dimanche 24 décembre 2023

JOYEUX NOËL A VOUS TOUS !

 Nous sommes le 24 Décembre et que vous ouvriez vos cadeaux dès ce soir ou demain matin, je vous souhaite, à tous, un joyeux Noël ! 

Pour le plaisir des yeux, j'ajoute quelques dessins bien chouettes. Enjoy !

La Mère Noël sexy de Goran Parlov


Les amoureux de Pernille Orum


Superman par Rafa Sandoval


Peter Parker, Mary Jane Watson, Tante May et compagnie par Darwyn Cooke


Nos amis de DC par Bruno Redondo


Xmas in Love par Antonio Lapone





Et, bien entendu, Calvin & Hobbes par Bill Watterson !

RDB.

samedi 23 décembre 2023

HARLEY QUINN : BLACK + WHITE + REDDER #6, de Bruno Redondo, Deniz Camp et Fabio Veras, Tini Howard et Babs Tarr


Et on termine cette semaine de critiques comme on l'a démarré avec le dernier numéro de l'anthologie en noir, blanc et rouge consacrée à Harley Quinn, sorti ce mercredi. Cette fois, les trois histoires proposées sont d'un très bon niveau, sans commune mesure avec la précédente livraison. Et visiblement DC ne compte pas en rester là...


- HARLEYS ALL THE WAY DOWN (Ecrit et dessiné par Bruno Redondo) -  Harley réfléchit aux transformations que les créateurs qui l'ont animée et jusqu'à quel point son personnage peut encore les supporter. Le tout en tentant de sauver Nightwing d'un savant fou...


Bruno Redondo a quitté Nightwing (même s'il va bientôt y revenir pour un done-in-one) et en a profité pour signer ce segment qu'il dessine mais écrit aussi. Et il a visiblement beaucoup réfléchi car son histoire est riche et intéressante. Comme tout lecteur, il a remarqué que depuis son apparition dans le dessin animé consacré à Batman, Harley Quinn a beaucoup changé, esthétiquement d'abord et psychologiquement ensuite.

Celle qui a débuté comme une méchante excentrique fiancée au Joker a mué en amante de Poison Ivy allié à Batman, devenant aussi une membre régulière de la Suicide Squad et incarnée sur grand écran par Margot Robbie. Redondo livre une analyse à la fois remarquable et ludique sur la plasticité d'un personnage de fiction tout en mettant en avant ce qui fait de Harley Quinn une sorte de phénomène.

Visuellement, c'est bien entendu très chouette, très inventif dans le découpage, avec un emploi très malin du quatrième mur, un commentaire méta-textuel concentré en une dizaine de pages. Pour un coup d'essai, c'est un coup de maître. Bruno Redondo n'a besoin de personne pour briller désormais.
 

- DR. QUINZEL'S COUPLES COUNSELING (Ecrit par Deniz Camp et dessiné par Fabio Veras) - Harley prend en otage un couple qu'elle a surpris en train de se disputer et leur inflige une thérapie musclée pour tenter de les réconcilier.


Deniz Camp s'amuse avec Harleen Quinzel en se rappelant qu'elle fut d'abord psychiatre avant de devenir cinglée. Mais là où ça devient intéressant, au-delà des mésaventures qu'elle fait subir au couple auquel elle inflige sa thérapie, c'est dans le sous-texte au sujet des propres relations amoureuses de l'héroïne. Femme abusée par le Joker, devenue lesbienne et compagne de Poison Ivy, elle pense que les épreuves traversées par quelqu'un ou deux personnes ne l'affaiblissent pas mais, au contraire, la solidifie.

Au dessin, on a le plaisir de retrouver, après le one-shot DC's Ghouls just wanna have fun sorti pour Halloween, l'excellent Fabio Veras. J'ose juste espérer que c'est parce que quelqu'un chez DC a remarqué son talent et veut le tester en vue de lui confier quelque chose de plus substantiel que des histoires courtes car c'est un sacré bon dessinateur qu'on a là.


- SIRENS RISING (Ecrit par Tini Howard et dessiné par Babs Tarr) - Une nouvelle fois accablée par une rupture avec le Joker, Harley suit Poison Ivy dans un cambriolage contre Hugo Strange. Elles sont aidées dans cette entreprise par Catwoman...

Tini Howard écrit actuellement la série Catwoman et visiblement elle aimerait bien ranimer le titre Gotham City Sirens, autrefois piloté par Paul Dini et Guillem March, puisque, au lieu d'une simple nouvelle sur Harley Quinn, elle narre ici la naissance de ce trio féminin. L'intrigue est bien menée, sur un rythme soutenu et Howard caractérise parfaitement Poison Ivy, Harley et Catwoman.

Au dessin, on a Babs Tarr, qui s'était faite très discrète depuis l'arrêt de Motor Crush (série chez Image arrêtée par Brenden Fletcher suite aux accusations de harcèlement sexuel visant Cameron Stewart, le co-scénariste). Elle achève ici des esquisses de Wook-Jin Chun mais c'est bien son trait rond qu'on reconnaît. Elle est dans son élément avec ces trois femmes sexy et entreprenantes avec des tempéraments bien relevés et de l'action à gogo.

Harley Quinn : Black + White + Redder s'achève donc en beauté. Mais DC a l'intention de poursuivre l'aventure puisque, à la fin de ce numéro, une suite est clairement programmée pour 2024. Avis aux amateurs.

G.O.D.S. #3, de Jonathan Hickman et Valerio Schiti


Ce nouvel épisode de G.O.D.S. reste un plaisir infini. C'est une série qui se démarque tellement de toutes les autres qu'on y plonge sans savoir ce qu'on va y trouver et, loin de faire peur, cette impression procure une excitation rare. Jonathan Hickman et Valerio Schiti sont des magiciens et c'est seulement le quatrième numéro !


Doctor Strange accompagne Wyn à la Bibliothèque des Mondes pour une rencontre avec Aiko et Doctor St.-Maur Cercle au sujet des bouleversements récents observés entre les forces qu'ils représentent. Pendant ce temps, Dimitri fait connaissance avec Mia. Jusqu'à ce qu'un ancien dieu, l'Oubli, prenne place à côté d'eux au bar... Tout ça a été vu par une médium qui entend bien peser sur la situation, de manière drastique.


Cassandre, c'est d'elle qu'il s'agit dans cet épisode, dont elle est le centre et l'actrice principale. Fille du roi de Priam, elle fut dotée par Apollon de la faculté de prédire l'avenir. Mais refusant les avances du Dieu, celui-ci se vengea en faisant en sorte que ses prédictions ne soient jamais crues.
 

La malédiction de Cassandre désigne donc le fait de ne pas prendre en compte les avertissements pourtant fondés d'une personnage concernant des événements tragiques à venir. Maintenant, imaginez que Cassandre existe de nos jours et sache qu'un désastre va arriver mais décide d'agir à la place de ceux qu'elle préviendrait normalement sans la croire...
 

Imaginez encore qu'en réalité, cette malédiction de Cassandre se transmette. Amelia Addison est la cinquième Cassandre, c'est aussi la dernière et donc ce qu'elle va faire bouleversera le cours de choses à un niveau cosmique.

On a vu dans les trois précédents épisodes de G.O.D.S. que, suite à l'événement Babylon provoqué par Cubisk Core, le proto-mage corrompu par l'Intermédiaire, les forces qui régissaient l'univers, le Pouvoir-en-place et l'Ordre-naturel-des-choses, avaient été obligés de prendre des mesures fortes pour contenir une menace les mettant en danger, elles, mais aussi tout ce qui vivait.

Au début de ce numéro, le Doctor Strange accompagne Wyn à un rendez-vous avec Aiko et le Dr. St-Maur Cercle. Strange a été convié à cette réunion par Wyn pour servir de médiateur entre deux organisations qui ne coopèrent plus parce qu'elles représentent deux méthodes opposées (la magie, la science). Autant parce qu'il impose la présence de ce médiateur que parce qu'il le fait pour visiblement agacer aussi bien Strange lui-même que ses interlocuteurs, Wyn confirme son caractère provocateur mais aussi pro-actif.

Il a laissé son apprenti, Dimitri, prêté par l'Ordre-naturel-des-choses, au bar de la Bibliothèque des Mondes, tout comme Aiko avec Mia, récemment recrutée. Les deux jeunes (même si on apprend l'âge avancé de Dimitri) font connaissance, insouciants de ce qui se joue en coulisses jusqu'à ce qu'un étrange nouveau personnage, incarnation de l'Oubli, ne s'installe au comptoir et ne tienne des propos inquiétants - sa présence seule est angoissante puisqu'il ne s'est jamais montré dans cet endroit...

OK. Raconté ainsi, on pourrait croire que Jonathan Hickman va la jouer tranquille, avec un épisode reposant sur les dialogues, une sorte de chapitre de transition avant de passer le mois prochain à quelque chose de spectaculaire. Laissez-moi vous prévenir à mon tour que ce n'est pas le cas.

Avant la scène qui voit arriver à la Bibliothèque des Mondes Wyn, Dimitri et Strange, on a droit à quelques pages qui introduisent cette jeune femme, Amelia Addison. Valerio Schiti découpe la scène avec un effet de travelling arrière qui débute par une étrange figure géométrique qui s'avère un reflet dans un oeil puis un oeil dans le visage de la jeune femme, elle-même en train de chuter dans une sorte d'abîme éthérée.

On ne saisit pas tout de suite le sens de cette ouverture, si ce n'est par le jeu de quelques indications cryptiques, sur Cassandre, sa descendance, son terme, les catastrophes qu'elle a renseignées et qui ont été ignorées. A intervalles réguliers dans l'épisode, nous revoyons Amelia, dans des scènes où elle ne prononce pas un mot, et qui sont traitées en noir et blanc à l'exception de sa chevelure rose. Elle est montrée dans des situations banales mais qui transpirent d'un malaise profond - et pour cause, elle sait qu'il va arriver des choses horribles mais a renoncé à les dire puisqu'elle sait aussi qu'on ne la croira pas.

Cette tension va monter crescendo. Amelia dresse une étrange carte dans laquelle on reconnaît Strange, mais aussi la forme étrange qui se reflétait dans son oeil au tout début. C'est encore nébuleux mais le lien est établi entre ce qu'elle pressent et un des personnages récurrents de la série. Bien entendu, le réflexe du lecteur de comics l'incite à penser que la vie de Strange est menacée ou qu'il est responsable de la catastrophe à venir et qu'il pourrait être éliminé pour l'empêcher.

Valerio Schiti prend autant de soin à dessiner Amelia dans ces moments qui éveillent notre curiosité que Wyn, Strange, Aiko, St-Maur Cercle dans leur échange finalement assez elliptique ou Dimitri et Mia dans leur dialogue presque badin. Lorsqu'entre en scène l'Oubli, Schiti insiste subtilement sur son aspect débraillé qui le fait ressembler à une anomalie dans le décor plutôt raffiné du bar.

On sait que l'artiste italien s'est beaucoup investi dans les designs de la série depuis sa conception en étroite collaboration avec Hickman et que le pari majeur des deux auteurs a été de déjouer les attentes visuelles des lecteurs de comics. Il n'était pas question d'animer des divinités ou leurs avatars en renouant avec la démesure à la Kirby mais plutôt, comme dans Sandman de Neil Gaiman, de donner aux entités cosmiques de Marvel un look plus urbain de manière à ce que chacun puisse se les représenter facilement.

L'Oubli porte un bonnet en laine, une chemise, un tee-shirt, un jean, des baskets. Il a les dents gâtés, un regard de jais, les joues mal rasées. On dirait un clodo qui ne boit pas que de l'eau plate. A côté de l'uniforme blanc de Dimitri ou de la tenue d'étudiante bobo de Mia, il n'a aucun mal à attirer l'attention et à susciter un malaise pesant, comme celui qu'on ressent à proximité d'un individu à l'hygiène douteuse mais qui se colle à vous.

En parallèle, car là est tout le génie jubilatoire de l'épisode, la trajectoire d'Amelia nous confronte à une jeune femme d'apparence banale, ordinaire, quelconque, à l'exception de ses cheveux d'une couleur extravagante. Elle partage un repas avec son frère et la femme et l'enfant de celui-ci mais fond en larmes inexplicablement alors que toute la tablée est heureuse. 

Plus loin, elle assiste au départ en trombe de son frère, mais Schiti cadre le plan en mettant en avant un pistolet sur un meuble, visiblement oublié par le frère : un drame vient de se produire, dont on ne saura rien, dont on ne verra rien, mais qui aurait pu être plus terrible encore avec ce pistolet oublié. 

Puis plus loin encore, Amelia tend des fils entre des punaises qui épinglent des photos, des dessins, des cartes sur un mur de son appartement. Une sorte de piège se referme, le destin est en marche, vers quelque chose de plus grand, de plus effrayant aussi.

Il faut être attentif en lisant cet épisode et donc je vous conseille de toujours bien examiner les seconds et arrière-plans de chaque case. Dans le bar de la Bibliothèque en particulier, vous noterez la présence d'un individu cagoulé qui prend tout son sens à la fin.

En réalité, cet épisode révèle de manière ludique la construction même de la série. Il s'agit d'un puzzle dont la dernière pièce est posée à la dernière case de la dernière page. D'aucuns reprochent à G.O.D.S. de faire semblant d'être complexe pour jouer au plus malin, autrement dit de brasser du vent, de jouer la montre. C'est un sentiment renforcé par la façon dont le premier épisode posait les fondements de la série puisqu'il ressemblait à un one-shot.

Mais, pour ma part, je pense que Hickman s'y montre plus joueur que d'habitude et cela déconcerte donc ceux qui pensaient lire quelque chose comme HoX/PoX ou même ses creator-owned. C'est bien un scénariste qui avance avec un plan en tête, et à son rythme, avec une liberté comme aucun autre chez Marvel n'en jouit. Mais G.O.D.S. ressemble davantage à un jeu sur les formes narratives, les attentes du lecteur et même du fan ou du détracteur de l'auteur. Il a trouvé avec Valerio Schiti l'artiste capable à la fois de mettre en images sa fantaisie et d'en ajouter une couche.

Ce qui aboutit à un objet plus malicieux que prétentieux. Si vous n'avez pas envie de jouer, inutile de persévérer, cela vous agacera, vous ne rentrerez jamais dans la partie et n'y verrez que des défauts. En revanche, si vous appréciez d'être baladé mais aussi de relire chaque numéro pour en découvrir les subtilités, alors c'est une série absolument divine, conçu par un esprit brillant et un dessinateur de haute volée. Et vous pouvez être sûr que ce n'est qu'un début.

vendredi 22 décembre 2023

WONDER WOMAN #4, de Tom King et Daniel Sampere


Ce quatrième épisode de Wonder Woman ne permet toujours pas de savoir vraiment quoi penser de cette série relancée par Tom King. Le rythme est plutôt lent et l'intrigue se déroule en conséquence, intéressante sans être palpitante. Les dessins de Daniel Sampere sont magnifiques encore une fois mais participe de cette impression que tout ça est bien beau mais n'avance pas beaucoup.


Tandis que Wonder Woman répond positivement à l'invitation d'un couple de passer la journée avec leur fils malade, le Souverain continue à pousser pions pour l'accabler vis-à-vis de l'opinion. Une guerre ouverte contre les amazones se prépare...


Depuis quatre mois, je cherche ce qui m'embarrasse dans cette relance de Wonder Woman tout en reconnaissant qu'elle a des qualités indéniables, qui la distinguent des précédentes reprises récentes. On est face à une proposition vraiment plus accrocheuse mais pas vraiment palpitante.


Alors, c'est quoi, le problème ? Avant de l'aborder, il me faut, en toute honnêteté, dire pourquoi la série me paraît valoir la peine. Et pour cela, commencer en disant que, finalement, Wonder Woman n'a jamais été un personnage qui m'a vraiment passionné.


Si je devais faire une comparaison, qui ne vaut en soi pas grand-chose, je dirais que Wonder Woman, pour moi, c'est un peu comme Black Panther chez Marvel : il s'agit d'une figure héroïque à laquelle j'ai le plus grand mal à m'attacher. Et ça vaut aussi pour ses adaptations sur petit comme grand écran : j'avais apprécié le premier film de Patty Jenkins avec Gal Gadot en son temps tout en n'en percevant les limites (une production mise en avant davantage parce qu'elle avait une super-héroïne comme vedette que pour l'originalité et la qualité de son histoire et de sa réalisation).

Il est désormais loin le temps où on pouvait s'émouvoir devant Lynda Carter qui tournait sur elle-même pour prendre l'apparence de l'amazone, mais franchement, nostalgie mise de côté, ça ne valait pas grand-chose. Et bien que Chadwick Boseman ait marqué les esprits dans Black Panther, l'émotion ayant suivi son décès a fini par supplanter sa performance dans la peau de T'challa.

Les quelques fois où j'ai tenté de suivre une série de comics dédiée à Diana Prince, je n'ai pas accroché car il me semblait que les auteurs la mettaient en scène sans savoir quel aspect privilégier : l'amazone, l'ambassadrice de Themyscera, la guerrière, la super-héroïne membre de la Justice League... La seule fois où j'ai senti qu'un scénariste arrivait avec quelque chose de singulier, qui ne s'embarrasse pas de clichés, c'était pour le run de Brian Azzarello et Cliff Chaing lors des New 52 (il faudra que je pense à en écrire une critique un de ces jours puisque si je ne l'avais pas fait à l'époque, c'est parce que j'avais lu ces épisodes bien après leur publication).

De ce point de vue, ce que tente Tom King est malin : le scénariste reste fidèle à lui-même en s'attachant à bien définir la situation de son personnage principal pour développer une intrigue qui appuie là où ça fait mal, là où ça pique. Il est passé maître dans ce genre d'exercice où le lecteur considère le héros d'un oeil neuf, particulièrement quand il s'agit d'un second, voire d'un troisième couteau.

Ici, cette histoire de meurtre violent commis par une amazone que veut retrouver Wonder Woman pour comprendre son geste alors que celui-ci a provoqué une réaction en chaîne radicale de la part des Etats-Unis, bannissant les amazones de son territoire sans ménagement, aboutit à quelque chose de très accrocheur. Une héroïne aussi iconique que Wonder Woman devient la femme à abattre et le lecteur ne sait même plus quoi penser : sa quête est-elle justifiée ? Insensée ? Quel impact cette crise aura-t-elle pour les amis de WW ? Pour la Justice League ?

Le souci, j'y viens, c'est que la série avance à pas comptés, très lentement, et de manière très bavarde. C'est particulièrement pesant dans la façon dont King s'ingénie à récapituler à chaque épisode ce qui a précédé via des journalistes télé qui font part des développements de l'affaire. Déjà, la présentation narrative et visuelle est redondante mais surtout on se demande bien pourquoi l'editor de la série n'impose pas à son scénariste un résumé classique au lieu d'une scène en bonne et due forme.

Ensuite, et c'est spécialement frappant avec cet épisode, on n'a pas ce sentiment d'urgence qu'impose une pareille crise, surtout du côté de Wonder Woman - et c'est tout de même un comble. Un réalisme comme veut à l'évidence l'imposer King ici exigerait qu'elle se presse pour régler ce dossier, compromettant pour elle et tout son peuple. Au contraire, elle progresse très peu - anormalement peu. Au point de s'accorder quasiment une pause humanitaire ici puisqu'elle passe une journée entière avec un jeune cancéreux tandis que les autorités conspirent de plus belle pour l'accabler et préparer une guerre contre les amazones.

Et, mon Dieu, que c'est niaiseux ! Déjà le cliché du cancéreux a de quoi rappeler les saillies les plus cyniques de Pierre Desproges, mais tout ça pour accoucher de dialogues aussi épouvantablement lacrymaux que "j'ai choisi l'amour" (plutôt que la haine, la colère, la guerre).... Pitié ! 

Mais cette guimauve a le mérite de vraiment pointer ce qui, en vérité, ne fonctionne pas, mais alors pas du tout. King, ces dernières années, après avoir été viré comme un malpropre par cet abruti de Bob Harras de Batman, avait tourné le dos aux séries mensuelles régulières pour se consacrer exclusivement au DC Black Label pour lequel il a écrit de merveilleuses mini en huit ou douze épisodes (Mister Miracle, Supergirl : Woman of Tomorrow, Strange Adventures, Rorschach, The Human Target, Danger Street).

Et si ce format lui réussissait si bien, c'est parce que lui, l'auteur, comme nous, les lecteurs, savions que ça aurait un début et une fin. King campait des personnages atypiques et mémorables, sortis du grenier de DC, et leur inventait des histoires uniques, parfois discutables mais indéniablement marquantes. Même ce qu'on pouvait aimer le moins chez lui (une certaine tendance à vouloir être littéraire, à faire des phrases, à creuser un même sillon psychodramatique) devenait supportable parce que c'était limité dans le temps.

Transposé au format d'une ongoing, ces atouts deviennent des boulets que seuls les plus mordus peuvent encore tolérer. J'adore King, je considère même qu'il est, actuellement, avec Hickman, le seul à posséder une voix et des propositions vraiment originales, mais je ne pourrais plus lire son Batman aujourd'hui, pas après Mister Miracle et les autres, parce que je n'y verrais plus que son côté verbeux, maniériste, exagérément délayé, décompressé. King a l'âme et le talent, le génie même parfois, d'un conteur, pas d'un feuilletonniste.

Et c'est pour cela, au fond, que sa Wonder Woman m'embête : je le vois retomber dans ses travers. S'il avait conçu ça comme une mini-série, ç'aurait été bien plus percutant, mais surtout plus rapide parce qu'au bout de quatre épisodes, il aurait été forcé d'avancer plus vite. On ne fait pas progresser une intrigue de la même manière quand on a douze mois devant soi ou une quantité inconnue de mois. Surtout, on ne s'arrête pas pour un épisode comme ça. Dans Danger Street, il ne s'est permis une parenthèse dans le déroulement de la série qu'une fois, à l'occasion du duel entre Manhunter et Codename : Assassin, et l'épisode était tellement étonnant qu'il ne serait venu à l'idée de personne de le déprécier, d'abord aprce qu'il finissait par régler le cas de ces deux personnages. Ici, Wonder Woman et son petit cancéreux, c'est juste horripilant - et pas touchant, voire bouleversant comme l'assurent des twittos.

Pour en revenir, brièvement, à son Batman, King avait prévu d'y rester 100 épisodes (il en aura quand même écrit 85), donc il avait la fin en tête. 100, c'est beaucoup plus que 12, mais avec un terme en tête, pourquoi pas ? Là, peut-être par prudence, peut-être parce qu'il l'ignore lui-même, King ne s'est pas prononcé sur le nombre de numéros qu'il avait en tête. Mais ce qui est terrible, c'est de trouver déjà le temps long au bout de quatre épisodes.

Alors, certes, tout n'est pas mauvais dans Wonder Woman et notamment parce que, comme pour Batman, il peut s'appuyer sur un artiste de grand talent, en pleine éclosion, Daniel Sampere, qui adore le personnage et s'éclate. Les planches qu'il produit sont magnifiques, avec un découpage précis, rigoureux, mais qui laisse de la place à son expression. Le souci du détail, le réalisme des compositions, rendent le tout admirable et c'est, là, par contre, vraiment beau de voir un dessinateur se révéler comme ça, gagner en volume.

Mais Sampere, c'est presque trop beau et pas assez narratif. Plus d'une fois, il livre des planches stupéfiantes, mais qui se laissent trop regarder. Et pendant ce temps, hé bien, il ne se passe pas grand-chose, en tout cas pas grand-chose pour la progression du récit. Consacrer une pleine page pour montrer ce que voit le jeune garçon malade à bord de l'avion invisible de Wonder Woman permet d'apprécier l'adresse de Sampere et les couleurs splendides de Tomeu Morey. Mais bon, c'est une page pour épater la galerie comme le garçon l'est par le spectacle aérien, ce n'est pas une page qui fait avancer le schmilblick.

Il y a là un côté figé, ou en tout cas pas très mobile, pas très vivant, alors que Sampere, quand il est obligé de se contenter de servir le script, peut faire bien mieux (le sourire de Diana pour dire "bonjour" au garçon alité, le Souverain qui tend sa main au Président américain pour qu'il baise son anneau). Je le dis comme je le pense : je me fiche de ces pages jolies, impressionnantes, si elles ne racontent rien, si elles sont juste là pour nous dire "regardez comment ce type dessine merveilleusement". Je veux de la narration, je veux des images qui "plussent" le script comme disait Toth. La bande dessinée, c'est de la narration, écrite et graphique, pas de l'illustration ou de la littérature en images. C'est un langage en soi qui n'a pas besoin qu'un scénariste nous prouve qu'il sait faire de belles phrases ou un artistes de beaux dessins. Si c'est beau, c'est en plus, mais ça doit, je le répète, d'abord, raconter. Sinon, au risque d'être extrême, c'est juste des images et du texte en trop.

Pour en terminer, je vais aller au bout de cet arc (soit jusqu'au #6, le dernier que dessinera Sampere avant de faire une pause d'un mois où il sera remplacé par Guillem March), en souhaitant que ce soit vraiment avec un dénouement. Après, selon la fin de l'arc, je verrai si je persiste. Mais si King prolonge cette intrigue au-delà, ce sera sans moi. Je préfère me réserver pour Helen of Wyndhorn en Mars chez Dark Horse.

UNCANNY SPIDER-MAN #5, de Si Spurrier, Lee Garbett et Simone Buonfantino

 

C'est fini aussi pour Uncanny Spider-Man ! Cette mini-série, la plus improbable lancée au cours de Fall of X, s'est avérée une excellente surprise, d'abord parce que Si Spurrier a (enfin !) su écrire Diablo. Ensuite, visuellement, même si trois dessinateurs sont intervenus, le résultat m'a ravi. De qui espérer des jours meilleurs pour Kurt Wagner ?



Comment Diablo va-t-il sortir des griffes d'Orchis auquel l'a livrée Silver Sable ? Quid de Mystique ? Et le mutant téléporteur va-t-il devoir continuer à se cacher sous le masque de Spider-Man ? Enfin, qui est réellement la voix qui s'adresse à Kurt Wagner et lui apparaît à lui seul sous la forme d'un lutin qui lui ressemble ?


Bien entendu, comme hier avec Uncanny Avengers, je ne vais rien dévoiler d'essentiel sur le contenu de ce dernier épisode de Uncanny Spider-Man afin que vous puissiez, le moment venu de sa traduction en vf, profiter pleinement de cette histoire.


Non, je vais plutôt, comme hier avec Uncanny Avengers, m'attacher à examiner si Uncanny Spider-Man a été utile à Fall of X ou si ça n'a été qu'une mini-série un peu gadget. Car avec tous les titres satellites qu'a produits Marvel durant cette période, on a pu parfois s'interroger sur leur pertinence.


Comment dès lors déterminer la nécessité de telle mini-série ou telle autre ? La réponse est simple : qu'est-ce qu'elle a apporté à la situation s'ensemble. Au terme du Hellfire Gala 2023, Krakoa a été le théâtre d'un coup de force terrible de la part d'Orchis : des mutants ont disparu on-ne-sait-où en franchissant les portails désormais condamnés, d'autres ont réussi à prendre le maquis. Mais la vérité, c'est que les méchants ont gagné. L'ère de Krakoa est révolue.

Et il semble bien qu'une page soit amenée à se tourner définitivement dans les prochains mois. Au niveau éditorial, la gamme mutante va passer sous le contrôle de Tom Brevoort, un vétéran de Marvel, dans la maison depuis trente ans dont vingt-cinq à superviser la franchise Avengers. Exit donc Jordan White qui aura été l'autre tête pensante des X-Men depuis cinq ans et la révolution initiée par Jonathan Hickman. C'est un signal fort envoyé par l'éditeur que de placer Brevoort, une manière de dire que désormais les X-Men sont devenus une priorité.

Pourtant le chapitre suivant pour les mutants sera encore une initiative chapeauté par White avec les deux mini-séries Fall of the House of X et Rise of the Powers of X, qui paraîtront à raison d'un épisode chacune chaque mois (et non plus une de chaque chaque semaine comme initialement annoncé). Sachant qu'il y aura cinq épisodes de Fall... et Rise..., cela nous projette en Mai 2024. Durant cette période, on sait que certains titres réguliers vont s'arrêter définitivement (Immortal X-Men et X-Men Red qui s'achèvent ce mois-ci), d'autres se poursuivre (X-Men, X-Force, Wolverine). Mais surtout on vient d'apprendre, hier, que le vrai redémarrage aura lieu en Juillet 2024 avec le label X-Men : From the Ashes. C'est là que débutera vraiment la reprise en main par Brevoort. 

Revenons à Uncanny Spider-Man : pour résumer le fond de ma pensée, je dirai que Diablo a certainement été un des mutants les moins gâtés par le renouveau de Hickman. Pourtant ce dernier en avait fait un membre du conseil de Krakoa, le gouvernement de la Nation X, puis dans les pages de la série X-Men il ambitionnait visiblement d'en faire une sorte de guide spirituel de l'île et de sa communauté. Mais le scénariste a, on le sait, été empêché de beaucoup de choses par la pandémie, l'obligeant à revoir ses plans et finalement à abréger son run pour faire ses adieux à la franchise avec Inferno.

Le départ de Hickman, qui avait passé le relais sur X-Men à Gerry Duggan, a incité Marvel et White à réorganiser les titres de la gamme. De nouvelles plumes ont été sollicités, comme Al Ewing, Kieron Gillen (qui faisait en fait son retour) et Si Spurrier. Ce dernier a manifesté son intérêt pour Diablo et l'a employé comme personnage principal de Way of X (sans intérêt) puis Legion of X (encore pire). Ces titres me sont à chaque fois tombé des mains.

Je n'avais donc aucun espoir que cela s'améliore avec Uncanny Spider-Man dont je trouvais le pitch au minimum improbable. Dans la chronologie mutante, Diablo a quitté Krakoa avant le Hellfire Gala, s'étant rendu compte que le conseil de l'île s'était égaré en route et que son propre projet de fonder une sorte d'église était dans l'impasse. Si Spurrier avait déplacé Kurt Wagner à New York où, avec la permission de Spider-Man, il jouait au héros dans un costume proche du tisseur.

Les premiers épisodes laissaient dubitatif sur cette situation d'autant plus que les Sentinelles ne détectaient pas Diablo/Spider-Man, que ce dernier entendait une voix qui était visualisée sous la forme d'un Bamf blanc, et qui, traqué par Orchis, et le Wild Pack de Silver Sable, s'engageait dans une liaison avec la mercenaire. Pourtant, malgré tout ça, il y avait un charme fou dans cette histoire, surtout grâce à un changement de ton radical de la part de Spurrier, qui jouait enfin le jeu du super-héroïsme et embrassait la personnalité de Diablo dans ce qu'elle de plus séduisante et bondissante (sans négliger son vague à l'âme suite au carnage du Hellfire Gala et se sa propre crise existentielle).

Cinq épisodes plus tard, si Uncanny Spider-Man a apporté quelque chose à Fall of X, c'est surtout, d'une part, ce côté aventurier, mouvementé, très distrayant, mais aussi, d'autre part, et surtout, une remise en avant bien caractérisé du personnage de Diablo. Et dans cet ultime épisode, on le voit sauver un autre personnage maltraité par Orchis, ne pas renoncer à sa romance avec Silver Sable, et renouer avec sa mère, Mystique (via le one-shot X-Men Blue : Origins, paru entre les épisodes 4 et 5).

Tout est donc en place pour que Diablo retrouve une bonne place pour la suite (et la couverture du n°1 de Fall of the House of X ne laisse aucun doute à ce sujet). En même temps (et c'est le seul - très - petit  spoiler que je m'autorise ici), à la fin de X-Men : Red (épisode 18), Diablo se trouve dans une position très indélicate et inattendue. Comment interpréter ça ? On en saura certainement plus très vite là encore dans Fall of the House of X.

Visuellement aussi, Uncanny Spider-Man aura été un plaisir. Lee Garbett semble être né pour dessiner le personnage à qui il redonne un charme fou et un côté subtilement torturé mais pas trop démoniaque. On pourra juste regretter que l'artiste n'ait pas réalisé la totalité des cinq numéros mais il a été bien remplacé par Javier Pina, puis sur ce dernier épisode, il reçoit le renfort de Simone Buonfantino qui signe les pages 17 à 23 dans un style qui ne jure pas avec ce qui précède.

C'est donc un bilan très positif, surtout pour un projet dont je n'attendais rien, en tout cas rien de qualitatif. Diablo reste mon X-man favori et je lui souhaite d'être bien traité dans le futur.