mercredi 5 août 2015

Critique 680 : ANT-MAN, de Peyton Reed


ANT-MAN est l'adaptation du comic-book éponyme publié par Marvel Comics, créé par Stan Lee, Larry Lieber et Jack Kirby, la 12ème produite Marvel Studios et le dernier de la Phase 2 du "Marvel Cinematic Universe".
Le film est réalisé par Peyton Reed ; écrit par Adam McKey et Paul Rudd d'après le script initial de Edgar Wright et Joe Cornish. La direction artistique du film est signée par Justin O'Neal Miller, avec la photographie de Russel Carpenter, les costumes de Sammy Sheldon Differ, et la musique de Christopher Beck.
Dans les rôles principaux, on trouve : Paul Rudd (Scott Lang / Ant-Man II), Evangeline Lilly (Hope Van Dyne), Corey Stoll (Darren Cross / Yellowjacket), Bobby Cannavale (Paxton), Michael Peña (Luis), Tip "T.I." Harris (Dave), David Dastmalchian (Kurt), Anthony Mackie (Samuel Wilson / le Faucon), Wood Harris (Gale), Judy Greer (Maggie Lang), Abby Ryder Forston (Cassie Lang), et Michael Douglas (Hank Pym / Ant-Man I).
Le film est sorti en France le 14 Juillet 2015.
*
ATTENTION ! SPOILERS !

En 1989, le scientifique Hank Pym démissionne du SHIELD après avoir découvert que sa technologie de réduction "Ant-Man" risque d'être utilisée à des fins militaires. Estimant sa découverte trop dangereuse si elle tombe entre de mauvaises mains, Pym jure de la dissimuler aussi longtemps qu'il vivra.

De nos jours, la fille de Pym, Hope Van Dyne, et son ancien disciple, Darren Cross, ont pris le contrôle de la compagnie qu'il a fondée. Cross est sur le point de trouver une formule identique à celle de son mentor et a conçu une combinaison pour l'utiliser, la "Yellowjacket", ce qu'appréhendait Pym. 
Scott Lang
(Paul Rudd)

A la même période, le cambrioleur et informaticien Scott Lang sort de prison, attendu par son ancien complice Luis. Durant sa détention, sa femme, Maggie a refait sa vie avec le policier Paxton qui élève désormais la fille de Scott, Cassie.
Cassie et Maggie Lang
(Abby Ryder Forston et Judy Greer)

A cause de son casier judiciaire, Scott a du mal à trouver un emploi et finit par accepter la proposition de Luis de participer à un nouveau cambriolage, avec le concours de Dave et Kurt.
Luis, Kurt et Dave
(Michael Peña, David Dastmalchian et T.I.)

Il s'agit de s'introduire dans la maison d'un scientifique pour lui voler l'argent qu'il garde dans un coffre. Mais, à la place, Scott trouve une étrange combinaison qui ressemble à celle d'un motard et un étrange casque métallique équipé informatiquement.

Chez Luis, alors qu'il est seul, Scott essaie la combinaison et le casque. Il découvre qu'il est alors capable, grâce à cet équipement, de rapetisser jusqu'à la taille d'un insecte. L'expérimentation a suffisamment terrifié Lang pour qu'il décide de la ramener à son propriétaire. Hélas ! En quittant les lieux, il est appréhendé par la police et incarcéré.

Au poste de police, Scott reçoit la visite de Hank Pym, qui se fait passer pour son avocat afin de l'inciter à se retrouver plus tard dehors. Lang réussit à s'évader en réutilisant la combinaison et le casque, grâce auxquels il peut communiquer avec Pym mais aussi des fourmis qui le transportent chez le savant.

Chez Pym, Scott apprend qu'il a été manipulé par son hôte depuis le premier cambriolage afin qu'il devienne le nouvel Ant-Man pour contrecarrer les projets de Darren Cross. La fille de Pym, Hope Van Dyne, est la complice de son père dans cette opération mais elle estime qu'elle devrait lui succéder sur le terrain et que Lang est inutile dans leur plan. Malgré cela, elle accepte d'entraîner physiquement le cambrioleur tandis que Pym l'instruit sur les capacités du costume.
Hope Van Dyne, Scott Lang et Hank Pym
(Evangeline Lilly, Paul Rudd et Michael Douglas)

Pour commencer, Lang est envoyé au Q.G. des Avengers pour y  dérober un appareil. Sur place, il affronte avec succès le Faucon et rapporte le matériel convoité. Cette réussite apaise sa relation avec Hope et conforte Pym dans sa conviction d'avoir trouvé son remplaçant. Le savant en profite alors pour expliquer à sa fille dans quelles circonstances exactes sa mère est morte, lors d'une mission au cours de laquelle elle n'a pas suivi ses recommandations en se réduisant au niveau sub-atomique grâce au régulateur du costume - un risque que court aussi Lang. 
Hank Pym et Darren Cross
(Michael Douglas et Corey Stoll)

Cependant, Cross achève de perfectionner le "Yellowjacket" et organise une réception à l'attention de plusieurs commanditaires intéressés par son invention. Il invite Pym à participer à son sacre. Profitant de l'occasion, Lang s'infiltre, à la tête d'une armée de fourmis de diverses espèces, dans les laboratoires dirigés par Cross avec l'aide de Hope à l'intérieur et de Luis, Dave et Kurt à l'extérieur.
Ant-Man
(Paul Rudd)

Pym apprend par son ancien disciple qu'il a négocié un partenariat avec l'organisation terroriste Hydra tandis que Lang et ses fourmis (et l'aide de Luis, Dave et Kurt) sabotent les installations de Cross. Lorsqu'il est sur le point de s'emparer du "Yellowjacket", il est malgré tout capturé. 
Ant-Man
(Paul Rudd)

Pym se rebelle et il est blessé. Cross prend la fuite alors que le siège de sa compagnie est ravagé par les explosions provoquées par Lang. Mitchelle Carson, le représentant de l'Hydra, fuit de son côté avec un échantillon de la formule mise au point par Cross.

Yellowjacket
(Corey Stoll)

Scott poursuit Cross qui revêt alors le "Yellowjacket". Leur affrontement est disputé mais semble prendre fin dans le jardin des habitants d'un pavillon. Paxton, qui a suivi la bataille et ses acteurs, surgit alors pour arrêter Lang. Mais Cross en profite pour s'évader et se rendre chez la femme de Scott.

Scott parvient à fausser compagnie à Paxton pour aller sauver sa fille et son ex-femme de Cross, devenu fou à cause des imperfections de sa technologie. Pour le vaincre, il sabote le "Yellowjacket" en se réduisant au niveau sub-atomique, disparaissant alors du champ de la réalité connue. Mais, alors qu'il dérive dans ce no-man's land, Lang se ressaisit et trouve les ressources mentales pour réapparaître dans notre dimension. Paxton le laisse partir avant que ses collègues policiers ne l'embarquent.     

Alors qu'il débriefe les événements avec Scott, Pym entrevoit la possibilité que sa femme, Janet, ait pu survivre à sa disparition au niveau sub-atomique. Lang se voit ensuite proposé un nouveau coup par Luis mais comprend qu'en vérité, c'est le Faucon qui le recherche.

Durant le générique de fin, on assiste à deux scènes supplémentaires :

Pym présente à sa fille une nouvelle combinaison, inspirée par celle que portait Janet Van Dyne, et lui offre de devenir la nouvelle Guêpe.

Ailleurs, plus tard, Sam Wilson (le Faucon) et Steve Rogers (Captain America) ont capturé Bucky Barnes (Winter Soldier, l'ex-partenaire de Cap). Wilson dit qu'il connait quelqu'un susceptible de les aider (Ant-Man) puisqu'ils ne peuvent faire appel à Iron Man à cause des "accords" (référence à l'intrigue de Captain America 3 : Civil War, qui sortira en 2016).

Le projet d'adapter les aventures de Ant-Man était dans les tuyaux depuis le début des années 80 : à l'époque, Stan Lee voulait porter cette histoire sur grand écran. Finalement, il aura fallu attendre 35 ans pour que cela voit le jour, après bien des péripéties.

Le film, tel qu'il existe aujourd'hui, est officiellement lancé en 2006 quand le réalisateur Edgar Wright fait part de son intérêt pour le personnage à la Convention de San Diego : il a l'ambition d'en tirer un long métrage qui mêlera action et comédie et utilisera deux des incarnations de Ant-Man dans les comics, Hank Pym et Scott Lang. Il est même alors question d'un récit sur deux niveaux, avec une partie se déroulant dans les années 60 (quand le héros a été créé) et une autre de nos jours, dans une relation digne de Machiavel !
C'est le début d'une longue suite de révisions du script commencé en 2007 et d'essais filmiques pour donner une vision convaincante des pouvoirs de ce héros. Marvel Studios a une attitude ambivalente vis-à-vis du projet : prêt à investir du temps et de l'argent, mais sans en faire une priorité (car Ant-Man n'a pas le même potentiel commercial que Iron Man, Captain America ou Thor, qui doivent aboutir à la concrétisation d'un film consacré aux Avengers). Mais l'enthousiasme d'Edgar Wright et sa bonne réputation auprès des fans maintiennent le projet à flots.

En 2010, une précision décisive va resituer le film : Ant-Man ne s'inscrira pas dans la chronologie des Avengers, il ne fera donc pas partie de l'équipe (du moins pas immédiatement). Entretemps, Wright se consacre à d'autres travaux, comme l'adaptation d'un autre comic-book : Scott Pilgrim, d'après Brian Lee O'Malley.

Deux ans plus tard, Kevin Feige, le directeur des productions cinéma de Marvel, annonce les dates de tournage du film. De nouveaux tests pour visualiser les pouvoirs de Ant-Man sont réalisés et convainquent tout le monde, les premières photos du héros en costume fuitent sur le Net. La sortie est prévue pour 2015. Les rumeurs sur le casting circulent.

Pour Wright, la référence est le premier film Iron Man, qui fonctionne sans avoir besoin de connaître les autres titres du "MCU". Le tournage peut commencer. Pourtant, après quelques semaines de prises de vue, un communiqué officiel, conjointement approuvé par Marvel Studios et Wright, établit que le réalisateur abandonne son poste pour "différends créatifs". Il sera remplacé par Peyton Reed, tandis que le script subit quelques corrections de la part d'Adam McKey et l'acteur principal Paul Rudd (principalement des additions de scène d'action).

Revenir sur la genèse mouvementée de Ant-Man permet de mieux en apprécier les qualités et défauts, mais aussi de comprendre comment fonctionne vraiment la production des films selon les studios Marvel : tout cela rappelle ce qui s'est déjà passé pour Thor 2 : Le monde des ténèbres, quand Julie Taymor a quitté l'aventure et été remplacée par Alan Taylor. Ce qu'il faut retenir ici, c'est que le cinéma selon Marvel est d'abord une affaire de producteurs, les cinéastes qui y participent sont d'abord des techniciens dociles, sans grande vision (il suffit, sans les mépriser, de citer Jon Favreau, Joe Johnston, les frères Russo, James Gunn, ou même Joss Whedon, Shane Black et Kenneth Branagh pour se rendre à l'évidence qu'il n'y a là personne au style aussi affirmé que de grands cinéastes contemporains américains).

Je me garderai bien de juger la qualité de cinéaste d'Edgar Wright, je n'ai vu qu'un seul de ses films (Scott Pilgrim, un objet curieux, à la fois tonique, inventif et décalé), ce qui est insuffisant pour savoir s'il avait vraiment la carrure pour une grosse production comme Ant-Man et assez de personnalité pour en faire un long métrage qui concilie l'efficacité d'un blockbuster estival et l'aptitude pour livrer une adaptation originale d'un film de super-héros. Il est pourtant évident qu'en revenant à Peyton Reed, le projet est passé d'une entreprise prometteuse à celle d'un produit formaté, dans la ligne de ce que Marvel fait distribuer par Disney.

C'est un film agréable, sympathique, d'abord parce qu'il remplit sa fonction première - divertir - et qu'il le fait avec une authentique humilité - ce qui change positivement après l'énorme machinerie Avengers 2. Ant-Man ne cherche jamais à paraître plus grand qu'il est, c'est le cas de le dire, mais cette modestie ne l'empêche pas d'être imaginatif et ludique.

D'avoir inscrit l'histoire dans le double registre du film de super-héros traditionnel, avec son lot de figures imposées (initiation, passage de relais, rédemption), et du film de braquage (le heist movie) est une riche idée qui renouvelle simplement et habilement les codes. Il ne s'agit pas seulement de raconter comment un homme devient un super-héros pour protéger la veuve et l'orphelin, sauver toute l'humanité ou se racheter, mais bien pour accomplir une mission malhonnête et néanmoins positive (empêcher un rival d'employer une trouvaille à des fins belliqueuses).

Tout cela, le scénario le relate très bien, avec quelques trouvailles narratives délicieuses (le fait que Pym choisisse et manipule son remplaçant, que sa fille jalouse l'élu de son père, qu'un repris de justice comme Lang devienne un gentil à la fois parce qu'il est piégé par Pym mais aussi parce qu'il a besoin d'un job et de voir sa fille). Il y a une dynamique de groupe dans cette histoire pourtant centrée sur un seul héros, avec le duo Pym-Lang ; le trio Hank-Scott-Hope ; le gang de bras cassés de Scott ; la relation entre Scott, sa femme, leur fille, le nouveau compagnon de sa femme.

Le script offre aussi une perspective nouvelle et favorablement étonnante au "MCU" avec son prologue situé en 1989 puis des allusions (qui seront ensuite avérées) de l'existence d'un premier Ant-Man. Du coup, le personnage est restauré adroitement comme un des piliers de cette continuité, comme dans les comics, à mi-chemin entre Captain America et Iron Man (on peut considérer la naissance de Thor comme antérieur à celle de Captain America étant donné ses origines divines). C'est très malin, tout le sont les scènes du générique de fin qui établissent déjà, de manière très vive et explicite, le futur de Ant-Man (avec une nouvelle Guêpe et la présence effective de Scott Lang dans le prochain film consacré à Captain America, qui, lui-même, s'annonce quasiment comme le troisième film des Avengers vu le récit qu'il cite - la saga Civil War, écrite par Mark Millar, même si elle sera très certainement modifiée).

Ant-Man est moins convaincant sur d'autres points, souvent déjà discutés dans de précédents adaptations de comics. Curieusement, alors qu'il prétendait être une comédie d'action, les scènes humoristiques sont peu drôles ou, en tout cas, les gags et les répliques à cet effet tombent souvent à plat. Seules deux séquences fonctionnent dans cette veine : quand Scott Lang s'entraîne chez Hank Pym (devant notamment passer par le trou d'une serrure ou communiquer avec les fourmis dans le jardin) et Ant-Man affronte Yellowjacket dans la chambre de Cassie Lang (tous deux à leur taille microscopique, ils se battent sur les jouets de l'enfant, en particulier sur un train électrique : une lutte délirante et déjà mémorable). Mais, donc, sinon c'est clairement moins drôle que ce que réussissait Les Gardiens de la Galaxie (parce que les personnages étaient dotés de caractères plus marqués).

Même si les producteurs de Marvel s'efforcent que chacun de leurs films restent accessibles, il est désormais indéniable qu'il existe un poids de la continuité, moindre que dans les comics certes, mais bien réel. Le spectateur qui découvrira le "MCU" avec Ant-Man sera décontenancé par la présence du Faucon (et la dernière scène du générique du fin) : Edgar Wright voulait, rappelons-le ici, faire en sorte que son projet soit auto-contenu, il n'est donc pas impossible que les "différends artistiques" évoqués lors de son départ aient porté sur les éléments qui ont finalement été importés des films précédents de Marvel Studios. Il est clair donc que, maintenant, chaque nouveau personnage adapté au cinéma par la major le sera pour être incorporé à ce qui existe déjà et exploité dans le futur à un ensemble partagé : si cela est bien développé par la production en explorant diverses facettes (les super-héros classique - Iron Man, Captain America, Hulk - , les dieux - Thor - , les extra-terrestres - les Gardiens de la Galaxie - , en attendant la magie - Dr Strange), c'est aussi la limite du procédé car aucun héros n'a une vie propre, indépendante (même en comptant les séries télé comme celles diffusées sur Netflix - Daredevil, Jessica Jones, bientôt Iron Fist, les Defenders).

Pour avoir vu récemment Scott Pilgrim d'Edgar Wright, je pense aussi que, visuellement, Ant-Man n'est qu'à la moitié de ce qu'on pouvait espérer car Peyton Reed l'a réalisé sans panache. Le résultat est classique, bien rythmé, mais sans éclat. Parfois pourtant, on devine, notamment par le biais du montage, des résidus de Wright, avec de brusques accélérations ou la tonalité très geek du premier tiers du film (Lang, Pym, Cross : tous évoluent dans un domaine techno-scientifique, et leur dimension héroïque est acquise grâce à leur intelligence plus qu'à leurs muscles).

Cet aspect bancal est encore plus prononcé dans ce qui est hélas ! un défaut récurrent à beaucoup de films de super-héros et qui concerne l'apparition du super-vilain du récit : bien entendu, l'adversaire est rapidement identifié, mais Yellowjacket entre franchement en action très, très tardivement (comme Iron Monger dans Iron Man 1). A vrai dire, le film aurait certainement fonctionné très bien sans cet ennemi puisque l'argument du cambriolage et du sabotage des laboratoires de Cross suffit amplement à tenir le spectateur en haleine. Même si la bagarre entre Ant-Man et Yellowjacket est efficace une fois située dans la chambre de Cassie Lang (avec donc la séquence sur le train électrique), elle ne dépasse jamais le stade du passage obligé, folklorique.

Et c'est sans compter sur un fait encore plus élémentaire mais régulièrement escamoté : le méchant est toujours prêt pour la baston sans même qu'on l'ait vu s'y entraîner. Ici, c'est encore plus risible puisque Cross n'a pu se préparer car la technologie du "Yellowjacket" ne fonctionne pas pendant les 3/4 du récit ! Qu'il soit donc pleinement capable d'être un bad guy aussi bien rodé que Scott Lang à la miniaturisation quand la situation est compromise relève d'un grossier miracle. Et puis il faut bien l'admettre, Darren Cross souffre d'un manque de charisme (à l'image de son interprète) très dommageable : jamais on ne croit à la menace qu'il est censé représenter sur un plan physique, ce n'est pas plus qu'un savant revanchard de mèche avec des terroristes (l'Hydra - autre élément incompréhensible pour le spectateur ignorant des précédents films Marvel) dont son ancien et vieux mentor n'a même pas peur (Pym est plus soucieux de qui pourra répliquer son invention et l'employer que de l'éventualité de voir son ex-disciple s'en servir lui-même).

Malheureusement aussi, la dimension familiale de l'histoire est un peu sacrifiée, faute de place (le film dure 1h55 pourtant, mais est déséquilibrée dans l'organisation de ses parties) : au début, la situation de Scott est traitée avec du potentiel puis vite remisée au profit de la relation entre Pym, sa fille et Lang (suggérant même, in fine, une romance naissante et maladroite entre les deux derniers). La jalousie de Hope envers Scott est mieux exploitée, donnant du ressort au thème de la succession, et le mystère entourant la mort (supposée) de Janet Van Dyne / la Guêpe est bien suggéré. Par contre, l'importance donnée au gang de losers complices de Scott alourdit parfois inutilement l'histoire (même si ça aurait pu être pire).

Le casting est très convaincant. Pour une fois, Marvel Studios a misé sur une distribution de comédiens confirmés : le choix de Paul Rudd et celui de Michael Douglas en témoignent.

Le premier est un pari étonnant puisqu'il vient de la comédie (Rudd fait partie des habitués des comédies bien grasses de Judd Appatow) et il livre une prestation sobre, très intelligente et crédible.
Michael Douglas est une très belle "prise" : avoir convaincu un acteur de ce calibre de participer à une production comme celle-ci lui donne un cachet très classe d'emblée. Douglas joue Pym avec une jubilation communicative mais sans cabotiner. Il réussit à voler la vedette à Rudd sans forcer.

J'étais, je dois le reconnaître, perplexe quand j'ai appris que Evangeline Lilly était de la partie - sans doute parce que j'avais du mal à l'imaginer autrement qu'en Kate Austen dans la série Lost, qu'elle a incarnée à la perfection. Au début, affreusement coiffée et habillée en caricature d'executive woman en délicatesse avec Papa, ce n'est pas gagné. Puis, plus le film avance, meilleure elle est - et il semble acquis qu'elle va devenir une des femmes importantes de la filmographie Marvel à l'avenir.

Corey Stoll est une déception : comme je l'explique plus haut, il n'arrive jamais à donner corps à son personnage, ne le rend jamais suffisamment menaçant, inquiétant pour qu'on le voit en adversaire sérieux pour Scott Lang, encore moins pour Hank Pym. Quand l'heure sera venue de concevoir une suite à Ant-Man, les scénaristes seront avisés de lui écrire un méchant plus corsé et les producteurs de confier le rôle à un comédien plus consistant.

Les seconds rôles sont globalement assez transparents, avec des interprètes peinant à exister - en dehors de Michael Peña (Luis) ou de la petite Abby Ryder Forston (Cassie). Les caméos tenus par Hayley Atwell (Peggy Carter) et surtout Anthony Mackie (le Faucon) sont par contre impeccables. Stan Lee a droit à une apparition très drôle (comme souvent).
   
Ant-Man a quelque chose de rafraîchissant : héros outsider, le film l'est aussi, et il est excellent quand il se concentre sur ses personnages centraux et ses références aux heist movies. Mais en renonçant à dépasser son rang de petit film avec son petit héros, souffrant aussi de faiblesses dramaturgiques, il manque d'intensité et de personnalité.
Le système Marvel au cinéma montre ses limites : en proposant du divertissement efficace mais très (trop ?) calibré, refusant de privilégier la vision des cinéastes au détriment de celle de ses producteurs, il ressemble finalement beaucoup (de plus en plus) à ce que les comics procurent - un sentiment de ronron, voire d'embourgeoisement.
La suite, avec un nouvel épisode de Captain America et l'introduction de Dr Strange, sera décisive pour conforter cette impression ou faire (ne serait-ce qu'un peu) bouger les lignes...

lundi 3 août 2015

LUMIERE SUR... VALERIO SCHITI

 Valerio Schiti
*
 Hawkeye / Clint Barton
 Hawkeye / Kate Bishop
 Nightcrawler
*
J'aime beaucoup ses characters designs.
Ci-dessous, le casting de son run sur
Journey into Mystery featuring Lady Sif
(écrit par Kathryn Immonen) :











Puis le casting de Mighty Avengers,
dont Schiti dessina un arc de quatre épisodes
(écrit par Al Ewing) :








Mais bien sûr, la série qui permet d'apprécier 
tout le talent de Schiti est Guardians of the Galaxy
(écrite par Brian Michael Bendis), et dont voici la nouvelle équipe
(en v.o. à partir d'Octobre) :

Critique 679 : CHIENS DE PRAIRIE, de Foerster et Berthet


CHIENS DE PRAIRIE est un récit complet écrit par Philippe Foerster et dessiné par Philippe Berthet, publié en 1996 par Delcourt.
*

Dans une lettre qu'elle écrit à sa fille Janey, Calamity Jane évoque la dernière aventure de son ami J. B. Bone, bandit de grand chemin qui, après un braquage à Ogallala durant lequel son complice Ben Donnegan a été tué, transporte sa dépouille pour l'enterrer auprès de celle qu'il aimait, Alabama Lightingale. 
Martha Jane Canary oublie un des orphelins qu'elle convoie à Rapid City et c'est ainsi qu'au matin Bone se trouve flanqué d'un gamin sourd et muet, Moïse.
Leur voyage est semé d'embûches car la tête de Bone est mise à prix, attirant à ses trousses plusieurs chasseurs de primes dont le redoutable fanatique religieux Salomon Wallace et sa soeur Moïra ou Tulsa Jake Black. Il se dit aussi que dans le cercueil de Donnegan se trouve le magot amassé par les deux malfrats.
Pourtant, à la fin de ce périple sanglant, de stupéfiantes et sordides révélations éclaireront d'un jour nouveau les motivations des Wallace et la situation du petit Moïse tandis que Bone rencontrera son destin...

Dans les années 70, à Bruxelles, plusieurs jeunes futurs auteurs de bande dessinée se rencontrèrent au sein de l'Institut Saint Luc, parmi lesquels Philippe Foerster et Philippe Berthet, formés par Claude Renard puis Eddy Paape. Les deux élèves travailleront une première fois ensemble en 1988 sur l'album L'oeil du chasseur.

En 1994, la carrière de Berthet prend une nouvelle dimension grâce à la série que lui écrit "sur mesure" Yann, Pin-Up. C'est entre les deux premiers cycles de ce titre, en 1996, que Berthet s'accorde une parenthèse en collaborant à nouveau avec Foerster sur un projet qu'il lui soumet : Chiens de prairie, édité par Delcourt.

Pour le dessinateur, c'est un défi car il aborde un genre auquel il n'a jamais touché auparavant, le western, modifie sensiblement son style de dessin, y expérimente un nouveau type d'encrage (à la plume), est colorisé par sa propre épouse (Dominique David).

Trop de changements ? En tout cas, l'album sera un échec commercial que l'artiste admettra avec lucidité, estimant que les fans de Pin-Up ne l'attendaient certainement pas là, ne l'avaient peut-être même reconnu.

Comme Pin-Up, j'avais lu cet ouvrage au moment de sa parution, il y a donc une vingtaine d'années, et j'étais curieux de voir s'il avait bien vieilli, s'il méritait ou non sa sanction. Par ailleurs, j'ai toujours apprécié le western en bande dessinée, c'est même le genre qui m'a fait aimé le 9ème art (avec Lucky Luke, puis plus tard Blueberry, Comanche...). Et j'ai conservé de la bienveillance pour la production de Berthet, dessinateur humble et discret mais accompli, immédiatement identifiable.

Chiens de prairie n'est pas un navet indigne, mais ce n'est tout de même pas bon. C'est assez fidèle au souvenir que j'en avais : un album plus mémorable pour ses auteurs que pour son contenu. Le scénario de Foerster veut fréquemment provoquer le lecteur en accumulant des moments chocs, volontiers glauques, mais l'effet qui en résulte donne justement trop le sentiment d'une écriture facile et complaisante. 

Le personnage de JB Bone qui traîne le cercueil de son ami ne suscite jamais la moindre sympathie : ce n'est pas dérangeant en soi, mais l'effet est forcé et des scènes se produisent gratuitement sans rien ajouter au récit (le sommet du morbide étant atteint quand ledit cercueil dévale une pente rocheuse, libérant le cadavre en putréfaction de Donnegan, que vont récupérer Bone et Moïse dans une nuée de mouches).

De la même manière, Foerster convoque des références historiques et bibliques avec une lourdeur qui devient vite grotesque : le fait que l'histoire soit narrée via une correspondance par Martha Jane Canary n'apporte aucune perspective supplémentaire (pas plus que de citer Wild Bill Hicock en montrant son assassinat), c'est plus un moyen pour introduire Moïse (le gamin surgissant de nulle part aurait fait gagner en mystère à l'intrigue) ; avoir d'ailleurs prénommé cet orphelin Moïse n'est pas d'une grande subtilité ; et la caractérisation des Wallace avec leur lot de perversions (inceste, fanatisme religieux, vengeance) est d'une ridicule achevé.

On comprend bien que Chiens de prairie veut marcher dans les pas de Impitoyable, le western crépusculaire et tellement plus impressionnant réalisé et interprété par Clint Eastwood, mais la comparaison n'est pas flatteuse pour Foerster qui ne parvient jamais à atteindre la puissance dramatique et funèbre du long métrage : son récit ressemble à une pâle copie d'un chef d'oeuvre, comme Durango (la série de Yves Swolfs) singe piteusement les codes du western italien. Il n'y a pas grand-chose à sauver dans ce naufrage.

Que Berthet ait été attiré par le challenge de dessiner un western est évident, même s'il expliquera que la tâche ne fut pas facile, intimidé par ses illustres pairs qui l'ont devancé dans ce genre (Jijé, Giraud). L'artiste a travaillé d'après un scénario dialogué mais non découpé, ce qui lui a permis d'organiser ses pages avec liberté et d'aboutir à de belles compositions. Mais ses efforts tournent un peu dans le vide.

Pour rajouter à ces difficultés, Berthet, pour la première (et dernière) fois, a encré à la plume, technique qu'il maîtrisait mal (alors qu'il utilise le feutre d'habitude). La représentation des personnages s'écartent légèrement du réalisme "ligne claire" de Pin-Up, sans pourtant s'en écarter autant que l'artiste l'estimait (dans un entretien donné à "DBD : les Dossiers de la Bande Dessinée"). Néanmoins, son trait élégant et fluide se prête mal au western où les meilleurs dessinateurs usent de détails abondants, de hachures : là, c'est trop beau, trop propre, trop net, surtout pour une histoire aussi rugueuse, brutale, malsaine. Reste des décors, majoritairement en extérieur, plus réussis.

Rien ne fonctionne dans ce one-shot : relire certains albums n'est pas toujours heureux, ils ont beau être faits par des gens talentueux, on ne peut que constater que leur échec commercial procède d'une cruelle logique.    

dimanche 2 août 2015

LES COUVERTURES DU MOIS : AOÛT 2015

Voici ma sélection des 10 couvertures de comics à paraître ce mois-ci que j'ai préférée.

 Strange Fruit #2
par J.G. Jones
(Boom ! Studios)
 Barb Wire #2
par Adam Hughes
(Dark Horse Comics)
 Astro City #26
par Alex Ross
(DC Comics)
 Catwoman #43
par Kevin Wada
(DC Comics)
 Robin, Son of Batman #3
par Patrick Gleason
(DC Comics)
 We Are... Robin #3
par Lee Bermejo
(DC Comics)
 Phonogram : The Immaterial Girl #1
par Jamie McKelvie
(Image Comics)
 Rat Queens #14
par Stjepan Sejic
(Image Comics)
 Inhuman : Attilan Rising #4
par Dave Johnson
(Marvel Comics)
Ms Marvel #18
par Kris Anka
(Marvel Comics)

Critique 678 : SPIROU N° 4033 (29 Juillet 2015)


Les Tuniques Bleues reviennent pour le 59ème aventure et ont logiquement droit à la couverture. Plus intrigant : qu'est-ce que c'est que ce Spirounizer X-700 figurant sur le bandeau ?
 (C'est Dab's qui signe La semaine de Spirou, et
comme d'hab', c'est très drôle.)

J'ai aimé :

- Dad. Une visite au zoo avec Béberinice se transforme en une cuisante humiliation pour le papa de Nob : c'est toujours très marrant et vachard, et à suivre dès la semaine prochaine...

- Les Tuniques bleues : Les quatre évangélistes (1/7). Chesterfield et Blutch sont envoyés en mission : il leur faut infiltrer, déguisés, le régiment du commandant confédéré Pendleton dont les quatre canons déciment leurs camarades à chaque charge.
De toutes les "Cauvinades" à supporter dans la revue, c'est pour les Tuniques bleues que j'ai le plus d'indulgence : un an pile après la pré-publication du précédent tome, cette nouvelle histoire s'appuie encore sur des faits réels (Pendleton, un pasteur devenu officier sudiste) et ce premier épisode est prometteur, avec une nouvelle bonne utilisation du duo de héros.
Lambil est égal à lui-même : un dessin sans éclats mais facile à lire, à la narration fluide, et qui n'a pas peur de quelques plans à la figuration très fournie.

- Boni : Drag, le dragueur. Boni aimerait avoir le même succès avec les filles que ce fameux Drag, mais imiter n'est pas gagner. Ian Fortin, en revanche, n'imite personne et amuse toujours autant avec ses strips hebdomadaires.

- Spirounizer X-700 : La machine ultra-méga-secrète. Des savants de la zone 51 au Nevada travaillent sur la téléportation et procèdent aux premiers essais. Incroyable : leur agent se retrouve à explorer des BD parues dans Spirou.
Sur ce postulat complètement foutraque, Sti et Cromheeke s'amusent, et nous avec, pour une série dont on s'étonne qu'elle n'ait pas été imaginée auparavant. Ce premier récit (de 4 pages) s'invite dans le bureau de Gaston : déconnade garantie.

- Le Club des Huns. Dab's, sans doute encouragé après son récit plus long paru la semaine dernière, abandonne le format de deux doubles strips pour le gag en une page : la transition est réussie et on savoure la démonstration d'Attila qui essaie de redonner l'envie de se battre à ses hommes.

- Rob. James et Boris Mirroir peinent vraiment depuis un petit moment maintenant : leurs gags ne sont plus aussi inspirés, le rythme n'y est plus. L'introduction d'une potentielle fiancée pour Clunch est la seule bonne surprise, mais il faudrait qu'elle soit plus développée.

- Zizi chauve-souris. Suzie réclame à sa mère de rencontrer ses grands-parents paternels : ces trois strips ressemblent fort à la fin du deuxième tome de la série, qui aura été une très agréable révélation. J'espère qu'on reverra quand même vite Guillaume Bianco dans la revue, dont il est un des meilleurs animateurs (comme scénariste ou dessinateur). Trondheim, lui, n'est jamais loin...

- L'Atelier Mastodonte. Alfred pète un plomb : deviendrait-il fou ? On peut le penser en lisant les strips de Trondheim et d'Alfred lui-même, surtout quand Tebo continue de rôder... Certainement le début d'un nouveau feuilleton (et la confirmation qu'ils ont tous un grain dans cet atelier).

- Tash & Trash. Une case irrésistible par Dino : du grand art. / Capitaine Anchois. Pas facile d'être un pirate au moment des soldes : Floris au top de sa forme.

- Game Over. Midam, avant le retour de Kid Paddle la semaine prochaine, réussit encore un bon gag muet.  

En direct de la rédak donne la parole à Sti et Cromheecke pour raconter la genèse et les suites du Spirounizer X-700 : ça promet. Un petit aperçu sur le n° 4037 "spécial rentrée", avec (au moins) une nouvelle série. Et la semaine prochaine : suite et fin de l'aventure des Campbell.
Les aventures d'un journal revient sur la dernière série de Victor Hubinon, La mouette, réalisée peu avant sa mort.

Les abonnés ont droit à un superbe poster de Spirou et Fantasio peint par Yoann.