lundi 27 mars 2023

DAISY JONES & THE SIX sonne faux


Daisy Jones & The Six est l'adaptation du roman du même nom de Taylor Jenkins Reid par Scott Neudstader et Michael H. Weber. Les dix épisodes ont été diffusés sur Amazon Prime ce mois-ci et imaginent le destin du "plus grand groupe du monde" de la fin des années 1960 à la fin des années 70, à l'occasion d'un documentaire revenant sur sa dissolution. Hélas ! Le résultat ne convainc guère...


A ma droite : les Dunne brothers, un groupe de rock de Pittsburgh fondé par Billy et Grahma Dunne, avec leurs amis Eddie Roundtree et Warren Rojas, avant le recrutement de la claviériste Karen Sirko. Ambitieux mais sans relations dans le milieu musical, ils gagnent los Angeles sur le conseil de Rod Reyes, un tourneur professionnel, et s'aguerrissent en se produisant dans des clubs.


A ma gauche : Margaret "Daisy" Jones, fille unique et non désirée par ses parents, poétesse depuis l'adolescence, et guitariste folk. Elle aussi quitte Pittsburgh pour tenter sa chance à Los Angeles où elle co-loue un appartement avec Simone Jackson, une choriste. Elle tape dans l'oeil de Teddy price, un producteur reconnu, mais sans vouloir faire aucun compromis sur ses compositions, ce qui la prive de meilleurs opportunités.


Price, abordé un soir par Billy Dunne, auditionne les Dunne brothers mais, malgré leur potentiel, sent qu'il leur manque quelque chose pour décoller. Il a alors l'idée de leur présenter Daisy Jones pour qu'elle améliore les paroles de leurs chansons, puis pour devenir la chanteuse du groupe aux côtés de Billy.


La cohabitation est tendue car Daisy et Billy sont deux leaders nés mais aussi aprce qu'ils partagent des addictions à la drogue et à l'alcool. Billy se reprend en suivant une cure de désintoxication après son mariage avec la photographe Camila Alvarez, qui donne naissance à leur fille. Mais lorsqu'il veut réintégrer le groupe, il se heurte à ses partenaires qui conteste son autorité et surtout aux tourneurs qui ne font pas confiance à un ex-junkie.


Teddy engage Rod Reyes pour organiser des concerts pour Daisy Jones & the Six. La sortie d'un premier single à succès les remet en selle. Ils entrent en studio pour enregistrer leur premier album, mais à la fin des sessions, Daisy part en Grêce pour se sevrer à son tour. Rejointe par Simone, qui a percé à New York en se lançant dans le disco, elle se marie, résolue à abandonner sa carrière musicale, puis revenant sur sa décision, soutenue apr son époux, un oble irlandais.


L'album du groupe fait un carton, les salles dans lesquelles il joue sont remplies. Mais des tensions entre ses membres, notamment à cause des rapports toujours troubles entre Daisy et Billy, vont finir par faire éclater la formation lors d'un concert dans un stade à Chicago...


En matière de fiction sur un groupe de rock qui connaît la gloire, une référence s'impose : il s'agit de Presque Célèbre (Almost Famous) de Cameron Crowe, sorti en 2000, inspiré par la propre expérience du cinéaste, qui fut auparavant reporter pour "Rolling Stone magazine". Tout est parfait dans ce long métrage, le plus réussi de la filmographie de Crowe, depuis le récit épique et intime à la fois jusqu'à la bande-son extraordinaire en passant par le casting.


Daisy Jones & the Six a d'abord été un roman avant d'être adapté en série pour Amazon Prime. Paru en 2018, le livre de Taylor Jenkins Reid a été un best-seller et on comprend que cette histoire ait intéressé les showrunners Scott Neustader et Michael H. Weber, qui ont convaincu James Ponsoldt (The Spectacular Now) d'en réaliser la majorité des dix épisodes.


Située dans les fantasmatiques années 1970, quand les rock-bands comme Led Zeppelin triomphaient, juste avant l'éclosion du disco et du punk, l'histoire reprend les clichés d'une époque où, comme dans Presque Célèbre, tout était démesuré : la taille des salles de concert quand il ne s'agissait pas de stades, la durée des morceaux, la folie des groupies, le mode de vie sex, drugs & rock'n'roll des musiciens. Encore aujourd'hui, cela est vu comme une sorte d'âge d'or, même si le revers de la médaille était cruel avec les excès dus à la drogue et l'alcool, les morts prématurées liées à leur consommation.


Alors pourquoi, malgré la richesse du matériau source, Daisy Jones & the Six déçoit ? D'abord et avant tout parce que la série reproduit dans sa construction même les défauts qui minent la vie de ce groupe fictif. Il est déjà compliqué de réussir un biopic sur un chanteur solo, alors un groupe entier à faire exister de manière crédible et intense...

Le titre met en vérité déjà la puce à l'oreille en soulignant la position de Daisy Jones, tandis que les Six ont l'air de simples musiciens qui l'accompagnent. Or ce n'est pas le cas, et d'ailleurs dans un premier temps, l'accent est plutôt mis sur Billy Dunne et son propre band. Un personnage d'ailleurs plus charismatique et vibrant, qui guide d'abord son frère Graham avant de prendre la tête de la formation et d'imposer ses chansons, ignorant les compositions des autres membres (en particulier celle d'Eddie Roundtree, le guitariste relégué à la basse là encore parce que Billy le décide).

Anxieux, Billy sombre rapidement dans la drogue et va envoyer le groupe dans le mur, obligeant à annuler leur première tournée, et se mettant donc à dos leur maison de disques et les tourneurs. Il manque de peu de perdre sa femme et leur fille, en n'assistant pas à l'accouchement car il part en cure de désintox. Puis, guéri, il reconquiert sa place et mène le groupe à la gloire, sans toutefois revoir sa façon de diriger.

Si la série s'était contentée de raconter l'histoire des Dunne brothers rebaptisés the Six, ç'aurait été déjà un programme ambitieux et captivant. Mais donc il y a aussi Daisy Jones. Chanteuse de folk, écorchée vive, intransigeante quand il s'agit de son art, elle ne manque ni de personnalité ni de talent, et le récit trouve un moyen assez astucieux, quoique visible à des kilomètres, de réunir les Dunne brothers et Daisy, par l'entremise de Teddy Price, leur producteur commun.

Là aussi, Daisy Jones aurait suffi à alimenter une série, sans doute plus intimiste (du fait de la nature de sa musique), moins spectaculaire. Mais parfois, souvent, le trop est l'ennemi du bien et Daisy Jones & the Six devient alors surpeuplé, trop plein pour satisfaire tout le monde. Il y a des personnages qui restent sur le bas-côté, sous-développés, mal caractérisés, réduits à l'état de cliché ou de figurants, avec des arcs tronqués ou rebattus. Dommage.

Car, si je n'ai pas lu le roman original, le talon d'Achille de cette série, c'est son manque d'originalité. Tous les poncifs sur un rock-band y sont compilés, depuis le titre de chaque épisode qui reprend celui d'une chanson célèbre (comme Rock'n'roll suicide de David Bowie ou Whatever gets you thru the night de John Lennon) jusqu'aux péripéties qui émaillent la carrière fulgurante du groupe. Certes, ne pas parler de drogues, d'alcool, d'engueulades, de mégalomanie quand ion évoque la trajectoire météorique d'une formation de musiciens, a fortiori dans les années 70, ç'eut été fermer les yeux sur une réalité incontournable. Mais il y a la manière.

Dans Presque Célèbre, Cameron Crowe, plutôt que d'adopter le point de vue des musiciens, et donc de placer sa caméra directement dans l'oeil du cyclone, choisissait comme narrateur un ado journaliste, témoin de l'ascension du rock-band, une position en recul mais suffisamment proche malgré tout pour que le spectateur assiste à l'essentiel. Dans Daisy Jones & the Six, c'est ce point de vue qui manque, le scénario va-et-vient de Billy à Daisy, s'attarde quand il y pense sur les autres membres du groupe et leur entourage, leur vie privée, et finalement ne fait que survoler tout ce qui ne concerne pas les deux vedettes, des créateurs certes habités, investis, talentueux, mais aussi férocement rivaux, égocentriques, et pour tout dire fatigants.

Pour ne rien arranger, Daisy et Billy vivent une sorte de romance, sans jamais succomber à l'attirance qu'ils éprouvent l'un pour l'autre. A ce jeu, on a davantage d'indulgence pour Billy, qui aime d'un amour sincère Camila et ne veut pas abandonner leur fille, que pour Daisy, capricieuse, instable, aguicheuse et agressive. Mais bon, la vérité est que cette romance est une idée calamiteuse, qui ne fonctionne pas, qui n'est pas bien amenée, pas bien construite, qui n'est ni faite ni à faire. Il paraît (même si Taylor Jenkins Reid le nie du bout des lèvres) que cela s'inspire de ce que vivaient Lindsey Buckingham et Stevie Nicks au sein de Fleetwood Mac, mais la vie sera toujours plus forte que n'importe quelle fiction pour raconter ce genre d'amour tumultueuse.

C'est là aussi dommage car on aurait bien aimé que l'histoire nous en dise davantage par exemple sur l'autre couple du groupe, Karen Sirko (ouvertement inspirée de la claviériste Christine McVie, de Fleetwood Mac) et Graham Dunne (qui fait penser, physiquement et artistiquement, à Jimmy Page), ou à la place ingrate occupée par Eddie Roundtree (le bassiste, comparable à George Harrison chez les Beatles, occulté par le duo Lennon-McCartney). Quant au subplot concernant Simone Jackson (incarnée par l'épatante Nabiyah Be), il y avait matière à un spin-off, mais là, c'esst juste un personnage surnuméraire dans des intrigues déjà bondées.

Le casting était pourtant bon, et d'ailleurs une des chansons originales écrites pour la série a fait un vrai tabac dans les charts américains. Riley Keough et Sam Claflin chantent et jouent vraiment, et il y a une alchimie évidente entre eux à l'écran. Suki Waterhouse est également musicienne et chanteuse quand elle ne joue pas la comédie, mais son personnage est trop sous-exploité pour qu'on profite de ses talents. Quant à Sebastian Chacon (le batteur Warren Rojas), Will Harrison (Graham Dunne) et Josh Whitehouse (Eddie Roundtree), ils sont bien désoeuvrés tant leurs personnages sont peu écrits. De tous les seconds rôles, ceux qui s'imposent le plus et le mieux sont Camila Morrone (Camila Alvarez), trsè touchante ; Tom Wright (Teddy Price) et Timothy Olyphant (Rod Reyes).

La prochaine fois qu'une production sur le rock sera conduite, que les décideurs fassent appel à quelqu'un qui a connu ça plutôt que d'adapter un roman rédigé par quelqu'un qui en est resté à la légende et aux clichés.

samedi 25 mars 2023

NIGHTWING #102, de Tom Taylor et Travis Moore, C.S. Pacat et Eduardo Pansica


Suite directe du n°101, ce nouvel épisode de Nightwing continue de préparer le terrain pour le retour imminent de la série Titans, puisque les membres de l'équipe figurent aux côtés de Dick Grayson dans cette aventure. C''est ma foi fort plaisant à lire et on sent surtout que Tom Taylor affectionne ces personnages. Quant à Travis Moore, il fait plus que bien suppléer Bruno Redondo.


Un métamorphe a pris la place de Nightwing pour atteindre Olivia Desmond, la fille de feu Blockbuster, protégée par les Titans. L'équipe résout ce problème rapidement mais fait face à un autre. Raven tranche en affirmant qu'ils n'ont pas le choix : il va falloir obtenir des explications de Neron...
  

Jusqu'à la relance de la série Titans, Nightwing n'est plus vraiment la série de Dick Grayson puisque Tom Taylor a invité Raven, Beast Boy, Flash, Cyborg, Starfire et Donna Troy dans les pages du mensuel qui lui est consacré.


Ce faisant, il a aussi mis entre parenthèses ce qui derait occuper Nightwing à Blüdhaven même, en particulier avec Heartless et Tony Zucco en cavale. Mais, pour être tout à fait franc, je trouve que c'est un moindre mal et qu'on serait bien injuste d'adresser des reproches au scénariste.
 

En effet, le retour des Titans se fait déjà depuis un certain temps au sein du titre Nightwing, avec les apparitions de Flash (Wally West) et du reste du groupe. Et puis, il faut reconnaître à Tom Taylor une vraie affection et un vrai talent pour écrire cette équipe.

Cet arc narratif sera de toute façon bref (quatre épisodes, soit jusqu'au #104 en Mai). Et surtout il est plaisant à lire. L'intrigue n'est pas extraordinaire mais entraînante, même s'il faut s'assurer d'avoir lu Nightwing #98 avant (pour bien comprendre le rôle joué par Neron et Olivia Desmond).

A la fin de l'épisode précédent, Nightwing était piégé par un métamorphe à la solde du seigneur des enfers qui allait en profiter pour atteindre la fille de feu Blockbuster, sous la protection de Raven et Beast Boy. Taylor ne fait pas durer le suspense et règle son compte à cet usurpateur rapidement pour se concentrer sur son interrogatoire, ficelé grâce au lasso de vérité de Donna Troy. Puis sur les suites à donner à cette affaire.

Je ne sais pas ce que vaudra la série Titans par Taylor et Nicola Scott, mais il est évident que l'auteur sait comment animer cette équipe, qu'il a délesté de Roy Harper/Arsenal, pour revenir à la formation composée par Marv Wolfman et Geroge Pérez. Nightwing passe un peu au second plan, ce qui est normal, mais vu ce qu'ont programmé Taylor et Redondo pour le n°105, ce n'est que partie remise...

Travis Moore est bien plus qu'un joker pour suppléer l'absence de Redondo. On le savait déjà avant ça, mais c'est un excellent dessinateur, au style très élégant, avec un trait réaliste, qui parfois évoque celui de Mike McKone. Il est particulièrement doué pour représenter les femmes, et Starfire, Donna Troy et Raven sont superbes sous son crayon. Je suis moins fan de son Cyborg, mais à sa décharge il n'est pas responsable du design du personnage (vraiment moche). On peut se demander pourquoi, avec ses pouvoirs ou avec ceux de Raven, Beast Boy est toujours borgne (blessure infligée par Deathstroke dans Dark Crisis).

Le découpage est très sage, mais aussi très fluide. C'est une lecture facile, sur laquelle els couleurs acidulées de Adriano Lucas fonctionnent parfaitement bien. C'est du travail propre, et si Travis Moore devait devenir le remplaçant régulier de Redondo, je signe tout de suite pour.

La suite s'annonce prometteuse et spectaculaire. J'avais arrêté de lire Nightwing fâché par le surplace de la série et les prestations en pointillés de Redondo, avant de rattraper le train en marche pile pour le centième épisode. J'apprécie ce que je lis depuis et je croise les doigts pour que Tom Taylor garde son mojo - avant de tenter, peut-être, le coup sur la reprise de Titans.


Comme le mois dernier, ce numéro est agrémenté d'une back-up story mettant en scène une enquête menée par Nightwing et Jon Kent. C'est absolument dispensable, parce que l'histoire de C.S. Pacat échoue à captiver et que les dessins d'Eduardo Pansica imitent sans l'égaler Ivan Reis (guère aidés, il est vrai, par l'encrage affreux de Eiber Ferreira).

BATMAN - SUPERMAN : WORLD'S FINEST #13, de Mark Waid et Dan Mora


Mine de rien, Batman - Superman : World's Finest débute sa deuxième année de publication, et ça fait plaisir de voir qu'une série comme celle-ci a rencontré son public. Certes, Mark Waid n'est pas un néophyte et Dan Mora a conquis le coeur des fans, mais tout de même... Ce mois-ci donc, un nouvel arc narratif démarre et c'est immédiatement accrocheur.


Simon Stagg est mort, assassiné. Les soupçons se portent aussitôt sur Rex Mason alias Metamorpho, le compagnon de sa fille, Sapphire, qu'il a autrefois trahi de façon tragique. Mais pendant que Batman, Superman et Robin enquêtent, Jimmy Olsen, avec l'accord de Clark Kent, suit une autre piste, accablante pour un de nos héros...


Le procédé est désormais connu : les intrigues de World's Finest commencent souvent par l'introduction d'un personnage familier à Batman et Superman et qui va se trouver au coeur d'une affaire impliquant le tandem. Comme la série se déroule dans le passé, il convient de rappeler qu'à l'époque de cette histoire, Metamorpho n'est pas encore un membre des Outsiders, l'équipe que formera Batman plus tard (aux côtés de Black Lightning, Halo, Géo-Force et Katana - Urban Comics, ce serait vraiment chouette de traduire le run de Mike W. Barr et Alan Davis...).


Avec Metamorpho, il faut compter sur un groupe de personnages puisqu'il est l'amant de Sapphire Stagg, fille du richissime Simon Stagg, responsable du drame qui toucha Rex Mason. D'ailleurs, dans un souci de présenter l'homme élémental aux lecteurs qui ne le connaissent pas ou peu, Mark Waid va consacrer plusieurs pages pour détailler son origin story.


C'est alors l'occasion pour Dan Mora de représenter avec force détails les circonstances de la transformation atroce qui changea pour toujours Rex Mason, ce chasseur de reliques, en surhomme capable de modifier son corps en n'importe quel élément chimique. Trahi par son beau-père et son homme de main, le grotesque Java, il demeure un des super-héros les plus étranges de DC Comics.

Créé en 1965 par Bob Haney et Ramona Fradon dans les pages de The Brave and the Bold #57, Metamorpho aurait sa place au sein d'une équipe comme les X-Men chez Marvel, c'est l'archétype du freak, aux pouvoirs étranges et à l'apparence monstrueuse, comme plus tard les membres de la Doom Patrol.

L'épisode s'ouvre par l'annonce du meurtre de Simon Stagg avec lequel Bruce Wayne devait assister à une soirée (ce qui ne l'enchantait guère). Ce whodunnit dans une configuration proche du Mystère de la chambre jaune de Gaston Leroux a tout pour plaire aux amateurs de roman policier et on devine que Batman va être à l'honneur.

Sauf que Mark Waid va déjouer nos attentes avec un cliffhanger dont il a le secret et qui nous cueille complètement à la toute dernière page.  Pour cela, après Metamorpho, il intrègre à son récit un autre personnage secondaire : Jimmy Olsen. Le jeune reporter-photographe du Daily Planet, qui accompagne régulièrement Clark Kent et fan de Superman, saisit l'opportunité que lui offre son collègue de le suivre sur cette affaire. Mais quand Clark le laisse travailler seul pour soutenir Batman et Robin, il ne se doute pas qu'il va faire basculer l'enquête...

En fin de compte, Waid rappelle à Clark Kent (et donc par conséquent à Superman, Batman, Robin) qu'un bon journalsite ne doit pas suivre ses impressions, mais se fier aux faits. Quand Jimmy Olsen désigne un coupable plus crédible que Metamorpho, Perry White suit son jeune reporter et fait imprimer une "une" explosive.

Certains reprocheront sûrement encore à la série son classicisme, la caractérisation basique de ses protagonistes et sa mécanique trop bien huilée. Pourtant, il me semble que l'imprévisibilité du coup de théâtre final et l'exécution impeccable de la narration devraient plutôt inciter à savourer ce comic-book, qui ne prétend certes pas réinventer la roue mais nous mène formidablement par le bout du nez.

Et puis Dan Mora, quoi ! Ce phénomène dont on ne peut nier le talent et la force de travail impressionnants : le voilà l'héritier des Sal Buscema, Mark Bagley et Jack Kirby, à la productivité affolante et à la qualité jamais prise en défaut. Voilà un dessinateur qui vous prend par la main et vous en met plein la vue en s'amusant visiblement beaucoup. Son plaisir est contagieux et complète l'efficacité aguerrie de Waid.

Je sais pas vous, mais moi, je sens que je vais encore me régaler.

vendredi 24 mars 2023

SUPERMAN #2, de Joshua Williamson et Jaml Campbell


J'avais adoré le premier épisode de ce relaunch de Superman et, confiant, j'attendais avec impatience de lire le suivant. Joshua Williamson ne déçoit pas : on retrouve toutes les qualités de son interprétation du man of steel dans une succession de scènes trépidantes, au milieu de laquelle il introduit un personnage inédit. Quant à Jamal Campbell, sa production est remarquable, aussi énergique que superbe.


Superman est entre les mains d'une bande de savants fous après avoir été maîtrisé par des clones de Parasite, et ses ennemis sont résolus à profiter de la détention de Lex Luthor pour mettre la main sur Metropolis.... Avant cela, Superman s'est échiné à contenir la prolifération des clones, a fait la connaissance de la mystérieuse Marilyn Moonlight et découvert le triste sort de son épouse, Lois Lane...


Alors qu'une réédition remastérisée du cartoon des studios Fleischer (1941-1942) va bientôt être à nouveau disponible (et croyez-moi quand je vous affirme que ça n'a pas pris une ride), le Superman de Joshua Williamson et Jamal Campbell semble renouer avec l'âge d'or de ces épisodes animés.
 

D'ailleurs, il y a dans le trait, dans la manière qu'a Jamal Campbell de représenter le kryptonien comme une ressemblance troublante avec Superman dans les cartoons (pas spécialement celui des Fleischer, qui a davantage inspiré Steve Rude, mais du character's designer Sean Galloway). Il est en tout en rondeur, plus massif que sculpturalement musclé, bonhomme.


A l'image de ce qu'ambitionne Joshua Williamson, il est évident que cette série donne (ou redonne) aux fans une image de Superman en rupture avec celui qu'a voulu imposer Zack Snyder et la majorité des auteurs qui l'ont animé depuis un bail.

Et vous savez quoi ? Hé bien, ça fait un bien fou. Williamson paraît d'ailleurs avoir, avec les autres auteurs phares de DC actuellement, convenu qu'après les Crisis successives, il était temps, dans cette époque troublée, de refaire lire des histoires où les héros incarnent quelque chose de positif, de sympathique, voire de léger. Ce qui ne signifie pas niais, mièvre ou naïf.

L'intrigue qui s'est mise en route le mois dernier résume ce parti-pris : Superman est de retour à Metropolis après un long séjour dans l'espace à jouer les gladiateurs-libérateurs (lors de la saga Warworld de Philip Kennedy Johnson dans Action Comics, et même avant lors du run de Brian Michael Bendis avec les United Planets et vilains comme Rogol Zaar). Il redevient le champion de cette ville-lumière, lui-même le surhomme bienveillant entre tous.

Mais il est confronté à une menace dont les instigateurs sont un groupe de savants fous qui souhaitent profiter que Lex Luthor est en prison pour prendre le contrôle de la cité. Pour cela, ils ont cloné Parasite, un des ennemis du man of steel, capable de siphonner l'énergie vitale, et les gnomes qu'ils ont créés envahissent désormais tout Metropolis, s'en prenant à tout le monde.

La Super-famille est présente dans l'épisode, ce qui signifie que Williamson coordonne son récit à celui de Kennedy Johnson dans Action Comics, mais le scénariste veille à ce que le kryptonien ne soit pas éclipsé, qu'il reste au coeur du dispositif. C'est sa série, elle porte son nom. Et elle est spectaculaire, avec la panne qui gagne toute la mégalopole, le sort réservé à la rédaction du Daily Planet : Superman est dépassé et on comprend mieux comment il a pu être maîtrisé au point d'être allongé sur une table d'opération, sans connaissance, aux mains du mystérieux Dr. Pharm.

Car le récit est inscrit dans un vaste flashback : la majorité de ce qu'on lit date de quelque heures, Superman est déjà vaincu. C'est subtilement mis en scène, au point que je ne m'en étais pas tout de suite rendu compte. Et le talent de Williamson est de réussir à nous captiver avec ça, comme quand il introduit un personnage inédit, Marilyn Moonlight, dont on ignore si elle est dans le camp des gentils ou des méchants, mais qui fait une apparition mémorable et suggère que ses origines sont très anciennes.

Visuellement, encore une fois, je ne peux que louer le travail de Jamal Campbell, qui a designé Marilyn Moonlight de manière remarquable, et livre des planches splendides, au dynamisme grisant. Le rythme est soutenu, mais c'est toujours lisible. L'usage de l'infographie, omniprésent, a un rendu très esthétique, l'artiste maîtrise ses outils et les utilise au profit de l'histoire, du coup on n'a pas cette impression, souvent désagréable, de lire quelque chose de trop froid, trop numérique. De toute façon, le problème n'est pas l'ordinateur, mais la manière dont on s'en sert, et Jamal Campbell a d'abord un vrai talent de conteur et de dessinateur, qui ne repose pas sur la machine.

J'adore ce Superman (tout comme Action Comics), son ton, son graphisme. Coup de coeur confirmé !

jeudi 23 mars 2023

DOCTOR STRANGE #1, de Jed MacKay et Pasqual Ferry, avec Andy MacDinald


Les comics ont horreur du vide et donc, après une série qui s'achève (hier : GCPD : The Blue Wall), aujourd'hui une autre qui démarre. Ou redémarre, plus exactement. Car Jed MacKay n'est pas seulement le scénariste qui monte chez Marvel, c'est aussi un homme qui a de la suite dans les idées. Et qui est en bonne compagnie puisqu'il peut se reposer sur un artiste né pour dessiner Doctor Strange : Pasqual Ferry.


Stephen Strange is back ! En son absence, sa femme, Clea, a endossé son rôle, fait me ménage dans la division magique du SHIELD, a permis à des réfugiés de dimensions magiques de venir sur Terre. A présent, après avoir été consulté par quelques amis, Doctor Strange et Clea vont devoir se mêler d'un accord passé entre la Grande-Bretagne et Aggamon, sorcier suprême de la dimension pourpre, pour récupérer des esclaves...
 

Retenez bien son nom : Jed MacKay. Dans les moins (les années ?) à venir, il va compter pour les fans des comics Marvel puisque c'est lui qui va succéder à Jason Aaron en Mai prochain sur le titre Avengers. Une promotion pour cet auteur pugnace qui s'est d'abord fait remarquer avec des héros délaissés.


En effet, depuis maintenant presque deux ans, il est aux commandes de Moon Knight et avant ce relaunch de Doctor Strange, c'est déjà lui qui avait signé la mini-série La Mort de Doctor Strange (2021) puis la série régulière Strange (2021-2023) avec Clea dans le rôle du sorcier suprême. On peut donc dire que Jed MacKay (qui a aussi oeuvré depuis plusieurs années sur plusieurs projets Black Cat) a de la suite dans les idées.


Toutefois ça n'a pas dû être si fréquent qu'un même auteur ait dû tuer un personnage et écrive son retour dans le monde de vivants comme c'est le cas avec Stephen Strange. Mais ça fait partie, finalement, de l'intérêt de cette nouvelle série car la question se pose de savoir comment il s'en sort.

Je n'ai pas lu La Mort de Doctor Strange ni Strange, n'ayant jamais cru que Marvel se passerait longtemps du personnage et aussi parce qu'il faut bien dire que si La Mort... était illustré par Lee Garbett (que j'apprécie), Strange était mis en images par le médiocre Marcello Ferreira. Par contre, la présence au générique de Pasqual Ferry pour Doctor Strange a positivement pesé dans mon envie d'investir sur cette relance.

Car, même si c'est une formule facile, Ferry est né pour dessiner le sorcier suprême. Ces derniers mois, l'artiste espagnol a fait un retour très concluant au premier plan dans l'excellente mini Namor the Sub-Mariner : Conquered Shores (écrite par Christopher Cantwell) et le voir enchaîner sur Doctor Strange m'a fait plaisir : ça montre, selon moi, qu'il est motivé et qu'il se sent inspiré par ce héros.

Le trait fin, délié, de Ferry convient à la perfection à cet univers mystique, avec des trolls, des gobelins et autres créatures bizarres, mais aussi des mages, des sorciers, et autres puissants occultistes. Sa manière de composer des plans impeccables et de bâtir des architectures subtilement baroques, soulignée par les couleurs nuancées de Matt Hollingsworth, est idéal pour un titre pareil.

Dès les premières pages, on sent que Ferry a le personnage bien en main : il représente Strange avec une classe et un soupçon de malice jubilatoires. Il rend d'ailleurs au sorcier son look original, avec cette fine moustache (et plus de barbe) comme l'avait créé Steve Ditko. Idem pour Clea qui est le feeu sous la glace, altière et volcanique à la fois. Tout ça vit dans le dessin de Ferry avant même qu'on lise le texte de MacKay. Et aussi parce que le dessinateur ne verse pas dans l'exubérance grâce à un découpage très maîtrisé où ce qui se passe à l'intérieur des cases n'a pas besoin de déborder pour émerveiller ou inquiéter (en ce sens, c'est l'exact opposé de ce qu'avait produit Chris Bachalo sur le run écrit par Jason Aaron, par ailleurs tout aussi recommandable).

Le regard séduit, on s'attache à ce que raconte le scénario. Ce premier épisode consacre une large part au retour aux affaires de Stephen Strange, sans s'attarder sur ce qui s'est passé dans les pages de Strange (une seule planche résume cela, très laconiquement). Ce qui faut savoir est rappelé en quelques lignes et ça suffit.

On peut y voir une certaine désinvolture de la part de MacKay, mais je crois plutôt qu'il a jugé inutile de s'appesantir sur des explications concernant le retour, la résurrection de Stephen Strange, qui de toute façon auraient échouer à convaincre. On meurt tellement fréquemment dans le Marvel-verse qu'il est désormais superflu de justifier qu'on peut revivre moins de deux ans après être passé.

Stephen Strange se montre donc étonnamment léger mais conscient de ses responsabilités. Et c'est là, la bonne idée de Jed MacKay : rappeler que Strange est un docteur, avec des consultations, des opérations à effectuer, et qu'en qualité de sorcier suprême, il a des devoirs. On le voit donc répondre aux appels de ses amis comme Spider-Man, Luke Cage, Black Cat, Daredevil et même rendre visite au Doctor Fatalis (pour, là, une mention explicite à la série Strange dans laquel le maître de la Latvérie avait réclamé le titre de sorcier suprême en apprenant que Clea en avait hérité).

En quelques pages, au ton amusé et amusant, MacKay adresse des clins d'oeil à ses propres séries (Black Cat, Moon Knight) et à celles de ses collègues (Spider-Man, Daredevil), histoire de situer dans la continuité sa propre production et le fait que Strange est à nouveau disponible. Puis tout bascule, très vite.

Un ennemi (Aggamon, sorcier suprême de la dimension pourpre) commerce avec le Royaume-Uni pour récupérer des esclaves provenant de royaumes mystiques. Clea et Stephen s'interposent. C'est là que démarre vraiment l'intrigue à venir avec un cliffhanger accrocheur. On notera qu'entre Doctor Strange et la franchise X, les anglais ne sont pas présentés sous un jour flatteur (anti-mutants, en rapport avec un sorcier esclavagiste)... Et aussi que Stephen et Clea ont une relation animée par leurs conceptions divergentes quant à la manière de régler une crise.

J'ignore si ce sera le cas dans les prochains n° mais celui-ci est agrémenté d'une back-up story mettant en scène Wong qui officie désormais pour une branche dédiée à la magie au sein du S.H.I.E.L.D., le W.A.N.D. (Wizardry Alchemy Necromancy Department), mais dont l'activité va l'amener à s'intéresser à l'affaire de Strange.


Hélas ! Visuellement, c'est beaucoup moins agréable que les planches de Ferry puisque c'est Andy MacDonald qui dessine. Mais bon, ce ne sont que 7 pages...

En tout cas, ce relaunch me plaît bien, beaucoup même. Tant que Ferry tient le rythme, j'en serai. Mais sans négliger la qualité d'écriture de McKay.