dimanche 8 novembre 2015

Critique 743 : SPIROU N° 4047 (4 Novembre 2015)


La revue célèbre le 25ème anniversaire, non pas de la série, mais de la parution du premier album du Petit Spirou : les festivités sont en l'occurrence assez réduites (première partie d'un poster en supplément pour les abonnés, une interview de Tome et Janry, une page d'hommage - avec, seulement, 5 dessinateurs, peu inspirés). Certes, aujourd'hui, le spin-off de Spirou et Fantasio se vend mieux que la série-mère mais le prétexte reste bidon et le résultat décevant.

J'ai aimé :

- Dad. C'est pas tout de flâner avec Bébérinice au jardin public mais faudrait quand même pas oublier d'aller chercher Roxane à l'école... Une page marrante où Nob prouve encore une fois son art de la chute - et adresse des clins d'oeil au groupe rock Cake et à Goscinny.

- Les Cavaliers de l'Apocadispe passent dans le journal. Les trois nigauds ont prétendu à un journaliste avoir conçu une invention écologique géniale : reste à la fabriquer avant l'interview... Libon est, comme toujours, en grande forme : la stupidité de ses trois héros est réjouissante.

- Boni : Paupine, la gardienne. Je mentionne ces trois strips de Ian Fortin qui m'ont fait sourire : le titre stagne désormais, incapable d'évoluer hors du schéma victimaire de Boni. C'est dommage, même si l'auteur a du savoir-faire.

- Vermisseaux : Hannah et le bourdon. Marc Péchelin et Guillaume Guerse reviennent pour un récit complet de 6 pages où Moska doit jouer les baby-sitters : c'est rondement mené, complètement absurde, mais rigolo. Le dessin témoigne d'une certaine rigueur dans le découpage très dense (une dizaine de plans par page).

- Rob. Explication avec le robot et cruelle révélation sur le fait d'imiter les humains : James et Boris Mirroir sont en forme et poursuivent leur bonne prestation depuis un moment. Cette série a fait le chemin inverse de Boni en réussissant à évoluer.

- Le Club des Huns. Un peu de fumette pour Attila et un constat désopilant sur sa réputation : Dab's produit moins régulièrement depuis quelque temps mais quand il est là, il ne l'est pas à moitié.

- L'Atelier Mastodonte. Pascal Jousselin s'interroge sur le profil des lecteurs, Guillaume Bianco louche sur le décolleté d'une mère de famille lors d'une séance de dédicaces : les deux doubles strips sont drôles, avec une mention à Bianco (qui va descendre de haut).

- Tash & Trash. Dino produit une seule case cette semaine mais encore une fois très marrante. / Capitaine Anchois. Floris réussit le meilleur hommage au Petit Spirou (ce n'était pas bien difficile, mais méritoire). 

En direct de la rédak donne la parole à Tome et Janry donc pour évoquer le passé et le futur du Petit Spirou : rien de renversant, plutôt des regrets de voir ces deux brillants auteurs se cantonner à ce titre. La suite de Choc par Colman et Maltaite, c'est pour bientôt, avec une aventure de 86 pages ! Et Blutch termine un one-shot de Tif et Tondu ! La semaine prochaine, début d'une nouvelle série originale : Harmony, par Mathieu Reynès - on verra ce que ça vaut mais un peu de sang neuf, enfin !
Les aventures d'un journal revient sur la genèse du Petit Spirou en 1983... Fred Neidhardt signe un bandeau illustré bien mordant sur les excès de ce genre de produits dérivés.

jeudi 5 novembre 2015

Critique 742 : BLUEBERRY, CYCLE 5 : LE TRESOR DES CONFEDERES - TOMES 13 & 14 & 15 : CHIHUAHUA PEARL & L'HOMME QUI VALAIT 500 000 $ & BALLADE POUR UN CERCUEIL, de Jean-Michel Charlier et Jean Giraud

 Avant-propos :

Après avoir longtemps hésité, je me lance donc dans une collection de critiques à propos de la mythique série Blueberry par Jean-Michel Charlier et Jean Giraud

Pourquoi cette hésitation ? D'abord parce que j'ai découvert Blueberry très jeune et que cette série m'a longtemps accompagné, représentant le sommet de la bande dessinée franco-belge. On ne revient pas facilement sur une oeuvre qui vous a marqué aussi profondément sans appréhension. Comment en parler ? Qu'en dire qui n'a pas déjà été dit ? Il est très probable que ce que j'écrirai n'aura rien d'original et tiendra plutôt du témoignage que de l'analyse.

Ensuite, j'ai choisi non pas de revenir sur l'intégralité de la série mais sur une dizaine de tomes qui sont mes préférés, ceux que j'estime les plus réussis. Mes critiques seront construites autour de cinq cycles (Le trésor des confédérés ; Le premier complot contre Grant ; Blueberry fugitif ; La réhabilitation de Blueberry ; et A la conquête de Pearl), comptant onze albums. On peut les lire et les comprendre sans avoir lu ceux qui les précédaient car ils forment un ensemble compact, cohérent et passionnant, aussi bien narrativement que graphiquement. Cette collection s'achève aussi avec le dernier épisode écrit par Jean-Michel Charlier, terminé par le seul Jean Giraud : la fin d'une époque... Ces critiques comprendront parfois trois tomes (cycle du Trésor des confédérés et de La Réhabilitation de Blueberry), parfois deux (Le Premier complot contre Grant), parfois un seul (A la conquête de Pearl). Mais j'alternerai ces articles avec des entrées sur d'autres titres pour respirer un peu.

Enfin, comme je le suggérai en ouverture, ces aventures revêtent un aspect sentimental particulier pour moi puisque Chihuahua Pearl a été publié l'année où je suis né : avoir vu le jour en même temps qu'un classique absolu du western en bande dessinée est une fantaisie du destin que je goûte avec le sourire... 
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BLUEBERRY : CHIHUAHUA PEARL est le treizième tome de la série et le premier volet du Cycle du Trésor des Confédérés, écrit par Jean-Michel Charlier et dessiné par Jean Giraud, publié en 1973 par Dargaud.
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Investis de pouvoirs spéciaux par le président du Mexique Juarez, les "federales" du commandante Vigo traversent le patelin de Chihuahua. Au même moment, les "hijackers" (des soldats sudistes devenus hors-la-loi) prennent le même chemin, avec à leur tête Finlay et Kimball.
Tous ces hommes recherchent Mike S. Donovan dit Blueberry qui, pour une mission secrète du gouvernement de Washington, passe pour un déserteur de l'armée nordiste. Passé clandestinement au Mexique, il doit exfiltrer l'ex-colonel sudiste Trevor qui se cache sous le nom de Lindsay et qui est détenu à la prison de Corvado, palais du gouverneur de Chihuahua Luis Emiliano Lopez.
Le contact de Blueberry sur place est une show-girl surnommée Chihuahua Pearl, dont est amoureux Lopez. Le yankee, jalousé par le gouverneur, doit quitter la bourgade sans pouvoir attendre ses acolytes, Jimmy McClure (un ivrogne chercheur d'or) et Red Neck (un chasseur de bisons), mais demande à l'escamoteur Boudini, qui se produit dans le même cabaret que Pearl, de les lui envoyer.
Ce qui motive tous ces individus, c'est le trésor des confédérés d'un montant de 500 000 $, qui doit servir à financer la revanche des sudistes, et dont la cachette est connue par Trevor/Lindsay... 
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BLUEBERRY : L'HOMME QUI VALAIT 500 000 $ est le quatorzième tome de la série et le deuxième volet du Cycle du Trésor des Confédérés, écrit par Jean-Michel Charlier et dessiné par Jean Giraud, publié en 1973 par Dargaud.
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Trevor/Lindsay a caché le trésor des confédérés en 1865 lors de la débâcle des sudistes, en fuyant au Mexique avec ses hommes (parmi lesquels se trouvaient Finlay et Kimball). Mais l'empereur Maximilien les arrête pour qu'ils ne grossissent pas les rangs de l'armée de son rival Juarez. Avant d'être pris, Trevor a le temps de dissimuler le magot dans le cercueil d'un cimetière de Tacoma.
En 1867, Juarez renverse Maximilien et amnistie tous les prisonniers sudistes. Trevor rassemble quelques hommes pour écumer Tacoma. Il rencontre Pearl à qui il commence à se confier un soir d'ivresse avant de l'épouser... Et de se taire sans lui avoir révélée l'endroit où se trouve le butin.
Trevor est arrêté peu après par Lopez que Pearl séduit pour tenter de faire libérer son mari, mais celui-ci est condamné à mort par le gouverneur, désireux d'écarter définitivement ce rival. Pearl négocie alors directement avec les autorités de Washington une part du trésor contre leur aide pour délivrer Trevor.
C'est ainsi que Blueberry hérite de cette mission, qu'il doit remplir sans protection et parce qu'il risque d'être renvoyé de l'armée à cause de son sale caractère. S'il échoue, l'Etat américain niera avoir eu connaissance de sa présence au Mexique.
Pourtant le deal passé par Pearl et le secret de Trevor ont transpiré, attirant les convoitises du commandante Vigo, de Finlay et Kimball, et de Lopez.
Blueberry réussit néanmoins à faire fuir Trevor en s'alliant avec Finlay et Kimball. Ils se réfugient dans un gouffre où les rejoint Pearl. Finlay menace de la torturer si Trevor ne le conduit pas au trésor et c'est ainsi que Pearl, Blueberry, Mc Clure et Red Neck sont abandonnés à leur sort...
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BLUEBERRY : BALLADE POUR UN CERCUEIL est le quinzième tome de la série et le troisième (et dernier) volet du Cycle du Trésor des Confédérés, écrit par Jean-Michel Charlier et dessiné par Jean Giraud, publié en 1974 par Dargaud.
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Trevor entraîne Finlay et son gang à Tacoma où, dans le cimetière, repose le trésor. Profitant qu'ils creusent une tombe, il leur fausse compagnie et se réfugie dans une maison avec des armes qu'il avait cachés non loin. Un paysan mexicain assiste à la scène et, pour lui voler ses bottes, ses armes et son cheval, tue Trevor.
Mais le paysan ne va pas loin avant de croiser la route de Blueberry et ses compagnons, qui ont réussi à quitter la grotte avant que Lopez ne les y capture. Reconnaissant aux pieds du peon les bottes de son mari, Pearl l'abat et révèle à Blueberry que dans la chaussure gauche se trouve un message laissé par son mari en cas de problème. 
Gagnant Tacoma, Blueberry et son groupe trouve la cachette du trésor mais celui-ci est dans un coffre blindé intransportable. Avec Red Neck et Mc Clure, le yankee va chercher un chariot tandis que Finlay et ses hommes, d'un côté, et Lopez et sa garde, de l'autre, assiègent le pueblo.
Blueberry, dans une manoeuvre spectaculaire et audacieuse, réussit à quitter Tacoma avec l'or et ses compagnons. Mais leurs ennemis continuent de les poursuivre jusqu'au bac de Presidio où ils tombent sur Vigo dont ils se servent comme otage pour passer de l'autre côté de la frontière dans des conditions climatiques infernales.
Sur le sol américain, ils ouvrent enfin le coffre dans lequel ne se trouve que de la ferraille. Vigo s'esclaffe et passe aux aveux en expliquant que le trésor avait été découvert par les Juaristes qui s'en sont servis pour financer leur armée et renverser Maximilien. Il a fallu ensuite éviter que les américains soient au courant.
Red Neck, Mc Clure et Pearl partent chacun de leur côté après un ultime règlement de comptes où se sont entretués Finlay et Kimball. Blueberry retourne voir le général Mc Pherson, conseiller militaire du président américain, qui l'avait envoyé en mission, pour tout lui révéler en comptant sur Vigo pour confirmer les faits. Mais le commandante mexicain trahit le yankee qui est dégradé, renvoyé de l'armée et condamné à trente ans de prison à Francisville au terme d'un procès expéditif.

Comme ces résumés en attestent, cette saga est d'une densité et d'un souffle exceptionnels, courant sur trois albums dont le troisième compte 62 pages plus un prologue de 17 pages dans lequel Jean-Michel Charlier a retracé la jeunesse de Blueberry, de son enfance dans le Sud jusqu'à ses hauts faits d'armes durant la guerre de sécession.

La dimension extravagante et foisonnante du récit porte la marque de ce scénariste à la production colossale, dont l'imagination était nourrie par un goût de l'Histoire et du romanesque mais aussi une vigueur irrésistible. Le cadre du western était donc parfait pour cet auteur qui ne pouvait qu'être inspiré par les décors de l'Ouest américain et les figures épiques du XIXème siècle.

Créée en 1963, Blueberry est au départ une série d'aventures classique aussi bien dans ses scénarios, qui s'appuient sur les oppositions entre l'armée américaine et les tribus indiennes, que dans ses dessins, où Jean Giraud mettra du temps à s'émanciper de l'influence de Joseph Gillain dit Jijé. Par ailleurs, les codes de la censure s'appliquant aux publications pour la jeunesse ne permettent pas aux auteurs de produire une bande dessinée très audacieuse. Il faudra attendre 1968 et un assouplissement moral pour que la série bénéficie de nouvelles libertés.

C'est alors que Charlier et Giraud relatent la jeunesse de leur héros durant la guerre civile, dévoilant comment il a pris le faux nom de Blueberry en s'engageant dans l'armée nordiste pour échapper à une sombre affaire de meurtre (dont il était innocent) dans le Sud. Quatre cycles sont développés avant d'arriver à celui du Trésor des confédérés au tome 13 : le Cycle des Premières guerres indiennes (tomes 1 à 5 : Fort Navajo ; Tonnerre à l'Ouest ; L'Aigle solitaire ; Le Cavalier perdu ; La Piste des Navajos) ; suivi d'un album indépendant (L'Homme à l'étoile d'argent) ; puis le Cycle du Cheval de Fer (tomes 7 à 10 : Le Cheval de fer ; L'Homme au poing d'acier ; La Piste des Sioux ; Général "Tête Jaune") ; et le Cycle de L'Or de la Sierra (tomes 11 et 12 : La Mine de l'allemand perdu et Le Spectre aux balles d'or).

Charlier était un authentique feuilletoniste mais avait-il prévu dès le tome 13 et le début du Cycle du Trésor des confédérés qu'il engageait la série dans une saga qui compterait onze épisodes, réalisée sur une période de 17 ans ? Cette perspective ne lui aurait pas fait peur cependant et ce premier acte en trois temps prouve qu'il avait des plans sur le long terme.

Par ailleurs, la modernité de cette épopée fait écho à la révolution qui métamorphosa le western au cinéma avec la version qu'en donnèrent les réalisateurs italiens, Sergio Leone en tête (qui, d'après le scénariste, envisageait d'adapter Blueberry sur grand écran - ce dont on peut légitimement douter, le génie transalpin ayant juré après Il était une fois dans l'Ouest, en 1969, qu'il ne souhaitait plus filmer d'histoires de cowboys et qu'il n'a signé Il était une fois... La révolution qu'à cause des défections de Peter Bogdanovich et Sam Peckinpah).

Blueberry traduit cette orientation de manière significative déjà dans le diptyque La Mine de l'allemand perdu - Le Spectre aux balles d'or (tomes 11-12), mais plus encore à partir du 5ème Cycle du Trésor des confédérés : le héros y exprime un mélange de sensualité et de virilité inédit, aux moeurs tranchant singulièrement avec les canons du bon cowboy. Mike Donovan est en effet bagarreur, indiscipliné, insolent, buveur, joueur, séducteur, et son allure est négligé, avec sa chevelure hirsute, son éternelle barbe de trois jours, son hygiène douteuse, dans des vêtements dépareillés et sales. Il n'hésite pas à tuer et fait preuve d'un cynisme ravageur pour se justifier. Ses acolytes ne valent guère mieux : Jimmy Mc Clure est un ivrogne et Red Neck est un chasseur de bisons : tous deux aident Blueberry par amitié certes mais aussi appât du gain.

Charlier créé aussi avec Chihuahua Pearl une créature fascinante, à la beauté extraordinaire (silhouette de guêpe, formes pulpeuses, visage d'ange) mais à la moralité carnassière (elle séduit les hommes pour leur fortune). Cette sublime garce possède un charisme fantastique et son (magnifique) portrait (peint) en gros plan sur la couverture du tome 13 indique immédiatement au lecteur qu'il s'agit d'une femme aussi ensorcelante que dangereuse. La galerie des seconds rôles compte d'autres personnages fameux comme le commandante Vigo (dont les révélations finales sur le trésor retournent complètement cette intrigue tortueuse pour en faire une sinistre mascarade), les "hijackers" Finlay et Kimball, le pathétique gouverneur Lopez, ou l'ex-colonel Trevor qui est littéralement L'Homme qui valait 500 000 $.

Pour donner vie et chair à cette collection de héros ambigus et de vilains complexes, Charlier pouvait compter sur le talent de celui qui deviendrait certainement le plus grand dessinateur de sa génération, peut-être même le plus sensationnel graphiste de la bande dessinée réaliste française : Jean Giraud.

Passé par les Arts appliqués, celui que Mézières surnommait "le Mozart de la BD" a ensuite été un des protégés de Jijé : les deux hommes mettront en images le deux westerns réalistes fondateurs que sont Jerry Spring et Blueberry, Giraud aidant son mentor à l'occasion pour se faire la main puis Joseph Gillain assistant son disciple quand il commencerait sa collaboration avec Charlier. Pendant une bonne dizaine d'albums de Blueberry, le style du futur "Gir" restera grandement influencé par celui de son parrain, puis s'en affranchira progressivement à partir des tomes 11 et 12 jusqu'à ne plus rien lui devoir dès le tome 13.

Ce qui ne cesse de subjuguer le lecteur, qui plus est quand il ambitionne de dessiner lui-même, c'est l'aspect foisonnant du trait de Giraud et sa virtuosité. Que ne savait pas dessiner cet immense artiste ? Rien en vérité ! Mais cette aisance tenait à la fois d'une pratique assidue, pour ne pas dire permanente, de son art et d'un authentique génie naturel : à lui seul, Jean Giraud a incarné tout un pan graphique de la bande dessinée, non seulement franco-belge mais mondiale, au même titre que Jack Kirby, Will Eisner, Alex Toth, et tous les grands maîtres du 9ème Art. Devant ce géant, nous sommes tous, apprentis artistes comme lecteurs, des nains.

Giraud était une entité bicéphale : comme chacun le sait, il coexistait en lui Gir, l'homme qui illustrait les aventures de Blueberry et co-créa Jim Cutlass (toujours avec Charlier au scénario, dessiné ensuite par Christian Rossi, un des émules de l'artiste), et Moebius, le graphiste du Garage Hermétique, le collaborateur de Jodorowsky (notamment pour Les Aventures de John Difool dans la saga de L'Incal), concepteur visuel de nombreux films (dont la majorité ne fut cependant jamais tournée). Ces deux identités n'étaient pas étanches, Moebius inspirant Gir comme Gir inspirait Moebius, parfois en réaction, parfois en prolongement.

Le trait de Giraud était celui d'un dessinateur exerçant avec un matériel traditionnel : comme il le disait lui-même, "pour Blueberry, je prends le pinceau". Ses compositions sont détaillées, ses cases sont pleines, ses personnages possèdent une texture presque palpable, avec des hommes aux visages burinés, mal rasés, les vêtements froissés et crasseux, traversant des paysages dont le réalisme est saisissant - en particulier les extérieurs, ces grands espaces plus vrais que nature, mais également les pueblos, les garnisons, les prisons, tout cela est fascinant.

Le tour de force du dessinateur est d'arriver à ne jamais freiner la lecture malgré la densité visuelle de ses plans tout en faisant de celle-ci une force d'attraction envoûtante, qui invite à lire et relire san lassitude ces pages pour en admirer la puissance évocatrice. Tout l'art de Gir est là, dans cette capacité à en donner pour son argent au lecteur, à dessiner en abondance, à en mettre plein la vue : une école à lui tout seul qui a inspiré et inspire encore d'innombrables artistes.

La colorisation limitée à la quadrichromie de l'époque ne rend pas toujours justice à ces images si riches, avec des à-plats parfois criards, même si cela participe désormais au charme de ces bandes dessinées, témoins d'une époque où les techniques d'impression n'étaient pas aussi raffinées qu'aujourd'hui. J'ai toujours regretté que des Intégrales en noir et blanc de Blueberry, à un prix abordable évidemment, ne soient pas publiées, pour permettre aux vieux fans comme moi mais aussi à de nouvelles générations d'amateurs de BD de lire les dessins de Giraud au plus pur d'eux-mêmes.

Oeuvre exceptionnelle en soi, ce Cycle forme à la fois une trilogie impressionnante, pleine de verve narrative et à l'esthétique explosive : au terme de ces trois tomes, on quitte Blueberry en fâcheuse posture mais avec la promesse de nouvelles péripéties jubilatoires produites par un tandem créatif prodigieux. 

mardi 3 novembre 2015

Critique 741 : THE AMERICANS - L'Intégrale de la Saison 2


Après avoir pu (enfin !) me l'acheter à un bon prix, j'ai visionné l'intégrale de la saison 2 de la série télé THE AMERICANS. Je vous avais très vivement conseillé l'intégrale de la saison 1 de The Americans dans ma 435ème critique, et ces treize nouveaux épisodes sont aussi recommandables.
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L'action reprend trois mois après la fin de la première saison, alors qu'Elizabeth Jennings, qui avait été blessée en mission, rentre auprès de son mari, Philip, et leurs deux enfants, Paige et Henry.
Philip et Elizabeth Jennings
(Matthew Rhys et Keri Russell)

Les deux espions russes installés aux Etats-Unis au début des années 80 ne tardent pas à reprendre leurs missions, désormais dirigées par leur nouvelle agent de liaison avec le KGB, Kate. 
Elizabeth, Philip et Kate
(Keri Russell, Matthew Rhys et Wrenn Schmidt)

Ils collaborent pour l'une d'elles avec un autre couple d'infiltrés, eux aussi parents de deux enfants. Emmett et Leanne travaillent avec un scientifique américain pour en savoir plus sur un nouveau modèle d'avion militaire dît "furtif", capable d'échapper aux radars.
Mais la situation prend une tournure dramatique lorsque Philip et Elizabeth découvrent que leurs amis ont été assassinés avec leur fille - seul leur fils aîné, Jared, a échappé au carnage. Bien que les Jennings aient reçu l'ordre de s'informer et de saboter l'Arpanet, prototype de l'Internet, ils sont contactés par leur ancien agent de liaison, Claudia, pour enquêter et éliminer celui qui a tué Emmett et Leanne mais aussi surveiller et protéger Jared.
Elizabeth et Paige Jennings
(Keri Russell et Holly Taylor)

Pour ne rien arranger, Paige Jennings apprend à ses parents qu'elle intégré au collège un groupe catholique : l'adolescente cherche un but à sa vie mais son choix déplaît à son père et à sa mère. Henry, lui, réclame, en vain, une console de jeu vidéo comme celle que possèdent les enfants de leurs voisins et, frustré, finit par entrer chez ces derniers en leur absence pour s'amuser.
Frank Gaad et Stan Beeman
(Richard Thomas et Noah Emmerich)

Stan Beeman, l'agent du FBI, n'est guère plus heureux : il enrage de n'avoir pu arrêter les "illégaux" russes, dont il ignore toujours qu'il s'agit des Jennings ; voit son supérieur hiérarchique et ami, Frank Gaad sanctionné à cause de cet échec, et sa vie privée sombre quand son épouse lui révèle avoir un amant et vouloir divorcer.
Le capitaine Andrew Larrick
(Lee Tergesen)

Les investigations des Jennings les mènent jusqu'au capitaine Andrew Larrick, un membre des Navy Seals, mais le Centre des opérations leur commande de ne pas le supprimer car il peut leur permettre de pénétrer dans un camp militaire où des contras sont formés pour mener la lutte armée contre le gouvernement sandiniste du Nicaragua (qui a succédé au dictateur Somoza).
Lucia
(Aimee Carrero)

Elizabeth devra sacrifier une recrue cubaine, Lucia, pour cette mission car elle voulait tuer Larrick qu'elle tenait pour responsable de la mort des siens. 
Philip/Clark et Martha Hanson
(Matthew Rhys et Alyson Wright)

Philip, sous l'identité de Clark, doit aussi composer avec Martha Hanson, qu'il a épousé pour surveiller le bureau du FBI où elle est secrétaire, et qui se plaint de leur vie commune (elle veut des enfants et pas lui, aspire à un meilleur poste...).
L'infiltration du camp Martial Eagle se passe mal : pour photographier l'entraînement des contras par la CIA, Philip et Elizabeth sont obligés de tuer plusieurs Marines qui gardent l'endroit.
Pendant ce temps, Paige assiste à une manifestation pacifiste organisée par le groupe catholique de son collège qui se solde par l'arrestation de plusieurs encadrants.
Oleg Burov
(Costa Ronin)

A la Rezidentura, Arkady Ivanovich doit composer avec l'arrivée du fils d'un haut dignitaire soviétique, Oleg Burov, spécialiste en technologie de pointe, qui supervise donc les opérations liées à l'Arpanet (dont Philip a réussi à saboter une installation) et à l'avion "furtif" (qui serait indétectable grâce à sa peinture spéciale). 
Nina Sergeeva et Arkady Ivanovich
(Annet Mahendru et Lev Gorn)

Nina Sergeeva devient la maîtresse de Burov après qu'il ait appris sa liaison avec Stan Beeman. Mais l'attitude de Nina déplaît en haut lieu où elle est soupçonnée de trahison. Elle demande son aide à Beeman qui lui promet de l'exfiltrer.
Larrick, ayant appris la mort des Marines au camp Martial Eagle, rentre du Nicaragua, déterminé à faire payer les Jennings et le fils de Emmett et Leanne.
Stan Beeman
(Noah Emmerich)

Le KGB fait pression sur Beeman pour obtenir des informations sur l'Arpanet en échange de la libération de Nina, mais il préfère in fine abandonner la jeune femme plutôt que trahir son pays.
Elizabeth et Philip Jennings
(Keri Russell et Matthew Rhys)

Les Jennings apprennent le retour de Larrick quand ils découvrent qu'il a tué Kate. Elizabeth part retrouver Jared pour le protéger mais Larrick piège Philip pour les rejoindre, elle et le fils d'Emmet et Leanne. Jared réussit à abattre Larrick mais celui-ci le blesse mortellement : agonisant, le garçon avoue aux Jennings qu'il a lui-même assassiné ses parents pour le compte du KGB.
Claudia, Elizabeth et Philip
(Margo Martindale, Keri Russell et Matthew Rhys)

Claudia explique enfin à Philip et Elizabeth que le Centre veut recruter leur fille Paige pour en faire une espionne de "deuxième génération" (comme Jared) : née aux Etats-Unis, elle pourrait intégrer le FBI ou la CIA. 

La première saison The Americans m'avait tellement épaté que je redoutais de découvrir la suite, et c'est sans doute pour cela que j'ai tardé à me procurer l'intégrale en DVD (même si j'ai aussi attendu de la trouver à un bon prix). Mais je n'ai pas été déçu par ces treize nouveaux épisodes, qui confirment non seulement tout le bien des treize précédents mais aussi la montée en puissance de la série.

Les personnages principaux et leurs situations (professionnelles et privées) ayant été exposés, le programme peut désormais être développé dans de nouvelles directions qui enrichissent ses héros et leurs intrigues.

Entourés d'une solide équipe de huit scénaristes, le showrunner Joe Weisberg et son co-auteur et consultant Joe Fields (ancien des services de renseignements américains) ont construit cette nouvelle saison autour de deux pistes narratives :

- d'un côté, les Jennings doivent (en plus de leurs missions pour découvrir les secrets de fabrication d'un avion "furtif" et pour saboter l'Arpanet, version initiale et militaire du réseau de communication Internet) enquêter sur le meurtrier de leurs collègues ;
- et de l'autre, négocier leur vie de couple (tour à tour éprouvée et solidifiée par les opérations sur le terrain) et familiale (avec les affres de l'adolescence que traversent leurs enfants - Paige s'ouvrant à la religion catholique, Henry commettant un délit mineur).

Une des grandes forces de la série demeure dans sa manière de conjuguer l'intime et tout ce qui relève du métier d'espion. En s'inspirant de faits réels tout en les réinterprétant mais sans trop les romancer, l'effet de sidération continue d'opérer sur le téléspectateur, parfois de façon presque comique (le couple surréaliste formé par Philip/Clark et Martha), le plus souvent dramatiquement (Elizabeth ayant appris que Philip se montrait "animal" au lit avec Martha et réclamant qu'il lui fasse l'amour ainsi, ce qui aboutit à une douloureuse prise de conscience ; ou l'aveu final de Claudia qui explique aux Jennings que le KGB veut former une nouvelle génération d'espions avec les enfants des premiers infiltrés).

Des scènes glaçantes font l'effet d'électrochocs tout au long des treize épisodes, de l'assassinat d'Emmett et Leanne à la mort de leur fils Jared en passant par le sacrifice consenti par Elizabeth lorsqu'elle laisse Larrick tuer Lucia ou le bannissement de Nina abandonnée par Stan Beeman et que ne peut sauver Oleg Burov malgré ses relations. Il ne s'agit pas simplement de sacrifier des personnages pour créer des sensations faciles mais bien pour prouver que personne n'est à l'abri : le procédé, subtilement employé, maintient une tension constante et procure une expérience immersive chez le téléspectateur.

Chaque rôle est soigneusement écrit, Lucia, une cubaine servant les soviétiques, en est un parfait exemple : personnage secondaire, ses motivations sont compréhensibles et sa fin est aussi cruelle que poignante, provoquant l'effroi devant la réaction d'Elizabeth. Celle-ci devient encore plus fascinante dans cette deuxième saison, sa détermination froide mue par l'instinct de survie mais aussi par sa foi en la cause de la mère-patrie culminant dans le dénouement lorsqu'elle pense que l'enrôlement de sa propre fille par le KGB serait peut-être positif.

Dans The Americans, ainsi, ce qui meut un personnage impacte souvent un (ou plusieurs) autre(s) : face à son épouse qu'il retrouve d'abord avec soulagement (après sa grave blessure en mission lors de la saison 1), Philip est progressivement rongé par le doute - doutes multiples, par rapport à la justesse de leurs missions, par rapport aux morts qu'elles provoquent, par rapport au fait que sa femme doit coucher avec d'autres hommes pour le travail, au fait qu'il soit en couple avec une autre femme, par rapport à l'embrigadement de sa fille (par un groupe religieux puis par le KGB). On le devine tenté par la vie américaine, le confort qu'elle procure (matérialisé par l'acquisition d'une voiture d'un modèle ostentatoire), même s'il n'a pas envie de trahir (ce qui en ferait à la fois un fugitif/condamné mais aussi lui ferait perdre Elizabeth et menacerait ses enfants).

La relation entre Nina et Beeman s'étoffe aussi tragiquement : la jeune secrétaire de la Rezidentura manipule l'agent du FBI et le trompe même en cédant au charme de l'apparatchik Oleg Burov, mais son zèle n'est pas récompensé puisque assimilé à de la trahison par les autorités russes. Au bout du compte, elle ne sera ni sauvée par son amant pourtant influent mais impuissant à ce niveau ni par cet américain plus attaché à son pays qu'à ses sentiments amoureux.

En revanche, on peut regretter que les scénaristes n'aient pas été aussi inspirés avec le subplot impliquant Jared, le fils aîné d'Emmett et Leanne : en en faisant un assassin parricide, sans qu'on comprenne bien pourquoi il a dû éliminer ses propres parents (pour prouver sa loyauté ? Pour réussir une sorte de test ? Parce que ses parents étaient soupçonnés de trahison ou jugés insuffisamment efficaces dans leur dernière mission ? Par amour pour Kate ?), sa fin manque singulièrement de finesse alors que, ensuite, la révélation par Claudia du projet d'une deuxième génération d'espions, composée d'enfants d'infiltrés, est un coup de théâtre extraordinaire efficace.

De même, le personnage de Larrick est inégal : tour à tour suspect puis complice des Jennings avant d'en devenir le chasseur, son évolution est un peu tarabiscotée puisqu'il accepte (même s'il le fait sans plaisir) d'aider des russes à infiltrer un camp militaire puis, apprenant que des Marines ont été tués dans cette opération, se mue en vengeur (peu évident à admettre de la part d'un militaire qui devait bien se douter qu'il ne collaborait pas avec des enfants de choeur).

Mais ces réserves ne suffisent pas à entamer la forte impression que laisse ces nouveaux épisodes et l'envie de suivre les prochaines aventures des "Americans". L'écriture est suffisamment solide et accrocheuse et la réalisation reste d'une qualité imparable, soutenue par une direction artistique infaillible (la reconstitution des costumes, décors, le travail sur la photographie, les ambiances soulignées par la bande-son sont irréprochables sans trop accaparer l'attention).

Et puis l'interprétation est exceptionnelle : Keri Russell domine la distribution en habitant littéralement son personnage auquel elle donne un mix d'élégance et de froideur tout à fait remarquable. Elle dispose de plusieurs grands moments, de scènes mémorables.
Face à elle, Matthew Rhys est aussi excellent, jouant avec sensibilité un homme dont le mystère des origines laisse apparaître des failles passionnantes : ce rôle complexe, il lui donne de la chair avec une composition très sobre (de l'underplay).
Noah Emmerich continue d'imposer son personnage aussi massif que tourmenté avec une intensité épatante, formant avec Annet Mahendru un couple détonant, elle conférant au rôle de Nina une dimension sensuelle et très émouvante.

Dans des seconds rôles, Lev Gorn (fabuleux en chef de la Rezidentura), Richard Thomas (parfait dans celui de son homologue au FBI), Costa Ronin (plus vrai que nature en fils de, séducteur et arriviste), et Holly Taylor (exemplaire en adolescente déchirée entre ses parents et ses convictions) complètent le casting, où on retrouve les formidables Margo Matindale et Alyson Wright. Lee Tergesen incarne avec une présence idéalement menaçante le capitaine Larrick.

A la fois digne suite d'une première saison de haut vol et ensemble auto-contenu, ce deuxième acte de The Americans confirme le brio de cette production de la chaîne FX. On peut attendre un troisième mouvement palpitant en toute confiance. 

dimanche 1 novembre 2015

LES COUVERTURES DU MOIS : NOVEMBRE 2015

Voici la sélection des couvertures que je préfère pour les comics à paraître durant ce mois de Novembre 2015.
 Justice League of America #6
par Bryan Hitch
(DC Comics)
 Prez #6
par Ben Caldwell
(DC Comics)
 Secret Six #8
par Dale Eaglesham
(DC Comics)
 Slash & Burn #1
par Tula Lotay
(DC Comics)
 The Twilight Children #2
par Darwyn Cooke
(DC Comics)
 Black Magic #2
par Tristan Jones
(Image Comics)
 Huck #1
par Rafael Albuquerque
(Image Comics)
 Guardians of the Galaxy #2
par Kris Anka
(Marvel Comics)
 All-New, All-Different Avengers #1
par Alex Ross
(Marvel Comics)
 Captain America : Sam Wilson #2
par Steve Epting
(Marvel Comics)
 Doctor Strange #2
par Chris Bachalo
(Marvel Comics)
 Howard The Duck #1
par David Aja
(Marvel Comics)
 Karnak #2
par David Aja
(Marvel Comics)

Critique 740 : SPIROU N° 4046 (28 Octobre 2015)


Ô joie ! Dad est en "une" de la revue et avec un récit complet de quatre pages (mais j'en parle plus bas). Ah, ça fait du bien de retrouver le Spirou que j'aime après une période de turbulences...
Extraordinaire colonne d'Animal Lecteur
par Sergio Salma et Libon, pour commencer. 

J'ai aimé :

Dad : Dad et Mom ! Où on fait connaissance avec la mère d'Ondine : une actrice rattrapée par l'âge qui vient squatter chez son ancien amant. La cohabitation s'annonce difficile...
Nob signe donc, en plus d'une couverture impayable, une nouvelle histoire en quatre pages où on découvre le visage de la mère de la très girly Ondine, et les chiens ne font pas des chats : ainsi donc Dad a connu celle-ci lorsqu'ils étaient tous deux acteurs d'une sitcom intitulée "Les Voisines". Tout ça est très drôle, et la fin est ouverte, ce qui rend plus que probable que ce personnage haut en couleurs va s'installer.
Nob parle de cet épisode et de ses projets pour le titre dans la rubrique En direct de la rédak...

- Rob. Depuis quelques semaines, James et Boris Mirroir ont glissé dans leurs strips un élément à la fois angoissant (le robot est amoureux de la fille avec laquelle sort son maître et veut se débarrasser de lui) et drôle (Clutch devine les intentions du robot et essaie de les faire comprendre à sa copine). Ce ressort est très bien exploité et a relancé le titre, qui ronronnait. Le dessin accompagne ça avec dynamisme.

- La Vie sans elle. David De Thuin va vous émouvoir fort avec ce récit complet de quatre pages (peut-être le début d'une série d'histoires courtes) où un père explique à son fils comment faire son deuil et continuer à apprécier la vie.
Le résultat est poignant et sobre, subtilement développé et d'une concision redoutable, avec un dessin simple mais qui sert admirablement le propos. C'est le genre d'histoire qu'on commence à lire sans se méfier et qui vous cueille complètement. Magnifique.

- Happy Birds. Pekko se réveille à l'infirmerie de Rovio : Trondheim et Piette livrent trois strips très amusants, avec cette pointe d'acidité jubilatoire soulignée par la naïveté du dessin.

- L'Atelier Mastodonte. Bianco puis Trondheim proposent deux doubles strips en roman-photo dans lequel le premier se moque de lui-même en artiste bohème, et le second réplique étonnamment à Tébo qui regrette la disparition des ateliers Colosse/Molosse.

- Tash & Trash. Dino produit un strip irrésistible : il est vraiment très fort dans ce registre minimaliste et absurde.

En direct de la rédak donne donc la parole à Nob qui revient sur l'épisode de Dad cette semaine et promet qu'on rencontrera dans le futur les mères de Roxane et Bébérinice (ça promet). On peut aussi apprendre combien de lecteurs a la revue dans une réponse adressée à un lecteur tatillon. Et la semaine prochaine, ce sera le 25ème anniversaire du Petit Spirou.
Les aventures d'un journal revient sur l'hommage que rendit le dessinateur Blutch aux Tuniques bleues Blutch et Chesterfield en 2002. Pour info, l'artiste travaille actuellement à un album de Tif et Tondu : alléchant.

Les abonnés ont reçu des autocollants de la série Dad : pas grand-chose mais pour les fans comme moi, une aimable friandise.