mardi 25 janvier 2022

JEAN-CLAUDE MEZIERES (1938-2022)

 


Jean-Claude Mézières est mort. Il est parti rejoindre Valérian et Laureline dans les étoiles. 


Disparu le 23 Janvier dernier, à l'âge de 83 ans, Mézières était un authentique géant, pas seulement de la bande dessinée franco-belge, mais du 9ème Art, de ceux dont l'influence dépasse le média et qui a inspiré bien des artistes dans bien des domaines. 


Vous croyez que j'exagère ? Alors demandez donc à George Lucas où il a copieusement puisé ses idées graphiques pour sa saga Star Wars. Comme il ne vous répondra pas, car il ne l'a jamais admis, (re)lisez ensuite les albums de Valérian et Laureline et comparez les dates de sortie des livres et des films. C'est éloquent : Lucas a tout piqué à Mézières. Au point que, quand, finalement, Luc Besson adapatera Valérian et la Cité des Mille Planètes, en 2017, beaucoup penseront, c'est un comble, qu'il a plagié Lucas et sa Guerre des Etoiles, son esthétique, en étant revenu au matériau source !


Mézières et son scénariste ami d'enfance, Pierre Christin, s'amusaient de cette situation. Et sans doute était-ce la meilleure réaction, même si, pour les fans de la BD, un sentiment d'injustice persistait. Elève aux Arts Appliqués en 1957, avec Jean Giraud/Moebius (dont il disait que l'avoir comme camarade obligeait chacun à se surpasser), Mézières rencontrera grâce à lui Jijé puis Franquin, avant de partir en voyage aux Etats-Unis avec lui en 1964. Ce sera une révélation pour cet amoureux des grands espaces, qui y retournera fréquemment.
 


En 1967, à la recherche d'une idée d'histoire à suivre, il pitche avec Christin ce qui deviendra Valérian (rebaptisé plus tard Valérian et Laureline), fruit de leur passion pour la science-fiction. Naissance d'une oeuvre révolutionnaire qui ne se cantonne pas au space opera mais réfléchit aussi aux luttes de pouvoir, à la politique, à l'essor technologique, à l'écologie, au futurisme : se plonger dans cette série, c'est s'assurer de longues heures de lecture captivantes mais aussi de relectures inépuisables. Christin et Mézières font feu de tout bois, le dessinateur créant un univers visuel incomparable, avec dss vaisseaux insensés, des décors inoubliables, des personnages charismatiques. J'ai découvert en même temps Valérian et Laureline et Lone Sloane, de Druillet, et je ne m'en suis jamais remis.

Dans les années 70, Mézières est invité à enseigner son art et il instruira Régis Loisel et André Juillard notamment. En 1987, il reçoit le Grand Prix du festival de la bande dessinée d'Angoulême. Au début des années 90, il collabore à la production design du film Le Cinquième Elément de Luc Besson, qui voue à Mézières et Moebius une admiration sans bornes : une expérience que les deux artistes apprécieront énormément pour le respect porté à leur contribution, et qui participera au succès du film en 1997. 

En 2004, Mézières et Christin mettent un fin aux aventures de Valérian et Laureline, mais accepteront que Lupano et Lauffray en fassent leur version (très belle visuellement, mais raté narrativement). Qui osera se frotter à nouveau au couple d'agents du Service Spatio-Temporel de Galaxity ?
 


Pour conclure cet hommage à un dessinateur dont j'admirai la productivité, la narration impeccable, l'inventivité et l'humilité, je voulais revenir sur un passage à la fin de Brooklyn Station Terminus Cosmos, paru en 1981, le premier tome de la série que j'ai lu. Il forme avec Métro Châtelet Direction Cassiopée (sorti un an avant) un diptyque culte pour une histoire palpitante. Si j'ai choisi cet extrait, c'est parce qu'on y assiste à un effeuillage de Laureline, dont je tombais alors totalement amoureux, qui se transforme alors en vamp vêtue de cuir pour tourner la tête (et flinguer) deux gredins extraterrestres. Une scène mémorable, entrée au panthéon, et qui résume tout ce que j'aime chez Mézières (et Christin).







Lisez, relisez Valérian et Laureline, pour saluer la mémoire de Jean-Claude Mézières, et vous régaler de son génie.

lundi 24 janvier 2022

DES NOUVELLES NOUVELLES TOUTES FRAÎCHES

 Bonjour à tous ! J'espère que tout le monde va bien. Encore une fois, la semaine passée a été riche en annonces et je vais vous communiquer celles qui ont le plus retenu mon attention. Il y en a pour tous les goûts. Allez, c'est parti !

IDW PUBLISHING :


Je ne parle jamais des publications IDW mais l'éditeur indépendant vient d'annoncer une bonne nouvelle pour les fans du Rocketeer, le héros créé il y a quarante ans par le génial et regretté Dave Stevens.


En Avri prochain, en effet, Stephen Mooney écrira et dessinera The Rocketeer : The Great Race, une mini-série en quatre numéros, dans laquelle le héros participera à une course aérienne transatlantique. Sa fiancée, Betty, sera évidemment de l'aventure. 

IMAGE COMICS :

Après plusieurs teasers nébuleux, laissant croire à une anthologie réunissant le gratin des comics, le "Projet Black Circle" de Declan Shalvey a dévoilé son vrai nom : Old Dog.


Shalvey écrira, dessinera et colorisera cette série sur un vieil espion dont la dernière mission a mal tourné, qu'on a placé dans le coma et qui se réveille dans un monde qu'il ne reconnaît plus. On lui propose alors une nouvelle mission flanquée d'un partenaire dont il ignore tout... Cela dit, il n'est pas exclus que cette série accueuille des invités (scénaristes et artistes) pour des back-up stories ou des épisodes self-contained.

DC COMICS :

Souvenez-vous, la semaine dernière, en évoquant Flashpoint Beyond, le nouvel event de Geoff Johns, je mentionnais, via une image tirée du #0, un tableau examiné par le Flashpoint Batman, où étaient inscrites plusieurs pistes narratives. Parmi celles-ci, la mort de la Justice League. Hé bien, elle sera effective dès Avril prochain !


Et ce n'est pas Brian Michael Bendis qui l'écrira mais Joshua Williamson avec Rafa Sandoval au dessin ! La série Justice League s'achèvera au #75 (une référence directe à Superman #75 et à la saga Death of Superman il y a 30 ans) avec la bataille de l'équipe contre la Dark Army. Seul(e) un(e) survivant(e) reviendra pour raconter cette tragédie...


Plutôt radical... Sauf que DC et Joshua Williamson ont déjà tellement survendu leur affaire ("c'est sérieux, ça va vraiment se passer !") qu'ils n'ont pas pu éviter de s'auto-spoiler ! Déjà;, nous faire croire qu'ils allaient tuer Superman, Wonder Woman, Batman (Batman !), Flash, Aquaman (qui ont tous ou vont avoir des séries en cours à ce moment), bon... Mais surtout le coup de la mort définitive ou pour un long moment des héros, qui y croit encore ? Et puis quand on examine la variant cover de Mikel Janin (ci-dessus), on déduit facilement que la survivante qui témoignera, ce sera Zatanna (la seule à ne pas figurer sur cette statue comémorative)... Enfin, DC a précisé qu'il n'y aurait pas de relance de la série Justice League avant au moins... Trois mois ! Wouh, quel suspense ! Donc, ils vont tous être morts trois mois... Tout en continuant imparablement à apparaître dans leurs séries solos (DC se passer de Batman pendant 3 mois, me faîtes pas rigoler).
Comment dire ? Est-ce qu'on ne mérite pas mieux ? Est-ce que la Justice League ne mérite pas mieux ?


Avril toujours (hé oui, les sollicitations sont tombées cette semaine), dans les pages de Detective Comics #1059, débutera une nouvelle back-up story, en trois chapitres, intutilée Gotham Girl : Interrupted. Gotham Girl est une création de Tom King, dans le premier arc de son run sur Batman, une héroïne dont l'espérance de vie se réduisait à chaque fois qu'elle utilisait ses pouvoirs (son frère est mort de ne pas avoir su se ménager).


Envoyée en Europe par Batman pour apprendre à maîtriser ses capacités auprès d'un ami, elle devint ensuite la complice du Flashpoint Batman durant le dernier arc de Tom King, La Cité de Bane, manipulée par le Psycho Pirate. David Lapham, au dessin, et Sina Grace, au scénario, nous raconteront ce qui lui est arrivée depuis.

MARVEL COMICS :

Bien que Marvel adore les relaunchs, de temps à autre, l'éditeur tente de convaincre ses lecteurs qu'il tient à son Histoire et suivant une numérotation dîte "Legacy", sort un numéro spécial pour fêter l'anniversaire d'une série ou d'un héros. C'est ainsi que, sorti de nulle part, on aura droit en Avril à Elektra #100.


La créature de Frank Miller sera fêtée par plusieurs dessinateurs, dont Ty Templeton, sur un scénario de Ann Nocenti pour ce one-shot à la pagination fournie. Et cela me fournit une transition toute trouvée avec la news suivante...


Car l'event Devil's Reign, le même mois, se verra complété par un n° Omega (alors qu'il n'y a pas eu de n° Alpha...). Quel rapport avec Elektra #100 ?


Hé bien, Chip Zdarsky a promis que ce n° Omega non seulement terminera son event mais surtout renseignera les lecteurs sur l'avenir de ses personnages principaux : Wilson Fisk, Typhoid Mary, les Thunderbolts, Daredevil... Et Elektra donc. Et je parierai bien sur une nouvelle série régulière pour celle qui est devenue ces derniers mois la protectrice par intérim de Hell's Kitchen. Rafael de Latorre dessinera cet épisode (lui qui s'occupe actuellement de la mini tie-in Daredevil : Woman without Fear).
Reste plus qu'à espérer que Zdarsky abandonne Daredevil à un autre scénariste et que Marvel confie le personnage à une équipe artistique meilleure.


Est-ce un prix de consolation ? En tout cas, le relaunch de The Amazing Spider-Man que le seul Zeb Wells écrira renvoie Kelly Thompson, Saladin Ahmed et Cody Ziglar à d'autres projets. Ce dernier va rebondir rapidement puisqu'en Avril il s'occupera d'un autre tisseur...


Marvel lui en a effet offert une mini-série Spider-Punk, en cinq épisodes, qui seront dessinés par Justin Mason. Ce Spider-Man d'une réalité alternative est apparu à l'occasion de la saga Spider-Verse de Dan Slott et compte des fans, suffisamment apparemment pour justifier ce projet (comme avant lui Spider-Gwen, Spider-Man Noir, ou même Spider-Ham). La couverture est signée Olivier Coipel.


La Strange Academy, elle, va fermer ses portes. C'est assez logique puisque son directeur, Stephen Strange, sera mort quand sortira en Avril le n°18 (et apparemment Clea, la nouvelle sorcière suprême, n'a pas le temps de s'en occuper).


Toutefois, les fans de cette série (qu'on dit très bonne) ne doivent pas être accablés puisque selon Humberto Ramos et Skottie Young, ses dessinateur et scénariste, Marvel songerait à la relancer dans un futur proche pour un nouveau volume (entretemps, Young sera bien occupé par la relance de I Hate Fairyland sur Substack, et je verrais bien Ramos officier sur The Amazing Spider-Man, dont la parution hebdomadaire ne pourra être soutenue par le seul Romita Jr).


Alors que cette semaine a été diffusé le premier trailer de la série Disney+ consacrée à Moon Knight (une tuerie), Marvel a surfé sur l'occasion en annonçant la parution à partir d'Avril d'une anthologie consacrée au personnage : Moon Knight Black, White & Blood (comme avant lui, on avait eu Wolverine, Elektra).
 

Et l'éditeur envoie du lourd puisque c'est sur ce titre qu'on verra à l'oeuvre le duo Jonathan Hickman-Chris Bachalo, dans une histoire située dans le futur. Je ne peux croire qu'ils vont en rester là.


Marc Guggenheim fera, lui, équipe avec Jorge Fornés pour une autre nouvelle sur le chevalier de la lune, qui ne devrait pas être mal non plus. (Et ça me fait penser qu'il faudrait que je trouve le temps de vous écrire une critique sur le premier arc de l'actuelle série Moon Knight par Jed MacKay et Alessandro Capuccio...)


Enfin, un retour que j'attendais depuis un moment, puisque le run de Ta-Nahesi Coates s'est conclu depuis belle lurette : Captain America is back ! Et multiplié par deux !


En Avril, le trio Tochi Onyebuchi, Collin Kelly & Jackson Lanzing co-écrira un n° 0 qui racontera l'attaque d'Arnim Zola contre New York, contrecarrée par Steve Rogers et Sam Wilson (plus leurs amis : Sharon Carter, Joaquin Torres, Bucky Barnes...). 


Mattia de Iulis illustrera cet épisode pilote au terme duquel Rogers et Wilson conviennent que deux Captain America valent mieux qu'un. Et en Mai suivront donc deux séries parallèles.


Dans la première, Captain America : Symbol of Truth, écrite par Onyebuchi, Sam Wilson hérite de son propre bouclier et enfile à nouveau le costume qu'il portait il y a quelques années (sous les plumes de Rick Remender puis Nick Spencer). La série explorera le fait d'être un Captain America noir (le Parti Républicain va pouvoir se scandaliser sur Fox News...).


RB Silva mettra en scène, aux côtés de Wilson, Joaquin Torres, alias Falcon, apparu durant le run de Nick Spencer. Reste à savoir si ce titre communiquera avec l'autre ou sera indépendant.


L'autre série, Captain America : Sentinel of Liberty, sera écrite par le tandem Kelly-Lanzing, avec donc Steve Rogers en vedette. Mais le Soldat de l'Hiver ne sera pas loin, tout comme Sharon Carter. Toutefois, ce come-back se distingue sur un autre plan...


Car, pour la première fois (si je me trompe, corrigez-moi en me laissant un commentaire), Captain America sera dessiné par une femme (encore un motif d'étouffement pour les Républicains US...) : Carmen Carnero. L'artiste promettait (depuis son départ de la série Miles Morales : Spider-Man) qu'elle travaillait sur un dream project et là, c'est sûr qu'elle aura la responsabilité d'une icône des comics.

Et voilà ! Comme d'hab', si vous le souhaitez, déposez un commentaire si une de ces news vous inspire. Sinon, on se retrouve vite (même si ce ne sera pas pour quelque chose de très gai puisque je vous parlerai de Jean-Claude Mézières, qui vient de nous quitter). En attendant, prenez soin de vous et de ceux que vous aimez.

vendredi 21 janvier 2022

SUPERGIRL : WOMAN OF TOMORROW #7, de Tom King et Bilquis Evely


C'est déjà l'avant-dernier épisode de Supergirl : Woman of Tomorrow et je regrette déjà que la fin soit proche tant Tom King et Bilquis Evely ont superbement réussi à réaliser une histoire originale avec la cousine de Kal-El. C'est un chapitre spectaculaire et intense que signent les deux acolytes, qui explorent les notions de vengeance, de revanche de manière poignante et percutante. D'ores et déjà un classique.
 

Supergirl se tient, dans l'espace, face au navire des brigands. Ceux-ci, mus par la solidarité entre membres de leur milieu, savent que Krem des collines jaunes a été appréhendé et veulent le libérer. La kryptonienne veut les en dissuader et mettre fin à leurs mauvaises actions définitivement.


Sur une plage de la planète la plus proche, Comète, le cheval de Supergirl, veille. Krem des collines jaunes est ligoté et bâillonné à un arbre et Ruthye aimerait profiter de la situation pour venger son père. Pourtant elle a juré à Supergirl de se tenir tranquille.


Dans l'espace, après avoir été une première fois repoussée par les tirs de canons des brigands, Supergirl revient à la charge et endommage leur navire. Sur le pont, elle engage le combat contre ses adversaires qui parviennent à la maîtriser. Leur chef est prêt à la tuer avec une balle de kryptonite.


Sur la plage, Ruthye a débâillonné Krem qui ne cesse dès lors de la provoquer en affirmant que les brigands vont tuer Supergirl, puis le libérer, et alors il la tuera. Comète entend la bataille dans l'espace et s'affole. Ruthye l'encourage à partir aider sa maîtresse en lui jurant qu'elle ne tuera pas Krem...

C'est, encore une fois, un épisode magnifique, aussi flamboyant visuellement que poignant narrativement. De ces épisodes dont on sait qu'ils assurent à la série entière un statut de classique, dans lequel scénariste et artiste communiquent si parfaitement que chaque page semble le produit d'un seul effort.

Supergirl : Woman of Tomorrow aura montré qu'il est possible d'écrire une aventure de la cousine de Superman sans en faire un personnage au rabais, une simple copie féminine du Man of Steel. Bien entendu, ça ne signifie pas que, auparavant, d'autres n'ont pas aussi bien traité Kara Zor-el, mais Tom King a entraîné l'héroïne ailleurs et l'a comme pour ainsi dire montré sous un jour plus intense.

On n'en attendait pas moins d'un auteur qui n'aime rien tant que s'emparer d'un personnage un peu déconsidéré ou complètement relégué pour lui donner une histoire qui en fait à nouveau une figure importante. Mais, là, il a fait très fort.

En fait, on peut dire que King a compris que la kryptonienne n'est intéressante que si on montre ses failles. Au début de la série, Supergirl se tapait une cuite dans un bistrot immonde au bout de la galaxie pour son vingt-et-unième anniversaire. Elle n'était pas à la fête, loin de chez elle, de ses amis. A moins qu'en vérité Supergirl n'ait pas vraiment d'amis, et plus de chez elle. On a pris l'habitude de l'associer à tout le monde et n'importe qui, la Légion des Super-Héros, son cousin, Batgirl (avec qui elle pourrait former un équivalent féminin du World's Finest). Mais qui est vraiment Supergirl si on lui enlève ces associations de circonstance ?

Tom King propose un portrait mélancolique (forcèment mélancolique, on ne le refera pas), celle d'une orpheline qui a vraiment vécu la fin de Krypton, la mort de ses parents, qui n'en a jamais fait le deuil et se traîne un sérieux spleen quand, arrivée à l'âge de la majorité terrienne, elle se bourre la gueule dans un bar paumé sans personne, car personne n'a jamais comblé ce qu'elle a perdu. Et puis voilà que le destin met sur sa route une gamine, orpheline aussi, qui veut se venger. Krypto, le brave toutou de Supergirl, blessé par l'assassin du père de cette fillette, fournira à la Kara la motivation pour l'aider.

Après des péripéties multiples qui, à la manière d'un récit initiatique, permettent à Ruthye et Supergirl d'apprendre à se connaître (entre elles et elles-même), l'heure de vérité approche. Krem des collines jaunes, l'assassin, est capturé, mais il peut encore compter sur ses frères d'armes, les brigands, des pirates de l'espace sans foi ni loi, pour le sortir de là. L'épisode va et vient ainsi d'une plage où la gamine tient compagnie au tueur de son père sous la surveillance du cheval Comète à l'espace où Supergirl se bat contre les pirates.

Les planches de Bilquis Evely, sublimes, avec les couleurs, magiques, de Matheus Lopes, rendent plus que justice au script et à ses situations. L'âpreté du combat dans l'espace est terrifiante, uniquement accompagné par la voix-off de Ruthye qui parle sans l'avoir vu. Supergirl est malmenée mais elle se bat avec la détermination de celles qui bravent le danger, quel qu'en soit le prix. Le trait à la plume est absolument magistral, il possède une texture, une fébrilité incomparables qui rend les images plus vibrantes et qui lavent les yeux après avoir lu des comics entièrement dessinés sur tablette.

En parallèle, le face-à-face entre Ruthye et Krem joue une autre partition et fait apprécier le talent extraordinaire de Evely et Lopes pour poser les dialogues, jouer sur les expressions des visages, les attitudes. L'envie de la fillette de zigouiller cette crapule est palpable, et la présence du cheval Comète est admirablement exploitée pour que le lecteur comprenne à la fois le désir de Ruthye tout ne priant pour qu'elle ne cède pas à ses pulsions vengeresses, car cela en ferait une tueuse aussi détestable que son ennemi et condamnerait Krypto (car Supergirl compte sur Krem pour trouver un antidote).

Le cliffhanger est terrible et le final promet énormément. Comme Tom King sait conclure ses histoires en beauté, on est confiant. Soutenu par Bilquis Evely, ce devrait être un nouveau ravissement. 

ETERNALS #9, de Kieron Gillen, Esad Ribic et Guiu Vilanova

 

Le déclin de la série Eternals se poursuit inéluctablement depuis le début de ce deuxième arc narratif. C'est étonnant comme Kieron Gillen semble avoir perdu son mojo, si rapidement. A tel point qu'en vérité on a davantage le sentiment de lire une série sur Thanos que sur les Eternels. Pour ne rien arranger, Esad Ribic pique franchement du nez et délègue une dizaine de pages à Guiu Vilanova pour un résultat très moyen.



Thanos a décidé de déployer une armée pour capturer Phastos et l'assaut est donné contre Lemuria, la capitale des Déviants où résident depuis peu un groupe d'Eternels. Sersi sonne le rassrmblement. Ikaris et Thena partent au combat tandis que Kingo est chargé de protéger Phastos.


Fidèle à lui-même, Thanos massacre des innocents et dévaste leur cité sans faire de quartier. Lorsque Ikaris arrive, le titan fou prend les choses en main et s'en prend aux Déviants pour qu'ils lui indiquent directement où trouver les Eternels.
 

C'est ainsi qu'il moleste Tolau et attire Thena. Elle négocie avec Thanos pour qu'il épargne son amant et finit par lui livrer l'adresse de l'endroit où se trouve Phastos. Mais Tolau voit sa dégénérescence s'accéler et Thena n'a d'autre choix que de l'achever par compassion.


Phastos aux mains de Thanos, les Eternels décident de se rendre à Celestia, où Ajak et Makkari leur expliquent que pour en savoir plus les faiblesses du titan, ils doivent s'introduire dans le Céleste mort qui sert désormais de QG aux Avengers...

Et si Kieron Gillen avait construit sa reprise de Eternals sous la forme d'une mini-série ? Si, comme chez DC avec le Black Label, il en avait tiré une histoire en dix ou douze épisodes ? Est-ce que ça n'aurait pas été mieux ?

Ces questions, on peut se les poser en comparant la qualité du premier arc, qui se concluait sur une révélation magistrale, et celle de ce deuxième arc, où le scénariste semble incapable de répéter son tour de force.

Pire que ça : la série fait clairement du surplace, et baisse inéxorablement en intensité. En vérité, il ne s'agit plus tellement d'une histoire avec les Eternels mais de plus en plus d'une intrigue autour de Thanos (d'ailleurs le titre de cet arc est Hail Thanos). Et si on en avait déjà un peu marre du titan (après dix ans passés à hanter le MCU) ou que ce méchant ne suscite aucun intérêt majeur chez le lecteur, l'ennui guette.

Ce neuvième épisode concentre un peu tout ce qu'on n'aime pas chez Gillen : des personnages monolithiques, nunidimensionnels, réduits à des fonctions. Des rebondissements artificiels. Un récit décompressé. On se détache de tout ce qu'il raconte parce que ce qu'il raconte n'est tout simplement pas accrocheur.

Pourquoi au juste Thanos veut-il capturer Phastos ? On l'a un peu oublié, et c'est déjà embêtant en soi. Mais la sauvagerie du titan, qui massacre les Déviants, que Gillen met en scène comme de la chair à canon (alors qu'ils sont censés être des guerriers redoutables, avec un chef puissant), devient malaisante. Si c'est pour souligner que Thanos est une ordure, merci, mais on le savait.

Outre le fait que les Déviants de Gillen ne valent donc rien, ses Eternels ne sont pas plus efficaces, incapables de ne serait-ce que freiner l'attaque de Thanos et son armée, alors que Ikaris est présenté comme un combattant surpuissant, que Sersi et Thena ne sont pas en reste. Druig, en complice de Thanos, n'est même pas inquiété, alors que les Eternels devraient avoir compris depuis un moment que, hors de leur champ de vision, il doit se planquer pour une bonne raison. 

Rien n'a de sens dans ce spectacle qui sonne creux. Le sort du pauvre Tolau est expédié sans émotion car on n'a pas eu l'occasion de vraiment s'attacher à lui. Kro, le chef des Déviants, est absent dans l'action et, de toute façon, encore une fois, il n'a rien de commun avec la créature terrifiante croquée par Kirby ou John Romita Jr. C'est un échec total. 

A force de déifier les Eternels, pour ensuite, dans ce deuxième arc, tenter de les rendre plus humains, plus conscients de leur vulnérabilité, Gillen les a réduits à l'état de personnages octoplasmiques, pour lesquels on a toutes les peines du monde à ressentir de la sympathie. Ils se méfient de tout et de tous, y compris d'eux-mêmes, et réagissent comme des automates (Thena n'hésite pas à tuer Tolau même si, elle verse ensuite une larme).

C'est un peu le syndrome du Dr. Manhattan : si vous animez un personnage quasi-divin sans contrepartie, sans contrebalance avec des personnages plus humains, empathiques, vous serez d'abord fascinés par sa puissance, son charisme, avant d'être largué par cet individu qui, lui, est indifférent à tout ce qui nous importe. Gillen a écrit les Eternels comme une équipe de Dr. Manhattan découvrant le prix à payer pour être des dieux, mais depuis cette découverte, il n'a absolument pas creusé la question, préférant se concentrer à nouveau sur un autre Dr. Manhattan avec Thanos.

Pour ne rien arranger, cet épisode est graphiquement une bouillie. Esad Ribic en dessine l'essentiel mais en délaissant de plus en plus les décors et les finitions. Coup de pompe ou lassitude ? Je l'ignore, mais l'artiste n'est clairement plus aussi investi. Il donne son maximum sur une page pour montrer les troupes de Thanos et leurs vaisseaux, puis ensuite se consacre aux personnages, dans des postures de plus en plus figées, avec des expressions amorphes, renforçant leur peu d'humanité.

Puis pendant une dizaine de pages (de la page 8 à 17 exactement), Guiu Vilanova suppléé Ribic et là, ce n'est plus du tout la même affaire. Le trait est gras, les attitudes sont maladroites, les expressions hideuses, les compositions brouillonnes. C'est moche tout simplement. Ni fait ni à faire. Pour une série qui s'est arrêtée pendant plusieurs mois en son premier et deuxième arc, c'est à la limite du foutage de gueule puisque ce hiatus devait permettre à Ribic de prendre de l'avance. Et au bout de quatre épisodes, il doit se faire aider. Et Marvel ne trouve rien de mieux que Vilanova pour ça. J'aurai préféré que l'épisode soit reporté d'un mois - même si, en vérité, le mal est ailleurs, plus profond, car c'est l'ensemble qui déçoit.

La chute de l'épisode, qui voit le retour de Ajak et Makkari (féminisées comme dans le film) et qui annonce une visite mouvementée chez les Avengers (et donc un prélude à l'event de l'été prochain Judgment Day), n'a rien de bien engageant (à moins d'adorer les bastons entre héros...). C'est vraiment ce qui s'appelle tomber de haut...

jeudi 20 janvier 2022

CATWOMAN #39, de Tini Howard et Nico Leon


C'est une reprise que j'attendais avec gourmandise, celle de Catwoman après le run de Ram V. C'est donc Tini Howard qui prend les commandes de la série en promettant de revenir aux fondamentaux, c'est-à-dire Selina Kyle en cambrioleuse de haut vol, frayant avec la pègre tout en refusant d'en faire partie. Le pari est audacieux, mais ce premier épisode est très encourageant, grâce aussi au dessin superbe de Nico Leon.



De retour à Gotham, en l'absence de Batman, Catwoman veut savoir qui tient les rênes du crime organisé et s'adresse pour cela à une vieille connaisssance, Eiko Hasigawa. Mais celle-ci, qui contrôle les docks, ne veut pas que Catwoman vienne l'embarrasser.


Prenant ses quartiers dans un palace où résident les femmes des principaux caïds, Selina peut collecter des infos à leur insu sur leurs maris en se joignant à leurs occupations. Mais, ensuite, elle découvre qu'un admirateur, Valmont, l'épie, sans, jure-t-il, servir personne.


Une réunion a lieu entre Eiko, Argos Ibanescu (qui contrôle la prostitution), Federico Tomasso, et Finbar Sullivan (qui règne sur les maisons de jeux). Tous veulent avoir accès aux docks mais Eiko n'est pas disposée à négocier facilement.


Catwoman interrompt ces palabres en défiant ces barons du crime organisé. Mais elle ignorait qu'un cinquième membre était invité et il s'agit de Roman Sionis alias Black Mask. Obligée de battre en retraite, elle trouve chez elle un présent laissé par Valmont qui va lui permettre de contre-attaquer...

Après Joelle Jones et Ram V, c'est donc au tour de Tini Howard de se faire les griffes sur Catwoman. Pour cela, elle n'a pas hésité à renoncer à son contrat d'exclusivité avec Marvel (chez qui elle écrivait Excalibur et pour lequel elle signera à partir d'Avril Knights of X), convaincant DC sur un pitch détaillé.

Je ne vais pas le cacher : je n'ai pas été un grand fan de ce que Howard a produit chez Marvel, Excalibur m'a perdu très vite. Mais en revanche, j'ai apprécié la complémentarité entre elle et Jonathan Hickman sur X of Swords. Qui plus est, Ram V est parti un peu brusquement de Catwoman et j'espérai que son successeur ait des projets à long terme pour la féline fatale.

Ce qui est amusant, c'est que, comme Ram V, Tini Howard démarre son run en présentant les méchants sur lesquels elle va s'appuyer. Nous faisons donc la connaissance de parrains évoluant à Gotham, et non plus seulement à Alleytown, quatre familles du crime organisé, avec chacune leur domaine de prédilection (prostitution, jeux, accès aux docks...). Ce qui permet de cerner la dangerosité de ces personnages et de planter le décor : la scénariste se démarque en n'utilisant pas des vilains comme le Pingouin ou le Sphinx. 

Un peu plus loin, apparaît un mystérieux individu, Valmont (référence assumé aux Liaisons Dangereuses de Choderlos de Laclos), que les scénariste prend soin de ne pas étiqueter, si ce n'est qu'il admire Catwoman, tout en ayant son propre agenda (mais lequel ? Patience.). En tout cas, il ne sert aucun des gangsters précités mais affiche une arrogance certaine.

Le but de Catwoman est lui-même sujet à interprétation : Howard nous fait comprendre qu'elle veut renouer avec la cambriole mais sans sombrer dans le grand banditisme. Il semble que Selina Kyle veut surtout prendre le pouls de ces crapules et s'assurer qu'ils ne l'embarrasseront pas dans ses activités. Elle agit bien à sa manière, avec culot, insolence, voire suffisance. Et quand Roman Sionis alias Black Mask s'invite dans la partie, tout le monde (elle, nous) comprend que la situation vient de basculer.

Là aussi, comme Ram V, Howard s'adresse aux fans du run de Ed Brubaker qui avait de Black Mask la némésis de Catwoman, dans une lutte culminant dans un épisode traumatique (Catwoman finissait pas tuer Sionis - mais nous parlons là d'une histoire qui a vingt ans et depuis DC s'est réinventé au moins deux fois, donc les compteurs sont remis à zéro concernant les morts). C'est prometteur, surtout si Howard reste plus longtemps sur le titre que Ram V.

L'autre écueil du run de son prédécesseur résidait dans la partie graphique. Tant que Fernando Blanco dessinait les scripts de Ram V (ou Otto Schmidt durant l'intermède Future State), tout était pour le mieux. Ensuite, ça a été plus difficile.

En débauchant Nico Leon de chez Marvel (où il jouait les fill-in de série en série), DC a fait preuve de flair car l'artiste épate (de chat). Récemment, en interview (pour Newsarama), Leon reconnaissait avoir hésité car il estimait que son style ne conviendrait peut-être pas à Catwoman. Mais il admettait aussi que c'était l'opportunité à la fois pour tenter d'évoluer esthétiquement et pour s'établir sur une série régulière. Il a donc beaucoup travaillé pour cette mission, s'exerçant notamment à rendre son dessin plus sombre mais aussi à peaufiner la texture vinyl du costume de Catwoman...

Jordie Bellaire est la seule rescapée de la précédente équipe, et elle soutient magnifiquement Leon dont le trait fin, précis et expressif fait merveille. Je ne l'attendais pas à ce niveau, mais franchement ses planches sont magnifiques. Le découpage est très dynamique et fluide, les compositions inspirées, les valeurs de plans toujours intelligentes, les angles de vue recherchés.

Bellaire a discuté avec Leon sur le look à donner à la série et ensemble ils ont donc opté pour une colorisation contrastée, qui n'hésite pas à pousser sur les des teintes prononcées. Ainsi, on évolue d'abord dans une ambiance assez froide, avec des bleu-gris, puis lors de la séquence de la réunion des quatre familles, les lumières dominantes virent au rose, presque fuschia, imitant des projecteurs d'un club. C'est audacieux mais réussi. Et cela fait passer le côté parfois un peu trop appliqué des fonds numérisés (les décors urbains des toits de Gotham, la suite épurée de Selina Kyle dans un étage désert en rénovation).

Cet épisode a tout pour séduire. Comme ce premier arc ne comptera que quatre numéros, on ne s'engage pas dans quelque chose d'interminable, et la narration est énergique. Bref, ça sent bon. De quoi ronronner.