vendredi 6 août 2021

X-MEN #2, de Gerry Duggan et Pepe Larraz


Le premier épisode de X-Men par Gerry Duggan et Pepe Larraz a été, sans surprise, un carton. Les lecteurs déroutés par la version de Jonathan Hickman ont été ravis de renouer avec des mutants héroïques. Et ceux qui étaient clients du renouveau de la franchise ont appréciés la simplicité assumée de cette nouvelle muture. Ce deuxième numéro confirme ces dispositions. Quitte à les répéter comme une formule...


Dans son casino spatial, Cordyceps Jones reçoit un nouveau candidat pour débarrasser le Terre de ses habitants. Kriv Yu des Numari a pour lui une arme redoutable, la vague d'annihilation, et un agent prêt à se sacrifier pour en libérer la charge sur notre planète.


La vague d'annihilation s'abat suite à un crash dans le Kansas. Au même moment, à New York alors qu'elle exerce Synch à la télépathie, Marvel Girl ressent la menace et alerte l'équipe des X-Men, qui s'envole dans son blackbird. Dans la ville de Iola, des monstres dévastent tout.


Protégée par un champ magnétique émis par Polaris, Marvel Girl pénètre dans le coeur de la vague d'annihilation pendant que leurs partenaires combattent les monstres en ville. Elles atteignent le centre névralgique de la vague et Marvel Girl la sonde.


Sunfire peut alors libérer son feu atomique pour incinérer la vague d'annihilation après que les civils aient été mis à l'abri. Les habitants remercient les X-Men chaleureusement. Ailleurs, dans un pavillon de banlieue, le Dr. Stasis, en lien avec la station Orchis, épluche un rapport d'autopsie pour découvrir le secret de la résurrection des mutants...

Gerry Duggan a une approche décomplexée du récit super-héroïque, sans doute héritée de son run sur Deadpool, le mutant le plus frappadingue du Marvelverse. Cela lui permet d'envisager ses histoires avec décontraction, sans complexe, à la manière d'un divertissement pur mais bien huilé. Pour le lecteur de base, qui cherche à s'évader par ce type de lecture, c'est une aubaine.

Cela n'empêche nullement l'ambition : Gerry Duggan a annoncé qu'il avait planifié une année entière d'épisodes, qui formerait une sorte de saga complète - avant peut-être un nouvel event autour d'un nouveau Hellfire Gala au cours duquel serait élue une nouvelle équipe de X-Men. Rien d'officiel, mais l'idée a été lancée récemment dans une interview partagée par plusieurs auteurs de la franchise. Pourquoi pas ?

En attendant, Duggan est déjà bien occupé donc. Son deuxième épisode de X-Men reprend quasiment à l'identique la formule du premier : le casino galactique tenu par Cordyceps Jones accepte l'offre d'un de ses joueurs pour éradiquer l'humanité de la planète Terre, les X-Men interviennent promptement (avant les Avengers, les Fantastic Four, ou qui que ce soit d'autre) et règlent le problème en moins de temps qu'il ne m'en faut pour écrire ce résumé. Ailleurs, une nouvelle menace se dessine déjà...

Il y a du bon et du moins bon dans cet épisode. Le positif, c'est que, effectivement, les X-Men sont revenus à un statut élémentairement héroïque : il s'agit d'une équipe qui vient en secours aux humains sans se poser de questions et avec une rapidité hallucinate. Son efficacité sur le terrain est le fruit à la fois de leur puissance mais aussi de leur complémentarité. Ils s'attaquent à la menace qu'ils affrontent intelligemment, sans se marcher sur les pieds, ils sont étonnament bien entraînés pour une formation aussi récemment constituée. Enfin, ils bénéficient d'une popularité nouvelle car les civils qu'ils sauvent leur témoignent une gratitude sincère qui les déstabilise plus que l'ennemi qu'ils viennent de terrasser.

En prime, le script offre son moment de gloire à un membre inattendu : le mois dernier, Synch prouvait son utilité, et cette fois Sunfire démontre à la fois sa puissance spectaculaire mais aussi l'évolution de son comportement (dans une planche magnifiquement composée, il passe en revue sa carrière au sein des X-Men, des Uncanny Avengers, mais aussi au sein des Quatre Cavaliers d'Apocalypse avec la déchéance morale qui a suivi, pour finir par confirmer qu'il n'aspire désormais qu'à servir humblement son peuple - on est très loin de l'impétieux mutant japonais des origines !).

Mais le négatif, c'est que Duggan est sans doute un peu trop relax, un peu trop léger car la vague d'annihilation neutraliséet et détruite en un rien de temps, alors qu'elle avait donné autrement plus de fil à retordre aux Gardiens de la Galaxie et tout un tas de héros cosmique dans la saga Annihilation, ressemble ici beaucoup au kaiju tombé du ciel le mois dernier. Et puis, justement, les X-Men sont trop faciles, trop efficaces : aucun suspense réel ne fait ici vibrer le lecteur. Enfin, si le procédé consistant à, à chaque épisode, à donner son grand moment à un membre de l'équipe est sympathique, il cantonne le reste de l'équipe à de la figuration, et curieusement des personnages semblent surnuméraires (comme Wolverine ou, plus encore, Malicia).

Notre intérêt est relancé dans les utltimes pages avec ce mystérieux Dr. Stasis, attaché à l'organisation Orchis, qui, lui aussi (comme Ben Urich le mois dernier), s'intéresse beaucoup au secret de la résurrection des mutants (puisque Orchis a conservé le cadavre de Cyclope abattu par le Dr. Gregor dans House of X #4). Duggan entretient un subplot à ce sujet, qui est assez accrocheur.

En revanche, s'il y a une partie qui ne déçoit pas, c'est visuellement. X-Men a de la chance d'avoir Pepe Larraz car l'artiste espagnol est en feu. Il produit des planches somptueuses et avec les couleurs de Marte Gracia, on a droit à des plans insensés (comme la séance d'exercice entre Synch et Jean Grey lévitant au-dessus du QG de l'équipe dans le ciel nocturne de New York).

Larraz est arrivé à un stade de sa carrière où il dessine tout avec une grâce parfaite. On le sent heureux d'animer la série, ses personnages, de collaborer avec son scénariste, sa complicité avec Gracia est évidente. Rien ne lui résiste. Quand le récit plonge dans l'action la plus débridée, la plus spectaculaire, Larraz multiplie les morceaux de bravoure : on est embarqué dans un show pyrothechnique puis dans les profondeurs de la vague d'annihilation à la faveur du feu atomique de Sunfire ou de l'exploration dans les ténèbres de Polaris et Marvel Girl. C'est jouissif.

A la fin de la bataille, le dessinateur nous gratifie d'une vignette magnifique où Marvel Girl escorte Sunfire jusqu'au banquet en plein air installé par les habitants de Iola, Kansas, sous un arbre gigantesque (comme un rappel au repaire des mutants à New York) : un vrai tableau. Puis, dans les ultimes pages, changement complet de cadre avec ce pavillon de banlieue pour une scène glaçante, dans des teintes chaleureuses. Le contraste est percutant.

Le plaisir de la lecture est indéniable. Mais si on est tout à fait franc, on aimerait que la série ose davantage, qu'elle soit plus que ce blockbuster de luxe. D'autant que Pepe Larraz sera absent pour le #4 (remplacé par Javier Pina) et que ce sera alors un vrai test pour savoir si X-Men séduit autant sans son dessinateur. 

jeudi 5 août 2021

SUICIDE SQUAD : GET JOKER ! #1, de Brian Azzarelllo et Alex Maleev


Enfin ! C'est non un sentiment de soulagement que j'ai lu ce premier épisode de Suicide Squad : Get Joker ! car c'est un projet qui a connu bien des aléas avant de voir le jour. On le doit pourtant à une équipe artistique de premier plan : Brian Azzarello au scénario et Alex Maleev au dessin, rien de moins. Edité au sein du Black Label de DC Comics, c'est finalement une mini-série en trois numéros de prestige. Et ça valait le coup d'attendre !


Incarcéré au pénitencier de Belle Reve, Jason Todd alias Red Hood, l'ancien Robin de Batman, est abordé par Amanda Waller, la patronne de la Task Force X. Elle veut lui confier la mission de capturer, mort ou vif, celui qui l'a autrefois tué : le Joker. En échange d'une remise de peine, et après réflexion, il accepte.


On lui assigne une équipe de repris de justice détenus dans la même prison : Firefly, Silver Banshee, Wild Dog, Meow Meow, Peebles, Plastique, Yonder Man. Jason Todd les connaît presque tous, pour les avoir combattu ou de réputation. Ils profiteront de la même faveur que lui pour cette mission.


Mais il faudra aussi composer avec le dernier membre de cet escadron suicide : Harley Quinn, l'ancienne fiancée du Joker. Celle-ci pourtant a rompu avec le clown du crime et veut se venger de lui pour la relation toxique qu'il lui a infligée. Waller juge également que son intimité passée avec le Joker sera utile à la mission.


On administre à Jason Todd une puce explosive comme à tous ses co-équipiers pour s'assurer qu'il ne fuira pas. Puis un hélicoptère les parachute au-dessus de Gotham où ils ont rendez-vous avec Toyman dans la casse d'un garage pour localiser le Joker. Ils gagnent un bar mal fâmé mais Harley Quinn fausse compagnie au groupe et la situation dégénère vite en fusillade.


L'équipe quitte les lieux en comprenant que le Joker l'a doublée. Jason Todd appelle Waller pour la prévenir de la présence d'une taupe dans le groupe au même moment où le Joker l'agresse brutalement chez elle...

Revenons pour commencer sur la genèse du projet Suicide Squad par Brian Azzarello. Lorsque l'ère des New 52 s'achève pour DC Comics, et que celle de Rebirth débute, l'éditeur décide de mettre le paquet sur le titre avec Jim Lee au dessin et Rob Williams au scénario. Il faut profiter de la sortie du film réalisé par David Ayer, même si les critiques s'avéreront désastreuses et l'accueil public mitigé - aujourd'hui, le long métrage reste un sujet sensible car des fans et le cinéaste réclame une exploitation de son montage (comme pour le Snyder's cut de Justice League), mais cette fois sans illusion (vu qu'entretemps James Gunn est passé par là.

Mais DC est gourmand, peut-être trop car une fois les épisodes de Jim Lee bouclés, la série devient bimensuelle et use beaucoup d'artistes. Du coup la qualité s'en ressent, même si dans un premier temps les back-ups stories (sur les origines des membres de la Suicide Squad) permettent aux dessinateurs de produire des épisodes de seulement quinze pages. L'éditeur continuera ainsi jusqu'au n°50 en 2019.

L'an dernier, Tom Taylor et Bruno Redondo proposent une nouvelle cuvée mais leur run s'achève au bout de onze épisodes, sans qu'on comprenne bien pourquoi (les critiques étaient excellentes, mais peut-être que les chiffres de vente n'étaient pas à la hauteur). Puis durant Future State, la Suicide Squad a droit à sa version futuriste, très bizarre. Et depuis Robbie Thompson et Eduardo Pansica ont reformulé le titre, en écartant des membres emblématiques.

Brian Azzarello a souvent été cité au cours de ces dernières années pour écrire Suicide Squad, parfois avec son compère Eduardo Risso au dessin, sans que jamais cela ne se concrétise. Idem pour Birds of Prey, qu'il devait piloter mensuellement avant que le projet ne devienne un graphic novel (dessiné par Emanuela Lupacchino), qui n'a pas bénéficié du film de Cathy Yan (qui a déçu Warner Bros). Et pour ne rien arranger, Azzarello a été pris dans un bad buzz lors de la publication de son Batman : Damned pour une scène où le dark knight, rentrant d'un combat, se déshabillait intégralement, laissant entrevoir son sexe (sacrilège ! Cachez cette Bat-teub que je ne saurai voir !).

Et donc nous voici avec Suicide Squad : Get Joker !, qui aurait pu ressembler à une énième révision du projet longtemps dans les tuyaux de Brian Azzarello et qui se déclinera en une mini-série en trois épisodes (trois "Livres") de prestige - entendez : trois fois 50 pages - au sein du Black Label ("for mature readers") de DC. Mais qui, en vérité, ne ressemble qu'à lui, à son auteur, et s'avère magistral.

Comme nous sommes avec une série Black Label, c'est donc un récit hors-continuité. Jason Todd alias Red Hood, l'ancien deuxième Robin de Batman, devenu un vigilante aux méthodes expéditives, est arrêté par la police, jugé et incarcéré pour plusieurs exécutions sommaires. Transféré à la suite d'une bagarre au pénitencier de Belle Reve, il est approché par Amanda Waller, la patronne de la Task Force X pour une mission spéciale en échange d'une remise de peine : capturer, mort ou vif, le Joker.

Azzarello utilise le Joker de manière presque sentimentale car quand il était Robin, lors de la saga Un Deuil dans la famille (par Jim Starlin et Jim Aparo, 1988-1989), il a été kidnappé et massacré par le Joker. A l'époque, un sondage lancé par DC avait permis aux lecteurs de décider du sort de Robin et comme Jason Todd n'était pas aussi apprécié que Dick Grayson, il fut ainsi exclu de la série. Mais comme dans les comics personne ne meurt jamais définitivement, en 2005, il revient sous l'alias de Red Hood, surnom emprunté au Joker avant qu'il ne devienne le clown du crime, grâce à Judd Winick et Doug Mahnke dans Batman #635.  

Les deux personnages sont donc intimement liés pour toujours dans l'histoire des comics et c'est là-dessus que se fonde Azzarello pour la dynamique de son histoire : faire de Jason Todd le meneur de la Suicide Squad pour attraper le Joker, c'est lui donner la possibilité de se venger plus encore que de sortir de prison de manière anticipée. La composition de l'escadron réserve aussi des surprises où le goût de Azzarello pour des récits ancrés dans la réalité s'exprime : ainsi, Wild Dog reconnaît avoir participé à la marche insurrectionnelle sur le Capitole avec les supporters de Donald Trump en Janvier 2021. Le scénariste réintroduit aussi Harley Quinn dans la formation, mais moins comme un argument purement commercial (même si cela ne peut être esquivé) que pour sa relation toxique avec le Joker : elle reste cet électron libre mais qui partage avec Jason Todd un trauma lié au clown du crime, sans oublier une scène savoureuse où, en ex-psychiatre, elle saisit parfaitement le profil de Waller (une bureaucrate sans scrupules, manipulatrice se dissimulant derrière sa mission de serviteur de l'Etat).

Le déroulé de l'épisode est un vrai page-turner qui démontre la virtuosité de Azzarello, à tel point qu'on a du mal à croire qu'on vient de lire cinquante pages tant on les a dévorées. Le scénariste complexifie la mission en adjoignant des russes qui paient le Joker pour créer le chaos dans Gotham (qui est dépeinte comme une zone de guerre, de non-droit) afin de couvrir leurs traffics. Et il adresse des clins d'oeil aux cinéphiles quand le Joker agresse Waller déguisé comme Alex dans Orange Mécanique et reproduisant les gestes avec lesquels il ôta la vie à Todd (qui assiste à la scène sur son téléphone). La présence d'une taupe dans l'équipe et la mort d'un de ses membres suite à un sabotage évident rajoutent à la tension. 

Pas de Eduardo Risso au dessin (il doit encore terminer la série Moonshine, également écrite par Azzarello, publiée chez Image Comics, et qui a connu bien des retards), mais Alex Maleev. On peut s'étonner que le dessinateur soit deux fois à l'affiche en ce moment, avec donc cette mini-série et Checkmate (écrit par Bendis), mais je pense que Suicide Squad : Get Joker ! a été achevée depuis des mois, si ce n'est l'an dernier, en attendant que DC donne le feu vert à Checkmate.

L'artiste bulgare retrouve le coloriste Matt Hollingsworth avec qui il a collaboré sur Daredevil et le résultat est magnifique, fruit d'une complicité évidente. Maleev est bien plus inspiré que sur Event Leviathan ou Checkmate ici, disposant d'un script rigoureux, qui lui laisse visiblement moins de lattitude pour le découpage. On ne compte qu'une seule double page par exemple et elle est très cadrée. Maleev alterne des planches en "gaufrier" et donc avec des cases de la largeur de la bande, c'est précis, il n'y a pas de déchet et pourtant, cette apparente contrainte lui convient bien car elle chaque plan a son utilité. "Un plan. Une idée" comme disait le cinéaste Sergio Leone.

En contrepartie, le fait que la série soit publié sous le Black Label autorise à des révisions esthétiques. Au début Red Hood est montré avec son casque rouge puis, une fois en mission, Jason Tood ne porte plus qu'un loup sur les yeux. Sous son blouson, on reconnaît un gilet ressemblant à celui qu'il avait quand il était Robin. C'est comme si le déguisement le renvoyait à la période tragique où son destin a connu un virage historique. Il est fort possible là encore que ce détail ait été indiqué dans le script.

Mais Maleev a sans doute été plus libre au moment de designer les membres du commando, subtil mélange de costumes super-héroïques (dans le cas de Firefly, Yonder Man, Silver Banshee...) et de vêtements plus casual (Peebles, Meow Meow...). Dans le cas particulier de Harley Quinn, Maleev a opté pour son costume contemporain mais sans l'hypersexualiser (pas de short moulant donc, mais un pantalon avec un bustier), pas non plus de chapeau mais des couettes bicolores.

Le découpage est sec, avec des angles de vue neutres, pas de fantaisie. Il y a quelque chose de minimaliste, d'austère, comme si Maleev avait refusé toute complaisance dans la représentation de la violence, tout enjolivement. C'est payant même si, évidemment, pas dynamique, mais le talent de Maleev ne s'est jamais exprimé par l'énergie de ses dessins, plutôt par leur intensité.

C'est donc une réussite. Pour Eduardo Risso, c'est un beau retour, pour Alex Maleev l'occasion de briller avec une histoire bien tenue. Et pour les fans de Suicide Squad, une excellente synthèse entre l'identité de l'équipe, sa fonction, et une aventure en dehors de clous et des limites du mainstream.

Avec, en prime, une fabulesue variant cover de Jorge Fornes :



mercredi 4 août 2021

BATMAN #111, de James Tynion IV et Jorge Jimenez


Batman #111 est le dernier chapitre de l'arc de la série écrite par James Tynion IV. Le mois prochain débutera en effet la saga Fear State qui touchera tous les Bat-titles, un crossover qui s'annonce spectaculaire (même si je suivrai pas toutes ses branches, car, à mon avis, l'essentiel se passera encore dans les pages de Batman). Jorge Jimenez illustre ça avec son efficacité et son énergie habituelles. Le divertissement est total.


Batman, Ghost-Maker et Harley Quinn débarquent dans le repaire du Collectif Insensé investi par les agents du programme Magistrat, développé par Simon Saint. Molly Miracle demande l'aide du dark knight car sa jeune amie, Sneak, est blessé et les membres du Collectif sont retranchés.


Ghost-Maker et Harley Quinn font embarquer les membres du Collectif dans le vaisseau du premier tadnis que Breaker, un allié de Molly Miracle, gagne du temps en affrontant Sean Mahoney/le Gardien de la Paix 01. Le Maire Nakano autorise la chasse à tous les justiciers et malfrats masqués.


Cela signifie que Batman est devenu l'ennemi public numéro 1, comme ses partenaires. Mais il entend bien empêcher le programme Magistrat : pour cela, il va rejoindre et confondre Mahoney, sur l'armure duquel il a placé un traceur, l'Epouvantail et Saint.


Laissant Ghost-Maker et Harley Quinn emmener les membres du Collectif Insensé à l'abri, Batman rejoint l'asile d'Arkham. L'Epouvantail s'affranchit du plan de Saint pour faire règner le terreur sur Gotham et neutralise Mahoney, puis piège Batman pour lui administrer sa toxine.

Depuis six mois et autant d'épisodes, le Batman écrit par James Tynion IV nous aura gratifié d'un récit d'action lancé à toute allure, sans aucun temps mort, conçu comme un piège dont les machoires se refermeraient inexorablement sur Batman. Chaque épisode s'ouvrait sur une scène où Batman était sous la coupe de l'Epouvantail qui lui avait injecté une toxine virulente lui faisant perdre tout contrôle de lui-même, ne distinguant plus la réalité du cauchemar.

En sus, avant le début de cet arc, en Janvier-Février 2021, DC avait suspendu toutes ses séries pour un event, Future State, évoquant un futur possible du DCU, en particulier à Gotham où une milice para-militaire, soutenue par le maire Nakano et financée le milliardaire Simon Saint, faisait régner l'ordre d'une main de fer, obligeant Batman à la clandestinité jusqu'à un affrontement final et mortel avec le Gardien de la Paix 01.

Mais l'éditeur avait insisté sur le fait qu'il s'agissait d'un futur probable, pas d'une certitude. Pourtant, tout l'arc de Batman qui a suivi, écrit par Tynion (qui n'avait pas participé à Future State), semblait corroborer les faits de l'event avec l'émergence de Simon Saint, son partenariat avec Nakano, la naissance du Gardien de la Paix 01, la position de plus en plus précaire de Batman et ses alliés.

La pièce qui manquait au tableau était celle incarnée par l'Epouvantail : Jonathan Crane collaborait avec Saint pour entretenir un climat de terreur sur les ruins encore fumantes de Joker War (l'arc ayant précédé Future State) et pointant du doigt la responsabilité de Batman dans la violence subie par Gotham. Le chimiste malfaisant n'était pas mentionné dans Future State mais son rôle a été parfaitement décrit et très habilement mis en scène pour justifier l'escalade sécuritaire vue dans l'event.

Ajoutez-y une autre force, le Collectif Insensé, sorte d'altermondialistes/anrachistes épris de justice sociale et ayant rassemblé des marginaux et des savants, pris entre deux feux (Batman se méfiant d'eux, la mairie et Saint les considérant comme des parasites). Vous aviez là tout ce qu'il fallait pour un feu d'artifice.

Et cette dernière marche avant Fear State ne déçoit pas : tout va encore plus vite, encore plus mal, encore plus fort. Il y a dans le Batman de Tynion une sorte de frénésie, à la limite de la surenchère, mais qui fonctionne malgré tout. C'est, à mes yeux, son meilleur travail dans le genre mainstream car le scénariste va droit au but, tout en ne cessant de creuser, d'exploiter son intrigue, d'en révéler les rebondissements, d'en enrichir les péripéties. Tout cela est rigoureusement ouvragé, et bien plus nerveux que son run sur Justice League Dark ou moins tordu que ses épisodes de Detective Comics. Ici, tout fonctionne, à fond les ballons, y compris des seconds rôles au charisme et au concept discutables (comme Ghost-Maker, Molly Miracle). Il faudra confirmer ça pour la suite, mais on rarement vu un crossover/event aussi bien préparé.

Le bonus, c'est évidemment la dernière scène, épatante, quand l'Epouvantail trahit Simon Saint : pour le criminel, instiller la peur pour établir un ordre totalitaire n'est pas une fin en soi. Il se pose en scientifique et voit Gotham, ses héros, ses vilains, comme des cobayes, des élèves pour qui il va jouer le rôle d'un professeur. Et faire la leçon à Batman en l'éprouvant comme il l'a patiemment planifié est un aboutissement. L'Epouvantail n'est pas le Joker qui jouit du chaos, c'est un expérimentateur. Ce n'est pas non plus Bane qui veut supplanter Batman par la force et la ruse combinées, c'est un testeur. Pour lui, le héros masqué comme le super-flic que représente le Gardien de la Paix sont des sujets d'études, et Simon Saint a été un mécène qui ne lui sert désormais plus à rien.

On saisit bien le potentiel d'un tel méchant pour un crossover, et pour moi l'Epouvantail est plus effrayant que le Joker, Bane, et ne parlons même pas du Pingouin. Cela faisait une éternité que je n'avais pas été aussi excité par un tel adversaire, dans un tel contexte : Batman est vraiment dans les cordes. En même temps, c'est aussi un test pour la nouvelle Bat-family, puisqu'avec Ghost-Maker, Harley Quinn, mais aussi Nightwing, Oracle/Batgirl, et des éléments imprévisibles comme Poison Ivy et la mystérieuse Jardinière, tout peut arriver. C'est presque dommage, pour Tynion, de ne pas pouvoir convoquer tout ce monde dans la seule série Batman et de se plier à l'exercice du crossover, où il doit partager son intrigue avec d'autres auteurs, au risque de la diluer ou qu'elle échappe à son contrôle. Imaginez ce qu'aurait donné un arc de Batman, et uniquement dans la série dédiée, avec ces personnages sous la plume de Tynion : assurément quelque chose de plus intense, de plus dense, de plus électrique, que la même histoire dans plusieurs titres simultanés.

Qui plus avec les dessins de Jorge Jimenez. Depuis que ce dessinateur peut assurer son travail au rythme mensuel (ce qu'il ne pouvait faire sur la Justice League de Snyder), on voit ce qu'il a dans le ventre. Voilà un artiste qui se donne sans compter, chez qui on sent une volonté de produire des épisodes à la hauteur du script et même au-delà. Il aime Batman, son univers, ses protagonistes, ses décors, et c'est visible.

La puissance qui émane de ses planches est encore une fois impressionnante, il ne retient pas ses coups et en même temps se fait plaisir. Ce plaisir est palpable, il irradie de chaque image, avec souvent comme des ponctuations de larges plans iconiques, ce genre d'images où l'artiste en donne pour son argent au fan mais aussi montre qu'il adore faire ce qu'il fait, qu'il se lâche. Voyez quand Batman et sa bande atterrissent chez le Collectif, ou quand Batman annonce qu'il va traquer l'Epouvantail grâce au traceur qu'il a collé sur l'armure du Gardien de la Paix, ou la page remplie d'écrans de contrôle dans le sous-sol d'Arkham depuis lequel l'Epouvantail suit les mouvements de Batman.

Oui, si Tynion et Jimenez étaient seuls maîtres à bord, seuls pilotes de Fear State, ç'aurait été fantastique. D'autant qu'on le sait, Bruno Redondo ne dessinera pas les épisodes tie-in de Nightwing, que Fernando Blanco est sur le départ sur Catwoman, que la série Harley Quinn de Stephanie Phillips a fait pschiit, et que Detective Comics ne bénéficie pas de Dan Mora à plein temps.

Mais enfin, tout, si la promesse de Tynion et DC se confirme, ou l'essentiel de Fear State devraient se lire dans les pages de Batman. Et ça s'annonce palpitant, grisant. 

lundi 2 août 2021

DES NOUVELLES NOUVELLES TOUTES FRAÎCHES

Hé bien, on peut dire qu'il s'en est passé des choses durant la semaine écoulée ! Au fait, êtes-vous (primo)vaccinés ? Moi oui, première dose de Moderno reçu Mercredi dernier, et ça va. Prochain rendez-vous le 25 Août ! Et maintenant, passons aux news du monde des comics.

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KURT BUSIEK / IMAGE COMICS :


Ces dernières années ont été plutôt mouvementées pour le scénariste Kurt Busiek : problèmes de santé (graves), publication chaotique de Batman : Creature of the Night (dessiné par le regretté John Paul Leon, lui aussi malade), projets télé annulés... Et enfin, cette semaine, une bonne nouvelle : Kurt Busiek revient chez Image Comics dans le cadre d'un deal bien cool.


En effet, Image Comics (re)devient la maison d'édition des titres en creator-owned écrits par Kurt Busiek. Avec, au premier rang, les séries Astro City et Arrowsmith : le scénariste a annoncé que le premier titre allait être réédité mais surtout que de nouveaux épisodes allaient être produits, peut-être sous un nouveau format (plus proches de graphic novels). Quant à Arrowsmith, Carlos Pacheco, le co-auteur et dessinateur, serait depuis plusieurs mois à l'oeuvre pour mettre en images le script d'une suite (ce qui expliquerait sa discrétion chez Marvel, où il ne réalise plus que des couvertures).
Si Busiek a vraiment retrouvé la forme, alors à n'en pas douter, de nouvelles productions devraient voir le jour chez Image.

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DC COMICS : 


Je vous parle souvent de la mini-série Infinite Frontier même si je n'en rédige pas de critiques : je la lis car on me prête les numéros au fur et à mesure, mais je n'ai pas estimé avoir assez de temps pour écrire à ce sujet. C'est Joshua Williamson qui s'en occupe avec plusieurs dessinateurs (Xermanico, Paul Pelletier, Jesus Merino, Tom Derenick) et le résultat est souvent touffu, pour ne pas dire brouillon, comme si DC avait mal calibré le projet (une série hebdomadaire genre 52 aurait sans doute été meilleure, mais là, six épisodes pour parler de l'Omnivers - c'est-à-dire un Multivers composé de plusieurs Multivers.... Rien que de le dire, ça donne mal à la tête - , c'est too much).
 

Malgré tout, Williamson a du mérite car il embrasse le projet bravement, sans de démonter, peut-être aussi motivé par le fait d'être l'architecte du futur de DC (une tâche qui a déjà vidé pas mal de ses collègues comme Geoff Johns, Scott Snyder... Dont les plans n'étaient pas toujours appréciés de l'éditeur). Le scénariste, ici, s'évertue à remettre de l'ordre dans l'après-Snyder, en redisposant des héros, en en faisant revenir d'autres. Et dans Infinite Frontier #3, il réintroduit l'équipe de Infinity, Inc., c'est-à-dire les héritiers (biologiques ou spirituels) de la JSA de la Terre-2. Et comme trois des protagonistes de Infinite Frontier sont Alan Scott et ses enfants Jade et Obsidian, que Geoff Johns a précédemment teasé son retour sur une série JSA, tout ça ressemble fort à un revival.
La seule question qui subsiste, c'est : qu'est-ce que DC a en tête avec tous ces personnages ? Auront-ils droit à des séries ? Et les fans ont-ils envie de tous les revoir ? Beaucoup de fans se languissent de relire JSA (même si celle annoncée par Johns ressemble beaucoup - trop - à celle de la série télé Stargirl), mais Infinity, Inc. ?


Il faudra moins de temps pour savoir quand DC ajoutera un comic-book consacré à Batman puisque, en Décembre prochain, sur le Black Label, l'éditeur proposera une saga en trois parties écrite et dessinée par Jock intitulée Batman One Dark Knight. Le pitch est simple mais accrocheur : Batman se trouve, à la suite d'une bataille qui a dégénéré, dans un quartier chaud de Gotham, poursuivi par une horde de méchants prêts à s'allier pour lui faire la peau. Il lui faudra donc semer ses poursuivants et sortir de cet endroit en une nuit.
Jock signera dessin et script donc, ce qui promet une expérience forte. Sauf pour ceux qui saturent déjà avec la chauve-souris...

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MARVEL COMICS :
  

Pendant ce temps, ça chauffe chez Marvel. The Punisher s'apprêterait à faire son retour dans les comics, mais le conditionnel est de rigueur car le personnage est devenu très embarrassant pour l'éditeur depuis que des miliciens pro-Trump ont récupéré son symbole. Ce qui a provoqué le courroux, légitime, de son créateur, Gerry Conway, expliquant que ceux qui s'étaient appropriés l'emblême de Frank Castle n'avaient rien compris au personnage, à son histoire, à sa tragédie.
Il n'empêche que les auteurs qui exploitaient le Punisher dans leurs histoires ont été discrétement sommés de l'en retirer, comme Gerry Duggan dans Savage Avengers. L'anti-héros n'a plus de série à son nom depuis Octobre 2019.
Son salut viendra-t-il de Jason Aaron ? C'est la rumeur qui court. Le scénariste actuel de Avengers apprécie Frank Castle (dont il a écrit les aventures pour le label adulte Max) et il est un des rares auteurs Marvel à qui l'éditeur accorderait sa confiance pour un projet aussi délicat. Plusieurs journalistes ont réagi, ces derniers mois, sur le cas Punisher, certains suggérant qu'il faudrait redesigner son costume pour commencer, d'autres qu'il serait opportun de le mettre en scène dans une histoire où il évolue en tirant les leçons de son passé. On verra quelle option sera conservée, mais assurément, que l'on soit fan ou non, ça risque de faire encore parler longtemps.


Black Widow a quelquefois croisé le Punisher et elle n'est pas contente ! Ou plutôt c'est son interprète au cinéma qui est furax : en effet, on a appris par ses avocats que Scarlett Johansson a décidé de poursuivre Disney en justice car elle reproche au studio de ne pas avoir respecté le contrat qui les liait au sujet de l'exploitation du film Black Widow.
D'après l'actrice et ses conseils, le long métrage ne devait être distribué que dans les salles de cinéma. Or Disney a choisi de proposer, aux Etats-Unis, Black Widow dans les salles mais aussi, simultanément sur la plateforme de streaming Disney +. Résultat : Scarlett Johansson qui devait toucher un pourcentage substantiel sur les recettes en salles s'estime flouée.
Le studio a réagi avec un communiqué maladroit, mais pas forcément hors de propos, en expliquant qu'il y avait une pandémie mondiale et que les conditions d'exploitation des films étaient bouleversées, donc que le plainte de l'actrice était un peu déplacée dans ce contexte.
A vrai dire, pour moi, tout cela ressemble à un caprice de star car, quoi qu'en dise Johansson, le film a bien été exploité en salles, mais n'a pas rencontré le succès escompté, d'où un manque à gagner évident pour elle mais aussi pour Disney. Compte tenu du salaire certainement très confortable qu'elle a reçu, disons que pleurer pour quelques millions de plus a quelque chose d'un peu indécent. Et quand ses avocats jurent qu'elle a apprécié de travailler sur le film mais aussi avec Disney sur neuf films en dix ans, qu'elle n'en gardera que des bons souvenirs, ça ne paraît pas très adroit ni sincère.
Si Disney peut être accusé de pingrerie (payer Johansson et boucler ce dossier tout de suite ne ruinera pas la compagnie), je suis plus gêné par le comportement de Johansson qui a quand même complètement changé de statut en travaillant pour la major. Avant d'incarner Black Widow dans Iron Man 2, c'était une actrice prometteuse, remarquée, mais elle est devenue bankable grâce au MCU et a dû bénéficier d'une renégociation de son contrat au fur et à mesure (on se souvient que Kevin Feige avait sorti le chéquier pour s'assurer que Robert Downey Jr. reste jusqu'Avengers : Endgame). Sans oublier qu'elle n'était pas le premier choix pour jouer Black Widow (le rôle avait été offert à Emily Blunt qui l'a déclinée à l'époque car elle était enceinte). 
La situation actuelle reste floue et il parait que Emma Stone (à l'affiche de Cruella, production Disney) et Emily Blunt (à l'affiche de Jungle Cruise, autre prod Disney) réfléchiraient elles aussi à traîner le studio en justice pour la même raison. Des exploitants de salles sont également mécontents que Disney choisissement d'exploiter simultanément leurs films en salles et en streaming. Mais qui se demande si Black Widow méritait un meilleur box office étant donné sa médiocrité ? Je ne crois pas que ça aurait changé les chiffres si le film n'était que sorti en salles : les spectateurs ne l'ont pas aimé, le bouche-à-oreille a été mauvais, le score correspond à tout ça.

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FRANK MILLER :


Cette affiche ci-dessus est celle de la Thought Buble Comic Convention, qui se déroulera en Novembre en Angleterre. Ou plutôt : devait être, car Frank Miller n'y interviendra pas. Les organisateurs l'ont déclaré persona non grata suite à une pathétique polémique en relation avec la parution d'une de ses BD en 2011 et de propos controversés tenus par l'auteur à l'époque.


Cette BD, c'est Holy Terror, une variation autour de Batman (d'ailleurs, à l'origine, il s'agissait d'une histoire mettant en scène le dark knight), dans lequel le Fixer, un justicier costumé, traque des terroristes islamiques après un attentat spectaculaire. Je n'ai jamais lu ce livre que Miller a défendu par des propos virulents contre les musulmans qu'ils assimilaient tous à des assassins : il voulait à l'époque réagir aux attentats du 11-Septembre 2001 et le résultat a provoqué une vague de réactions outragées dans le milieu (et au-delà).
Depuis, Miller traîne (encore plus) cette réputation de type infréquentable, intolérant. C'est oublier qu'il n'a jamais été quelqu'un de très consensuel et mesuré dans ses prises de position (souvenez-vous de sa colère contre le mouvement Occupy Wall Street). C'est l'éternel question de la distinction entre l'homme et l'artiste : pour ma part, je pense que la frontière est franchie et l'indulgence n'est plus de mise quand l'oeuvre exprime des opinions indéfendables. Et Holy Terror est le livre noir de Frank Miller.
Mais je suis aussi un ardent défenseur de la liberté d'expression et je ne crois pas que bannir un auteur pour un de ses livres qui a fait polémique résoud le problème de ce livre et explique la démarche de son auteur. Je suis pour le dialogue. Contrairement aux organisateurs de Thought Bubble.
Pourquoi ont-ils annulé la venue de Miller ? Parce qu'une autre de leurs invitées, Zainab Akhtar, a prévenu qu'elle refuserait d'être présente au même endroit que Miller dont elle condamnait l'oeuvre et les propos. Il ne s'agit pas d'opposer une personne à une autre, de dire qui est cette jeune femme pour réclamer l'annulation de Miller. Mais plutôt de s'interroger sur la solution adoptée par les organisateurs.
En effet, imaginons que si, au lieu de jouer les vierges effarouchées en publiant un communiqué comme celui ci-dessus où ils expliquent préférer être solidaire de Zainab Akhtar et donc annuler Frank Miller, les organisateurs avaient proposé un dialogue en public entre les deux pour discuter de l'art, des comics, de l'Islam. Ou alors, si vraiment Zainab Akhtar ne voulait pas parler avec Miller, mettre en place un panel avec Miller pour qu'il parle de son point de vue actuelle sur l'Islam, Holy Terror. Tout plutôt que cette censure qui ne dit pas son nom, cette méprisable "cancel culture".
Je ne défends pas Miller pas plus que je n'accable Akhtar, mais on ne s'en sortira pas comme ça, en refusant de parler, de dialoguer, en pratiquant la politique de l'autruche. 

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SCOTT SNYDER / AMAZON'S COMIXOLOGY/ DARK HORSE COMICS :


Mais en vérité la grosse actu de la semaine ne vient ni d'Image, ni de DC, ni de Marvel : elle vient de cet homme ci-dessus, Scott Snyder. Scénariste star, Snyder a été consacré par son run sur Batman durant les New 52, succès critique et commercial du reboot contesté de l'éditeur en 2011. Il est aussi l'homme derrière une franchise, American Vampire, née sous le défunt label Vertigo, un titre co-créé avec Stephen King et le dessinateur Rafael Albuquerque, dont la dernière série s'achève ce mois-ci.
Snyder, qu'on l'aime ou pas (et j'avoue ne jamais avoir été vraiment client de sa production) est une star au même titre qu'un Mark Millar, un auteur libre, ambitieux, et que les éditeurs s'arrachent. Quand après avoir conclu sa trilogie Metal chez DC (avec Death Metal et la fin de son run sur Justice League) Snyder a annoncé vouloir prendre du recul, il y a quelques mois, tout le monde s'est demandé ce qu'il allait faire. Au moins en dehors des cours d'écriture qu'il donne pour les aspirants scénaristes de comics.
Et le bonhomme a frappé un grand coup en dévoilant le contenu d'un contrat passé avec le site Comixology (qui appartient à Amazon) et l'éditeur Dark Horse Comics : pas moins de huit séries originales lancées cet Automne, avec des dessinateurs de premier plan !
Découvrons ça :


Barnstormers est une romance sur fond d'aviation et de seconde guerre mondiale, écrite pour Tula Lotay. Ce genre peut surprendre de la part de Snyder, mais il donne surtout une indication intéressante sur la suite car ses nouvelles séries évoquent souvent le passé et des genres emblématiques de diverses époques.


Pour Tula Lotay, qui avait collaboré avec Snyder sur un arc de All-Star Batman, c'est l'occasion de s'imposer vraiment auprès du grand public qui ne la connaît pas autrement que pour des posters ou des variant covers (même si elle dessiné Supreme Blue : Rose, écrit par Warren Ellis).


Book of Evil réunit Snyder et Jock, qui avaient oeuvré sur Detective Comics (avant le début du run de Snyder sur Batman). L'histoire s'intéresse à une bande d'ados qui vit dans une société majoritairement composée de psychopathes. La forme de cette série reste floue puisqu'elle pourrait selon les sources être en prose illustrée.


Canary va aussi offrir une exposition à Dan Panosian comme il n'en a jamais vraiment connu. Longtemps encreur, ce dessinateur formidable (et très sympa) se chargera des dessins de ce western horrifique pour lequel il est taillé.


Encore une fois, l'épouvante est au rendez-vous, la marque de fabrique de Snyder, et conjuguée à un autre genre pop (ici le western), ce qui garantit un produit atypique.


Clear est un récit de SF où le héros ne distingue plus la réalité du monde virtuel dans une chasse aux monstres en milieu urbain. Visiblement inspiré par Philip K. Dick, Snyder bénéficiera des dessins de Francis Manapul pour ce projet.


Manapul a illustré des épisodes de la Justice League de Snyder et semblait ne plus trouver sa place chez DC depuis - son projet de Aquaman : Earth One a sans cesse été repoussé au point de devenir une arlésienne.
 

Avec Dick and Cover, on est en terrain connu puisque Snyder retrouve Rafael Albuquerque, son complice d'American Vampire, pour une histoire située dans les 50's sur fond de guerre nucléaire, avec des héros ados.


Pas de planches visibles pour l'instant, mais des characters designs alléchants. De toute façon, Albuquerque est un fabuleux artiste, pas toujours inspiré pour choisir ses projets, mais dont le style visuel est implacable.


Dudley Datson and the Time Machine : tout est dans le titre, pour cette autre série dessinée par Jamal Igle, peut-être le partenaire le moins ronflant de la liste. Pourtant, c'est un dessinateur solide et expérimenté, qui a beaucoup travaillé pour DC.


Là non plus, pas encore de planches en preview mais des characters designs séduisants, et le projet d'un scénario plus léger de la part de Snyder.


Night of the Ghoul racontera la malédiction qui entoure un vieux film d'horreur pourtant convoîté par plusieurs personnes. Snyder est dans sa zone de confort avec de pitch à base de complot, d'épouvante.


Il est soutenu par Francesco Francavilla, qui avait déjà dessiné des épisodes de son passage sur Detective Comics, et qui, ces derniers temps, délaissant sa propre série Black Beetle, collaborait surtout avec le studio Mondo comme affichiste.


Enfin, We Have Demons marque le grand retour de la dream team Scott Snyder-Greg Capullo, qui ont signé ensemble Batman, Metal et Death Metal. Autant dire que les deux hommes se connaissent parfaitement. 


Avoir entraîné Capullo dans cette aventure, donc l'avoir arraché à DC, est une sacrée prise pour Snyder, dans ce qui est décrit comme un pur hommage aux productions Creepy/Eerie Comics des années 50
Toutes ces séries seront d'abord disponibles sur Comixology en format numérique puis en version physique chez Dark Horse, même si Snyder n'a pas communiqué précisément sur la périodicité de ses publications (en floppies mensuels ? En graphic novels ?). Pour Dark Horse, c'est en tout cas une belle opération après avoir vu partir les licences Star Wars, Alien, Predator chez Marvel, et même si Hellboy n'en finit pas de finir ou que Jeff Lemire développe Black Hammer.
On sait en revanche que certaines de ces histoires sont déjà complétées depuis un moment (il semble que Snyder les ait développées depuis des mois, voire des années avec les artistes), ce qui pourrait expliquer qu'on voit quelques-uns des dessinateurs sur d'autres comics chez d'autres éditeurs entretemps (comme Capullo dans le Millarworld pour la suite de Reborn ?).

Je vous laisse avec tout ça à lire. En attendant de vous retrouver très vite pour de nouvelles critiques, allez vous faire vacciner et prenez soin de vous !


samedi 31 juillet 2021

ETERNALS #6, de Kieron Gillen et Esad Ribic


Avec ce sixième épisode se conclut le premier arc de Eternals, écrit par Kieron Gillen et dessiné par Esad Ribic. Un final qui ne déçoit pas, au contraire car ce qu'on y apprend nous cueille complètement. Pour une relance, c'est un coup de maître, qui redéfinit les personnages et leur nature même. Maintenant, il faudra s'armer de patience pour la suite car on ne connaît pas la date de sortie du prochain numéro.


Ikaris, Gilgamesh, Thena, Kingo et Sersi gagnent le coeur de la Machine pour appréhender Phastos qu'ils savent désormais responsable de son sabotage. Mais ils sont attendus apr Thanos qui engage le combat. Sersi use alors de ses pouvoirs sur la matière pour raisonner le titan fou.


Phastos tente, lui, de reprendre le contrôle de la Machine mais il en est incapable, elle est en train de s'auto-détruire, menaçant la Terre toute entière. Dans un parc, Sprite marche aux côtés de Toby Robson lorsque des éclairs déchirent le sol.


Ikaris vient en aide à Phastos pour tenter de maîtriser la Machine et n'hésite pas à se sacrifier pour empêcher sa destruction. Phastos est maîtrisé par les autres Eternels et explique alors les raisons de ses actes récents, tandis que Thanos est fait prisonnier dans une boucle.


Il a découvert, après sa dernière résurrection, que pour chacune de leur renaissance un humain mourait. Ikaris revient en même temps que Toby Robson s'éteint. Devant Zuras, lui aussi revenu, le groupe renonce à invoquer le Grand Esprit pour corriger cela car il leur laverait le cerveau pour qu'ils oublient.

C'est une étrange impression qui reste à la fin de la lecture de Eternals #6 : en effet, à l'heure qu'il est, Marvel n'a toujours pas communiqué sur la date de sortie du septième numéro, le titre est absent des sollicitations de Novembre comme avant cela de Octobre (si on excepte le fait que sera publié ce mosi-ci un one-shot, sous titré Celestia, où Ajak et Makkari rencontreront les Avengers préhistoriques de Jason Aaron, sur une scénario de Kieron Gillen et des dessins de Kei Zaima).

Pourtant, la série va continuer car le film de Chloe Zhao sera en salles le 5 Novembre 2021 (en France) et on imagine mal Marvel tout arrêter alors que long métrage va redonner un coup de projecteur sur le comic-book.

Mais il est aussi certain que ce premier arc s'impose comme un jalon, la volonté de son scénariste est claire : il a voulu frapper un grand coup et redéfinir la nature même des personnages avec une révélation choc. Avant d'en arriver là, l'épisode nous gratifie d'une belle bagarre entre Thanos et quelques Eternels - Kingo, Gilgamesh, Thena, Ikaris et Sersi.

A cette occasion, Esad Ribic lâche les chevaux : la technique toujours impressionnante de ce dessinateur classique confère une vraie puissance à cette bataille. Chacun y va à fond, et quand Sersi sort son joker, inspirée par un souvenir avec She-Hulk, l'effet est saisissant. On voit alors Thanos en proie à un assaut effrayant, après l'avoir vu, dans les deux premières pages, sur une table d'opération dans les mains de Phastos. Attention ! Âmes sensibles s'abstenir.

Kieron Gillen imprime un rythme soutenu à l'épisode et une démesure à chaque scène : les manipulations de Phastos sur la Machine mettent en danger la Terre entière et si on peut regretter que le script n'ait pas développé davantage cet aspect (quitte à rajouter un épisode de plus à l'arc), visuellement là encore, Ribic et Matt Wilson, pour les couleurs, en mettent plein la vue. Le sauvetage sacrificiel d'Ikaris a une vraie beauté tragique dans la fournaise de cette ingénierie affolante.

Et puis, enfin, Gillen conclut son premier récit et là, il nous cloue le bec avec un twist aussi imprévisible que déchirant et tragique. Pourquoi Phastos a-t-il oeuvré avec Thanos pour saboter la Machine et tuer des Eternels ? Le personnage n'est pas un meurtrier, c'est d'ailleurs pour cela qu'il a utilisé Thanos pour accomplir le sale boulot. Mais quel était son mobile ? Et quelles seront les conséquences de ses actes ?

La réponse est une leçon de narration car Gillen résoud non seulment ce mystère mais aussi celui qui entourait le cas de Toby Robson, ce jeune garçon ordinaire qui préoccupait tant Ikaris sans que lui ou le lecteur sachent pourquoi. Le fait de lier les résurrections des Eternels à la mort des humains est une astuce bouleversante car elle ébranle autant les héros que le lecteur. Le procédé tranche avec, par exemple, les résurrections actuelles des mutants sur Krakoa grâce aux efforts conjugés des Cinq et de Cerebro : elle est beaucoup plus organique et accablante.

Mais Gillen ne s'arrête pas là car les Eternels, parmi leurs pouvoirs, ont celui de communier pour invoquer le Grand Esprit (Uni-Mind en vo). Lui seul pourrait remédier à cette aberration. Mais Sersi sait que cela serait vain car le Grand Esprit ne corrigera rien, sinon laver le cerveau des Eternels pour qu'ils oublient leur requête et le fait que, pour qu'ils renaissent, des humains doivent mourir. C'est la voie des Eternels, leur destink leur malédiction.

L'intensité expressive des dessins de Ribic dans ces moments est aussi impressionnante que lors des scènes d'action et de grand spectacle. La façon dont il découpe la scène de la résurrection d'Ikaris et celle, aussitôt après, du décès de Toby Robson est redoutablement efficace. Tout comme quand il aligne sur un strip les visages ahuris par la révélation de Phastos ou la case occupant toute la largeur de la bande pour cadrer l'abattement de Thena après l'explication de Sersi sur ce que ferait le Grand Esprit.

On termine ce premier arc et ce sixième épisode un peu sans dessus-dessous. Il est rare qu'on soit cueilli par un comic-book de cette manière, sans avoir rien vu venir. Mais cela prouve que Marvel a eu raison de faire confiance à Kieron Gillen et Esad Ribic, de leur laisser aussi du temps pour produire leurs épisodes, quitte à ne pas coller à une périodicité mensuelle. Quand la série reviendra, espérons que l'éditeur sera toujours dans ses bonnes dispositions, et que ses auteurs seront toujours aussi inspirés (mais sur ce second point, je suis confiant).