vendredi 30 octobre 2015

Critique 739 : WONDERTOWN, TOME 2 - GUILI-GUILI A WONDERTOWN, de Fabien Vehlmann et Benoît Feroumont


WONDERTOWN : GULI-GUILI A WONDERTOWN est le second tome de la série, écrit par Fabien Vehlmann et dessiné par Benoît Feroumont, publié en 2006 par Dupuis.
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Cet album compte quatre histoires :

- 1/ Méfiez-vous des blondinettes (12 pages). Lili et Edgar ont raison de se méfier quand la jolie serveuse de la soupe populaire entraîne Pat sous une tente. Transformé en ours, le pauvre garçon va tout faire pour ne pas finir comme descente de lit, pourchassé par cette blondinette psychopathe.

- 2/ Rififi dans les égouts (14 pages). Pat est devenu l'homme à tout faire de la chanteuse Camille que tous les hommes de la ville désire. Mais la belle cache un terrible secret qui va conduire Pat jusque dans les égouts, peuplées de bien vilaines créatures.

- 3/ Des papotis sur l'escalier (6 pages). Pendant que Pat tente de semer deux gangsters, Lili, Tim et Edgar devisent fielleusement sur la personnalité de leur protecteur auquel il reproche de vouloir se faire remarquer sans arrêt et de les surprotéger.

- 4/ Plunk (14 pages). Pat et ses amis sont choisis par la protectrice de Little Estony pour défendre le quartier de la convoitise du maître de Wondertown au cours d'une partie de basket ball littéralement endiablée contre la bande à Milo.

Ces quatre nouvelles histoires concluent prématurément cette série injustement boudée en son temps par le public. C'est d'autant plus frustrant qu'on voit bien que son scénariste avait des projets pour une suite au terme de l'ultime récit.

Si le premier tome était inégal mais néanmoins réjouissant, ce nouvel opus est une réussite totale : Fabien Vehlmann a su tirer les enseignements de ces précédentes short stories et a concocté un programme plus abouti.

Avec une histoire en moins, le scénariste a compensé le nombre par une pagination un peu plus conséquente, dépassant pour les 3/4 la dizaine de pages. Le résultat, ce sont des intrigues plus mouvementées, qui exploitent plus franchement l'aspect fantastique et développent les ressorts comiques qui en découlent. Pat est aussi davantage mis en avant et en difficulté : tour à tour métamorphosé en ours, amoureux d'une chanteuse dont l'apparence est trompeuse, pourchassé par deux gangsters, ou à la manoeuvre dans une partie de basket ball magique, on compatit pour lui tout en se régalant de ses mésaventures.

Il paraît évident que si la série s'était prolongée, Vehlmann aurait certainement précisé des éléments relatifs à la situation de la ville de Wondertown, pourquoi la magie en est une partie essentielle, et le lecteur aurait probablement visité de nouveaux quartiers, dûment baptisés (comme ici Little Estony). Tout cela ajoute au regret associé à la fin du titre qui affichait un potentiel consistant... L'auteur avait su pourtant rapidement équilibrer l'étrange à l'humour avec un zeste de romance (voir la déclaration de Lili à Pat dans l'épisode Méfiez-vous des blondinettes) : en vérité, l'échec de Wondertown interroge celui qui découvre la série aujourd'hui car elle avait tout pour plaire - originale, drôle, rythmé.

Les dessins de Benoît Feroumont ont aussi subtilement gagné en assurance, notamment dans le découpage beaucoup plus nerveux : sa formation dans le dessin animé porte pleinement ses fruits dans des scènes de poursuite, abondantes dans ce second tome (Pat fuyant la furie de celle qui l'a transformé en ours, Pat s'aventurant dans les égouts, Pat essayant de semer les deux porte-flingues auquel il a grillé la politesse quand il a voulu se désaltérer, Pat dribblant pendant le match de basket).

L'autre force de Feroumont réside dans l'expressivité qu'il sait donner à ses personnages, aussi à l'aise quand il s'agit de dessiner un jeune homme, des femmes ou des enfants. La rondeur de son trait accentue sans trop exagérer les grimaces et moues diverses des visages, souligne la gestuelle de chacun sans sombrer dans l'outrance.

Et, même si les décors manquent encore parfois de finitions (une petite paresse d'ailleurs reconnue par l'artiste, qui s'est appliqué à améliorer cela depuis pour Le Royaume), la colorisation de Christelle Coopman soigne les ambiances de ces courts récits se déroulant sur plusieurs saisons distinctes (en hiver, en été) et souvent à la tombée du jour (à l'exception de Des papotis sur l'escalier, un épisode qui peut se lire comme un hommage à Will Eisner et ses fameuses séquences de discussions sur les perrons d'immeubles de New York).

Quel dommage que Wondertown en soit resté là... Mais, même si c'est une maigre consolation, quel plaisir de découvrir cette ville drôlement inquiétante traversée par l'attachante bande de Pat.

jeudi 29 octobre 2015

Critique 738 : WONDERTOWN, TOME 1 - BIENVENUE A WONDERTOWN, de Fabien Vehlmann et Benoît Feroumont


WONDERTOWN : BIENVENUE A WONDERTOWN est le premier tome de la série, écrit par Fabien Vehlmann et dessiné par Benoît Feroumont, publié en 2005 par Dupuis.
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(Extrait de Wondertown : Le Cabaret du lutin.
Textes de Fabien Vehlmann, dessins de Benoît Feroumont.)

L'album comprend cinq histoires :

- 1/ Le Cabaret du lutin (10 pages). Pat est engagé comme coursier et doit livrer un colis au Cabaret Voltaire, mais il ne doit l'ouvrir sous aucun prétexte. La tentation est trop forte quand une voix provient de l'intérieur du paquet. Mais cela va lui causer bien des ennuis dans un cabaret où se divertit la pègre de la ville...

- 2/ Stupeur et grognements (9 pages). Pat convainc la bande d'orphelins qui l'accompagne de dormir dans la maison abandonnée des Bradighan, qu'on dit hantée. Il aurait mieux fait d'écouter ses amis car les machines  dans le jardin sont effectivement possédées...

- 3/ Maudits amoureux ! (7 pages). Une vieille sorcière aigrie lance un mauvais sort à deux amoureux dans un square. Témoins de la scène, Pat et la petite Lili doivent tout faire pour séparer le couple... Quitte à s'attirer la colère d'une bonne fée !

- 4/ Sur le chantier de la guerre (8 pages). Pat décroche un nouveau job a priori simple : il doit monter leur repas à des ouvriers au sommet d'un gratte-ciel en construction. Mais en haut de la tour, des indiens se livrent à une terrible guerre à cause d'un calumet perdu. Pat va tenter, à ses risques et périls, de jouer au médiateur...

- 5/ Mauvais temps sur Wondertown (12 pages). Devenu barman dans un café, Pat est témoin des tours que le jeune Tim accomplit depuis qu'il a récupéré la baguette magique du Great Raymond, un prestidigitateur dont le dernier numéro (faire disparaître une voiture) a causé sa chute. La situation devient critique quand Milo, le bras-droit de Mr Jack, le parrain de la mafia de Wondertown, dénonce Pat et Tim...

Avant que Fabien Vehlmann ne devienne le scénariste de Spirou et Fantasio et que Benoît Feroumont connaisse le succès avec Le Royaume, les deux auteurs unirent leurs forces pour produire Wondertown dans les pages du journal de Spirou, il y a tout juste dix ans. Hélas ! l'expérience tourna court et ce titre s'arrêta après deux albums contenant 9 histoires en tout et pour tout.

Bien entendu, comme on peut s'en apercevoir avec ce premier tome, cette production accuse quelques faiblesses, mais elle a conservé un charme délicieux, une fantaisie qui ne méritait pas un tel échec.

Vehlmann a toujours apprécié les récits complets en peu de pages, l'équivalent de nouvelles en bande dessinée : il s'est prêté à cet exercice dans Le Diable amoureux et autres films jamais tournés par Méliés (dessiné par Frantz Duchazeau), Des Lendemains sans nuages (dessiné par Bruno Gazzotti et Ralph Meyer) et surtout Green Manor (dessiné par Denis Bodart - dont je vous parlerai bientôt). 

Le scénariste aime, comme il l'a expliqué dans le journal de Spirou, le fait de devoir tout donner en disposant de peu d'espace, et surtout on trouve dans cette contrainte l'essence de son style, sa marque de fabrique : c'est un auteur qui aime raconter des histoires sur le fait justement de raconter des histoires - Les Cinq conteurs de Bagdad (également illustré par Duchazeau) en était la brillante démonstration, le récit étant lui-même rythmé en courts chapitres comme autant de péripéties. 

Le reproche majeur qu'on peut adresser à ce premier tome de Wondertown tient au fait que Vehlmann oublie un peu trop de caractériser ses personnages : on connait tout juste le prénom du héros adulte, Pat, d'un des gamins orphelins qui le suit dans ses aventures (Tim). Même souci pour le cadre de l'action : on n'a la confirmation que Wondertown se situe aux Etats-Unis qu'à la quatrième histoire (avec les révélations du chef indien). Quant à l'époque où est censé se dérouler tout ça, on ne peut que la deviner (les années 30, durant la prohibition). Bref, ce défaut de contextualisation pénalise le projet.

Mais, ces réserves mises à part, difficile de ne pas être séduit par cette bande dessinée : Vehlmann s'y montre à son avantage car il manie parfaitement des éléments de genre. Wondertown s'inscrit dans les cadres du fantastique et de la comédie : lutin grossier, maison hantée, machines possédées, amoureux victimes d'une sorcière, indiens en guerre à cause d'une étourderie, voitures qui pleuvent sur un bas-quartier... On ne s'ennuie pas avec ces mini-intrigues délirantes, variées, menées sur un rythme soutenu.

Vehlmann pimente le tout de dialogues malicieux où le héros, Pat, est le premier à admettre qu'il se compromet bêtement : le lecteur sait donc en même temps que lui que les choses vont rapidement se gâter et prendre des proportions à la fois spectaculaires et amusantes. Les commentaires fatalistes des gamins qui le suivent soulignent cet état de fait de façon savoureuse.

Fort de son expérience dans le dessin d'animation, Benoît Feroumont injecte beaucoup de tonus à ces scripts déjà dynamiques. Certes, parfois, ses cases manquent de décors, même s'il prend toujours soin de bien situer l'action, en réussissant à planter le cadre avec une efficace économie. Mais souvent les arrière-plans sont davantage remplis par les couleurs de Christelle Coopman (la compagne de l'artiste) et Dino Sechi que par des éléments distinctifs.

Néanmoins, le résultat demeure toujours très vivant et agréable visuellement : Feroumont a un trait rond et très expressif, il sait animer des personnages adultes comme des enfants, les physionomies des premiers et seconds rôles sont variées, et leur gestuelle est bien étudiée, avec juste ce qu'il faut d'exagération.

Le dessinateur glisse même quelques jolies trouvailles comme les ombres portées de Pat, Gilda, Lili, et des amoureux maudits (pages 26-27) ou une scène en continuité séquentielle très astucieuse (page 38), témoignant de son inventivité narrative - qu'il améliorera dans le tome 2 et qui profitera à sa série Le Royaume.

Bien qu'inégal et souffrant de quelques lacunes, ces cinq premières histoires de Wondertown sont un délice qui donnent envie de réhabiliter cette série prématurément annulée. Le second tome ne fera que confirmer l'originalité et la qualité de ce titre à la bonne humeur communicative.

mercredi 28 octobre 2015

LUMIERE SUR... CAMERON STEWART

Cameron Stewart
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En 2013, Cameron Stewart publie sur www.nirocomic.com une preview de 18 pages de son nouveau projet de web-comic (après Sin Titulo), intitulé Niro. Il prévoit, une fois fini, d'en publier une version papier, et cite comme influences Moebius, Hayao Miyazaki, Sergio Leone et Alejandro Jodorowski.

L'histoire est celle d'un prêtre flingueur, Niro, et d'une jeune fille, Fen, qui sont tous les deux à la recherche du Nomad, une forteresse errante où est peut-être retenue la famille de Fen et où se trouvent sans doute les réponses que Niron se pose sur son mystérieux passé.

Depuis, plus rien. Espérons quand même que ce brillant artiste complet finalise un jour ce projet prometteur.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Critique 737 : THORGAL, TOMES 28 & 29 - KRISS DE VALNOR & LE SACRIFICE, de Jean Van Hamme et Grzegor Rosinski


THORGAL : KRISS DE VALNOR est le vingt-huitième tome de la série, écrit par Jean Van Hamme et dessiné par Grzegor Rosinski, publié en 2004 par les Editions du Lombard.
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Aaricia, bien que sous la bienveillante protection d'un prince romain, n'a pas renoncé à s'échapper avec ses enfants pour retrouver Thorgal. Reprise, elle est envoyée, avec sa progéniture, dans les mines d'argent.
Sur place, les conditions de travail sont inhumaines et rendues encore plus insupportables par la présence de Kriss de Valnor, qui a échoué ici après avoir dû quitter le repaire de Shaïgan-sans-merci, été capturée par une galère de l'empire, et s'être refusée au capitaine du navire.
Avec Aaricia et surtout Jolan, dont elle connaît les pouvoirs, Kriss s'évade et libère Louve, séparée de sa mère. Ensemble, le groupe ainsi formé fait route jusqu'à Ravinum, le dernier comptoir au Nord. C'est là que Jolan retrouve Thorgal, recueilli par un médecin après qu'il ait pu quitter l'île de Syrénia.
Il est temps de quitter la ville mais des hommes qui en veulent à Thorgal s'interposent. Kriss se sacrifiera pour permettre à ses compagnons de se sauver, confiant à Aaricia Aniel, le fils qu'elle a eu avec Thorgal quand il avait perdu la mémoire.
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THORGAL : LE SACRIFICE est le vingt-neuvième tome de la série, écrit par Jean Van Hamme et peint par Grzegor Rosinski, publié en 2006 par les Editions du Lombard.
Il s'agit du dernier épisode écrit par le créateur de la série, Jean Van Hamme.

Remontant jusqu'au Northland, Aaricia est désespérée : son mari agonise et un seigneur, à qui elle a demandé asile mais qui le lui a refusée et contre que Jolan a ridiculisé, veut se venger. La famille Aergisson ne devra son salut qu'à l'intervention de Vigrid (voir tome 14, Aaricia).
Le dieu d'Asgard rend provisoirement sa santé à Thorgal en lui remettant les larmes de Tjahzi, mais ce geste provoque la colère d'Odin qui envoie le fils des étoiles, et Jolan qui s'est accroché à son père, dans les cieux.
Le viking et son fils retrouvent la gardienne des clés qui leur explique qu'un seul homme peut aider Thorgal à se rétablir : il s'agit du fils d'une déesse et d'un mortel, Manthor, vivant dans l'Entremonde, à l'abri du père des dieux.
Manthor guérit Thorgal mais réclame en échange à Jolan qu'il devienne son disciple pour apprendre à maîtriser ses pouvoirs.
La famille Aergisson obtient du roi Gunnar de pouvoir se réinstaller au Northland, mais Jolan quitte les siens après un dernier échange avec son père, qui accepte son sacrifice.

Avec ces deux épisodes, Jean Van Hamme tire donc sa révérence à la série qu'il créa en 1977 : presque trente ans et autant d'albums plus tard, et malgré quelques chapitres moins bons, il s'acquitte de cet exercice avec style, tout en laissant la porte ouverte à la reprise de l'écriture des scénarios par Yves Sente (Rosinski demeurant l'artiste du titre).

D'une manière assez légitime, Van Hamme consacre le tome 28 à Kriss de Valnor, une de ses plus charismatiques créatures depuis son apparition dans le tome 9 (Les Archers). Il est évident que l'auteur a toujours conservé un faible pour cette superbe méchante dont la beauté physique et le tempérament machiavélique ont toujours été supérieurs à celui de Aaricia et de toutes les autres femmes de la série. Bien entendu, on pourra sourire de la retrouver une fois encore sur le chemin des Aergisson, alors qu'on l'avait quittée à la tête de pirates (dans le tome 22, Géants), mais une partie du charme de Kriss réside dans ce cliché dramatique.

Par ailleurs, si Van Hamme ne résiste pas à quelques facilités (un zeste de saphisme dans la scène des bains entre Kriss et Aaricia), il sait être réaliste (Kriss a eu un enfant de Thorgal, ce qui est logique vu le temps qu'ils ont passé ensemble quand il était, amnésique, sous sa coupe : difficile d'imaginer que pendant tout ce temps le fils des étoiles n'ait pas couché avec elle et donc qu'elle ne soit pas tombée enceinte). Enfin, le scénariste lui offre une belle sortie : même si, encore une fois, il s'agit d'un sacrifice (un motif récurrent dans la série), cela donne une certaine noblesse, qui rachète la cruauté affichée par Kriss en bien des occasions.

A la fin du tome 28, comme du précédent déjà, Thorgal est à l'article de la mort. Une nouvelle fois, Van Hamme recourt à une astuce narrative déjà vue à maintes reprises chez lui mais au suspense efficace : le fils des étoiles repart faire un tour dans une dimension parallèle, menacé par Odin. La gardienne des clés est au rendez-vous de cette aventure, mais c'est surtout la façon dont le scénariste se sert de Jolan dans l'intrigue qui va lui conférer une certaine émotion.

Admettons-le : on n'est pas aussi bouleversé qu'on aimerait dans cette histoire de sacrifice (encore, toujours), mais la transition qui s'opère, le passage de relais de Thorgal à son fils, tout cela est malin. Ainsi la série change subtilement de héros, le départ de Jolan faisant contrepoint au retour de sa famille au Northland. En vérité, la série est toute entière construite autour de ces notions d'exil, de retour, de succession, de famille (composée, séparée, recomposée, augmentée) : ces motifs lui donnent sa force et sa particularité en même temps, qu'au fil des épisodes, elle a fini par en révéler ses faiblesses (car utilisées trop répétitivement).

Si Kriss de Valnor est dessiné de manière classique par Rosinski, qui produit ses planches les plus abouties depuis longtemps (spécialement la séquence d'évasion en pleine nuit, où on retrouve son brio pour le clair-obscur, les jeux d'ombres et lumières), l'artiste polonais change complètement de technique pour Le Sacrifice en l'illustrant en couleurs directes.

On savait que Rosinski était un peintre de talent en admirant ses couvertures, mais sa prestation pour ces pages intérieures le confirme : le résultat est magnifique - et il a poursuivi cette expérience pour les épisodes suivants (et d'autres projets). La simplicité de son découpage sert à merveille ses peintures, avec une palette flamboyante (la représentation des décors extérieurs, avec une nature sauvage et différents climats traversés, est extraordinaire). Le seul élément perturbant qui en découle est que Thorgal, barbu, vieilli, ressemble étrangement à l'ex-rugbyman Sébastien Chabal...

Comme je l'ai dit précédemment, j'arrête avec cette entrée mes critiques de la série Thorgal : je voulais aller jusqu'au bout du run  de Van Hamme, mais après vingt-neuf épisodes, je ne peux cacher une certaine lassitude (et un manque d'envie de lire les albums écrits par Yves Sente). J'espère que je vous aurai motivés pour (re)découvrir ce titre qui, malgré un classicisme et des répétitions, est un divertissement de belle facture, réservant même dans sa première moitié des tomes émérites.   

mardi 27 octobre 2015

Critique 736 : THORGAL, TOMES 26 & 27 - LE ROYAUME SOUS LE SABLE & LE BARBARE, de Jean Van Hamme et Grzegor Rosinski


THORGAL : LE ROYAUME SOUS LE SABLE est le vingt-sixième tome de la série, écrit par Jean Van Hamme et dessiné par Grzegor Rosinski, publié en 2001 par les Editions du Lombard.
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Deux années se sont écoulées pour la famille Aergisson depuis son départ du Northland. Thorgal, sa femme et leurs enfants sont à présent sur les côtes africaines et Aaricia est lassée de cette fuite en avant interminable, elle souhaite rentrer chez elle, ce qui est désormais possible, comme le rappelle Jolan à son père, depuis que Gunnar a annulé leur bannissement. Mais pour le père de famille subsiste un doute : il craint de ne jamais être accepté parmi les vikings.
Leur rencontre avec deux hommes venus du désert va précipiter les choses. Durant la nuit, leur embarcation brûle et les Aergisson n'ont d'autre choix que de suivre leurs visiteurs jusqu'à leur village.
Sargon, leur chef, dévoile rapidement sa mauvaise nature et révèle à Thorgal le secret de ses origines : comme lui, il est un rescapé du peuple des étoiles qui avait quitté la Terre il y a 120 siècles avant d'y revenir, dans leur royaume originel - l'Atlantide. Aujourd'hui, projetant de conjuguer sa science aux forces vikings, Sargon veut dominer le monde.
Thorgal n'entend évidemment pas aider cette entreprise mais devra avant cela libérer sa femme et ses enfants mais aussi des opposants à Sargon - Tiago, Ileniya sa soeur et leur ami Chrysios - dans un labyrinthe.
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THORGAL : LE BARBARE est le vingt-septième tome de la série, écrit par Jean Van Hamme et dessiné par Grzegor Rosinski, publié en 2002 par les Editions du Lombard.
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Thorgal, sa femme et leurs enfants, Ileniya et Tiago ont été capturés par le marchand d'esclaves Jaffar, qui les revend à l'intendant du gouverneur du royaume romain d'Orient du Ponant.
Livrés au gouverneur et à son fils, le cruel Heraclius, Thorgal se fait vite remarquer par ses talents d'archer lors de jeux organisés pour la cour avec les esclaves. Mais Tiago se fait tuer par Heraclius quand celui-ci châtie Ileniya en l'humiliant.
Le gouverneur envoie Aaricia, Jolan et Louve chez l'empereur pour obliger Thorgal à participer avec Heraclius au tournoi qui se déroule tous les cinq ans sur l'île de Syrenia et dont le royaume vainqueur est exempté d'impôts pour un an.
L'issue de la compétition sera dramatique : Ileniya se suicidera après avoir vengé son frère et Thorgal sera laissé pour mort, empoisonné par Heraclius.

Il est toujours délicat, aussi bien pour des auteurs que pour des lecteurs, d'estimer quand une série, qui a su conserver pendant une durée conséquente, une qualité indéniable, commence à régresser, sans espoir de redressement. 

Jean Van Hamme a dû y réfléchir quand, après avoir mené de front plusieurs titres pendant une carrière bien fournie et couronnée de succès, il a décidé d'abandonner ses best sellers comme XIII (en 2007) et Thorgal (en 2006) - même s'il continue à écrire Largo Winch. Il n'a pas pour autant décidé que ses séries s'arrêteraient à son départ, passant le flambeau à Yves Sente dans les deux cas précités.

La volonté de boucler son époque sur ces titres est néanmoins manifeste, et, dans le cas de Thorgal, les quatre derniers tomes (26 à 29) en témoignent. Aurait-il été plus judicieux de tout cesser, et si oui, avant ? Pas évident quand les albums se vendent aussi bien déjà. Mais l'intérêt des histoires est devenu variable, c'est certain, au moins depuis une dizaine d'épisodes (soit depuis Louve), ce qui a suivi reposait sur des ressorts un peu forcés (l'amnésie de Thorgal, ses retrouvailles avec Aaricia en passant par les voyages temporels de Jolan et de Jaax le veilleur).

Mais on ne peut enlever à Van Hamme une vraie habileté pour livrer des intrigues efficaces, divertissantes, et la série est restée agréable à lire, sinon à suivre. Ce savoir-faire, on le retrouve dans ces tomes 26 (surtout) et 27, dans lesquels encore une fois les personnages sont entraînés dans des aventures exotiques, aux rebondissements multiples.

Le Royaume sous le sable est très réussi, au moins en ce qui concerne les révélations sur les origines du peuple des étoiles, que Van Hamme relie au mythe de l'Atlantide : cette "île d'Atlas", royaume appartenant à la protohistoire grecque et de l'Est de L'Europe, a inspiré nombre de récits depuis Platon jusqu'au Moyen-Âge, enrichis par l'ésotérisme. C'était donc un terrain de jeux opportun pour Thorgal qui se nourrit aussi de fantasy et d'Histoire. On peut regretter que le scénariste ait préféré une énième fois organiser une lutte entre l'ombrageux idéaliste qu'est Thorgal et Sargon, qui fut ami de son père (Varth), archétype vu et revu du mégalomane, et d'ailleurs le dénouement de l'épisode est expédié avec force clichés (sacrifice d'un personnage, addition de nouveaux personnages secondaires sans grand charisme). Le passé de Thorgal aura régulièrement été abordé et exploité (soit directement pour le héros, soit indirectement via les pouvoirs de Jolan et de Louve) mais jamais vraiment développé, comme si ce que cette piste narrative offrait intéressait moins Van Hamme que de revenir à l'aventure. Dommage.

Le Barbare met en scène les personnages à nouveau dans une situation très compromise : la régularité avec laquelle Thorgal (et ceux qui l'accompagnent) se trouve dans la panade est tout bonnement hallucinante, c'est un véritable aimant à emmerdements ! Quand il ne s'attire pas des ennuis à cause de ses principes, il croise avec un systématisme infernal de mauvais bougres qui semblent n'attendre que lui (et les siens) pour commettre les pires horreurs. Il y a comme une tentation permanente de Van Hamme à tuer son héros avant de se raviser, en le sauvant de manière aussi spectaculaire que de plus en plus capillotractée. Et, fatalement, il finit aussi par radoter comme le souligne la longue séquence du tournoi sur l'île de Syrénia avec un concours... D'archers (loin d'être aussi intense que celui du tome 9).

Rosinski assure le job, c'est indéniable, mais comme on ne peut que constater qu'il n'a plus la virtuosité de la grande époque de la série (quand son dessin s'inspirait de la gravure, avec un extraordinaire encrage, et une colorisation plus somptueuse que celle de Graza), la magie opère moins.

Lorsqu'il a l'occasion de mettre en images des éléments encore inhabituels, peu exploités, l'artiste polonais produit des planches très efficaces, et même un authentique morceau de bravoure (comme la double-page, pages 21-22, du tome 26, où on revoit tous les grands moments de la série), et il se dégage des passages concernant le peuple des étoiles, avec son décorum (vaisseaux spatiaux, ruines de l'Atlantide...), une authentique poésie.

Mais quand il doit retourner à l'illustration classique des aventures dans un énième royaume avec sa galerie de méchants et sa cascade de péripéties réglées comme du papier à musique (Van Hamme ayant expliqué qu'il laissait à ses artistes la liberté de redécouper ses scripts à condition qu'ils conservent les chutes de chaque page), un ennui certain étreint à la fois Rosinski et le lecteur - qui ont tous deux l'impression d'avoir déjà fait/vu/lu tout ça.

C'est à cause de ce sentiment d'usure, que je devine chez les auteurs mais aussi de mon côté, comme lecteur et critique, que j'ai donc décidé d'arrêter Thorgal après les deux prochains tomes, les derniers écrits par Van Hamme.