mercredi 23 février 2022

THE HUMAN TARGET #5, de Tom King et Greg Smallwood

 


Envie de vous retourner le cerveau ? Alors, The Human Target #5 est fait pour vous ! Parce que Tom King et Greg Smallwood ont produit cet épisode comme s'ils l'avaient fait exprès pour ça. Et ça tombe bien car Christopher Chance fait face à un sérieux challenge à l'heure d'interroger le Limier Martien, un gars qui peut lire dans vos pensées, changer d'aspect et qui figure sur la liste des suspects. La partie va pourtant prendre un tour vertigineux...


Christopher Chance se souvient... Adolescent, il a deviné que son père, alcoolique, devait de l'argent à des gens peu recommandables et qu'il n'avait pas de quoi les rembourser. Alors ses créanciers ont loué les services d'un tueur proferssionnel pour l'abattre. Et Christopher n'a pas pu l'empêcher...


Jeune homme, il intègre la Ligue des Assassins de Ra's Al Ghul. Pour exercer son esprit à être impénétrable, un des sbires de l'organisation le présente à Emra. Elle l'entraîne. Ils deviennent amants. Elle le manipule pour que Christopher tue l'homme de main et qu'elle recouvre sa liberté.


Ice organise un dîner en compagnie de J'onn J'onzz, le Limier Martien. Chance sait qu'il a obtenu de l'argent de Ted Kord/Blue Beetle en ayant d'abord tenté de passer par Booster Gold. A quelle fin ? Il doit l'apprendre sans que le martien ne le détecte.


Chance bloque son esprit tout en fouillant celui de J'onn. Il découvre qu'il a été l'amant de Beatriz da Costa/Fire, la meilleure amie de Ice. C'est pour elle qu'il a obtenu de Kord de l'argent afin qu'elle puisse se procurer de quoi tuer Luthor. Mais est-ce elle qui a tenté d'empoisonner ce dernier ?

Le résumé ci-dessus ne correspond pas à la construction de l'épisode, il replace les éléments dans leur chronologie. Et même ainsi, on demeure incertain de la culpabilité de Fire. Après tout nous n'en sommes qu'au cinquième épisode (sur douze) de la série...

"Passe-moi le sel" : c'est souvent ainsi que, pour s'en moquer, on réduit certains films d'auteur intimistes. Des personnages qui discutent, échangent des banalités, demandent du sel à un autre convive autour d'une table pour lancer un dialogue. 

C'est par une formule semblable que s'ouvre l'épisode où sont attablés dans un restaurant J'onn J'onzz/le Limier Martien, Ice et Christopher Chance. Ice a promis à Chance qu'il apprécierait le martien. Ou plutôt qu'il le respecterait. Sans qu'on comprenne trop pourquoi elle a précisé cela. Ou plutôt parce qu'on le devine trop bien. En effet, il ne s'agit pas de présenter le personnage comme respectable (même s'il l'est en tant que super-héros). Mais plutôt comme quelqu'un qui impose le respect. Sous-etendu qu'il faut craindre.

Le Limier Martien est, c'est vrai, un sacré "client" à interroger dans une affaire d'homicide involontaire. Imaginez : il sait lire dans les pensées d'autrui, les manipuler à son avantage, il est métamorphe. A bien des égards, c'est comme un double extraterrestre de Chance lui-même, dont les spécialités consistent à connaître quelqu'un intimement et à prendre son apparence pour le remplacer lorsqu'il se sait menacé.

En outre, dans le civil, J'onn J'onzz se fait appeler John Jones. Il a donc une triple identité : J'onn J'onzz, son nom martien. John Jones, son alias civil terrien. Le Limier Martien, son nom de code au sein de la Justice League. Et comme si ça ne suffisait pas : il est flic. Une autre raison, tiens, d'imposer le respect. Un flic et un super-héros peut-il être un criminel ? A-t-il pu vouloir tuer Lex Luthor ? Ou même participer à son assassinat ?

Que sait Chance avant ce dîner avec le martien ? Dans l'épisode précédent, il a appris d'un Ted Kord ivre que Booster Gold lui avait demandé un prêt en argent. Puis le martien l'avait obtenu (car on ne peut rien lui refuser - est-ce à dire qu'il a obtenu l'argent de Kord en le forçant mentalement grâce à ses pouvoirs psychiques ?). Mais pourquoi le martien avait-il besoin de cet argent ? Pour quel projet, sinon un projet en relation avec Luthor, sa mort ? Car Luthor avait failli tuer Ice lors de son combat contre Overmaster...

Avant de savoir l'usage de cet argent, le récit emprunte des détours vertigineux, qui vous égarent, vous rattrapent, vous bousculent. A bien des égards, on a alors droit à une sorte d'origin story de Christopher Chance. Et il faut commencer par le commencement, le trauma fondateur, ce qui a décidé de la vocation du personnage. Pourquoi est-il devenu une cible humaine professionnelle ?

La figure du père devient centrale dans ce premier acte. La mort de cet homme alcoolique et endetté écrit en lettres de sang la mission du fils, qui, jamais plus, n'échouera à s'interposer entre un tueur et sa cible. Puis, un deuxième acte s'ouvre, sous forme de récit initiatique. Chance intègre la Ligue des Assassins de Ra's Al Ghul et il rencontre la troublante Emra.

Cette femme fatale, tout droit sortie d'un polar, d'une pulp fiction (dont la couverture reproduit les codes graphique génialement), n'est évidemment pas ordinaire. C'est une extraterrestre, provenant de Titan, le satellite de Saturne. Elle forme donc Chance pour qu'il maîtrise ses émotions et ferme son esprit à ceux capables de s'y introduire, mais aussi à la lecture des pensées des autres. Un apprentissage dur, laborieux, exigeant éreintant. Elle aide le jeune homme par amitié pour son père qu'elle a, dit-elle, "bien connu" et "aimé". A quel point ? En tout cas, Chance et Emra deviennent amants. Peut-être le fils a-t-il remplacé son père dans le lit de cette femme ?

Leur intimité ne freine pas l'entraînement aux techniques de contrôle mental. En retour, toutefois, Chance acceptera de tuer l'homme de main qui oblige Emra à travailler pour son organisation. Chance comprend, trop tard, qu'il a été manipulé. Mais en même temps, il est désormais prêt. Car la leçon fondamentale que Emra lui a inculquée est de ne jamais esquiver la balle. Il s'agit moins de fermer son esprit que de laisser voir ce que Chance veut laisser voir à celui qui le sondera. Tout comme il s'agit, quand on est une cible humaine, de ne pas éviter le coup mais au contraire de le recevoir pour tromper le tireur, lui faire croire qu'il a réussi son contrat. Ainsi cette erreur sera fatale au tueur.

Et donc, nous voilà au moment d'aller dîner avec le martien. J'onn demande du sel à Chance qui le lui passe. Dans un temps dilaté à l'extrême, et un exercice de narration magistral, on remonte le temps, dans le désordre, et chaque bribe du passé rebondit sur une autre pour en révéler le sens. Chance n'a pas pris la balle qu'un tueur à tiré sur son père, il n'a pas pu s'empêcher de tuer l'homme qui faisait chanter Emra, mais il ne laissera voir dans son esprit au martien que ce qu'il a décidé pendant que lui découvrira dans les souvenirs du martien ce qu'il cherche. Un indice, une preuve, de son implication dans la tentative d'assassinat contre Luthor.

Non sans malice, Tom King imagine une liaison entre le martien et Fire. Malicieux car la faiblesse du martien, c'est justement le feu, qui dévasta son monde et le fait paniquer. La romance entre Beatriz da Costa et J'onn J'onzz est habilement suggérée comme étant de nature sado-masochiste : Fire aguiche le martien, le brûle à peine quand ils sont au lit, lui conseille sur un ton salace de brûler la chandelle par tous les bouts. Cette affaire bouleverse le martien, impuissant face à cette femme, séduisante, torride (dans tous les sens du terme), au point de lui faire dire que ce n'est pas lui, qu'il n'est pas comme ça. Mais qui accepte de désctiver les appareils qui pourraient les trahir, qui le motive à demander/obtenir (extorquer ?) de l'argent à Kord. 

Le lecteur ne sait pas, ne sait plus lui non plus, il est déboussolé. Qui de mieux qu'un alien pour concocter un poison mortel pour un humain ? Avec la complicité d'un voyageur temporel ? Et d'un ex-petit ami très jaloux ? A ce stade de la série, il ne s'agit plus de savoir si le coupable est dans les rangs de la Justice League, ni même qui est-ce exactement, mais plutôt s'ils ne sont pas tous coupables, s'ils n'ont pas fomenté l'empoisonnement de Luthor de concert, se couvrant les uns les autres.

Greg Smallwood accomplit encore un tour de force avec cet épisode sur le plan visuel. On peut dire qu'à chaque numéro il se surpasse, non pas en faisant mieux car ce serait alors minorer la qualité des épisodes précédents, ni  même en faisant jeu égal, mais plutôt en accordant son brio au défi que représente le script et les enjeux croissants de l'intrigue.

On voit finalement peu le Limier Martien durant l'épisode, que ce soit sous sa forme originelle (un être longiligne, à la tête déformée), super-héroïque (un colosse capé à la peau verte) ou humaine (un type d'apparence très ordinaire). Mais ce n'est pas un reproche, c'est même au contraire mieux ainsi, plus adéquat. Car le propre du martien, c'est de ne pas se montrer. Quand il est apparu dans les comics dans les années 50, le Martian Manhunter arrivait sur Terre, téléporté par un savant, le professeur Mark Erdel, à la suite d'une manoeuvre accidentelle. Le pauvre homme décéde d'une attaque en voyant la créature monstrueuse mais ses derniers mots seront hospitaliers pour l'alien.

J'onn va se cacher chez Erdel et en regardant la télé, s'abreuver de la pop-culture et des infos du monde d'alors. Inspiré par les films noirs, il s'invente un alias, John Jones, et intègre la police dont il devient un membre efficace grâce à ses dons télépathiques. Dans The New Frontier, Darwyn Cooke en fait même le partenaire de Slam Bradley avec lequel il surprendra Batman, qui aura tôt fait de remarquer l'effroi de ce flic devant le feu et percera à jour sa provenance extraterrestre. Le Limier Martien fera partie ensuite des membres fondateurs de la Justice League, même s'il pâtira ensuite de l'ombre de Superman avec lequel il partage bien des points communs (unique survivant de son monde, pouvant voler, doté d'une super-force, obligé de dissimuler sa vraie identité).

Mais, fondamentalement, J'onn restera ce personnage en retrait, contraint de se cacher. Et donc, intelligemment, King ne le montre pas beaucoup dans cet épisode. Il tourne autour et Smallwood accorde son dessin à ce challenge, au même titre que Chance doit s'adapter à ce suspect capable de le tromper en manipulant ses pensées, en lui fermant les siennes.

Le découpage alterne entre des cases horizontales occupant toute la largeur de la bande, qui traduisent les passages d'un personnage à l'autre, d'une époque à une autre, d'un lieu à un autre, etc. Et des "gaufriers", chers à King, mais aussi pour Smallwood l'occasion de grillager l'action. C'est en effet une partie d'échecs à laquelle on assiste, ou plutôt plusieurs parties sur plusieurs périodes. Pour le dessinateur, c'est alors le format idéal pour traduire la tensiion tragique du moment traumatique fondateur de la mort du père de Chance, puis de la relation de plus en plus étroite et viciée à la fois entre Chance et Emra, puis d'un dialogue hâché entre Ice et Chance, et enfin de la "transaction" qui s'opère entre le martien et Fire.

La colorisation est encore une fois extraordinaire et prouve que l'art de Smallwood est complet car il s'en sert pour parler aussi à ce niveau. Il emploie des tons vifs dans les moments-clés, puis plus nuancés quand les situations sont plus troubles. Mais surtout là encore les couleurs sont des signes de passage : à l'intérieur d'une même scène, dans une page quadrillée, le lecteur devra être attentif aux modifications de la couleur des cheveux de Ice, de ses ongles vernis. Quand Fire et le Limier Martien se font face, la peau verte du second et le costume vert de la première soulignent leur complicité. Le vert s'obtient apr un mélange de jaune et de bleu (le bleu renvoie ici au costume et aux pouvoirs sur la glace de Ice), c'est une couleur qu'on dit apaisante, qui repose. Mais c'est aussi une couleur associé à Judas - au théâtre le rôle de Judas est souvent tenu par un acteur portant des vêtements verts - et le vert est aussi associé à la chance ou au hasard, mais encore à la jalousie et à l'envie, au libertinage, à la jalousie, et à la mort et au Diable enfin. Tous sentiments à l'oeuvre ici.

Par contraste, mais logiquement dans un récit à plusieurs niveaux, la première scène et la dernière, dans le restaurant, avec J'onn, Ice et Chance baignent dans une lumière rouge vive, qu'on associera à la passion, aussi bien amoureuse, sexuelle (donc celle de Fire et du martien, mais aussi de Ice et de Chance), qu'à la passion au sens de pâtir, de subir. C'est passionnant à décortiquer parce qu'on comprend alors, en le faisant, en y faisant attention, que Smallwood n'a rien laissé au hasard, et qu'en même temps cela colle à la situation de Chance et du martien ici. Les deux hommes sont le jouet de femmes puissantes, qui sont d'ailleurs des amies très proches. Er ils s'affrontent à fleurets mouchetés, sans qu'un autre ne le voit. Ce que l'un cache, l'autre doit le découvrir. C'est une question de survie réciproque.

C'est fascinant et renversant. Je vous avais prévenus, on en sort retourné. Et le prochain épisode ne risque pas de faire baisser la pression car on retrouvera Guy Gardner. Il faudra savourer ce sixième chapitre car ensuite la série va faire un break afin de permettre à Greg Smallwood de complèter la série tranquillement, sans qu'elle soit troublée par un fill-in (une tactique intelligente de la part de DC, qui a fait la même chose avec The Nice House on the Lake).

lundi 21 février 2022

DES NOUVELLES NOUVELLES TOUTES FRAÎCHES

Bonjour à tous ! J'espère que tout le monde va bien. Comme chaque Lundi, voici un florilège des news comics qui ont retenu mon attention et qui, je l'espère, vous donneront l'eau à la bouche. Commençons sans attendre.

DARK HORSE COMICS :


Maintenant qu'il a replacé tous ses creator-owned chez Dark Horse, Brian Michael Bendis commence à dévoiler son agenda chez ce nouvel éditeur. Après avoir lancé Joy Operations (avec Stephen Byrne), il vient d'annoncer quel serait son prochain projet.


Il s'agira en fait de Pearl III, le troisième volume de la série Pearl, co-créée et dessinée par Michael Gyados, et qui suit les aventures d'une jeune tatoueuse dont les dessins sur elle possèdent des propriétés peu communes. Dark Horse, pour l'occasion, rééditera les deux premiers volumes (de six épisodes chacun) à partir de Mai, en même temps que la troisième partie.


Olivier Vatine à la conquête des Etats-Unis ? En tout cas, l'excellent mais trop rare dessinateur français s'associe à la légende Mike Mignola pour un one-shot qui aura pour héros... (Roulements de tambour)...

Hellboy ! (Etonnant, non ?) Bon, j'ironise mais c'est une super nouvelle car Hellboy and the B.P.R.D. : Night of the Cyclops, qui sortira en Mai, promet beaucoup avec le détective venu de l'enfer aux prises avec des figures mythologiques grecques.

IMAGE COMICS :


Gerry Duggan n'arrête pas d'écrire X-Men (hélas...) mais va avec le dessinateur Scott Boncristiano produire un creator-owned en Juin prochain.


The Dark Room sera un récit horrifique qui sera contenu en un roman graphique. 


Le dessinateur Kyle Strahm va, lui, dessiner le prochain script écrit par Skottie Young, dans une série en cinq numéros, à paraître en Mai prochain.


Peu d'infos ont été communiquées sur le sujet de Twig dont le héros est une créature à fourrure bleue qui évolue dans un milieu fantastique, qui fait penser à du Jim Henson (le créateur de Rue Sésame).


Kyle Starks (à ne pas confondre avec Kyle Strahm) écrira, lui, un projet (encore une fois) tournée vers l'épouvante avec le dessinateur Artyom Topilin, disponible à partir de Mai prochain.


I Hate This Place sera une énième variation autour de la maison hantée qu'un couple de copines achète sans le savoir (évidemment). Pour la blague, l'éditeur et le scénariste proposeront chaque épisode en deux versions : l'une avec le titre ci-dessus, l'autre avec le titre I Fuck This Place (mais ce sera le même contenu).


MARVEL COMICS :


La "Maison des Idées" est discrète cette semaine et n'a annoncé qu'une sortie inédite pour Juin prochain. Aux commandes : Paul Cornell, pour le scénario, et Mike Hawthorne, pour le dessin. Mais c'est surtout le troisième nom à l'affiche qui fera parler du projet : George R. R. Martin.
 

En effet, Cornell va adapter en quatre épisodes Wildcards, une série de romans écrite par l'auteur de Game of Thrones. Déjà en 2007, Marvel avec la maison Dabel Brothers avaient initié un projet similaire, en six épisodes, sur cette saga où en 1946 un virus extraterrestre réécrit l'ADN de toute la population, créant trois catégories d'individus : des monstres (les "jokers"), d'autres dotés de pouvoirs inutiles et d'autres des surhommes (les "As"). Les romans sont passionnants, mais je trouve qu'ils méritent une meilleure équipe pour en faire des comics à la hauteur.

MARVEL / DC COMICS :


George Pérez vient d'être admis dans un institut de soins spécialisés et son état de santé est stable, même si le pronostic est inchangé. C'est un crêve-coeur d'en parler et de songer à la fin prochaine de cet artiste immense. Mais on ne peut qu'admirer la dignité et le courage incroyables dont il fait preuve, recevant ses amis de la profession et donnant régulièrement de ses nouvelles (grâce à sa femme).


Fondateur de HERO Initiative, qui collecte des fonds en mettant aux enchères des dessins originaux ou des planches pour aider des créateurs en difficulté, George Pérez aura la satisfaction de voir un de ses rêves exaucé bientôt puisque l'association a réussi à convaincre Marvel et DC de republier JLA/Avengers, le crossover écrit par Kurt Busiek et dessiné par lui, paru en 2003. Le tirage est limité à 7 000 exemplaires seulement, pour le prix de 29,99 $, et tous les bénéfices iront à de futurs bénéficiaires de HERO initiative. Souhaitons que ça n'en reste pas là et que cette réédition voit son tirage augmenté (même si on sent bien que Marvel comme DC freinent des quatre fers parce que ça ne leur remportera pas un rond...).

DC COMICS :


On commence par deux annulations qui surviendront en même temps, au mois de Mai prochain. En effet, le scénariste Jeremy Adams a confirmé que sa série Teen Titans Academy s'arrêterait au n° 15, et donc tout un tas de personnages vont à nouveau se trouver dans la nature (avant d'être peut-être recasés ici ou là après Dark Crisis...).
 

Tim Sheridan a lui aussi officialisé l'arrêt au #15 de Suicide Squad. Visiblement, DC comptait sur le succès de la série HBO consacrée à Peacemaker pour soutenir le comic-book dans lequel il apparaît. Mais j'ai plutôt l'impression que l'éditeur est en train de surexploiter le personnage depuis The Suicide Squad, le film de James Gunn.


Koi Pham et Greg Pak vont unir leurs talents pour une série inédite sur le label Milestone de DC, qui promeut la diversité raciale des super-héros.


Le dessinateur et le scénariste proposent donc Duo dont le pitch est assez alléchant puisque les héros sont un couple qui peuvent unir leurs forces et devenir un super-héros unique. L'amour fusionnel au sens littéral mis à l'épreuve de l'exercice super-héroïque.


Ram V promettait depuis des mois qu'il avait un gros projet en chantier chez DC sans qu'on voie rien venir. Le voile s'est levé ces derniers jours et tout ça se passera au sein du Black Label, en compagnie du dessinateur Christian Ward.


Bien que ce dernier rêve de s'exercer sur Green Lantern, c'est Aquaman qui sera le héros d'une mini-série en trosi numéros intitulée Andromeda et qui promet un voyage horrifique (encore !) à Arthur Curry. Perso, malgré la qualité de l'équipe créatrice, je commence à saturer avec toutes ces histoires d'horreur, d'autant qu'après deux ans de pandémie, j'aimerai lire des trucs un peu plus fun...


Du fun, je doute qu'il y en ait beaucoup dans le projet qui associera le scénariste de Star Wars : Rogue One, Gary Whitta, et le dessinateur de The Boys, Darick Robertson. Et pour l'originalité, on repassera aussi...


Hé oui parce que les deux acolytes vont produire une mini-série en 8 numéros intitulée Batman : Fortress. Le pitch : Superman absent, une invasion extraterrestre menace la Terre. Batman se rend dans la Forteresse de Solitude pour préparer la riposte avec ses copains de la Justice League... Bouh, comme j'ai pas envie de lire ça !


Par contre, qu'est-ce que j'ai envie de lire le prochain projet fou de Jorge Fornés (qui est désormais exclusif DC) et Tom King, au sein du Black Label ! Le duo se réunit après l'excellent Rorschach pour l'histoire la plus folle imaginée par le scénariste, toujours aussi pointu quand il s'agit d'aller chercher des idées et des personnages inattendus.


Danger Street sera une mini-série en 12 n° mais bimensuelle ! On y croiusera pas moins de 21 personnages dont la plupart rêve d'intégrer la Justice League. Pour cela, au moins trois d'entre eux - Starman (la version Mikaal Tomas), Metamorpho et Warlord - défient... Darkseid ! 


Mais King et Fornés ont diffusé des characters designs de personnages complétement improbables qui auront des rôles importants dans leur histoire, comme Lady Cop, les bandes de gamins The Dingbats ou The Green Team, ou le justicier The Creeper, mais aussi le Dr. Fate.
 


Et on attend une autre annonce de Tom King concernant son prochain projet avec Mitch Gerads (j'avais parié sur une mini-série Doctor Fate, perso adoré de Gerads, mais comme il apparaîtra dans Danger Street, je ne suis plus sûr.). Il faudra bien ça pour compenser le break que feront King et Greg Smallwood après le 6ème épisode de The Human Target, pour que l'artiste puisse prendre de l'avance...

1963 :


J'aime bien, quand j'ai de la matière et de l'énergie, conclure cette rubrique en parlant d'un projet qui n'a pas vu le jour, ou n'a pas été complété, ou réapparaît dans l'actualité de manière inattendue. Donc, je vais vous causer de 1963 et du patron, Alan Moore. Mais c'est quoi, 1963 ?


1963 est une mini-série en six épisodes réalisée en 1993, écrite par Alan Moore. Le mage anglais y parodiait avec mordant et brio les premiers comics Marvel au début des années 60. On trouvait les titres Mystery Inc. (version des Fantastic Four), The Fury (mélange entre Spider-Man et Daredevil) & Sky Solo Agent of L.A.S.E.R. (espèce de Nick Fury et le S.H.I.EL.D.), U.S.A. (pour Ultimate Special Agent, néo-Captain America) & Hypernaut (pseudo Iron Man), The Unbelievable N-Man (relecture de Hulk) & Johnny Beyond (idem pour Dr. Strange), Horus Lord of Light (néo Thor), et enfin Tomorrow Syndicate (les Avengers revisités). Publiée par Wildstorm, le label de Jim Lee, le projet devait se conclure par un Annual réunissant tous les personnages, et dessiné par Lee lui-même.


les épisodes de 1963 étaient dessinés par les amis de Moore : Steve Bissette, Rick Veitch et John Totleben (certains titres étaient encrés par Dave Gibbons). Mais il n'existe pas d'album rassemblant les six épisodes car Alan Moore s'est fâché avec Bissette et surtout Jim Lee quand ce dernier a vendu Wildstorm à DC - DC avec qui Moore ne voulait plus travailler suite à l'entourloupe autout des droits de Watchmen.


En 2009-2010, Bissette, Veitch et Totleben tentent de faire éditer un recueil de 1963 chez Dynamite Comics mais l'initiative capote à cause de problèmes sur les royalties et de propriété (revendiquée par Lee, Wildstorm, DC). Et bien entendu Moore ne veut plus en entendre parler (c'est un génie mais aussi une tête de cochon).


Car Moore a toujours été convaincu que Jim Lee ne dessinerait jamais le fameux Annual et qu'il a consciemment saboté tout espoir d'éditer un recueil de 1963 lorsqu'il a cédé son label Wildstorm à DC. Il n'a sans doute pas tort car Lee n'a jamais produit la moindre page ni défendu le projet ensuite (par contre il n'est jamais le dernier pour exploiter le filon Watchmen en soutenant des projets comme Before Watchmen, Doomsday Clock et Rorschach, ce qui a fait enrager Moore jusqu'à ce qu'il jette l'éponge et renonce définitivement aux comics). Entre alors en scène Don Simpson.
 

Je ne vais pas vous mentir, j'ignorai qui c'était il y a une semaine, mais ce dessinateur humoristique et fou de super-héros admire Moore et se passionne depuis trente ans pour 1963. Il a donc décidé de dessiner et de compléter l'Annual jamais fait de la série, sans qu'on sache si cela sera publié un jour, et par qui ! 


En tout cas, Simpson montre dans les planches qu'il a diffusées un respect total à l'oeuvre et surtout à l'esprit de Moore qui se moquait ouvertement de Stan Lee et de la fameux méthode Marvel, avec les surnoms flatteurs qu'attribuait le scénariste à ses dessinateurs. Moore se mettait en scène dans les crédits sous le nom de "Flatterin' Al" (Al le flatteur) et Simpson, aujourd'hui, sur la première page de son Annual, lance un irrésisitible "Fuck Al" (va te faire foutre Al), qui devrait faire beaucoup marrer Moore (qui est un type plein d'auto-dérision et pas un barbu sinistre comme on le caricature souvent).


Mon espoir, sans doute utopique, c'est que le geste de Don Simpson distrait Moore (même si ça ne le fera pas revenir aux comics), au point qu'il laisse à Bissette, Veitch et Totleben (s'ils en ont encore envie) la permission de négocier avec DC la publication d'un recueil de 1963. Ce serait l'épilogue miraculeux et merveilleux de cette histoire, et surtout l'occasion pour plein de fans de Moore et de ces artistes de découvrir cette série absolument immanquable.


Comme l'a expliqué Leah Moore, la fille de Alan, le milieu des comics a écoeuré son père alors qu'il aimait par-dessus tout l'univers de ces personnages et qu'il a contribué, plus que tout autre, à en faire un média à la fois populaire et de première classe, en écrivant des histoires qui ont changé la vie d'innombrables auteurs et lecteurs. Il a fini par se retirer complétement de ce milieu pour se consacrer à l'écriture de romans, et c'est un terrible gâchis pour la bande dessinée.


Tout comme on loue Stan Lee, Jack Kirby, Steve Ditko et tant d'autres fondateurs des comics, il ne faut jamais oublier Alan Moore pour sa contribution essentielle, artistique et historique. Si 1963 renaissait en recueil, ce serait un cadeau en son honneur et pour le plaisir des fans.


Et en plus, le premier dessin qui illustre mes propos est une peinture réalisée par Alex Ross, qui ferait une couverture parfaite pour l'album.


Voilà, c'est tout ! N'hésitez pas à commenter si vous êtes inspiré par une des news ou la tenue du blog et de cette rubrique. En attendant de se retrouver pour de nouvelles aventures, prenez soin de vous et de ceux que vous aime.

samedi 19 février 2022

SUPERGIRL : WOMAN OF TOMORROW #8, de Tom King et Bilquis Evely


Supergirl : Woman of Tomorrow s'achève avec ce huitième numéro. C'est une conclusion magnifique et très ambiguë, qui révèle en fait la vraie nature de cette histoire, à savoir : jusqu'à quel point doit-on faire confiance au narrateur ? Tom King et Bilquis Evely ont signé une saga épique et sensible, qui est assurée de rester longtemps dans la mémoire de ceux qui l'ont lue.
 

Pour préserver ceux qui n'ont pas suivi cette mini-série en v.o., je préfère ne pas en rédiger de résumé. Tout juste vous dirai-je que Comète va se sacrifier pour sauver Supergirl des asssauts des Brigands qui sont sur le point de l'exécuter sur leur navire.


En parallèle, Ruthye libère de ses liens Krem des collines jaunes, l'assassin de son père et complice des Brigands, estimant qu'elle doit lui règler son compte loyalement, en duel singulier. Sachant que le tueur peut sauver Krypto, le chien de Supergirl, l'épargnera-t-elle en oubliant sa vengeance ?


Bien entendu, Supergirl et Ruthye vont se retrouver, et même plutôt deux fois qu'une, à l'occasion d'un épilogue situé dans un futur lointain. A moins qu'il ne s'agisse d'une fiction... C'est toute la beauté de cet épisode et sa cruauté, car le lecteur est laissé libre d'interpréter la fin véritable du récit.


Mais avant d'aller plus loin dans l'analyse et l'appréciation, il faut revenir à Supergirl elle-même. Dans la bibliographie de Tom King chez DC (mais déjà avant durant son court séjour chez Marvel), il y a deux types de personnages : les vedettes et les seconds, voire les troisièmes couteaux.

La réputation de King s'est bâtie sur sa préférence affichée pour des héros de second rang. Le succès de Mister Miracle a en quelque sorte défini l'oeuvre de King : un New God certes, mais moins connu que le plus célèbre d'entre eux (Darkseid, réduit ironiquement à une figure paternelle, qui hantait la mini-série). Scott Free est devenu l'archétype des héros "Kingiens", soit grosso modo un type qui partage sa existence entre une vie ordinaire de mari, de père, au métier décalé, et une vie de super-héros, qui lui pèse, dont l'absurdité se révèle dans des combats aux motifs nébuleux et répétitifs, dont la violence abîme physiquement moralement.

Mais Tom King a aussi écrit le plus célèbre des héros de DC (et peut-être le plus célèbres des super-héros) : Batman. Il a réalisé un long run de 80 épisodes (qui aurait même dû durer plus, et qui a été prolongé, sans le même bonheur, par la mini Batman/Catwoman, encore en cours de parution). Donc, non, King n'est pas qu'un auteur abonné aux héros de deuxième classe puisqu'il a animé Batman durant plusieurs années, suscitant des réactions passionnées chez les fans. Parce que, entre autres, il a noué ses intrigues autour de la relation amoureuse entre Batman et Catwoman, son affrontement contre Bane, et sa confrontation avec le Flashpoint Batman (alias Thomas Wayne, son père mais issu d'une Terre parallèle). Donc aux prises avec des tourments finalement proches de ceux éprouvés par Scott Free, Adam Strange, Rorschach...

Donc : si King a exploré à la fois le côté le plus populaire du DCU et celui plus obscur de ses héros sous-exploités, il y a des constantes dans la manière dont il a de les écrire. Là aussi, grossièrement, King, pour beaucoup, est devenu une sorte de spécialiste du super-héros dépressif, avec une narration parfois bavarde, déstructurée. Cette narration éclatée est le reflet de la pysché brisé des héros de King, et le chemin de croix qu'il traverse dans les histoires que King raconte aboutit soit à une forme de damnation éternelle, soit à une espèce de salut pour le héros. Il y a quelque chose de quasi-religieux, proche de Frank Miller, dans les écrits de King, même si c'est moins prononcé symboliquement, et s'il était resté chez Marvel, s'il y avait rencontré le succès et la confiance des editors, nul doute qu'il aurait fini par écrire Daredevil.

Mais, Supergirl alors ? Hé bien, là où je veux en venir, c'est que, comme King l'a expliqué récemment en interview, c'était un personnage à la croisée des deux catégories de héros qu'il a écrites. Selon King, et il n'a pas tort, la longévité et la popularité de Supergirl devraient en avoir fait un des piliers du DCU, à égalité avec son cousin, ou du moins avec Nightwing par exemple (le Robin le plus populaire de Batman et celui qui s'en est le le plus/mieux émancipé). Mais, étrangement, malgré un film, une série télé, une ancienneté, Supergirl est restée la cousine de Superman, elle a vécu des aventures aux côtés de la Légion des Super Héros, etc. Un peu comme Batgirl, elle n'a en quelque sorte jamais réussi sa mue pour accèder au premier rôle, au devant de la scène. Tout le monde connaît Supergirl mais personne ne la préfère à Wonder Woman par exemple. Actuellement, elle n'a même plus de série régulière. Et dans l'event Future State, elle ne figurait même pas dans les rangs de la Future Justice League (alors que Jon Kent avait succédé à son père et Yara Flor à Diana Prince).

Bref, pour King, Supergirl, c'est à la fois un personnage avec lequel un auteur a encore une grande liberté, peut encore faire beaucoup de choses, l'entraîner dans des directions inattendues. Mais c'est aussi une héroïne familière qu'on ne peut pas se permettre de trop changer au risque de provoquer les fans.

Pour exploiter cette matière, King a eu une idée simple mais brillante : faire de Supergirl le sujet d'un récit narré par quelqu'un d'autre. Ce procédé permet de donner un aspect légendaire au personnage et à son aventure, mais aussi de faire planer un doute sur cette légende. Mais, comme il est dit dans L'Homme qui tua Liberty Valance (de John Ford) :  "Quand la légende dépasse la réalité, on publie la légende."

C'est ce que révèle la fin de Supergirl : Woman of Tomorrow : ce que Ruthyie (la voix de King) nous a racontés depuis le début, est-ce la vérité, la réalité, ou la légende, une sorte de mensonge, de vérité enrobée ? Le portrait qui est dressé de Supergirl est celui d'une jeune femme de vingt-et-un ans d'une dignité et d'une combativité admirables. Elle a beaucoup perdu - sa planète natale, ses parents, sa jeunesse - , son chien, Krypto, est blessé gravement dès le début de l'histoire. Pourtant, jamais elle ne cède : elle ne désespère jamais et ne s'abaisse jamais à une solution expéditive. Elle ne tue pas, elle ne se venge pas.

Et, in fine, on comprend qu'elle a accepté de traîner une gamine, qui, elle, ne voulait que se venger, tuer l'assassin de son père, dans un périple risqué et long pour une seule chose. Lui apprendre une leçon, lui inculquer des valeurs, un principe. Ceux qu'elle applique elle-même : ne jamais céder à l'indignité, à la soif de vengeance, au goût du sang. Même lorsque, dans les ultimes pages de cet ultime épisode, on fait un saut dans le temps, la question demeure : Ruthyie a-t-elle retenu la leçon ?

Et c'est là que King fait preuve de malice car le dénouement est ambigü. En effet, puisque tout le récit est légendaire, faut-il le croire ? Faut-il croire que ce qu'on voit ? Faut-il croire aux images de Bilquis Evely ? Ou faut-il croire au texte de King ? Les deux se contredisent, à dessein. Durement éprouvées, Ruthyie comme Supergirl ont pu écarter leur principe et se venger, tuer Krem. Mais aussi, parce qu'elles en ont bavées, qu'elles ont appris à la dure, elles ont pu l'épargner, le punir autrement, légalement, et s'en satisfaire. Le lecteur est libre de choisir. Certains seront frustrés par cette fin équivoque, qui ne montre pas clairement comment ce dossier a été bouclé. Les autres se réjouiront de la confiance de l'auteur dans le lecteur, de la liberté accordée.

Bilquis Evely a dessiné toute cette série avec Matheus Lopes, son coloriste. Il est impossible de dissocier les efforts de l'un de celui de l'autre. On assiste rarement à une telle complicité entre deux partenaires sur le plan graphique. Les pages en noir et blanc de Evely sont déjà magnifiques, son trait un peu tremblant mais d'une fabuleuse beauté et d'une classe imaprable, au fil de la plume et du pinceau, a quelque chose d'organique qui tranche divinement avec le tout-numérique qui domine actuellement la production des comics (ce n'est pas une critique, c'est un fait, et en définitive qu'importe l'outil : ce qui compte, c'est qu'il soit bien utilisé et que le dessin vibre).

Mais Lopes prolonge merveilleusement le dessin de Evely. Tout à coup, on pénètre dans une autre dimension, foisonnante, bigarré, fantastique. C'est encore plus beau. Aujourd'hui, j'observe un certain purisme chez des fans de BD qui frise le snobisme, il s'agit d'affirmer que le dessin en noir et blanc est supérieur à celui colorisé. Ce n'est pas mon opinion, pour deux raisons. 

La première raison est une nuance : pour moi, un dessin doit être bon en noir et blanc, il doit tenir sur ses jambes, marcher, fonctionner en noir et blanc. Mais ce n'est pas sa finalité. Seul l'artiste sait si la forme définitive de son dessin est en noir et blanc, et si les couleurs ne sont qu'un argument commercial (par exemple, les albums d'Hugo Pratt se suffisent à eux-mêmes en noir et blanc puisqu'ils ont été conçus ainsi, mais leurs versions colorisées n'ont existé que pour séduire plus d'amateurs). 

La seconde raison, c'est qu'affirmer que le noir et blanc est l'apogée du dessin, c'est peu ou prou du mépris, ou en tout cas de la méconnaissance envers le coloriste. C'est un peu comme dire que tous les films après le muet ne sont plus du cinéma, ou, pour prendre un point de comparaison plus récent, que les films produits pour les plateformes de streaming sont moins cinématographique que ceux destinés pour les salles (je sais que cette opinion n'est pas populaire, mais j'en ai assez de cette sacralisation de la salle de cinéma - la salle de cinéma n'a plus rien de sacré depuis qu'on a autorisé les spectateurs à regarder des films en bouffant bruyamment du popcorn).

Donc, Evely et Lopes proposent un spectacle total, flamboyant, mais qui ne cherche jamais à épater la galerie. Ils suivent le script, l'embellissent, le complètent, comme le font tous les artistes intelligents et compétents. De ce point de vue, Supergirl : Woman of Tomorrow figure parmi les plus belles productions de ces derniers mois, et une de plus dans la belle collection que se constitue King (un des auteurs les plus gâtés au niveau graphique, avec Mark Millar).

On quitte cette histoire avec une pointe de nostalgie. Mais c'est un formidable récit complet, qu'il aurait été dommage de trop délayer, en risquant de gâcher sa magie, son intensité, sa sensibilité. Guettez sa sortie (qui ne devrait pas tarder à être annoncée) chez Urban Comics si vous voulez la découvrir en vf (au passage Rorschach et Strange Adventures, du même Tom King, arrivent au Printemps en France).