lundi 22 janvier 2018

BATMAN - THE DARK PRINCE CHARMING, BOOK 1, de Enrico Marini


Depuis sa sortie en Novembre dernier, cet album a fait couler beaucoup d'encre, s'attirant des critiques tièdes mais s'offrant un beau succès de librairie. DC Comics et Dargaud unissent leurs forces pour produire un projet hybride et séduisant : réaliser une aventure de Batman, écrite et dessinée par Enrico Marini, l'artiste de la série Le Scorpion (écrite par Desberg) ou des Aigles de Rome. L'auteur italo-suisse a mis de côté ses projets pour concevoir ce qui sera un diptyque (le tome 2 est prévu pour Juin prochain). Voyons si ses efforts sont payants.


Une nuit ordinaire à Gotham City... Le Joker vient de commettre un vol de bijoux avec son gang et a grillé par-là même la politesse à Catwoman. Celle-ci les prend à chasse pour récupérer ce qu'elle convoitait mais que son concurrent destine à sa bien-aimée, Harley Quinn, pour son 25ème anniversaire.


Batman assiste à la course-poursuite dans les rues de la ville depuis le sommet d'une tour et intervient après que le Joker a tenté de dissuader Catwoman de l'attaquer. Mais lorsque les porte-flingues du clown du crime entreprennent de tuer le justicier, leur boss les exécute pour garder ce privilège. Distrait cependant, le Joker perd le contrôle de son fourgon qui plonge du Gotham Bridge dans la rivière qui traverse la ville.
  

Catwoman dit adieu à "ses" bijoux et s'éloigne tandis que Batman maîtrise les derniers acolytes du Joker. Puis il retrouve le commissaire Jim Gordon sur le toit du commissariat du GCPD où sont interrogés les malfrats, mais aucun ne sait où se cache le Joker.


Tandis qu'il retourne au manoir Wayne, Batman est alerté par son majordome Alfred Pennyworth au sujet d'un bulletin d'info... Pendant ce temps, Harley Quinn, déçue de ne pas recevoir les bijoux que son fiancée lui avait promis, boude devant la télé : le Joker la rejoint en tentant de se faire pardonner lorsqu'il découvre qu'un diamant d'une valeur énorme va prochainement être exposé - ce sera un cadeau de substitution idéal pour sa belle.


Mais pour l'acquérir, il lui faudrait un paquet d'argent et justement une occasion se présente quand il apprend au JT qu'une certaine Mariah Shelley réclame une fortune à Bruce Wayne dont elle prétend qu'il est le père de sa fille, Alina, huit ans. Le clown du crime a l'idée d'un plan qui permettrait de combler Harley Quinn tout en se vengeant de Batman...


Le lendemain, Bruce Wayne reçoit dans son manoir Mariah et sa fille : elle a engagé un ténor du barreau, John Ortega, pour obtenir un test de paternité et une indemnisation. Le playboy milliardaire se désole de ne pouvoir conclure ce litige à l'amiable et lui donne rendez-vous au tribunal. Une fois son invitée partie, Bruce doit essuyer les reproches de Selina Kyle par rapport à son attitude et préfère s'éclipser plutôt que de subir une scène de ménage.
  

Batman est appelé par Gordon sur la scène d'un accident : Ortega a été tué après qu'un fourgon ait percuté sa voiture à l'intérieur de laquelle il véhiculait sa cliente, Mariah, et Alina. La fillette a été enlevée et sa mère hospitalisée. Selon les témoins, le chauffard n'était autre que le Joker.


Le clown du crime séquestre l'enfant avec le projet de réclamer une rançon grâce à laquelle il achètera le diamant mais aussi pour piéger Batman qu'il sait à la recherche de son otage. Effectivement, le chevalier noir traque son ennemi dans les bas-fonds de Gotham, tabassant des voyous pour tenter de leur arracher des renseignements et finissant par s'en prendre à un des alliés du Joker, Killer Croc. Mais celui-ci ne sait rien et Catwoman, observant la scène, s'interroge sur la raison pour laquelle son amant est si enragé.
  

Quel est le reproche le plus souvent adressé à cet album ? Celui d'être frustrant car beaucoup attendaient un récit complet, un recueil avec un début, un milieu et une fin. C'est compréhensible et partagé : en effet, au terme de ces 72 premières pages, Enrico Marini nous laisse sur un cliffhanger agaçant.

Pourtant, ce qui pourrait être une stratégie commerciale de la part de DC et Dargaud (publier deux albums au lieu d'un seul, et donc en tirer deux fois plus de bénéfices) est erronée puisque Marini avait, dès le début, choisi de produire son histoire en deux parties, la charge de travail exigée étant déjà lourde à assumer.

L'artiste ne vole pas ses lecteurs puisqu'il a signé le scénario, les dessins, l'encrage, le lettrage et la colorisation, et le résultat est tout de même enthousiasmant. Contrairement à beaucoup d'auteurs européens qui se frottent aux codes des comics super-héroïques (comme j'en ai parlé récemment avec Red One de Dorison et Dodson par exemple), Marini est un vrai fan qui a joué le jeu à fond en respectant le personnage et le folklore du genre. Vous ne trouverez ici aucune ironie sur les capes et les masques, aucune volonté d'en ricaner : il faut saluer le geste.

Certes l'intrigue n'est guère originale mais elle est bien construite, allant d'un personnage à un autre, synthétisant les ambitions des protagonistes (appréhender le Joker pour Batman, gâter Harley Quinn pour le Joker, poursuivre ses activités illégales tout en restant l'amante de Batman pour Catwoman) autour de cette affaire de kidnapping et de paternité présumée. Sur ce dernier point, je n'ai d'ailleurs pas le souvenir d'une histoire classique, "canonique" de Batman, qui exploite cette situation alors que Bruce Wayne (comme Tony Stark chez Marvel) aurait dû y être confronté depuis longtemps, compte tenu du nombre de ses conquêtes féminines (souvent sans lendemain) : c'est finement imaginé en tout cas.

Marini a, de toute évidence, voulu divertir son lectorat en lui proposant un récit riche en action, au point que la scène d'ouverture - une course-poursuite magnifiquement mise en image - pèse sur la suite qu'aucun morceau de bravoure aussi spectaculaire ne vient supplanter (mais peut-être en garde-t-il sous le pied pour le tome 2 ?). L'histoire file à un rythme très soutenu, les moments explicatifs (comme la discussion entre Mariah Shelley et Bruce Wayne) étant rapidement expédiés (mais sans être sacrifiées non plus : on sait ce qui est nécessaire). Marini s'autorise un dialogue savoureux entre Batman et Gordon, qui ne tire plus sur pipe mais vapote : rare moment léger dans un ensemble tendu.

Visuellement, comme on pouvait s'y attendre, l'artiste distribue des planches de toute beauté : son découpage est une merveille avec des compositions impeccables, permettant d'apprécier chaque mouvement narratif. Qu'il s'agisse de rouler à fond la caisse sur les grandes artères gothamites ou d'évoluer dans le hall immense du manoir Wayne en rodant dans les ruelles mal-famées de la ville ou de faire le coup de poing dans la planque de Killer Croc, c'est à chaque fois superbe.

Marini prend peu de libertés avec les designs, on pourrait intégrer son histoire à la continuité des aventures du héros sans souci (d'ailleurs Batman est ici en couple avec Catwoman comme actuellement dans la série écrite par Tom King). Tout juste intègre-t-il quelques légères modifications au costume de monte-en-l'air de Selina Kyle (femme fatale idéale pour le dessinateur de Rapaces). Celui avec lequel il s'amuse le plus est ostensiblement le Joker auquel il donne une élégance ébouriffée et un maquillage digne d'un clown inquiétant, tout comme il rhabille Harley Quinn en poupée excentrique : clairement, The Dark Prince Charming s'illustre grâce à ce duo décapant, flamboyant, le vrai moteur de l'intrigue.

Et puis il y a la représentation de Gotham elle-même : chaque dessinateur a à coeur de s'approprier ce cadre mythique et Marini ne fait pas exception. Il s'est inspiré de Dante Ferretti, le chef décorateur des films Batman de Tim Burton, pour en donner une interprétation gothique mais pas glauque. Il utilise pour cela une palette de couleurs plutôt chaudes, avec des bruns, des beiges, qui contrastent avec celles plus froides, en bleu clair et gris, du manoir Wayne. La cité semble gagnée par une sorte de feu, de fièvre, contaminée par la folie du Joker et la sensualité de Catwoman. Somptueux.

Il ne reste donc plus qu'à s'armer de patience pour connaître le dénouement de cette saga qui, si elle nous frustre en opérant une halte à mi-chemin, promet beaucoup et donne tout de même de quoi régaler le regard et maintenir l'intérêt. 

dimanche 21 janvier 2018

INTO THE BADLANDS (Saison 2) (AMC)


Transformer l'essai : voilà le défi redoutable qui attendait Into the Badlands (et sur lequel se sont cassées les dents bien des séries récentes) avec cette nouvelle saison, après une première ébouriffante. Plus riches (dix épisodes contre six), plus violentes aussi, plus amples, ces nouvelles aventures racontées par Alfred Gough et Miles Millar confirment que ce show est devenu une valeur sûre d'AMC - une troisième saison commencera à être diffusée en Avril aux Etats-Unis grâce à un public conquis. 

 Bajie et Sunny (Nick Frost et Daniel Wu)

Six mois ont passé depuis les derniers événements. Sunny a été vendu comme esclave par le River King et travaille dans les mines des territoires périphériques, enchaîné au corpulent Bajie qui, comme lui, n'aspire qu'à s'évader de cet enfer. En découvrant que les ouvriers les moins performants sont sacrifiés dans une arène contre un gladiateur, Sunny entraîne son acolyte dans un combat et en profite pour se faire la belle. Bajie accepte de guider l'ancien Clipper jusqu'aux Badlands pour y  retrouver Veil et leur enfant. En traversant un pont, ils croisent Nathaniel Moon, un ancien Régent, légende vivante retiré des baronnies et qui leur offre le gîte et le couvert. Mais son hospitalité n'est pas désintéressée : il veut se mesurer à Sunny pour tuer son millième adversaire ou être tué par un combattant plus valeureux que lui - leur duel s'achèvera par la mutilation de "Silver" Moon, dont Bajie tranchera la main droite. Les deux fugitifs poursuivent leur cavale, croyant d'abord faire affaire avec Nos, chef des Mechs, pour franchir la muraille qui les sépare des Badlands, puis négociant plus loin avec un passeur : hélas ! c'est un piège car ils sont livrés aux hommes de la Baronne Chau.

La Veuve (Emily Beecham)

De son côté, la Veuve continue de recueillir dans son sanctuaire les "Cogs" (paysans) et les "Dolls" (les "Poupées", les prostituées) fuyant la baronnie de Quinn. Cette attitude lui vaut la défiance des autres barons et Waldo, devenu son conseiller, lui recommande de négocier car elle n'est pas en mesure de les affronter. Un Conclave est organisé pour statuer et Minerva doit gagner le soutien d'un de ses pairs - elle mise sur la Baronne Chau, bien qu'elles se méprisent (la Veuve fut une de ses "Dolls"). Mais cette réunion au sommet dégénère quand Ryder Quinn, qui a succédé à son père (présumé mort), convainc les autres de la bannir et de la posséder de son titre, ses biens, ses privilèges et ses gens. Une bataille éclate, dont la Baronne Chau réussit à s'échapper après avoir trahi Minerva. 

Le Baron Quinn (Marton Czokas)

C'est qu'un invité surprise s'est manifesté lors du Conclave : Quinn est toujours vivant ! Laissé pour mort par Sunny, il a été soigné par Veil (respectant le serment d'Hippocrate et cherchant un protecteur pour elle et son bébé, Henry) et a rassemblé ses anciens Clippers, refusant d'obéir à Ryder. Terrés dans un bunker, ils massacrent avec la Veuve quasiment tous les autres barons (seuls trois s'en sortent) et Quinn tue son propre fils puis capture Jade qu'il épargne mais chasse des Badlands. Lorsque Lydia est bannie de la communauté religieuse de son père après l'avoir défendue contre des Nomades, elle tente de venger son fils mais échoue et se résigne à vivre à nouveau avec son mari, découvrant avec effarement qu'il prend Henry, le fils de Veil et Sunny, pour son propre enfant.  

Le Conclave des Barons

M.K. est devenu un élève au Temple où les prêtre qui l'ont enlevé lui enseignent, sous la direction de la Maîtresse, à contrôler son pouvoir. Impressionnée (ou terrifiée ?) par le potentiel du garçon, cette dernière le prend sous son aile et cherche à connaître ses origines lors de séances dans la salle des miroirs où l'adolescent revit, en transe, son passé. Il découvre progressivement, horrifié, accablé, qu'il a tué sa mère puis les passagers d'un bateau (celui du River King). Mais la force maléfique qui le possède semble désormais endormie. Pourtant, l'ambiance du Temple, ses secrets, déplaisent à M.K. : lorsqu'il voit que les élèves qui fuguent sont purgés ou tués, il décide de fuir. Traqué par des prêtres, il trouve refuge dans un ancien hôtel où ils retrouvent Sunny et Bajie qui le sauvent et l'embarquent dans leur cavale. Ils n'iront pas bien loin puisque, donc, un passeur malhonnête les livrera à la Baronne Chau peu après. 

Bajie et M.K. (Nick Frost et Aramis Knight)

Sunny obtient une audience auprès de la Baronne Chau à qui il offre ses services : en apprenant que la Veuve s'est alliée à Quinn (et donc que ce dernier a survécu) pour éliminer les trois barons restants (Broadmore, Hassan et Chau), il promet de tuer ses ennemis en échange de sa liberté. M.K. sert d'appât pour attirer Minerva dans un guet-apens mais Sunny se range aux côtés de cette dernière quand elle lui révèle que Veil est aux mains de Quinn. Tilda retrouve avec bonheur M.K.. Bajie, resté détenu chez Chau, s'évade et, ayant suivi Sunny et M.K., reconnaît Minerva : ancien prêtre, il fut autrefois son mentor !

Sunny, la Veuve, M.K. et Tilda (Daniel Wu, Emily Beecham, 
Aramis Knight et Ally Ioannides)

La nouvelle du retour de Sunny et de son alliance avec la Veuve arrive vite aux oreilles de Quinn qui a forcé Veil à l'épouser pour épargner la vie de son bébé dont le Baron fait son héritier. Interrompant sa nuit de noces, il ordonne discrètement à ses hommes de piéger le bunker avec des explosifs et à un jeune Clipper d'aller vérifier si Minerva abrite bien Sunny dans son sanctuaire. Lydia surprend tout cela, à l'insu de son mari, et en avise Veil à qui elle promet, comme celle-ci le lui demande, de veiller sur Henry en cas de malheur. Ecoeurée par le comportement de sa "mère" (à qui elle reproche de vouloir moins instaurer la démocratie qu'être la seule à gouverner dans les Badlands), Tilda affronte la Veuve, essuyant une cuisante défaite et enfermée dans une cellule.  

M.K. et Tilda

Le jeune Clipper de Quinn s'infiltre parmi les réfugiés qu'accueille la Veuve et menace de se faire sauter si elle lui refuse une audience. C'est une ruse pour apprendre à Sunny que Minerva a recueilli Veil avant de la rendre à Quinn pour qu'il soit son allié. Après l'explosion du kamikaze, Sunny fuit le sanctuaire tandis que Bajie s'y introduit et retrouve M.K. à qui il avoue ses liens passés avec la Veuve et son intention de récupérer son livre sur Azra (lui-même a conservé la boussole de Sunny). Hélas ! ils se font prendre par les "Papillons" (guerrières) de Minerva : Bajie rejoint Tilda en cellule tandis que la Veuve veut réveiller le pouvoir de M.K..  

Veil (Madeleine Mantock)

Lydia est condamnée à mort par Quinn après qu'elle a essayé d'expliquer à ses Clippers que le Baron était prêt à les sacrifier en faisant sauter le bunker. Tandis qu'elle creuse sa propre tombe dehors, elle est sauvée par l'arrivée de Sunny. Au sanctuaire de la Veuve, Waldo et une "Poupée", Odessa, amoureuse de Tilda, les délivrent, elle et Bajie - ce dernier, une fois à l'extérieur du domaine, quitte les deux filles pour aller prêter main forte à Sunny contre Quinn et ses sbires. Une bataille épique fait rage entre l'ancien Clipper et ses ennemis dans le bunker jusqu'au duel contre le Baron. Veil se sacrifie pour tuer Quinn et sauver leur enfant, faisant promettre à Sunny d'en faire quelqu'un de bon. 

Sunny

Blessé dans l'affrontement, Bajie a volé la moto de Sunny pour rouler jusqu'à une tour de contrôle situé sur la côte, face à la mer. Il allume un ordinateur et entre les coordonnées d'Azra grâce à la boussole de Sunny et au livre de Minerva pour lancer un signal de détresse.

Comme ce résumé essaie de le montrer (mais j'ai passé sous silence bon nombre de péripéties et redécoupé l'action pour la chapitrer en fonction des protagonistes), la saison 2 de Into the Badlands atteint de nouveaux pics et vise l'épopée. Une ambition qui paie car non seulement le récit parvient à conserver la tension de ses six premiers chapitres mais élargit ses territoires et son casting et noue de façon à la fois complexe et lisible de nouvelles intrigues.

Au plus simple, on peut dire que l'argent est sur l'écran : les bonnes audiences ont valu au show un budget à la hausse et les producteurs l'ont dépensé à bon escient en créant de nouveaux décors, costumes, en peaufinant la mise en scène, en soignant l'esthétique de manière générale. On voit du pays dans ces dix épisodes qui nous entraînent hors des Badlands, des tréfonds d'une mine jusqu'à une grande muraille impressionnante en passant par le campement des Mechs (tout droit sorti de Mad Max) ou le château du Conclave avec ses salons, sa cour, son jardin labyrinthique (somptueux).

La première saison exposait et réunissait les personnages principaux en établissant leurs rangs, leurs fonctions, leurs sentiments. Cette deuxième année démarre avec les héros (au sens général, bons et méchants) tous séparés : la situation est explosive, la guerre couve, et Sunny est en terre inconnue, loin du tumulte. Personnage moteur de l'histoire, c'est sa volonté de retrouver sa bien-aimée, Veil, et leur enfant qui sert de détonateur. Comme s'ils pressentaient (et redoutaient) son retour, les autres protagonistes doivent eux aussi, alors, se découvrir, abattre leurs cartes.

Tandis que tel Ulysse, l'ex-Clipper entame son odyssée, avec un compagnon d'infortune qui insuffle un humour salvateur à ce voyage sanglant (l'excellent Nick Frost est irrésistible en filou), on suit en parallèle les mouvements stratégiques et intimes de la Veuve (dont la soif de conquête commence à dominer son sens de la démocratie), de Quinn (revenu d'entre les morts mais rongé par une folie vengeresse glaçante), de M.K. (embarqué dans un Temple trop secret pour être honnête et découvrant les horreurs de son origine).

Le scénario ne ménage personne : la vilenie des uns devient une malfaisance absolue selon l'ambition ou le désir de revanche (Minerva), la perfidie des autres est punie de manière définitive (la mort de Ryder, le bannissement de Jade). La tragédie classique, totalement assumée, est puissamment atteinte dans des moments d'une brutalité étonnante, tous les tabous sautent et dévorent les acteurs de la saga. Même Sunny, qui rechigne à reprendre les armes, dégoûté de tout le sang qu'il a fait verser, n'aspirant qu'à vivre en paix avec celle qu'il aime, finira par se déchaîner, résigné à l'idée que seule une réponse violente est appropriée dans ce chaos.

A la fin de la saison, peu d'entre eux ont survécu et se dessinent déjà des pistes pour la suite (le sort de M.K. aux mains de la Veuve, la situation de Lydia, la probable apparition d'Azra). Difficile de ne pas saliver devant tant de promesses : on est accroché et impatient.

La narration est donc foisonnante et passionnante, et les spectacle au rendez-vous, ponctué de combats mémorables (des chorégraphies sensationnelles une fois encore, des morceaux de bravoure incroyables), et servi par des comédiens dont l'implication physique est à la mesure de leur interprétation : Daniel Wu, Emily Beecham et Marton Czokas dominent la distribution mais le jeune Aramis Knight gagne aussi en épaisseur, Orla Brady conserve toute son ambiguïté, Ally Ioannides en subtilité.

Il était difficile d'estimer si la série parviendrait à faire aussi bien que sa première cuvée : elle réussit à faire mieux et Alfred Gough et Miles Millar semblent en avoir encore beaucoup sous le pied. De quoi continuer avec jubilation ce trip dans les Badlands.     

samedi 20 janvier 2018

LADY BIRD, de Greta Gerwig


Si le 28 Février prochain, vous avez envie d'aller au cinéma mais sans savoir quel film choisir, alors je vous recommande d'acheter un ticket pour une projection de Lady Bird, le film écrit et réalisé par Greta Gerwig (actrice révélée par Frances Ha). Je vous promets que vous ne le regretterez pas et que les louanges que lui tressent la critique des deux côtés de l'Atlantique (mentionnée sur l'affiche) ne mentent pas.

 Lady Bird et Julie (Saoirse Ronan et Beanie Feldstein)

2002. Christine "Lady Bird" McPherson est en Terminale dans un lycée catholique de Sacramento. Elle vit chez ses parents - son père vient de perdre son travail, sa mère accumule les gardes à l'hôpital - avec son frère adoptif, Miguel (qui vit sous le toit familial avec sa fiancée). Sa meilleure amie est Julie avec laquelle elle a décidé de suivre le programme de théâtre du bahut et où Lady Bird rencontre Danny O'Neill. Ils tombent amoureux mais leur relation reste chaste. La jeune fille est éprise qu'elle préfère même passer la fête de Thanksgiving chez son petit ami qu'avec ses parents. Mais elle découvre malencontreusement que Danny est gay en le surprenant en train d'embrasser un autre garçon.

Kyle Schleibe (Thimothee Chalamet)

L'incident met fin à leur relation. Employée dans un café, Lady Bird fait la connaissance de Kyle Scheible, membre d'un groupe de rock au lycée, et ils sortent rapidement ensemble. Leur romance s'épanouit au détriment de la relation de Lady Bird avec Julie qu'elle délaisse pour fréquenter Jenna, une fille qui, comme Kyle, est issue d'un milieu plus aisée qu'elle. Elle leur ment à tous les deux en prétendant aussi vivre dans les beaux quartiers, bien qu'elle ambitionne réellement de poursuivre des études universitaires dans une grande ville. 

Lady Bird et Danny O'Neill (Saoirse Ronan et Lucas Hedges)

Délaissant le théâtre après la représentation de la pièce et la défection du prêtre qui dirigeait la troupe, Lady Bird affronte régulièrement sa mère qui la met en garde contre ses aspirations démesurées et lui rappelle la situation précaire qu'ils traversent. Durant cette période, elle se réconcilie avec Danny quand il vient s'excuser de lui avoir menti au sujet de son homosexualité, craignant la réaction de ses proches. Peu après, elle perd sa virginité dans les bras de Kyle mais découvre ensuite qu'il lui a menti en prétendant n'avoir jamais eu de relations sexuelles auparavant. 

Lady Bird et sa mère, Marion (Saoirse Ronan et Laurie Metcalf)

Ses mensonges rattrapent Lady Bird quand Jenna apprend où elle vit et préfère ne plus la fréquenter. La jeune fille entreprend alors de candidater dans plusieurs facultés prestigieuses malgré ses notes moyennes et sans en parler à sa mère dont elle redoute (à raison) la réaction. En revanche, son père, qui retrouve un job, la soutient et garde ses démarches secrètes. Bientôt elle reçoit une lettre favorable pour être admise en fac à New York.

Julie et Lady Bird

Le soir du bal de promo, Lady Bird est accompagnée par Kyle mais celui-ci préfère aller s'amuser ailleurs. Elle décide alors de rejoindre Julie avec qui elle se rabiboche puis va danser au lycée. Quelques jours après, Lady Bird obtient son permis de conduire mais sa joie est gâchée car sa mère a découvert qu'elle était acceptée à l'université de New York. Seul son père fêtera le 18ème anniversaire de sa fille avec l'intéressée et l'accompagnera jusqu'au terminal de l'aéroport quand elle s'envolera pour "Big Apple".

Larry et Marion McPherson (Tracy Letts et Laurie Metcalf)

A New York, Lady Bird s'installe dans un studio et découvre dans ses bagages une enveloppe, glissée là par son père, contenant tous les brouillons d'une lettre de sa mère dans laquelle elle lui avoue son amour et sa fierté. Elle s'invite à une fête d'étudiants où elle s'enivre. Après avoir dessoûlé, Lady Bird assiste à un office religieux. En quittant l'église, elle laisse sur le répondeur téléphonique de ses parents un message pour sa mère pour la remercier et lui témoigner son affection, reprenant son vrai prénom de Christine. 

Christine McPherson

Production indépendante, Lady Bird n'est pourtant pas un film aux manières "auteuristes", dont le manque de moyens transpire à l'écran ou le traitement de son sujet (un récit d'émancipation) reproduit des clichés propres au genre abordé. C'est la première réussite du projet écrit et réalisé par Greta Gerwig : avoir su insuffler une énergie revigorante à son long métrage, avoir su communiquer tout le charme fantaisiste et mélancolique de son inspiration, imposer sa personnalité sans se laisser enfermer dans le milieu dont elle est issue.

Vif et concis (à peine 95 minutes), le film se présente d'abord comme une succession de saynètes sur une adolescente rebelle et l'on peut craindre d'assister au pénible spectacle, souvent vu et revu, d'une gamine plus horripilante par ses caprices qu'attachante. Elle revendique sa singularité derrière un curieux pseudonyme, "Lady Bird", refusant qu'on l'appelle par son vrai prénom - Christine - et on devine qu'elle se sent à l'étroit dans l'éducation religieuse qu'elle reçoit.

Pourtant, elle a la chance d'être entourée d'affection : celle de son père - un nounours dépressif, depuis peu au chômage ; sa meilleure amie ; les soeurs tolérantes de l'établissement scolaire ; un prêtre à fleur de peau qui enseigne le théâtre. Sans minauder, elle séduit les garçons, comme Danny, rejeton d'une famille d'irlandais très pratiquants, ou Kyle, en vérité un petit crâneur merdeux qui attendrit son monde en évoquant le cancer de son père et en posant comme un rockeur parano et blasé.

La grande affaire de Lady Bird, c'est sa mère en vérité et le scénario narre subtilement la tension qui électrise leur relation : en situant l'histoire en 2002, Greta Gerwig ne veut pas évoquer une époque si loin, si proche, qui donnerait un cachet nostalgique facile à son film, mais contextualiser ce qui alimente les rapports orageux entre Marion McPherson et sa fille. Nous sommes un an après les attentats du 11-Septembre à New York dans une ville de province, Sacramento, et l'Amérique est encore sous le choc : la perspective de voir partir sa fille, qui plus est dans la cité où s'est produite la tragédie, effraie légitimement cette maman mais irrite Lady Bird, qui aspire à son indépendance, rêve de quitter l'endroit où elle a grandi mais qui ne lui suffit plus. Elle veut se réinventer pour ne plus avoir à mentir sur ses origines sociales modestes.

Par certains aspects, l'héroïne semble ingrate, ne mesurant jamais les risques de blesser ceux qui l'entourent : ainsi exige-t-elle de son père qu'il la dépose en voiture avant d'atteindre le lycée comme si elle avait honte de lui, désormais sans emploi ; plus tard elle raconte des bobards à Jenna en prétendant habiter dans la maison luxueuse de la grand-mère de Danny ; elle préférera d'ailleurs cette fille de bourgeois futile à Julie pour intégrer plus facilement les fêtes où elle retrouve Kyle. 

Parce qu'elle désire parfois plus que ce qu'elle pourrait obtenir (mais finit par avoir au prix d'un heureux hasard - elle gagnera une note en maths plus élevée après avoir dérobé les copies corrigées du prof, et sa moyenne ainsi redressée l'aidera à être admise en fac), tout est épidermique chez Lady Bird. Sa mère est un élément qui la contrarie car elle la ramène sur Terre et à ses dures réalités, l'incite à plus de mesure, de rationalité, non par manque de confiance en elle mais pour lui éviter des déceptions. Lorsqu'elle comprendra les préventions de sa mère, le réel amour qu'elle lui voue, dans une scène simple et émouvante, une fois à New York, Lady Bird se réconcilie avec sa génitrice mais aussi avec elle-même, afin apaisée, au point d'abandonner son surnom pour accepter d'être Christine.

La distribution est merveilleuse : Lucas Hedges (remarqué dans le superbe Manchester by the sea de Lodge Kerrigan, l'an dernier) est épatant ; Thimothee Chalamet a la parfaite tête à claques de son rôle ; et les "parents" joués par Tracy Letts et Laurie Metcalf sont formidables. Mais la prestation fantastique de Saoirse Ronan éclipse tous ses partenaires par la luminosité qu'elle dégage, son interprétation subtile et dynamique, son regard magnifique et ce sourire de petite souris irrésistible : la gamine déjà impressionnante découverte dans Hannah de Joe Wright grandit bien et ne volerait pas son Oscar (elle a déjà décroché le Golden Globe, croisons les doigts).

Porté par la musique de Jon Brion, cette comédie douce-amère est un portrait enchanteur et juste, sublimé par son actrice, véritable muse de sa réalisatrice.  

jeudi 18 janvier 2018

FUTURE QUEST PRESENTS #6 : BIRDMAN, de Phil Hester et Steve Rude


Le premier chapitre de l'aventure de Birdman par Phil Hester et Steve Rude avait été un enchantement et j'étais impatient d'en lire la suite au sein de la série Future Quest. Pas de suspense : c'est un nouveau bonheur, aussi beau que bon !


Il y a trente ans au collège de Claremore, Oklahoma. Menton, un adolescent, est convoqué dans le bureau de sa proviseur pour s'expliquer sur un dessin effrayant qu'il a réalisé et épinglé dans la salle de classe de Mrs. Faulkner. Le garçon se défend en affirmant que l'image représente ce qu'il entend dans sa tête - d'ailleurs il peut les pensées de tout le monde et provoque une attaque chez son interlocutrice.


De nos jours. Mentok, entouré de ses fidèles, tente d'invoquer le Dieu Décharné (Fleshless God, en v.o.) : pour cela, il doit aspirer l'envie de Lunsford, l'anxiété de Nguyen, la répugnance de Hamilton, la cruauté de Tullibard, ses disciples. Grâce à ces mauvais sentiments, il ouvre un passage vers le néant.


Cette brèche attire ses sujets mais leur énergie combinée n'est pas assez forte pour que Mentok entre en contact avec le Dieu Décharné. Il comprend que pour réussir, il a besoin de la peine de Jen Holden.


Cette dernière est arrêtée par Falcon-7 après avoir affirmé à Birdman qu'elle était la mère de leur fils, ce dont le justicier n'a aucun souvenir. Pour en avoir le coeur net, il s'envole avec la jeune femme qui lui rappelle leur romance passée au Caire, lorsqu'il enquêtait sur un groupe de voleurs de reliques.


Ils pénètrent dans une chambre du Mercy Hospice où le petit Jacob est plongé dans le coma après avoir été opéré d'une tumeur cérébrale. Jen demande à Ray Randall d'utiliser ses pouvoirs énergétiques pour qu'il se rétablisse.


Il s'exécute et le garçon s'éveille. Mais, au même moment, Mentok et ses troupes investissent la pièce. Birdman se jette sur eux pendant que Tullibard tend son pistolet à Jen et que Mentok lui ordonne de tuer le héros si elle veut sauver son fils !

Lire cette histoire, c'est plonger à la source des comics et comme se détacher de tout ce qui exige que la BD doit prétendre au réalisme. On a affaire à un héros valeureux, un méchant infâme, des situations simples, du sentimentalisme : il y a une forme de pureté dans cette forme d'expression.

On pourrait donc croire qu'il n'y a rien de plus simple à écrire et à dessiner, qu'il suffit de respecter une sorte de "bible" vieillotte pour flatter la fibre nostalgique des lecteurs, jouer la corde "vintage", saisir le prétexte de l'exercice de style. Ce serait condescendant et erroné.

Pourquoi ? Parce que, comme tout récit aspirant à une forme de classicisme, les auteurs doivent s'abstenir de toute ironie, de tout cynisme avec le genre abordé. Il faut assumer le premier degré et assurer au lecteur un divertissement avec des éléments d'un autre âge. Phil Hester l'a parfaitement compris en ne prenant pas de haut son personnage et l'intrigue qu'il traverse, en restant fidèle à l'époque dont il provient, au support dont il a surgi.

Cela ne signifie pas que le récit ne suscite pas quelques ambiguïtés : en soulignant que Birdman a perdu des souvenirs (et pas des moindres puisqu'il a oublié qu'il avait eu une relation avec Jen Holden et un fils avec elle !), la question se pose de savoir à quel point les pouvoirs dont il a été investi l'ont altéré aussi bien physiquement que mentalement. Par un effet miroir, à quel point Mentok est-il fou ou illuminé (soit littéralement éclairé, convaincu qu'il sert les plans d'une entité supérieure) ? Le méchant de cette affaire est-il une sorte de fanatique avec ses dévots ou le pendant de l'hôte des dons du dieu Ra ? Qui, de Birdman ou de son ennemi, est-il vraiment un surhumain : le super-héros capable de réveiller un enfant comateux ou le vilain qui entend les pensées des gens ?

Pour illustrer avec inventivité mais élégance ces questions, Steve Rude produit des pages splendides, où la beauté de son trait (qui ne risque plus d'être transformé puisqu'il assure désormais aussi l'encrage) n'a d'égale que l'efficacité de son découpage. L'artiste abolit volontiers les cadres traditionnels pour loger dans une même vignette deux plans avec un effet subtil de zoom par exemple, ou en suggérant un travelling avant intense.

Le génie de Rude s'exprime aussi dans ses compositions savantes comme lorsqu'il se "contente" de représenter les silhouettes de deux personnages dans un couloir d'hôpital dont le sol représente un damier : le symbole est éloquent (deux êtres avançant comme de simples pions) et le résultat exceptionnellement graphique (le décor et les protagonistes se fondent dans une quasi-abstraction). Les couleurs de John Kalisz savent mettre en valeur les images de Rude sans les masquer, rappelant qu'à ce stade, avec un dessinateur de ce niveau, mieux vaut ne pas en rajouter.

Une fois encore, l'épisode se termine sur un cliffhanger saisissant, de ceux pour lesquels le lecteur comptera impatiemment les trente jours qui le séparent de la suite.  

mercredi 17 janvier 2018

HAWKEYE #14, de Kelly Thompson et Leonardo Romero


Savourons ! Pourquoi cet impératif ? Parce que Hawkeye, dans cette version, par ces auteurs, n'a plus que deux numéros après celui-ci à vivre, Marvel ayant annoncé son annulation. Certes le titre ne vendait pas beaucoup (12 000 exemplaires en moyenne), mais dans un marché en crise et comparé à d'autres qui ne font guère mieux (voire pire), après plus d'un an d'existence, des critiques enthousiastes, des fans fidèles, cet arrêt est un vrai crève-coeur. Donc : savourons !


Après l'enlèvement de Kate Bishop par Eden Vale (qui lui a promise de le lui rendre sa mère contre la vie de Clint Barton), Clint rentre à l'agence de sa partenaire où l'attendent ses amis, Ramone, Johnny et Quinn, tous inquiets pour elle.


Grâce à la bande et quelques recherches sur Internet, ils localisent la possible planque de Eden Vale : un entrepôt loué au nom de Ned Leave (anagramme de la méchante). Clint apprend aussi accidentellement que Mme Masque se balade en ville dans un clone de Kate, ce qui lui donne une idée...


Autrefois, Kate s'était disputée avec sa mère à laquelle elle reprochait son absentéisme mais qui lui promettait qu'elle comprendrait plus tard. Eden Vale, aujourd'hui, permet à la fille et la mère de se retrouver brièvement, le temps de se réconcilier et pour Kate de dire qu'elle a appris les malversations de son père, Derek. Mais les deux femmes sont vite séparées et Eden Vale exige une réponse à sa proposition.


Cependant Clint investit le repaire de Mme Masque et neutralise ses gardes avant de l'affronter et de la maîtriser. Il la force à passer le costume de Kate puis l'assomme. Finalement, contre toute attente, Kate refuse de tuer Clint pour revoir sa mère car elle le considère désormais comme sa famille. Barton déclenche alors une explosion grâce à une de ses flèches ce qui lui permet de substituer le corps de Kate avec celui de Mme Masque.


Mais, comme le lui fait ensuite remarquer Kate, est-ce une si bonne idée de faire se rencontrer Eden Vale et Mme Masque ?

La couverture (superbe) de Julian Totino Tedesco (qu'il a refaite après une première version différente afin de mieux coller à une scène tout en semant le doute chez le lecteur) résume admirablement le contenu, toujours aussi malicieux, du script de Kelly Thompson

La scénariste m'épate toujours autant par sa manière de mélanger des éléments narratifs dignes des screwball comedies à un récit super-héroïque : elle ne prend pas tout ce folklore au sérieux mais fait le job sérieusement, avec une efficacité jamais démentie depuis le début de son run. Et d'avoir à disposition les deux archers lui autorise cette licence.

Encore plus fort : peut-être parce qu'elle savait déjà sa série condamnée, elle opère une épatante synthèse pour lier les deux intrigues en cours dans cet arc judicieusement intitulé Family reunion, et qu'on peut interpréter de bien des façons - il s'agit d'abord évidemment de la famille Bishop, mais aussi de la famille de coeur entre Kate, Ramone, Johnny et Quinn, du tandem Kate-Clint, d'Eden Vale et Mme Masque (elle-même évoluant désormais sous l'apparence de Kate).

Mené tambour battant, avec des dialogues toniques, l'épisode profite une fois encore de la contribution exemplaire de Leonardo Romero, toujours impeccable : en peu de traits, il rend expressif ses personnages, son découpage est toujours astucieux (avec sa marque de fabrique, d'excellentes doubles pages qui ne servent pas à remplir le fascicule mais bien à accélérer l'action en utilisant un redistribution latérale des plans).

La fin de l'épisode est remarquable, avec une succession de plans fixes où le premier et l'arrière-plans racontent vraiment, simultanément et parallèlement, deux moments qui souligne à quel point est hasardeux le plan de Clint. C'est à la fois drôle et inquiétant, très éloquent et concis.

Qu'une aussi belle et intelligente série soit sacrifiée est vraiment un gâchis terrible, mais, aussi désolant soit-il, c'est hélas ! surtout révélateur de ce qui se joue chez Marvel en ce moment, bateau pris dans des remous éditoriaux sans qu'on sache très bien ce que le capitaine a en tête...