samedi 5 septembre 2020

FIRE POWER #3, de Robert Kirkman et Chris Samnee


J'ai adoré les deux premiers épisodes de Fire Power, sans cacher que ce plaisir était attaché au retour aux affaires de Chris Samnee. Mais l'histoire imaginée par Robert Kirkman, avec des influences évidentes et assumées, n'est pas non plus étrangère à son succès. D'ailleurs, le Prelude de la série a été la meilleure vente dans la catégorie "Graphic Novel"de Juillet dernier. C'est bien parti donc et ce numéro trois continue de combler le fan.


Après leur nuit agitée, les époux Johnson, levés avant leurs enfants, décident de les entraîner aux arts martiaux pour prévenir de futures agressions. Reggie, le collègue policier de Kellie, passe la chercher tandis que Owen conduit Hailey et Doug à l'école.


Profitant de sa pause déjeuner, Owen, qui restaure des meubles pour un antiquaire, se remémore son séjour au temple, les attaques suivantes du clan de la Terre Ecorchée, le départ de Ling Zan, sa mort... Autant d'éléments qui, rétrospectivement, le troublent.


Comme convenu, à leur retour de l'école, Owen débute l'entraînement de Doug, enthousiaste, et Hailey, moins motivée. Il leur dissimule toujours la visite des ninjas et de Ma Guang cette nuit et peine à les convaincre de s'endurcir. Jusqu'à l'arrivée de Kellie qui montre l'exemple.


Reggie retrouve Wei Lun pour le compte de qui il espionne les Johnson. De son côté, Ma Guang rentre au temple où Chou Feng est déçu de le voir revenir seul. Il prend immédiatement des mesures pour corriger cela...


Quand on lit beaucoup de récits super-héroïques comme moi, même si cela reste un plaisir, il faut admettre que se plonger dans autre chose revient à une respiration bienvenue. On change de codes narratifs, on savoure ce changement. Fire Power est, à cet égard, une parenthèse appréciable.

Pourtant, la création de Robert Kirkman et Chris Samnee emprunte aux super-héros, on a pu reconnaître des emprunts, assumés, à Iron Fist en particulier. Mais c'est une production dépouillée du folklore des super-héros, sans masque ni super-pouvoirs à foison (excepté les boules de feu, mais leur usage est très modéré), ni super-vilain. Fire Power est avant tout un récit d'aventures et une histoire familiale, deux des motifs familiers de Kirkman.

Cet épisode l'illustre parfaitement en naviguant entre description du quotidien des Johnson et scènes d'entraînement aux arts martiaux, agrémentées d'un flashback qui nous ramène au temple de Poing de Feu et non pas un mais deux cliffhangers vraiment accrocheurs.

Le scénario s'attarde donc, pour une large part, sur la cellule familiale du héros. Kirkman montre Kellie Johnson dans son quotidien de femme flic avec son partenaire Reggie. Le lecteur peut fantasmer sur ce couple professionnel car Reggie est séduisant, peut-être Kellie est-elle sortie avec lui avant de rencontrer Owen, peut-être que Reggie nourrit des sentiments pour sa partenaire. C'est suggéré très légèrement. Mais ça participe à l'enrichissement de l'arrière-plan de la série, avec un supporting cast qui n'est pas négligé.

Evidemment, cela prend un relief spécial quand on découvre, à la fin, que Reggie joue aussi les espions pour Wei Lun. Depuis qu'on sait que l'ancien professeur d'Owen au temple porte désormais la marque cu clan de la Terre Ecorchée, les cartes sont rebattues et on peut là aussi imaginer des théories à foison (par exemple : Wei Lun aurait-il changé de camp pour mieux lui aussi surveiller son ancien ennemi ?).

De son côté, Owen est montré sur son lieu de travail : il restaure des meubles pour un antiquaire. Kirkman pourrait zapper ce genre de scène, simplement en évoquant par un dialogue l'activité professionnelle de son héros, mais en en soignant ce détail, il ancre le personnage dans une réalité pragmatique. Owen n'est pas un individu exceptionnel qui vit aux crochets de sa femme ou est dispensé de travailler par je-ne-sais quel artifice (comme s'il était l'héritier d'une fortune providentielle), c'est un type normal (ou presque), qui a vraiment tourné le dos à son ancienne vie et a trouvé un équilibre. On saisit d'autant mieux pourquoi le retour de Ma Guang le dérange.

En deux doubles pages (sublimes), Kirkman et Samnee retournent à l'époque où Owen séjournait au temple et de façon allusive mais suffisamment évocatrice résume des faits marquants. On comprend que le clan de la Terre Ecorchée a multiplié les assauts contre le temple (après celui vu dans le Prelude), que Chou Feng et Wei Lun se sont querellés (sans doute sur la réponse à apporter à ces agressions), que Ling Zan a découvert un secret compromettant sur le temple, a choisi de le quitter (sans être suivie par Owen) puis a été retrouvée morte, brûlée vive, que Owen a enterré ses cendres...

Toutes ces informations densifient l'épisode et lui apportent une substance étonnante en même temps qu'elles valident l'idée que la série va sans doute régulièrement remonter le temps pour expliquer les raisons du départ d'Owen, pourquoi il pense que Chou Feng a assassiné Ling Zan, et pourquoi aussi Wei Lun a rejoint le clan de la Terre Ecorchée. Kirkman confirme d'ailleurs à la fin de ce numéro, après la page du courrier des lecteurs, dans un nouvel échange avec Samnee, qu'il a des plans à long terme pour Fire Power (tout en précisant que la série serait moins longue que ses best-sellers, The Walking Dead et Invincible... Il y a de la marge, puisque ces deux titres ont dépassé les cent épisodes).

Samnee éblouit une fois de plus dans ce chapitre. Il avait raconté dans la postface du précédent numéro le conseil d'un professionnel à ses débuts comme quoi il devait savoir aussi bien dessiner le quotidien que le spectaculaire. Et on voit à quel point il a suivi ce conseil quand il s'agit de mettre en images des scènes banales comme celle où Owen conduit ses enfants à l'école, travaille dans son atelier de restauration.

L'artiste injecte à cela une fantaisie subtile quand Owen fait une pause pour son déjeuner : on le suit à l'extérieur de son atelier et soudain il saute par-dessus un mur, grimpe sur les barreaux d'une échelle sans s'aider de ses mains et aboutit au sommet d'un château d'eau surplombant St-Louis (puisque c'est là où se situe l'action - et où vit Samnee). La grâce féline du personnage est superbement traduite par le trait aérien de Samnee qui prend un plaisir communicatif à dessiner Owen comme un équilibriste accompli dont l'agilité est intacte après des années loin du temple - Samnee et Kirkman avaient d'ailleurs pensé à le montrer un peu moins élancé pour souligner les années passées mais Samnee a ensuite oublié ce détail.

On remarque aussi le soin avec lequel le dessinateur traite Kellie. Au détour d'un dialogue du précédent épisode, on savait qu'elle était donc flic et connaissait le passé de son mari. On remarque maintenant qu'elle s'entraîne avec lui et qu'elle est une artiste martiale accomplie comme lorsqu'elle sauve la mise de Reggie en neutralisant un voleur d'un mouvement expert ou quand elle affronte son mari sous les yeux complices de leurs enfants. Certains lecteurs, dans leur courrier, avaient d'ailleurs pensé que Kellie était Ling Zan mais ce n'est évidemment pas le cas puisque Ling était asiatique et pas Kellie. On notera en revanche comment un détail anodin comme un papillon est brillament exploité par Samnee dans cette séance d'entraînement - un papillon est aussi visible dans le flashback précité, évoquant Ling Zan - et qui distrait Owen.

C'est un vrai régal de lire d'aussi belles planches et j'encourage encore une fois à prendre le temps de les savourer : Samnee est un grand dessinateur, pour moi le meilleur dans sa partie actuellement car il coche toutes les cases (c'est le cas de le dire). Son trait est expressif, ses effets dosés, son découpage efficace, la lecture est fluide. Comment ne pas aimer tout ça ? C'est parfait, c'est divin, c'est l'oeuvre d'un homme en pleine possession de ses moyens (et il n'a que quarante et un an !).

Kirkman, son label Skybound et Image Comics qui l'héberge ont toutes les raisons d'être satisfait car le lecteur est comblé. Fire Power est une BD jubilatoire, servie par un Samnee impérial.  

STRANGE ADVENTURES #5, de Tom King, Evan Shaner et Mitch Gerads



Strange Adventures est une curieuse (mini) série, qui se déroule sur un faux rythme, tranquille, comme si Tom King voulait endormir la vigilance du lecteur avant un second acte plus tonique (peut-être). C'est une fois de plus, en tout cas, l'impression qui se dégage de cet épisode, où brillent particulièrement Mitch Gerads et Evan Shaner, au diapason de leur scénariste.


Après le massacre des Hellotaat dans l'assaut contre les Pykkt, Alanna convainc Adam Strange de se tourner vers les Rockmen, des sauvages résidant dans les cavernes de Rann, à l'écart de tout. En attendant la décision de leur reine, ceux-ci enferment leurs visiteurs dans une cave.


Sur Terre, après l'attaque à Gotham d'un drone Pykkt, la Justice League, représentée par le Martian Manhunter, répond aux inquiétudes d'une commission d'enquête du Congrès. Mais Alanna, également conviée, affirme que les héros de la Terre ne sont pas prêts.


Cette déclaration trouve un écho en haut lieu puisque le Président des Etats-Unis décide de confier à Adam Strange la direction d'une force d'attaque à laquelle la Justice League est contrainte d'apporter son soutien.


C'est une nouvelle victoire médiatique pour les Strange. Sur Rann, confinés dans leur cave, Adam et Alanna survivent comme ils peuvent et font l'amour pour conjurer le sort. Ils trouvent ensuite une issue à leur prison et se présentent devant la reine des Rockmen.


Alanna parvient à la convaincre d'une alliance en la menaçant de représailles une fois la guerre finie. Une alliance historique est conclue entre Hellotaat, Rockmen et Ranniens, sous les yeux d'Alea Strange...

Tom King n'avait pas menti en expliquant que Strange Adventures ne raconterait pas une histoire semblable à Mister Miracle. Il ne s'agit en effet pas d'un récit sur un héros en pleine dépression, mais bien d'une intrigue politique et ce cinquième chapitre le confirme franchement.

Encore davantage que précédemment, c'est Alanna qui est mise en avant, au point qu'on peut légitimement se demander si ce n'est pas elle la véritable héroïne de la série, davantage en tout cas que Adam Strange. King l'écrit comme une femme avec une volonté confinant à l'autoritarisme, mais c'est logique quand on remet le personnage dans son contexte : elle est la fille du plus haut dignitaire d'un monde bien plus avancé technologiquement que le nôtre, et il est logique qu'elle affiche un air supérieur, hautain quand elle a affaire aux autres peuplades de sa planète ou face aux terriens.

Bien entendu, Alanna n'attire pas la sympathie. C'est culotté de la part de King de représenter une femme ainsi, actuellement, car les mouvements #metoo et Time's up ont mis en avant des femmes à l'offensive contre le patriarcat et les violences domestiques. Alanna est tout sauf une victime, d'ailleurs il y a fort à parier qu'elle serait agacée par celles qui se plaignent des traitements subis à cause d'hommes abusant de leur pouvoir. Pour employer une fameuse expression, dans le couple Strange, c'est elle qui "porte la culotte" et se plaindre, c'est déjà une faiblesse.

King montre, sans filtre, le caractère volontiers manipulateur d'Alanna qui réussit, patiemment, à retourner l'opinion en faisant passer la Justice League, Mr. Terrific et les médias pour des ingrats parce qu'ils soupçonnent Adam Strange de n'être pas le héros valeureux tel qu'il se décrit dans son autobiographie et alors qu'il a été soupçonné du meurtre d'un lecteur l'accusant d'avoir commis des crimes de guerre. Une fois encore, elle provoque un membre de la Ligue de Justice (le Martian Manhunter) et rabroue un membre du Congrès américain quand ils sous-estiment la menace Pykkt.

Par contraste, Adam semble soumis à son épouse, d'ailleurs il se tient derrière elle lorsqu'elle intervient au Congrès et c'est elle qui apprend que le Président des Etats-Unis charge son mari de conduire une Task Force en vue d'un assaut des Pykkt contre la Terre.

Même dans les flashbacks, Alanna prend le pouvoir. Elle accepte d'être enfermée dans une cave par les Rockmen avec Adam en attendant la décision de leur reine de s'allier aux Ranniens et aux Hellotaat contre les Pyykt. Et ce, durant un cycle, c'est-à-dire un mois ! Alors, comme le lui rappelle, effaré, Adam, que la guerre continue à la surface. Quand les deux époux sortent de leur geôle, c'est encore Alanna qui défie la reine Rockmen en la menaçant de représailles sanglantes, une fois la guerre finie, si elle et les siens ne viennent soutenir la résistance. En fait, dès la scène d'ouverture (où Alanna laisse un Hellotaat se faire tuer par un Rockman en empêchant Adam d'intervenir), le ton est donné.

Outre donc cette caractérisation peu sympathique, ce qui trouble aussi, c'est donc le rythme qu'imprime King à son histoire. Jamais un emballement, une accélération. C'est comme s'il cherchait à nous endormir, à nous faire baisser la garde. L'action est souvent hors-champ, encore plus rarement développée, pas de scènes de combat spectaculaire, ni d'éclat de voix. C'est plutôt une rage sourde qui parcourt le récit, quelque chose de subi constamment par un camp ou l'autre. Cela vient du fait que les Strange sont à la fois au centre et à la périphérie de l'intrigue, à la fois témoins et suspects. Tout ce qui les entoure est sujet à caution. D'où cette incertitude sur la culpabilité réelle d'Adam, le sort d'Aléa : on a pu voir à travers Mr. Terrific que Rann n'était pas un monde si clean que ça, on a pu comprendre qu'il y avait des secrets inavouables, possiblement de gros mensonges, des grosses omissions. Mais cela reste en suspens grâce aux manoeuvres d'Alanna.

Interrogé sur Tumblr sur la manière réelle dont il se partageait le travail, Evan Shaner a expliqué que lui et Mitch Gerads, contre toute attente, n'échangeaient pas beaucoup, se reposant sur un script solide. Il n'empêche, on ne peut qu'être admiratif de la fluidité avec laquelle les pages s'enchaînent, comment les deux artistes se les partagent sans se marcher dessus.

Il me semble pourtant que sur cet épisode Mitch Gerads en impose un peu plus. Sans doute parce qu'il dispose des scènes les plus marquantes (l'intervention au Congrès, le dialogue avec la représentante du Président, la conférence de presse d'Adam). Gerads les illustre avec sobriété, sans en rajouter : il sait que le matériau fourni par King est suffisant en soi, inutile de faire de l'esbrouffe visuelle. J'ai toujours, malgré tout, des réserves sur sa représentation d'Alanna, que je trouve trop ressemblante à Big Barda, ou en tout cas pas assez ressemblante avec la Alanna que dessine Shaner dans les flashbacks. Gerads échoue, depuis le début, à lui conserver sa séduction, sa beauté, insistant sur une silhouette moins fine, un visage moins gracieux. 

Evan Shaner, lui, est plus à l'aise avec les personnages en général et le prouve en animant les époux Strange, mais aussi les Hellotaat ou les Rockmen. Sous son crayon, Alanna a un charme absolu et Adam est moins amorphe. En de multiples occasions, les sentiments qu'ils ont (face aux situations qu'ils traversent ou l'un pour l'autre) sont mieux rendus, avec plus d'expressivité, tandis que Gerads a plus d'aisance avec la composition générale des plans, leur ambiance, leurs couleurs, leur tonalité. La majorité des scènes de l'épisode pour Shaner sont confinés dans l'espace clos d'une cave, éclairée par un feu de bois, avec seulement deux personnages (Adam et Alanna). Il tire le meilleur de cette exiguïté, jusqu'à une scène d'amour passionnée (mais pas trop non plus : Strange Adventures a beau être publié sous le label adulte de DC, ça reste très sage), mais on le sent un peu frustré.

Je continue de parier sur une intrigue coupée en deux, d'autant que, en Novembre, la série s'interrompt (elle reprendra en Décembre), le temps de publier une version director's cut du #1 (en noir et blanc, avec le manuscrit du script). Je pense qu'ensuite l'invasion des Pykkt sur Terre mais aussi la vérité sur les éventuelels exactions militaires d'Adam, le sort de sa fille seront explorés. Peut-être qu'alors Strange Adventures décollera vraiment, connaîtra un vrai coup d'accélérateur. Ce serait bienvenu... 

vendredi 4 septembre 2020

GUARDIANS OF THE GALAXY #6, de Al Ewing et Marcio Takara


Guardians of the Galaxy version Al Ewing se distingue comme une série qui n'a pas de temps à perdre depuis que le scénariste en a pris les commandes. Pour en témoigner, des arcs courts, ponctués par des épisodes de transition, où tout le monde (héros, lecteur) souffle. C'est le cas avec ce numéro, centré sur Nova, et dessiné par Marcio Takara.


Sur le conseil de Hercule, Richard Ryder/Nova consulte un psy. Depuis toujours, il a ressenti un fort sentiment de culpabilité, au contact d'un père exigeant, puis du cadre rigide du Nova Corps, puis des guerres qu'il a traversées. Jusqu'au récent décès de Peter Quill/Star-Lord dont il se sent coupable.


Ne sachant par où commencer, Nova décide de récapituler les dix derniers jours, depuis la fin de la mission qui a réconcilié les deux parties des Gardiens de la galaxie. A cette occasion, Hercule et Marvel Boy sont devenus amants tandis que Moondragon révèlait sa nouvelle personnalité à Phyla-Vell.


Pour fêter la victoire, Nova prenait un verre dans un bar et a abordé Gamora, pour laquelle il nourrit toujours des sentiments amoureux. Ensemble, ils ont parlé des conflits qu'ils ont connus et de l'affection qu'ils se portaient.


Mais Gamora, qui avait trouvé une stabilité affective auprès de Peter Quill, tient toujours Nova pour responsable de sa mort...


La première réflexion que j'ai eue après avoir lu ce (remarquable) épisode m'a renvoyé à la saga Empyre dont j'ai parlée hier ici même. En effet, Al Ewing en était le co-auteur tout comme il signe le scénario de Guardians of the Galaxy. Et on ne peut s'empêcher de comparer la qualité des deux travaux.

Bien entendu, il ne s'agit pas de compter les points, pour la bonne raison qu'on n'évalue pas de la même manière six épisodes d'un event estival et une série au long cours. Mais vous aurez noté qu'il s'agit, ironiquement, du sixième épisode de Guardians of the Galaxy et cette comptabilité trouble la critique.

Ce qui a fait défaut, cruellement, à Empyre est brillamment géré dans la série cosmique dont il est ici question. Depuis qu'il a succédé à Donny Cates, Al Ewing s'est evertué à dépoussierer les Gardiens de la galaxie, d'une façon plus nette que son devancier (qui avait déjà introduit de "nouvelles" recrues, conservées depuis, comme Phyla-Vell et Moondragon). Cette volonté manifeste s'est traduite par la disparition de Peter Quill/Star-Lord, un acte fort (même si, en fait, personne n'est dupe : le leader emblématique de l'équipe n'est pas mort et reviendra).

N'empêche, ce choix a purgé la série, et a affirmé les intentions de Ewing. Brian Michael Bendis avait bâti son run sur la formation classique des Gardiens (celle qui a été popularisé par les films), en injectant des éléments inattendus (Kitty Pryde, la Chose, Venom, Angela). Tuer Quill, c'était en quelque sorte tourner la page Bendis et s'astreindre à recomposer le groupe.

Après cinq épisodes menés tambour-battant, Ewing ausculte les répercussions de cet événement, en prenant le temps. Pour cela, il donne la parole à Nova, un satellite des Gardiens depuis le run de Dan Abnett et Andy Lanning, durant les diverses Annihilations (évoquées ici). Richard Ryder est un personnage qui a été imaginé comme un équivalent à Green Lantern pour Marvel, mais la copie n'a jamais égalé l'original. Nova est resté un fan-favorite mais sans être une star.

Ewing prend cela en compte : il écrit le personnage ainsi, comme un héros à la marge, mais en lui ajoutant un gros complexe de culpabilité, remontant à l'enfance. Promis au meilleur, Richard Ryder a déçu, lui le premier. Et aujourd'hui il porte le deuil de son meilleur ami, Star-Lord, après que celui-ci ait décidé de se poser avec Gamora... La femme qu'a aimé Nova.

Si le prétexte de la séance de psychanalyse est facile, en revanche, Ewing tire le meilleur de la séquence qui réunit les amants de jadis. Gamora aussi a aimé Nova, puis lui a préféré Peter Quill. Le décés de ce dernier est le fait, indiscutable pour elle, de Richard Ryder car il l'a entraîné dans sa mission contre les Olympiens. Le fait que Nova appréciait vraiment Star-Lord ne fait que rendre plus terrible l'issue de l'aventure. Il n'y aura pas de réconciliation possible entre Gamora et Nova - qui en est donc quitte pour de nouvelles séances chez le psy.

Dans Empyre (bien que les torts soient partagés avec Dan Slott), Ewing a échoué, lamentablement, à faire vivre des équipes de héros, en les Avengers, fantomatiques dans cette saga. Ici, au contraire, même à travers la voix d'un seul personnage, il réussit brillamment à concilier intrigue et dynamique de groupe. La dimension familiale des Gardiens de la galaxie est parfaitement retranscrite, parfois avec une pointe d'ironie (quand Nova mentionne le côté soap opera de l'affaire via les romances Hercule-Marvel Boy ou Moondragon-Phyla-Vell), parfois de façon plus poignante (quand Gamora explique pourquoi elle a préféré Peter Quill). Ewing sait donner une voix singulière à chacun et c'est pour cela que ça fonctionne émotionnellement et narrativement (quand Empyre se plantait en beauté pour combiner états d'âme et grand spectacle).

Ce mois-ci, Juann Cabal se repose et laisse donc la place à Marcio Takara. C'est compréhensible quand on a lu les épisodes époustouflants mais exigeants en termes d'investissement graphique de Cabal.

Takara a un autre style mais c'est un artiste très correct et qui ne rechigne pas à jouer les pompiers de service (il le fait indifféremment pour Marvel et DC). A voir s'il continuera de jouer les doublures pour cette série, personnellement ça me conviendrait très bien.

Sa contribution ici est soignée. Il utilise un découpage très sobre, qui colle avec l'histoire, et recourt plusieurs fois à un "gaufrier" de neuf cases, et des "talking heads" - rien que de très normal pour un épisode-confession. Certes, Takara n'a pas le génie expressif d'un Immonen ou d'un Maguire, mais il fait passer habilement les émotions de ses personnages et parvient même à des effets stylisés efficaces (très belle case de Nova en gros plan, de 3/4 face, le visage presque dévoré par l'obscurité à un moment-clé du dialogue avec Gamora).

Takara sait aussi se lâcher quand il le faut et compose des doubles pages abouties (comme celle qui retrace l'évolution de Nova de ses débuts à nos jours avec un alignement de cases verticales) ou une splash-page explosive (renvoyant à la dernière mission des Gardiens). Ce qui manque le plus, c'est une qualité dans la finition car Takara a un trait un peu trop jeté, proche du croquis parfois. Par rapport à la minutie impressionnante de Cabal (égale à celle d'un Russell Dauterman), évidemment, c'est plus faible.

En prime, on a droit à une superbe couv' signée Rafael Albuquerque.

Bref, ce sixième épisode est parfait et confirme que Guardians of the Galaxy est une des toutes meilleurs productions Marvel actuelles. Un team-book impeccablement écrit, et graphiquement bien doté.

BLACK WIDOW #1, de Kelly Thompson et Elena Casagrande


Longtemps repoussée à cause de la crise sanitaire, la nouvelle série Black Widow est enfin disponible, même si elle ne sort pas en même temps que le film éponyme comme prévu. Aux manettes : Kelly Thompson et Elena Casagrande, une équipe artistique 100% féminine (sans compter la coloriste Jordie Bellaire). Et le défi de faire aussi bien, sinon mieux que le run de Waid-Samnee. Pari gagné ? En tout cas, un début encourageant.


En froid avec Hawkeye, Black Widow accomplit une mission secrète dont elle remet le produit à Captain America. Elle rentre ensuite chez elle mais remarque une présence suspecte dans son appartement.


C'est un piège et bien qu'elle le détourne, elle est défenestrée. Black Widow est-elle morte ? En tout cas, elle disparaît...


Trois mois plus tard, elle visite le chantier d'un immeuble dont elle a les plans et conduit les travaux. Puis elle quitte les ouvriers et répond au téléphone en passant successivement devant une équipe de télé en reportage et la vitrine d'un concessionnaire de motos.


Filmée à son insu, Natasha Romanoff est vue à la télé par Hawkeye et le Soldat de l'Hiver. Les deuxa anciens amants de la Veuve Noire, bouleversés, conviennent de se rencontrer pour mener l'enquête.


Natasha rentre chez elle, dans une villa à l'extérieur de San Francisco, où l'attend l'homme qu'elle aime. Mais ils sont sous surveillance...

Initialement (comme prochainement, en Novembre, avec Eternals de Kieron Gillen et Esad Ribic), ce nouveau volume des aventures de Black Widow devait paraître en parallèle de la sortie au cinéma du film consacré à l'héroïne. Puis la crise sanitaire a bouleversé les plans de Marvel qui a finalement décidé de publier le titre avant le long métrage, mais après quand même plusieurs reports.

Kelly Thompson hérite de la périlleuse mission de succéder à Mark Waid et Chris Samnee, les derniers à avoir animé avec succès la Veuve Noire. La scénariste a donc toujours la confiance de son éditeur, visiblement satisfait de ses dernières prestations (pourtant moyennes) sur Deadpool et Captain Marvel. J'ai longtemps apprécié son travail, frais et efficace, mais sur des séries qui n'ont pas rencontré le public (Hawkeye, West Coast Avengers), puis j'ai noté des faiblesses récurrentes dans ses scripts (une incapacité chronique à opposer à ses héros des adversaires attrayants, des arcs construits en dépit de bon sens).

Avec Black Widow, Thompson renoue avec un personnage qui semble mieux taillé pour elle, une héroïne sans pouvoir, avec un supporting cast bien établi, et la possibilité de disposer de vilains atypiques. Bien entendu, en iterview, la scénariste répéte, comme d'habitude, qu'elle adore Natasha Romanoff, qu'elle a toujours rêvé de l'écrire : de la comm' éculée, dont on vérifiera la pertinence à l'usage.

Néanmoins, s'il faut reconnaître un talent à Thompson, c'est de démarrer ses récits avec efficacité. Elle a un don certain pour introduire la vedette de la série et la placer dans une position accrocheuse. Cette fois ne fait pas exception : après une mission rondement menée, Black Widow est piègée chez elle et tombe de plusieurs étages. Une chute mortelle... sauf que, trois mois après, on la retrouve, bien vivante, en bonne santé, mais ayant complètement changé de vie. Elle vit avec un homme, s'occupe du chantier d'un immeuble, semble avoir quitté son existence d'espionne-super-héroïne. Que s'est-il passé ?

L'habileté de Thompson, c'est de se servir de Hawkeye (Clint Barton) et du Soldat de l'Hiver (Bucky Barnes), accessoirement deux des anciens amants de la Veuve Noire, comme de personnages aussi interloqués que le lecteur. Ils la croyaient morte, ou du moins disparue, et la voilà qui réapparaît à la télé, filmée à son insu dans une rue de San Francisco. Ils vont mener l'enquête pour nous. Et quand, à la dernière page de l'épisode, on voit un célébre ennemi des X-Men surveiller Black Widow en attendant d'avoir l'autorisation de la tuer, notre intérêt est piqué.

En une vingtaine de pages, on a de l'action, du mystère, de la romance, un cliffhanger, tout ce qu'il faut pour avoir envie de lire la suite. Ce n'est pas révolutionnaire mais ce n'est pas le but : il faut établir le personnage de la Veuve Noire auprès du grand public et l'installer comme la vedette d'une série bankable, alors que, malgré des équipes artistiques de talent, ces dernières années, ses différents volumes n'ont pas excédé la quinzaine d'épisodes (période Nathan Edmondson-Phil Noto, où la série a été interrompue à cause de la saga Secret Wars).

Marvel veut actuellement prouver qu'il donne sa place aux femmes et aux "minorités visibles", dans ses comics et ses films. Traduction concrète : Black Widow est écrit par une femme mais également dessiné et colorisé par deux autres femmes. On peut apprécier l'effort comme de l'opportunisme politiquement correct. Ou admettre le talent des personnes chargées de donnie vie au projet.

Elena Casagrande a connu un parcours chaotique depuis qu'elle a été révélée en 2013 par la série Suicide Risk de Mike Carey. A cette époque, tout le monde lui prédit un bel avenir, sauf qu'elle n'a jamais transformé l'essai, passant d'un titre à l'autre, sans jamais gagner la confiance d'un editor. Elle a fini par devenir le fill-in d'un fill-in artist chez DC (en jouant les doublures de Fernando Blanco sur Catwoman). Puis elle a signé un contrat chez Marvel (où elle avait dessiné quelques épisodes de Red Hulk et quelques pages d'Ultimate Spider-Man).

Autant dire que Black Widow représente pour Casagrande une opportunité de vraiment être reconnue. A la lecture de ce premier épisode, il est indéniable qu'elle est très motivée et inspirée. Son découpage est très dynamique, avec une grande variété dans le choix des angles de vue. La valeur des plans est remarquablement juste. Assumant dessin et encrage, elle a le contrôle total de ses images et cela se ressent. Son style est très élégant, expressif, mais sobre et efficace.

Ce qui séduit pourtant le plus chez Casagrande, c'est sa manière de représenter les personnages. Sa Veuve Noire est particulièrement séduisante, avec une longue chevelure, une silhouette élancée et distinguée, un visage d'une grande beauté. Sa gestuelle est mesurée mais trahit une féminité assurée, c'est une personnage maître d'elle-même, bien proportionnée, dont on admet l'effet qu'elle fait sur les hommes sans jamais être vulgaire. Qu'elle mette une raclée à une bande d'hommes de main, accomplisse des acrobaties impossibles, ou visite un chantier puis chevauche une moto, elle est crédible.

En outre, Casagrande bénéficie d'une des meilleures coloristes actuelles avec Jordie Bellaire. Celle-ci utilise une palette chaude, avec des rouges, des beiges, des bruns. Cela confère une ambiance très spéciale à l'histoire, loin des clichés associés au personnage (la Russie, la neige, le froid). Ici, on est dans un environnement urbain mais solaire, qui semble prolonger la crinière flamboyante de la Veuve Noire. Le résultat est magnifique.

Vous l'aurez compris, j'ai été charmé par ce "pilote", très prometteur. En même temps, je reste prudent car Kelly Thompson a l'habitude de ces commencements canons sans forcément tenir sur la distance. Mais avec Elena Casagrande et Jordie Bellaire, elle a deux sérieux atouts dans la manche, et à mon avis plus de liberté qu'avec Deadpool ou Captain Marvel tout en ayant une héroïne plus populaire que Kate Bishop ou les WCA. 

jeudi 3 septembre 2020

EMPYRE #6, de Dan Slott, Al Ewing et Valerio Schiti


La saga Empyre s'achève avec ce sixième épisode. Enfin, presque, car il reste deux numéros à paraître en guise d'épilogue (Empyre : Avengers - Fallout et Empyre : Fantastic Four - Fallout) qui sortiront la semaine prochaine. Je doute cependant que cela suffise à compenser la déception...


Je ne vais pas rédiger de résumé car, vous vous en doutez, l'issue de l'histoire est convenue : les héros gagnent, les méchants perdent, er rien ici ne justifie les déclarations ronflantes d'usage de la part de Marvel comme quoi "plus rien ne sera comme avant".


En effet, on n'a même pas droit au classique du genre avec la mort d'un héros ! C'est dire si l'affaire est bouclée sans panache. Non pas que le sacrifice d'un justicier ou le décès d'un vilain soit une plus-value mais Al Ewing avait teasé là-dessus en racontant que Dan Slott l'avait mis en garde contre les réactions des fans...


Parti très fort avec ses deux prologues et un début de saga tonique, Empyre a ensuite traversé un "ventre mou" dont il ne s'est pas remis (même si le cinquième épisode était plus convaincant). Et ce problème de construction, de développement est symptomatique de son ratage.


En effet, et ça pour le coup, ce n'est la faute de personne, la parution d'Empyre a été impactée par la crise sanitaire. Celle-ci a contraint Marvel à publier les six numéros de l'intrigue principale à un rythme hebdomadaire (ce qui s'est avéré plutôt positif). Mais aussi à annuler des tie-in (ce qui a été plus préjudiciable).


Finalement, je n'ai lu aucun de ces récits attachés (j'avais commencé Empyre : X-Men, mais j'ai décroché, et d'ailleurs les événements relatés dans la série X-Men, lors des #10-11, suffisaient amplement). Mais on a pu mesurer qu'il manquait des pièces à l'édifice.

Le plus notable concerne Thor, absent de la saga. Empyre : Thor a fait partie des titres finalement non publiés et pourtant il aurait sans doute expliqué où était passé le dieu du tonnerre pendant tout ce temps. Marvel a préféré maintenir, par exemple, Empyre : Captain America, bien plus dispensable (si j'en crois ceux qui l'ont lu). Le fils d'Odin resurgit pour ce final comme un cheveu dans la soupe en agissant de manière spectaculaire mais au fond, son intervention est au diapason de plusieurs autres héros.

Par exemple, Tony Stark a passé la quasi intégralité de la saga dans la Montagne des Avengers à ruminer... Pour finalement concevoir une énième armure... Mais qu'il fait porter à Mr. Fantastic ! Reed Richards n'a pas non plus brillé : il s'est contenté la plupart du temps de relayer les (mauvaises) nouvelles du front à Stark et à interroger celui-ci sur son moral, alors qu'on aurait pu croire que ces deux savants, souvent alliés par le passé (notamment au sein des Illuminati) auraient collaboré plus concrétement pour résoudre la situation.

C'est étrange mais Empyre a totalement failli dans l'animation de ses personnages, comme si Slott et Ewing avaient voulu éviter les erreurs de leurs prédécesseurs, éviter de convoquer tout un aéropage de héros dans de grandes batailles épiques. Pourtant, même si ces réunions sont artificielles, elles participent aux codes de ces sagas et lui fournissent une ampleur. Là, on a quoi ? Des Avengers hors-champ, les Fantastiques éparpillés, et côté combats des miettes. 

Toute la partie concernant l'attaque de la Terre par les Cotati est réduite à peau de chagrin. Un plan sur Paris ici, un autre sur la Terre Sauvage là, c'est à peu près tout. C'est bien maigre pour s'emballer. A titre de comparaison, dans X-Men #11, Jonathan Hickman et Leinil Yu ont narré l'assaut sur Krakoa et la riposte vraiment énorme conduite par Magneto.

On se demandera longtemps où sont passés les Avengers dans Empyre. She-Hulk a fini possédée puis miraculeusement sauvée après avoir dérouillé la Chose (qui pourtant est un des rares héros capables d'en remontrer à Hulk, mais qui ici en a pris plein la tronche sans paraître capable de répliquer....). Captain Marvel est devenue une Accusatrice Kree. Black Panther était tout seul à tenter de repousser les Cotati au Wakanda. C'est quand même n'importe quoi.

Les FF n'ont été guère mieux lotis, mais tout de même ils ont été globalement plus présents. Hormis Mr. Fantastic donc, la Femme Invisible et la Chose ont donc été bien occupées. Mais Slott a greffé dans la série consacrée aux Fantastic Four une sous-intrigue avec les deux enfants Kree et Skrull récupérés dans le prologue : une addition inutile et encombrante à l'heure de conclure Empyre. Et qui semblait surtout là pour justifier le renfort de Wolverine et Spider-Man (que serait un event Marvel sans le griffu et l'araignée ? Pourtant la présence de Wolverine dans le contexte actuel, où les mutants vivent à part des autres héros, déroute et détone). La Torche Humaine a servi de faire-valoir à Captain Marvel mais in fine surtout souligné l'absurdité du Pyre (le Bûcher) dans le plan de l'alliance Kree-Skrull (absurdité liquidée d'ailleurs de façon confuse : visiblement, ce n'était pas si terrible que ça, cette idée de faire exploser le soleil).

Souvent donc, on a eu le sentiment que Empyre se déroulait en marge, dans d'autres périodiques, ou que des éléments manquaient à l'appel parce que des tie-in avaient été annulés. La plupart du temps, les héros semblaient curieusement atones, incapables, passifs, spectateurs. Même l'emploi de Hulkling s'est avéré déplorable (et ne parlons pas de Wiccan). Pas assez de héros, mais aussi trop de méchants car l'alliance Kree-Skrull n'a pas été très crédible (on va voir si les épilogues reviennent là-dessus puisque, malgré tout, ils gagnent la guerre et rebattent la carte géopolitique cosmique) et que les Cotati se sont misérablement plantés (quand bien même Quoi sort de scène en jurant qu'il n'en restera pas là, mais enfin, ce jeune pseudo-messie ne fait plus peur) - pire : ils sont à nouveau sous le joug de leurs pires ennemis et les Terriens ne sont pas prêts de leur pardonner.

Chargé de dessiner ce gloubiboulga, Valerio Schiti s'en sort plutôt bien : il ne paraît pas entamé par cet échec, son bilan est satisfaisant. Hélas ! pour lui, il n'a pas disposé d'un script lui permettant de briller autant qu'on le sait capable. J'ai souvent eu l'impression au cours de ces six épisodes qu'il était même bridé alors même qu'il produisait ses meilleures planches quand il devait composer avec les figures imposées de l'exercice (ces fameuses scènes épiques susmentionnées). C'est vraiment dommage parce que Schiti est sûrement l'artiste le plus complet pour un tel boulot depuis Immonen (et Ribic sur Secret Wars, mais qui a connu des retards). Toutefois l'italien a déjà rebondi puisqu'il travaille sur un nouveau projet, tenu secret, toujours pour Marvel (ce ne sera toutefois pas Fantastic Four comme j'en rêvais puisque RB Silva devient l'artiste régulier du titre au #25).

Vous l'aurez compris, je sors de Empyre dépité. Le résultat n'aura pas été à la hauteur des espérances. Marvel prépare déjà son prochain event (lié à Venom). Rendez-vous malgré tout pour le compte-rendu et l'avis sur les deux épilogues, censés dévoiler la nouvelle carte cosmique de Marvel et son impact sur les 4 Fantastiques et les Avengers (et au-delà puisque le dernier numéro de Guardians of the Galaxy aborde aussi le sujet).