mardi 1 janvier 2013

Critique 368 : PHOTONIK - LA SAGA DU MINOTAURE, de Ciro Tota


Photonik : La Saga du Minotaure est la première histoire de la série créée, écrite et dessinée par Ciro "Cyrus" Tota, sous la supervision de Marcel "Malcom Naughton" Navarro. Cet arc narratif compte 12 épisodes, publiés de Juin 1980 à Mai 1981 dans la revue "Mustang", éditée par Lug.
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Le Minotaure arrive sur Terre...

La naissance de Photonik...

Nazel Ziegel s'apprête à passer à l'action...

Tom Pouce comprend que quelque chose cloche...

Le 24 Décembre, un imposant vaisseau en forme de building se pose au coeur de Central Park à New York. A son bord, une créature extra-terrestre, le Minotaure, et son équipage de techniciens asservissent rapidement à l'aide de sondes audio-hypnotiques toute la population du monde entier.
Toute ? Pas vraiment. Trois individus résistent à l'emprise du monstre. D'abord, il y a Thaddeus Tenderhook, un jeune homme bossu qui travaille comme homme de ménage dans le laboratoire de l'université : un appareil appelé le Luminotron s'active alors qu'il est prisonnier dans la pièce où il se trouve, après une coupure de courant dûe à l'arrivée du Minotaure et de son vaisseau. Irradié, il est transporté à l'hôpital dans un état critique, mais se transforme durant la matinée suivante en Photonik, "l'homme-lumière", et s'échappe.
Ensuite, il y a le Docteur Nazel D. D. Ziegel, un vieil homme aux capacités mentales supérieures (télépathe et télékinésiste), ayant pressenti l'arrivée de l'alien sur Terre.
Enfin, il y a Tom Pouce, un adolescent qui vit clandestinement dans une grotte souterraine de Central Park.
Ces trois résistants se rencontrent, incrédules, dans la rue et comprennent rapidement la situation lorsqu'ils sont pris à parti par les passants qu'ils essaient de "réveiller". Le Minotaure a bien sûr remarqué que son emprise ne touchait pas Photonik, Ziegel et Tom Pouce, qui se jurent alors de le vaincre... (#1 : Black-Out)
"Suppose qu'à l'instant même où tu lis ces lignes,
un être guide tes pensées et tes gestes à ton insu !"


Le Dr Ziegel dôte Photonik d'un costume lui permettant de contenir son énergie et l'entraîne à se servir de ses pouvoirs, puis il équipe Tom Pouce de gadgets (bottes à réaction et lance-pierre avec divers projectiles), permettant ainsi à leur trio de faire face au Minotaure.
Ils investissent le vaisseau-building de l'extra-terrestre en espérant rapidement découdre avec lui, mais c'est un échec. Toutefois ils prennent conscience de la puissance de leur ennemi et comprennent qu'il leur faudra être patient et rusé pour le vaincre. 
Ils se séparent temporairement pour faire le point. Photonik perd ses pouvoirs et redevient alors le pauvre Thaddeus Tenderhook...  (#2 : La Nuit des Dupes)

Le Minotaure décide de prendre les choses en main et capture le Dr Ziegel puis Tom Pouce, comptant sur ces prises pour piéger Photonik. Thaddeus, qui a assisté à l'affrontement du Minotaure et Tom Pouce quand celui-ci l'empêchait d'être tabassé par Freddy, Max et Sarah, trois loubards, retourne à l'université et réactive le Luminotron pour se retransformer en Photonik.
Le Minotaure envoie aux trousses de "l'homme-lumière" le Chasseur Aîlé, conçu pour le pister. Photonik ruse en se laissant prendre afin d'infiltrer le repaire de l'ennemi et libérer ses compagnons. En fuyant, ils découvrent que le vaisseau-building dispose d'un salle des machines extraordinaire peuplée d'homo-ordinateurs... (#3-4 : David et Goliath - Pièges)



Ziegel, Tom Pouce et Photonik à nouveau libres, le Minotaure utilise une nouvelle arme pour les débusquer et les assujettir : le Sagittaire est un centaure extra-terrestre qui va affronter le trio de héros à Central Park. Mais la créature se bat à  contrecoeur et avoue à ses adversaires qu'elle sert le tyran pour protéger son peuple.
Le Minotaure préfère neutraliser le Sagittaire et lui faire quitter le champ de bataille avant de perdre son contrôle sur lui.
Cependant, Hugh et Jenny, deux étudiants, inspectent la salle du Luminotron à l'université, convaincus qu'il existe un lien entre Thaddeus Tenderhook et Photonik... (#5-6 : Le Bulbe - Panique à Central Park)
Le Dr Ziegel révèle à Photonik qu'il connaît son identité civile et le pousse à tester ses pouvoirs puis à empêcher Jenny et Hugh de poursuivre leur enquête sur Thaddeus Tenderhook. Tom Pouce, lui, corrige à nouveau Freddy, Max et Sarah qui ennuie un des gardiens du zoo de Central Park.
Le Minotaure, ayant constaté que ses attaques directes contre les héros n'ont pas les effets escomptés, entreprend de les neutraliser par la ruse. Il envoie l'Exécuteur libérer les animaux du zoo de Central Park, ce qui oblige Tom Pouce, Ziegel et Photonik à intervenir. 
Photonik s'épuise et redevient Thaddeus Tenderhook. Quant à Tom Pouce, il est capturé et amené pour être sondé mentalement au vaisseau-building du Minotaure, qui veut savoir pour quelle raison le gamin résiste à son emprise (la résistance de Ziegel s'expliquant par ses pouvoirs mentaux et celles de Photonik par sa condition surhumaine). (#7-8 : La Souricière - Lâchez les Fauves !)
Couverture de Mustang n°61 par Jean-Yves Mitton
(où figure l'épisode #8)

L'analyse psychique de Tom Pouce par les techniciens du Minotaure dévoilent les origines du jeune garçon et pourquoi il n'a pas été hypnotisé : après avoir fui sa famille et vagabondé, il a fait la connaissance d'un vieil indien, Sage-qui-parle-avec-le-feu, ayant prophétisé la venue de l'extraterrestre. Initié à un rite tribal, Tom a ainsi été immunisé contre le Minotaure. (#9 : Petit-homme-blanc)
Pendant ce temps, le Dr Ziegel et Thaddeus Tenderhook conctent un plan pour sauver leur ami. Le bossu s'introduit dans le vaisseau-building en se mêlant à la foule et accède jusqu'à la salle où est retenu Tom Pouce. Mais Jenny l'a suivi et l'Exécuteur les a repérés.
Ziegel pense Thaddeus et Jenny morts mais le tueur du Minotaure a, avec ses rayons optiques, permis à Photonik de renaître car il a absorbé leur énergie. Guidés mentalement par le Doc, Photonik (évacuant au passage Jenny inconsciente) et Tom Pouce s'évadent en kidnappant le Mentor, leader des homo-ordinateurs, ce qui cause des dommages sévères à l'antre du Minotaure - et conséquemment lui ôte toute emprise sur la population terrienne ! (#10-11 : Et L'Empire s'effondra - Cauchemar)
Le Chasseur Aîlé est envoyé une nouvelle fois aux trousses de Photonik pour que le Minotaure s'en débarrasse en même temps que Ziegel et Tom Pouce. La bataille finale entre l'alien et le trio est disputée et se soldera par un sacrifice héroïque... (#12 : Résurrection ou La Fin d'une Saga)
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C'est au scénariste et éditeur Marcel Navarro (1923-2001) qu'on doit le lancement dans le mensuel "Mustang", n°54 du 5 Juin 1980, de la série Photonik, écrite et dessinée par Ciro Tota.
Trente ans avant, en 1950, Navarro et Alban Vistel fondent les éditions Lug qu'ils dirigeront ensemble jusqu'en Janvier 1989 et qui va traduire en français la majorité du matériel de Marvel Comics via les revues "Strange", "Spécial Strange", "Spidey", "Titans", et diverses collections d'albums.
Le succès de ces périodiques, bien que leurs séries soient souvent retouchées et censurées (en raison de la loi concernant les publications destinées à la jeunesse), incite Navarro à lancer les "Sup'Héros" dans la revue "Mustang", qui proposait des westerns jusqu'alors. C'est ainsi qu'apparaissent Mikros ("Titan microscopique"), écrit et dessiné par Jean Mitton alias "John Milton" (pour coller aux crédits des vrais comics américains) ; Mustang (les aventures d'Ozark et du Magi-Circus) écrit par Jack Nolez et dessiné par Frank Honest ; et enfin Photonik écrit et dessiné par Ciro "Cyrus" Tota. Navarro rebaptisé "Malcom Naughton" supervise les trois séries.
Photonik est considéré comme le "sleeper" de la revue, la petite dernière des trois séries qui créer la surprise auprès des fans (dans les faits, Mikros restera la "locomotive" du mensuel jusqu'à son transfert dans "Titans", et Photonik acquérera son statut de vedette à part entière quand elle sera installée dans "Spidey").
Ciro "Cyrus" Tota est né en 1954 en Italie et s'est fait un peu remarquer en dessinant notamment Blek le roc quand Navarro lui offre de créer son titre, misant sur sa jeunesse. L'artiste assure également l'écriture et se lance alors dans une vaste saga qui s'étalera sur douze épisodes, une année entière, en mixant des éléments super-héroïques, des contes et légendes, de la mythologie grecque et de la science-fiction. L'ambition de la démarche est étonnante, et c'est sans doute pour cela que 33 ans après Photonik a conservé cette qualité et cette modernité (alors que les premiers épisodes de Mikros ont mal vieilli, au moins scénaristiquement).
Pour composer Photonik, Tota s'appuie sur des ingrédients dont il a pu vérifier l'efficacité sur Blek le roc, en particulier un trio de héros représentant plusieurs générations et valeurs. Il y a Photonik lui-même, un héros adulte très "Marvel-ien", puisque son alter-ego, Thaddeus Tenderhook, est l'archétype du "personnage à problèmes" : bossu, vivant dans une famille où il n'est pas aimé, travaillant comme homme de ménage dans une université où il est râillé par les chercheurs et les étudiants, il évoque des figures comme Peter Parker/Spider-Man (l'université, la science) ou Don Blake/Thor-Steve Rogers/Captain America (un gringalet blond, infirme, qui devient un surhomme). Ensuite, le Dr Nazel D.D. Ziegel incarne le vieillard, le sage, l'expérience : on découvrira dans des épisodes ultérieures à cette saga que ce vétéran juif est un rescapé des camps de concentration, ayant développé des capacités psychiques extraordinaires (il est télépathe - comme le Pr Charles Xavier, mentor des X-Men - et télékinésiste - comme Jean Grey/Marvel Girl/Phoenix). Enfin, il y a Tom Pouce, un adolescent (personnage donc auquel le lecteur visé peut le plus facilement s'identifier) qui a fui sa famille, erré à travers les Etats-Unis, été initié par un indien, et rejoint New York pour se cacher dans une grotte souterraine de Central Park : son caractère fonceur, à la fois insouciant et déterminé, sa témérité complète ceux de Tenderhook/Photonik et Ziegel (qu'il surnomme "Double-Doc").
Tota ne perd pas de temps pour présenter ses trois héros et les réunir (tout est assemblé à la fin du 1er épisode), tout comme il pose le postulat de sa saga avec rapidité (l'arrivée du Minotaure sur Terre, l'asservissement de la population, l'acquisition des pouvoirs de Photonik). Cette densité ne faiblira jamais durant les 12 chapitres, signe que Tota a non seulement des idées, mais un plan pour les distribuer, avec son lot de rebondissements, d'adversaires, et un dénouement habile et ouvert.
Pourtant, à bien y regarder, c'est la seule fois où Tota articulera sa série autour d'éléments si précis et mélangés à la fois, avec un ennemi d'une telle envergure, une menace aussi vaste, une intrigue aussi longuement déployée. Par la suite, Photonik et ses compères n'affronteront plus jamais un danger équivalent au Minotaure (et ses sbires), la série rentrera un peu dans le rang en jouant sur des codes plus simplement super-héroïques (dès l'arc suivant, un ersatz d'homme-singe fera office de méchant, avec un plan certes diabolique mais d'une envergure moindre et un charisme nettement inférieur). La "saga du Minotaure" affiche donc dès le départ un programme très relevé, qui frappe fort, et que son auteur ne renouvèlera plus (peut-être pour ne plus avoir à s'embarquer dans une suite d'épisodes aussi épiques, car Tota refusant de céder à ses propres standards de qualité aura du mal à tenir le rythme mensuel. Mitton assurera donc quelques intérims pour lui laisser le temps de souffler). 
A l'échelle de bien d'autres séries, Photonik a eu une durée relativement modeste (une cinquantaine d'épisodes), mais ses épisodes sont constants dans le soin avec lequel ils ont été réalisés. Tota ne reviendra jamais sur sa création une fois son run achevé, refusera même longtemps des rééditions (une intégrale collector en deux volumes noir et blanc va voir le jour en 2013) ou la merchandisation de ses personnages (un dessin animé fut ainsi annulé). C'est à cela aussi que Photonik doit son statut de série-culte.
Pour en revenir à la "saga du Minotaure" (terme-générique officieux car cette collection d'épisodes formant une histoire complète n'a jamais eu de titre global), en la relisant, peu de faiblesses se signalent. On peut surtout s'interroger sur la raison pour laquelle Tenderhook survit à l'irradiation du Luminotron et devient Photonik. Pour cela, il faudrait que le personnage ait eu des prédispositions, mais un peu comme Peter Parker devient Spider-Man après que son métabolisme ait intégré miraculeusement la piqûre d'une araignée radioactive, Thaddeus se transforme en "homme-lumière" par chance (au lieu de mourir brûlé).
D'une manière similaire, Tota attend 9 épisodes pour expliquer comment Tom Pouce échappe à l'emprise audio-hypnotique du Minotaure, et les raisons fournies, si elles ne manquent pas de charme, sont quand même très providentielles : il a en effet rencontré autrefois un vieil indien (préfigurant la figure du Dr Ziegel) qui prophétisa la venue du méchant extra-terrestre (un bon vieux cliché des comics super-héroïques dans lequel le vilain est toujours un étranger, symbolisant aussi bien un ailleurs fictif que politico-philosophique - comme le furent les japonais, les russes, les savants fous, les mauvais mutants, etc) et immunisa lors d'un rituel (aussi enfumé que fûmeux) le jeune fugueur. Une sacrée chance !
Quant à Ziegel, il est plus souvent qu'à son tour utilisé comme une béquille scénaristique qui sert à Tota d'issue de secours au gré des péripéties. Ainsi l'ancêtre habite un appartement qui ne paie pas de mine, conduit un tacot digne de celui de Gaston Lagaffe, mais a quand même assez de ressources (matérielles et/ou mentales) pour confectionner d'un épisode à l'autre un costume spécial pour Photonik, des gadgets pour Tom, pour sonder l'immense vaisseau-building du Minotaure (dont il trouve les sorties, la salle des homo-ordinateurs, le moyen de débrancher - sans le tuer ! - le Mentor), hypnotiser Photonik (afin de lui permettre de tester ses pouvoirs) puis Jenny (pour qu'elle oublie tout de la cachette de Tom Pouce et même leur affrontement contre le Minotaure).
Tout ça prête un peu à sourire évidemment, tout comme le fait que le Minotaure soit paradoxalement surpuissant, disposant toujours d'une arme secrète (qu'il remisera aussi sec si elle n'a pas fonctionné comme prévu - le Sagittaire - ou ressortira in fine - le Chasseur Aîlé dans le #4 puis #12, mais pas entretemps)... Quand son emprise mondiale est défaite, Ronald Reagan en personne (alors président des Etats-Unis) exige une enquête sur le vaisseau-building de l'alien mais n'ordonne aucune action de la police, des services spéciaux ou de l'armée... 
La narration de Tota est efficace mais il brode aussi beaucoup pour broder, inventant des personnages souvent sommaires (le Sagittaire étant l'exception notable) juste pour débusquer/défier les héros, puis les rangeant dans leur placard aussitôt après, et utilisant le Minotaure lui-même de manière inégale (soit comme un démiurge, un stratège, soit en le faisant directement descendre dans l'arêne quand il est exaspéré).
Si on relève ces points-là, Photonik et la saga du Minotaure ne valent peut-être pas toute la considération qu'on leur donne.
Mais si on veut être plus modéré, clément et apprécier l'histoire dans son entièreté, le bilan est tout de même plus positif et justifie l'attachement qu'on porte à la série, ses héros.
D'abord, Tota maîtrise très bien le rythme de son intrigue, alternant séquences d'action et scènes plus calmes. Il distribue les cartes avec habileté : après les deux premiers épisodes où il expose la situation et éclaircit les enjeux, faisant de son trio des résistants, forcés à la clandestinité, unis bon gré mal gré, avec des interactions dynamiques, une galerie de seconds rôles fournie (au groupe formé par Photonik, Ziegel et Tom répond celui du gang composé de Freddy, Max et Sarah, qui passe de harceleurs à souffre-douleurs), le scénariste structure son récit souvent en deux temps (l'annonce d'une nouvelle menace, d'une nouvelle manoeuvre du Minotaure, puis le combat des héros contre ce nouveau danger). On frémit avec eux car le rapport de forces est tellement disproportionné qu'on se demande vraiment comment le Minotaure sera vaincu et chassé.
On assiste donc à un défilé d'adversaires originaux : le robot-sondeur (avec son air de R2D2) ne fait pas sensation, mais ensuite le Chasseur Aîlé et surtout le Sagittaire (seul à diposer d'un background atypique, qui rend sa position et l'affrontement avec les héros inattendus) réservent de grands moments. L'Exécuteur, mélange entre le traditionnel androïde et le gangster classique de série noire (avec son costume et son borsalino noirs) fait aussi son effet. Enfin, le Mentor n'est pas un énième méchant surgissant à la fin mais un moyen singulier pour Tota de relancer le récit et préparer son issue.
Le dénouement de la saga, à cet égard, est sensationnel, mené sur un tempo soutenu, avec des coups de théâtre en cascade, une situation compromise, un sacrifice, et une solution inspirée pour clore 12 épisodes sans en expédier la sortie. 
Entretemps, Tota trouve aussi la "kryptonite" de Photonik, ce qui permet à la fois à Thaddeus de réapparaître (et, en passant, à Ziegel de révèler au héros qu'il connaît sa double identité - une découverte qu'il a faîte en le sondant télépathiquement... Mais sans le lui avoir demandé, ce qui ajoute à la ressemblance entre Ziegel et Charles Xavier, qui ne s'est jamais gêné pour lire les pensées, les effacer, les manipuler) tout en exploitant le décor de Tom Pouce. Celui-ci vit sous terre, donc à l'abri des regards mais aussi de la lumière naturelle, or c'est celle-ci qui permet aussi à Photonik d'emmagasiner de l'énergie (comme Superman d'ailleurs). Si "l'homme-lumière" est privé de jour trop longtemps, c'est comme s'il use trop de ses pouvoirs, il redevient le bossu Tenderhook, et cela offre quelques cliffhangers bien employés par Tota, à des moments stratégiques (lorsque Jenny et Hugh enqupetent sur Thaddeus, lorsque les fauves du zoo de Central Park sont libérés par l'Exécuteur, par exemple).
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Enfin, un mot (et même plus) sur le graphisme de la série, qui, lui, est remarquable de bout en bout et fait de Photonik non seulement une série d'un calibre équivalent aux meilleurs comics US mais une bande dessinée qui n'a pas vieilli, et même s'est bonifiée avec les ans.
Avant cela, Ciro Tota avait fait ses armes dans le western, à l'école des fumetti (les comics italiens). C'est donc, à 26 ans, quand il démarre Photonik, un artiste certes jeune mais expérimenté et complet, sachant tout dessiner : le soin qu'il apporte aux décors (aussi bien les extérieurs - son New York, et Central Park en particulier, sont stupéfiants - que les intérieurs - comme la grotte de Tom Pouce ou le vaisseau-building du Minotaure), le réalisme des véhicules, la diversité des costumes, la qualité des designs (comme la tenue simple et élégante de Photonik mais aussi le Sagittaire, superbe centaure, ou le Chasseur Aîlé, rapace métallique très racé, et bien sûr le Minotaure, imposant à souhait) sont exceptionnels.
Ses découpages sont aussi très élaborés, avec des plongées et contre-plongées dynamisant des pages cadrées classiquement mais avec un souci de lisibilité parfait. Il chorégraphie des combats avec beaucoup de fluidité et de punch à la fois, varie les valeurs de plans avec une fréquence jamais prise en défaut.
Tota recycle aussi des gimmicks empruntés aux bandes des années 50 comme ses "opening pages" qui sont de véritables teasers pour chaque épisode, et s'astreignant avec inventivité à des résumés des évènements précédents sur une ou deux pages à chaque fois (celui de l'épisode #2 est resté fameux, mettant en scène un jeune lecteur sur son lit, la revue "Mustang" en mains, avec une voix-off qui suggère que tout ce qui est raconté dans la série est vraie, et que s'il ne s'en est pas rendu compte, c'est parce qu'il est sous l'emprise du Minotaure - une merveille narrative).
Visuellement, Photonik reste (et restera ensuite) avec Tota une série rivalisant avec les canons américains, les dépassant même parfois.
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Pour (re)lire cette saga mémorable, au goût de madeleine de Proust, procurez-vous les n°54 à 65 de "Mustang"... Ou économisez en vue de la parution des prochaines intégrales (50 Euros le volume quand même, tiré à 500 exemplaires seulement...). Mais ne passez pas à côté de cette série-culte !  

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