lundi 11 décembre 2023

BLUE BEETLE : le Spider-Man du DCU ?


Sorti l'été dernier, Blue Beetle a eu les honneurs d'une exploitation en salles après avoir été initialement produit pour la plateforme de streaming HBO Max qui appartient à Warner Bros. Cela n'a pas eu le résultat escompté, le film échouant commercialement malgré une réception critique plutôt positive. Pourtant James Gunn, nouvel architecte du DCU au cinéma, a promis que les aventures de Jaime Reyes étaient le premier étage de son projet.


En Antarctique, Victoria Kord, P.D.-G. de Kord Industries, assiste à la récupération d'un artefact extraterrestre, le Scarab. Cependant, à Palmira City, Jaime Reyes, fraîchement diplômé en Droit à Gotham, rentre auprès de sa famille. Mais il découvre que celle-ci est dans une mauvaise passe.


Son père a été hospitalisé suite à un malaise cardiaque qui lui a fait perdre son emploi et désormais sa femme, sa belle-mère, et leur fille sont menacés d'expulsion. Milagro, la soeur de Jaime, trouve une place à son frère dans la villa de Victoria Kord mais elle les renvoie vite après qu'ils ont assisté à une dispute entre elle et sa nièce, Jenny, au sujet de la fabrication d'armes par leur compagnie.


Jenny donne néanmoins rendez-vous à Jaime le lendemain pour lui proposer un nouveau poste. Mais quand il se présente à l'entretien d'embauche, Jenny est occupée ailleurs : elle dérobe le Scarab et pour échapper à la sécurité le confie à Jaime dans une simple boîte de burger. Rentré chez lui, il est pressé par sa famille d'ouvrir le contenant : le Scarab se greffe alors sur le jeune homme et le revêt d'un exosquelette lui permettant de voler et d'un disposer d'un vaste arsenal.
 

Mais Jaime n'a pas l'intention de laisser le Scarab fusionner avec lui et cherche Jenny. Celle-ci est poursuivi par les sbires de sa tante et Jaime la sauve avant d'être à son tour attaqué par Ignacio Carapax, le garde du corps de Victoria Kord, mi-homme, mi-robot. Avec le renfort de son oncle Rudy, Jaime réussit à s'enfuir en emmenant Jenny jusqu'à l'ancienne propriété de son père, Ted Kord, qui fut le héros Blue Beetle, mystérieusement disparu depuis des années.
 

Rudy comprend que le Scarab ne peut plus se détacher de Jaime qu'une fois ce dernier mort. Accusant le coup, le jeune homme va prendre l'air et Jenny l'accompagne pour le réconforter lorsqu'ils aperçoivent l'hélicoptère de Victoria se diriger vers le quartier où vivent les Reyes. Pris à parti par les hommes armées de Kord, ceux-ci voient arriver Jaime qui couvre la fuite de sa famille. Mais Carapax réussit à le capturer alors que le père du jeune homme succombe à une crise cardiaque. 


Les Reyes et Jenny n'ont pas le temps de s'apitoyer : il faut sauver Jaime, transporté dans un laboratoire de Kord Industries sur une île et à qui Victoria veut arracher le Scarab pour que Carapax en devienne le nouvel hôte. A bord du Bug, le vaisseau de Blue Beetle, ils prennent la forteresse d'assaut et empêche le bon déroulement de l'opération, mais qui a quand même permis à Carapax d'avoir son propre exosquelette. Jaime et lui s'affrontent jusqu'à ce que l'homme de main comprenne que Victoria a tué sa famille et l'a manipulé depuis. Il se retourne alors contre elle pendant que Jaime, Jenny et les Reyes quittent les lieux.


Sa tante morte, Jenny devient la nouvelle patronne de Kord Industries et promet aux Reyes de les aider tout en annonçant cesser de fabriquer des armes.

Une scène additionnelle durant le générique de fin se déroule dans le repaire de Ted Kord qui envoie un message à destination de sa fille pour l'avertir qu'il est toujours vivant.

Les temps sont durs pour les super-héros au cinéma et il est bien possible qu'une certaine lassitude se soit installé parmi les spectateurs, y compris les fans du genre. Ou plus exactement que cette audience ne supporte plus de devoir payer sa place pour assister à quelque chose qui ne sorte plus de l'ordinaire.

Ce qui est inédit en revanche, c'est que la crise touche désormais également Marvel (The Marvels, la suite de Captain Marvel, a aussi enregistré un score terrible). Et c'est bien connu, pour les comics comme pour les longs métrages, quand le leader du marché éternue, c'est tous les autres qui s'enrhument.

Quelle chance avait alors Blue Beetle de fonctionner commercialement dans un cadre aussi morose ? Le studio Warner enchaîne lui les bides depuis longtemps, plombé par le "Snyder-verse", et un chaos à la tête des productions ciné de DC Comics seulement calmé avec la promotion de James Gunn et de son associé Peter Safran, chargés de remettre toutes ces franchises debout.

Contrairement à Kevin Feige qui avait parié sur une synergie des séries sur Disney + et du MCU pour étendre son empire, ce qui a abouti à un échec seulement ponctué de quelques sursauts (Spider-Man : No Way Home, Doctor Strange in the Multiverse of Madness, Les Gardiens de la Galaxie volume 3, et Loki ou WandaVision en streaming), Gunn expédie actuellement les derniers vestiges du DCEU de Zack Snyder (The Flash, Aquaman 2) avant de faire une break d'un an pour préparer le come-back de Superman en 2025 (sous sa direction). Une manière d'accorder aux fans un peu de repos, mais aussi de redonner envie à un plus large public de revoir des super-héros en salles (que Marvel/Disney aurait été mieux inspiré de faire après le climax de Avengers : Endgame).

Warner n'a pas fait dans la dentelle avec son nouveau président, David Zaslav, qui a tout décidé de jeter à la corbeille tout le film Batgirl (pourtant prêt à être exploité). En revanche, Gunn l'a convaincu de laisser sa chance à Blue Beetle, originellement prévu pour la plateforme de streaming HBO Max. Mais ça n'aura pas suffi à sauver les meubles.

Pourtant, comme Donjons et Dragons, Blue Beetle est un échec injuste. Non pas que le film soit renversant mais il a l'immense mérite d'être frais, simple, accessible, et bien fait. Son héros, dans cette version, est la troisième incarnation du Scarabée Bleu, après Dan Garrett et Ted Kord : Jaime Reyes a été co-créé par le regretté Keith Giffen, John Rogers et Cully Hamner en 2006 dans Infinite Crisis #3. Et tel quel il fait penser à Spider-Man.

Le déroulement de l'intrigue renvoie de manière troublante au Tisseur de Marvel avec l'acquisition accidentelle de capacités extraordinaires par un jeune homme issu d'un milieu modeste et qui va être obligé de considérer que "de grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités". Face à lui un double ennemi en la personne d'une grande patronne vendeuse d'armes (comme Tony Stark) et de son homme de main. Et pour distinguer Blue Beetle, un cadre latino, caricaturé juste ce qu'il faut (même si la VF est abominable).

Le film est très rythmé, sans temps mort notable. On peut lui reprocher sa narration très convenue mais pas, comme ce fut souvent le cas ces derniers temps, une production bâclée. Pour un produit conçu pour le petit écran, c'est même épatant de voir le soin apporté au design en général. Le costume de Blue Beetle est d'une fidélité absolue à celui des comics, tout comme le Bugship de Ted Kord, et quand Carapax a sa propre armure, elle est suffisamment menaçante pour que l'affrontement final tienne ses promesses.

Les personnages sont plus grossièrement définis et n'évitent pas les clichés. Certes, comme je le dis plus haut, la VF est affreuse, mais je doute que la VO arrange quoi que ce soit. On peut toutefois s'amuser sans complexes avec la grand-mère Reyes au passé révolutionnaire, ce qui justifie qu'elle sache se servir d'une arme (même si celle-ci est tout de même très sophistiquée). La mort du père de Jaime renvoie à celle de l'oncle Ben pour Peter Parker et Jenny Kord évoque Gwen Stacy (comme elle, elle est la fille d'un véritable héros). Bien entendu, une romance nait entre Jaime et Jenny entre deux explosions. Et Milagro, la soeur du héros, apporte une touche comico-cynique de circonstance.

L'interprétation permet de découvrir Xolo Maruduena dans le rôle titre et il s'en sort très honorablement, sans en faire trop. Bruna Marquezine est très jolie; La chanteuse Becky G fait la voix de Khaji-Da, le Scarab. Mais évidemment la véritable curiosité vient de la présence au générique de Susan Sarandon, immense comédienne dans le rôle de la méchante Victoria, qui semble bien s'amuser (et qui à 77 ans humilie littéralement toutes ces consoeurs défigurés par la chirurgie esthétique).

Angel Manuel Soto, le réalisateur, emballe tout ça avec beaucoup d'énergie et d'humilité. Mais c'est justement cette volonté de proposer un divertissement simple, comme un retour aux basiques, qui fait de son Blue Beetle une petite pépite. Rendez-vous maintenant en 2025 pour Superman Legacy...

samedi 9 décembre 2023

X-MEN #29, de Gerry Duggan et Joshua Cassara


C'est le dernier épisode de X-Men pour la période Fall of X. X-Men #30 se déroulera en parallèle de Fall of the House of X qui sera également écrite par Gerry Duggan, lequel nous promet une mini-saga très noire (tandis que Rise of the Powers of X écrit par Kieron Gillen se déroulera dix ans dans le futur). Joshua Cassara revient dessiner ce numéro 29 avec son punch habituel.


Wolverine, ShadowKat et Ms. Marvel sont en Latvérie et le Dr. Fatalis les accueille sur le pied de guerre avec sa propre équipe de mutants. Les trois X-Men les croient sous emprise mais se trompent. L'affrontement est inévitable.


Le mois prochain le monde des X-Men va connaître un nouveau basculement avec le début de la parution de deux mini-séries en six numéros chacune dont chaque épisode sortira à une semaine d'intervalle chacun, comme ce fut le cas en 2019 avec House of X et Powers of X.


Officiellement, c'en sera fini de la période Fall of X mais n'allez pas croire que les scénaristes Gerry Duggan et Kieron Gillen, respectivement aux commandes de Fall of the House of X et Rise of the Powers of X réservent une pause pour les X-Men.


Et surtout la série X-Men continuera d'être publiée pendant ce temps, exploitant d'autres intrigues parallèles mais simultanées. Toutefois, c'est bien une page qui va se tourner en 2024 pour nos héros et pas seulement sur un plan narratif.

En effet, Jordan White, qui supervisait toute la gamme mutante depuis 2019, va céder sa place à Tom Brevoort, qui s'occupait jusque-là des Avengers. C'est un signal fort envoyé par Marvel aux fans, une manière de dire que désormais les X-Men deviennent (à nouveau) les vraies vedettes de l'éditeur. Et quand on sait que Kevin Feige commence lui aussi à prospecter pour trouver des auteurs susceptibles d'introduire les mutants dans le MCU, le mouvement est enclenché.

Des titres touchent à leur fin : d'abord ceux qui ont été lancés dans la foulée de Fall of X, mais aussi d'autres qui existaient avant (comme Immortal X-Men). D'autres seront certainement relaunchées l'an prochain (X-Force et Wolverine - Benjamin Percy qui les écrivaient a laissé entendre qu'il ne les écrirait plus, même s'il affirme aussi ne pas en avoir fini avec certains personnages). Et ce sans oublier le teaser concernant une série New X-Men (qui évoque immanquablement le run de Grant Morrison). Bref, ça va bouger.

Gerry Duggan est resté silencieux concernant son avenir sur la franchise après Fall of the House of X. Peut-être Marvel et Brevoort préparent-ils l'arrivée de nouveaux auteurs, histoire d'apporter du sang neuf (et se distinguer de ce qu'a supervisé Jordan White).

Quoiqu'il en soit, Duggan se sera tardivement révélé sur X-Men, comme si Fall of X et le dernier Hellfire Gala lui avait permis de s'émanciper de l'héritage de Hickman. Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, ce n'est sans doute pas un grand scénariste, mais c'est un professionnel solide qui s'épanouit dans les contraintes qu'il s'est lui-même fixé. En l'occurrence une période de crise intense pour les mutants.

Duggan l'a expliqué en interview : il procède d'une manière spéciale pour développer ses histoires. Au lieu de s'intéresser aux héros, il part du méchant susceptible de les éprouver le plus. Avec le triomphe sanglant d'Orchis, en particulier du Dr. Stasis, MODOK, Nimrod, Moira X, il disposait d'antagonistes coriaces et retors à même de faire souffrir les X-Men.

De fait, depuis, l'équipe des X-Men n'existe plus vraiment : il subsiste un noyau de résistants éparpillés quand la majorité des krakoans a disparu et que ceux qui sont sur Arakko/Mars sont engagés dans une guerre contre Genesis (dans la série X-Men Red d'Al Ewing). Duggan s'est véritablement épanoui avec cette non-équipe réduite où chacun réagit de manière très différente à la crise actuelle. Kitty Pryde s'est assombrie comme jamais. Synch et Talon sont devenus des leaders. Wolverine, accaparé par ailleurs, est très discret. Rasputin IV tient un rôle ingrat de témoin qui aimerait bien agir davantage. Et MS. Marvel doit composer avec son nouveau statut. Enfin Firestar est dans une situation très compliquée d'agent double.

Le mois dernier, Wolverine, ShadowKat et Ms. Marvel apprenaient justement grâce au Fléau via Firestar que la Latvérie abritait des mutants. La logique conduisait Synch et Talon à penser qu'ils étaient retenus contre leur gré par Fatalis, même si Orchis n'avait entamé aucune action contre ou avec celui-ci. Cet épisode démarre donc exactement là où on en était resté avec Fatalis surprenant le trio Wolverine-ShadowKat-Ms. Marvel sur ses terres. Et là, surprise...

Il y a bien des mutants en Latvérie, mais très peu en vérité, et surtout au service de Fatalis, de leur plein gré. Et pour cause, il les a soustrait à des conditions de vie infâmes pour devenir sa garde rapprochée (même si certains, jugés instables, sont gardés sous clé). Ce malentendu va évidemment provoquer une bagarre, entrecoupée de flashbacks sur le passé des mutants latvériens.

Joshua Cassara revient sur le titre pour ce numéro qui lui va comme un gant car il est complètement dans son élément quand il s'agit de mettre en images une bonne bagarre. Il souligne le caractère coriace des mutants de Fatalis, qui possèdent des pouvoirs assez originaux, et le fait que l'artiste a créé leurs designs contribue immanquablement à la facilité avec laquelle il les anime.

L'épisode est donc découpé en trois blocs : les flashbacks, rapides et convenus ; la bagarre, expéditive et efficace ; et un dernier morceau, le plus surprenant, après l'affrontement, qui éclaire sur la position de Fatalis mais aussi de ses mutants (dont la position n'est pas forcément alignée sur celle de leur maître, ce qui encourage à penser qu'on pourrait les revoir dans un futur proche). Dans cette dernière séquence, Cassara nous fait apprécier son goût du détail pour le décor d'une salle de banquet bien garni mais aussi dans sa façon de représenter Fatalis, vraiment impressionnant.

La boucle est bouclée avec la scène d'ouverture qui se passe dans le passé, lorsque Charles Xavier aux côtés de Magneto et Moira, s'apprêtait à lancer son message à l'humanité sur la naissance de la Nation X. Duggan s'autorise une petite retcon habile en imaginant que Fatalis avait intercepté le message de Xavier et le lecteur découvre du même coup que, déjà, le maître de la Latvérie avait déjà sa bande de mutants aux ordres. Surtout, Fatalis avait prophétisé la chute de Krakoa dès le début en annonçant à Xavier qu'il n'avait pas l'étoffe d'un gouvernant et que son petit Etat ne serait jamais craint comme la Latvérie. Malin. Et juste.

Encore une fois, Duggan prouve son excellence dans ce genre d'exercice de style, avec une narration rapide, des personnages bien campés, des situations exploitées avec efficacité, sans fioritures. Cassara lui emboîte le pas avec son dessin brut. Le fan est comblé et attend maintenant avec impatience de lire Fall of the House of X (et Rise of the Powers of X).

vendredi 8 décembre 2023

BIRDS OF PREY #4, de Kelly Thompson et Leonardo Romero


La couverture de ce quatrième épisode de Birds of Prey ne ment pas : ça va chauffer et cogner dur entre les héroïnes ! Kelly Thompson et Leonardo Romero livrent un numéro explosif où l'action domine dans des pages superbes et intenses jusqu'à un cliffhanger palpitant. Cette série est jubilatoire.


Wonder Woman arrive sur Themyscera pour stopper les Birds of Prey. Tour à tour, Zealot, Big Barda et Batgirl tentent de couvrir le fuite de Black Canary, Sin et Harley Quinn. Mais l'affrontement terminé, la vérité sur la détention de Sin aboutit à une révélation menaçante pour l'île des amazones elle-même...


Des séries sorties cette semaine, on peut distinguer deux catégories : celles qui, comme Shazam ! ou Daredevil, ont échoué à tenir leurs promesses, et celles, comme Birds of Prey et X-Men (dont je parlerai plus tard), qui confirment la solidité de leurs équipes artistiques et la qualité de leur production.
 

Ce qui saute aux yeux avec Birds of Prey, c'est combien Kelly Thompson écrit - enfin ! - ce qu'elle n'a jamais eu l'opportunité de faire chez Marvel. Alors que si peu de scénaristes savent bien animer un groupe de super-héros, elle a ça dans le sang !


Adoubée par Gail Simone, qui a longtemps rédigé les aventures des BoP, Thompson est en pleine confiance, mais elle n'est pas arrivée chez DC seulement armée du soutien de sa consoeur. Elle est venue avec ses idées, son style, et il est frappant de voir à quel point ils collent à la série.

J'ignore si le titre sous sa conduite est un gros succès, je ne m'intéresse guère aux chiffres de vente (seulement au moment où une série est annulée), mais je pense vraiment que Birds of Prey a tout pour plaire. C'est efficace, rythmé, inventif, un divertissement quatre étoiles. Et j'espère que, le moment venu, quand il y aura assez de matériel pour ça, Urban traduira ces épisodes pour la France, qui n'a eu que trop rarement accès aux aventures des Oiseaux de Proie.

Dans ce quatrième épisode, comme on peut le deviner dès la couverture, il y a beaucoup d'action. Ce n'est pas nouveau : depuis sa relance, la série ne ménage ni ses héroïnes ni ne frustre ses lecteurs. Mais là, on franchit clairement un palier puisque les héroïnes vont affronter Wonder Woman dont elles ont "envahi" l'île natale.

Plutôt que de se concentrer sur une seule opposition évidente, mise en avant sur la couverture, Kelly Thompson éprouve l'amazone avec plusieurs de ses personnages. On appréciera une fois encore la manière dont Leonardo Romero créé pour chacune des chorégraphies distinctes, soulignant leurs différences dans une telle situation.

Bien entendu, le face-à-face entre Big Barda et Wonder Woman est le plus spectaculaire : la force colossale de l'ancienne Furie d'Apokolips et de l'amazone aboutit à une bagarre épique, âpre, disputée. Diana prend cher mais rend coup pour coup et le résultat est crédible.

Plus inattendue, l'intervention de Batgirl s'avère un vrai challenge pour Batgirl. En revanche, Zealot n'a pas vraiment l'occasion de briller face à Diana, mais il faut alors se souvenir qu'elle a fait voeu de ne tuer personne sur Themyscera avant, sinon, à n'en pas douter, la membre des WildC.A.T.S. aurait fait couler le sang.

Je reviens sur le dessin de Romero pour sa clarté. Il ne s'agit pas seulement d'une évidence car ce n'est pas donné à tout le monde de produire des scènes de combat aussi dynamiques et originales dans perdre de vue leur lisibilité. On peut, en s'adonnant à cet exercice, se laisser griser mais Romero ne tombe pas dans ce piège et c'est d'autant plus méritoire qu'en prime les belligérantes portent toutes des tenues très bariolées, très graphiques, et qu'il ne sacrifie aucun des détails de ces tenues.

Le cadre de ces bastons n'est pas non plus négligé : la forêt de Themyscera est valorisée et mise à contribution dans des moments clés, qu'il s'agisse de montrer l'impact des coups portés et reçus, ou de s'en servir pour les acrobaties accomplies notamment par Batgirl.

Dans le dernier quart de l'épisode, le rythme se calme un peu pour exposer la menace réelle qui pèse sur l'île des amazones et qui explique pourquoi Sin a été enlevée et retenue ici. Une entité géante, Megaera, pervertie qui plus est par l'arme de Big Barda, a besoin d'un hôte et c'est aux BoP de maintenant s'en occuper, ce qui ne s'annonce pas gagné après la défaite de Wonder Woman face à cette créature.

J'en dis peut-être trop, mais en vérité, l'essentiel est à venir dans le prochain épisode qui s'annonce peut-être encore plus dantesque que celui-ci. Les connaisseurs de l'oeuvre de Kelly Thompson auront remarqué son goût intact pour les monstres hors normes et les rebondissements dépassant les compétences de ses personnages. Mais cela garantit des frissons pour la suite de cet arc.

jeudi 7 décembre 2023

DAREDEVIL #4, de Saladin Ahmed et German Peralta


La couverture de ce quatrième épisode de Daredevil annonce la couleur : le Tireur/Bullseye est donc de retour. Pour l'originalité on repassera et si Saladin Ahmed conduit bien son affaire, il faut bien avouer que voir revenir cet adversaire déçoit le lecteur qui espérait du neuf. Au dessin, German Peralta est donc, déjà, le troisième artiste sur la série en quatre mois et rend une copie correcte.


Matt Murdock/Daredevil court plusieurs lièvres à la fois : il cherche à savoir quelle est la prochaine cible du grroupuscule armé the Heat, dont il sait qu'il s'agit d'hommes aux ordres du Tireur, et il veut également savoir pourquoi Ben Urich s'en prend au foyer St. Nicholas. Les deux affaires seraient-elles mêlées ?
 

Y a-t-il encore des editors dignes de ce nom chez Marvel ? On peut sérieusement se poser la question quand on observe la manière dont sont gérées les équipes artistiques sur plusieurs séries. Surtout on peut se demander si avoir nommer C.B. Cebulski comme editor-in-chief était une bonne idée.


Cebulski a une drôle de réputation dans le milieu des comics. D'un côté, c'est un dénicheur de talents renommée et il a permis à Marvel de trouver des auteurs et des artistes qui sont devenus des vedettes par la suite. Mais Cebulski, c'est aussi Akira Yoshida...


Sous ce pseudonyme pas très subtil, il s'est fait passer pour un scénariste japonais au moment où Marvel tentait de conquérir des fans en Asie avant que la supercherie soit découverte et ne l'oblige à des excuses publiques. Et depuis cette histoire, Cebulski a vu son crédit largement entamé.

Quand il a été promu editor-in-chief de Marvel comics, les plus indulgents y ont vu le signe que les scénaristes et dessinateurs seraient traités avec plus d'égard, voire que Marvel allait être plus exigeant qualitativement. Les plus sévères (ou plus lucides ?) ont plutôt considéré cette promotion comme un leurre, rappelant que Cebulski s'était en quelque sorte moqué du monde avec son alias nippon.

Aujourd'hui, le bilan de Cebulski n'impressionne guère et actuellement sa gestion des équipes éditoriales laisse même franchement à désirer avec l'éclosion d'auteurs pas particulièrement remarquables et de nombreux titres sans artistes réguliers. Le plus remarquable de ces ratés concerne The Avengers où C.F. Villa produit un travail indigne de ce qu'un titre aussi exposé réclame et où Jed MacKay affiche ses limites (sans avoir impressionné auparavant d'ailleurs mais en conservant la confiance de ses supérieurs malgré tout).

Pour Daredevil, l'arrivée de Saladin Ahmed a été accueillie dans l'indifférence la plus totale, comme s'il s'agissait d'un choix par défaut. La série aurait pu faire une pause après le run de Chip Zdarsky, laissant le fan souffler. Mais non. Quant à Aaron Kuder au dessin, ça ressemblait à une plaisanterie car s'il ne manque pas de talent, il est connu pour son incapacité à enchaîner les épisodes et à tenir les deadlines.

Sans être honteux, le début de run de Ahmed est solide mais un peu mou. On en a encore un exemple avec cet épisode qui court plusieurs lièvres à la fois sans vouloir choisir lequel est le plus important. Le scénariste ramène le Tireur dans la partie (Zdarsky l'avait uniquement utilisé dans une poignée d'épisodes, quand les Stromwyn avaient lancé leur assaut sur Hell's Kitchen, dans une bataille où Wilson Fisk et Daredevil s'alliaient opportunément avant que tête à cornes ne se rende à la police). Mais il apparaît brièvement tout compte fait, ce qui signifie qu'il reviendra (et certainement vite).

En revanche, Ahmed continue de développer son autre intrigue avec des entités démoniaques possédant des proches de Matt, ce qui suggère au lecteur que cette partie de la série est en lien avec le retour parmi les vivants de Murdock. Cette fois, comme on pouvait s'en douter, c'est Ben Urich qui en fait les frais, ce qui explique son curieux comportement récent. Mais cela aboutit à une scène (désolé de spoiler un peu) d'exorcisme grotesque avec Daredevil purgeant le journaliste en brandissant un crucifix.

Le souci, c'est que aucune de ces deux lignes narratives ne fonctionne. L'affrontement avec le Tireur est trop frustrant et surtout le retour de ce vilain traduit un manque d'imagination cruel. Jusqu'à quand nous sortira-t-on ces sempiternels combats Batman-Joker, Superman-Luthor, ou donc DD-Bullseye ? Daredevil a une belle galerie d'adversaires et si un auteur ne veut pas puiser dedans, qu'il oppose le héros à d'autres méchants Marvel !

Quant à la partie possession démoniaque... Comment dire ?... Pour moi, ça ne marche simplement pas. C'est prévisible au possible depuis le premier épisode avec Elektra, les démons ont des designs pas terribles, ça ne fait pas peur, c'est trop vite réglé, et surtout c'est déjà lassant là aussi. Qui va être le prochain à être tourmenté ainsi ? Et enfin, voir DD exorciser ses proches... C'est comme Diablo chez les X-Men : ce côté curé me fatigue pareillement avec Matt Murdock. C'est un aspect qui a été trop exploité depuis Miller et qui n'apporte plus rien au personnage, à sa série. Le seul à s'en être complètement écarté fut Mark Waid et ce n'est donc pas un hasard si c'est son run qui a été le plus original, le plus remarquable depuis des lustres.

German Peralta est donc déjà le quatrième artiste à dessiner la série depuis sa relance. C'est un dessinateur que j'apprécie mais j'ai eu l'impression désagréable qu'il a produit ses planches dans la précipitation car elles sont moins soignées que ce que j'ai pu lire de lui auparavant. Résultat : il y a de bons moments, mais globalement, ça manque furieusement de fluidité, particulièrement dans la scène de baston au coeur de l'épisode.

C'est un problème quand on travaille un personnage célèbre pour ses acrobaties et son art du combat comme Daredevil. Les décors sont également très aseptisés, dépouillés. Il y a de jolies trouvailles au début de l'épisode (voir image 1, avec l'ombre portée géante de DD sur un bâtiment ou son reflet dans la vitre d'un gratte-ciel qui semble encore plus diabolique). Mais le lecteur qui passera trop vite sur ces cases loupera ces subtilités et de toute façon elles sont trop rares pour peser.

Tout, en vérité, dans cet épisode, renvoie à ce que je disais plus haut : tout paraît mal édité. Le scénariste ne propose rien de palpitant ni d'original. Et trois dessinateurs en quatre épisodes, c'est juste pas possible, surtout avec des styles aussi différents. On lit ça en comprenant qu'il a fallu livrer des épisodes vite pour enchaîner avec la fin du run de Zdarsky, mais sans que cela soit bien préparé, anticipé. 

Du coup, le lecteur peut se sentir floué et être sévère avec l'équipe artistique qu'il ne trouvera ni assez inspiré ni assez solide. Pourtant, c'est bien en amont que tout ça doit être réglé. Or, ici, tout sent l'improvisation, le manque de ressources. C'est assez triste en fait.

mercredi 6 décembre 2023

SHAZAM ! #6, de Mark Waid et Dan Mora


Ce sixième épisode marque la fin du premier arc de Shazam ! ... Et c'est aussi sûrement le dernier numéro que j'acquiers. Sans être, loin s'en faut, une mauvaise série, Shazam ! ne m'a pas convaincu, ou plu exactement m'a de moins en moins convaincu. Au point de se demander si Mark Waid et Dan Mora sont vraiment les hommes de la situation...


Freddy Freeman fait croire aux Dieux qu'il est prêt à devenir leur nouveau champion. Mais c'est une ruse pour donner le temps à Pedro, Eugene et Darla ainsi qu'au dinosaure de mener leur attaque. Salomon se tient à l'écart de la bataille et Billy Batson y voit là une solution pour cette crise de foi...


Parfois le talent ne suffit pas : c'est un peu la morale que je tire de ce premier arc de Shazam ! version Dawn of DC. En misant sur Mark Waid et Dan Mora, en pleine bourre sur le titre Batman - Superman : World's Finest, DC a jugé qu'il était impossible de se rater.


Mais si le début de cette relance a été enthousiasmante, véritablement portée par la réussite de World's Finest et l'envie folle d'y croire, après des années d'errements avec le personnage, ça n'a pas suffi, en tout cas pour moi.


Ce qui a manqué ? Peut-être une étincelle, la magie, ce je-ne-sais-quoi qui donne à un projet une dimension unique. Mais surtout, je pense, une vraie correspondance entre le héros et ceux qui l'animent. Je m'explique.

Shazam, Captain Marvel ou le Captain tel qu'il se fait appeler désormais est un personnage éminemment complexe à manier. C'est le vestige d'une époque lointaine puisque le héros est aussi vieux que Superman et il fut même son plus sérieux concurrent à ses débuts. Quand DC le récupéra, le problème se posa rapidement de l'écrire sans qu'il devienne une copie du man of steel.

Peu d'auteurs sont parvenus à donner à Shazam des aventures dignes de ce nom à cause de l'ombre portée par le géant qu'est Superman, qui a largement éclipsé dans l'inconscient collectif le champion du sorcier du rocher de l'éternité. Principalement parce que le dosage de naïveté et de complexité qui s'impose n'est pas à la portée de tous. Plus que du talent, il faut en fait aimer un personnage pour l'écrire correctement.

Bizarrement un de ceux qui s'en est le mieux tirer avec Shazam est aussi celui qui l'a le plus abimé ces dernières années. Geoff Johns intégra le héros à sa JSA pour le remodeler durant les New 52 en modifiant la personnalité de Billy Batson et en élargissant sa famille de coeur, sans parler d'un relooking des plus douteux.

Si bien que depuis Rebirth, Shazam était quasi oublié. Fallait-il repartir sur sa version la plus récente ? Ou revenir aux sources ? En vérité la meilleure de ces interprétations fut donnée dans The Multiversity de Grant Morrison dans le segment Thunderworld dessiné par Cameron Stewart. Mais plus grand-monde n'a l'air de s'en souvenir : le scénariste évacuait la famille élargie de Johns et embrassait complétement le matériau originel dans une fantaisie débridée.

Récemment, entre sa participation à la série Titans Academy (qui déboucha sur un tie-in oubliable) et The New Champion of Shazam mettant en avant Mary Marvel, on sentait encore bien des hésitations de la part de DC. Jusqu'à ce que donc Mark Waid et Dan Mora héritent d'une série régulière basée sur Billy Batson, son alter ego, mais sans occulter les apports de Johns.

Les premiers épisodes avaient de quoi ravir : on y renouait avec une sorte de délire amusant et tonique, où on croisait des dinosaures échoués sur Terre, puis des singes félons de Gorilla City, l'empereur de la Lune, etc. Mais dans un même mouvement, l'intrigue développait quelque chose de plus noir avec un Captain lunatique, ne maîtrisant plus ses nerfs, et à qui ses frères et soeurs de coeur reprochaient de ne plus pouvoir partager ses pouvoirs.

Et je crois que c'est ce qui a fini par me déranger. Sous la bonne humeur, la série s'engageait dans un complot touchant directement les attributs héroïques du Captain. En soi, l'idée n'était pas mauvaise mais elle rognait sur l'innocence qu'on aime dans Shazam (ou en tout cas que, moi, j'aime). Je préfère franchement suivre Billy Batson contre des vilains grotesques mais qui peuvent être coriaces comme Mister Mind que le voir se fritter avec Black Adam (une ficelle trop usée, comme Superman vs Lex Luthor ou Batman vs le Joker).

Quand le fin mot de l'histoire a été révélé et qu'en vérité Garguax l'empereur de la lune ou les singes de Gorilla City n'étaient que des péripéties, j'ai décroché. Voir les dieux dont le Captain tient ses pouvoirs le manipuler pour le punir et combler leur orgueil n'était plus fun. Et d'ailleurs, sans spoiler, cet épisode ne propose pas de dénouement clair ni satisfaisant à ce plot. Comme si Waid n'avait pas su régler la question ou voulait la garder au chaud pour un futur arc (ce qu'il fait aussi sur World's Finest mais avec plus d'intelligence).

Ensuite, il faut bien que j'avoue que la famille élargie de Johns ne me plait pas, ne m'a jamais plus. Je n'ai aucune sympathie pour Pedro, Eugene, Darla, qui sont des personnages surnuméraires, encombrants, embarrassants. Waid, là encore, ne semble pas savoir qu'en faire, mais a-t-il le choix ? Je n'en ai pas l'impression : c'est un héritage qu'il doit gérer. Et au passage il oublie complètement d'un épisode à l'autre Mary Marvel, présente le mois dernier et ici invisible. On me dira qu'elle figure dans la mini-série Amazons Attack mais justement c'est un autre caillou dans le jardin de Waid qui ne dispose visiblement pas de son casting comme il le devrait. Et ça commence à faire beaucoup d'éléments qu'il ne maîtrise pas.

Bref, ça ne fonctionne pas. Et pas que sur un plan narratif. Dan Mora est devenu la coqueluche des fans et c'est mérité. C'est un artiste incontestablement doué, un storyteller graphique d'une puissance phénoménale, capable de produire deux épisodes de deux séries différentes par mois (sans compter un nombre incalculable de variant covers). On ne peut que respecter ça.

Mais aussi doué soit-il, je trouve que Shazam ! n'est pas fait pour lui. Il dessine le Captain comme il dessine Superman dans World's Finest : super baraqué, les muscles sculptés comme un body-builder, la mâchoire carrée, le costume collant à la peau. On est à des lieux de la rondeur du personnage de C.C. Beck, qui ressemble à une version prématurément adulte de Billy Batson.

Billy et son alter ego sont en réalité des mômes là où Mora les distingue trop : Billy est assez jeune mais le Captain est trop adulte. On est là dans un cas de figure plus proche de Rick Jones et Captain Mar-Vell que de Shazam !. Le charme n'opère jamais et quand le script souligne que le Captain a encore parfois une attitude de gamin, Mora dessine ça de façon trop caricaturale. Chris Samnee, qui signe les variant covers de la série capte la nature profonde des deux personnages avec la même perfection que Cameron Stewart dans Thunderworld et montre par là même à quel point la justesse de la représentation visuelle se joue à des détails plus qu'au talent et à la technique.

J'ajouterai enfin que, d'une part, sur cet épisode, dont l'action se déroule dans le rocher de l'éternité, Mora zappe le décor de manière trop voyante pour ne pas être remarqué, et d'autre part, ultime défaut de la série, la colorisation d'Alejandro Sanchez ne convient pas du tout, trop sombre (pourquoi diable Tamra Bonvillain, l'habituelle coloriste de Mora, à la palette bien plus adaptée, ne s'en occupe-t-elle pas ?).

C'est rare d'arrêter un titre bien fait. Mais si le talent ne manque pas à Shazam !, en revanche la manière si. Je n'arrive pas à adhérer, à trouver ce que j'aime. Arrêter est alors le plus sage, avant de se mettre à parler d'une série pour de mauvaises raisons.