dimanche 13 juin 2021

RORSCHACH #9, de Tom King et Jorge Fonres


Ce neuvième épisode Rorschach signifie que nous entrons dans le dernier quart de la série. Tom King a prévenu qu'à partir de maintenant, chaque chapitre lèverait un peu plus le mystère sur l'enquête menée par le Détective et qu'il avait préparé quelque chose de retentissant.  Le scénariste ne nous trompe pas sur la marchandise car une fois encore le résultat est très perturbant. Il bénéficie comme toujours de dessins extraordinaires de Jorge Fornes.
 

Le Détective se rend dans la ferme acquise par Wil Myerson dans le Nouveau-Mexique, où il a, avec "la Gamine", préparé sa tentative d'assassinat contre le gouverneur Turley. Laura Cummings y avait réusmé sa vision des symboles incarnés par Rorschach et le Comédien.


Le Détective inspecte soigneusement les lieux. Un détail attire son attention quand il remarque la pose irrégulière de la moquette dans le salon, qui jure avec le reste. En l'arrachant, il découvre dessous une énorme tâche de sang séché sur le parquet. Qui a été tué ici ? Pourquoi ? Par qui ?


La tueuse ne peut être que "la Gamine", qui comme l'a révélée son autopsie fut blessé par balles avant l'attentat. Le Détective retire de la fosse sceptique le cadavre de la victime sur lequel il trouve un numéro de téléphone. Il compose le numéro.


Le Détective tombe sur la permanence d'un sénateur, soutien du président Redford. Il semble que cet homme soit la victime et ait permis à Myerson et Cummings de disposer de badges leur autorisant l'accès au meeting de Turley.

Ce qui frappe d'embléé, c'est la couverture de cet épisode. Depuis le début de la série, Jorge Fornes a fourni des covers superbes, s'affirmant comme un designer très talentueux, ce qu'on ne soupçonnait pas. Il ne s'agit jamais de simples images conçues seulement pour attirer le regard mais de compositions sophistiquées qui intriguent, fascinent, dérangent, interrogent. Ce sont aussi des indices narratifs, comme une entrée cryptée pour chaque épisode.

Cette fois, on voit la ferme de Wil Myerson qu'il avait acquise et fait retaper, comme Tom King l'a raconté dans le précédent numéro. La maison est représentée d'une façon inquiétante, qui évoque l'hôtel Bates dans Pyschose d'Alfred Hitchcock, une bâtisse où s'est noué le drame. Elle est dessinée sobrement, toute noire, et ses fenêtres sont rouge sang car toute la construction est parcouru par un système organique, nerveux, come s'il s'agissait d'un corps à part entière, une créature monstrueuse, cauchemardesque. C'est troublant car cela renvoie à une autre lecture récente, traumatisante, celle de The Nice House on the Lake (de James Tynion IV et Alvaro Martinez), dont j'ai parlée il y a peu : les deux propriétés sont le théâtre d'événements exceptionnels et atroces. Ce sont, littéralement, des maisons hantées.

Où nous habitons se reflète qui nous sommes, ce que nous amassons, possédons. Un lieu de vie devient un miroir de son locataire/propriétaire. Les choix de décorations, les objets, le mobilier, tout nous raconte. En suivant le Détective dans cette maison, Tom King nous invite à trouver ce qui y cloche comme, un détail qui va nous dire une vérité sur ceux qui y ont séjourné, leurs projets, leurs rapports. Dans le précédent épisode, la narration des faits n'était troublée que par la confiance qu'on plaçait dans le récit des événements qu'en faisaient trois hommes qui avaient aidé Myerson et "la Gamine" à s'installer et à préparer leur attentat. Cette fois, c'est une vérité objective que l'on traque, un élément qui va ouvrir une nouvelle piste, solide, fiable.

Mais les maisons hantées, comme King nous le souffle, sont des endroits où les fantômes rôdent. Le Détective entend aussi auditionner ces fantômes comme des témoins, et les derniers fantômes de l'histoire sont ceux de Wil Myerson et de Laura Cummings. Le spectre, le souvenir de "la Gamine" finit par parler à l'oreille du Détective et à la nôtre. Visuellement, Jorge Fornes traduit cela simplement en montrant Laura Cummings éternellement vêtue de son déguisement de cow-girl déambulant aux côtés du Détective, le précédant parfois, ou le suivant. Elle s'adresse à lui en le narguant, comme lors d'un jeu de cache-cache, où le Détective, selon la pièce dans laquelle il se déplace, "chauffe" ou "refroidit" en fonction de l'indice qu'il cherche.

Au début de l'épisode, le Détective ne sait pas ce qu'il cherche, où chercher. Il et donc logique qu'on le voit aller et venir, dehors, dedans, tâtonnant. Des flasbacks le précédent où l'on voit "la Gamine " et Myerson (avec son masque sur la tête) échanger. Laura Cummings explique comment elle distingue Rorschach et le Comédien en les associant respectivement à Myerson et Turley - dont elle sait qu'il détient dans son bureau un tableau représentant le smiley qu'arborait le justicier (ce tableau-là que le Détective découvrit lui aussi lorsqu'il fut reçu par le gouverneur).

Rorschach incarne la vérité, dans ce qu'elle a de plus franche : le justicier, son masque, son combat, son héritage, c'est de nous renvoyer à la réalité du monde, sans concessions, et de nous faire prendre conscience qu'il faut prendre des mesures radicales pour changer les choses. Le Comédien, en revanche, est le visage d'une vérité dont on s'accommode, avec laquelle on transige, à laquelle on se résigne, parce qu'on a l'impression, sinon la conviction qu'on ne peut la modifier, la corriger, l'améliorer. Rorschach est le refus du compromis quand le Comédien est synonyme de fatalisme. Parce que Turley embrasse l'héritage du Comédien contre celui de Rorschach, il est l'homme à abattre car il est un menteur, promettant un avenir meilleur en n'y croyant pas/plus. Et cela justifie d'épargner Redford, qui, lui, ne commet pas le mensonge de faire croire à autre chose que ce qu'il incarne.

Mais tout cela, c'est la philosophie de l'affaire, sa conceptualisation. Le Détective ne peut boucler ce dossier avec des considérations pareilles, il lui faut des preuves, matérielles, et combler des trous dans l'histoire, des plot holes. Seul un détail, un indice infime, peuvent encore le lui permettre. On le sait, c'est un homme méticuleux, patient. Ce ne sont pas des éléments flagrants, laissés en l'état, à la vue de tous, qui éclaireront sa lanterne : autrement dit, ce n'est pas l'estrade construite à côté de la maison pour simuler la scène du meeting de Turley et pour s'entraîner au tir à la carabine qui lui dira ce qu'il cherche. Ce ne sont pas non plus les chambres de Myerson, de "la Gamine", où rien ne subsiste de leur séjour, de leurs nuits, de leurs cogitations. Tout cela est trop horizontal, trop terre-à-terre, trop convenu. Pour trouver, il faut prendre de la hauteur, envisager le lieu sous un autre angle, une autre perspective.

Dans un des films consacrés à Indiana Jones (La Dernière Croisade, je crois), le héros découvre un indice déterminant dans son enquête dans une église lorsqu'il grimpe au sommet d'un escalier lui donnant une vue en plongée sur la salle principale. Il voit alors sur le sol un signe seulement visible depuis ce point en hauteur. C'est ce même déplacement qu'i va offrir au Détective ce qui lui manquait. En redescendant des chambres au salon, il remarque que la moquette posée dans cette pièce a été mal posée et ce détail le choque car tout l'aménagement de la maison est par ailleurs impeccablement ouvragé, très soigné, malgré la rusticité de l'ensemble, son aspect austère, dépouillé.

Comme on pèle un fruit pour accéder à la partie qu'on mange et dont on découvre la saveur, le Détective épluche le salon de la maison en arrachant sa moquette sous laquelle se trouve un parquet maculé d'un énorme tâche de sang séché. Alors c'est comme si, des profondeurs, remontait tout ou partie du mystère de cette demeure, où a été tué quelqu'un. L'autopsie de Laura Cummings avait appris au Détective qu'elle-même avait été blessée par balles peu avant l'attentat. Ces deux faits établissent une correspondance : "la Gamine" a tué quelqu'un dans la maison. Mais qui ? Et pourquoi ?

Pour le savoir, il faut retrouver le corps. Ici, pas question d'enterrer un cadavre (une tâche trop dure pour un vieillard comme Myerson ou une jeune femme comme Laura). Plutôt le cacher. Et vite, s'en trop s'embarrasser. Dans une fosse sceptique par exemple. Les cadavres, comme dans tout bon polar, sont bavards et un numéro de téléphone dans la poche d'un mort suffit à ouvrir un nouveau chapitre d'un livre. Le Détective découvre alors que ce numéro corrsspond à celui de la permanence d'un sénateur démocrate, soutien du président Redford. Et un flashback nous confirme que cet homme a procuré à Myerson et Laura des badges leur assurant un accès au meeting de Turley. Redford a-t-il, indirectement, permis à deux tueurs d'approcher son rival pour tenter de le faire tuer ?

Jorge Fornes nous a entraînés dans cette fouille, minutieuse, étouffante, avec maestria. C'est un dessinateur dont j'ai déjà loué l'intelligence dans de précédentes critiques sur Rorschach, dans la mesure où il sert le script sans chercher à se mettre en valeur. Mais justement, cette discrétion, ce profil bas, font qu'on remarque et surtout qu'on se souvient de ses pages, de ses épisodes parce qu'il participe précisèment à leur progression dramatique, à leur intensité. Fornes nous prend la main et ne la lâche que lorsque, comme le Détective, nous sommes en présence de ce qui va nous sauter à la figure. King construit son scénario comme un jeu de pistes, il faut lire tout l'épisode avant de comprendre où il a voulu en venir, ce qui impose de la patience au lecteur (surtout quand celui-ci réclame ou a l'habitude de savoir où il met les pieds avant même d'ouvrir la revue). Et Fornes ne trahit pas ce procédé, mais accompagne le lecteur en relais du scénariste. C'est remarquable et très troublant - à dessein puisque, dans cet épisode, en particulier, on remarque à plusieurs reprises à quel point le Détective reproduit des tics observés chez Myerson/Rorschach (notamment cette attitude quasi figée, ce raclement de gorge, cette résolution tranquille, après l'avoir vu, le mois dernier cédé à des accès de violence).

Rorschach entame sa dernière ligne droite mais ses auteurs en ont encore sous le coude. C'est impressionnant à ce stade de l'histoire, mais surtout c'est grisant.   

vendredi 11 juin 2021

HELLFIRE GALA, CHAPITRES IV - V : EXCALIBUR #21 (Tini Howard / Marcus To) - X-MEN #21 (Jonathan Hickman / Nick Dragotta, Russell Dauterman, Lucas Werneck, Sara Pichelli)

 

Pour sa deuxième semaine de parution, l'event Hellfire Gala reprend avec Excalibur #21, écrit par Tini Howard et dessiné par Marcus To.



L'équipe d'Excalibur fait son entrée. Rictor n'a pas le coeur à la fête en l'absence d'Apocalypse et il repousse même Battlestar, son ancien amant, quand celui-ci se présente devant lui. Par ailleurs, Pete Wisdow informe Captain Britain que l'ambassadeur anglais parlemente avec le Pr. X et Emma Frost.


Reuben Brousseau annonce à ses hôtes que la Grande-Bretagne rompt ses relations avec Krakoa : les remèdes fournies par les mutants leur seront rendus, en contrepartie Excalibur doit partir du sol anglais et les portails avec l'île doivent être désactivés.


De retour au Royaume-Uni avec Brousseau, Wisdom est sacrifié par le Couvent d'Akkaba pour réveiller Morgane la Fée dans l'Outremonde. Rictor, en représailles, déplace le phare d'Excalibur des côtes britanniques avant de se réconcilier avec Battlestar.


La suite se déroule dans X-Men #21, écrit par Jonathan Hickman et dessiné successivement par Nick Dragotta, Russell Dauterman, Lucas Werneck et Sara Pichelli.


Réception. Charles Xavier et Magneto s'entretiennent à l'écart de la fête avec Namor à qui ils proposent de sièger au conseil de Krakoa. Mais le souverain atlante refuse, arguant qu'il règne déjà sur 75% de la planète et n'entend pas en rester là.


Election. Cyclope réclame l'attention de l'assistance avant que Jean Grey ne se connecte télépathiquement à tous les mutants présents pour qu'ils élisent leurs X-Men. Malicia, Sunfire, Wolverine (Laura Kinney), Synch et Polaris les rejoignent sur scène.


Exode. Cyclope commande un verre au bar quand il est abordé par le producteur Kevin Feige qui le questionne sur son histoire. Le mutant la résume en expliquant avoir suivi l'idéal du Pr. X et en croyant à ses promesses, en y prenant désormais, avec les X-Men, une part plus active.


Feux d'artifice. Emma Frost monte à son tour sur scène et demande à tous les invités de lui ouvrir leurs esprits pour assister à une dernière animation spectaculaire.

Les deux épisodes de cette deuxième semaine de parution de l'event Hellfire Gala sont de valeur très inégale. Mais l'un d'eux marque une étape importante pour le futur de la franchise, quand bien même Marvel a préféré gâcher la surprise depuis plusieurs semaines, privant Jonathan Hickman d'un moment qui aurait été bien plus intense.

Commençons par parler du vingt-et-unième épisode d'Excalibur. Tini Howard se trouve dans un position moins favorable que celle qu'elle occupait lors de X of Swords, dont elle avait co-conçu l'architecture l'an dernier. Cette fois, elle doit se mettre au service d'un plan élaboré par un autre, et il faut bien dire que la scénariste ne joue pas le jeu, comme si l'exercice contrariait ses propres projets.

Bien qu'au début de Dawn of X, j'avais essayé de lire Excalibur, j'avais très vite abandonné car d'une part j'étais dérangé par le titre donné à cette série qui n'avait vraiment rien à voir avec son incarnation initiale et la plus mémorable (je veux, bien entendu, parler de la série de Chris Claremont et Alan Davis, indépassable). Pourtant, le projet était alléchant puisqu'il s'agissait d'explorer les rapports des mutants avec la magie, de Krakoa avec l'Outremonde. Mais Tini Howard ne m'a pas convaincu.

Je ne suis pas le seul à être dérouté par Excalibur version Dawn of X car souvent les mêmes reproches reviennent pour la caractériser : un rythme trop lent, des intrigues capillotractées, des caractérisations de personnages paresseuses. Néanmoins, Hickman s'était appuyé sur ce qu'écrivait Howard pour constituer l'histoire de X of Swords et la développer avec elle, mais heureusement on pouvait tout comprendre de cette saga sans avoir suivi Excalibur.

Qu'observe-t-on ici ? L'élement le plus notable concerne le rupture des relations diplomatiques et commerciales entre la Grande-Bretagne et Krakoa, formulée par l'ambassadeur Reuben Brousseau. Ce dernier fait partie du Couvent d'Akkaba, qui réunit des conspirationnistes voulant remettre la main sur le royaume d'Avalon dans l'Outremonde, actuellement dirigé Jamie Braddock/Monarch (installé sur le trône par les manigances d'Apocalypse). La disparition de Betsy Braddock/Captain Britain à la fin de X of Swords a achevé de convaincre ces dissidents de rompre avec Krakoa, au prétexte que la protectrice du Royaume-Uni les avait abandonnés. Mais Betsy est revenue récemment d'entre les morts (elle avait été vaincue par Isca l'imbattable durant le tournoi entre arakki et krakoans).

Bien entendu, l'ambassadeur et ses complices dans l'ombre ont une idée derrière la tête : il s'agit de Morgane la Fée, qu'ils entendent placer sur le trône d'Avalon en supprimant Monarch. En atttendant, les anglais sont prêts à rendre aux mutants leur médecine à condition que l'équipe d'Excalibur quitte leur territoire et que le portail de Krakoa sur l'île britannique soit désactivé. 

Pete Wisdom, ancien membre d'Excalibur et intermédiaire entre son pays et Krakoa, va connaître un funeste sort à l'issue de cette machination ourdie par le couvent. De son côté, Rictor, qui n'avait déjà pas le coeur à la fête, déplorant qu'Apocalypse soit absent (alors qu'il a contribué de manière décisive à la constitution de Krakoa, mais aussi au retour en forme du mutant), riposte en décrochant le lopin de terre sur lequel se trouve le phare d'Excalibur des côtes anglaises.

En soi, tout cela n'est pas mauvais. Mais j'ai eu le sentiment que Tini Howard avait plus à coeur de faire progresser l'intrigue de sa série que de participer au déroulement du gala du Club des Damnés. Tout ce qu'elle raconte n'est vraiment intéressant que pour ceux qui lisent sa série, mais on zapperait cet épisode que cela n'affecterait pas l'event. Ensuite, tout va très vite, mais trop vite : il est peu crédible que les mutants n'aient pas anticipé le mouvement de recul des britanniques et même ce qui attendait Wisdom (d'ailleurs comment se fait-il que son appel au secours ne soit reçu par personne ensuite ?). Enfin, la mauvaise humeur de Rictor m'a paru exagéré et ses réactions trop appuyées tout comme ses vire-volte (il repousse séchement Battlestar puis se réconcilie au clair de lune avec lui) : sur ce personnage précis, j'ai toujours eu du mal avec le fait qu'on ait changé son orientation sexuelle pour en faire un mutant gay, alors qu'à l'origine (quand il est apparu dans X-Factor puis X-Terminators) il était amoureux de Tabitha Smith/Boom-Boom. Je n'ai rien contre les mutants homosexuels mais j'ai l'impression qu'ils le sont devenus de manière forcée (comme Vega, qui était écrit par John Byrne dans Alpha Flight comme un vrai tombeur et qui a fini par épouser un homme des années après).

Howard s'éloigne aussi franchement de l'event quand elle glisse une scène entre Diablo et Meggan où il la félicite pour sa grossesse, alors que Captain Avalon (Brian Braddock) n'est pas encore au courant. Qu'est-ce que ça vient faire là ? Il sera quand même intéressant de voir comment la scénariste va gérer son titre dans les prochains mois puisqu'elle va en perdre un nouveau membre (après Apocalypse, reparti avec sa femme Genesis, c'est au tour de Malicia de faire ses valises).

Heureusement, on enchaîne avec X-Men #21. C'est donc le dernier épisode de la série avant son relaunch le mois prochain, mais surtout le dernier qu'écrit Jonathan Hickman. Et il part en beauté, avec un numéro dense et fluide comme il en a le secret, parfaite rampe de lancement pour Gerry Duggan qui va lui succéder mais aussi pour de futures pistes narratives.

L'épisode est plus long et se découpe en quatre parties, à différentes heures de la journée du gala, chacune étant illustrée par un artiste différent. C'est Nick Dragotta qui démarre avec une scène intimiste où Charles Xavier et Magneto retrouvent Namor. La dernière fois que les mutants que le Pr. X avait parlé avec le souverain atlante remonte à Powers of X #5 et ça ne s'était pas passé comme il l'aurait souhaité. IL tente une nouvelle fois d'amadouer l'impétieux roi des océans et lui offrant un siège au Conseil de Krakoa... Et essuie un nouveau refus. Namor argumente à sa manière, arrogante mais logique : que lui importe une place dans ce gouvernement et sur une île quand il a autorité sur 75% de la surface de la Terre. Et n'entend pas en rester là. Hickman sait écrire Namor, tête à claques incorrigible, mais dont la puissance ne fiat aucun doute et dont les ambitions et les motivations sont assumées. Le scénariste se permet même de clore cette scène sur une image qui renvoie directement aux Illuminati dans son run sur Avengers puisque Namor rejoint Captain America, Iron Man et Black Panther.

Nick Dragotta est un choix malin pour ce segment car son style graphique est parfait pour représenter Namor dans toute sa majesté et sa suffisance. On pourra déplorer que ce personnage fabuleux n'ait pas profité d'un redesign de son costume car celui dont on l'a affublé depuis des années est certainement le plus moche qui soit. Les couleurs chaudes de Frank Martin ajoute à l'intensité de la scène.

Le morceau suivant est sans doute le clou du spectacle. Marvel, je persiste à le dire, a fait une erreur en révélant à l'avance la composition de cette nouvelle équipe des X-Men, juste pour s'assurer que les fans pré-commandent le n°1 de Juillet (comme si ces mêmes fans allaient soudain bouder le titre). Néanmoins, malgré ce handicap, Hickman réussit un petit prodige en mettant en scène l'élection, dont le procédé s'avère aussi ingénieux que raccord. 

Russell Dauterman nous gratifie, comme toujours (mais trop rarement à mon goût) de planches magnifiques, en particulier quand il saisit les expressions des mutants choisis par leurs pairs, parvenant à rendre chaque moment unique (la surprise de Laura Kinney, la joie de Synch, l'indifférence de Sunfire, l'émotion de Polaris, le ravissement de Gambit pour Malicia). On notera aussi, donc, que cette formation est majoritairement féminine (avec quatre X-women sur sept membres) et puissante (de quoi réserver du spectacle pour la future série, dont les premières pages de preview commencent à être révélées).

Puis on a droit un troisième segment particulièrement savoureux. Cyclope aide un humain à avoir un verre au bar (l'Homme Multiple joue les serveur) quand il est abordé par... Kevin Feige ! Le big boss de Marvel, qui chapeaute désormais aussi bien le département cinéma que comics de l'éditeur. Lucas Werneck réussit parfaitement à le dessiner, avec son indéboulonnable casquette. Et Hickman s'amuse visiblement à montrer Cyclope quasiment "pitcher" son histoire au célèbre producteur (alors que l'avenir des mutants dans le MCU reste un mystère).

Enfin, on a droit à un dernier segment purement "Hickmanien", dessiné par Sara Pichelli. L'artiste italienne, autrefois valeur montante de Marvel dont la carrière a sombré de projets hasardeux (la mini Spider-Man : Bloodline par JJ Abrams) en jobs de misère (cover-artist pour America Chavez : Made in the USA), est méconnaissable sur les pages qu'elle signe, incapable de se hisser à la hauteur de l'occasion en or qu'on lui offre de se refaire la cerise. C'est vraiment triste.

Mais ça n'arrête pas Hickman qui met en scène Emma Frost pour le feu d'artifice final du gala. Et bien sûr, ce n'est du tout ce à quoi on peut s'attendre : la dernière page nous laisse dans un songe nébuleux, propice aux spéculations, avec la promesse qu'il s'agit d'un moment que personne n'aurait voulu rater. Sacré Hickman ! C'est le roi du teasing. Vivement Inferno pour (peut-être) en savoir plus...

Rendez-vous la semaine prochaine pour Planet-Size X-Men #1 (à qui je dédierai une critique à part entière), X-Corp #2 et New Mutants #19... 

jeudi 10 juin 2021

BLACK HAMMER : VISIONS #5, de Kelly Thompson et Leonardo Romero


Quelques mois après la fin de la mini-série Skulldigger + Skeleton Boy, revoici le justicier créé par Jeff Lemire et Tonci Zonjic. Black Hammer : Visions est une collection de one-shots où diverses équipes créatives ont la permission de s'amuser avec les jouets de Lemire. Cette fois, c'est Kelly Thompson et Leonardo Romero, le tandem gagnant de Hawkeye, qui s'y colle, avec succès.


Skulldigger file Bijou, une belle cambrioleuse. Alors qu'elle s'apprête à dérober un gros diamant dans un musée, un agent de la sécurité la surprend. Elle le neutralise facilement mais doit composer avec le justicier qui réclame qu'elle laisse le caillou. Toutefois, elle réussit à filer avec.


La voleuse et le vigilant se croisent à nouveau plusieurs fois les semaines suivantes, mais à chaque fois Bijou parvient à se faire la belle. Skulldigger dresse sur une carte les sites ciblés par la jeune femme et découvre qu'elle s'en prend aux possessions d'un certain Andres Vanger.


Bijou se présente à la boucherie où Skulldigger travaille dans le civil. Elle l'a trouvé grâce à une ruse et vient lui demander son aide pour attaquer Vanger lors du gala qu'il donne. Il refuse, même s'il sait qu'elle défend une bonne cause.


Inquiet pour elle, Skulldigger s'invite à la soirée et Bijou croit qu'il a changé d'avis. C'est alors que le terrible GimJim surgit et Bijou avoue à Skulldigger qu'elle l'a recruté. Mauvaise idée...

Lancée au début de l'année, Black Hammer : Visions est une initiative originale en même temps qu'une confirmation supplémentaire de la fertilité de l'univers créé par Jeff Lemire. Le scénariste, ses personnages et leurs aventures sont appréciés de tous dans le milieu et il a donc invité ses pairs à s'en emparer pour écrire et dessiner des one-shots.

Patton Oswalt et Dean Kotz, Geoff Johns et Scott Kolins, Chip Zdarsky et Johnnie Christmas, et Mariko Tamaki et Diego Olortegui ont précédé Kelly Thompson et Leonardo Romero dans cet exercice de style, avec des fortunes très diverses. Ce qui distingue ce cinquième épisode des autres, c'est que ses auteurs ont parfaitement réussi à capter l'essence du Black Hammer universe en profitant d'une parution récente.

En effet, la scénariste a choisi d'animer Skulldigger quelques mois seulement après la fin de la mini-série Skulldigger + Skeleton Boy, mais en situant son histoire dans le passé du justicier. Kelly Thompson s'adapte brillamment aux contraintes, sans doute parce que sa principale qualité d'auteur réside dans l'efficacité de ses postulats. On se dit, après ça, que si elle optait plus souvent pour des épisodes auto-contenus dans ses propres productions, elle ne sombrerait pas dans des intrigues aux développements et au dénouements si décevants.

Skulldigger était la version du Punisher et de Batman selon Lemire. Thompson invente un dérivé de Black Cat et leur rencontre aboutit à un jeu du chat et de la souris très accrocheur. On ressent très vite le trouble du justicier pour cette séduisante cambrioleuse, mais le récit ne se contente pas de jouer la carte romantique. En effet, Thompson l'enrichit d'un véritable enjeu dramatique en dévoilant le mobile des actions de Bijou, qui n'est pas une simple voleuse mais une sorte d'éco-terroriste qui s'en prend à un riche affairiste prospérant sur l'exploitation de zones vertes et de traffics douteux.

Les motivations troubles de Bijou ne peuvent que se heurter à la morale rigide incarnée par Skulldigger. Mais les codes stricts de Skulldigger sont également fragilisés par les méfaits bien intentionnés de Bijou. C'est donc sur cette lutte de principes et de sentiments que se fonde l'histoire et qui vient piquer notre intérêt. On a alors envie, par sentimentalisme, que Skulldigger pardonne et aide Bijou pour que rien n'arrive à celle-ci. Jusqu'à l'irruption du sinistre GrimJim.

La fin de l'épisode est tragique et poignante, mais Thompson a le bon goût de ne pas en rajouter. Cette subtilité est payante et correspond de manière idéale au traitement graphique. Celui-ci est le produit des efforts de Leonardo Romero, un artiste que connaît bien la scénariste, puisque c'est avec lui qu'elle réalisa son excellent run sur Hawkeye.

Romero est un excellent dessinateur qui a été mal traité par Marvel, un peu comme Greg Smallwood. Alors qu'il a prouvé sa régularité et la qualité de son travail, après Hawkeye, il n'a plus été utilisé par l'éditeur de "la Maison des Idées", ou alors comme bouche-trou (comme lorsqu'il a remplacé Chris Samnee, sur le départ, pour la fin de son run sur Captain America). Récemment, Romero est réapparu sur la suite de The Fabulous Killjoys, de Gerard Way, publié comme Black Hammer par Dark Horse Comics, et comme cover-artist sur la série Red Sonja/Vampirella chez Dynamite (poste qu'il a quitté suite au scandale ayant lié l'éditeur au Comicsgate).

A nouveau donc, par un étrange hasard, Romero se trouve à succéder à un artiste dont le style ressemble au sien, en l'occurrence Tonci Zonjic, co-créateur de Skulldigger. Cela permet au lecteur de renouer avec le personnage presque tel quel qu'il l'avait quitté, représenté d'une manière similaire, avec un trait élégant et épuré, valorisé par les couleurs simples et superbes de Jordie Bellaire.

Romero reprend le design de Zonjic (en modifiant juste un peu la forme des fentes au niveau des yeux sur le masque/casque de Skulldigger) et créé celui de Bijou. Il donne à celle-ci une silhouette élancée et un visage aux expressions asiatiques. La malice du personnage est irrésistible et rend, par contraste, son sort final bouleversant. Romero dessine dans un style réaliste et descriptif, mais avec une économie de détails au profit de jeux d'ombres et de lumières expressionnistes. C'est un pur produit de l'école Alex Toth, moins énergique que Samnee, mais très plaisant.

La complicité intacte entre Thompson et Romero fait plaisir à voir et donne envie de relire une série par eux. Surtout, ils ont sur s'approprier intelligemment, fidèlement et inventivement l'univers d'un autre, pour ce one-shot bondissant et émouvant. Une réussite, comme on en souhaite d'autres pour ce titre.

BATMAN/CATWOMAN #5, de Tom King et Clay Mann

 

On commence cette nouvelle semaine de critiques par une sortie de Mercredi dernier mais que j'avais gardée sous le coude. Le cinquième n° de Batman/Catwoman est le plus simple qu'aient livré Tom King et Clay Mann : le premier a simplifié sa narration tout en laissant les scènes se dérouler, après les avoir trop saucissonnées au début ; et le deuxième se défoule avec une grande séquence d'action, jubilatoire. 



Le Passé. Selina Kyle a rompu avec Bruce Wayne après avoir refusé de lui révèler comment elle avait appris que le Joker avait organisé sa tentative d'attentat à la patinoire de Gotham. Ivre, elle erre dans les rues et se met en tête de cambrioler le musée de la ville. Mauvaise idée...


Le Présent. Toujours captive de André Beaumont/Phantasm, Catwoman est invitée par cette dernière à la suivre dan son repaire secret. Elle y détient un homme qui rabattait pour le Joker des innocents sur lesquels il expérimentait ses gaz toxiques. Sidérée, Catwoman assiste à son exécution.


Le Futur. Harley Quinn débarque au manoir Wayne, résolue à faire payer à Selina Kyle l'assassinat du Joker en Floride. Les deux anciennes partenaires du clown du crime s'affrontent en échangeant sur ce qui les ont toujours définies.
 

Pour Selina, Harley a toujours été trop bonne pour un être aussi vil que le Joker tandis que Catwoman n'était pas digne d'un homme bon comme Batman. Selina neutralise finalement Harley. Lorsque sa fille, Helena rentre, elle demande à sa mère ce qui s'est passé...

Tom King est un scénariste qui peut avoir la fâcheuse manie à se complaire dans ses défauts. Il a une vraie voix, un vrai style, mais parfois il s'écoute un peu parler, il aime un peu trop sa prose et n'échappe pas à un certain goût pour le bavardage. C'est ce qui a pu déranger les lecteurs durant son run sur Batman où son usage de la voix-off alourdissait une narration qui n'avait pas besoin d'autant de texte.

De ce point de vue, on peut rapprocher King d'un Bendis, lui aussi friand de dialogues abondants. Mais la différence entre les deux réside dans l'humour : King est trop sérieux, tellement qu'il est incapable de produire une histoire ou simplement des scènes légères, quand Bendis a, dans sa nature même, une distance avec le genre (les super-héros) qui lui permet d'animer des personnages capables dironiser sur leur rôle et leur statut.

Mais, dans l'absolu, cela ne me dérange pas. Je sais que ce style bavard horripile certains. Mais on ne redessine pas les rayures d'un zèbre. Exiger de dialoguistes de se brider, c'est comme leur demander d'écrire contre eux. C'est inutile, et s'ils le font quand même, ça finit par ressembler à un exercice de style... Et alors on se demande ce qui leur a pris !

Tout ça pour dire que King ne se refera pas, surtout quand une partie de son succès s'est fondée sur la même partie qui agace ses détracteurs. Parfois ça passe, parfois non. Dans le cas de Batman/Catwoman, ce défaut était d'autant plus sensible qu'il a découpé son récit en trois lignes temporelles, aboutissant à des épisodes morcelés jusqu'à l'excès. Il devenait difficile de s'attacher aux personnages, d'accrocher à l'intrigue à cause de la brièveté des scènes, qui plus est trop bavardes.

Mais progressivement, la mni-série a trouvé une sorte de régime de croisière et de ce point de vue, ce cinquième épisode est de loin le plus agréable à lire. Il se donne au lecteur facilement car ses scènes se déploient plus franchement, en particulier dans celles qui se passent dans le futur. On a ainsi droit à un long affrontement entre Harley Quinn et Selina Kyle au cours duquel elles se battent autant physiquement que réthoriquement sur leurs rapports avec l'homme qu'elles aimaient.

La conclusion à laquelle en vient King par la voix de Selina est très juste (même si elle pourra sembler réductrice pour Harley, une fois encore trop ramenée à sa relation toxique avec le Joker). Harley a toujours été trop complaisante, trop soumise envers le Joker, qui ne la méritait pas. Selina, elle, n'a pas su s'élever au niveau de Batman, de sa bonté, de sa noblesse même. "Too good to be bad", "too bad to be good" en somme. Cette séquence se double d'une forme assumée d'invraisemblance car les acrobaties accomplies par deux femmes d'au moins soixante anx comme Selina et Harley à ce moment-là du récit défient la normale (même si on imagine que Selina a gardé la forme en s'entretenant).

Avant cela, on a droit à deux séquences dans le passé plus courtes : l'une renvoie directement à la fin de l'épisode 4 et montre Selina, ivre, errer dans le ruelles de Gotham, après avoir rompu avec Batman à qui elle a refusé de dire comment elle avait su que le Joker avait planifié un attentat. Elle se met en tête, pour se consoler, de voler quelque chose dans le musée de la ville, mais trop soûle, elle échoue lamentablement. Puis de nos jours, captive de Phantasm, Catwoman assiste à la mise à mort d'un complice du Joker attrapé par Andrea Beaumont qui leur révèle ses coupables agissements pour le clown du crime. Ce qui ressort de tout cela, c'est l'absence à l'image de Batman, confrmant une nouvelle fois que la véritable héroïne de la série est le féline fatale. A voir si King persévère dans cette direction ou si le second acte de son histoire rééquilibrera les choses (ce qui semble inévitable car Batman ne peut rester à attendre que Phantasm réalise sa vengeance, et parce qu'on sait que lui et Catwoman vont se rabibocher).

Visuellement, Clay Mann paraît plus épanoui, même s'il a livré un boulot impeccable (le meilleur de toute sa carrière) depuis le début. La séquence de la bagarre entre Harley et Selina lui laisse le loisir de découper l'action de manière spectaculaire tout en devant jouer une partition moins convenue que ce qu'on connait de lui. Car s'il s'agit bien d'un affrontement entre deux femmes, Mann, réputé pour magnifier celles-ci, doit animer deux femmes âgées, dont le physique n'est plus aussi avantageux.

Au début de la parution de Batman/Catwoman, l'artiste avait expliqué que le scénario l'avait forcé à faire travailler chez lui des muscles nouveaux, comprenez : dépasser son statut de dessinateur connu pour représenter de sculpturales héroïnes. D'une certaine manière, la partie de la série qui se passe dans le futur fait penser à une espèce de "Old Woman Selina", et toute la difficulté est de dessiner Catwoman âgée sans qu'elle soit décrépite ou trop abîmée par le deuil. Mann s'en acquitte magnifiquement en croquant une Selina qui a conservé toute sa classe sans cacher les années qui ont passé. Elle fait penser à une danseuse qui a gardé son maintien, son allure, mais qui accuse aussi son âge, assume ses rides.

Réussir à dessiner une femme âgée est un exercice difficile car on peut facilement tomber dans une représentation ingrate, soit celui de la mémère, soit celui de l'ancêtre (pensez à Tante May chez Marvel qui, souvent, quel que soit l'artiste, a l'air d'une centenaire aussi fragile qu'une brindille, rarement d'une femme qui prend soin d'elle). Mann parvient à dessiner Selina de façon réaliste, sans la dégrader ou la banaliser. On a aucun mal à croire qu'il s'agit de la même femme qu'on voit dans les scènes du passé, au sommet de sa forme et de sa beauté (attention, je ne dis pas qu'une sexagénaire ou septuagénaire ne peut pas être belle mais simplement que les comics ne nous habituent pas à l'image de femmes de ces âges sous l'angle de la séduction).

Le récit conserve sa part de mystère, d'incertitudes, intacte, même si on devine bien que les épreuves du passé seront dépassées à un moment, que Batman va être davantage présent par la suite. Surtout, la construction de l'histoire a gagné en fluidité. 

dimanche 6 juin 2021

DES NOUVELLES NOUVELLES TOUTES FRAÎCHES (TM Le Commis des Comics)

Aujourd'hui, je vais vous communiquer sur quelques news (ou "Nouvelles nouvelles toutes fraîches" comme les appelle le Commis des Comics, dont je vous recommande chaudement la chaîne du même nom sur YouTube). Car DC et Marvel ont annoncé plusieurs choses alléchantes ces dernières semaines, sans oublier Mark Millar qui a bien besoin de se refaire la cerise.

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DC COMICS :


Véritable Arlésienne depuis les New 52 et plus encore depuis DC Rebirth, Geoff Johns vient de relancer la rumeur d'un retour de la JSA dans les dernières pages de Stargirl Springbreak Special #1, sorti il y a deux semaines.
Après avoir passé ces dernières années à courir après les classiques d'Alan Moore avec Doomsday Clock (suite soporifique de Watchmen) et Three Jokers (inspiré par The Killing Joke), et visé par l'ire du comédien Ray Fisher (Cyborg dans Justice League de Zack Snyder), qui l'accuse de l'avoir menacé et maltraité (avec Joss Whedon, qui avait remplacé Snyder quand il quitta le tournage suite au suicide de sa fille, et Walter Hamada, un cadre de Warner Bros), Geoff Johns a perdu beaucoup de sa superbe chez DC, laissant Scott Snyder, James Tynion IV, Joshua Williamson ou Brian Michael Bendis rebattre les cartes d'un univers dont il a longtemps été l'architecte (avec le soutien de Dan Didio, remercié l'an dernier).
Johns a même franchi le Rubicon cette année en produisant son premier creator-owned chez Image (Geiger, avec son acolyte Gary Frank au dessin). Mais voilà donc qu'il décide de revenir dans le game en annonçant le retour de la Justice Society, un titre qu'il a longtemps animé, avant les New 52.
L'image ci-dessus est la double page finale de Stargirl Springbreak Special #1, mais il faut s'en méfier. Si elle est dessinée par Bryan Hitch, ce ne sera pas l'artiste anglais qui collaborera avec le scénariste américain pour le retour de la JSA (voir plus loin pour savoir pourquoi). En outre, je dois dire que cette relance, que j'attendais avec impatience, m'a un peu refroidi quand j'ai examiné les costumes et le casting de cette Justice Society, qui semble beaucoup emprunter à celle qu'on a vu dans la série télé Stargirl (avec des versions féminines de Dr. Mid-Nite et Wildcat, et des designs parfois... Hasardeux, disons).
Pas encore de date prévue pour une nouvelle série Justice Society, donc wait and see.
 

En revanche, en Juillet prochain, The Authority revient chez DC. Mais pas seule puisque son leader ne sera autre que Superman ! Mais attention, il pourrait s'agir d'un Superman d'une Terre parallèle, vu qu'il a les tempes argentées (comme celui de Kingdom Come). Et The Authority voit sa composition très modifiée (seuls Apollo et Midnighter font partie de l'équipe d'origine).
Cette mini mini-série (2 épisodes seulement) sera écrite par Grant Morrison, qui avait pourtant affirmé qu'il en avait fini avec DC (mais ce n'est pas la première fois qu'il le dit), et dessinée par Mikel Janin, ce qui est une excellente nouvelle puisque cet excellent dessinateur n'était sur aucun projet fixe depuis ses épisodes de Batman écrits par Tom King et que ses fans n'avaient que ses couvertures pour Action Comics pour se consoler.
C'est très curieux mais excitant. Et qui sait, en cas de succès de ce diptyque, DC donnera peut-être à The Authority une nouvelle vie, avec ou sans Superman à sa tête.


Depuis le suppression du label Vertigo, DC a tenté plusieurs fois de créer un espace pour des projets plus adultes : Young Animals (sous la direction de Gerard Way), Jinx (pour Brian Michael Bendis et ses amis)... Et le Black Label, qui recueille des mini-séries signées par de grandes signatures (Tom King surtout).
En Août prochain, c'est un tandem très prometteur qui va livrer une mini en trois chapitres sur Suicide Squad, sous titrée Get Joker. Brian Azzarello (100 Bullets) fait équipe avec Alex Maleev (Daredevil) pour cette histoire qui se déroule hors continuité, avec Red Hood (Jason Todd) et un groupe de criminels en quête de rachat partent à la chasse au Joker.
Si vous en avez marre du Joker (comme moi), la perspective de lire ce récit reste quand même alléchante, vu son équipe artistique (à laquelle il faut ajouter Matt Hollingsworth aux couleurs. Et si, comme moi encore, vous êtes fan de Maleev, il sera aussi au dessin de Checkmate, la suite de Event Leviathan, écrite par Bendis, dès le mois prochain.


J'ai déjà eu l'occasion d'évoquer Fear State dans mes critiques sur Batman et Catwoman, mais petite piqûre de rappel avec cette iamge promotionnelle diffusée par DC et dessinée par Jorge Molina. Ce crossover impliquera les séries Batman, Detective Comics, Catwoman et Harley Quinn pour une intrigue écrite par James Tynion IV, qui devrait faire converger tout ce qu'il met en place actuellement, avec le programme Magistrat de Simon Saint (destiné à éradiquer la criminalité et les justiciers de Gotham), le Gardien de la Paix 01, Poison Ivy, la Jardinière, Molly Miracle, Ghost-Maker et l'Epouvantail.
Je suis toujours prudent avec ce genre d'événement qui me satisfait rarement, mais Tynion a développé quelque chose de vraiment ambitieux et efficace, qui donne envie. Fingers crossed ! Et rendez-vous cet Automne.

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MARVEL COMICS : 
 

Marvel n'est pas en reste, même si, encore une fois, c'est du côté des mutants que le meilleur semble à venir.
Confronté à la fin des runs de Donny Cates sur Venom et de Al Ewing sur Immortal Hulk, l'éditeur reprend son jeu favori : les chaises musicales. Traduction : Donny Cates relance Hulk au n°1 avec le dessinateur Ryan Ottley (discret depuis son départ d'Amazing Spider-Man). Un pari après le run d'Ewing et Joe Bennett sur Immortal Hulk, qui a rencontré un succès critique et public et redéfini le personnage du colosse de jade.


Et donc Al Ewing remplace Donny Cates sur Venom. Mais il n'est pas seul puisque Marvel a convaincu Ram V de co-écrire la série avec lui à partir de Novembre (comme Hulk) : un renfort de poids (qui, je l'espère, ne signifie pas que V quitte DC). Ils seront soutenus dans leurs efforts par Bryan Hitch, qui revient donc chez Marvel après plusieurs années chez DC, ce qui explique (voir plus haut) qu'il ne dessinera pas la Justice Society de Geoff Johns.
Bon, maintenant, soyons honnêtes, n'étant ni fan de Hulk ni de Venom, je ne vais pas suivre ces relaunchs. Mais après le buzz engendré par Cates, Ewing et V ces derniers jours sur Twitter pour prévenir les fans qu'ils préparaient quelque chose d'énorme pour Marvel, il fallait en parler maintenant que c'est officialisé.


Et on ouvre le dossier X avec une première bonne nouvelle : dans mes dernières critiques de New Mutants, je déplorai le départ du dessinateur Rod Reis de la série et son remplacement par Alex Lins (qui me semblait moins bon).
Mais l'artiste brésilien ne s'en va pas vraiment : il a juste eu besoin de souffler et a annoncé qu'il revient sur le titre au #21, donc en Août prochain. Et ça, franchement, ça fait plaisir parce que sans Reis, New Mutants, c'est plus pareil, et que sa complicité avec la scénariste Vita Ayala fait des étincelles.


Alors que l'event Hellfire Gala vient de débuter cette semaine, les lendemains de fête risquent d'être difficiles pour les mutants, à commencer par Magneto dont Marvel a annoncé le procès. La référence à Uncanny X-Men #200 (par Claremont et Romita Jr.) est sibylline. Leah Williams racontera ça dans une histoire en cinq épisodes (dont la périodicité reste floue, mais je vois mal cinq n° en cinq mois), dessinés par Lukas (ou Lucas) Werneck.
Qu'a fait Magneto pour être jugé ? Le pitch de la preview indique qu'il aurait tué quelqu'un lors du gala du Club des Damnés. La victime est-elle un mutant ? Ou, pire, un humain (ce qui contreviendrait à une des trois lois sacrées de Krakoa) ?
A moins que...


... La vraie victime ne s'appelle John Romita Jr., qui, lui aussi, comme Bryan Hitch, revient chez Marvel, et qui signe pour l'occasion cette image promotionnelle ci-dessus. Oui, je sais, c'est dramatiquement moche (et non, ce n'est pas que la faute de l'encreur, du coloriste de je-ne-sais-quoi) : non, c'est nul. Ce dessin est affreux, mais dans la lignée de ce que produit JR Jr. depuis des années, et qui rend incompréhensible que certains fans le défendent encore. Pour le coup, on peut se demander pourquoi Marvel l'a re-signé (et lui a confié une partie du prochain numéro anniversaire - 60 ans - de Fantastic Four)....


Heureusement, on aura pas les yeux qui piquent avec Inferno. Car, on en sait désormais un peu plus sur le prochain event mutant de la rentrée. Jonathan Hickman écrit bien sûr et le bougre a prévenu : ce sera aussi important que House of X - Powers of X !
Inferno comptera quatre épisodes de 40 pages et sera illustré par Valerio Schiti (pour le premier - et sans doute quatrième - chapitre), Stefano Caselli et R.B. Silva : ça promet d'être beau en plus !
Le récit concernera la vengeance de Mystique, résolue à accomplir ce que lui avait demandée Destinée si Charles Xavier et Magneto refusaient de la ressuciter : brûler Krakoa ! Mais le plan de Mystique risque d'être contrariée parce que Moira McTaggert détient les carnets de Destinée avec ses prédictions, dont sûrement ce projet.
Mark Brooks a signé cette image promotionnelle, qui rappelle celle qu'il avait peinte pour HoX - PoX., et le titre renvoie au crossover de 1989 (même si sans rapport, mais c'est une tendance actuelle chez Marvel qui publie actuellement un nouveau Heroes Reborn, par Jason Aaron).
Vivement Septembre ! 

MILLARWORLD : 

Illustration de Greg Tocchini

Illustration de Mark Chiarello

Bon, j'ai regardé l'adaptation de Jupiter's Legacy sur Netflix... Sans réussir à aller jusqu'au bout. C'est vous dire si c'est mauvais, épouvantablement lent, mal écrit, joué, réalisé ! (Re)lisez les comics !
Comment Mark Millar a-t-il pu laisser faire ça ? En tout cas, ça n'a pas été la seule déception récente qu'il a infligé aux fans de sa série puisque le troisième volume ne sera pas dessiné par Frank Quitely mais Tommy Lee Edwards, certes très bon dessinateur, mais quand même, j'aurai préféré (comme tout le monde) Quitely pour boucler la boucle. Du coup, je suis pas sûr de lire Requiem.
Millar annonce aussi pour bientôt l'adaptation de Super Crooks (toujours sur Netflix) en expliquant que ce sera conçu comme un spin-off de Jupiter's Legacy, ce qui, si c'est avéré, serait aussi absurde que malvenu.
Millar s'égarerait-il ? Pas complètement car le trublion écossais a sorti un joker irrésistible de sa manche : le retour de The Magic Order. Le scénariste a des plans à long terme pour sa saga magique (on parle de cinq volumes !). Mais ça sera sans son partenaire du vol. 1, Olivier Coipel. Dommage ?
Oui et non : oui, parce que Coipel a soufflé le chaud et le froid dans cette affaire, sans finalement expliquer pourquoi il ne rempilait pas. Et non, parce que on ne perd pas au change puisque c'est Stuart Immonen qui le remplace ! Evidemment, du coup, ça repousse le vol. 2 de Empress, mais Immonen, quoi ! Autant vous dire que je suis chaud patate de le voir dessiner la famille Moonstone (Cordelia en particulier) et leurs prochaines aventures.
Pour ne rien gâcher, on sait aussi que c'est Gigi Cavenaggo, un génial artiste italien (Googlisez, les amis, et vous allez découvrir ce tueur), qui s'occupera, dans la foulée du vol. 3 !

Voilà pour ce tour d'horizon des projets, sorties qui ont récemment retenu mon attention, et dont j'espère pouvoir reparler dans mon blog le moment venu. J'espère que vous aussi êtes intéressés par tout ça, et je vous dis à très vite pour de nouvelles entrées critiques.

RDB