vendredi 18 octobre 2019

BLACK HAMMER / JUSTICE LEAGUE : HAMMER OF JUSTICE ! #4, de Jeff Lemire et Michael Walsh


Le crossover entre Black Hammer et Justice League touche à sa fin et Jeff Lemire mène son affaire avec son habituelle maestria, suivant plusieurs lignes narratives parallèles puis dévoilant enfin leur point commun. Très divertissante, l'histoire est aussi captivante et Michael Walsh la sert avec efficacité visuellement.


Mme Dragonfly, Barbalien et Abraham Slam s'évadent à leur tour du Hall de Justice et retrouvent Gail que Zatanna a rendue à son âge adulte. Mais ce faisant, la magicienne a provoqué l'ire du Spectre pour avoir perturbé l'ordre interdimensionnel.


Pendant ce temps, à la Ferme de Rockwood, Cyborg s'emploie à redémarrer Talky Walky que lui et Batman ont trouvé dans la grange. Le robot leur parle de ses amis et Bruce Wayne comprend qu'ils ont échangé leur situation. Dans la remise, ils trouvent leurs costumes et, grâce au lasso de Wonder Woman, la mémoire.


Perdus hors de la Para-Zone, Green Lantern, Flash et le Colonel Weird tentent de se repérer et découvrent l'antre de l'individu qui a déplacé leurs deux équipes. Il s'agit de Mr. Mxyzptlk qui s'est amusé à créer ce chaos pour tester les héros.


Batman, Superman, Wonder Woman, Cyborg et Talky Walky inspectent les environs de la Ferme de Rockwood. Ils trouvent sur la tombe de Flash le marteau de Black Hammer puis remarquent la cabane des horreurs de Mme Dragonfly. En l'ouvrant, ils sont attaqués par les monstres qu'elles abritent.



Mr. Mxyzptlk explique alors à Green Lantern, Flash et surtout Weird la condition à laquelle il acceptera de renvoyer chacun dans sa dimension : pour cela, tous devront être d'accord - y compris Gail, qui pourtant a, grâce à Zatanna, obtenu ce qu'elle désirait le plus...

En compagnie de Tom King et Jonathan Hickman, Jeff Lemire est certainement le scénariste qui me séduit le plus actuellement. Son inventivité et sa maîtrise sont impressionnante, il traverse un réel état de grâce. Il ne s'agit pas de prétendre que tout ce qu'il fait est réussi (il a échoué à donner à Sentry, chez Marvel, un second souffle), mais indéniablement, il se détache du lot.

L'exercice du crossover tel qu'il le pratique ici avec sa création, Black Hammer, et Justice League prouve une fois encore que, si on lui laisse carte blanche, Lemire transforme le plomb en or. Pourquoi donc les "Big Two" ne confient-ils pas à cet auteur si brillant une franchise avec la liberté de raconter ce qu'il souhaite ? On se souvient qu'il avait eu la charge des Extraordinary X-Men, personnages taillés pour lui, mais le projet avait été ruiné par des editors trop interventionnistes : qui sait ce qu'il serait advenu des mutants sans cela ?

Hammer of Justice ! montre bien que Lemire, sans entraves, rend une copie très plaisante et palpitante à partir d'éléments connus. Cette mini-série profite à fond de l'aspect ludique provoqué par la rencontre entre des personnages célèbres et d'autres dont ils s'inspirent car la bande de Black Hammer est un dérivé de celle de Justice League. Il est réjouissant de lire des dialogue où Barbalien soupire en niant que Martian Manhunter soit un authentique martien, tout comme il est jubilatoire d'assister à l'apparition du Spectre (absent de "DC Rebirth") ou du rôle endossé par Mr. Mxyzptlk (finalement assez évident).

Michael Walsh est un choix intelligent pour dessiner ce récit car ce n'est pas un artiste qui risque de tirer la couverture à lui : il a l'humilité de servir le script et c'est très bien ainsi. Bien entendu, un dessinateur plus technique, plus audacieux aurait imprimé au projet une plus-valu esthétique, aurait produit des planches plus belles et spectaculaires (même si cet épisode n'est pas avare de pleines pages efficaces). Mais Hammer of Justice ! en avait-il besoin ? Non, parce que la narration de Lemire et Walsh suffit.

Je ne veux pas donner l'impression que Walsh est juste passable. Simplement, il fait bien ce qu'il a à faire, et c'est très appréciable qu'un artiste sache rester à sa place. Il devient alors en quelque sorte le garant de la tenue du projet. Imaginez ce crossover illustré par une vedette, il aurait bénéficié de plus d'exposition sans doute, mais peut-être pas de plus de cohérence (et de régularité). En fait, pas sûr qu'une pointure de DC ou Dark Horse aurait été un atout. Walsh sait que Lemire est la vedette du spectacle et que l'histoire n'a pas besoin de fantaisie supplémentaire, au risque d'être trop chargée, trop appuyée (et donc d'étouffer le charme).

Le cliffhanger présente le tour de force d'être à la fois prévisible dans son issue (tout le monde va rentrer chez lui) mais sans l'être trop (comment convaincre Gail d'abandonner son état pour retourner à la Ferme dans son corps d'enfant ?). De quoi assurer un cinquième et dernier numéro à la hauteur. 

jeudi 17 octobre 2019

EVENT LEVIATHAN #5, de Brian Michael Bendis et Alex Maleev


Pour son pénultième chapitre, Event Leviathan fait pâle figure. En effet, on finit cet épisode avec une double impression : comme si du temps avait été gâché mais en même temps que la conclusion pouvait tout rattraper. Brian Michael Bendis a le chic pour se mettre la pression tout seul et le lecteur reste dans l'expectative. Heureusement Alex Maleev conserve au projet une sacrée allure.


Lois Lane est avec la seconde équipe de détectives qu'elle a mise sur l'affaire Leviathan. Zatanna et ses partenaires ont éliminé beaucoup de suspects envisagés par le groupe de Batman et accusent Sam Lane d'être l'ennemi.


Lois refuse d'y croire, étant donné que son père a failli périr durant une attaque de Leviathan. Batman, qui écoute la conversation (grâce à la voiture que lui a empruntée Lois) est d'accord sur ce point. 


Lois appelle Superman mais celui-ci est, avec Plastic Man, devant Leviathan dans une poche dimensionnelle. Ce dernier tente de convaincre le héros d'adhérer à son projet tout en sachant que cela ne va pas de soi.


Zatanna ouvre un portail magique grâce auquel elle, Lois et les détectives accèdent à la chambre de Sam Lane. Il est attaqué par des sbires de Leviathan qui, blessés, le téléportent avec sa fille. Il s'éteint dans les bras de Lois. Batman décide avec sa bande de rejoindre Zatanna.


En route, Robin interroge Manhunter sur l'origine de son arme et ceux qui ont pu y avoir accès - comme ça peut être le cas de Leviathan. Celui-ci se démasque devant Superman au même moment où Talia Al Ghul stoppe le véhicule de Batman à qui il demande de lui livrer Manhunter.

Je n'aime guère critiquer un comic-book en le comparant à un autre, qui plus est publié chez un autre éditeur et au sujet différent. Mais il est indiscutable que ma lecture a été impactée par celle des récentes productions de Jonathan Hickman - lequel se trouve avoir percé dans le milieu grâce à Brian Michael Bendis.

Or c'est en quelque sorte comme si, à l'aune de leurs livraisons actuelles, "l'élève" avait dépassé "le maître" (même si les relations entre les deux auteurs n'est pas de cet ordre). Hickman m'a impressionné récemment par la rigueur de ses récits, la manière dont il a (re)construit une franchise en sachant développer une histoire très solide et ambitieuse à la fois.

Event Leviathan accuse, avec ce cinquième et avant-dernier chapitre, un défaut structurel que n'affichait pas l'histoire de Hickman. La révélation, le mois dernier, qu'une autre équipe de détectives avait été sollicitée par Lois Lane pour démasquer Leviathan était un coup de théâtre intéressant mais tardif. Trop tardif en fait car cela ne laissait guère de place pour développer les membres de ce groupe, détailler leurs investigations et justifier la "mauvaise nouvelle" qu'il promettait à Lois.

Surtout cela posait un double problème : d'abord fallait-il que Lois ait bien de foi en Batman (le détective par excellence du DCU) pour penser qu'elle avait besoin d'autres enquêteurs en parallèle, et ensuite fallait-il que ces autres enquêteurs soient peu scrupuleux pour accepter de travailler dans le dos de Batman. Et ça, c'est tout de même gênant quand on sait que Zatanna, Renee Montoya, Harvey Bullock, Ralph Dibny, John Constantine et même Deathstroke (sans doute l'élément le plus incongru) sont tous des proches de Batman. 

Pire : comment imaginer que Batman, dont on sait la nature parano, n'ait pas envisagé que Lois ait pu le doubler ? Et quid de Superman, qui, lui non plus, n'a pas deviné la manoeuvre secrète de sa femme ? Non, ça ne fonctionne pas.

Mais bon, nous voilà à un épisode de la fin de cette mini-série et si Zatanna et ses acolytes ont éliminé des suspects, ça ne ne les a pas empêchés de se tromper de coupable (non, Sam Lane n'est pas Leviathan). Le comble pour des limiers pareils. On est au point mort, même si on se demande bien pourquoi Talia veut absolument que Batman lui livre Manhunter. Et que Superman a l'air vraiment étonné en découvrant qui porte le masque de Leviathan...

Sur ce point, cependant, Bendis gagne. Car forcément si Superman est comme deux ronds de flan, alors nous aussi, sûrement le mois prochain. C'est un vrai coup de poker pour le scénariste : s'il abat une carte vraiment sidérante dans le dernier épisode, la structure maladroite de sa saga sera excusée. En revanche, s'il se rate, ce sera un échec d'autant plus embarrassant que le récit a été mal fichu.

Il faut qu'Alex Maleev soit en forme pour illustrer tout ça. Le dessinateur a du métier et l'habitude de travailler avec Bendis, donc ça lui permet de soutenir un projet pareil sans faiblir, sans douter. Et c'est vrai, ses pages sont superbes. Pourtant il joue une partition minimaliste (un peu comme Mitch Gerads sur Mister Miracle) : l'essentiel de sa production ici se résume à des scènes dialoguées, des "talking heads", une ambiance feutrée. Tout demeure nébuleux, brumeux, et pourtant électrique, envoûtant.

En effectuant la colorisation  Maleev est seul maître à bord et imprime à ce récit une identité unique, qui détone par rapport à ce qu'on peut attendre d'un event. Pas de grand spectacle, de grandes explosions. L'image la plus saisissante ici est une double-page montrant Leviathan et son armée face à Superman, mais tout baigne dans le bleu, le brouillard, quelque chose d'onirique, d'irréel, de fantomatique. C'est tout à fait déroutant.

Pour tout cela, positif comme négatif, Event Leviathan s'achemine vers un final en forme de quitte ou double : Bendis a fait un choix assez expérimental, casse-gueule, à la fois frustrant et culotté. C'est très beau, visuellement, mais narrativement hasardeux. 

X-MEN #1, de Jonathan Hickman et Leinil Yu


Une semaine après la fin de House of X-Powers of X, Jonathan Hickman entame donc son run avec la série-phare de la franchise qu'il vient de réparer. X-Men est tellement conçu comme un nouveau départ que sa double numérotation identique apparaît comme un manifeste : pas de "Legacy issue", ce #1 est l'acte de naissance d'une nouvelle ère. Et, avec plus de quarante pages, dessinées par Leinil Yu, il en impose.


Cyclope, Tornade, Magneto et Polaris attaquent le Centre, une base où sont pratiqués par le Dr. Mars et son équipe des expériences sur des post-humains. Après avoir neutralisé la sécurité, les X-Men découvrent parmi les cobayes une jeune fille capable de se déplacer dans le temps et qui leur échappe.


Les autres captifs sont évacués sur Krakoa où ils sont immédiatement pris en charge par le Dr. Cecilia Reyes, sous la supervision de Tornade. Les enfants fêtent Magneto en héros. Cyclope invite Polaris à dîner en famille car son frère, Havok sera là, mais elle décline l'offre.


Cyclope retrouve sa famille dans la Summer House, située sur la face bleue de la Lune. Nathan Summers discute armes avec Raza, Jean Grey prépare des boissons avec C'hod, Hepzibah converse avec Rachel Summers, Wolverine veille sur la cuisine avec Vulcain.


Alex Summers (Havok) offre à Christopher, son père, une fleur de Krakoa, qui permettra à Corsaire et ses Starjammers de revenir facilement sur place via un portail dimensionnel. Scott rassure son père sur sa nouvelle vie, confiant dans les plans de Charles Xavier pour les mutants.


Sur la Station Orchis, le Dr. Devo incinère les victimes de l'attaque des X-Men (lire House of X #3) puis rejoint le Dr. McGregor, qui n'a pas assisté à la cérémonie. Elle est très affairée car elle prétend avoir trouvé un moyen de ramener les morts de la station à la vie.

C'est parti. House of X et Powers of X viennent juste de se terminer et il faut désormais exploiter le nouveau statu quo des mutants en séries régulières. Elles seront six à tenter de faire vivre les espoirs suscités par la révolution opérée par Jonathan Hickman, qui devient une sorte de showrunner de l'univers mutant pour Marvel, dans la mesure où s'il n'écrira évidemment pas tout, il a collaboré avec les scénaristes pour établir un ensemble cohérent. On sait même qu'un titre Wolverine va être lancé, et en 2020 ce sera au tour de X-Corp. Espérons que Marvel ne va pas trop presser le citron et fragiliser ce bel édifice.

X-Men #1 affiche lui un copieux programme puisque l'épisode compte quarante-deux pages, bien denses et prometteuses. Néanmoins, malgré une ouverture riche en action, le résultat prolonge ce qu'on lisait dans HoX-PoX, à savoir un récit qui s'appuie sur les personnages, et le cadre très riche dans lequel ils évoluent. Le scénariste a indiqué que ses arcs narratifs seraient brefs, parfois des done-in-one issues, même s'il est déjà évident qu'un subplot sera développé avec un retour à la Forge de la Station Orchis.

L'autre information utile, c'est que X-Men n'est pas, comme la couverture de ce premier numéro le suggère, une série sur la famille Summers, Jean Grey et Wolverine - même si ce "pilote" les met effectivement en avant. La série a vocation à employer les X-Men en général, selon les missions, les histoires, avec des figures emblématiques comme d'autres plus jeunes (Armor, créée dans les Astonishing X-Men de Whedon et Cassaday, sera de la partie bientôt par exemple). Derrière la sobriété de l'intitulé se cache donc la famille au sens large des mutants.

Comme on l'a appris au terme de HoX-PoX, Krakoa est gouverné par un Conseil de douze membres et protégé par cinq capitaines, dont Cyclope est le chef. C'est donc tout naturellement qu'il tient le premier rôle de cet épisode, à la tête d'une unité restreinte portant secours à des cobayes post-humains. Il suit les ordres de Magneto, mais mène l'assaut aux côtés de Tornade et Polaris. Leur action est ciblée, efficacement conduite, rapide, précise. C'est commando qui effectue un raid et, quand Magneto souhaite en modifier la course, Cyclope lui rappelle l'objectif et diffère ce changement.

On pourra trouver que la partie la plus mouvementée de l'épisode tienne finalement peu de place, mais en même temps elle a le mérite de montrer que les X-Men sont une formation entraînée, disciplinée, sous l'autorité d'un vrai capitaine, avec un contrat à remplir. La mise en images par Leinil Yu souffre du défaut chronique chez cet artiste, que Marvel a quelque peu laminé en lui confiant les dessins de plusieurs events ou en le baladant de séries en séries comme s'il était un couteau suisse : le découpage est sage et les compositions peu dynamiques, mais cependant compensé par des décors représentés avec suffisamment de détails et avec un souci de lisibilité.

Il n'en reste pas moins que Yu est plus à son avantage dans les scènes dialoguées, même si son dessin manque aussi d'expressivité (on est loin, en ce sens, de ce que peuvent produire Schiti ou Immonen, dont on se prend à rêver de ce qu'ils auraient apporté à un tel script). Il ne faut pas accabler l'artiste (il en est de bien plus médiocres pour lesquels des fans ont une indulgence coupable) et reconnaître qu'il donne à Magneto une majesté indéniable ou à Corsaire une sorte de gravité épatante. Quant aux personnages féminins, Yu ne les hypersexualise pas mais sait leur injecter une prestance naturelle (Polaris est vraiment bien servie, et Tornade ne ressemble plus à cette femme arrogante comme elle a trop souvent été dépeinte ces dernières années).

Le coeur de l'épisode met donc en scène le clan Summers au complet - même Vulcain est de retour, animé des meilleures intentions (n'ayant plus trop suivi son parcours depuis qu'il était devenu le régent des Shi'ar et avait affronté Flèche Noire, des Inhumains, je ne sais donc pas s'il a subi un traitement spécial pour que sa colère vengeresse et criminelle ait été purgée). On se sent d'ailleurs compte que, entre Scott (Cyclope), Alex (Havok), Nathan ("Kid" Cable), Gabriel (Vulcain), Rachel (Prestige), et Jean Grey, la Summer House rassemble une tribu sacrément puissante.

On notera aussi, à la faveur du plan de cette maison, que Wolverine habite donc avec tout ce beau monde. Et que la chambre de Jean se situe entre celle de Logan et celle de Scott... Voilà qui va alimenter les fantasmes de nombreux lecteurs, convaincus depuis la fin de HoX que les deux hommes partagent la même femme (ou que la femme s'offre deux amants). Déjà que les mutants vivent à la manière d'une quasi-secte désormais, isolés sur une île, ce parfum de triolisme (et d'amour libre en général, puisque Kurt Wagner a encouragé les mutants à se reproduire en masse) est étonnamment épicé pour un comic-book mainstream.

L'émotion suscité par ce cas de figure et aussi par le dialogue entre Cyclope et Corsaire sur les dangers et les espoirs de cette nouvelle vie est contrebalancée très efficacement par les ponctuations sur la Station Orchis. Ceux qui n'auront pas lu HoX-PoX seront largués par les références à l'attaque des X-Men dans cette base, mais les autres apprécieront le fait que Hickman maintient intacte la menace que représente cette communauté de savants et de soldats, issus du SHIELD, de l'Hydra, de l'AIM, qui collaborent pour empêcher l'ascension mutante non pas comme un danger abstrait, générique mais bien comme un adversaire politique et civilisationnel. L'étrangeté inquiétante du look du Dr Devo, produit par Yu, en fait une créature purement "Hickmanienne", mais qui s'avère presque moindre par rapport au Dr McGregor, dont la découverte interpelle (ce sera certainement le subplot que j'évoquai plus haut).

La périodicité de la série est un peu mystérieuse puisqu'il semble qu'on se dirige vers une moyenne de deux épisodes par mois, ce qui est soutenu, ou bien dix-huit épisodes par an (comme actuellement pour les Avengers d'Aaron). Cela induit forcément un roulement de dessinateurs (RB Silva va revenir, Matteo Buffagni est annoncé aussi, et je ne serai pas surpris qu'on revoit Pepe Larraz). Ce qui est sûr en revanche, c'est que Hickman a une histoire ambitieuse et au long cours en tête - et le succès de HoX-PoX dément toutes les rumeurs (stupides) des grognons qui parient sur un bide rapide et un relaunch.

Moi, je mise sur X-Men car j'ai foi dans le projet de Hickman comme les mutants dans celui de Xavier. Il y a vraiment, là, en germes, une vraie renaissance de ce titre.  
  

vendredi 11 octobre 2019

BATMAN UNIVERSE #4, de Brian Michael Bendis et Nick Derington


Le deuxième tiers de Batman Universe s'achève avec un nouvel épisode jubilatoire, qui se déroule quasi-entièrement au XIXème siècle, dans un cadre de western. Le plaisir de Brian Michael Bendis et de Nick Derington à nous balader est manifeste, mais plus encore ils entraînent Batman dans une aventure qui rappelle ses exploits les plus excentriques du Silver Age. Un régal qui n'a rien de passéiste.


Batman et Green Lantern ont été téléportés au XIXème siècle dans l'Ouest sauvage américain où ils croisent la route de Jonah Hex, qui a, le premier, découvert, l'oeuf de Fabergé en possession de Vandal Savage. Malgré l'énormité de la situation, le colonel Hex aide les deux héros.


Ils le conduit jusqu'à l'endroit où il a rencontré la première fois Vandal Savage, après un détour par un magasin où Batman et Green Lantern s'habillent de manière plus discrète. Ils arrivent ensuite dans une ville fantôme depuis que la mine a été abandonnée, et où Savage a déterré un trésor - l'oeuf.


Son anneau perturbé par la proximité de l'oeuf, Green Lantern disparaît subitement avant que Savage n'apparaisse, entouré de ninjas. Batman tente de le raisonner en expliquant qu'il ignore visiblement les pouvoirs quantiques de l'oeuf.  Hex s'impatiente et ouvre le feu.


Immortel, Savage ne succombe pas au tir de Hex mais ses ninjas affrontent le cowboy et Batman. Bien qu'en infériorité numérique, ils se battent bravement et réussissent presque à prendre l'avantage. Jusqu'à ce que la situation connaisse un nouveau rebondissement...
  

Quittant la main de Savage pour celle de Batman, l'oeuf irradie et téléporte le héros dans l'espace-temps. Il se retrouve dans Crime Alley à Gotham, cent cinquante ans plus tard. Alors que Batman renoue le contact avec Alfred, Savage surgit et l'abat pour récupérer l'oeuf...

Batman Universe n'est, pourrait-on dire, qu'un divertissement. Jusqu'à présent, l'histoire se déroule de manière très mécanique, au gré des sauts spatio-temporels subis par Batman à cause de ce mystérieux oeuf de Fabergé - ou plutôt de ce qu'il contient.

Brian Michael Bendis s'amuse volontiers de cet artifice narratif pour visiter les recoins du DCU, ici à l'époque du western avec comme guest-star Jonah Hex, hier à Thanagar ou à Gorilla City. Tout cela pourrait être creux et facile, si le scénariste ne nous communiquait pas si habilement le plaisir qu'il prend ostensiblement à cette virée.

Bien que cette mini-série n'en ait pas l'ambition, on se dit que cet univers pourrait passer pour du DC version "Ultimate", une dimension parallèle affranchie de tout le poids de la continuité, où donc tout serait permis, comme, en premier lieu, d'écrire un Batman plus léger, dans des cadres exotiques. Et puis, à bien y réfléchir...

... On se dit qu'en vérité l'initiative de Bendis rappelle celle d'un autre illustre conteur : Darwyn Cooke avec DC : The New Frontier. Car, comme le regretté auteur canadien, Bendis fait oeuvre de mémoire, d'hommage au DCU dans ce comic-book. La bizarrerie de l'entreprise tient moins au fait qu'elle tranche avec l'esthétique habituelle de Batman que parce qu'elle renoue avec la fantaisie délirante de ses aventures durant le Silver Age (la même époque donc que celle où se déroulait DC : The New Frontier), et qui inspirait aussi le run de Grant Morrison.

Le plus plaisant reste que cela n'a pas l'air de réclamer d'efforts particuliers à Bendis, il écrit ça comme s'il le faisait depuis toujours. Et ce sentiment est renforcé par les dessins de Nick Derington bien entendu, car l'artiste ne fait pas mystère de l'influence du Batman des années 50 sur son travail. Il a d'ailleurs illustré de nombreuses couvertures de rééditions de cette époque (comme Evan Shaner, autre dessinateur au style rétro).

Derington n'est pas embarrassé par les références du personnage, il l'anime comme si personne n'y avait touché depuis soixante ans, avec une sorte de candeur, très élégante, très dynamique. Ce traitement s'applique à tout : les seconds rôles (avec un Hal Jordan bien plus sympathique que dans la continuité actuelle par exemple), les décors (le western est un élément évidemment exotique par rapport à ce qu'on imagine de Batman).

Mais ça n'empêche pas Derington de faire preuve de beaucoup de dextérité dans son graphisme. La scène de bagarre entre Batman et Jonah Hex contre les sbires de Vandal Savage en "gaufriers" de douze cases est un modèle du genre. La fluidité des mouvements, des enchaînements, est extraordinaire et en même temps très sobre.

Il y a quelque chose d'irrésistible dans cette histoire. Alors n'y résistez pas, laissez-vous balader comme Batman, tant pis si (au moins pour l'instant) ça n'a ni queue ni tête et que cet oeuf de Fabergé est bien capricieux.

SUPERMAN #16, de Brian Michael Bendis et David Lafuente


Un numéro d'acrobatie auquel se livre Brian Michael Bendis dans ce seizième épisode de Superman : il faut en effet que le scénariste tente d'apaiser les fans des "Super Sons" au moment où il s'apprête à envoyer Jon Kent au XXXIème siècle (dans la Légion des Super Héros). Pour cette mission, il s'est adjoint les services du dessinateur David Lafuente et ensemble, les deux anciens partenaires d'Ultimate Spider-Man signent un petit bijou.


Damian Wayne affronte sur les docks de Gotham des sbires de Leviathan mais ils lui échappent en se téléportant. Leur bateau explose ensuite. C'est alors que surgit Jon Kent dont l'apparence désarçonne Damian car il est désormais plus âgé que lui.


Damian, de nature méfiante, particulièrement dans cette période agitée, pense qu'il s'agit d'une ruse de Leviathan. Mais il finit par se rendre à l'évidence et reconnaît son ami qu'il laisse l'enlacer. Jon s'envole au sommet d'un gratte-ciel pour lui donner de plus amples explications sur son changement.


Désolé de n'avoir pas été là dans les épreuves qu'il a traversées durant son périple avec Jor-El, Damian scelle ces retrouvailles avec Jon en l'emmenant chasser quelques gredins en ville. Jon évoque l'offre de la Légion de l'enrôler et ses hésitations à partir pour un futur lointain.


Damian l'encourage pourtant à accepter cette proposition, car lui le ferait. Il espère même que Jon convaincra les Légionnaires de l'intégrer un jour. Quoiqu'il en soit, il sera toujours là pour lui, comme ses parents. Et il enlace Jon à son tour avant de s'éclipser.


De retour à la Forteresse de Solitude, Jon retrouve son père, qui a eu une discussion avec Lois Lane à son sujet. Saturn Girl réapparaît et achève de convaincre Jon de partir avec elle pour le XXXIème siècle.

Indiscutablement, l'événement le plus commenté dans le début du run de Brian Michael Bendis sur Superman aura été d'accélérer la croissance de Jon Kent. La conséquence directe de ce changement concernait les "Super Sons", imaginés par Peter J. Tomasi et Patrick Gleason dans le précédent Volume du titre, qui aura aboutit à deux séries successives (Super Sons et Adventures of the Super-Sons).

Bien que les deux séries en question aient été annulées, faute d'un lectorat suffisant, il n'en a pas fallu davantage à certains pour accuser Bendis d'avoir provoqué leur fin. Et la prise d'âge de Jon achevait leurs espoirs d'une troisième série - autement improbable malgré tout. L'intégration de Superboy aux Teen Titans aurait été plus réaliste. Mais la concurrence de Young Justice avec le retour de Conner Kent condamnait cette piste. Il y avait tout simplement trop de Superboys au XXIème siècle.

Pour ma part, même si je comprends l'attachement pour le jeune Jon Kent, j'apprécie son évolution. Je reconnais que Bendis s'y est pris maladroitement (mais il semble que le scénariste compte revenir sur les années passées par Jon sur Terre-3 durant lesquelles il a vieilli), néanmoins cela produit une situation intéressante, impulsant une nouvelle dynamique entre Jon et Damian, mais aussi Jon et ses parents, et aboutissant de façon fluide à son intégration dans la Légion des Super Héros (dont il est devenu l'inspirateur historique).

J'ignore si les efforts déployés par Bendis dans cet épisode pour traduire tout cela consoleront les fans des "Super Sons", mais je trouve qu'il s'en tire très bien. C'est un des chapitres les plus agréables de la série depuis qu'il l'anime, riche en belles scènes, à l'émotion simple, avec un humour inspiré. Tout juste peut-on regretter qu'il n'y ait aucun moment entre Jon et Lois (dont il s'éloigne aussi). Mais cela sonne juste : l'attitude interloquée et suspicieuse de Damian, la manière dont il compose avec la situation, encourage et envie Jon vis-à-vis de la Légion, vraiment il faudrait être bien sévère pour ne pas apprécier à sa juste valeur tout cela.

L'autre bon point de cet épisode, c'est d'en avoir confié les dessins à David Lafuente. Je ne dis pas que Reis n'aurait pas été capable de l'illustrer aussi bien, mais ç'aurait été très différent. Lafuente est habitué à Bendis, ils ont collaboré sur Ultimate Spider-Man (juste après le départ d'Immonen et avant l'arrivée de Pichelli), et l'espagnol est naturellement à l'aise pour représenter les jeunes héros.

Son style n'a rien de réaliste, il s'inscrit même volontiers dans le cartoon, avec des influences manga. En cela, on peut le rapprocher d'un Humberto Ramos, avec toutefois moins d'exagérations expressives. Son découpage est très nerveux et fluide à la fois, ce qui imprime à l'épisode un rythme soutenu. La mise en couleurs de Paul Mounts est parfois un peu trop appuyée, mais le trait de Lafuente est assez marqué pour ne pas être "mangé".

Une page se tourne pour Superman. En presque un an et demi, Bendis aura fait le ménage à sa manière, écartant Jor-El, Jon, Lois. L'Acte II de son run débutera vraiment en Novembre.