jeudi 13 mars 2014

LUMIERE SUR... MARCOS MARTIN (3)

Pour le 50ème anniversaire de Daredevil,
le dessinateur espagnol a signé cinq "variant covers" de
"l'homme sans peur", résumant les moments forts de sa carrière :

 
 
 
 

mercredi 12 mars 2014

Critique 423 : REVUES MARS 2014


X-MEN 9 :

- La Bataille de l'Atome #0-5 : Prologue / All-New X-Men #16 / X-Men #5 / Uncanny X-Men #12 / Wolverine et les X-Men #36 :
(Extrait de X-Men : Battle of the Atom 1
Textes de Brian Michael Bendis. Dessins de Frank Cho.)
Illyana Raspoutine a utilisé sa magie pour se déplacer dans le futur afin de vérifier si la présence de premiers X-Men a vraiment altéré le continuum espace-temps et elle y a vu une situation dramatique.
De nos jours justement, l'apparition d'une nouvelle mutante criminelle conduit les premiers X-Men et leur tutrice, Kitty Pryde, à intervenir pour l'arrêter. Ils sont, sur place, pris à parti par des Sentinelles qui les mettent encore davantage en difficulté. C'est alors que les Uncanny X-Men leur prêtent main forte. Durant le combat, le jeune Scott Summers est apparemment mortellement blessé, entraînant aussitôt la disparition de son double moderne, avant d'être réanimé par Christopher Muse, un des UXM. Le Cyclope actuel réapparaît. 
(Extrait de All-New X-Men #16
Textes de Brian Michael Bendis. Dessins de Stuart Immonen.)

Cet évènement panique Wolverine et les autres professeurs de son école, qui décident, cette fois à l'unanimité, de renvoyer les premiers X-Men à leur époque d'origine. Mais les intéressés ne l'entendent pas de cette oreille, en particulier Jean Grey et Scott Summers qui prennent la fuite après que des X-Men du futur surgissent pour corriger le cours de choses.
(Extrait de X-Men #5
Textes de Brian Wood. Dessins de David Lopez.)

Les deux fugitifs doivent trouver de nouveaux alliés et se tournent vers les Uncanny X-Men : ça va barder...
(Extrait de Uncanny X-Men #12
Textes de Brian Michael Bendis. Dessins de Chris Bachalo.) 

Qui décidera du sort des premiers X-Men ? Eux-même ? L'équipe de Wolverine ? Celle de Cyclope ? Ou ces mystérieux mutants du futur ?
(Extrait de Wolverine & the X-Men #36
Textes de Jason Aaron. Dessins de Guiseppe Camuncoli.)

Pour fêter le cinquantenaire des X-Men, Marvel marque le coup avec un énième crossover, impliquant 4 séries : All-New X-Men et Uncanny X-Men de Brian Michael Bendis, X-Men de Brian Wood et Wolverine & the X-Men de Jason Aaron. Ce sont ces deux derniers auteurs qui ont imaginé cette intrigue.

Le casting déjà pléthorique de chaque série concernée est augmenté par des X-Men du futur qui veulent renvoyer dans le passé les premiers X-Men afin d'éviter que les choses ne tournent aussi mal que ce qu'ils ont vécu.
Malgré cela, la première partie de cette histoire se lit facilement sans qu'on soit perdu par le flot d'informations et le nombre de protagonistes. L'enjeu est d'autant plus limpide qu'il est déjà au coeur de la série All-New X-Men depuis son démarrage, il s'agit de savoir si la présence à notre époque des premiers X-Men peut altérer positivement ou négativement l'avenir. S'ils sont issus d'une réalité parallèle comme semblent l'être ces X-Men du futur, la suite ne s'annonce pas bien, mais le récit laisse planer le doute.

Ce doute est aussi nourri par les motivations des X-Men du futur qui, avec deux télépathes aguerris dans leurs rangs (le petit-fils de Charles Xavier et Jean Grey adulte), cachent leurs pensées aux mutants d'aujourd'hui. Et le mystère s'épaissit lorsqu'on suit les voyages dans le temps de Magie qui croisent encore d'autres X-Men contrôlant les Sentinelles.

Là où le bât blesse, c'est qu'on sent bien que cette saga a été bâtie pour faire bouger les lignes mais en convoquant des personnages qui, finalement, s'ils n'étaient pas là, ne manqueraient à personne. Le cas le plus flagrant concerne les X-ladies de la série X-Men écrite par Brian Wood (une série déjà lancée sur un concept assez artificiel) : Tornade, Malicia, en particulier ne font que de la figuration et ne servent à rien (sinon, pour Tornade, à asséner à Kitty Pryde des leçons de morale vite agaçantes).

En revanche, quand un scénariste ou un autre (en particulier Bendis et Aaron) s'attardent sur un personnage en particulier pour discuter de la situation et ses conséquences, on a droit aux meilleurs moments et on devine qu'effectivement, même si l'ensemble de l'histoire est un peu balourde, il y aura de vraies répercussions à la fin. Kitty Pryde est la protagoniste la mieux traitée de ce point de vue, remettant avec pertinence en question l'attitude de Wolverine en défendant ses protégés.
   
On verra si la seconde partie gagne un peu en nerf et confirme les changements ici suggérés.

Pour la partie visuelle, ce crossover a fière allure, même si, là aussi, on note des faiblesses assez déplorables.

Le prologue (d'une trentaine de pages) qui ouvre la saga est signé Frank Cho, mais celui-ci a dû trouver que cela manquait de bimbos en bikini et de dinosaures (ses deux grandes passions...) puisque Stuart Immonen le supplée sur les quatre dernières pages (le canadien fait l'effort d'imiter le style du coréen mais on reconnait quand même sa patte).

Immonen continue sur sa lancée pour l'épisode de All-New X-Men et fournit des planches magnifiques, au découpage très énergique et aux compositions élaborées (notamment quand les X-Men se rendent compte que Jean et Scott ont pris la fuite - une double-page de 12 cases diaboliquement bien disposées).

Puis David Lopez prend la relève pour le segment de X-Men : son trait élégant, expressif, magnifié par l'encrage de Cam Smith et les couleurs de Laura Martin, est superbe, faisant merveille dans des scènes en extérieur découpées avec dynamisme.

Chris Bachalo illustre l'épisode de Uncanny X-Men : assisté de cinq (!) encreurs, ses pages sont très inégales, avec un degré de finitions très variable, mais heureusement il a renoncé à se coloriser (laissant à Marte Gracia le soin de s'en occuper, ce qui rend l'affaire bien plus lisible qu'à l'accoutumée).

Enfin, Guiseppe Camucoli se charge de Wolverine & the X-Men : il est lui encré par Andrew Currie, mais rend une copie médiocre, avec des plans vraiment épouvantablement mal composés, des personnages peu expressifs, une mise en scène paresseuse. 

Bilan : partagé - le récit a indéniablement quelque chose d'accrocheur et de prometteur, mais on peut douter qu'impliquer quatre séries est judicieux. Par ailleurs, arrivé à mi-chemin, on reste sur sa faim. Espérons que tout ça décolle et aboutisse à quelque chose de plus convaincant. Graphiquement, en revanche, c'est de la belle ouvrage : ça ne compense pas tout mais la lecture reste agréable.

dimanche 9 mars 2014

Critique 422 : ALL-NEW X-MEN - VOLUME 3 : OUT OF THEIR DEPTH, de Brian Michael Bendis, Stuart Immonen et David Lafuente


ALL-NEW X-MEN, VOLUME 3 : OUT OF THEIR DEPTH rassemble les épisodes 11 à 15 de la série écrite par Brian Michael Bendis, publiés en 2013 par Marvel omics. Stuart Immonen signe les dessins des #11 à 14, David Lafuente ceux du #15.
 *

(Extrait de All-New X-Men #10. Dessins de Stuart Immonen.)

L'un des 5 premiers X-Men choisit de rejoindre les rangs (avec les soeurs Stepford) de l'équipe du Cyclope moderne, contre l'avis de ses amis, de Kitty Pryde et Wolverine. Ce mouvement déstabilise encore davantage le groupe de jeunes mutants.
Entretemps, le SHIELD a prévenu Wolverine qu'une série de vols d'importantes sommes d'argent a été commis par Mystique et ses compères, qui ont pris pour cela l'apparence des premiers X-Men. Ensemble, ils décident de rechercher Raven Darkholme mais sont interceptés rapidement par les Uncanny Avengers.
(Extrait de All-New X-Men #12. Dessins de Stuart Immonen.)

Cette rencontre s'avère riche en émotions fortes : Scott découvre son frère Alex (alias Havok), désormais doté de pouvoirs mutants et à la tête de ce groupe, Jean Grey apprend télépathiquement que Scarlet Witch a provoqué la décimation des mutants (durant la saga House of M), tandis que Wolverine doit convaincre Captain America, Thor et Rogue que les jeunes mutants n'ont rien à voir avec les cambriolages commis par la bande à Mystique. 
Logan ment toutefois à ses collègues des Uncanny Avengers en leur jurant qu'ils leur laissent régler son compte à Mystique pour mieux la pister de son côté. En se rendant sur le site de Stark Resistance où le gang a sévi, Wolverine remonte la trace des malfrats qui sont sur le point de négocier le rachat de l'île de Madripoor, carrefour de nombreux trafics, à l'organisation terroriste de l'Hydra.
Les mutants s'interposent et une bataille éclate, durant laquelle Lady Mastermind, complice de Mystique, tente de faire perdre la raison à Jean Grey pour venger la mort de son père. Les Uncanny Avengers arrivent à la fin du combat pour embarquer Mystique et Lady Mastermind (Dents-de-Sabre et l'Hydra ont pris la fuite, profitant de la confusion).
(Extrait de All-New X-Men #13. Dessins de Stuart Immonen.)

Après ce nouveau tourbillon, les jeunes mutants ont droit à un peu de repos à l'école de Wolverine. Le Fauve moderne entraîne Jean Grey à exercer sa télékinésie, mais la jeune femme est distraite et troublée par une pensée de son professeur sur les sentiments qu'il éprouvait pour elle autrefois. Scott Summers et Bobby Drake s'offrent une virée en ville pour rencontrer d'autres adolescents et découvrir comment ils vivent et les perçoivent.
(Extrait de All-New X-Men #15. Dessins de David Lafuente.)
*

Le programme de ces cinq nouveaux épisodes est toujours aussi dense que les dix précédents : Brian Michael Bendis réussit à exploiter le postulat de départ de la série, à développer des intrigues et enrichir les relations entre les personnages sur un rythme soutenu.
Pour commencer, on découvre donc lequel des cinq premiers X-Men rallie le camp du Cyclope actuel : ce n'est pas une surprise si on a fait attention aux réactions antérieures du personnage, mais Bendis prend le temps de justifier son choix et d'en montrer les conséquences immédiates, avec une belle empoignade en prime. Pourtant, le long dialogue que le scénariste impose au lecteur passe bien :  il a beau occuper la moitié de l'épisode 11, il est très bien argumenté, la tension qui se dégage de toute cette séquence est magistralement rendue, mélange de frustration, d'anxiété et d'inéluctabilité. On touche à un des points essentiels de l'affaire depuis son départ : le scénariste profite d'avoir des personnages quasiment vierges placés dans une situation qui agit sur eux comme un accélérateur de particules, les obligeant à mûrir plus vite, à prendre des décisions radicales, provoquant des déchirements, et donc impactant tout le tissu de la série. De ce point de vue, il y a une vraie progression en une dizaine de chapitres, alors même qu'on n'a pas pratiquement pas changé de décor et que peu de temps a passé du point de vue des personnages.

Bendis décrit avant tout donc de jeunes héros déboussolés, qui utilisent leurs pouvoirs d'autant plus maladroitement qu'ils sont inexpérimentés mais aussi parce qu'ils sont soumis à des épreuves initiatiques, des révélations sur eux-mêmes, qui leur font perdre tout sens des mesures (ainsi, si Jean Grey cherche à forcer le destin, c'est plus par désarroi que par autoritarisme, et donc ce n'est pas qu'un moyen pour crééer un moment saisissant dans le fil du récit). Avec ce passage, Bendis semble aussi vouloir marquer le coup et désormais développer la série All-New X-Men de manière plus autonome, en ne la liant plus intimement de celle des Uncanny X-Men (qu'il écrit aussi en parallèle).
Par conséquent, les mutants adultes autour des premiers X-Men les traitent comme des jeunes victimes d'un traumatisme, déplacés dans le temps sans avoir eu le temps de considérer toutes les répercussions et sans avoir eu toutes les données en main pour le faire (les déclarations du Cyclope moderne pointent bien du doigt ce que le Fauve moderne a dissimulé aux jeunes héros pour les faire venir). Cela aboutit à des personnages novices, maladroits aux combats et dans leurs rapports entre eux et avec les yeux, et le souci de Wolverine et Kitty Pryde est d'abord de les ménager, voir de les écarter, pour qu'ils ne soient pas en danger... Mais ils sont également désobéissants, ce qui complique la tâche de leurs chaperons.

Néanmoins, Bendis s'arrange très bien pour ne pas les écrire comme des acteurs passifs, subissant ce qui leur arrive : il équilibre ce sentiment en veillant à leur donner des sentiments qui leur sont propres, donc des réactions distinctes (le malaise de Scott, par exemple, ou l'ahurissement de Bobby). On peut s'identifier à eux, ou en tout cas comprendre ce qu'ils traversent car leurs comportements sont toujours crédibles, et éclaire chaque rebondissement avec à-propos.
Ainsi quand Jean Grey découvre que Wanda/Scarlett Witch (dont la présence au sein des Uncanny Avengers étonne déjà tout le groupe) a failli effacer la race mutante, le scénariste fait non seulement référence à la saga House of M qu'il a écrite mais aussi au fait qu'une mutante a été sur le point d'anéantir toute ses semblables sans savoir qu'elle était alors en proie à une crise de folie.
Les retrouvailles entre Scott et Alex Summers donnent aussi lieu à un passage troublant et émouvant (résumé par Captain America qui fait remarquer à Havok qu'il a pu revoir son frère sous son meilleur jour).
On peut aussi évoquer ce moment où, en plein combat, les jeunes X-Men répètent une manoeuvre apprise en salle des dangers, ce qui traduit déjà leur progression comme équipe depuis qu'ils sont arrivés à notre époque. Le scénariste a ainsi, plusieurs fois, au cours de ces nouveaux épisodes, à coeur de montrer des situations nouvelles, des questionnements divers auxquels les personnages répondent de manière spontanée ou réfléchie, toujours organique. Quelques exemples : comment réagir aux propos de Havok qui refuse publiquement d'être résumé à un super-héros mutant (l'argumentation de Kitty Pryde établissant un lien avec ses origines juives est à la fois pertinente et poignante) ? Lady Mastermind (Regan Wyngarde) réussira-t-elle à corrompre, comme son père, Jean Grey ?

Parfois même, Bendis, qui est connu (et aussi bien apprécié que détesté pour son goût des dialogues abondants) ose se passer de mots pour résumer de manière à la fois comique et astucieuse la complexité d'un instant entre deux personnages de la même famille (voir l'irrésistible page où Jean Grey tombe sur sa fille Rachel, chacune lisant dans l'esprit de l'autre avant de s'éloigner, désorientées). Ces passages sont autant de révélateurs très efficaces pour répondre ou déjouer les attentes des lecteurs, le scénariste ne se défile pas mais les résout avec malice ou sérieux, mais en veillant toujours à ne pas ralentir le tempo.
*

(Extrait de All-New X-Men #13. Dessins de Stuart Immonen.)

Mais toutes les qualités scénaristiques de la série ne seraient pas aussi remarquables sans la contribution d'un excellent dessinateur, capable de traduire visuellement les subtilités émotionnelles des personnages et l'énergie des situations.
Une fois encore, Stuart Immonen fait la preuve de sa complémentarité avec Bendis et de sa faculté à produire des planches d'exception. Compte tenu des délais de production, le soin qu'il apporte à la réalisation de l'ouvrage est tout à fait fabuleux : son point fort reste l'expressivité, qu'il s'agisse de la plasticité faciale des personnages ou de leurs attitudes, toujours justes, propres à chacun, le tout intégré à des compositions très vivantes, avec un découpage varié.
Il a, en soutien, un encreur qui sait mieux que quiconque appuyer la force de son graphisme avec Wade Von Grawbadger, qui sait donner de la texture au dessin, souligner les contrastes. Les crayonnés d'immonen sont déjà très précis, mais son partenaire soigne les finitions en parvenant à la fois à respecter le trait du dessinateur et apporter sa propre patte.
Il m'a fallu un peu de temps pour m'habituer à la la mise en couleurs de Marte Gracia, ici secondé par Rain Breredo (sur les #12-13), mais désormais j'apprécie ses choix, qui savent donner une ambiance sophistiquée et intelligente à chaque scène et chaque émotion (y compris dans le huis clos aux lumières rouges du Blackbird).

Surtout, le travail d'Immonen mérite qu'on revienne sur chaque page pour en apprécier les dispositions : la manière dont il peut placer une grande quantité de personnages dans un plan (ou une série de plans) tout en veillant à sa lisibilité et en lui insufflant du dynamisme, en variant les angles, la dimension des cadres, en jouant sur une planche ou deux pages en vis-à-vis, est éblouissante. Il sait parfaitement typer un personnage en lui donnant une morphologie, des mimiques, de façon à ce que le lecteur sache à qui il a affaire. Avec Immonen, une image parle autant que ce que dit le dialogue (et c'est aussi pour cela que les passages où les héros ne font que parler restent divertissantes car ils se déplacent, on peut lire sur leurs visages l'émotion correspondant à leur propos, etc). Et quand il s'agit de produire une représentation spectaculaire (comme la manifestation du Phénix), c'est également très puissant, non seulement parce que le dessin est impressionnant mais aussi parce qu'auparavant Immonen a su ménager son effet avec une mise en page plus sage.

En comparaison, comme c'était déjà le cas avec l'intérim de David Marquez, lorsque David Lafuente prend le relais, le résultat est nettement moins flamboyant. L'espagnol n'a pas un style réaliste, il évolue même dans un registre quasi-cartoony, naïf. C'est tout à fait séduisant quand il s'agit de représenter des instants humoristiques ou romantiques, mais moins probant lorsqu'il faut servir quelque chose de plus mouvementé (la seule scène d'action semble bâclée, en tout cas mal composée).
Mais, bien que je n'ai jamais été un grand fan de l'artiste, je reconnais à Lafuente un côté très sympathique. C'est juste un peu tendre, et parfois (un comble quand on n'a qu'un épisode à traiter) un peu expédié (là encore, l'absence de décors dans des vignettes de grande taille ou le manque de diversité dans l'expressivité des personnages passent mal).
*
Avec ce troisième recueil, la série ne connaît pas de faux pas ni de baisse de régime, elle prend même un relief et une ampleur qui lui vaut un succès public et (dans l'ensemble) critique très méritée. Bendis est vraiment inspiré et peut compter sur Immonen pour nous accrocher durablement dans un récit bien construit, rythmé, alternant intimisme et action en quantités égales.

Espérons que cette belle mécanique ne sera pas grippé par le crossover Battle of the Atom (imaginé par Jason Aaron et Brian Wood) qui suit ces épisodes (et implique aussi les séries Uncanny X-Men, X-Men et Wolverine & the X-Men), conçu pour célébrer le cinquantenaire des mutants.

samedi 8 mars 2014

Critique 421 : ALL-NEW X-MEN - VOLUME 2 : HERE TO STAY, de Brian Michael Bendis, David Marquez et Stuart Immonen


ALL-NEW X-MEN, VOLUME 2 : HERE TO STAY rassemble les épisodes 6 à 10 de la série écrite par Brian Michael Bendis, publiée en 2013 par Marvel Comics. Les dessins sont signés David Marquez (#6-8) et Stuart Immonen (#9-10).
*
Les cinq premiers X-Men (Cyclope, Marvel Girl, le Fauve, Iceberg et Angel) ont choisi de rester à notre époque après un vote à main levée (seul Angel était contre) devant les professeurs et élèves de l'école Jean Grey tenue par Wolverine, où ils sont installés. Le griffu ne voit pas ça d'un bon oeil mais Kitty Pryde s'est dévouée pour chaperonner les nouveaux venus.
Soumis à un stress intense après avoir pris connaissance de la situation actuelle, les jeunes mutants s'acclimatent tant bien que mal. Jean Grey voit, par exemple, ses pouvoirs télépathiques se manifester et doit apprendre à les maîtriser : elle y parviendra plutôt bien, quitte à s'en servir de manière douteuse.
Le jeune Scott Summers est lui aussi éprouvé par l'expérience : sa place de leader est remise en cause, il est vu comme le meurtrier de Charles Xavier, et ne sait plus où donner de la tête dans cette époque où tous ses repères n'existent plus, comme il s'en rend compte lors d'une ballade en ville. Il fait là la connaissance de Mystique, la mutante métamorphe, qui entend bien utiliser la présence des premiers X-Men à son avantage.
Quant à Warren Worthington, depuis le début, il s'interroge sur ce qu'il est devenu de nos jours. Il rencontre son double actuel, se bat à ses côtés, mais surtout se rend compte que son inquiétude était fondée. Sa panique va avoir de lourdes conséquences...
(Extrait de All-New X-Men #6. Dessins de David Marquez.)
 *

Après cinq premiers épisodes très efficaces (et sortis en seulement trois mois), Brian Michael Bendis doit confirmer la bonne impression laissée par son premier arc narratif tout en convaincant le lecteur que son idée de ramener les premiers X-Men à notre époque n'est qu'un "coup" éditorial.  A cet égard, le titre choisi pour ce deuxième recueil est éloquent : Here to stay ("Ici pour longtemps"), ça ressemble à une déclaration d'intention, une adresse aux perplexes, presque un défi.

D'un point de vue dramatique, il y a moins d'action dans ces nouveaux chapitres (même s'il y a quelques séquences qui bougent bien), mais c'est parce que Bendis veut privilégier l'exploration psychologique de ses héros tout en soulignant l'impact que produit leur présence dans leur entourage, celui de l'école Jean Grey.
Le scénariste va s'intéresser plus spécialement à trois des jeunes X-Men pour mettre en évidence leurs caractères, montrer ce qui les distingue d'une communauté déjà bien fournie, et justifier que la série se prolonge. Le récit se déploie de manière très claire et linéaire, ce qui, là aussi, diffère du précédent arc narratif (où la chronologie était bousculée et les parallèles entre ce qui se jouait dans le réel et la psyché étaient privilégiés). Jean Grey, Scott Summers et Warren Worthington vont nous être présentés plus en détail au contact d'un autre X-Man, respectivement Kitty Pryde, Wolverine et Angel.

Le segment qui associe Jean et Kitty est très bien vu : Kitty est devenue la professeur de Jean alors que son personnage était apparue durant la mythique saga du Phénix Noir, qui allait aboutir à la (première) mort de Jean Grey. Bendis écrit superbement bien le personnage de Kitty, tutrice attentionnée et troublée de jouer ce rôle avec la version adolescente de l'héroïne qu'elle avait rencontrée quand elle-même n'était qu'une jeune fille. On a également la confirmation que le personnage de Jean est bel et bien celui que préfère visiblement l'auteur, celui autour duquel il articule ses intrigues.

Avec Scott Summers, Bendis insiste sur le décalage induit par l'époque dont vient le jeune homme, sa naïveté : il le montre sidéré par la modernité technologique mais aussi dupé par Mystique. Tout cela est écrit avec subtilité, alternant humour (en s'amusant de l'éternelle rivalité entre Cyclope et Wolverine) et gravité (quelle attitude adopter face au Cyclope moderne ?). L'apparition de Mystique suggère qu'elle va devenir un élément important dans le futur de la série : c'est un adversaire intéressant pour de jeunes héros inexpérimentés, dans un contexte où la disparition de Charles Xavier invite chaque mutant (bon, mauvais ou dans un positionnement plus équivoque) à se redéfinir (le professeur ayant toujours été la figure de référence, pour le pire et le meilleur, lui-même n'étant pas un mentor irréprochable).

Pour ce qui concerne Warren Worthington, Bendis fait preuve d'encore plus d'inspiration. En effet, il en a fait le seul X-Man originel réticent à séjourner à notre époque et il est resté parce que ses quatre acolytes ont voté pour rester. Sa méfiance s'explique aussi par le fait qu'il était le seul à ne pas avoir rencontré son double actuel et quand cela arrive (lors du #6), on comprend immédiatement que cela va avoir des conséquences lourdes et durables. Angel est en quelque sorte le pendant au personnage de Jean Grey : d'un côté, on a la jeune fille apeurée mais curieuse, déterminée ; de l'autre, on l'a, lui, tout aussi anxieux mais qui, plus il en sait, plus il est convaincu que sa place n'est pas ici (à cette époque et avec ces mutants). Bendis sait parfaitement décrire le trouble éprouvé par Angel à découvrir ce qu'il est devenu, très différent et pourtant très proche.
Il offre aussi au passage, au personnage et au lecteur, une séquence d'action très dynamique, reposant certes sur un prétexte facile, mais qui permet d'accentuer le malaise de Warren, précipiter les évènements, et souligner que son désarroi psychologique s'appuie aussi sur des faiblesses physiques (en effet, une fois en situation de combat, il ne fait pas le poids - comme un oiseau il a les os creux, une force proportionnellement normale, bref rien de bien redoutable).
 (Extrait de All-New X-Men #10. Dessins de Stuart Immonen)

A la fin du 10ème épisode, Bendis laisse le lecteur avec un cliffhanger très prenant puisque le Cyclope moderne vient directement à l'école de Wolverine pour recruter de nouveaux élèves et qu'un des cinq premiers X-Men décide de le suivre.
Quiconque n'a pas envie de savoir qui et ce que cela peut provoquer peut arrêter les frais tout de suite. Mais personne ne pourra dire que la série n'évolue pas et que Bendis n'avance pas.

*
Malgré sa capacité à enchaîner les épisodes à toute allure sans perdre en qualité, Stuart Immonen est laissé au repos pour les trois premiers épisodes de cet album. C'est le dessinateur actuel d'Ultimate Spider-Man, donc un autre collaborateur habitué de Bendis, qui le supplée : David Marquez n'a pas le style de son collègue canadien mais se fond bien dans la série, le lecteur n'est pas choqué par ce remplacement.
Marquez a un trait élégant, privilégiant la finesse et les rondeurs, convenant parfaitement à la représentation de jeunes personnages auxquelles il sait donner de l'expressivité (que ce soit dans la gestuelle ou l'expression des émotions sur leurs visages). C'est un dessinateur agréable, et déjà solide techniquement - un peu trop même car il use et abuse des outils numériques pour le traitement des décors, ce qui donne un aspect froid à ces éléments. Ce défaut est d'autant plus flagrant qu'il alterne les plans avec des fonds détaillés et d'autres où se trouvent seulement les personnages, dans un environnement indistinct, vide. Ce qui est probant quand il s'agit de montrer une figuration importante (les élèves dans le réfectoire) devient plus embarrassant dans des pages où l'action se déroule sans décors, avec des traits de vitesse, dans la plus pure tradition des scènes d'action des mangas.
Par ailleurs si Marquez est à l'évidence un artiste doué, il lui manque aussi de la diversité pour camper des personnages d'âges différents et un encrage plus nuancé.

Le contraste est frappant quand Stuart Immonen revient pour les deux derniers épisodes du recueil, dont les planches sont infiniment mieux découpées, plus fournies, avec même des touches d'humour visuel savoureuses (la salle des dangers avec une fausse pub pour "Dazzler, the musical", un clin d'oeil à Marvel Zombies).
Le génie du dessinateur éclate surtout avec les expressions faciales des personnages qu'il s'amuse à exagérer au besoin, introduisant un second degré bienvenu au psychodrame. La manière dont il représente Kitty, qu'il arrive à rendre féminine sans vulgarité, ou Wolverine, dont il refait ce petit format trappu et bouillant, compte parmi quelques-uns des exemples les plus fabuleux.
Ses pages bénéficient de vignettes aux dimensions variées et disposées toujours de façon lisible, dégageant une grande énergie, et magnifiées par l'encrage de son complice, Wade von Grawbadger (aux contours admirablement modulés). Du grand art, des illustrations parmi les meilleures disponibles actuellement (et depuis des lustres pour les X-Men, qui ont vu défiler des dessinateurs très inégaux).
*
Ce deuxième tome des All-New X-Men prouvent que le titre a un vrai potentiel, une matière riche à exploiter. Avec Marquez et Immonen, Bendis démontrent que ces personnages revitalisent la franchise "X", avec des personnalités affirmées et des enjeux passionnants.

mercredi 5 mars 2014