vendredi 6 novembre 2020

FIRE POWER #5, de Robert Kirkman et Chris Samnee


La fin du premier arc de Fire Power approche et, logiquement, les événements s'emballent pour Owen Johnson et les siens. C'est un épisode bourré d'action, mené sur un train d'enfer, que livrent Robert Kirkman et Chris Samnee. Le dessinateur fait feu de tout bois une nouvelle fois tandis que son partenaire prépare le terrain pour un sixième épisode riche en révélations.


Après s'être débarrassé d'une première tueuse envoyée contre lui par Chou Feng, Owen rentre dans le restaurant pour découvrir que Kellie est menacé par un autre assassin. Elle réussit à le distraire pour se libérer et évacuer les clients tandis que Owen attaque ce nouvel adversaire.


Toutefois, en difficulté, Owen préfère éloigner l'assaillant en lui indiquant que sa partenaire gît dehors. Kellie comprend alors que ses enfants sont peut-être aussi en danger et elle quitte le restaurant avec Owen pour s'en assurer.


Effectivement, Haley et Doug, mais aussi leur ami Tyler, sont découverts par deux autres assassins de la Griffe du Dragon. Owen et Kellie surgissent, le premier s'en prend aux deux tueurs pendant que la seconde protège les enfants.


Tout le monde sort de la maison et monte dans la voiture pour filer. Mais les deux assassins du restaurant les rattrape. Owen passe le volant à Kellie pour les neutraliser. Ceci fait, ils déposent Tyler et s'éloignent.


Mais où aller pour ne pas être retrouvés ? Kellie a une idée...

Depuis le début de sa série régulière, Fire Power a imposé une sorte de rythme binaire, alternant épisodes plein d'action ou plus axés sur les sentiments. Après le numéro du mois dernier, calme, celui-ci est donc nettement plus mouvementé. Mais en même temps, jamais la dimension familiale de l'histoire n'a semblé autant au coeur de la situation.

Dans l'intervalle des deux épisodes, je suis tombé sur une critique qui pointait un élément qui m'avait échappé puisque je n'ai pas lu Invincible de Robert Kirkman. L'auteur de cet article relevait que le précédent héros du scénariste se distinguait de Owen Johnson dans la mesure où il épousait son destin de (super) héros en recevant des pouvoirs extraordinaires et en suivant les traces de son père, un justicier cosmique. Au contraire, Owen a quitté le temple où son don s'est révélait et a refait sa vie dans une ville tranquille des Etats-Unis, en se mariant et en devenant père de famille.

Dans un format finalement proche de certains polars, où le passé rattrape le héros, Owen voit son équilibre troublé par le retour de figures issues de ses années de formation au temple du Poing Enflammmé. A contrecoeur, il est alors obligé de faire usage de ses talents pour se défendre, protéger les siens. L'agression dont il est victime au restaurant dans le #4 est l'étape finale qui va forcer le destin d'Owen et de sa famille, une sorte de point de bascule définitif.

Car cette fois il ne s'agit pas d'un exercice, d'un test comme celui organisé par Ma Guang pour tenter de le faire revenir au temple afin qu'il aide à retrouver Wei Lun, leur mentor. Non, cette fois, Chou Feng est à la manoeuvre et il a envoyé quatre tueurs pour raisonner Owen, quitte pour cela à exécuter sa famille.

Il est toujours aussi intéressant de lire l'épisode puis la discussion publié en fin de revue où Kirkman et Chris Samnee reviennent sur ce qu'ils ont produit, de quelle manière, à quelle fin. Il ne s'agit pas d'expliquer au lecteur ce qu'il vient de découvrir, comme s'il avait raté quelque chose, car l'histoire est linéaire, simple d'accès, immédiatement compréhensible. Il s'agit plutôt d'éclairer notre lanterne sur la façon dont les deux auteurs parviennent à ce résultat.

Et dans ce cas précis, il est important de souligner que le coeur de l'histoire concerne toute la famille Johnson. Même si Owen est le pivot de l'intrigue, sa femme Kellie, leurs deux enfants Haley et Doug ne sont pas négligés. Au contraire, sans eux, l'histoire ne provoquerait pas la même émotion, ne générerait pas la même tension. Retirez-les de l'équation et il n'y aurait même pas eu la scène au restaurant et tout ce qui suit. Pour ainsi dire, il n'y aurait pas de série, ou alors sous une forme beaucoup plus décharnée.

C'est parce qu'il s'appuie sur cette cellule familiale que Kirkman réussit à nous captiver, non seulement parce qu'elle lui fournit de quoi alimenter le récit en péripéties, en pistes narratives, en enjeux. Mais également parce qu'elle rend Owen à la fois plus fragile, vulnérable, et plus fort, déterminé. L'enchaînement des combats qui peuplent cet épisode devient ainsi palpitant parce que leur issue est incertaine à chaque fois du fait des personnages impliqués et proches du héros. Owen ne se bat seulement contre des tueurs qui lui en veulent, il se bat contre des assassins qui menacent sa femme et ses enfants. Mieux : Owen ne se bat pas seul car Kellie ne fait pas de la figuration pendant que son mari affronte les méchants, et même leurs enfants participent à la baston (avec moins de succès, il est vrai).

Samnee dévoile aussi, dans son dialogue avec Kirkman, à quel point celui-ci sait le laisser libre de redécouper des scènes quand il estime pouvoir en tirer du mieux. Un exemple concerne le moment, plutôt drôle, où les Johnson déposent Tyler après s'être débarrassés des tueurs à leurs trousses. Le gamin n'est pas laissé devant chez lui mais en pleine rue ! Un autre exemple encore plus net de cette "réécriture" apparaît quand Kellie suggère à Owen un endroit où se réfugier. Kirkman avait prévu de montrer Owen soignant avec un bandage Kellie, blessée. Mais Samnee a préféré utiliser une ellipse et passer directement au moment où les Johnson débarquent au milieu de la nhuit chez Reggie. Toutefois, le dessinateur n'oublie pas de montrer, discrètement, que, alors, Kellie, porte effectivement un bandage sous sa robe déchirée. 

Le fameux "less is more" d'Alex Toth dont Samnee est pratiquant s'applique aussi à ce niveau, dans la manière d'enchaîner deux scènes rapidement, escamotant un entre-deux pour lui préférer un détail plus subtilement montré.

Samnee fait donc ce qu'il fait le mieux (et mieux que tout le monde) en produisant des planches éblouissantes, où le mouvement est roi, les compositions d'un dynamisme imparable, le découpage virtuose (Kirkman ne cache pas être impressionné par la conversion de son script en images, notamment dans la poursuite en auto). Mais Samnee sait aussi ce qu'il doit à son génial coloriste Matt Wilson, qui, comme lui, privilégie les effets simples et efficaces au tape-à-l'oeil. Admirez dont comme lui les teintes chaudes de la séquence du resto puis celles plus froides, bleutées, une fois dans la maison puis dans la rue. Wilson n'a pas besoin d'en rajouter, mais il nuance sa palette si exemplairement que chaque ambiance est prenante. Et quand il faut doser les effets spéciaux (comme les boules de feu, très nombreuses dans cet épisode), il transforme ça en manifestations spectaculaires mais pas exagérées. La volonté de Kirkman de livrer une série lisible pour un public jeune est respecté.

Le mois prochain verra donc la conclusion de cet Acte I. On peut, sans trop s'avancer, s'attendre à des révélations sur ce qui se joue autour d'Owen, des divers clans. Mais Kirkman a prévenu que ce n'était que le début avant un deuxième mouvement encore plus fou.

jeudi 5 novembre 2020

X OF SWORDS, CHAP. 12-13 : X-MEN #14 - MARAUDERS #14, de Jonathan Hickman, Leinil Yu et Mahmud Asrar ; Gerry Duggan, Benjamin Percy et Stefano Caselli

 

Cette semaine, nous entrons, pour de bon, cette fois, dans le deuxième acte de X of Swords avec ses chapitres 12 et 13, correspondant à X-Men #14 et Marauders #14. Les scénarios sont écrits respectivement par Jonathan Hickman et Gerry Duggan + Benjamin Percy, les dessins sont signés par Leinil Yu et Mahmud Asrar puis Stefano Caselli. On commence par X-Men, pour un épisode qui à la fois recycle (graphiquement) tout en délivrant la vérité sur le passé d'Arakko et Genesis.



Genesis retrouve son époux Apocalypse dans un jardin de la citadelle de Saturnyne et offre de lui expliquer pourquoi et comment elle en est arrivée à jouer le rôle d'Annihilation. Il s'agit de justifier la volonté des Arakki de conquérir Krakoa et la Terre après ces millénaires dans l'Outremonde.


Contrairement à ce qu'avait raconté l'Invocateur à son grand-père, Genesis a battu Annihilation lorsqu'elle accepta l'invitation à la rencontrer, via sa soeur Isca. Elle découvrit que les Arakki prisonniers d'Amenth avaient enfanté des hybrides mi-mutants, mi-démons pour leur armée.


Refusant d'abord de porter à son tour le casque d'Annihilation, Genesis a assisté au massacre des Arakki par la horde d'Amenth, avant d'en prendre la tête. Puis les Invocateurs ont rouvert le passage vers notre réalité scellé par Apocalypse. Aujourd'hui, Genesis veut refonder Okkara, à tout prix.

*


L'pisode de Marauders se déroule la veille du tournoi : Saturnyne a organisé un dîner fastueux auquel elle a convié les champions de Krakoa et d'Arakko plus des représentants des royaumes de l'Outremonde. Une étrange veillée d'armes...
  

Avant d'être réunis dans la grande salle à manger, chacun se jauge, avec plus ou moins d'amabilités. Puis les convives s'installent. Magik et Gorgone tentent de percer à jour les Arakki, nullement impressionnés. Wolverine, comme l'a remarqué Tornade, est d'humeur sombre.


Tandis qu'Ororo entame une valse avec Mort, qui est intriguée par la déesse n'ayant jamais connu la mort qu'à travers la perte d'êtres chers, Wolverine interpelle Captain Avalon. Il fait valoir que si Brian Braddock donnait à Saturnyne ce qu'elle désire, le tournoi n'aurait pas lieu et le sang ne coulerait pas.


Mais Braddock lui rappelle qu'il est marié. Saturnyne invite chacun à s'attabler. Wolverine s'installe entre elle et Guerre, qui tente discrètement d'empoisonner le repas de Logan. Celui-ci, excédé par les manières de son hôtesse, sort les griffes...

X of Swords est un crossover qui ne fait décidément rien comme les autres. L'histoire prend son temps, un acte entier a été consacré à la révélation des champions de Krakoa et/ou à la recherche de leurs épées pour le tournoi organisé par Saturnyne dans l'Outremonde afin de décider si les champions d'Arrako pourraient aller sur Krakoa pour la conquérir.

 Après l'épisode interlude Stasis, le récit est entré comme dans une salle d'attente avant la bataille. Et les deux épisodes de cette semaine poursuivent dans cette direction. On pourrait penser que les auteurs gagnent du temps, au risque d'exaspérer les plus patients. En vérité, il s'agit de faire monter la température. Ce n'est pas le lecteur qu'il faut exaspérer mais bien les personnages. Et le contrat est bien rempli.

Dans X-Men #14, Jonathan Hickman va malgré tout certainement s'attirer les piques (voire les foudres) des lecteurs car l'épisode recycle visuellement pas moins d'une vingtaine de pages du n°12. En effet, Mahmud Asrar ne produit que six planches originales, le reste provient du matériel dessiné par Leinil Yu précédemment.

Arnaque ? Pas vraiment. Certes, on peut considérer le procédé un peu paresseux. Mais ce que Hickman fait ici, ce n'est pas nous resservir deux fois le même plat. Comme on pouvait s'en douter depuis la trahison violente de l'Invocateur qui a blessé gravement Apocalypse avec les quatre cavaliers (dans X of Swords : Creation), son récit sur la chute d'Arakko (après que En Sabar Nur avait scellé le passage reliant ce royaume à notre dimension) n'était certainement pas entièrement vrai. Lorsque à la fin de X of Swords : Stasis, Apocalypse a découvert que Genesis, sa femme, était désormais Annihilation, la chef de la horde d'Amenth, nos soupçons se confirmaient. Mais où se situait la vérité ? Comment, pourquoi Genesis est-elle devenue Annihilation et a-t-elle entrepris d'attaquer Krakoa pour refonder Okkara, par tous les moyens nécessaires ?

Fallait-il reprendre tout le récit de l'Invocateur avec cette fois la narration de Genesis ? Peut-être pas, honnêtement. Mais au moins, cela a le mérité d'être clair. Et donc on apprend que Genesis n'a pas été tuée par Annihilation mais bien que la première a tué la seconde. Et ceci après avoir découvert que les prisonniers Arakki capturés par la horde d'Amenth avaient servi à enfanter une progéniture monstrueuse, mi-mutante mi-démoniaque, constituant une armée considérable et quasi-imbattable. Dans un premier temps, Genesis refuse de porter le masque d'Annihilation, qui contrôle celui qui le revêt et le consume. Mais en assistant au massacre des Arakki par la horde, elle y consent. Puis les Invocateurs rouvrent le passage autrefois scellé par Apocalypse et Genesis décide de réunifier Arakko et Krakoa.

Les rapports que lui trasmet l'Invocateur lui révèlent la nature de la société de Krakoa, le rôle qu'y joue Apocalypse. Ce dernier avait promis une armée pour retourner sauver les Arakki, mais n'a jamais tenu sa promesse. Pire : le conseil de Krakoa ignorait tout de cette histoire passée. Genesis, de toute façon, a jugé Krakoa : c'est une société faible, trop diplomate avec le reste de la Terre. Elle décide donc de conquérir Krakoa avec la horde, puis la Terre. Les époux sont désormais adversaires et Apocalypse tient le destin de Krakoa dans ses mains avec les champions de l'île. Converti à la cause et aux méthodes de Charles Xavier, il ne veut plus dominer les autres mutants mais les protéger, y compris de leurs ancêtres et semblables de l'autre moitié d'Okkara.

 Hickman donne une justification au conflit très probante. Tout réside dans les différences sociétales de Arakko et Krakoa. Krakoa est une utopie patiemment construite, une union sacrée, avec une diplomatie qui communique avec le reste de la Terre. Arakko est une terre de survivants dont Genesis souhaite refonder Okkara par la force et imposer sa loi au reste du monde car elle considère la politique terrienne comme faible et encore trop en défaveur des mutants. Face-à-face, on a deux figures tragiques, des amants désormais adversaires qui ne tolèrent ni l'un ni l'autre les positions de chacun. La guerre est inévitable et le tournoi décidera si Arakko pourra conquérir Krakoa.

Six pages, c'est maigre pour juger la contribution de Asrar, mais l'artiste livre six pages superbes, à la fois suspendues et tendues. Apocalypse et Genesis disposent de designs magnifiques (En Sabah Nur arbore une tenue différente, un véritable habit de cérémonie, de combattant, plus élégant et évoquant ses racines), Genesis affiche une séduction implacable indéniable. On mesure le fossé qui s'est creuse entre eux mais aussi, surtout, la position qu'ils occupent désormais, des leaders, des meneurs de troupe. Apocalypse porte en lui une douleur poignante face à son épouse. Celle-ci est déterminée et même dédaigneuse (elle qualifie Krakoa comme son mari de "faibles"). Asrar n'a pas besoin de beaucoup de place pour suggérer tout cela grâce à la gestuelle retenue des personnages, la manière de les cadrer, les expressions de leurs visages (à la fois fermés et éloquents).

L'épisode de Marauders voit le retour à l'écriture de Gerry Duggan assisté de Benjamin Percy et les scénaristes sont en très grande forme. Il est loin le temps des premiers numéros de la série, bancals, maladroits. Désormais, l'écriture est maîtrisée, serrée, même si elle ne renonce pas à quelques traits d'esprit. Duggan et Percy, surtout, réussissent parfaitement (mais alors vraiment parfaitement) à animer les personnages au coeur de scènes à la fois savoureuses et incroyablement denses.

La couverture (sublime, de Russell Dauterman) met l'accent sur la danse de Tornade et Mort, et ce n'est pas immérité car la scène en question est magnifiquement mise en scène par Stefano Caselli. Le dessinateur en exploite l'étrange sensualité qui troublera tous les lecteurs tout comme le dialogue ciselé entre les deux adversaires. Mort est fasciné par Tornade (qui ne le serait pas ?) et leur échange tourne autour de la peur et la connaissance de la mort. Tornade n'a (du moins à ma connaissance) jamais été tuée (une rareté chez les mutants), elle n'a donc connu la mort qu'à travers la perte de proches, d'amis, de co-équipiers. On apprécie d'autant mieux son rôle récent de maîtresse de cérémonie quand elle réintroduit les mutants ressucités devant le peuple de Krakoa, et l'énergie qu'elle y met. Ce n'est donc pas tant qu'elle ne redoute pas la mort qu'elle s'y habituée, certainement au point d'envisager la sienne avec philosophie (peut-être même fatalisme). Son statut de déesse ajoute à cette appréhension si personnelle car comme toute divinité, son rapport au temps et donc à sa finalité diffère des "simples mortels". Cela intrigue Mort - et promet une confrontation tout à fait spéciale.

Pourtant, si on est tout à fait juste, celui qui cristallise l'attention dans cet épisode, c'est Wolverine. Et sur ce point, on peut dire que Duggan et Percy animent le personnage avec brio. Logan a été montré par Percy en rupture avec l'idéal de Krakoa en tant que société et en tant qu'entité. Il ne croit guère à la pérennité de l'utopie mutante et a exprimé franchement ses sentiments à l'île elle-même depuis qu'il a compris qu'elle voulait renouer avec sa moitié Arakko.

 On comprend dès lors fort bien que Logan soit d'humeur ombrageuse non seulement à la veille du tournoi mais encore plus au moment de s'attabler avec les champions d'Arakko et Saturnyne. Cette dernière a exprimé son mépris pour le mutant mais Wolverine ne lui en veut pas que pour cela. Tout est concentré dans un échange avec Brian Braddock/Captain Avalon qui, selon le griffu, s'il cédait aux avances de Saturnyne, la convaincrait facilement d'annuler le tournoi, de renvoyer les Arakki chez eux, et donc, surtout, d'empêcher que du sang innocent ne soit versé.

Le raisonnement de Wolverine est sans doute simpliste, mais certainement pas entièrement faux. Il fait peu de cas du fait que Brian est marié et ne souhaite pas tromper (ou carrément abandonner) Meggan. Ce qui compte ici, c'est surtout que Duggan et Percy trouvent le ton juste pour le personnage, on comprend que ce soit Wolverine qui pense et dise ça. Mieux : on aimerait qu'il ait raison.

Caselli grâce à son trait très expressif se régale visiblement, et c'est communicatif, à dessiner Logan. Il lui donne une présence sensationnelle, une posture très crédible, des mimiques épatantes. C'est une véritable cocotte-minute, prête à exploser. Et c'est ce qui se passe effectivement, avec un cliffhanger terrible, inattendu, qui relance complètement la partie, qu'on ne voit absolument pas venir et qui en même temps apparaît inévitable tellement Wolverine est à cran (et Saturnyne exaspérante).

On se délectera aussi, visuellement et narrativement, du passage en revue effectué par Magik et Gorgone (un duo irrésistible au moment de sonder les adversaires) - la scène avec Isca est jubilatoire. Vraiment, cet épisode est un régal.

Je le répète : X of Swords ne fait rien comme les autres. Mais c'est tant mieux. Et on cherche en vain ce qui pourrait faire dérailler cette saga. J'avais peur de son ampleur, de sa longueur, de son traitement. Mes doutes se sont envolés. Quel bonheur !

mercredi 4 novembre 2020

LUMIERE SUR... CHRIS SAMNEE #INKTOBER 2020 #BATOBER 2020

Bien qu'il soit désormais occupé par les dessins de Fire Power et de Joanna and the Umpossible Monsters (dont la publication chez Oni Press est suspendue au calendrier de reprise de l'éditeur à cause de la crise sanitaire), Chris Samnee a rempilé cette année pour son traditionnel "Batober" dans le cadre du "Inktober challenge" du mois d'Octobre.

Comme à son habitude, l'artiste a choisi de produire 31 images autour de Batman et de son univers. Comme toujours le résultat est magnifique, plein d'inventivité. Ci-dessous, vous pourrez trouver la liste de mots qui lui ont été soumis par ses fans (sur son compte Instagram) et dont il s'est inspiré pour ses dessins, que je poste ensuite.

Enjoy !

































A noter que, si vous avez des économies, tous ces dessins seront prochainement mis en vente par Chris Samnee. Consultez ses réseaux sociaux (Instagram, Twitter) pour savoir comment les acquérir et à quel prix.

dimanche 1 novembre 2020

AN UNKINDNESS OF RAVENS #2, de Dan Panosian et Marianna Ignazzi

 

Le premier épisode de An Unkindness of Ravens m'avait beaucoup plu. Dan Panosian avait su établir une ambiance prenante, avec des personnages bien campés. De quoi continuer l'aventure, d'autant que la partie graphique assurée par Marianna Ignazzi était également très séduisante. Toutes ces qualités se retrouvent dans ce nouveau numéro qui sait ménager suspense et révélations.



Wilma a rencontré la bande des Ravens dans la forêt attenante au collège où elles étudient et a découvert qu'elles étaient apparemment de jeunes sorcières. Mais, encore réservée à ce sujet, elle ne le révèle pas à son ami Ansel. Et elle rentre chez elle, trouvant son père assoupi dans canapé devant la télé.



Après cette journée riche en émotions fortes, Wilma se réfugie dans sa chambre où elle s'endort en examinant l'avis de recherche de Waverly Good. Elle fait un rêve étrange où la disparue au milieu des Ravens lui demande de la retrouver.


Le lendeman matin, Wilma regagne le collège où Scarlett Dansforth lui donne rendez-vous dans la bibliothèque. Ansel l'y accompagne et Wilma découvre que Scarlett a mené son enquête sur ses parents tout en l'invitant à faire partie de sa propre bande, en commençant par venir faire ses devoirs chez elle.


La discussion est interrompue par la principale Andrews qui répéte à Wilma qu'en cas de problème elle se tient à sa disposition. Alors qu'elle rejoint son casier, la jeune fille est à nouveau abordée par les Ravens qui lui déconseille d'aller chez Scarlett.


Joignant leurs mains à celles de Wilma, elles font apparaître un pentacle et indique ainsi à la nouvelle venue qu'elle est des leurs, car elle possède visiblement aussi des pouvoirs magiques...

Ce qui fonctionne vraiment bien dans An Unkindness of Ravens, c'est que rien n'y est asséné. Le scénario est écrit de telle manière que l'histoire intrigue efficacement le lecteur tout en lui laissant de l'espace pour qu'il tentee de combler les trous. On est dans la même situation que Wilma, découvrant, incrédule, ce qui se joue à Crab's Eye, dans son collège, entre ces diverses bandes de filles.

C'est d'autant plus malin de la part de Dan Panosian qu'il met en scène ce récit en alignant des motifs proches du cliché. Avec sa joile héroïne blonde, la peste Scarlett, la bande aux airs gothiques des Ravens, et des adultes en retrait, on se croirait vraiment dans une série télé assez inoffensive, sur le modèle de Dawson, Les Frères Scott et autres programmes pour adolescents. Mais ce qui nuance cela, c'est l'atmosphère.

Jamais en effet Panosian n'asséne quoi que ce soit. Faut-il prendre cette histoire au premier degré ? Comme Wilma, on est souvent partagé entre deux sentiments, balloté entre deux parties. Les Ravens sont-elles d'authentiques sorcières ? Ou le collège où elles étudient n'est-il que le théâtre d'une rivalité entre filles issues de milieux sociaux différents, avec entre elles Wilma, objet de leur attention parce qu'elle ressemble à s'y méprendre à Waverly Good, portée disparue ?

Subtilement, Panosian glisse quelques indices : un rêve étrange ici, l'apparition extraordinaire mais discrète d'un pentacle formé par les mains jointes des Ravens et de Wilma. Mais rien de plus spectaculaire afin, toujours, que le lecteur s'interroge. Wilma est à cet égard un personnage parfait car on peut se demander si elle n'est tout simplement pas trop impressionnable. Elle vient juste d'arriver dans cette bourgade de Crab's Eye, elle n'y connaît personne, son père ne lui est d'aucun soutien (trop perdu dans son chagrin de veuf), et là voilà confondue avec une autre, harcelée par une fille de riches notables du coin et un groupe d'élèves qui évolue comme une meute autour d'elle.

Pas besoin de se forcer donc pour être captivé par ce récit, son ambiance, son héroïne, les intrigues dont elle est le coeur. Tout juste peut-on regretter que le personnage de Ansel ne soit pas plus exploité, plus creusé, mais nous n'en sommes qu'au deuxième épisode et rien n'est donc perdu. De même, la principale Andrews suscite la curiosité par son comportement très protecteur, donc suspect, envers Wilma.

An Unkindness of Ravens est aussi facile à aimer parce que c'est une série très joliment illustrée. Marianna Ignazzi n'est pas italienne pour rien : son dessin évoque le meilleur des fumetti, à commencer par son découpage qui privilégie les cases occupant toute la largeur de la bande et assurant une lecture très fluide. Il ne faut pas prendre cela pour une facilité graphique car ce genre de plan exige de l'artiste de soigner ses décors, la profondeur de champ, les compositions. Ignazzi brille par ailleurs par l'élégance de ces enchaînements (comme en atteste la scène du rêve de Wilma).

Pourtant, cette dessinatrice a un trait qui, étonnamment, ne m'évoque que peu de références avec la BD. Ici, tout est simple, raffiné, élégant, épuré, comme du dessin de mode. Je pense souvent au génial René Gruau quand je lis les pages de Ignazzi. Il y a de l'allure dans ce dessin, une absence d'effort, quelque chose de quasi liquide. L'artiste utilise les ressources de l'infographie moins pour créer des effets voyants que pour fluidifier la lecture, arrondir son trait, en conserver la spontanéité. C'est remarquable.

Les premiers retours, critiques et publics, ont dû rassurer Panosian et Ignazzi sur l'attrait de leur projet. C'est mérité car très bien exécuté. Voilà une petite entreprise très plaisante et addictive.