dimanche 25 octobre 2015

Critique 735 : SPIROU N° 4045 (21 Octobre 2015)


Dernier numéro avant le retour à la normale de la revue : exit toutes ces âneries d'Atelier Boloss/Colosse... Buck Danny fait son retour (dans sa série régulière), mal servi par les dessins de Gil Formosa (plus appliqué pour représenter les avions que les personnages) et surtout pas l'interview du scénariste Frédéric Zumbiehl (qui trouve que s'offusquer de traiter les japonais de "faces de citron", c'est - je cite - parce que "nous sommes dans l'ère du politiquement correct" ! Le gars, un ancien de l'armée, qui m'a l'air d'en tenir une bonne couche, considère par ailleurs exagéré que Tintin au Congo vaut à Hergé d'être taxé de raciste...). 

J'ai aimé (pas grand-chose encore, mais ça s'améliorera forcément la semaine prochaine) :

- Dad. Un petit gag de Nob, mais qui sert surtout à préparer le terrain pour le prochain numéro dans lequel l'auteur présentera un mini-récit où on fera la connaissance de la mère de Ondine.

- Seuls : Avant l'Enfant-Minuit (7/7). Camille connaît un sort funeste à cause de Toussaint, tandis que Dodji est reconduit à Fortville (là où tout a commencé) par le Maître-Fou...
C'est non seulement la fin de ce tome 9 mais aussi celle du deuxième cycle de la série : Vehlmann enchaîne des scènes à la fois cruelles, violentes et étranges, que le dessin de Gazzotti rend encore plus troublantes. Je termine cette lecture intrigué et avec l'envie de rattraper un jour mon retard car Seuls est vraiment un titre singulier.

- Happy Birds. Pekko, le héros de Trondheim et Piette va-t-il se faire virer ? En tout cas, les auteurs ne l'épargnent pas dans leurs trois nouveaux strips : toujours aussi atypique et sympa.

- L'Atelier Mastodonte. Salma et Libon râlent à leur tour contre les autres ateliers, notamment BD Bill qui parodie Animal Lecteur. Et Obion montre l'offensive finale menée par Trondheim. C'est vraiment un signe que ce grotesque et interminable canular était une mauvaise idée : même la drôlerie de Mastodonte a fini par en souffrir.

- Tash & Trash. / Capitaine Anchois. Dino rend un hommage bien particulier mais savoureux à Buck Danny, tandis que Floris interprète à sa manière rigolote l'effeuillage de marguerite.  

En direct de la rédak donne la parole aux auteurs de l'Atelier Colosse (qui ont aussi livré cette semaine des parodies, affligeantes, de Ralph Azham, Tamara, et, sacrilège, Le Royaume). La semaine prochaine, donc, Dad aura droit à la "une" et quatre pages.
Les aventures d'un journal revient sur la seule et unique grande aventure de Boule et Bill, initiative que regretta toujours Roba - il n'y avait pas de quoi : grâce à Yvan Delporte, sa série avait été, au moins une fois, un peu moins pantouflarde et rétrograde.

Les abonnés ont droit à des cartes à collectionner des héros du journal : un bonus quelconque de plus.

vendredi 23 octobre 2015

Critique 734 : ZOMBILLENIUM, TOME 1 - GRETCHEN, de Arthur De Pins


ZOMBILLENIUM : GRETCHEN est le premier tome de la série écrite et dessinée par Arthur De Pins, publié en 2009 par Dupuis.
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Aurélien Zahner n'a pas de chance : trompé par sa femme, il se fait renverser par la voiture de Francis Von Bloodt, directeur du parc d'attractions "Zombillénium", et meurt sur le coup.
Mais il est ramené à la vie par le chauffard qui est aussi un vampire et qui lui offre un emploi. Egalement mordu par le loup-garou Blaise (qui estime qu'il y a assez de vampires dans le personnel), Aurélien est devenu un démon qui se transforme lorsqu'il s'énerve. La jolie sorcière Gretchen décide de la chaperonner et lui avoue être là en infiltration pour le compte de la Royal Witchtcraft Agency.
Cette nouvelle recrue rassure aussi les actionnaires et le représentant des intérêts du propriétaire, Behemoth, mais provoque la jalousie des zombies, qui craignent pour leur emploi et lui tendent un piège en attirant dans le parc l'amant de sa femme...

J'ai découvert ce premier tome en achetant le dernier numéro (sorti en Septembre) de Méga Spirou, même si j'en avais eu un avant-goût auparavant, dans un tout autre contexte, lorsque je vis le clip, réalisé par Arthur De Pins, de la chanson Nameless World du groupe Skip The Use (voir ci-dessous). 

L'auteur est un des jeunes talents familiers des lecteurs de Spirou, dans lequel est pré-publiée sa série, mais aussi des fans de Fluide Glacial, ou plutôt de son hors-série Fluide Glamour, dans lequel paraissait Péchés Mignons. Né en 1977, De Pins a suivi les cours des Arts Décos puis a été formé au dessin d'animation, comme concepteur graphique dans les studios Polygon et SPI Animation. C'est donc logiquement qu'il travaille avec des instruments informatiques.

Avec Zombillénium, il s'est lancé dans un projet ambitieux, dont la finalité était d'être transformé en un long métrage, actuellement en cours de production. Le concept est accrocheur comme son décor principal, ce parc d'attractions dans lequel travaillent d'authentiques monstres comme des vampires, loups-garous, momies, squelettes, sorcières.

Pour faciliter l'immersion du lecteur dans cet univers décalé, De Pins utilise un procédé classique : prendre un personnage à l'origine normal dont des circonstances défavorables vont bouleverser l'existence. Le scénario développe une multitude de situations savoureuses en alternant les effets qui relèvent du fantastique traditionnel (la galerie de freaks, le cadre à la fois déprimant - le Nord de la France éternellement pluvieux... Ce qui va ravir les ch'tis...) et des éléments comiques (avec des gags générés par les relations ou la condition des employés du parc). De Pins y ajoute un subplot : le rôle équivoque de Gretchen, la sorcière qui est chargée par une organisation de tuer les démons mais qui est la fille de... (je vous laisse découvrir qui).

Les seconds rôles sont soignés et abondent en clins d'oeil : de la momie Aton qui récupère in fine le costume de Clo-Clo (Claude François étant lui-même d'origine égyptienne) à José qui reprend Thriller de Michael Jackson en passant par la rivalité entre Francis Von Bloodt (vampire qui gère le parc en bon père de famille) et Blaise (loup-garou au tempérament ombrageux) ou Sirius le squelette qui prétend avoir été un militant noir mort sur la chaise électrique en 1956. La séquence où Gretchen raconte son passé à Aurélien est croustillante, avec une case où elle révèle avoir couché avec un certain Harry (Potter) impuissant.

Le récit est très rythmé, et dense, et le découpage en rend bien compte, avec des planches comptant souvent plus de dix cases. De Pins alterne avec talent des plans de valeurs variées, excellant aussi bien quand il campe un personnage très expressif que pour représenter un décor démesuré.

Néanmoins, en ce qui concerne justement les décors, l'artiste se dispense volontiers d'en donner à de nombreuses vignettes, préférant suggérer une ambiance par des fonds colorés lorsque l'action se déroule en intérieur. Cela provoque une désagréable impression de vide ou en tout cas de flou en arrière-plan.

Ce sentiment est souligné par le traitement informatique de l'image : cette technique est bien maîtrisée par De Pins mais fait que sa bande dessinée a plus souvent qu'à son tour l'air d'être un super storyboard. Comme il a fait le pari de ne pas contourer de noir ses personnages ou ses décors, le contraste qu'apporte un encrage traditionnel est absent et aboutit à un défaut de définition un peu agaçant.

Néanmoins, Zombillénium est une lecture originale et plaisante, au ton et à l'esthétique singuliers. Le long métrage d'animation qui en sera adapté permettra sans doute à son auteur d'exaucer son rêve en même temps, sûrement, s'assumer sa véritable vocation.

jeudi 22 octobre 2015

Critique 733 : THORGAL, TOMES 24 & 25 - ARACHNEA & LE MAL BLEU, de Jean Van Hamme et Grzegor Rosinski


THORGAL : ARACHNEA est le vingt-quatrième tome de la série, écrit par Jean Van Hamme et dessiné par Grzegor Rosinski, publié en 1999 par les Editions du Lombard.
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Alors qu'ils étaient mer, une tempête sépare Aaricia, Jolan, Darek et Lehla de Thorgal et Louve, les deux groupes étant dans des barques.
Le père et sa fille échouent sur les récifs d'une plage où ils découvrent le cadavre d'un jeune homme. Epuisés, ils s'endorment mais sont réveillés par une multitude d'araignées, à laquelle ils échappent en se réfugiant dans une grotte en hauteur. Mais Louve s'y aventure et Thorgal ne peut la récupérer.
Le viking gagne le sommet de la falaise où il croise bientôt un jeune vigneron qui le prend pour un démon mais accepte de le conduire jusqu'à sa ville, Arachnapolis. Là, Thorgal est livré au prêtre-roi Dracon qui ne tarde pas à le sacrifier à la déesse Arachnea en le jettant dans une fosse.
Pendant ce temps, Louve a rencontré une vieille femme qui lui raconte comment elle a aussi été envoyé dans ce royaume inférieur, parce que son père a refusé sa liaison avec un jeune paysan, Eliocle.
Thorgal lui trouve dans les profondeurs Maïka, fiancée du jeune homme dont le cadavre se trouvait sur la plage. Avec elle, il aboutit jusqu'au repaire d'Arachnea où Louve libère d'une urne funéraire l'esprit d'Eliocle, permettant ainsi sa réunion avec Serena, la fille de Dracon, mais aussi la fin de la malédiction sur le royaume de ce dernier.
Aaricia et les enfants abordent alors sur cette île où Thorgal et Louve les accueillent.
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THORGAL : LE MAL BLEU est le vingt-cinquième tome de la série, écrit par Jean Van Hamme et dessiné par Grzegor Rosinski, publié en 1999 par les Editions du Lombard.
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Thorgal, Aaricia et leurs enfants quittent le royaume de Notre Terre en laissant derrière eux Darek et sa soeur Lehla, à laquelle Jolan confie son chien Muff.
La famille aborde de nouveaux rivages quand elle découvre dans une barque le cadavre d'un homme. Jolan est mordu par un rat avant que des pirates nains ne surgissent et attaquent. Thorgal mène sa barque dans un passage où il croise bientôt le navire du prince Zarkaj qui les secoure et les conduit jusqu'à son palais.
Zarkaj s'éprend d'Aaricia qui le repousse avant qu'il ne découvre qu'elle est atteinte du mal bleu. Le prince envoie aussitôt tous ses invités dans le labyrinthe, une carrière où agonisent tous les indigènes malades. L'état de Jolan s'aggrave mais Thorgal ne s'y résigne pas et décide de partir chercher le mage Armenos dont lui a parlé un des bannis.
Durant son périple, le viking fait la connaissance de Zajkar, frère jumeau de Zarkaj, et ami des pirates nains, qui accepte de le conduire jusque chez Armenos. Mais ce dernier a été capturé par le prince.
Thorgal réussit avec son allié à le libérer et ramène un antidote au mal bleu. Les deux frères acceptent de régner ensemble tandis que Jolan, Aaricia et les bannis se rétablissent.

Sur ces deux nouveaux épisodes, l'un est aussi dispensable que l'autre est réussi, mais il faut admettre que l'essoufflement de la série est de plus en plus évident. Jean Van Hamme est un conteur efficace mais qui montre ses limites en recyclant des motifs sans aboutir à un résultat aussi puissant qu'auparavant.

Arachnea n'est pas seulement un récit faible, c'est une aventure médiocre, qui mélange des éléments fantastiques et épiques en échouant à les rendre intenses ou suffisamment amples. Le décor évoque la Grèce Antique, en particulier l'île de Crète, ce qui signifie que Thorgal et sa famille ont quand même fait un sacré chemin depuis leur exil du Northland, sans qu'on ait pourtant pu apprécier leurs escales intermédiaires : ce flou géographique, qui conférait un mystère envoûtant à la série, a fini par se retourner contre elle à mesure que son héros avec femme et enfants se sont éloignés de chez eux, après en avoir été bannis ou entraînés au gré de multiples péripéties. 

Mais, même sans pouvoir situer précisément l'histoire, cela pourrait rester agréable. Or, cette intrigue basée sur un culte dont l'origine évoque tout à la fois le destin de Pompéi et une énième malédiction totémique (en l'occurrence l'araignée, insecte répugnant à souhait) est une vraie bouillie, menée sur un rythme mollasson, avec des rebondissements téléphonés, une caractérisation bâclée. Encore une fois, Thorgal est séparé de sa femme et de son fils, et Louve n'est pas traitée avec autant de soin que son frère (bien que Van Hamme ait insisté auparavant sur le fait qu'elle soit également doté d'un pouvoir surprenant - communiquer avec animaux).

Tous les (mauvais) clichés de la série défilent dans cet album : rivage hostile, fanatisme religieux, complot, entrailles souterraines dangereuses, grottes menaçantes, méchant roi, princesse maudite, monstre... C'est probablement le pire des tomes depuis le début de la série.

Le Mal bleu n'est, convenons-en, pas d'une qualité extraordinaire non plus, mais il est tout de même bien mieux construit, à défaut d'être plus inspiré. Van Hamme opte pour une construction atypique - Jolan est le narrateur et une bonne partie de l'action s'inscrit dans un flash-back - et multiple encore une fois les obstacles comme autant de moyens pour souligner (comme si c'était encore nécessaire) la bravoure et la pugnacité de Thorgal. 

Le scénariste retrouve sa verve dans ce récit de pure aventure, dans un cadre exotique aux ambiances variées, peuplé de figures archétypales (le prince fourbe et peureux, son frère jumeau et sympathique, le mage qui est un providentiel deus ex machina), et on déplore qu'il n'ait pas préféré développer cette histoire sur deux tomes car cela aurait fluidifié quelques péripéties et évité un dénouement un peu expéditif. Mais au moins observe-t-on un retour aux basiques bienvenu.

Comme souvent en bande dessinée, quand les scripts sont inégaux, le dessin semble contaminé et la prestation de Rosinski est elle-même en deçà de ce à quoi il nous a souvent habitué. 

Pour le tome 24, ses planches sont banales, son découpage sans imagination : les effets (notamment dans les jeux d'ombres et de lumière) dans lesquels il excelle sont absents ou trop rares. On ne le sent pas très concerné, guère passionné par ce qu'il doit mettre en image.

En revanche, il renoue avec sa forme pour le tome 25 car il a davantage de "biscuit" : disposant de décors riches (le palais, le labyrinthe, la jungle, la montagne), il en donne des représentations spectaculaires. Mieux même : il ose des effets de découpage ingénieux et élégants (comme à la page 25), qui rappellent ses efforts antérieurs (voir le tome 6, La Chute de Brek Zarith, ou 9, Les Archers, avec des cascades de cases accompagnant le mouvement périlleux du héros).

Décevants, même si Le Mal bleu est convaincant, cette paire d'albums ne figurent pas dans le top de la série. Début du déclin ? Ou passage à vide provisoire ? 

mercredi 21 octobre 2015

Critique 732 : THORGAL, TOMES 22 & 23 - GEANTS & LA CAGE, de Jean Van Hamme et Grzegor Rosinski


THORGAL : GEANTS est le vingt-deuxième tome de la série, écrit par Jean Van Hamme et dessiné par Grzegor Rosinski, publié en 1996 par les Editions du Lombard.
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Les hommes de Kriss de Valnor et Shaîgan-sans-merci ont capturé le prince de Brek Zarith, Galathorn (voir tome 6, La Chute de Brek Zarith), qui reconnaît Thorgal quand il est face à lui.
Cette scène trouble Shaîgan qui s'entretient en privé avec son prisonnier, lequel lui rappelle sa véritable identité et son passé. Ils s'évadent ensemble alors qu'un orage éclate et que la foudre frappe Thorgal.
Ce dernier se réveille dans le jardin de Frigg en Asgard, qui lui offre de recouvrer la mémoire et sa vie en récupérant chez le roi des géants l'anneau Draupnir qui appartient à Odin.
Thorgal remplit cette mission et, comme promis, retrouve ses esprits - même si le souvenir de son séjour chez les dieux a été effacé. Il rejoint alors Galathorn avec le projet de se racheter auprès de sa femme et ses enfants.
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THORGAL : LA CAGE est le vingt-troisième tome de la série, écrit par Jean Van Hamme et dessiné par Grzegor Rosinski, publié en 1997 par les Editions du Lombard.
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Thorgal décline l'offre de Galathorn de rester à Brek Zarith et repousse les avances de la soeur de celui-ci, Syrane, pour pouvoir partir en direction de l'île où doivent encore vivre Aaricia, Jolan et Louve.
Une fois sur place, il est fait prisonnier par Darek, Lehla et Louve en attendant le retour d'Aaricia et Jolan qui sont allés proposer à Sardal-l'écorché d'attaquer la forteresse de Kriss de Valnor et Shaîgan-sans-merci pour la piller.
Mais Sardal se méfie et Aaricia et Jolan préfèrent s'enfuir. De retour sur l'île, la mère de famille refuse de libérer Thorgal de la cage dans laquelle il a été enfermé car elle n'est pas prête à lui pardonner tout ce qu'elle a enduré après qu'il l'ait abandonnée.
Mais quand Sardal et quelques-uns de ses sbires débarquent sur l'île, Thorgal va avoir l'occasion de se racheter.

Jean Van Hamme choisit de réunir Thorgal et Aaricia (et leurs enfants) : il aura réussi à les tenir éloignés l'un de l'autre depuis le tome 17 (La Gardienne des clés), ce qui représente une séparation conséquente, riches en rebondissements.

Mais comment le scénariste allait-il s'y prendre, à la fois pour rendre sa mémoire à son héros et rétablir son couple ? Tout cela ne se joue pas sans quelques ficelles un peu grosses et on mesure bien alors que la série a perdu de sa subtilité : la foudre qui tombe sur celui qui a été prénommé en hommage au dieu du tonnerre (Thor), un nouveau détour par le royaume des dieux, l'indulgence de Frigg (même si elle jure que c'est la dernière fois qu'elle protège le héros), tout cela est fort providentiel. Selon son humeur, on lira ces nouvelles péripéties et la résolution de cet arc narratif avec plus ou moins de clémence, même si le résultat reste divertissant et référencé (le rôle de Galathorn renvoie loin en arrière, au tome 6, et d'autres éléments citent les tomes 19 et 21).

Plus intéressantes sont les retrouvailles effectives de Thorgal et Aaricia, dans lesquelles les enfants prennent une part non négligeable. Van Hamme y aborde de thèmes plus profonds comme le pardon, les épreuves infligées au couple, la rédemption, le rachat, et il le fait avec sobriété, inscrivant son histoire dans un bon dosage d'action (superbe séquence de traque dans la forêt sous la pluie) et d'intimisme (le récit du calvaire d'Aaricia face à son mari dans la cage - la situation de ce dernier renvoie d'ailleurs à une scène du tome 22 où il est déjà dans une cage lorsqu'il est offert à la fille du roi des géants).

Au terme de cette aventure, on pourrait presque estimer que la série est terminée, mais Van Hamme renvoie ses personnages vers de nouveaux horizons, qui s'annoncent exotiques. Gageons que le voyage sera encore mouvementé, et peut-être source de nouveaux bouleversements (il paraît par exemple évident que Kriss de Valnor refera parler d'elle car elle n'a pas apprécié la façon dont Thorgal l'a quittée).

Rosinski livre de nouvelles pages superbes, même si je trouve que son niveau a parfois baissé : ses personnages n'ont plus cette noblesse d'autrefois, son trait est moins ouvragé (même s'il a de beaux restes quand il dessine des scènes nocturnes, où son art du clair-obscur est fabuleux). En revanche, ses décors sont toujours excellemment traités, il s'en sert pour poser des ambiances immédiatement intenses (comme dans la cale du navire de Sardal).

La colorisation a aussi évoluée, c'est Graza qui s'en occupe : née en Pologne comme Rosinski, Grazyna Foltyn-Kasprzak a suivi des cours de dessin et peinture à l’Académie des Beaux-Arts de Cracovie. Elle est l'épouse de Kas (de son vrai nom Zbigniew Kasprzak, futur dessinateur de la série Hans). Sa palette est moins contrastée que celle de Rosinski mais la série conserve toutefois sa cohérence esthétique.

Ces deux nouveaux épisodes marquent une transition et rétablissent le statu quo de la série. Il faut à présent souhaiter que Van Hamme continue de développer sa création de manière inspirée alors qu'il approche de la fin de son run (au tome 29).

mardi 20 octobre 2015

Critique 731 : LES GARDIENS DE LA GALAXIE #10 (Octobre 2015)

Les Gardiens de la Galaxie #10 :

Suite du crossover Le Vortex Noir oblige, le sommaire de la revue est encore divisé en deux parties : d'un côté, les séries impactées par la saga (Les Gardiens de la Galaxie et Star-Lord), de l'autre, le reste du programme (Rocket Raccoon et Nova  - même si la fin du 2ème épisode de ce dernier relie le personnage au crossover).

- Les Gardiens de la Galaxie #24 : Le Vortex Noir (2) (Brian Michael Bendis / Valerio Schiti) :
(Ci-dessus : extrait des Gardiens de la Galaxie #24.
Textes de Brian Michael Bendis, dessin de Valerio Schiti.)

- Star-Lord #9 (Sam Humphries / Paco Medina) : 
(Ci-dessus : extrait de Star-Lord #9.
Textes de Sam Humphries, dessin de Paco Medina.)

Après avoir dérobé le Vortex Noir à Mr Knife alias J-Son, Peter Quill/Star-Lord et Kitty Pryde se disputent sur la nécessité de le conserver ou de le détruire. Gamorra a déjà été transformée par l'artefact, le Fauve n'y résiste pas longtemps. Est-ce une opportunité pour régler bien des problèmes ? Ou en créer de nouveaux?
L'intervention du père de Star-Lord va certainement précipiter l'issue de ce débat...

Bon, inutile de se bercer d'illusions, ce crossover ne s'annonce pas renversant et Brian Bendis ironise volontiers sur cette intrigue à base de possession cosmique et de corruption mentale : la métaphore est soulignée et aboutit à un récit divertissant mais guère original.
L'épisode des Gardiens... écrit par Bendis a le grand mérite de recentrer le problème autour de quelques personnages (Peter, Kitty, Gamorra, le Fauve et Tornade) mais le scénariste ne fait pas de miracles et le nombre pléthorique de protagonistes reste absurde.
La transition avec l'épisode de Star-Lord est organique puisque les événements qui y sont narrés prolongent directement ceux des Gardiens.... Sam Humphries écrit avec moins de distanciation mais ce n'est pas déplaisant.

Visuellement, Valerio Schiti produit de superbes planches (souvent découpées en profitant de toute la largeur de doubles pages), où l'expressivité de ses personnages, son art de la composition et le dynamisme de sa mise en scène sont un régal.
La prestation de Paco Medina est inférieure en qualité : un dessin sans personnalité ni invention, où l'encrage et la colorisation n'arrangent rien.

- Rocket Raccoon #8 : Le Froid (2) (Skottie Young / Felipe Andrade) :

Rocket part avec la princesse Jink trouver l'antidote qui guérira Groot : l'occasion pour le couple de se confier sur leur passé avant d'accomplir cette mission périlleuse.

Skottie Young déçoit un peu avec cette aventure qui manque de l'énergie des précédents épisodes en une partie de la série : l'issue ne fait aucun doute et la caractérisation des personnages est sommaire, rappelant juste comment le duo Rocket-Groot s'est formé.

Les dessins de Felipe Andrade manquent parfois d'une élémentaire lisibilité, mais la colorisation de Jean-François Beaulieu produit des ambiances spectaculaires.

- Nova #27 & Annual #1 : Mr Carnage goes to Carefree & Les Aventures de Doc et Sammy (Gerry Duggan / John Timms, David Baldeon) :
Sam Alexander règle son compte à Carnage en s'efforçant de préserver sa double identité secrète. Puis après avoir tenté de faire réparer son casque par le Fauve et Iron Man, il s'en remet à Doc Green (aka Hulk).

Le niveau de la série reste toujours aussi pauvre, avec un premier épisode particulièrement calamiteux. L'Annual est un peu meilleur mais trente pages pour raconter ça, c'est tout de même long. Gerry Duggan finit par introduire son personnage au crossover du Vortex Noir, dans lequel, honnêtement, on se demande ce qu'il va apporter (comme s'il n'y avait pas déjà assez de monde dans cette affaire).

Graphiquement, le contraste entre le Sam Alexander dessiné par John Timms (qui a l'air d'avoir 20 ans) et celui de David Baldeon (qui a l'air d'en avoir 10) produit un effet grotesque, mais on n'est plus à ça près.

Bilan : pas fameux - je me suis engagé à lire le crossover donc je vais acheter jusqu'à la fin, qui coïncidera avec celle de la revue que va relancer/renuméroter Panini dès Janvier 2016. L'éditeur a d'ores et déjà décidé de publier les épisodes des diverses séries dans la plus grande précipitation d'ici à la fin de l'année (avec carrément un Hors-Série en plus du n° de Décembre !). Consternant.