vendredi 6 septembre 2019

SPACE BANDITS #3, de Mark Millar et Matteo Scalera


Nous voici au milieu de la mini-série Space Bandits et force est d'avouer que si c'est assez rigolo à lire, la nouvelle production du "Millarworld" ronronne gentiment. Mark Millar ne manque pas d'imagination et pourtant son récit ne donne jamais l'impression de décoller, ne surprend jamais vraiment. Dommage pour Matteo Scalera, qui, lui, est très en verve.


Avec sa part du butin qu'il a volée à Cody Blue, Skinner, le vétéran de son ancien gang, a fait l'acquisition d'un spa sur la planète Korax. On y dispense notamment un soin remarquable, un bain de jouvence grâce à de petits poissons - dont le bandit a, le premier, bien profité.


Cody Blue et Thena Cole surgissent dans le bureau de Skinner mais il a un as dans sa manche avec l'extraterrestre Boiler qui peut fondre la matière à distance. Thena est défenestrée et atterrit dans un des bains de jouvence tandis que Cody est désarmée.


Régénérée, Thena remonte dans le bureau de Skinner et abat tous les gardes sur son passage. Cody massacre Skinner et devient la nouvelle patronne du spa. Grâce aux fonds de l'affaire, elle peut passer à la prochaine étape de son plan et sa prochaine cible : Bowser Weex.


Depuis deux ans, ce dernier dépense sa fortune à bord du "Rob and Charlie", un lupanar géant qui traverse l'univers et qui propose à sa clientèle les plaisirs les plus fous. Cody et Thena échouent cependant à louer une chambre voisine de la suite du malfrat.


Qu'à cela ne tienne : elles paient un prostitué télépathe pour déjouer la surveillance et pénétrer dans les quartiers de Weex. L'illusion est parfaite et il s'isole avec elles. Les deux femmes recouvrent leur véritable apparence et braquent le malfrat.

On reproche souvent à Mark Millar de concevoir ses mini-séries comme des "prêt-à-filmer", des sortes de storyboards de luxe en vue d'être adaptées pour le cinéma. C'est injuste car ses histoires existent bel et bien comme des comics dignes de ce nom et les artistes qui collaborent avec le scénariste travaillent sans penser au 7ème Art.

Néanmoins, il est indéniable que la narration de Millar se présente comme un matériau idéal pour être transposé sur un autre média : les intrigues sont simples, rythmées, efficaces, revisitant souvent des genres chers à l'auteur - et Space Bandits n'échappe pas à cette règle puisque Millar lui-même l'a "pitché" comme une version au féminin de Butch Cassidy et le Kid.

Pour rendre tout cela plus exotique et spectaculaire, le contexte est modifié (ici, le western se passe dans l'espace et le futur), ce qui permet aux artistes de s'amuser. Matteo Scalera s'en donne à coeur joie et fait preuve d'une inventivité visuelle remarquable en plusieurs occasions : admirez le design du lupanar géant, qui est vraiment original parce qu'il ne s'inspire d'aucun vaisseau spatial déjà vu en bande dessinée ou au cinéma.

L'autre reproche qu'on adresse à Millar, c'est de souvent bien s'entourer pour compenser les faiblesses de ses histoires. Le "tableau de chasse" du scénariste est impressionnant et fait la part belle à des graphistes très imaginatifs, qui profitent de l'occasion pour tenter de nouvelles choses difficilement compatibles avec les contraintes des comics de super-héros traditionnels.

En ce qui concerne Scalera cependant, la situation est un peu différente car le dessinateur italien n'est plus associé à Marvel depuis longtemps : il a filé chez Image Comics avec Rick Remender, son partenaire de Secret Avengers, pour une série de SF, Black Science. Il ne manque donc pas de liberté et n'a pas à forcer son talent chez Millar.

Cela créé un étrange décalage, qui se renforce d'épisode en épisode, car Millar est visiblement en petite forme. Plus inspiré que pour le navrant Prodigy, mais incapable de renouer avec le niveau de ses grandes réussites comme The Magic Order ou Jupiter's Legacy (par exemple). Les rebondissements s'enchaînent, à vive allure, mais, et c'est un comble, sans jamais susciter de véritable emballement, de grande surprise.

En fait, l'intrigue est trop linéaire, trop convenue, et souffre d'un problème qui accablait déjà Prodigy, l'absence d'un vrai méchant, bien coriace, susceptible de donner du fil à retordre aux héroïnes, donc de faire vibrer le lecteur. Cody a déjà éliminé deux de ses anciens complices et il ne fait guère de doute que Bowser Weex sera vite liquidé. Une fois le gang de traîtres supprimé, restera à faire payer le fiancé de Thena Cole (et à récupérer Cosmo, le lézard télépathe de Cody). Mais on doute que quelque chose freine vraiment ces deux vengeresses déterminées.

Parce que rien ne menace réellement ses protagonistes, rien n'accroche suffisamment le lecteur. On se laisse porter par le savoir-faire d'un auteur roublard mais paresseux dont la série manque surtout d'un cadre et d'un enjeu de taille. 

Dommage qu'au moment de sa carrière où Millar peut vraiment tout faire, tout se permettre, il se contente de si peu. Réveille-toi, écossais de malheur !   

jeudi 5 septembre 2019

SUPERGIRL #33, de Marc Andreyko, Kevin Maguire et Eduardo Pansica


Dîtes "trente-trois"... Ou bien bis repetita  ? La question mérite d'être poser tant cet épisode de Supergirl donne l'impression d'un laborieux bégaiement avec le quatorzième de Superman, sorti la semaine dernière. Marc Andreyko marche dans les pas de Bendis, mais avec l'indépendance en vue, puisqu'une page se tourne pour Kara Zo-El. Pour illustrer ce chapitre un peu redondant, Kevin Maguire reçoit l'aide d'Eduardo Pansica, sans éblouir. Il était temps que ça se termine...


Ces derniers mois, Supergirl a beaucoup voyagé, depuis son premier affrontement contre Rogol Zaar avec Superman jusqu'à la mort de Gandelo en passant par Vega, sa rencontre avec Z'ndr et ses retrouvailles avec son cousin et son neveu.


Arrêtée avec Zod, Superman et Superboy, par la garde noire de Thanagar, elle attend avec eux la suite des événements. Rogol Zaar et Jor-El ont été incarcérés. Pour la première fois depuis longtemps, Kara se sent apaisée.

Mais la mort de Gandelo a créé des turbulences importantes dans l'univers, la guerre est imminente et on attend de Superman qu'il pacifie à nouveau toutes les parties. Pourtant c'est de Superboy que vient une solution, inspirée des Nations Unies sur Terre.


Cette inspiration provoque l'apparition de la Légion des Super-Héros, en provenance du XXXIème siècle, dont la formation a été rendue possible par l'idée de Jon Kent, à qui il demande d'intégrer leur formation.


Superman doit composer avec le choix que va faire son fils. Supergirl, après s'être confiée à Z'ndr, devenu le successeur de Gandelo à la tête du Collectif du Trillium, choisit de rentrer sur Terre pour y reprendre sa vie, en compagnie de Krypto.

On a donc droit à une redite très scolaire des scènes vues dans Superman #14, sorti la semaine dernière. Le point de vue de Supergirl prévaut et apporte un éclairage un peu différent, sans donner au lecteur la matière à relire vraiment la situation.

C'est l'aspect ingrat des épisodes tie-in, avec le risque de répéter ce qui a déjà été dit, de revoir des moments sans nouvelles perspectives. L'ultime combat contre Rogol Zaar, l'arrestation des kryptoniens par la garde noire de Thanagar, l'O.N.U. de l'univers imaginée par Superboy, l'apparition de la Légion, tout y est - à nouveau.

Marc Andreyko a hérité de la série à un moment où un autre que lui en avait orienté la course, et il s'est acquitté avec talent de ce boulot, sachant alimenter les aventures de l'héroïne avec vigueur tout en veillant à la rendre disponible à nouveau au moment où Brian Michael Bendis en aurait besoin. C'est très honorable, même si cela doit aussi être très frustrant à écrire.

Pourtant, Andreyko doit aussi avoir ressenti une satisfaction certaine à produire cet épisode qui va l'autoriser à voler enfin de ses propres ailes, sans dépendre des plans de Bendis. Le voyage de Supergirl, en quête de vérité sur la fin de Krypton et la responsabilité de Rogol Zaar, s'achève ici et elle décide de rentrer sur Terre, tenter de reprendre le cours normal de sa vie (bien sûr, il faut s'attendre à ce que cela ne se passe pas facilement).

Pour le lecteur, c'est l'heure du choix : continuer à suivre la série ? Ou s'arrêter là ? Je n'ai pas encore décidé. D'un côté, j'ai envie de m'en tenir là car je lis déjà beaucoup de séries (et donc je rédige pas mal de critiques) et j'ai envie d'avoir du temps pour autre chose. De l'autre, je me suis attaché à Supergirl, à la narration humble et efficace de Andreyko.

Visuellement, l'épisode de ce mois-ci est correct, sans plus. Kevin Maguire est à son avantage dans les moments "creux" où il peut souligner les expressions de l'héroïne perdue dans ses réflexions. Mais cela n'est qu'occasionnel. La série favorise l'action et une certaine gravité alors que Maguire excelle dans la comédie et les dialogues ou le silence introspectif. Il va, si j'ai bien compris, quitter le titre (pour d'ailleurs rebondir sur de prochains numéros de Superman).

Eduardo Pansica suppléé Maguire sur quelques pages et rend son propre style méconnaissable pour ressembler à celui de son collègue. Un effort louable, mais aussi un peu gênant pour un dessinateur qui a prouvé qu'il dépassait Maguire sur ce titre.

Si dans un mois, vous ne voyez pas de nouvelle critique de Supergirl sur mon blog, vous aurez compris que je ne poursuis pas l'aventure. Mais ça ne m'empêche pas de vous conseiller la lecture de cette série qui, sans faire de bruit, est très solide et agréable. 

HOUSE OF X #4, de Jonathan Hickman et Pepe Larraz


Fichtre ! Quel épisode ! Encore une fois, Jonathan Hickman réussit un sacré numéro avec ce quatrième chapitre de House of X. Le cliffhanger de la semaine dernière était accrocheur, laissant la porte ouverte à bien des théories, mais rien ne préparait à ce qu'on allait découvrir cette fois. Et dans quel état le lecteur allait être ! Ajoutez à cela des planches de folie par Pepe Larraz et vous obtenez ce qu'on peut appeler un "instant classic" - pas moins!


Krakoa. Le Professeur X réunit dans une salle Magneto, le Fauve, Trinary, Tornade et les Stepford Cuckoos. Ils entrent en contact avec l'équipe des X-Men envoyée en mission sur la station Orchis. Jean Grey répond à l'appel et expose la situation : Archangel et Husk sont morts, Wolverine et Nightcrawler blessés.


Cyclope reste résolu : il faut détruire la Sentinelle-Mère avant son activation. Nightcrawler téléporte Wolverine, Mystique, et Cyclope près de chaque branche qui retient la Sentinelle à la station et lui à la dernière des quatre.
  

Dans le vaisseau endommagé des X-Men, Monet évacue Jean Grey tandis qu'elle va retarder les agents de sécurité d'Orchis qui ont abordé. Wolverine, Cyclope et Nightcrawler coupent les trois premières attaches. Mystique est exécutée par Karima Shapandar et le Dr McGregor avant d'y arriver.


Monet est tuée. Jean s'éloigne de la station dans une capsule de survie. Cyclope doit détruire la dernière branche à la place de Mystique, mais Wolverine et Nightcrawler sont plus près. Ils se sacrifient pour s'en charger.


Karima Shapandar stoppe Cyclope que le Dr Mc Gregor abat. La capsule de survie de Jean est détruite. Toute l'équipe a été massacrée mais sa mission est accomplie. A Krakoa, le Professeur X pleure ses agents.

Comme Powers of X #3, la noirceur du dénouement saisit le lecteur. A vrai dire, personne, je crois, ne pouvait croire à une issue aussi radicale, aussi terrible. Bien entendu, Cyclope, Wolverine et compagnie reviendront (ils sont présents dans les séries qui succéderont à House of X-Powers of X), mais tout de même...

Tout de même, d'abord, on se demande par quel tour de passe-passe, Hickman va les ressusciter. Ce sera intéressant d'observer comment le scénariste surmontera ce qui est un des pêchés mignons des comics super-héroïques (et chez les mutants en particulier).

Bien entendu, on pense aussitôt à la fameuse sixième vie de Moira McTaggert comme une solution. Ou à la onzième - bien que Destinée ait déclaré qu'une énième incarnation était peu probable. Ou alors on en revient à la première scène de House of X #1, avec le Pr. X dans les entrailles de Krakoa alors que sortent de curieux cocons de nouveaux mutants, qui pourraient être ceux qui meurent dans ce troisième épisode, ré-engendrés. J'ai un faible pour cette dernière option, ne serait-ce que parce que l'un des "nouveaux nés" de Krakoa avait les yeux rougeoyants comme Cyclope. Mais ce n'est qu'une piste possible. Hickman est bien assez malin pour nous surprendre avec quelque chose auquel on n'a pas encore pensé.

Pour en revenir à ce numéro, c'est un petit chef d'oeuvre. Le rythme est haletant, la tension maximale. On devine très vite que la mission va mal se passer. D'entrée de jeu, l'explosion provoquée par Erasmus a endommagé sérieusement le vaisseau des X-Men, mais surtout tué Archangel et Husk. Ces deux morts choquent le lecteur qui comprend que Hickman ne plaisante pas. De même Wolverine est salement blessé (l'image reste plus suggestive mais tout de même ce qu'on voit est brutal - le bras gauche du griffu est décharné), Nightcrawler aussi est touché. Monet et Jean Grey doivent rester à bord pour garder le contact avec le Professeur X, donc il ne reste plus que quatre membres opérationnels pour détruire la Sentinelle-Mère alors que les gardiens de la station Orchis se déploient.

Tout va très vite et pendant un bref moment, on croit que le commando de Cyclope reprend l'avantage. Puis Hickman réserve un sort abominable à Mystique, exécutée sans pitié par le Dr. McGregor, déterminée à venger son mari. La scène fait froid dans le dos parce qu'elle est directe. C'est une scène de guerre où l'adversaire ne fait pas de quartier. On pourra ergoter sur le choix d'intégrer Mystique à une telle mission, mais en vérité la métamorphe devait évoluer selon un scénario précis (certainement se faire passer pour un membre du personnel de la station pour atteindre son objectif) et elle n'en a pas eu le temps.

Puis, tout dégénère, inéluctablement. On est moins étonné en fait par la tournure des événements que par leur aspect impitoyable. Les anti-Hickman y verront sans doute une preuve supplémentaire d'empathie pour les personnages (au profit du récit global). Pour ma part, j'ai trouvé qu'il y avait un certain panache, un authentique culot à envoyer à la mort des X-Men emblématiques, sans épargner personne. Et cela produit des moments intenses, poignants, iconiques. La fin de Wolverine et Nightcrawler est vraiment héroïque et spectaculaire, superbement mise en scène. Celle de Monet, hors-champ, est aussi remarquablement écrite. La chute de Cyclope, l'agonie de Jean Grey, tout ça forme des scènes mémorables, puissantes. On est vraiment à genoux, comme le Pr. X, à la fin. Depuis quand avait-on été émus par les mutants et leur disparition ? 

Pepe Larraz est un artiste extraordinaire : Joe Quesada l'avait assuré, il serait la révélation du projet de Hickman, ses pages allaient bluffer tout le monde. Et c'est vrai. Ce genre d'épisode est une sorte de test grandeur nature pour vérifier ce qu'un dessinateur a sous le pied. Il faut assurer du côté du découpage - toujours veiller à rendre la scène lisible - , des compositions - bien situer les personnages dans les décors - , la valeur des plans - gérer l'expressivité et le mouvement...

Tout y est, c'est un sans faute. Mieux même : Larraz se permet des inventions graphiques très inspirées, comme la visualisation aquatique de ce qui passe dans le vaisseau des X-Men grâce aux pouvoirs de Tornade. L'effet est magnifique mais aussi esthétiquement troublant car il souligne la submersion littérale de l'équipe, emportée par une sorte de vague trop puissante pour elle. 

La station Orchis, la Sentinelle-Mère, le soleil, offrent à Larraz et au coloriste Marte Gracia l'occasion de produire des images fabuleuses, grandioses, épiques et dramatiques. Tout concourt à renforcer le sentiment que ces soldats ont été envoyés dans un piège dont ils ne pouvaient revenir vivants, et donc à donner à leur sacrifice une dimension de martyr. Lorsque à la toute fin de l'épisode, le Pr. X jure "No More", c'est un renvoi au "No more mutants" de Scarlet Witch dans House of M (Hickman dresse d'ailleurs en ouverture une liste des plus grands criminels anti-mutants et Wanda Maximoff y figure, non en tant que mutante mais comme Avenger), mais c'est aussi une adresse au futur, "plus jamais" ça. Larraz représente Xavier à genoux, et une larme coule sur son visage - première émotion réelle lisible sur ce visage constamment casqué et indéchiffrable.

Comment la mini-série (et sa soeur) va rebondir après ça ? Ce n'est qu'une des questions passionnantes à laquelle Hickman devra répondre. Mais en attendant, on sort de cet épisode le souffle coupé.

dimanche 1 septembre 2019

DIAL H FOR HERO #6, de Sam Humphries et Joe Quinones


Cela aurait dû être la fin de Dial H for Hero, mais ce sixième épisode conclut seulement le premier arc de ce qui est devenue une maxi-série en douze épisodes. Et Sam Humphries et Joe Quinones n'ont pas fait les choses à moitié, visiblement motivés par cette rallonge. Ironiquement, c'est même dans ce numéro qu'on trouve la véritable essence de Superman (absente de ses deux séries), avec un véritable festival graphique et une fin ouverte accrocheuse.


Mr. Thunderbolt a donc utilisé le téléphone rouge pour pirater tous les téléphones de Metropolis et conférer à leurs usagers des super-pouvoirs. Seule Summer Pickens est là pour affronter le chaos qui en résulte : elle se re-transforme en Lolo Kick You et essaie de ramener les civils à la raison.


Dans le Heroverse, l'Opérateur demande à Miguel Montez d'utiliser un nouveau téléphone, bleu celui-ci, pour acquérir des super-pouvoirs et sauver Metropolis. Il ne s'en sent pas capable, jusqu'à ce qu'un avion de ligne menace de s'écraser.



Cette catastrophe rappelle à Miguel la mort de ses parents dans des circonstances identiques. Il devient Super Miguel et vole à la rescousse des passagers. Il lui faut cependant encore puiser dans ses ressources naturelles pour avoir la conviction nécessaire à une telle manoeuvre.


Mais le crash est évité et Miguel, au pied de la statue de Superman, a compris l'influence de son modèle dans la réussite de son intervention. Le sort lancé par Mr. Thunderbolt ne durant qu'une heure, bientôt les habitants de Metropolis redeviennent normaux.


Miguel retrouve Summer et ensemble ils savourent leur victoire. Elle n'est cependant pas encore complète car Mr. Thunderbolt court toujours. Il est au sommet du "Daily Planet", toujours en possession du téléphone rouge et préparant le remplacement du Heroverse par le Multivers.

On jurerait en lisant cet épisode, qui devait être le dernier du titre, que les auteurs ont voulu boucler l'aventure en beauté. Pourtant, entre temps, Sam Humphries a eu le temps de modifier son histoire pour la développer en une maxi-série de douze épisodes et donc disposer un cliffhanger.

De toute manière, le cinquième numéro promettait une situation de crise spectaculaire puisque Mr. Thunderbolt, désormais en possession du téléphone rouge, avait doté tous les habitants de Metropolis de super-pouvoirs. Et l'Opérateur du Heroverse venait d'expliquer par le menu à Miguel Montez qu'un bon super-héros se définit par sa capacité de résilience, comment il va surmonter un traumatisme fondateur et le convertir pour faire le Bien (ou le Mal).

Humphries revient sur cette notion pour en faire la clé au problème d'envergure qui se pose à Miguel et Summer. Ils ne sont pas tant confrontés à une population entière de super-humains qu'à des individus sans compas moral par rapport à ce qui vient de leur arriver. Autrement dit : la victoire dépend de la manière dont Miguel et Summer sauront montrer l'exemple à tous ceux que Mr. Thunderbolt vient de doter de pouvoirs.

C'est très astucieux et surtout cela aboutit à une scène à la fois simple et superbe qui illustre parfaitement l'essence de Superman, l'axe du DCU, le repère moral de la communauté super-héroïque - ça tombe particulièrement bien puisque ni Action Comics ni Superman ce mois-ci n'ont réussi à bien exploiter la valeur du personnage. Super Miguel sauve les passagers d'un avion de ligne (un geste très "Supermanien") et atterrit pile devant la statue de l'homme d'acier, comprenant que l'héritage du kryptonien, c'est ce qu'il inspire de meilleur chez nous.

Mais, en plus d'un beau message, sur un rythme enlevé, l'épisode est également remarquable par sa virtuosité visuelle. Joe Quinones (soutenu par Scott Hanna à l'encrage et Jordan Gibson aux couleurs) est déchaîné.

Il n'a pas besoin d'en rajouter pourtant mais l'artiste trouve des astuces dans le découpage absolument formidables, et en profite pour nous régaler d'hommages à de grands dessinateurs. Il imite les styles de (entre autres) Mike Allred (pour Lolo Kick You), Daniel Clowes (pour Miguel dans le Heroverse), de Bruce Timm, de Frank Quitely, de Dave Stevens, Mark Schultz, Alex Ross (pour Super Miguel), Jaime Hernandez, Brian O'Malley, Katsuhiro Ottomo, Dave Johnson, Jae Lee...

Parfois ces clins d'oeil n'occupent qu'une case, ou une portion d'image, parfois une page entière, mais on est tout de même sidéré par la facilité avec laquelle Quinones, sans jamais se prendre au sérieux, réussit cet exploit. Grâce à cela, l'épisode a une ampleur inédite, qui se conjugue à l'esprit du script sans le parasiter.

On est donc maintenant parti pour le second acte de la saga, et le fait qu'il existe en vérité quatre téléphones magiques, capables une fois réunies de remplacer le Heroverse par le Multivers, donne un aperçu très alléchant de la suite.




ACTION COMICS #1014, de Brian Michael Bendis et Szymon Kudranski


A cause du report de la parution de Superman #14, l'autre série consacrée à l'homme d'acier, Action Comics, sort donc la même semaine. Et il est troublant d'y déceler les mêmes erreurs, les mêmes faiblesses (même si Superman bénéficie d'un meilleur dessinateur). Brian Michael Bendis est un peu fatigué en ce moment, et ce ne sont pas les planches de Szymon Kudranski qui aident le lecteur.


Au "Daily Planet", Perry White reçoit la visite de Marisol Leone, qui est la nouvelle propriétaire du journal. Elle est prête à mettre les moyens pour le soutenir à une condition : que les meilleurs reporters de la rédaction enquêtent sur Leviathan et le démasque.


A ce moment-là, la télé retransmet en direct une intervention de Superman qui neutralise un monstre en centre-ville. Les responsables sont les scientifiques de Star L.A.B.S., dont le héros découvre la dangerosité des travaux et l'absence de mesure de protection pour les civils voisins.


De retour au "Daily Planet", Clark Kent en tire un article lorsque Perry l'entraîne dans son bureau pour lui présenter Marisol Leone. Elle veut l'augmenter et rencontrer Lois Lane afin qu'ils mènent les investigations sur Leviathan.


Cependant, Red Cloud affronte Thorn avec ses pouvoirs augmentés par Lex Luthor. A Chicago, Superman retrouve Lois Lane à qui il explique la situation au "Daily Planet". Elle se montre méfiante envers Leone même si Clark tente de la rassurer.


Leur conversation est interrompue par une traînée lumineuse dans le ciel. Superman part à sa poursuite jusqu'à Metropolis où il évite de justesse une collision avec elle. C'est ensuite qu'il fait la connaissance de Naomi McDuffie, venue chercher son aide.

Tout comme Superman #14 semblait n'avoir été écrit que pour écarter (une fois pour toute ?) Rogol Zaar et (moins sûrement) Jor-El au profit de l'introduction de la Légion des Super-Héros, Action Comics #1014 n'a visiblement guère d'autre objectif que de mettre en scène l'arrivée officielle dans le DCU de Naomi McDuffie, après son éclosion au sein du label "Wonder Comics".

Brian Michael Bendis case donc sa dernière création originale, mais avec une visée un peu différente de la LSH. En effet, Naomi est désormais sans série fixe (une nouvelle salve d'épisodes est prévue, mais sans qu'on sache quand - pas avant un bout de temps puisque le dessinateur Jamal Campbell est désormais en train de travailler sur un nouveau titre, Far Sector, avec un nouveau Green Lantern, pour la collection de Gerard Way, "Young Animals"). Cela ne va pourtant pas durer car Bendis va l'intégrer à Young Justice (ce qui est assez logique vu que le groupe rassemble de jeunes héros).

On comprend d'autant moins alors ce passage par les pages d'Action Comics où le personnage va en quelque sorte être formée à son nouveau statut de super-héroïne par Superman (et Batman, qui se joint à la fête le mois prochain). Certes, faire de Superman le coach d'une jeune héroïne qui a été marquée par sa visite dans le bled où elle a grandi se tient, mais le timing paraît pour le moins maladroit puisque le kryptonien est en ce moment accaparé par Leviathan.

D'ailleurs, Bendis insiste lourdement à ce sujet en animant Marisol Leone, la patronne de la mafia invisible de Metropolis qui vient d'acquérir le "Daily Planet" et exige en contrepartie de son financement l'investissement des meilleurs reporters du journal pour démasquer Leviathan. Elle le réclame à Perry White puis à Clark Kent dans deux scènes répétitives.

Le scénariste, en revanche, ne fait que survoler un moment bien plus intéressant et pertinent quand Lois Lane affiche sa méfiance envers Leone et s'étonne que Clark Kent ne soit pas plus vigilant à ce sujet. Trop tard : Naomi débarque, littéralement, comme un boulet de canon et coupe court à la conversation. Vraiment, c'est très mal construit - étonnant de la part d'un narrateur expérimenté comme Bendis.

Normalement, après ça, je devrais dire du mal, une fois encore, de Szymon Kudranski, le pseudo-artiste de cet arc. Mais est-ce nécessaire ? Sa médiocrité parle pour lui et il suffit de voir avec quel toupet il se contente de reproduire le visage de Viola Davis pour personnifier Marisol Leone pour constater à quel point rien de tout ça n'est du dessin. Plus accablant encore : la dernière page montre l'usage paresseux d'images retouchées quand le pied normalement botté de Superman est représenté comme s'il avait un collant à la place. C'est hideux, grotesque. Vivement que ça se termine et qu'on passe à un véritable graphiste (si je ne me trompe, John Romita Jr. sera le prochain).

A tout prendre, Superman est quand même meilleur que Action Comics ce mois-ci, mais dans les deux cas, c'est un Bendis peu inspiré aux manettes. 
La variant cover de Ben Oliver.