mardi 15 juillet 2014

LUMIERE SUR... FRANQUIN

Le Marsupilami descend sur la ville
(co-écrit avec Peyo.
1955, in "Risque Tout" n°3.)

 
 
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Noël d'un bagarreur
(Franquin. 1956 in "Le Journal de Spirou")

 
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Le Homard :
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Page promotionnelle :
 
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Franquin réalisa aussi de superbes calendriers dans les 50's :

 1950
 1951
 1952
 1953
 1954
 1955
 1957 (avec l'aide de Will)
 1958
1959

Critique 479 : SPIROU ET FANTASIO, TOMES 36-37 - L'HORLOGER DE LA COMETE - LE REVEIL DU Z, de Tome et Janry


SPIROU ET FANTASIO : L'HORLOGER DE LA COMETE est le 36ème tome de la série, écrit par Tome et dessiné par Janry, publié en 1986 par Dupuis.
Cet album forme la première partie d'une histoire à suivre dans le tome 37.
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Le Comte de Champignac doit s'absenter quelques jours pour aller soigner son petit-neveu Aurélien et il confie les clés de son château à ses deux amis, Spirou et Fantasio (Spip est aussi là, pour profiter de ce cadre bucolique propice au repos).
Fantasio tond la pelouse du parc puis fait un peu de ménage dans la demeure de leur hôte lorsqu'il casse par accident une grosse bouteille de chloroforme qui l'endort avec Spirou. Ils se réveillent péniblement quelques heures mais une explosion retentit à l'extérieur : un vaisseau a atterri dans l'entrée du château et le pilote qui en sort se présente comme Aurélien, le neveu du Comte... En provenance d'un lointain futur ! Il s'est donné pour mission de recueillir des échantillons de germes afin d'enrayer la désertification de la planète plus tard, et sa quête doit commencer par la Palombie.
Mais bien entendu, le voyage ne sera pas de tout repos et va même entraîner les héros jusqu'au XVIème siècle !
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SPIROU ET FANTASIO : LE REVEIL DU Z est le 37ème tome de la série, écrit par Tome et dessiné par Janry, publié en 1987 par Dupuis. 
Cet album représente une suite au tome 36.
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Fantasio a tiré un article du voyage dans le temps qu'il a effectué en compagnie de Spirou, Spip et Aurélien de Champignac, mais le directeur de l'information du journal doute de la véracité de ce récit. Il soumet le reporter aux questions de deux experts tout en le faisant boire abusivement. Fantasio se blesse en tombant dans l'escalier.
Spirou veille sur son ami après sa sortie de l'hôpital quand ils reçoivent la visite du snouffelaire, l'animal mutant d'Aurélien de Champignac, envoyé pour leur demander de l'aide. Peu après, d'étranges touristes envahissent la maison de nos héros qui découvrent, sidérés, qu'ils sont en 2062 !
So-Jah, l'assistant d'Aurelien, vient à leur secours et leur explique la situation : Zorglub  (ou plutôt son fils) règne désormais sur le monde, à la tête d'une nouvelle armée de zorglhommes, et contrôlant le temps. Il retient le petit-neveu du Comte à qui il compte soutirer le moyen d'aller dans le passé pour recruter de nouveaux soldats...

A peine trois albums après leur prise en main de la série, Tome et Janry affichent leurs grandes ambitions en embarquant leurs lecteurs dans un dyptique. En effet, si à la fin du premier de ces épisodes, on peut estimer que l'affaire est pliée, on comprend qu'il est nécessaire d'avoir lu le tome 36 pour apprécier pleinement le tome 37.

L'horloger de la comète brode sur un thème rebattu, le voyage dans le temps, sur un rythme trépidant : le scénario de Tome introduit le personnage du petit-neveu de Champignac, renvoie Spirou et Fantasio (et Spip) en Palombie, les expédie au XVIème siècle... On n'a pas le temps de souffler et l'auteur mise sur les surprises permanentes du récit pour empêcher justement le lecteur de trop gamberger. On est dans une pure fantaisie, une aventure absurde, drôle et palpitante.

Privé de l'usage du Marsupilami, Tome joue avec le souvenir de la bestiole grâce à deux éléments. D'abord, il y a le snouffelaire, une curieuse créature, croisement d'un fox à poil ras et d'un porc, d'une hallucinante laideur mais quand même très drôle, référence explicite aux monstres de Franquin et envie manifeste d'inventer un animal improbable et mémorable : curieusement, en dehors de ces épisodes, il ne sera plus jamais employé (et les successeurs de Tome le laisseront en 2062 comme Aurélien de Champignac). Ensuite, le voyage en Palombie fait espérer à une apparition du Marsu mais, évidemment, il n'en sera rien... Ce sera toujours un regret que Tome n'ait jamais pu disposer de l'étonnant animal (qui va toutefois faire son retour dans la série dans le futur tome 55 puisque Dupuis a racheté Marsu Productions qui en détenait les droits. Espérons que Fabien Vehlmann orchestre brillamment ce come-back tant attendu !).
La chute de l'histoire semble assurer que tout est rentré dans l'ordre et la dernière case boucle la boucle de manière à la fois malicieuse et angoissante...

Mais Le réveil du Z relance tout avec, en prime, la réapparition de Zorglub. Dès la page 0 (si, si), Tome procède à un rappel des grands classiques que furent Z comme Zorglub et L'ombre du Z (tomes 15 et 16) avec une page à la fois ironique et grandiloquente, digne d'un teaser de film d'épouvante, très réussie. A titre personnel, j'ai toujours considéré que le personnage de Zorglub gagnait à être présenté comme un authentique cinglé maléfique et pas simplement un rival grotesque de Champignac (encore moins un gentil dévoyé), et c'est pour cela que j'ai toujours trouvé que Greg et Franquin n'en avaient pas tiré le maximum (pire encore quand on lit ce que Franquin en fit dans Panade à Champignac). S'il avait été développé ainsi dès le départ, il aurait été l'égal de Zantafio, supérieur peut-être même en dangerosité contre Spirou et Fantasio.
Toutefois, avec cette nouvelle histoire, le scénariste ruse quelque peu avec ce célèbre adversaire puisqu'il met en scène son fils. L'idée en vaut bien d'autres, surtout que le récit ménage de spectaculaires effets, avec un futur flippant à souhait, et à nouveau une cascade de situations haletantes sur un tempo soutenu.
Entre de nouveaux calembours (comme le nom de l'assistant d'Aurélien, So-Jah) et une longue séquence d'évasion (pages 35-43), avec au milieu de tout ça l'invention (là encore restée sans suite) du "Manomol", on s'amuse et on vibre : c'est une nouvelle réussite.

Et les dessins là-dedans ? Hé bien, Janry tient la grande forme : qu'il s'agisse de designer le vaisseau spatio-temporel d'Aurélien (en forme d'anneau de Möbius : très bien vu) ou la jungle palombienne au XVIème siècle avec les conquistadors et les indiens, il accomplit des merveilles dans L'horloger de la comète
Le défilé de situations cocasses et dramatiques permet de valoriser l'expressivité des personnages et de varier les ambiances, et l'artiste nous gratifie de superbes planches (comme celles où Spirou, Fantasio et le descendant du Comte s'échappe du fort en pleine nuit).
Pourtant, dans Le réveil du Z, Janry se surpasse en ayant le loisir de créer entièrement un environnement futuriste cauchemardesque, avec des décors urbains dignes de Blade Runner, des machineries imposantes, une horde de zorglhommes, une horloge géante (hommage évident à The Big Clock de John Farrow, avec Ray Milland et Charles Laughton).
Le snouffelaire est aussi admirablement réussi : son look est tordant et fait tout passer, y compris des gags de pétomanie explosive.

Au final, ces deux albums ne valent peut-être pas le tandem ultérieur de La frousse aux trousses-La vallée des bannis (chef d'oeuvre de Tome & Janry sur la série) mais forment quand même un fameux ensemble. Encore deux épisodes de haute volée dans un run de grande classe.  

dimanche 13 juillet 2014

LUMIERE SUR... JANRY (& TOME)

 Le scénariste, TOME...
... Et le dessinateur, JANRY.
En 1998, Tome et Janry, l'équipe artistique aux commandes de Spirou et Fantasio, préparaient leur 15ème album (le 47ème de la série) intitulé Zorglub à Cuba. Mais cet épisode ne sera jamais achevé. Pourquoi ? 
L'échec critique et public du tome 46, Machine qui rêve, mais aussi la mort de Philippe Vadooren, rédacteur en chef du "Journal de Spirou", et de mauvaises relations avec son successeur, vont porter un coup fatal au projet. Pourtant, en 2008, on découvre lors d'une exposition à Bruxelles les huit premières planches (en noir et blanc) de cette histoire qui devait mettre en scène le nouveau retour de Zorglub. Puis en 2011, elles paraissent dans l'hebdomadaire, en couleurs, à l'occasion d'un numéro spécial sur le thème "come-back".
La rumeur a longtemps couru que Tome et Janry finaliseraient leur histoire qui serait éditée dans la collection "Une aventure de Spirou par..." (aka "Le Spirou de...", où on trouve notamment Le journal d'un ingénu d'Emile Bravo ou Les marais du temps de Frank Le Gall).

Le scénario devait raconter comment Zorglub entreprenait de transformer Cuba en la plus grande prison du monde, grâce à l'usage de sa zorglonde qui aurait effrayé les détenus voués à jouer les gladiateurs modernes comme dans un jeu vidéo. Spirou et Fantasio, qui suivaient Zorglub, entreprennent alors de déjouer son plan...

Graphiquement, Janry conservait le style adopté pour Machine qui rêve (avec toutefois des pages au fond à nouveau blanc).

Hélas ! il paraît vain d'espérer que cet album soit un jour achevé. Mais voici les fameuses 8 premières (et alléchantes) pages (en anglais) :

 
 
 
 
 
 
 

vendredi 11 juillet 2014

Critique 478 : JERÔME K. JERÔME BLOCHE, TOME 14 - UN FAUVE EN CAGE, de Dodier


JERÔME K. JERÔME BLOCHE : UN FAUVE EN CAGE est le 14ème tome de la série, écrit et dessiné par Dodier, publié en 2000 par Dupuis.
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Un soir qu'il se rend chez Burhan, l'épicier de son quartier pour y acheter du lait, Jérôme tombe nez à nez avec deux hommes casqués qui braquent le commerçant et tiennent en respect la seule cliente présente. Quand elle refuse de leur donner son sac à main, l'un des voleurs la frappe et Jérôme réagit en bondissant sur l'agresseur avant d'être à son tour brutalisé. Burhan provoque la fuite des voyous en faisant croire que la jeune femme est morte.
Conduite à l'hôpital, celle-ci revient à elle, amnésique. Jérôme décide de l'héberger chez lui en attendant que la mémoire lui revienne, comptant sur un rétablissement rapide. Pendant ce temps, les deux voleurs se rendent chez elle dans l'espoir d'y gonfler leur butin, mais ils vont tomber sur un obstacle inattendu.
Le lendemain, Babette revient d'un de ses voyages et surprend l'inconnue amnésique dans le lit de Jérôme. Croyant qu'il l'a trompée, elle rompt brutalement avec son fiancé qui revient à l'instant chez lui. Le détective entreprend alors d'identifier la jeune femme en affichant sa photo dans le quartier...

Deux ans après la publication du Pacte, Alain Dodier livre ce 14ème tome qui a droit à un bonus : un cahier de 16 pages récapitulant les précédents épisodes et une préface d'Alain De Kuyssche (ancien rédacteur en chef de "Spirou"). Cela permet à tous ceux qui découvrent la série d'en apprendre plus, à ceux qui la connaissent déjà de faire le point, et aussi de montrer que Jérôme K. Jérôme Bloche est désormais un titre important pour son éditeur après 15 années de publication.

L'album lui-même est un très bon cru : comme souvent, Dodier ouvre son récit avec une situation qui va déboucher sur une succession de rebondissements étonnants. Ici, il s'agit d'un braquage commis chez l'épicier Burhan par deux voyous, dont on ne connaîtra jamais l'identité ni le visage : ces méchants de passage vont pourtant devenir à leur tour des victimes à cause de leur avidité et révéler un élément déterminant pour la suite de l'aventure.
A partir de là, l'histoire se divise en deux : 

- d'un côté, pour la majeure partie de l'épisode, nous suivons les efforts de Jérôme pour identifier la belle amnésique qu'il a recueillie, et cela aboutit à un quiproquo important quand Babette croit que son fiancé l'a trompée et lui inflige une crise de jalousie durable - cette crise bouscule la tranquillité d'un couple jusqu'à présent plutôt ménagé (si l'on excepte la disparition de Jérôme dans le tome 9, L'absent, et la menace du tueur dans le tome 11, Le coeur à droite) mais permet aussi de lui donner plus de consistance (un effort que Dodier veut visiblement souligner après que, dans le tome 12, Le gabion, il les ait montrés en vacances) ;

- de l'autre, il y a le "fauve en cage" du titre, qui n'est autre que celui avec lequel habite l'amnésique, et dont le lien avec elle et l'état mental sont habilement dissimulés pendant un long moment au profit d'un suspense intense jusqu'au climax de l'album, spectaculaire. Dodier se sert de ce personnage aussi comme un adversaire physique contre Jérôme et l'instrument qui permettra la réconciliation entre son héros et sa fiancée.

Le dénouement du récit, dans lequel Jérôme dévoile le fin mot de l'affaire à Babette dans une salle de cinéma qui projette Titanic de James Cameron, offre à l'auteur une pirouette amusante en jouant sur l'émotion de l'hôtesse de l'air, visiblement plus émue par le sort de Leonardo Di Caprio que par celui de Jérôme.
Tout ça est encore une fois formidablement bien mené, huilé : Dodier articule son histoire avec une telle facilité que, comme le remarque De Kuyssche dans sa préface, on peut la relire sans risquer de s'ennuyer mais bien pour en apprécier la rigueur.

Les dessins sont également excellents : De Kuyscche parle pour Dodier d'artiste adepte de la "ligne juste". La formule est joliment trouvée et tout à fait vraie : le travail graphique raconte ici une histoire non pas en plus du texte ou en appuyant ses effets mais "à égalité". 
La preuve de cette efficacité, c'est que Dodier n'a pas besoin de passer par des artifices narratifs pour guider le lecteur : on sait toujours où on est, quand, la composition de ses images est toujours claire, le flux de lecture toujours fluide. 
Pourtant, cela ne l'empêche pas d'apporter un soin particulier aux détails, aux décors, aux expressions, de choisir le bon angle de vue pour dramatiser ou alléger une situation, de disposer les ombres et lumières afin de bonifier les ambiances - tout ça n'a l'air de rien comme ça, c'est même l'évidence, ce que tout dessinateur de bd devrait faire, mais parvenir à cette simplicité si élaborée indique qu'on a là un artiste en pleine possession de ses moyens, qui sait utiliser intelligemment les ressources de son art, toujours au service de ce qu'il veut raconter.

Fort de ces avantages, Dodier enchaînera avec un ambitieux récit en deux parties : La comtesse et La lettre, un autre signe qu'il ose désormais développer sa série au-delà des standards. 

mardi 8 juillet 2014

Critique 477 : JERÔME K. JERÔME BLOCHE, TOME 13 - LE PACTE, de Dodier


JERÔME K. JERÔME BLOCHE : LE PACTE est le 13ème tome de la série, écrit et dessiné par Dodier, publié en 1997 par Dupuis.
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Le 39 de la rue Francoeur est en pleine effervescence ! D'une part, Mimi Maréchal, une chanteuse-meneuse de revue qui a fait carrière à Las Vegas, emménage au sixième étage de l'immeuble où vit Jérôme Bloche ; d'autre part, le détective est engagé par Mme Dubois pour enquêter sur la mort de son... Canari.
Jérôme s'investit avec toute son application habituelle à débusquer le tueur d'oiseaux et il le localise rapidement chez Mme Dubreuil dont le fils s'amuse avec une carabine à plomb depuis la fenêtre de sa chambre. Grondé, le jeune homme fait une fugue mais il risque sa vie car, diabétique, il a besoin d'une injection d'insuline matin et soir.
Jérôme reçoit alors un appel anonyme et une grosse avance pour retrouver Jean-François Dubreuil. Sa mission accomplie, il ne va pas tarder à découvrir qui l'a payé : c'est Mimi Maréchal ! Mais quel est le point commun entre elle et le fugueur ? Et pourquoi le chauffeur de la vedette fait-il exprès peu après d'emboutir le jeune homme sur son scooter à la sortie de son lycée - accident bénin en apparence mais après lequel il disparaît à nouveau - ?

Avec une régularité métronomique, Alain Dodier publie, un an après Le gabion, ce 13ème tome des aventures de Jérôme K. Bloche. Il ramène son détective à Paris, d'où il va travailler pendant 5 albums consécutifs.

L'intrigue démarre sur une enquête légère et, apparemment, dérisoire avec le canari tué de Mme Dubois : c'est l'occasion de mettre en scène quelques éléments indiquant l'évolution de la série puisque désormais Jérôme dispose d'une enseigne signalant l'adresse de son bureau en bas de son immeuble et d'un téléphone portable, devant lui permettre d'être facilement joignable (ce dernier objet date l'album car, évidemment, en 98, les mobiles n'étaient pas designés et aussi performants que ceux d'aujourd'hui, mais cela n'est pas kitsch car JKJB n'a jamais été un héros très au point technologiquement parlant).
A partir de cette mission, Dodier brode quand même une enquête qui va se révéler très dense et surprenante puisque l'affaire du canari va le conduire jusqu'au jeune garçon qui l'a tué, lui-même au coeur (mais sans le savoir) d'une histoire de famille entre deux soeurs et de gros sous (un héritage à clé).
Cette capacité à développer un récit à partir d'une idée semble-t-il anodine est devenue une signature de la série et de son auteur, et Dodier excelle dans cet exercice qui lui permet d'embarquer le lecteur en douceur puis, au fil des pages, dans un réseau de personnages troubles que le passé travaille et oppose. A le dernière page, le scénariste peut s'offrir une chute qui boucle la boucle, avec malice, après une succession d'évènements efficacement déployés, un suspense habile, et quelques scènes spectaculaires (ici, un affrontement au sommet d'une flèche de grue entre un kidnappeur et Jérôme, superbement découpé).
Bien entendu, on est en droit de ne pas trouver ça renversant, mais ce n'est pas l'ambition de la série, qui s'appuie d'abord sur une façon de raconter solide, éprouvée, avec des personnages attachants, sur un rythme soutenu, réalisé avec un grand soin tout étant toujours facile à lire, distrayant. Après 13 tomes, JKJB est un titre toujours plaisant, dont l'humilité ne doit pas cacher la maîtrise de l'exécution : cette constance est finalement aussi honorable, et même plus, que d'autres productions qui se perdent en voulant toujours épater la galerie au prix d'effets faciles.

Les dessins de Dodier participent à part égale avec l'adresse de l'écriture au plaisir de la lecture : c'est un artiste qui tient parfaitement ses personnages, leur environnement, au trait élégant et vif.
Là encore, la simplicité de la forme ne doit pas faire croire à un travail élémentaire car, outre des décors (et véhicules) toujours impeccablement illustrés (avec une mention, dans cette aventure, pour les toits de Paris), et des personnages expressifs, aux looks étudiés (comme en atteste la scène de la pendaison de crémaillère chez Mimi Maréchal avec une figuration importante et détaillée), on peut s'attarder sur le découpage très dense qu'impose Dodier et sur lequel il appuie sa narration pour la rythmer. A raison, souvent, d'une douzaine de plans par page, avec des valeurs, des angles, des jeux d'ombres et de lumières, variés, l'action est toujours soutenue, très bien située, offrant au regard une diversité de cadrage très dynamique alors même que l'alignement des cases demeure classique (pas de formes de vignettes excentriques, mais des "gaufriers" ou des piles de bandes bien disposées).
En ce sens, Dodier est un adepte du "less is more", qui est, à mes yeux, la façon la plus intelligente, car la plus durable, la moins "démodable", de raconter en images une histoire - pour peu, évidemment, comme c'est le cas ici, que ce soit fait avec intelligence, au service du récit et le bien-être visuel du lecteur.

Le pacte est une nouvelle preuve qu'on peut - qu'on doit ! - accorder sa confiance à Jérôme K. Jérôme Bloche : l'essayer, c'est l'adopter, et chacune de ses enquêtes aboutit à un album aussi soigné dans sa réalisation qu'agréable dans sa découverte. Mine de rien, c'est certainement une des meilleures séries franco-belges de ces trente dernières années quand on analyse la constance de sa qualité.