mercredi 3 novembre 2010

Critique 177 : JLA - ANOTHER NAIL, d'Alan Davis

JLA : Another Nail est une mini-série en trois volets publiée en 2004 par DC Comics dans la collection "Elseworlds". Ecrite et dessinée par Alan Davis, cette histoire est la suite de JLA : The Nail (1998).
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JLA : The Nail et Another Nail sont des récits appartenant à la gamme "Elseworlds", donc en dehors de la continuité classique de DC Comics. Dans le premier tome, Alan Davis imaginait comment le monde aurait vécu sans Superman, qui n'apparaissait qu'à la toute fin de l'histoire où il intégrait la Ligue de Justice aux côtés de Green Lantern, Wonder Woman, Atom, Flash, Hawkwoman, Martian Manhunter et Aquaman. Au coeur d'une intrigue épique, un segment impliquait New Genesis, le monde des New Gods, et Apokolopis, l'antre de Darkseid, entre lesquels éclatait un conflit, sans qu'on en connaisse l'issue : c'est ce sur quoi revient Another Nail.

Un an après les évènements relatés dans The Nail, nous apprenons comment, sur le point d'être vaincu, Darkseid a voulu anéantir le cosmos avant d'en être empêché par Big Barda, Mr Miracle et le Green Lantern Corps. Mais la mort du vilain laisse la JLA dubitative et ses membres décident d'enquêter.
Cependant, Oliver Queen/Green Arrow agonise dans son lit d'hôpital, veillé par Black Canary, dont les Outsiders cherchent un moyen avec l'aide du Dr Fate de ressuciter leur ami Metamorpho (apparemment tué dans The Nail).
La situation se gâte pour la JLA après que Superman ait eu un malaise à la suite d'un affrontement aux côtés du Martian Manhunter contre Despero et Evil Star. J'onn J'onzz examine son partenaire pour tenter de comprendre sa défaillance et lui prescrit du repos, mettant cela sur le compte de sa suractivité durant l'année écoulée. L'homme d'acier va donc à la rencontre des Kent en compagnie de la journaliste Lois Lane.
Entretemps, un groupe formé de Power Girl, Black Orchid et Star Sapphire dérobent au Dr Magnus et ses Metal Men l'androïde Amazo (responsable de la mort de Hawkman et des blessures de Green Arrow). Cet évènement coïncide avec l'attaque d'autres héros par des sbires de Darkseid... A ce stade, plusieurs acteurs apparaissent ou reviennent - comme Deadman, Zatanna, la Doom Patrol, le Syndicat du Crime, et le Phantom Stranger (lequel semblant manipuler plusieurs protagonistes, mais dans quel but ?) - , suggérant des perturbations dans le multiverse et le monde de la magie, pertubations se concrétisant de manière spectaculaire par le transport de Wonder Woman et Aquaman dans la préhistoire.
La situation empire encore lorsque le Spectre lui-même est agressé, alors que Superman et Lois Lane ignorent tout de cela dans le calme de Smallville (où ils sont suivis par Eclipso). Batman, traumatisé par la mort de Robin et Batgirl (dans The Nail), est également déboussolé lorsqu'il retrouve le Joker, revenu à la vie et pourvu de pouvoirs magiques.
La crise culmine avec la collision de plusieurs protagonistes de dimensions et d'époques diverses dans le ciel de Metropolis - Jonah Hex comme Omac ou les Blackhawks et Adam Strange surgissent de nulle part. C'est alors qu'Amazo réapparaît !
Superman réagit pour tenter de rétablir le cours de la réalité en neutralisant la force maléfique à l'origine de ce chaos, mais il échoue. Le Joker et Batman se déchirent une dernière fois tandis qu'Amazo, désormais hôte d'Oliver Queen, se sacrifie pour restaurer le cours des choses. Wonder Woman et Aquaman reviennent au temps présent et les autres héros et vilains retournent dans leurs mondes. Batman, débarrassé de son pire ennemi et de ses démons intérieurs, peut alors rejoindre la Ligue, maintenant que le plan posthume de Darkseid a échoué.
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Difficile de résumer de manière intelligible le récit hyper-calorique concocté par le chef Alan Davis : plus encore que dans The Nail, il fait ici feu de tout bois, quitte à perdre le lecteur en route...
Cette suite tardive (6 ans après) de son premier album n'a en effet pas le même charme et pâtit de sa richesse, comme si, en 160 pages, Davis avait voulu revisiter Crisis on Infinite Earths de Marv Wolfman et George Pérez (qui compte 200 pages et 9 chapitres de plus quand même). Qui trop embrasse mal étreint...

La densité énergique des scripts de Davis, qui fait merveille dans une production comme The ClanDestine, plombe son entreprise ici : trop de personnages, trop d'actions, trop de rebondissements, n'en jetez plus, la coupe est pleine et même elle déborde ! C'est dommage car l'imagination de cet immense artiste et son aisance à animer le DCverse aurait, dans un format plus décompressé, sur davantage d'épisodes, pu composer une saga à la fois aussi mouvementée mais surtout plus digeste.

En vérité, Another Nail semble être plus un comic-book de dessinateur que de scénariste tant il est frappant que Davis a voulu employer le maximum de héros (et vilains) que raconter une histoire dans laquelle chacun aurait vraiment un rôle à jouer. Ainsi, le cas d'Oliver Queen transformé en Amazo qui se sacrifie pour prouver qu'il avait sa place dans le panthéon des héros qu'est la JLA a de quoi faire grimacer le fan le plus indulgent. De même qu'il est gratuit de convoquer le temps d'une double-page (certes impressionnante, mais à la limite de la lisibilité) une flopée de personnages que seuls des experts de DC identifieront, tout cela dans l'unique but de souligner le chaos galactique régnant à ce moment-là de l'histoire (comme si ce n'était pas suffisamment clair auparavant).

La jubilation de Davis-le dessinateur ne parvient pas à estomper le sentiment de gavage de son scénario : il représente avec un brio époustouflant n'importe qui, n'importe quoi, mais on sort de cette lecture assommé, épuisé, avec une impression de gâchis non seulement par rapport au tome précédent (dont l'argument était original et servait un pitch tout aussi alambiqué mais mieux développé) mais également par rapport à ce qu'une suite pouvait apporter. A la rigueur, tant qu'à s'intéresser au DCverse, peut-être Davis aurait-il été plus inspiré d'évacuer la JLA (et même Batman, dont l'affrontement avec le Joker s'intègre vraiment mal à l'ensemble) pour donner les premiers rôles à la Doom Patrol et/ou les Outsiders.
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C'est un échec, quel que soit l'admiration qu'on puisse porter à Alan Davis : cela n'entame pas le crédit qu'on lui porte, mais on peut définitivement (hors ClanDestine, voire Excalibur) le préférer en "simple" artiste qu'en scénariste après cet Autre Clou...

lundi 1 novembre 2010

Critiques 176 : REVUES VF NOVEMBRE 2010

X-MEN 166 :

Bon, on va pas se mentir et faire durer le suspense : ce n'est pas un bon numéro et je ne l'ai acheté que parce que Clay Mann illustre la série X-Men Legacy (et je continuerai tant qu'il y sera et parce que la revue est une des moins chères de Panini, mais c'est tout).

- X-Men 521 : Nation X-Vibration.

C'est pas compliqué de merder une série : vous prenez un scénariste qui n'a aucun sens du rythme, qui écrit très mal un récit en narration parallèle, et vous ajoutez un dessinateur qui ignore ce que composer une image lisible sans pomper tout et n'importe quoi sur des photos de catalogues, et voilà, en voiture Simone !

Donc, d'un côté, Magneto fait du yoga sur une montagne pour ramener Kitty Pryde sur Terre, et de l'autre, Wolverine, Psylocke, Colossus et Fantomex se battent avec des espèces de voleurs de pouvoirs mutants dans une chambre d'hôtel (qu'ils ravagent sans déranger la police de New York !). C'est tout.

Matt Fraction a un don certain pour endormir le lecteur (son Iron Man en témoigne) et dégoûter le fan des X-Men. A sa manière, c'est un mutant. Mais ça reste une énigme que Marvel ne l'éjecte pas tellement on s'emmerde. Et dire qu'il va s'occuper de Thor ! Au secours !

Greg Land s'est, semble-t-il, lancé un nouveau défi : "dessiner" des personnages masculins dont les biceps sont plus gros que la tête. Ses filles affichent toujours des sourires "colgate" figés ou grandes ouvertes. Tout le monde paraît poser pour un photographe hors-champ. Les scène d'action sont des prodiges de n'importe quoi, les vignettes s'enchaînent avec un abus très prononcés pour les gros plans : si cela est sensé signifier la confusion, c'est un chef-d'oeuvre. Sinon c'est d'une effarante nullité.

Bad vibes !

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- X-Men Lecagy 231 : Sur deux fronts (1).

Intégrée au crossover Necrosha (avec les Nouveaux Mutants et X-Force - dans la revue "Astonishing X-Men"), la série a le mérite de rester abordable même si on n'a pas suivi les évènements de près.

Séléné a ressucité des mutants noirs et les envoie attaquer Utopia (le refuge des X-Men au large de San Francisco)... Et, d'après un avertissement lancé par Destinée à Blindfold, l'île de Muir. Cyclope y envoie Diablo, Colossus, Malicia, Magneto, Psylocke, Trance et Husk. Sur place, tout paraît calme mais un vieil ennemi rôde...

Mike Carey n'a pas toujours été inspiré dans les épisodes que j'ai lus mais au moins s'emploie-t-il à mener son récit avec vivacité et des personnages bien caractérisés. L'ambiance de guet-apens est bien restituée, le dénouement fait envie. Tout ça est encadré par une histoire qui n'est pas le fait de l'auteur mais avec laquelle il se débrouille bien.

Clay Mann livre des planches de toute beauté (même si l'encrage de Danny Miki, Allen Martinez et Walden Wong y ajoute des fioritures dispensables) : le découpage est nerveux, la lisibilité parfaite, et il croque des personnages (en particulier ses héroïnes) en leur donnant de l'allure.

Good vibes !

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- Les Nouveaux Mutants 7 : Necrosha - Troyen.

J'avais bien aimé le premier arc de Zeb Wells et Diogenes Neves, à l'origine du relaunch de la série : hélas ! je les retrouve bien moins en forme, qui plus est pris dans le cross Necrosha.

Doug Ramsey, un des anciens de l'équipe, est manipulé par Séléné et vient de blesser gravement Magma (la petite-fille de la méchante) et de décapiter Warlock. Dehors, comme on a pu le voir dans X-Men Legacy, c'est l'heure de la bagarre entre revenants et mutants. Pour corser encore un peu plus un plat déjà alambiqué, les Hellions surgissent...

N'en jetez plus ! Fichtre, ce n'est pas bon, mais alors pas bon du tout ! Zeb Wells part dans tous les sens et son récit avec : où est passé le scénariste inspiré des premiers épisodes ? Noyé dans une saga dont les péripéties sont bien plus palpitantes dans X-Men Legacy ? En tout cas, on tourne les pages en perdant progressivement son intérêt pour ce qu'on nous raconte.

Neves a lui aussi perdu de son allant : les décors sont bâclés (quand il y en a), et visiblement il a du mal avec tous les personnages qui se bousculent au portillon. Le découpage est brouillon. Ce n'est ni fait ni à faire.

Re-bad vibes !

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- Dark X-Men 4 : Voyage au centre du bouffon (4).

Parlons peu, parlons bien : c'est effroyable !

Paul Cornell et Leonard Kirk (à qui il faut urgemment redonner un encreur), le tandem qui m'avait régalé sur Captain Britain & The MI 13, est méconnaissable sur cette mini-série totalement dispensable (encore une grande "réussite" inspirée par le "Dark Reign").

Mal écrite, affreusement illustrée, cette production est fatiguante de médiocrité. Zappez, zappez vite ! Hé, ça tombe bien, c'est la fin de la revue !

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Bilan : rendez-vous le mois prochain pour la suite de X-Men Legacy. Et penser à amener une pelle pour continuer de creuser la tombe des X-Men, en prévoyant un trou assez grand pour Dark X-Men. SIEGE 2 :

- Siege (2).

La guerre fait rage au-dessus de Broxton (Oklahoma) où les forces du HAMMER menées par Osborn et ses Dark Avengers ont lancé leur assaut sur Asgard. Thor est en fâcheuse posture et Arès, pourtant dans le camp de ses adversaires, va comprendre la duperie de son chef mais ce dernier dispose d'un redoutable atout dans sa manche avec Sentry... Cependant, les Nouveaux et Jeunes Vengeurs ainsi que les Secret Warriors de Nick Fury se préparent à rejoindre le champ de bataille sous la direction de Steve Rogers...

La "phase 2" du siège d'Asgard écrite par Brian Bendis montre une nette montée de la violence, dont le sommet est le sort réservé à Arès, le dieu de la guerre. Cette scène constitue le "clou" du spectacle et présente, à mes yeux, à la fois une qualité (montrer la dangerosité de Sentry, et par conséquent celle d'Osborn) et un défaut (imposer au récit et donc au lecteur un instant de barbarie discutable). Bendis a conçu ce moment fort avec la volonté affichée de choquer et de signifier que les morts ne se relevèraient pas : l'illustration du script est saisissante mais dérangeante. Je pense que l'auteur aurait pu aboutir au même résultat sans emprunter une approche aussi frontale, mais cela redéfinit également les limites du genre. En mieux ou en pire ? Nous verrons, à commencer par la manière dont Bendis re-présentera la violence dans le futur, en osant ou pas être aussi brutal. Personnellement, encore une fois, cette déjà fameuse double-page m'a un peu gênée, d'autant plus qu'elle détone chez le scénariste (même si, par exemple, la scarification de Bullseye dans Daredevil était déjà mémorable) - alors que chez un Millar, elle aurait été presqu'attendue et sans doute traîté avec sarcasme.

Pour le reste, Bendis restitue avec justesse le chaos de la bataille, son aspect épique, et montre Thor à la fois affaibli et déterminé à ne pas céder. Cela laisse entrevoir un duel spectaculaire avec Sentry et l'arrivée de renforts comme la dernière planche le montre (planche d'ailleurs refaîte à la demande de Joe Quesada pour en renforcer l'impact).

Olivier Coipel se taille la part du lion en livrant des planches explosives : certes, il néglige un peu les décors mais son dessin dégage une énergie, une puissance et une élégance (avec les soutiens de son encreur Mark Moralès et des couleurs de Laura Martin) éclatantes. Comment ne pas jubiler devant cette autre double-page où Steve Rogers fait face à ses troupes ? Dommage que Panini n'en ait pas proposé une version en poster en bonus...

Cet event tient ses promesses : c'est nerveux et on en prend plein les yeux !

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- Siege : Journal de Guerre (2).

De leur côté, Ben Urich, son ami cameraman Will, et Volstagg poursuivent leur route vers Broxton. Ils recueillent les témoignages de citoyens "intoxiqués" par la propagande de Todd Keller tout en étant bientôt repérés par les forces du HAMMER à la recherche du fugitif asgardien...

Brian Reed signe un script à la fois désanchanté, dans lequel transparaît la désillusion des années Bush (incarnées par Iron Man puis Iron Patriot), avec un peuple américain sous influence, et humoristique, grâce à la présence du truculent Volstagg (qui, comme Obélix, s'ennuie vite loin de la bataille et a toujours faim). Cela sonne toujours juste, les dialogues sont sobres et les situations a priori anecdotiques contrebalancent habilement celles de la saga orchestrée par Bendis.

Chris Samnee est vraiment un choix merveilleux pour mettre ce récit parallèle en images : il est aussi à l'aise dans les moments calmes que dans l'action, son trait épuré n'en rajoute pas et résiste même à la colorisation moyenne de Matt Wilson. C'est un vrai régal.

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Bilan : très positif. On ne s'ennuie pas, des morceaux de bravoure sont à prévoir, et les à-côtés sont enthousiasmants. Vivement la suite !

MARVEL ICONS 67 :

- Les Nouveaux Vengeurs 62 : Sous influence.

Comme dans le précédent épisode, l'action concerne deux binômes dans deux endroits différents : d'un côté, Spider-Man affronte Spider-Woman sous l'emprise mentale de Mandrill ; de l'autre, Captain America/Bucky et Steve Rogers font face au Laser Vivant. Leur adversaire vaincu, ces derniers sont rejoints par Luke Cage puis Nick Fury et ses Secret Warriors. De retour à leur planque, ils apprennent que Norman Osborn et le HAMMER ont commencé à attaquer Asgard...

Brian Bendis avait, lors de Secret Invasion, profité de la série pour dévoiler les coulisses de l'infiltration des skrulls sur Terre tout en montrant comment Nouveaux et Puissants Vengeurs allaient s'allier pour la contrer.

En complèment de Siege, il procède différemment : n'ayant pas besoin d'expliquer ce qui pousse Osborn à agresser Asgard, il s'emploie à mettre en scène le rassemblement des résistants - Nouveaux Vengeurs, Secret Warriors, Nick Fury et Steve Rogers. Avant cela, il s'est amusé en opposant les deux araignées face à des complices de the Hood (le choix des opposants, de troisièmes couteaux, est l'occasion de les tourner en ridicule, contrastant avec la menace plus sérieuse qui s'abat sur Asgard) et en scellant la réunion du trio Rogers-Bucky-Fury.

Il faut donc prendre ces épisodes comme une distraction, dispensables par rapport à Siege, mais agrèables car menés sur un rythme alerte, avec une prime à l'action et aux bons mots.

Graphiquement, Stuart Immonen (qui dessine 13 planches sur les 23 de l'épisode) fait à nouveau équipe avec Daniel Acuña (auteur des 10 planches avec les Spiders) : les styles très différents de ces deux artistes se complètent cependant bien et donnent des pages très dynamiques, d'une parfaite lisibilité.

Acuña s'en sort parfaitement et prouve qu'il ferait un excellent choix pour illustrer les aventures du Tisseur à qui il donne de l'élégance et de la fluidité.

Immonen a livré des copies plus inspirées mais, même en mode mineur, c'est un régal à lire car plein d'énergie, en parfaite adéquation avec l'écriture de Bendis - vivement que le volume 2 des NA arrive en France !

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- Fantastic Four 572 : Une solution pour tout (3).
Le Conseil est attaqué par les Célestes et essuie de lourdes pertes auquel il riposte sans demi-mesure. Pour Red Richards, cet affrontement a valeur de révèlation : il n'est pas prêt, visiblement, à sacrifier sa vie conjugale et son rôle de leader des FF pour collaborer avec ses homologues...

En trois épisodes, Jonathan Hickman a prouvé qu'il n'arrivait pas sur le titre en touriste et voyait grand et loin, en nous entraînant dans des mondes parallèles, à la rencontre de savants démiurges et de créatures grandioses.
Mais, durant ces trois épisodes, Hickman n'a pas écrit la série Fantastic Four : il n'a fait que s'intéresser à Red Richards et a totalement négligé les autres membres de l'équipe. Or, plus qu'un groupe de super-héros, les FF sont une famille : écarter trois d'entre eux ainsi, c'est contraire à l'esprit même de la série.
Qui plus est, refaire de Jane la pauvre épouse soumise, attendant à genoux devant la porte du labo que son génie de mari ait terminé ses aventures secrètes, c'est prodigieusement agaçant. Comparer, dans ces conditions, Hickman au maître Byrne, c'est un compliment bien exagéré à mes yeux et j'attends de voir la suite pour qu'il corrige le tir - et prouve qu'il a aussi quelque chose en tête pour Ben Grimm et Johnny Storm.

Visuellement, en revanche, Dale Eaglesham est au rendez-vous et a proposé des planches bluffantes. Cette fois encore, il impressionne et son dessin associé directement à la colorisation de Paul Mounts, d'abord déroutante, produit des effets intéressants (même si je continue de penser qu'un bon encreur ne ferait de mal à personne).

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- Iron Man 21 : Dislocation (2).
Ah, zut ! J'avais presqu'oublié que c'était là, ça...
Bon, au temps pour moi, on zappe jusqu'à la page 74 de la revue !

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- Captain America 603 : Deux Amériques (2).
Bucky poursuit sa mission d'infiltration des Chiens de Garde, la milice aux ordres du Captain America dément des années 50. Quel est le plan de cette organisation et de leur leader ? Et le Faucon saura-t-il protéger son camarade ? Pas sûr car les deux justiciers sont repérés et leurs ennemis prêts à les capturer...

Le précédent volet de cet arc m'avait déçu : démarrant mollement et arrivant après la demi-déception (ou demi-réussite, c'est selon l'humeur) de la saga Renaissance (spectaculaire mais alambiquée), cette histoire plongeant à nouveau dans le passé tortueux de Captain America (et des détenteurs du nom) semblait marquer une baisse d'inspiration chez Ed Brubaker.
Mais, finalement, ce qui fait le charme de cette intrigue tient dans son côté rétro et modeste : ce nouvel épisode met l'accent sur l'action avec deux beaux combats et le piège qui se referme sur les héros - d'ailleurs il s'agit encore une fois moins d'un épisode de Captain America que d'une team-up avec le Faucon. Brubaker sait toujours employer la galerie de seconds rôles du titre, qu'il s'agisse des partenaires de Cap ou de ses adversaires. C'est parfois sa limite, car il n'y a pas vraiment de nouveaux antagonistes, mais c'est aussi sa force, car la mythologie du personnage est tellement riche qu'elle peut alimenter presqu'inlassablement ses scénarii.

Luke Ross illustre ça (avec la contribution notable de Butch Guice à l'encrage) dans un style qui colle parfaitement à l'ambiance du récit : ses pages d'action sont bien conçues, lisibles, nerveuses, avec des cadrages dynamiques.
La colorisation de Dean White est parfois irritante (les effets employés pour les ailes du Faucon qui à l'air de voler avec des néons sous les bras) mais reste convenable, à défaut de mieux.

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Bilan : un "petit" numéro, agrèable mais sans grand relief. On est clairement dans une période de transition avec Siege qui phagocyte les Nouveaux Vengeurs, Captain America et les FF en quête d'un nouveau souffle (et le boulet Iron Man, qui gâche le reste de la vue).

ULTIMATE AVENGERS 4 :

- Ultimate Avengers 2 : Crime et châtiment (1 & 2/6).
Mark Millar débute ici le deuxième volume (sur quatre) de ses Ultimate Avengers, qui sera composé comme le précédent de 6 chapitres. Après avoir collaboré avec Carlos Pacheco (hélas ! desservi par une bande d'encreurs peu inspirés), le scénariste s'associe cette fois avec le dessinateur de Secret Invasion, Leinil Yu.

A l'image de l'arc La jeune génération, les deux premiers épisodes sont consacrés au recrutement de deux nouveaux membres de l'équipe des "black ops" de Nick Fury, et ce sont deux sacrés clients : d'abord, le Punisher, qui mène une guerre sanglante contre la mafia russe ; et ensuite, le premier Hulk, un Hulk noir qui fut le mentor de Bruce Banner, devenu un caïd en Amérique du Sud.
Une fois engagés (non sans mal), ils apprennent, avec Hawkeye, War Machine et la Veuve Noire, que leur cible est le Ghost Rider !

Ce qui était semé dans le volume 1 de la série est désormais mûr : Millar transforme ses Vengeurs en une équipe de rascals, d'assassins aux méthodes musclées, aussi peu fréquentables que leur adversaire. Et pour ce faire, l'auteur a décidé de casser les jouets qu'il avait lui-même re-créés dans Ultimates.
Le parti-pris peut décevoir et même irriter, mais en définitive il est sûrement le plus habile puisqu'Ultimates s'était imposé comme un néo-classique insurpassable, avec une redéfinition décapante des Vengeurs de Lee et Kirby et une illustration impressionnante par Hitch (qui a contaminé jusqu'à certaines productions du Marvelverse classique).
En racontant les aventures de nouveaux personnages qui n'ont rien d'héroïque, qui oeuvrent en secret, et qui sont les pires brutes possibles confrontées à des menaces hors normes, Millar déplace l'enjeu de son projet pour en faire un divertissement rock'n'roll, décomplexé et iconoclaste.
Ainsi peut-il ouvrir ce nouvel acte par 7 pages quasi-muettes où le Punisher abat quantité de gangsters, et cette introduction a valeur d'exemple pour la suite : l'action prime, la violence règne, l'exagération domine, jusqu'à l'absurde, la parodie même du genre et de ses clichés. La volonté est manifeste d'écrire ces Ultimate Avengers comme un popcorn movie où les splash et doubles pages abondent non pas dans un souci de fournir une narration sophistiquée mais pour en mettre plein la vue.
Ultimates avait pour ambition de rendre réaliste les super-héros d'un point de vue visuel, Ultimate Avengers est son contraire : Millar met en scène des personnages immoraux, brutaux, titanesques, dans des situations grotesques, comme s'il voulait montrer aux fans à quel point tout cela est insensé, nourri de barbarie, de sexe et de fantastique bariolé.
Les pisse-froid du lectorat aiment détester Millar car il ne respecte pas les codes et finalement parce qu'il maltraite les valeurs des comics. Plus que jamais, Millar pousse la provocation à ses limites et s'amuse avec ses détracteurs - qui, bien sûr, tombent à chaque fois dans le panneau (en s'offusquant de ses blagues sur les français, de ses excès ultra-violents, de la facilité de ses intrigues). Mais pourquoi Millar rédigerait-il des histoires sophistiquées avec de gentils héros quand tous les autres le font (parfois sans talent, ou en tout cas sans originalité) ? C'est cela qui rend les comics de Millar si drôles à lire : parce qu'ils sont "hénaurmes" et assumés.

Avec Leinil Yu, le turbulent écossais s'est trouvé un partenaire de choix (avec lequel il travaille désormais à des creator-own, comme Superior) : il dessine vite, bien, mais par-dessus tout avec une terrible efficacité et une absence totale de retenue (comme Romita Jr à l'époque de leur Wolverine).
Le plaisir de Yu éclate à chaque page, il est vraiment complètement chez lui dans le monde agressif et régressif de Millar, que ce soit pour représenter Frank Castle, mutique et expéditif, glaçant de méchanceté, ou le Black Hulk bling-bling et mélancolique à la fois, infligeant une sévère correction à War Machine (au point de lui balancer un avion de tourisme dessus).
Pour l'occasion, Yu retrouve son encreur de Superman : Birthright, Gerry Alanguilan, qui sert parfaitement son dessin brut et sec, et sa coloriste de Secret Invasion, Laura Martin (la meilleure dans sa partie).

Bilan : un nouvel arc qui démarre très fort, au dénouement prometteur - cette saga s'annonce très bien. Vivement Janvier pour la suite !

Critiques 175 : SPIROU ET FANTASIO, TOME 50 - AUX SOURCES DU Z, de Yann, Morvan et Munuera


Aux sources du Z est le 50ème tome de la série (sans compter des HS, comme ceux de Frank Le Gall ou Emile Bravo) et le dernier réalisé par le tandem formé par Morvan et Munuera, à l'origine de critiques féroces de la part des fans. Yann, le créateur de la superbe série Pin-Up (avec Berthet), s'est joint à l'aventure pour l'occasion, sans que cela calme personne...
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Le problème de cet album est résumé dans son titre qui est une fausse promesse : la némésis des héros, Zorglub, a beau figurer au premier plan sur la couverture et être un des acteurs principaux de l'histoire, il n'y est que pauvrement traîté, à contre-emploi.
Non, au lieu de ça, les auteurs ont voulu, au lieu d'un album classique mais efficace, humble mais solide, marquer le coup en proposant un récit dont l'ambition est déplacée, citant sans finesse ni éloquence le passé glorieux et se voulant audacieux mais n'étant qu'artificiel. Il n'est pas compliqué de comprendre ce qui a tant déplu dans cet opus prétendant tout réinventer et n'aboutissant qu'à une entreprise révisionniste arrogante, au dénouement miné pour la suite.
Voir Spirou frapper son double, Fantasio sombrer dans l'inconséquence ou le duo être carrèment haineux envers Zorglub (qui est plus ridicule que dangereux et qui a toujours été dominé par les héros), c'est vraiment dérangeant. Et ne mentionnons pas le fait que Spirou gifle les femmes uniquement quand il en tombe amoureux : carrèment douteux...
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L'histoire s'articule autour de voyages dans le passé, qui doivent permettre d'éviter un accident dont les conséquences coûteront la vie à Miss Flanner, amour de jeunesse et collègue de Zorglub et Champignac. Ce prétexte en vaut bien d'autres et il est l'occasion de revivre des scènes mémorables de la série. La mission est menée sur un rythme alerte, à défaut d'être souvent drôle et inspiré, et le dénouement approchant, l'on se dit que, sans être fameux, le contrat est rempli.
Hélas ! In fine, les scénaristes imposent un twist stupide qui entraîne les héros dans une direction incongruë et surtout réécrit toute la continuité du personnage de Spirou et sa relation avec Fantasio. Une astuce pire que grossière (de la part d'auteurs sachant qu'ils vont être remplacés et piègent leurs successeurs) mais vulgaire et racoleuse (concluant des trames précédemment tissées par Morvan et voulant "moderniser" la mythologie de la série).
Faire table rase du passé en s'embarquant dans la création de réalités parallèles aboutit rarement à des chefs-d'oeuvres dans les comics super-héroïques, où cette solution ne fait qu'embrouiller des franchises déjà fort complexes. Importer ce procédé et le greffer à un titre comme Spirou n'est pas plus heureux et témoigne d'un orgueil pathétique de la part de Morvan.
Car il s'agit bien de la confrontation entre deux visions de deux scénaristes : d'un côté, Yann a certes voulu dynamiser le groom mais tient à une interprétation "canonique" du personnage, aveec son costume, son caractère à la fois sympathique et intrépide ; de l'autre, Morvan a voulu faire évoluer le personnage hors de son cadre (quitte à l'entraîner vers le manga) et n'a fait que l'abîmer, le banaliser, en effaçant son histoire cavalièrement.
Etrangement, alors que ce livre aspirait à une révolution, il a surtout révèlé l'incompatibilité d'humeur entre ses auteurs et laissé à d'autres le soin de réparer les dégats. La faute de Dupuis, l'éditeur, n'est pas négligeable là-dedans et sa réputation en sort entâchée.
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Reste les dessins de José Luis Munuera : son travail n'a pas non plus fait l'unanimité durant son passage sur le titre. Pourtant il reste ce qu'il y a de meilleur dans cet album : son trait vif et élégant, tout en rondeur et en souplesse, ne singe personne et se révèle très agrèable (même si la colorisation est assez fade).
C'est peu et l'artiste a fait les frais de ce gâchis puisqu'il a également été remplacé.
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50ème tome qui devait à la fois être une célébration et un renouveau, Aux sources du Z est en fait une bande dessinée où, à la fin, tout doit être vigoureusement et rigoureusement repris en main.

dimanche 24 octobre 2010

Critique 174 : CADAVRE EXQUIS, de Pénélope Bagieu

L'héroïne de ce récit complet est Zoé, une jeune femme qui travaille comme hôtesse dans des salons. Elle doit y supporter des visiteurs peu élégants et des exposants indifférents, et ses collègues quand elles ne se moquent pas d'elle la poussent à se reconvertir pour échapper à ce job qui lui déplaît.
Sa vie privée n'est pas plus réjouissante : elle partage son appartement avec son fiancée au chômage, qui passe son temps devant la télé, en sous-vêtements, et pète au lit !
Alors qu'elle déjeune, lors d'une pause, sur un banc public, elle remarque qu'un homme l'observe à sa fenêtre. Zoé sonne chez lui pour utiliser ses toilettes et fait ensuite sa connaissance au cours de visites ultérieures. Il s'appelle Thomas Rocher, est écrivain, ne sort jamais de chez lui. Bientôt, ils deviennent amants et elle s'installe chez lui.
Mais pourquoi Thomas Rocher ne quitte jamais son domicile ? Et comment se fait-il qu'il soit considéré comme mort, comme le découvrira Zoé en entrant dans une librairie pour y trouver ses ouvrages ?
Le secret de son amant, partagé par son éditrice (et ex-femme), va sidérer l'héroïne et aboutir à un renversement de situation particulièrement malicieux...
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Révèler le twist du scénario serait criminel mais je peux vous garantir qu'il s'agit d'une trouvaille très astucieuse et bien menée. Alors bien sûr, on peut être réservé par quelques points de l'intrigue comme la rencontre entre Zoé et Thomas, assez artificielle ; le caractère soumis et sôt de l'héroïne ; la relation saphique qui se noue entre elle et l'ex-femme/éditrice à la fin...
Mais tout cela est largement compensé par la description inspirée et piquante des névroses de l'écrivain (en particulier son effarant égocentrisme) ; la fluditié de la narration ; le rythme soutenu de l'histoire ; le fait que l'auteur resserre son récit sur un trio de personnages ; et l'humour subtilement retors de l'ensemble ; le naturel des dialogues.
Pénélope Bagieu possède une vraie voix, personnelle et énergique, qui la distingue de la "chick-lit" (cette littérature pour filles horripilante, dégoulinante de clichés hérités de séries télé comme l'abominable Sex and; The City) à laquelle on pourrait hâtivement la rattacher.
Et si Cadavre exquis ne suffit pas à vous en convaincre, visitez le blog de l'artiste - http://www.penelope-jolicoeur.com/ - et lisez ses posts illustrés - de vraies pépites de drôlerie sur la vie quotidienne.

Les dessins témoignent d'un trait rapide, qui va à l'essentiel. On peut lui reprocher un manque de détails dans les décors, mais la majorité de l'action se déroulant en intérieur, dans un cadre dépouillé, cela n'est finalement pas gênant.
Et là encore, le talent de Bagieu pour les expressions, les positions, son découpage sobre mais vif, font de ces 124 pages un vrai bonheur de lecture.
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Vous ne connaissez pas Pénélope Bagieu : réparez vite cela, vous ne le regretterez pas, la demoiselle a autant de charme que son oeuvre.

mercredi 20 octobre 2010

Critique 173 : ULTIMATE FANTASTIC FOUR, Vol. 2 - DOOM, de Warren Ellis et Stuart Immonen

Ultimate Fantastic Four, volume 2 : Doom rassmble les épisodes 7 à 12 de la série, publiés d'Août 2004 à Janvier 2005 par Marvel Comics, écrits par Warren Ellis et dessinés par Stuart Immonen.
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Dans l'univers Marvel classique, les 4 Fantastiques ont acquis leurs pouvoirs lors d'un vol spatial durant lequel ils ont été irradiés par des rayons cosmiques. Dans l'univers Ultimate, comme cela est décrit dans le volume 1 (The Fantastic, de Brian Michael Bendis, Mark Millar et Andy Kubert), les héros sont transformés à la suite d'une expérience scientifique ratée par la faute d'un cinquième protagoniste, Victor Van Damme, collègue de Reed Richards. D'autres différences sont notables : le groupe est reclus dans le Baxter building sous la "protection" de l'armée (comme les Ultimates, qui travaillaient avec le gouvernement dans leur base du Triskélion) et les soldats ont pour ordre de les tuer s'ils essaient de s'en échapper. Enfin, et c'est ce qui nous conduit au début de cet arc, Van Damme a disparu après qu'il ait avec Reed, Sue, Johnny et Ben, découvert la Zone Négative. Est-il mort ? Ou, s'il a survécu, a-t-il lui aussi été transformé, et comment ?
Le titre de ce volume indique que Van Damme est encore vivant et que "Doom" n'augure rien de bon pour les quatre héros, qui découvrent tout juste ce dont ils sont désormais capables...
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Warren Ellis n'a jamais été très inspiré dans sa production Ultimate et d'ailleurs ce qu'il y a apporté a été quasiment ignoré de Bendis et Millar, les deux vrais pilotes de cet univers où le premier a oeuvré dans la longueur (plus de 100 épisodes consécutifs - série en cours - d'Ultimate Spider-Man, Ultimate X-Men, Ultimate FF) et le second dans la profondeur (Ultimates, UXM, UFF).
Ellis a de plus, c'est notoirement connu, une aversion prononcée pour les super-héros et son talent s'épanouit bien mieux dans les registres de la science-fiction, de la satire et autres récits de genre référencés qu'il bouscule avec un mélange de rudesse et d'affection (fera-t-il jamais mieux, plus personnel et efficace, que son chef-d'oeuvre Planetary, véritable condensé "ellisien" ?). Sachant cela, on entame la lecture de son passage sur UFF avec à la fois de la curiosité et de l'appréhension.
Le résultat confirme ces sentiments : l'histoire est à la fois décevante car on y sent son auteur peu à l'aise, à peine concerné par son sujet, mal à l'aise avec ses codes, et pourtant cela est traversé de scènes détonantes, parfois drôles, très toniques. Mais jamais cela ne dépasse le travail de commande provisoire.
Là où Ellis est à son meilleur, c'est dans la caractérisation : il parvient à typer un personnage en quelques lignes de dialogue, par une attitude, en n'hésitant pas à bouleverser la donne. A ce jeu, ce sont Reed et Sue qui sont les plus différents de leurs versions classiques : Sue est décrite comme la véritable leader du groupe, agressive, dominatrice (y compris dans sa relation amoureuse) ; alors que Reed apparaît comme un nerd, maladroit, cérébral, qui ne réagit que lorsque la fille qu'il aime est malmenée.
Johnny est le plus faiblement exploité par Ellis et ne varie guère de son emploi dans la version classique, un dragueur impulsif et puéril : c'est dommage qu'Ellis n'ait pas su/voulu/pu relifter ce personnage. Ben est également soumis à un régime light, même si on sent que le scénariste suggère des éléments intéressants, avec une tendance plus volontariste, moins dépressif-râleur que dans les FF classiques.
Ellis tarde également à montrer Van Damme - étrange re-nomination du Von Doom/Von Fatalis - mais il le fait avec habileté et cela donne au personnage une aura menaçante assez forte. Il lie généalogiquement le méchant à Dracula, sans en faire un vampire mais... Un hybride de cyborg et de satyre (apparence qui sera corrigée dans les apparitions ultérieures) ! Il n'a aucune pitié, mais le génie du mal profondèment enraciné, au point de vouloir vraiment tuer les Fantastiques (et pas seulement les dominer comme dans les FF classiques).
L'intrigue se déroule sur un faux rythme, à la fois assez rapide (le livre est vite consommé) et nonchalant (le face-à-face entre les FF et Van Damme n'intervient que dans les deux derniers chapitres). Entretemps, quelques séquences notables sont divertissantes, comme lorsque Reed explique à Ben que Sue veut l'examiner dans son intimité (requête vite rejetée) ou que l'équipe découvre le Fantasti-car (occasion de vanner Reed).
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Stuart Immonen signe les illustrations et l'on sent un flottement prononcé dans son graphisme : l'artiste était alors à la croisée des chemins, délaissant son style classico-réaliste à l'oeuvre sur ses Superman et Shockrockets pour s'orienter vers le trait cartonny-délirant qui culminera lors de ses retrouvailles avec Ellis sur Nextwave.
Néanmoins, même en mode mineur, Immonen fait preuve d'une énergie irrésistible dans sa partie et spécialement dans les scènes d'action qu'il dôte d'une élégance explosive à nulle autre pareille. En comparaison avec Kubert Jr, ses planches possèdent une vigueur et une fluidité incomparables.
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Pas vraiment indispensable, sauf pour les fans d'Immonen comme moi. Les clients d'Ellis dans la veine mainstream préféreront relire ses Thunderbolts.