plus (avant une refonte et les retours de nominations célèbres telles que "X-Men" et/ou "Uncanny X-Men" ?) ? Pas franchement, il faut l'avouer. On assiste dans ces deux premiers épisodes à des récits très convenus, vus et revus, tant et si bien qu'on se croirait revenu à la relance des années 70 avec Giant-Size X-Men #1 (par Len Wein, Chris Claremont, Dave Cockrum) ou même à Uncanny X-Men #1 (par Lee et Kirby) : de jeunes mutants persécutés, une population hystérique prête à les sacrifier ou à les enfermer, leur sauvetage providentielle par des X-Men, la quête par leur leader occasionnel d'un moyen de pacifier les tensions entre homo sapiens et homo superior, un méchant qui attise le feu en coulisses (sans qu'on sache encore dans quel but)...

Ce manque flagrant d'originalité dans l'approche du récit trahit bien la frilosité et la sclérose qui touchent aussi bien les auteurs et le concept des mutants, comme s'il était impossible de les animer comme des héros ordinaires, dans des aventures classiques. La métaphore sur les minorités et leur maltraitance est devenue si éculée qu'elle aboutit à une impasse où mutant égale victime (et finalement qu'importe s'ils symbolisent les noirs, les homosexuels ou toute autre forme de communauté ciblée).

Malgré tout, il y a dans l'écriture de Taylor une évidente efficacité : sa narration joue avec la chronologie des faits, nous montrant d'abord l'équipe au grand complet. Sa composition est majoritairement féminine (quatre filles pour trois mecs, mais la couverture du #3 indique que Gambit va s'y greffer) et bigarrée, avec des vétérans (Nightcrawler, Namor - dont la "mutanité" reste cependant assez récente), des recrues fraîches (Wolverine/Laura Kinney) et inédites (Gentle, Trinary, Honey Badger). Sa puissance est assez équilibrée (Jean ne semble pas toute puissante, ce qui explique qu'elle n'évolue pas sous le nom de code Phénix) et culturellement variée (avec un atlante, un wakandais, une indienne...). C'est séduisant.

Là où ça pêche, c'est dans l'utilisation de l'équipe elle-même, qui, pour l'heure, se borne à localiser des mutants en détresse et à les tirer d'affaire ou à conseiller à la mère d'un nourrisson précocement doué de l'inscrire à l'institut Xavier. Néanmoins, le groupe est mobile et agit avec rapidité et le plus de discrétion possible (pour ne pas être hors-la-loi... Mais ce n'est pas gagné), ce qui rappelle une unité du genre "Mission : impossible". Et, plus notablement, Jean Grey veut donner à sa formation et leurs missions une légitimité politique en discourant à l'O.N.U. (non pas pour à nouveau que les mutants s'isolent sur une île mais soit considéré comme un peuple avec des droits et des devoirs dans le concert des nations).

Il en faudrait donc peu pour que Taylor n'entraîne ses héros dans une direction plus singulière, profonde et palpitante... Si tant est qu'il s'affranchisse des sauvetages et des Sentinelles, du thème de la persécution. Pour l'instant, ce n'est pas (pas encore ?) le cas, mais sa version de Jean Grey s'affirme étonnamment bien en leader naturelle, avec Nightcrawler en sage conseiller (ça fait plaisir de le retrouver aussi bien animé).

Le plaisir qu'on a à lire X-Men : Red provient aussi beaucoup des dessins de Mahmud Asrar, après sa prestation mitigée sur All-New, All-Different Avengers (écrit par Mark Waid). Il a changé de technique (pour se convertir au digital) mais sans que le dynamisme et l'expressivité de son graphisme en souffre. Revenu à un rythme mensuel, ayant pu redesigner les personnages, les maîtrisant parfaitement, il produit des pages accrocheuses, soutenues par la colorisation nuancée d'Ive Svorcina (Thor, god of thunder, Secret Wars, Empress).

Nul doute que s'il réussit à conserver, sur la durée, ce niveau, la série deviendra une des plus attractives de la gamme (là où Gold et Blue ne bénéficient pas d'artistes aussi habiles). A l'image des personnages et du titre, Asrar a tout à (re) prouver après s'être un peu perdu (alors qu'il avait très bien succédé à Immonen sur All-New X-Men de Bendis).

En somme, X-Men : Red a les défauts de ses qualités (ou l'inverse) : un bel emballage (souligné par les couvertures de Travis Charest, un autre revenant) qui n'attend que des histoires plus originales, comme une adresse à Tom Taylor pour lui dire : "Lâche-toi !"  

jeudi 8 mars 2018

CAPTAIN AMERICA #699, de Mark Waid et Chris Samnee


Le mois dernier, j'attendais cet épisode presque banalement... Et puis, entre temps, Chris Samnee a annoncé son départ de Marvel, effectif à partir du #700 le mois prochain. A ce jour, on ne connait toujours pas les raisons de son geste (sinon que son contrat n'a pas été renouvelé par Marvel). Mais, à coup sûr, il donne un relief particulier, à plus d'un titre, à ce numéro où, le monde est petit, il est question de libération et d'avenir à bâtir...


Captain America affronte Hulk qui est devenu, à cause d'un lavage de cerveau, un des gardes de King Babbington, le nouveau leader de l'Amérique, à la tête de l'organisation Rampart.


Le vengeur étoilé réussit difficilement à maîtriser le géant d'émeraude et peut converser avec Bruce Banner disposé à l'aider à renverser le pouvoir en place. Ils partent sans tarder avec Liang alors que des Radiotroops du régime approchent en ouvrant le feu sur eux.


Direction : le château du roi où Captain America et Liang s'introduisent par ses catacombes. Ils se fraient un chemin parmi les canalisations pour arriver jusqu'au générateur qui alimente le bâtiment et qu'ils comptent détruire pour semer la panique. Mais une surprise les y attend...
  

C'est, en effet, Ben Grimm qui, depuis treize ans, active le générateur, persuadé que les radiations nucléaires propagées par la bombe qui a permis l'accession au trône de Babbington a aussi obligé la population à vivre sous terre. Lorsqu'il apprend que cela est un mensonge, la Chose détruit la machine, ce qui attire les gardes de Rampart.
  

Mais cela ne suffira plus à empêcher Captain America de défier Babbington, malgré les pouvoirs psychiques dont la bombe l'a doté (en plus de l'avoir transformé en un monstre difforme). Une fois le tyran neutralisé, Steve Rogers déclare que la route sera encore longue pour rétablir une démocratie et que, pour cela, il faut un leader, désignant Liang. Mais elle et ses camarades préfèrent lui confier cette tâche...

Chris Samnee savait-il déjà qu'il allait quitter Marvel et son fidèle partenaire Mark Waid, par la même occasion, en co-écrivant avec lui cet épisode ? Le doute est bien sûr permis, mais le résultat est tout de même troublant.

Bien sûr, on notera encore une fois la brièveté et la rapidité de cet arc narratif, encore plus fulgurant que le précédent, alors qu'il y avait de quoi tirer sur la corde pendant des mois. A l'instar de Captain America, Waid et Samnee semblent ne pas vouloir laisser souffler ni les méchants de leur intrigue ni leurs lecteurs et foncer dans le tas, profiter de l'effet de surprise, résoudre la situation expéditivement.

C'est appréciable car, en vérité, en compressant si radicalement, la toile de fond de leur récit, l'immersion est immédiate. Comme The Terrifics de Lemire et Reis chez DC, il y a dans cette façon de procéder comme un retour aux sources, à la manière du "Silver Age", quand, dans les années 60, Stan Lee et Jack Kirby plantaient le décor, posaient les enjeux et solutionnaient tout en un ou deux épisodes-éclair, non pas en bombardant lecteur d'informations mais en lui imposant un dispositif qui l'empêchait de réfléchir à la crédibilité de l'ensemble. Un seul mot prévalait : l'aventure, avec un contexte dépaysant, des héros déterminés et inébranlables, une opposition a priori insurmontable, et malgré tout une issue triomphale.

Waid écrit cela avec l'art et la manière, comme revigoré, redécouvrant les mérites de la simplicité, invitant le lecteur à être son complice. Samnee l'imite en dessinant ça avec une énergie proprement incroyable, où il se paie malgré tout le luxe de glisser quelques oeillades malicieuses (le sourire de Cap quand il va péter une bombe au nez de Hulk) ou des compositions somptueuses (la planche où Liang et Cap évoluent dans les souterrains du château - voir plus haut) : on est ébloui par son encrage au feutre-pinceau, sa maîtrise géniale des à-plats noirs (qui créent un effet de fondu pour relier les différentes étapes de la progression des personnages).

Mais reste que le contenu de l'épisode peut aussi s'interpréter plus subtilement, comme une adresse discrète au lecteur. Je pense surtout à la chute de l'épisode où Captain America rappelle que rétablir la démocratie est laborieux et qu'il faut pour cela un leader digne de ce nom : or, c'est là tout ce que Waid et Samnee ont accompli pour réparer l'image du héros depuis Secret Empire (où un double l'avait remplacé pour diriger un putsch fasciste). Leur run, qui aura été finalement très bref (même en tenant compte des épisodes à venir que Waid écrira seul, avec Leonardo Romero au dessin, avant de passer la main à Ta-Nehisi Coates et Leinil Yu en Juillet prochain), se sera fait contre la saga grotesque de Nick Spencer, elle-même entamée avec le titre Captain America : Steve Rogers,  et pour redonner tout son lustre héroïque au personnage principal.

On ignore ce qui a vraiment poussé Samnee vers la sortie après dix ans passés chez Marvel, mais son départ interroge : partir ainsi au beau milieu d'un run, au début de l'année, ce n'est pas son style. Peut-être les chiffres de vente ne correspondaient pas aux attentes de l'artiste et de l'éditeur... Peut-être aussi que la rumeur insistante (et finalement confirmée) que la série lui serait retirée (au profit de Coates et Yu), sans compensation (une autre série aussi attractive), a agacé Samnee et l'a incité à jeter l'éponge... Avec un point de chute ailleurs et de meilleures conditions de travail, une relation professionnelle plus franche (probablement chez DC, ou un creator-owned chez Image).

Quoiqu'il en soit, c'est une impression de gâchis qui domine : Marvel laisse filer un grand talent, Samnee préfère lâcher l'affaire avant la fin. On profitera donc de ses dernières planches pour l'éditeur le mois prochain, mais en ayant souhaité une conclusion plus digne et en attendant de connaître où on le retrouvera (avec une pensée pour Waid, qui perd son collaborateur le plus motivant depuis Wieringo). 

HAWKEYE #16 (FINALE), de Kelly Thompson et Leonardo Romero


Après la fin de Defenders de Brian Michael Bendis et David Marquez, c'est au tour d'une autre de mes séries favorites de tirer sa révérence avec ce seizième numéro de Hawkeye par Kelly Thompson et Leonardo Romero. Ce n'est jamais gai de voir un titre, qui, depuis cinq ans, s'était imposé dans le paysage, être annulé, mais tâchons de faire ça dignement.


L'agence Hawkeye est assiégée par les sbires de Madame Masque et Eden Vale tandis qu'à l'intérieur Clint et Kate ont gardé en otage le père de cette dernière, Derek (ou plutôt son clone rajeuni et doté d'un pouvoir de persuasion vicieux par Mme Masque). Les deux archers montent sur le toit du bâtiment pour organiser leur riposte.


La bataille fait rage : Kate a raison de Lady Bullseye, Clint neutralise Swordsman et Boomerang. Une fillette, prise entre deux feux, est sauvée, obligeant les deux archers à faire face à leurs adversaires pour négocier.


Mais, il s'agit en vérité de créer une diversion : tandis que Clint est prêt à se livrer à Eden Vale, Kate ne profite pour se glisser à nouveau dans son agence pour mieux prendre à revers Mme Masque et son alliée. 

Les deux méchantes sont désarmées et la police, avec la détective Rivera, arrive enfin, appelées par les amis de Kate. Profitant une nouvelle fois de la confusion, Mme Masque se défile et rejoint le toit d'un immeuble voisin où l'attend sa commanditaire : nulle autre que la mère de Kate, ayant assisté à l'affrontement et désormais convaincue que sa fille possède des pouvoirs et recommandant à Masque de ne plus l'importuner.

A la dernière page de ce dernier épisode, la scénariste Kelly Thompson a rédigé, avec sa verve si tonique, une lettre de remerciements adressés à ses collaborateurs - les dessinateurs Leonardo Romero et Michael Walsh, la coloriste Jordie Bellaire, le cover-artist Julian Totino Tedesco (qui, j'ai omis de le citer, honte à moi, a produit de superbes illustrations tout au long de la série), l'editor Sana Amanat. Et bien entendu à tous les fans qui ont soutenu le titre depuis presque un an et demi.


Thompson avoue, humblement, avec quelle audace elle proposa le pitch de ce qui s'appelait encore Hawkeye Investigations pour succéder aux runs de Matt Fraction, David Aja et Annie Wu (multi-récompensé et à l'origine du renouveau commercial du personnage-titre), puis celui (plus bref mais non moins honorable) de Jeff Lemire et Ramon K. Pérez. Son objectif était de recentrer la série sur Kate Bishop sur un ton mélangeant l'aventure et l'humour.

Malgré des critiques élogieuses et un noyau de lecteurs attachés au projet, Marvel a donc préféré sacrifier cette série plutôt que de la relancer (et donc de lui donner un coup de projecteur bienvenu) ou de lui accorder un peu plus de publicité (la même mésaventure a été dénoncée par Kelly Sue DeConnick quand elle écrivait Captain Marvel, pour laquelle elle battait le rappel des troupes elle-même via les réseaux sociaux car l'éditeur se fichait de son travail). A côté de ça, Marvel préfère miser sur une série Lockjaw, le chien des Inhumains. 'Nuff said ! comme dirait Stan Lee...

Mais, à la fin de sa lettre, Thompson éveille un espoir pour les fans de sa Hawkeye en affirmant qu'elle et Sana Amanat ont des projets pour Kate Bishop... Dès Août prochain ! Sous quelle forme ? Avec quel dessinateur ? Mystère, mais au moins la porte n'est pas/plus complètement fermée.

Ce qui est regrettable, outre l'arrêt de Hawkeye, c'est aussi la dissolution de la collaboration entre Thompson et Leonardo Romero : il devient rarissime d'observer un duo artistique qui se trouve si bien, qui se révèle sur la même série et grandit avec elle. Ces deux-là formaient avec Waid et Samnee (sur Daredevil, Black Widow, Captain America) certainement la meilleure paire créative de Marvel. Le trait élégant et nerveux à la fois de l'italien servait admirablement, et ici encore une fois, les scripts de l'américaine, avec la contribution de la coloriste incroyable qu'est Jordie Bellaire. Romero rebondira vite puisqu'il va terminer le run de Mark Waid sur Captain America à partir du n°701 (il semble même qu'il débutera en se partageant les planches du #700 avec Samnee, dont ce sera le dernier travail pour Marvel).

La fin de cet ultime arc, Family Reunion, reste ouverte, avec la révélation (attendue, et que j'avais devinée) de la commanditaire de Mme Masque et la suggestion que Kate aurait bien des super-pouvoirs (sans qu'on sache précisément lesquels). "The End ?" conclut la dernière case, comme si, effectivement, Kelly Thompson préparait un retour, une explication, une suite.

Alors que les annonces pleuvent en ce moment sur le nouveau statu quo de Marvel, "Fresh Start", nous devrions savoir prochainement de quoi l'avenir des Hawkeye sera fait. 

mardi 6 mars 2018

STARMAN, VOLUME 6 : TO REACH THE STARS, de James Robinson, Jerry Ordway, Tony Harris, Mitch Byrd, Stefano Gaudiano, Peter Krause, Gena Ha, Steve Yeowell et Gary Erskine


La préface de ce sixième tome de la série est écrite par Tony Harris, le dessinateur et co-créateur de Starman, qui indique que s'y trouvent les derniers épisodes qu'il a mis en images (même s'il continuera ensuite à produire des couvertures pour le titre). C'est aussi un tournant pour le scénariste James Robinson qui prépare pour Jack Knight un nouvel acte dans ses aventures qui se prolongera dans les deux recueils suivants.


- Annual #2 (dessiné par Mitch Byrd et, pour les flash-backs, Stefano Gaudiano, Gene Ha et Steve Yeowell.) - Sa relation en couple avec Sadie Falk oblige Jack Knight à réfléchir au risque que fait courir sur elle son activité de héros. Il en discute avec elle en relatant trois histoires où divers protecteurs d'Opal City ont dû sacrifier leur amour pour leur devoir :

- Brian Savage alias Scalphunter fut le shérif de la ville dans les années 1900 et vécut une romance avec la riche Margaret DeVere au détriment d'Annie. Mais mal en l'aise dans la haute société, et menacé par un bandit qu'il finira par exécuter, il préféra se retirer et retourner auprès de sa première maîtresse ;

- Ted Knight, son propre père, vécut une passion éphémère avec sa partenaire au sein de la Justice Society of America, Dinah Lance alias Black Canary. Mais ils se séparèrent lorsqu'un détective maître-chanteur menaça de tout révéler et pour épargner leur conjoint respectif ;

- David Knight, le frère aîné de Jack, rompit avec sa fiancée Anne la veille de sa mort pour ne pas négliger l'héritage de Starman.

Aujourd'hui, Sadie avoue à Jack que son frère était Will Patton, le prédécesseur de David en tant que Starman, et lui demande de partir à sa recherche dans l'espace.


- Crossover Starman (#39-40. Dessinés par Tony Harris) / The Power of Shazam (#35-36. Ecrits par Jerry Ordway, dessinés par Peter Krause.) - 1942. Starman et Bulletman sont envoyés par le président Roosevelt pour une mission secrète en Alaska, supervisée par Jack Weston alias Minute-Man. 

Pendant ce temps, à New York, des nazis équipés de jets dorsaux coulent le bateau "le Normandie" et l'attaque est filmée par un caméraman. Sur son film on peut voir que c'est Bulletman qui mène cette agression !


De nos jours, ce document refait surface dans les médias et Jim Barr (Bulletman) est sommé de s'expliquer. Il s'évade de la prison, dans laquelle l'a enfermé le commandant Steel, avec l'aide de sa fille Deanna et part se réfugier à Opal City chez Ted Knight. Shazam est chargé d'aller l'y chercher et, pour le distraire, Jack doit lui faire face. 

Cependant, Jim Barr et Ted Knight retournent à Fawcett City où Mary Marvel prouve l'innocence de l'ex-Bulletman. Une conférence de presse en plein air est organisée au cours de laquelle Shazam et Starman appréhendent un groupuscule nazi qui avait piéger Barr et voulait le tuer.


- Villain's redemption (#41. Dessiné par Gary Erskine.) - Jack parle à son père de son projet de voyage dans l'espace pour retrouver le frère de Sadie dans l'espoir qu'il lui trouve un vaisseau. Cependant, Matt O'Dare et the Shade éliminent tous ceux qui pourraient entacher la carrière du policier autrefois corrompu. Matt parle avec Carl Earl, the Shade tue le caïd Milo Draper. Hope, la soeur de Matt, lui pardonne ses méthodes puis the Shade est disposé à lui parler de Brian Savage/Scalphunter dont il croit que l'aîné des O'Dare est la réincarnation.
  

- Knight's past (#43. Dessiné par Tony Harris.) - Jack ouvre enfin sa nouvelle boutique et la fait visiter à Ted - celui-ci a contacté Jay Garrick qui a appelé Flash pour trouver une fusée à Jack. Ce dernier rencontre alors la Justice League of America mais l'équipe ne peut lui prêter un vaisseau sans savoir s'il sera récupérable. The Shade intervient alors et présente à Jack l'appareil ayant appartenu à Brian Savage. Durant son absence, la boutique est confiée à Sadie.


- Destiny (#45. Dessiné par Tony Harris.) - Jack confie à Jake "Bobo" Benetti le soin de veiller, avec les O'Dare et the Shade, sur Opal City. Ted équipe le vaisseau de Brian Savage d'une boîte-mère prêtée par Orion pour pister la signature énergétique de Will Patton. Mikaal Tomas (le Starman alien bleu) avoue à son amant qu'il accompagne Jack qui demande à Sadie de l'épouser à son retour. Puis c'est l'heure du départ pour Starman.

On le devine avec le résumé des huit épisodes de ce recueil, ce sixième tome marque une transition dans la série. Comme le dit Ted Knight dans le dernier chapitre, Starman rejoint les étoiles auxquels, finalement, il appartient, comme son nom l'indique.

James Robinson écrit tout cela avec un mélange de légèreté et de mélancolie comme on peut en ressentir à la veille d'un grand voyage qui vous éloigne des être aimés et qui vous entraîne dans une quête grisante mais improbable. Mais ce qui se joue ici, c'est surtout la fin d'une époque et le début d'une autre pour Jack Knight : devenu un héros digne de ce nom, assumant son rôle de protecteur d'Opal City, ayant prouvé sa valeur, s'étant attaché des alliés, il n'a plus rien à prouver sur ce plan-là. Il s'envole donc pour l'espace par amour après que Sadie lui ait avoué s'appeler en vérité Jayne Patton et que son frère était Will Patton, le Starman actif entre la retraite de Ted Knight et le bref service de David Knight. Présumé mort, elle a pourtant la conviction qu'il est encore là, quelque part, ailleurs mais loin.

Jack doit donc se débrouiller avec ça : il est d'abord stupéfait de découvrir que Sadie lui a menti et s'/l'interroge pour savoir si elle l'a séduit uniquement pour avoir son aide. Puis, une fois qu'il a la conviction que leur amour est sincère et partagé, il prépare son départ et son voyage. Il essuie plusieurs échecs avant de pouvoir partir - la Justice League refuse de lui prêter un vaisseau spatial, mais finalement the Shade va le dépanner.

Avant cela, on a droit à un crossover entre les séries Starman et The Power of Shazam. Honnêtement, on s'en serait passé, mais il semble que DC ait voulu à l'époque exploiter le succès du titre de James Robinson pour aider celui de Jerry Ordway, qui s'employait à restaurer le lustre de Shazam (dont l'éditeur ne savait trop quoi faire). L'intrigue est bien ficelée et a le mérite de ne pas s'étendre (quatre épisodes), mais la mayonnaise ne prend jamais vraiment, comme si le choc culturel était trop fort. En effet, quoi de plus incongru que d'opposer puis réunir Jack Knight, alors l'archétype du héros moderne (tout en honorant le passé des super-héros), et Shazam, le "big red cheese", créée à la même époque que Superman (dont il fut un sérieux rival commercial à l'origine, quand Fawcett en détenait les droits) et parangon du surhomme magique en collants et encapé ? Par ailleurs, si Tony Harris affiche la grande forme graphiquement, le duo Peter Krause-Dick Giordano supporte mal la comparaison avec un dessin peu dynamique, déjà vieillot.

L'Annual #2 de Starman qui ouvre le recueil est une merveille en revanche : Robinson a recours à un procédé qu'il affectionne en mettant en parallèle présent et passé, le second éclairant le premier, pour philosopher sur le sacrifice des héros amoureux. Ce dilemme moral touche de plein fouet Jack Knight et entretient ses doutes à la lumière des mésaventures traversées par Brian Savage/Scalphunter, Ted Knight et Black Canary, et David Knight. De façon subtile et touchante, le lecteur comprend avec ces trois exemples le tourment de l'actuel Starman. Les segments se déroulant dans le passé profitent de très bons artistes comme Stefano Gaudiano (qui sera plus tard, longtemps, l'encreur de Michael Lark sur Gotham Central puis Daredevil), Gene Ha (le co-créateur avec Alan Moore de Top Ten - le flash-back le plus réussi du lot - et Steve Yeowell - qui succédera éphémèrement à Harris comme dessinateur de la série).

Les épisodes 41, 43 et 45 sont autant d'étapes avant le grand saut. Le tandem Matt O'Dare et the Shade est le plus dispensable, cette idée de faire du policier la réincarnation de Scalphunter convaincant difficilement. Tony Harris livre ses deux dernières contributions ensuite avec une inspiration visuelle inégale : il est clair qu'il fatigue, ses décors sont moins fouillés (hormis pour l'intérieur de la boutique de Jack et le design du vaisseau de Brian Savage), son découpage moins inventif, mais quand il s'en donne la peine (comme lors du décollage de la fusée), il sait encore nous en mettre plein la vue. Quant à Robinson, il reste fidèle à sa pudeur exemplaire pour la scène des adieux (ou plutôt des au revoir).

Inégal dans le fond comme sur la forme, To Reach the Stars n'est cependant pas sacrifiable pour apprécier la suite des aventures de Starman, qui vont prendre un tour beaucoup plus cosmique tout en restant profondément humain. La suite dans A Starry Knight...  

lundi 5 mars 2018

CALL ME BY YOUR NAME, de Luca Guadagnino


Récompensé cette nuit par l'Oscar du meilleur scénario adapté décerné à James Ivory (qui devait initialement aussi réaliser le film), Call me by your name n'étonnera pas les familiers de l'oeuvre du cinéaste de Chambre avec vue. Après une pré-production qui a duré dix ans, c'est l'italien Luca Guadagnino qui, au départ engagé comme consultant pour les décors, s'est pourtant emparé de cette histoire tirée du roman d'André Aciman. Le résultat est superbe visuellement même si l'émotion  tarde un peu à nous saisir...

 Anelle Perlman, son mari, Oliver et Elio (Amira Casar, Michael Stuhlbarg
Armie Hammer et Thimothée Chalamet)

1983, dans le Nord de l'Italie. La famille Perlman, dont le chef de famille est un éminent professeur d'archéologie, marié à Annella, une bourgeoise, et père d'Elio, 17 ans, accueille dans sa demeure Oliver, un étudiant américain, venu chercher conseil pour la rédaction d'un article académique.

Marzia, Elio et Oliver (Esther Garrel, Thimothée Chalamet et Armie Hammer)

Pour Elio, bibliophile et musicien prodige, ce visiteur représente d'abord tout ce qu'il n'aime pas avec son exubérance et son assurance, à qui il doit céder sa chambre et qui accapare toute l'attention. Il essaie de l'éviter le plus possible avec Marzia, jeune fille amoureuse d'elle, dont une amie s'est entichée d'Oliver - contrariant encore plus l'adolescent.

Elio et Oliver

Malgré tout, Elio passe de plus en plus de temps avec Oliver et apprend lentement mais sûrement à l'apprécier. Ils accompagnent le Pr. Perlman sur un site archéologique où sont repêchées des statues de l'antiquité étonnamment bien conservées. Elio se montre de plus en plus entreprenant avec Marzia au point de perdre leur virginité ensemble.

Elio et Oliver

Lors d'une virée au bureau de poste voisin, Elio révèle à demi-mots son attirance pour Oliver qui lui répond gentiment de ne pas insister. Les jours suivants, chacun s'évite... Jusqu'à ce que, en réponse à un billet glissé sous la porte de la chambre d'Oliver, Elio trouve sur son bureau un rendez-vous de l'étudiant pour qu'ils se voient le soir-même à minuit.

Oliver

Ils font l'amour pour la première fois et continuent ainsi les jours suivants. Au lit, Oliver demande à Elio de l'appeler par son nom et lui l'appellera par le sien ("call me by your name and I call you by mine"), leur intimité physique et émotionnelle grandit. Quand Oliver s'absente ou est occupé avec le professeur Perlman, Elio se masturbe en pensant à lui. Ce faisant, il néglige Marzia sans même chercher d'excuses sérieuses à lui donner quand elle vient aux nouvelles.

Elio

La fin du séjour d'Oliver approchant, les parents d'Elio, ayant deviné leur relation, les invite à partir visiter Bergame ensemble. Ils y passent trois jours et trois nuits à s'aimer avant de se quitter. Le coeur brisé, Elio téléphone à sa mère pour qu'elle vienne le rechercher. Marzia le réconforte comme elle peut, en lui promettant de rester son amie pour la vie. Son père lui avoue avoir failli connaître un amour identique dans sa jeunesse et lui explique qu'il ne doit rien regretter mais vivre sa vie comme il l'entend.
   
Elio et Oliver

A Noël, Elio reçoit un appel d'Oliver : il va bientôt se marier bien que l'adolescent lui manque toujours autant. Il se souviendra toujours lorsqu'ils s'appelaient par le nom de l'autre. Puis Elio, bouleversé, va s'asseoir devant le feu de cheminée sans réussir à retenir ses larmes, entre joie et chagrin.

Trop de citations peuvent, sinon tuer, en tout cas écraser un film et c'est sans doute là la limite de Call me by your name - ou du moins celle de son réalisateur, qui s'est longuement épanché en interviews sur ses références.

D'abord, après Amore (2009) et A bigger splash (remake de La Piscine, en 2015), ce long métrage clôt une trilogie sur le désir. Mais comme pour l'oeuvre de Jacques Deray, Luca Guadagnino s'empare de l'histoire d'un autre que devait mettre en scène encore un autre : il se l'approprie avec talent, mais on ne peut s'empêcher de considérer l'entreprise comme un projet altéré à force de passer de main en main.

Ensuite, donc, le cinéaste a vécu les étapes d'une production difficile, étalée sur dix ans : James Ivory acquiert les droits du roman d'André Aciman dès sa sortie en 2007 pour l'adapter dans la foulée. Mais des difficultés pour boucler le budget auront raison de la volonté du metteur en scène, bien que Guadagnino avait été sollicité pour trouver le décor naturel de l'histoire (alors que, dans le livre, rien n'était précisé à ce sujet - de même, le sujet se situait en 1988, le film a lieu en 1983).

Puis, après bien de péripéties et la progression de la côte de Guadagnino, c'est à lui que revient la tâche de réaliser le long métrage. Ses relations de travail avec Ivory sur le script ont été houleuses - le californien déplorera que son collaborateur renonce à filmer les acteurs masculins frontalement nus (arguant qu'on l'impose aux femmes) et à ne suggérer que les scènes d'amour homosexuelles. 

Enfin, l'italien arrive avec, donc, des inspirations précises : il cite Bernardo Bertolucci pour la sensualité, Proust pour la chronique (bien qu'il se débarrassera de voix-off), Jean Renoir pour le naturel, Philippe Garrel en engageant sa fille Esther (un moyen de communiquer avec son confrère par personne interposée) et plus généralement le cinéma d'auteur français via Amira Casar. Tout ça fait beaucoup de monde...

Des réalisateurs qui veulent saluer leurs pairs, passés ou présents, cela ne les empêche certes pas de réussir leur coup à condition que les modèles qu'ils se choisissent ne soient pas trop écrasants. Woody Allen, par exemple, a souvent aspiré à faire à la manière de Fellini, Bergman, tout conservant son propre style, sa propre voix, car ils étaient assez forts pour ne pas se diluer. Guadagnino a plus de mal à s'affranchir de ses tuteurs, mais s'en sort avec élégance à défaut de singularité.

Formellement, en effet, Call me by your name est splendide, grâce à la photo radieuse de Samobhu Mukdeeprom : à l'image, on a droit à une Italie verdoyante, luxuriante, dont la campagne est un cadre idéal, idyllique, à la volupté des sens. Tout bourgeonne au diapason de la passion qui dévore le jeune Elio et l'apollon Oliver, qui figurent les pousses les plus mûres de cet été. La séduction complémentaire des deux acteurs principaux contribuent énormément à la sensibilité de l'histoire avec d'un côté Thimothée Chalamet, dans un rôle de tête à claques successivement agacé, intrigué et envoûté par le visiteur, et de l'autre Armie Hammer, dont la carrure athlétique (il mesure deux mètres) et le charme rétro en font un astre solaire tour à tour arrogant et troublé.

Le film se déploie sur un rythme languide, prenant son temps (131 minutes) sans ennuyer, mais sans véritable pic de tension. Tout est un peu trop égal et c'est là que pêche l'entreprise. Effectivement, par pudeur ou frilosité, la caméra de Guadagnino panote lorsque les amants s''étreignent, ou échoue tristement à saisir l'émotion qui prend à la gorge dans des moments cruciaux (la scène d'adieux est étrangement terne à force d'être trop dans la retenue). Avec un montage aussi fluide et une durée conséquente, on regrette aussi que des personnages secondaires soient sacrifiés (comme Marzia) ou n'aient au mieux qu'une grande scène (renversant Michael Stuhlbarg quand il se confie à son fils tout en lui intimant de ne rien regretter). 

Il faut attendre la toute dernière scène, sur laquelle défile le générique, un plan-séquence fixe sur le visage d'Elio dont les larmes racontent autant la peine que le souvenir euphorisant d'un amour fulgurant pour mesurer la force émotionnelle de ce qui s'est joué. Avant cela c'est trop suggéré, à peine frôlé : étrange paradoxe qu'un film sur la passion qui en manque tant.

La musique, superbe, de Sufjan Stevens (en bonne compagnie aux côtés de Bach, Satie, Ravel, Sakamoto...) exprime bien mieux l'épiphanie d'Oliver et le trop plein d'amour d'Elio. Beau film, esthétiquement parlant donc, mais un peu timoré en soi.