mardi 6 février 2018

BATGIRL, VOLUME 1 : BEYOND BURNSIDE, de Hope Larson et Rafael Albuquerque


Malgré une équipe prometteuse (Brendan Fletcher, Cameron Stewart, Babs Starr) , la série Batgirl de la période des "New 52" n'aura pas laissé de souvenirs impérissables, en se complaisant dans un portrait médiocre de l'héroïne. Le nouveau statu quo instauré par "DC Rebirth" devait donc fournir au titre une nouvelle chance et c'est à Hope Larson qu'a été confiée cette tâche. Pour attirer l'attention encore davantage, la scénariste a eu la chance de profiter du talent de Rafael Albuquerque au dessin. Pour quel résultat ?


Barbara Gordon part en vacances au Japon où elle est accueillie par son ami d'enfance, Kai Ma. Mais sa visite n'est pas totalement détachée de ses activités de justicière puisqu'elle aimerait rencontrer Chiyo Yamashiro alias Fruit Bat, aujourd'hui centenaire mais qui protégea Okinawa dans les années 40. Alors que Kai est agressé par Emiko, combattante vêtue comme une écolière, Batgirl s'interpose et reçoit le renfort de son idole également sur place. Mais les efforts déployés par la vieille dame lui cause une fatigue, nécessitant une hospitalisation - avant laquelle elle a le temps d'inviter la gothamite à trouver une certaine Professeur.


Cette péripétie trouble Barbara qui, d'une part, est rattrapée par son attirance pour Kai mais, de l'autre, s'interroge sur la raison pour laquelle il a été ainsi pris à parti. En visitant Okinawa, Batgirl découvre une école d'arts martiaux exclusivement ouverte aux femmes et Barbara s'y inscrit dans l'espoir d'y trouver une piste menant à la Professeur mentionnée par Fruit Bat. Elle finit, au bout d'une semaine, par combattre Wen, sur le bras de laquelle elle reconnait le même tatouage que portait Emiko.


Contactant son amie Frankie à Gotham, Barbara lui demande de fouiller le passé de Kai et apprend ainsi qu'il travaille avec le chercheur Neil Barry qui a mis au point une formule bio-cryptée améliorant les capacités cérébrales mais dont l'exploitation a été suspendue à cause de graves effets indésirables. Lorsqu'elle questionne Kai à ce sujet, il se défile et elle préfère alors prendre ses distances. Barbara se rend à Séoul où se trouve le siège en construction de l'entreprise de Barry. En visitant l'immeuble en chantier, Batgirl est surprise par Joon-ki et Wen qui lui révèlent que leur Professeur s'occupe pendant ce temps de Kai.


En effet, à Singapour, la Professeur malmène le jeune homme et lui fait un prélèvement sanguin après l'avoir assommé. A Séoul, Batgirl maîtrise Wen et Joon-ki puis Barbara prend l'avion pour rentrer au Japon. Mais elle surprend au chevet de son ami un homme d'affaires louche convoitant lui aussi une mystérieuse formule. Batgirl retourne chez Kai où elle découvre la Professeur fouillant les effets personnels du jeune homme. Les deux jeunes femmes engagent le combat jusqu'à ce que la Professeur s'injecte la formule prélevée sur Kai et qui lui permet d'anticiper tous les coups de son adversaire.


Mais les effets secondaires de cette potion ne tardent pas à se manifester et permettent à Batgirl de prendre l'avantage sur la Professeur. Elle est livrée à la police avec son commanditaire, l'homme d'affaires venu au chevet de Kai. Puis Emiko, Wen et Joon-ki sont confiés par Batgirl à Fruit Bat, qui se chargera de les guider dans le droit chemin. Barbara quitte Kai en lui faisant promettre de ne plus jouer les "mules" pour des scientifiques dangereux en affaires avec la mafia.
  

Epilogue : Barbara découvre dans l'avion qui la ramène à Gotham la présence de Pamela Isley alias Poison Ivy lorsqu'une odeur nauséabonde envahit l'appareil. Batgirl se glisse dans la soute où se trouve la cause de cette puanteur, une plante rare et ancienne que Poison Ivy compte exploiter à Gotham. Mais le végétal, à cause de l'altitude et des turbulences de l'avion, se met à croître et devient agressif. Les deux ennemies sont obligées de s'allier pour l'empêcher de provoquer un crash. Une fois à Gotham, Poison Ivy sème Barbara qui retrouve Frankie mais ne remarque pas qu'un certain Ethan Cobblepot débarque aussi...

Batgirl est sans doute le membre le plus attachant de toute la Bat-family, et Barbara Gordon a connu un destin mémorable quand Alan Moore et Brian Bolland la mirent en scène dans le grand classique The Killing Joke où le Joker l'estropiait et la rendait paraplégique. Cette histoire fit en définitive beaucoup plus pour la popularité de la jeune femme que toutes ses aventures costumées puisqu'elle se reconvertit en une héroïne iconique sous le nom d'Oracle, sorte de super-informatrice de la communauté super-héroïque et vedette de la série Birds of Prey.

Au gré des reboots ensuite, la condition physique et le statut de "Babs" changea au point que durant la période des "New 52" elle recouvrit ses moyens et reprit son surnom et son habit de Batgirl, d'abord dans une série écrite par Gail Simone (déjà auteur de Birds of Prey) puis du trio Brendan Fletcher-Cameron Stewart-Babs Starr (dans des récits d'abord très noirs puis beaucoup plus légers). Ce retour provoqua une vive polémique, d'autant que le rétablissement miracle de l'héroïne ne fut jamais clairement expliqué. Ajoutez-y des intrigues peu inspirées et vous mesurerez la difficulté qui attendait Hope Larson pour restaurer Batgirl à l'heure de "Rebirth".

On pense beaucoup en lisant ce premier arc à ce qu'a accompli Kelly Thompson chez Marvel avec la série Hawkeye où Kate Bishop a la vedette. D'abord parce que Larson a concentré ses efforts sur la caractérisation et l'action : son histoire place Barbara Gordon au centre, Batgirl n'intervenant que lorsque cela est nécessaire ; et ensuite les cinq épisodes de l'arc narratif principal (sans compter l'épilogue, qui est à part) se distinguent par leur tonus.

Avoir procuré à la scénariste un artiste remarquable et attractif comme Rafael Albuquerque est un atout indéniable sur plusieurs plans : d'abord parce que son nom, associé à des succès comme la série American Vampire (créée et écrite par Scott Snyder), donne une visibilité immédiate à cette relance mais aussi, surtout, parce que le style de l'artiste colle parfaitement à celui du récit.

Pourtant, reconnaissons que le dessinateur de Huck (écrit par Mark Millar) ne force guère son talent : il est évident qu'il a accepté ce job comme une commande (avant de retrouver Snyder sur un arc de All-Star Batman) et, sans l'accuser d'avoir bâclé l'ouvrage, il ne donne jamais l'impression de s'être dépensé spécialement pour lui. Dans les scènes les plus énergiques, son découpage et son sens de la composition offrent des enchaînements de plans très efficaces, soulignés par les couleurs vives de Dave McCaig. En revanche, pour les moments plus calmes, il se repose plus sur son aisance à rendre expressif les personnages qu'à peaufiner les décors (on ne compte plus le nombre de cases où les arrières-plans sont à peine suggérés, sans aucun effort concernant le mobilier, la situation des lieux, etc). C'est dommage quand on voit, par ailleurs, une pleine page en contre-plongée où Batgirl, à Séoul, découvre le chantier de l'immeuble de la société de Neil Barry avec une grue et un échafaudage détaillés.

Heureusement, Albuquerque conserve le design du costume de l'héroïne telle que l'a réinventé, avec génie, Cameron Stewart, plus inspiré en cela que lorsqu'il s'agit de trouver un look aux divers adversaires qu'affronte Batgirl (d'Emiko la lolita à Wen ou Joon-ki). Dommage aussi que Hope Larson n'ait pas davantage développé le personnage de Fruit Bat, cette épatante mémé centenaire, au profit d'une romance dispensable entre "Babs" et Kai Ma.

Le dernier épisode de ce premier tome est détaché de ceux qui le précèdent : il s'agit d'un huis clos mouvementé dans un avion avec Poison Ivy en guest star. Bizarrement, cet épilogue est une réussite totale sur le plan scénaristique et graphique, comme si Larson et Albuquerque étaient galvanisés par ce pari. C'est à la fois drôle, épique, spectaculaire, et rapide : les situations s'enchaînent avec un sens de la comédie merveilleux et un traitement visuel ébouriffant (voir la page de l'avion en chute libre).

Si tout n'est donc pas encore parfait (tout comme le Hawkeye de Thompson démarrait gentiment), le retour de Batgirl est prometteur. La suite, annoncée avec le fils du Pingouin (dont on n'avait jamais entendu parler, et pour cause, c'est une création) et l'arrivée d'un nouvel artiste (Chris Wildgoose, très prometteur), dira si Hope Larson a vraiment quelque chose de durablement neuf à offrir.   

lundi 5 février 2018

THE END OF THE F***ING WORLD (Saison 1) (Netflix)


Il m'aura donc fallu deux semaines avant de me décider à écrire un article au sujet de cette curiosité qu'est l'adaptation télévisée du roman graphique de Charles S. Foreman, The End of the F***ing World, produite et diffusée sur Netflix mais tournée en Angleterre. Après avoir vu les huit épisodes de cette première saison (une deuxième serait souhaitée par son auteur, mais rien n'est officiel), j'étais trop déconcerté pour les analyser. Voyons donc ce que je peux à présent vous en dire.

 Alyssa et James (Jessica Barden et Alex Lawther)

James, 17 ans, a assisté à l'âge de 6 ans au suicide de sa mère et depuis il ne ressent plus rien. Pour éprouver encore quelque chose, il s'est mis à tuer des animaux et maintenant il songe à supprimer une personne. A l'école, il fait la connaissance d'Alyssa, adolescente rebelle et effrontée, dont il feint d'être amoureux pour en faire sa victime. Victime de son beau-père qui abuse sexuellement d'elle et de sa mère, qui ferme les yeux sur la situation, elle convainc James de s'enfuir en volant la voiture de Phil, le père du garçon.

Alyssa et James

Après avoir percuté un arbre, la voiture est inutilisable et les deux adolescents poursuivent leur périple à pieds. Ils sont pris en stop par Martin qui les invite à dîner dans un restaurant. Lorsqu'il accompagne James aux toilettes, Alyssa surprend leur bon samaritain en train de pratiquer des attouchements sexuels sur son ami et elle menace de le dénoncer à la police s'il ne lui remet pas son portefeuille. Avec cet argent, ils louent une chambre dans un motel et James accepte la proposition d'Alyssa de partir chez le père biologique de la jeune fille, Leslie.

Le meurtre

Préférant éviter le train ou le bus par crainte d'être identifiés car elle se doute que leurs parents ont signalé leur fugue, Alyssa entraîne James dans une longue marche à travers champs. Ils s'arrêtent aux abords d'une luxueuse villa visiblement abandonnée où ils pénètrent par effraction. Il s'agit du domicile d'un écrivain, Clive Koch, dont James découvre les macabres clichés de femmes qu'il a manifestement assassinées. L'intéressé rentre chez lui et surprend dans son lit Alyssa qui se réveille et qu'il tente alors de violer. James l'en empêche en l'égorgeant avec le couteau de chasse qu'il a toujours sur lui, cadeau de son père.

Recherchés

Après avoir nettoyé la scène de crime et disposé les photos de ses victimes autour de son cadavre, James et Alyssa repartent au volant de la voiture de Koch. La mère de l'écrivain découvre son corps et détruit les clichés compromettant avant d'alerter la police. Deux femmes, les agents Eunice Noon et Teri Derago, sont chargé de l'affaire et interrogent le voisinage : un jeune homme, Topher, à qui Alyssa avait parlé et fait des avances, leur fournit un signalement de cette dernière et de James contre lesquels est lancé un avis de recherche pour meurtre.

Les officiers de police Teri Derago et Eunice Noon (Wunmi Mosaku et Gemma Whelan)

Le crime hante Alyssa qui avoue son trouble à James dans un café où ils se sont arrêtés en route. Ils décident de se séparer. Pendant ce temps, l'agent Noon découvre en fouillant dans le passé de Koch plusieurs plaintes concernant du harcèlement sexuel et des soupçons relatifs à la disparition de plusieurs femmes. En soumettant ces infos à Derago, Noon pense que James et Alyssa ont pu tuer Koch en état de légitime défense mais sa collègue estime qu'elles ont affaire à des tueurs précoces. Cependant, James se présente à un poste de police, prêt à passer aux aveux avant de se rétracter et de parler à un agent du suicide de sa mère et de se carapater. De son côté, après avoir été prise en train de voler des sous-vêtements dans un magasin, Alyssa est relâchée par le vigile à qui elle a prêté main forte en retrouvant l'enfant d'un client. Elle retourne au café où l'attend James avec lequel elle reprend la route.

James et Leslie Foley (Alex Lawther et Barry Ward)

Les deux adolescents arrivent enfin chez Leslie, le père d'Alyssa, un hippie qui vit dans un mobile home sur la côte et deale de la drogue pour gagner sa vie. Heureux de leur procurer un refuge bien qu'ignorant tout de leur aventure, il les invite à passer la soirée dans un bar pour fêter leur rencontre. Noon et Derago convoquent et interrogent les parents des deux fugitifs et Gwen, la mère d'Alyssa, estime que sa fille a pu vouloir rejoindre son père. Le soir, au bar, l'ambiance se tend quand Leslie présente sa fille à sa maîtresse qui, vexée, avouera ensuite à Noon et Derago, venues la questionner où il habite et qui il héberge. 

Prendre le large

Cette nuit-là, tandis que les deux agents de police préparent l'arrestation pour le lendemain matin, James et Alyssa font l'amour sur la plage tandis que Leslie, dans son mobile home, découvre à la télé l'avis de recherche les concernant et la récompense offerte pour leur dénonciation aux autorités. A l'aube, James propose à Alyssa de poursuivre leur cavale en quittant le pays à bord du bateau de Leslie. Mais pour le démarrer, ils ont besoin de la clé de contact...

Fin de la cavale ?

La police encercle la plage pendant qu'Alyssa tente de soutirer la clé à son père qui gagne du temps pour les retenir, elle et James. Découvrant qu'il les a trahis, le garçon entraîne son amie dehors. Noon arrête Alyssa. James continue à courir. Un coup de feu éclate...

Tout, je dis bien TOUT, est inattendu dans cette série. Tant et si bien qu'on ne sait jamais sur quel pied danser, comment réagir à telle ou telle situation, que penser des protagonistes. Et cette sensation ne vous quitte pas durant les huit épisodes dont le dénouement apparemment tragique et inéluctable est très habilement escamotée par un fondu au noir qu'on peut interpréter par un sort funeste pour l'un des deux héros - et donc la fin de l'aventure - ou une issue moins tragique - qui laisse ouverte la porte à une deuxième saison, explorant les suites de leur périple maintenant qu'ils ont été appréhendés.

Adapté par Charles Cowell, le roman graphique de Charles S. Foreman possédait déjà ce mélange étonnant d'humour noir et de macabre, avec un dessin non réaliste qui en soulignait l'absurdité et la cruauté. Au début de l'histoire, on redoute presque d'avoir atterri dans une histoire à la Ken Loach avec un pesant discours social sur la morosité adolescente et la classe populaire anglaise. Très vite, on se rend compte qu'il n'en est rien - et on en est soulagé... Mais pour mieux glisser dans une zone beaucoup plus trouble, perturbante.

La narration fait alterner les voix-off de James, garçon traumatisé par le suicide de sa mère au point de ne plus rien ressentir depuis et qui, d'auto-mutilation (il se brûle intentionnellement une main dans une friteuse) en exécutions d'animaux, cherche à éprouver un frisson qui le fera se sentir à nouveau vivant ; et d'Alyssa, fille à la langue bien pendue mais qui dissimule derrière ce bagout les séquelles des abus de son beau-père et de l'indifférence de sa mère. Le format, compact (20 minutes l'épisode), ne permet pas au téléspectateur de respirer : le malaise, persistant, intense, s'installe.

Et pourtant on rit. Nerveusement d'abord, quand James parle de son obsession à tuer Alyssa en feignant d'être séduite par elle, puis franchement, de manière décomplexée, quand les deux ados prennent la tangente, sans but précis d'abord, mais avec le suspense atrocement drôle de savoir si lui va passer à l'acte en acceptant de voler la voiture de son père pour une improbable fugue.

Le récit bascule complètement, sans retour, quand Clive Koch est assassiné dans des circonstances telles qu'on est soulagé pour Alyssa tout en étant sidéré par la sauvagerie de James. L'audace du show est alors de développer, sans détour, les conséquences d'un tel acte sur le couple. Il ne s'agit plus alors de la simple échappée de deux jeunes mais d'une cavale sur laquelle pèse une forme de fatalité, n'invitant pas à l'optimisme quant à son terme.

Les épisodes suivants sont de fait moins légers, bien que le tandem d'enquêtrices offre des scènes cocasses (elles ont couché ensemble après avoir pris une cuite et l'une est aussi embarrassée que l'autre est ravie de l'expérience : Wunmi Mosaku et Gemma Whelan sont irrésistibles). Le pathétique attend les deux héros avec le père d'Alyssa, irresponsable et lâche. La tendresse s'invite aussi quand James et Alyssa s'unissent enfin sur la plage.

Pour incarner de tels personnages et exprimer de telles émotions, il fallait à la production deux interprètes exceptionnels et avoir déniché Alex Lawther et Jessica Barden est une chance miraculeuse. Ils jouent cette partition avec une justesse déconcertante, véritables équilibristes sur la corde raide sans jamais tomber dans le cabotinage - au contraire, la sobriété et la force de leurs compositions maintiennent le culot du récit et suscitent même l'attachement du public. Malgré ce qu'ils subissent et commettent, on n'a pas envie qu'il leur arrive malheur - un exploit que de nous faire aimer un garçon fantasmant sur le meurtre de sa partenaire et une fille ne reculant devant rien pour être odieuse.

The End of the F***ing World : un sacré tour de force (pour rester poli).  

samedi 3 février 2018

MYSTIK U : BOOK TWO, de Alisa Kwitney et Mike Norton


Après un premier épisode très réussi, Mystik U revient pour un nouveau tour (de magie) et plus de 40 pages enthousiasmantes, toujours écrites par Alisa Kwitney et dessinées par Mike Norton. Va-t-on en savoir plus sur l'élève de cette école qui pourrait en causer la perte ? Zatanna est-elle la coupable ? Et où est passé son père, Giovanni Zatara ? 


Rose Psychic continue d'être hantée par des cauchemars sur la destruction de l'université mais persiste à vouloir l'éviter sans user de la force ni incriminer Zatanna qu'elle pense innocente. Pourtant, depuis son admission dans l'établissement, la jeune magicienne éprouve les pires difficultés à progresser et entretient des relations difficiles avec certains de ses enseignants les plus intransigeants comme Mr. E ou le Dr. Occult.


Lors du cours de dernier, elle doit avec ses camarades - Sargon, June Moon, Pia et Sebastian Faust - invoquer un esprit élémentaire et ne réussit qu'à faire apparaître une entité malveillante et puissante que doit refouler le Dr. Occult sans parvenir à l'identifier.


La situation est donc tendue mais atteint un nouveau pic lorsque Zatanna reçoit une invitation pour participer à une soirée organisée par la sororité de la Maison de Thriae. Elle persuade néanmoins ses amis à l'accompagner alors qu'ils avaient prévu d'assister à un concert de rock dans les sous-sols de l'école.


Melissa, l'aînée de la sororité, manifeste un intérêt aussi vif que suspect envers Zatanna et redouble d'efforts pour la convaincre d'intégrer son club, ce qui déplaît à Pia. Celle-ci enjoint la jeune magicienne à se méfier car de telles manoeuvres suggèrent qu'on attend quelque chose de précis et d'important en retour de sa part.


Mais Zatanna interprète les préventions de Pia comme de la jalousie et considère la perspective d'intégrer une sororité comme un moyen de mieux s'intégrer. Grisée après bu de la liqueur de Rakmelion, elle avoue à Sebastian Faust son attirance pour lui, sachant qu'elle ne le laisse pas indifférent. Mais il préfère la repousser, craignant de la blesser à cause des pouvoirs maléfiques qu'il a hérités de son père, le sorcier Felix Faust.


Excédée, Zatanna devient de moins en moins assidue en cours, provoquant la consternation de ses professeurs mais aussi de ses camarades. Un soir, de guerre lasse, elle demande l'asile à la Maison de Thriae et Melissa l'accueille à condition d'être immédiatement soumise à un rituel d'initiation. Zatanna comprend qu'elle est piégée et lance un sort pour être secourue.


Sebastian reçoit cet appel à l'aide et prévient June, Sargon et Pia. Plop les suit jusqu'au repaire de la sororité où le groupe combat Melissa et ses complices. Avec Zatanna, pour s'assurer la victoire, ils invoquent l'esprit élémentaire qui s'était manifesté durant le cours du Dr. Occult.


De retour à leurs quartiers, Sargon, repoussé par l'Enchanteresse (qui en voulait plus après son rubis qu'après lui), se réconcilie avec June Moon. Pia réconforte Plop après s'être rabibochée avec Zatanna qui s'en va remercier Sebastian. Ils échangent alors un baiser mais la jeune femme perd connaissance et le jeune sorcier craint de l'avoir tuée !

J'avais oublié en débutant la lecture de ce deuxième Livre que la série était publiée dans un format "Prestige", donc comptant plus du double de pages qu'un comic-book habituel. Mais il n'est pas question ici de pointer des longueurs dommageables : au contraire, la densité du récit et la fluidité de sa narration sont d'une efficacité jamais prise en défaut.

Alisa Kwitney fait une nouvelle fois référence à la "Malevolence" qui menace l'université Mystik mais de manière plus rapide que dans le précédent numéro. Il s'agit juste de rappeler le danger qui guette le décor de l'histoire et les tensions que cela provoque au sein du corps professoral dont la majorité des enseignants pensent que Zatanna est l'élève qui causera la perte de l'établissement alors que la directrice, Rose Psychic, est d'un autre avis - ou du moins, entend régler le problème de manière moins radicale que ses collègues.

La scénariste a d'autres éléments à développer et prouve qu'elle a un plan bien fourni pour alimenter en péripéties le séjour de Zatanna dans cette école. On s'amuse d'abord de (re)découvrir celle qui deviendra une des magiciennes les plus puissantes en train d'apprendre laborieusement ses gammes en compagnie d'enseignants peu tolérants (et même franchement inquiétants comme le montre une vision de Rose Psychic avec Mr. E). L'héroïne en convient elle-même : elle n'est pas douée et mesure ses lacunes, toute sa jeunesse passée aux côtés de son père, Giovanni, en qualité d'assistante, ne lui a pas permis de se perfectionner. Mais ses échecs lui pèsent et ce n'est pas du côté de Sebastian Faust, dont l'attitude faussement indifférente la séduise, qu'elle trouvera du réconfort.

Zatanna entrevoit dans la possibilité d'intégrer une sororité un moyen d'être consolée : cette tradition très anglo-saxonne et présente dans les facultés se base sur des rassemblements d'étudiantes dans un bâtiment où elles vivent en communauté. La solidarité qu'elles affichent entre elles repose sur des codes stricts à respecter, souvent discriminatoires (ces jeunes femmes sont issues de milieux favorisés). Ne pas y appartenir signifie donc d'être mis au ban d'une certaine élite.

Le lecteur devine rapidement, comme Pia, que la Maison de Thriae représente davantage un danger qu'une opportunité. Alisa Kwitney a des Lettres puisque Thriae (ou Thriai) renvoie au nom de nymphes, trois soeurs vierges appartenant à une des nombreuses triades dans la mythologie grecques. Elles sont effectivement représentées par trois jeunes femmes au charme envoûtant, vêtues comme des créatures d'un autre temps, menées par Melissa, dont les manières doucereuses trahissent son comportement trouble. La fête qu'elle organise et à laquelle Zatanna se rend sur leur invitation ressemble à une orgie où les esprits s'échauffent grâce à une mystérieuse liqueur, le Rakmelion.

Le récit engage alors Zatanna sur une pente glissante mais révèle in extremis le piège effectif qu'avait pressenti Pia, qui aboutira à une bataille express mais spectaculaire. En outre, cette menace a permis d'éprouver les sentiments des protagonistes, de l'attirance (réciproque) de Zatanna et Sebastian ou de Sargon pour June, en passant par le changement de look (à peine plus avenant) de Plop. La chute de l'épisode est un cliffhanger accrocheur et dramatique (même si son issue, dans le prochaine Livre, est prévisible).

Visuellement, Mike Norton poursuit sur la lancée de sa formidable prestation : son style est solide et complet et il a manifestement eu le temps de produire ses planches avec de l'avance car on note le soin apporté non seulement à la représentation des personnages, expressifs, vêtus de façon éloquente (leur look est naturel tout en possédant une légère excentricité propre à celles qu'on imagine chez des apprentis magiciens), mais aussi aux décors.

Les extérieurs permettent de concevoir l'université comme un site bien entretenu mais avec un passé ancien, une demeure fastueuse et spacieuse, avec ses bâtiments et ses parcs. La taille du domaine traduit parfaitement l'importance du lieu, qui n'est ni plus ni moins qu'une place forte du mysticisme mais aussi un centre de formation, un véritable campus. Les intérieurs sont encore plus impressionnants comme en témoigne la séquence de la réception donnée par la sororité : Norton dessine un grand salon avec un ameublement chic, très détaillé, et des décorations évoquant les habitats antiques avec des draperies, des boiseries, des bas reliefs. Il en profite pour composer des plans à la figuration importante mais où chaque personnage, majeur ou mineur, est admirablement situé, de façon à ce que la lecture soit agréable, jamais saturé par le foisonnement de l'image.

Tout cela est mis en valeur par la colorisation de Jordie Bellaire, qui sait donner à chaque scène une ambiance propre grâce à une palette subtile. Les manifestations magiques sont ainsi soulignées par des teintes plus vives et des couleurs marquantes (comme le vert) alors que les moments plus ordinaires sont traités sobrement de manière à ne pas distraire l'attention.

C'est vraiment une production impeccable. On peut, si on veut chipoter, lui reprocher un petit manque de folie, eut égard au contexte, mais l'histoire s'inscrit jusqu'à présent davantage dans le domaine du récit d'initiation que de l'aventure. L'ouvrage est en tout cas bien dirigé et devrait logiquement servir de tremplin à une série dédiée à Zatanna adulte dans un proche avenir vu le souci avec lequel le personnage est réintroduit ici ou là (la magicienne est aussi apparue dans un arc récent de Detective Comics).   

vendredi 2 février 2018

BRIAN MICHAEL BENDIS & DC COMICS NEWS

Portrait de Brian Michael Bendis par Mike Avon Oeming

On en sait plus, depuis hier, sur les premiers projets de Brian Michael Bendis chez DC Comics grâce aux annonces officielles de l'intéressé et de l'editor-in-chief Dan Didio. Alors que Marvel publie actuellement et jusqu'en Mai les derniers épisodes des séries dont il avait la responsabilité (Defenders, Invincible Iron Man, Spider-Man : Miles Morales), et que l'auteur recouvre la santé après avoir failli perdre la vue suite à une infection, les fans commencent eux aussi à y voir plus clair sur l'avenir du transfert retentissant de la fin 2017.  

Les couvertures connectées des quatre premiers épisodes de Man of Steel
(dessins de Ivan Reis)

Comme la rumeur le disait, Bendis va bien s'occuper de Superman. Pour commencer, il écrira un segment d'Action Comics #1000, en Mars, dessiné par Jim Lee. Puis, à partir de Mai, il débutera par une mini-série en six numéros hebdomadaire intitulée Man of Steel, mis en images par Ivan Reis, Evan Shaner, Ryan Sook, Kevin MaguireAdam Hughes et Jason Fabok : le casting artistique a de quoi allécher n'importe qui. Cette production sera publiée à partir du 30 Mai.
La version encrée par Joe Prado des 4 couvertures de Man of Steel.

Avant cela, le 2 Mai, paraîtra DC Nation #0, un magazine contenant des extraits de plusieurs nouvelles séries, dont le prélude à Man of Steel, où Bendis sera soutenu au dessin par José-Luis Garcia-Lopez, une autre légende.

Au terme de la mini-série hebdomadaire suscitée, Bendis rédigera les scripts des deux séries consacrées au Kryptonien :

Superman, avec Ivan Reis au dessin, qui se concentrera sur les exploits du héros, et repartira du numéro 1 ;

Action Comics, à partir du numéro 1001, avec Patrick Gleason comme artiste, qui s'intéressera davantage à Clark Kent, son activité de reporter au "Daily Planet", et la vie de Metropolis. Les deux projets devraient être mensuels et démarrer courant Juin, à la suite de Man of Steel.

L'autre grande annonce concerne les creator-owned du scénariste sous le label "Jinxworld", auparavant publié par Marvel, et qui seront désormais hébergés par DC Comics (avec des rééditions pour commencer - comme Jinx et Torso - et la fin des parutions de titres en suspens - comme Scarlet, United States of Murder, Powers).

Pas encore officialisées, mais ça ne saurait tarder : Scott Snyder, auteur-vedette de DC, a annoncé avoir de grands projets avec Bendis (une prochaine saga globale écrite à quatre mains ?). 

Et ce dernier a visiblement des vues sur Batman : sur son blog Tumblr, en réponse à un fan évoquant un crossover Batman/Daredevil jamais concrétisé, l'auteur a répondu qu'il allait développer une histoire avec le Dark Knight qui serait l'équivalent de son run avec l'homme sans peur. Dans quel cadre ?
Pas en prenant la place de Tom King (intouchable vu le succès de ses épisodes, et qui a un plan pour cent numéros).
Peut-être en reprenant Detective Comics, si James Tynion IV venait à quitter le titre (il est pressenti pour une série Justice League of America, tandis que Scott Snyder va reprendre Justice League).
Plus sûrement avec une relance de The Brave and The Bold (toujours sur son Tumblr, Bendis poste régulièrement des images de ce titre mythique, et le site CBR a parlé d'un récit associant Batman à Plastic Man) ?
Il paraît en tout cas impensable que Bendis, qui a toujours affectionné les héros urbains, oeuvrant dans la rue, n'ait pas un projet en ce sens.

A suivre donc. Mais les premiers plats inscrits sur la carte sont déjà sacrément appétissants.

DEFENDERS #9, de Brian Michael Bendis et David Marquez


Pénultième numéro de la série (même s'il se dit déjà que Marvel la relancera dans quelques mois avec une nouvelle équipe artistique), ce quatrième chapitre de l'arc Kingpins of New York de Defenders renoue avec l'action et augure d'un dénouement spectaculaire mais néanmoins purement à l'image de son scénariste... 

(David Marquez embarque Brian Bendis et Justin Ponsor une prévenue :
un running gag de la part du scénariste qui a, durant ses 17 ans chez Marvel,
souvent écrit des scènes dans les commissariats où ses artistes le représentaient...)

Jessica Jones supplie Misty Knight de la laisser parler en privé avec le Punisher et elle y consent après qu'une junkie ait succombé à une overdose de la drogue de Diamondback dans le hall du commissariat. Face à Frank Castle, la détective privée lui demande de lui révéler qui couvre les arrières de Willis Stryker. 


Les Defenders au complet coupent la route à Diamondback sur le point de quitter New York. Mais le malfrat a prévu cette éventualité et peut compter sur ses nouveaux gardes du corps, Titania, Moonstone et le Fixer.


Une bagarre éclate entre les deux groupes à laquelle assiste, tapi dans une ruelle voisine, Hammerhead, ressuscité par the Hood. Les justiciers prennent l'avantage contre leurs adversaires mais Diamondback, pour se débarrasser de Luke Cage, se gave de ses pilules qui lui donnent pour quelques instants une force herculéenne.


C'est alors que Black Cat intervient et tire avec une mitraillette lourde sur Willis Stryker. Cela ne le tue pas mais l'assomme. Hammerhead est sidéré de voir que Felicia Hardy est toujours vivante après avoir été hospitalisée, suite aux blessures par balles que lui avait infligée son ennemi.


Titania, Moonstone et le Fixer sont neutralisés tandis que Black Cat négocie une alliance avec Cage : elle n'est pas venue seule puisque les Filles du Dragon (Misty Knight et Colleen Wing), White Tiger, Echo, et Spider Woman apparaissent alors, prêtes à régler cette guerre des caïds. Mais Hammerhead sort de l'ombre pour les mettre en garde contre the Hood et ses pouvoirs qui en font le véritable homme à abattre...

Comme l'épisode 7 avec Deadpool en guest-star, la couverture de ce numéro trompe le lecteur sur la présence effective de son casting de choc : toutes les super-nanas posant derrière Jessica Jones n'apparaissent qu'à la dernière page - une ruse qui amusera les fans de Brian Michael Bendis (car ils savent qu'avec lui, rien ne se joue comme prévu) et agacera ses détracteurs (qui lui reprocheront justement de promettre beaucoup par malice).

On ne va pas refaire le monde et on ne refera pas le scénariste : c'est ainsi, il clivera toujours - et ça ne changera pas avec son transfert chez DC Comics et l'annonce de ses premières séries (il va s'occuper des titres Superman et Action Comics, en remplaçant Peter J. Tomasi et Dan Jurgens... En attendant certainement un projet lié à Batman), qui ont déclenché des réactions toujours aussi passionnées.

Je me contenterai de dire, comme je l'ai souvent fait avec lui, que pour apprécier Defenders (comme nombre de ses précédentes productions), il faut accepter que l'auteur ait établi ses propres règles, et plus largement qu'il n'existe pas une seule manière d'animer des personnages et de construire une histoire. On peut reprocher ceci ou cela à Bendis, mais pas d'avoir sa voix, un style identifiables. Libre à chacun ensuite de le lire, mais en se retenant ensuite d'être étonné ou outré.

Filant à une allure folle, comme la majorité des chapitres depuis le début de la série, cet épisode doit son rythme au choix fait de miser sur l'action : une nouvelle baston spectaculaire oppose les Defenders à Diamondback, et on comprend facilement comment Jessica Jones, Iron Fist, Daredevil et Luke Cage prennent le dessus sur des adversaires pourtant supérieurs en puissance comme Titania, Moonstone et le Fixer, compensant par la ruse et la complémentarité l'inégalité des pouvoirs en place.

David Marquez est, on le sait, très à l'aise dans ce registre et il le prouve une nouvelle fois en découpant ce combat central, sur plusieurs pages, de manière très dynamique et fluide à la fois. L'impact des coups, la diversité des angles de vue, l'énergie déployée, la tension palpable entre les deux parties sont parfaitement illustrés grâce à des astuces simples, importés ici du manga (avec l'usage de traits de vitesse), ici du comics pur (la succession d'attaques soulignée par un effet de travelling avant quand Cage s'acharne sur Diamondback), et même un clin d'oeil au western (avec l'apparition de Black Cat et son énorme mitraillette - digne de celles que Sienkiewicz mettait entre les mains d'Elektra).

Cependant, le dessinateur néglige un peu les décors, peut-être par choix (pour focaliser l'attention du lecteur sur la bataille plus que sur la zone de combat, quelconque en vérité - une rue comme les bas-fonds de New York en compte des centaines), peut-être pressé par le temps (car, avec une attention de plus en plus grande portée à son travail, Marquez signe désormais, en plus des pages intérieures du titre, de nombreuses couvertures et variant covers pour d'autres séries exposées - telles que celles de la franchise "Star Wars").

Cet avant-dernier volet de l'aventure manque sans doute du piquant des précédents, réglant un problème pour mieux préparer le terrain à la conclusion, mais Defenders demeure une lecture très plaisante et aura abouti à un ensemble cohérent, nerveux et accrocheur, chant du cygne remarquable de la part de Bendis à ses "street-level heroes" qu'il aime tant.