jeudi 8 août 2019

HOUSE OF X #2, de Jonathan Hickman et Pepe Larraz


The Many Lives of Moira X, le titre de ce deuxième volet de House of X, est un vrai tour de force. Pas seulement parce que Jonathan Hickman fait aussi bien, voire mieux que pour le précédent épisode ou y explique une scène intrigante de Powers of X #1. Pas seulement non plus parce que Pepe Larraz livre des planches impressionnantes au service du récit. Mais sûrement parce que les deux hommes produisent le chapitre le plus renversant de l'histoire des X-Men (une promesse du scénariste). Rien que ça !


Moira McTaggert a vécu sa première vie, paisiblement, passivement, et s'est éteinte à 74 ans, après s'être mariée et avoir donné naissance à deux enfants. Elle a débuté sa deuxième vie en manifestant précocément une intelligence phénoménale.


Ses brillantes études lui confirmèrent ce qu'elle devinait : elle était une mutante. Qui, en voyant Charles Xavier s'exprimer à la télé, décida de le rencontrer. Le destin contraria ce projet car elle mourrut dans le crash de l'avion qui l'emmenait vers lui.
  

Dans sa troisièe vie, Moira considère que le gène mutant est une malédiction et s'emploie à trouver un antidote pour l'éradiquer. Son plan est contrecarré par Mystique et Destinée qui l'intime de changer dans sa prochaine incarnation puis la tue.


Quatrième vie : Moira devient l'amante et l'alliée de Xavier jusqu'à l'extermination des mutants par les Sentinelles. Cinquième vie : Moira convainc Xavier de former les mutants en une légion contre les Sentinelles. Septième  vie : Moira élimine la dysnatie des Trask (inventeurs des Sentinelles).


Mais les robots anti-mutants apparaissent sans les Trask. Huitième et neuvième vie : Moira se radicalise en joignant Magneto, neutralisé par les siens, puis Apocalypse, dans une guerre sans fin. Sa dixième (et dernière ?) vie : Moira ouvre son esprit à Xavier, brisant les règles.

Lorsqu'un scénariste promet, avant la publication de sa nouvelle oeuvre, de révèler au lecteur "le moment le plus important de l'histoire des X-Men", il vaut mieux pour lui qu'il ait une idée solide. Sinon, la sanction sera terrible. Mais Jonathan Hickman n'est pas du genre à lancer des annonces en l'air.

House of X#2 est à la fois la suite de HOX #1 et de Powers of X #1. C'est surtout un tour de force narratif, une leçon magistrale, une retcon renversante. Sur ce dernier point, l'exercice est impressionnant car souvent modifier le passé pour simplifier le cours de l'histoire actuelle revient à effacer ou altérer ce qu'on écrit de précédents auteurs, donc (dans l'esprit des fans puristes) à mépriser leurs efforts.

Hickman s'en sort formidablement car il n'abîme rien, il améliore, il fluidifie, il justifie. En modifiant subtilement un élément (un personnage), il change notre perception et explique, corrige, sans annuler ce que d'autres avant lui ont établi. Sa contribution est à l'image du destin étrange de Moira McTaggert : décisif et discret à la fois.

Le scénariste a-t-il pensé en développant ce twist épatant que Moira en égyptien signifie "destin". Je parierai que oui car Hickman est un érudit qui avance ses pions avec souvent un (ou même plusieurs) coup(s) d'avance. Il n'est ici question que de destins, de choix, d'influences. Dans un dispositif qui emprunte à Un jour sans fin et fait de Moira McTaggert une sorte de Hawkman mutant, nous explorons neuf de ses vies (rien n'est dit sur la sixième...) similaires et distinctes, neuf trajectoires en trente-six pages, denses et fluides, balayant tout les passés, les présents et les futurs des mutants, pour aboutir à une issue confondante.

Au terme de l'épisode, on comprend parfaitement la figure décomposée affichée par Charles Xavier à la fin de la première séquence de Powers of X #1 (et la phrase énigmatique de Moira sur le rêve et la réalité). Mais encore on saisit, de façon extrêment concentrée et aiguisée, ce qui perd les mutants depuis toujours jusqu'à ce qu'à la "Maison de Xavier" telle que représentée dans HOX #1.

Moira agit en vérité telle la grande scénariste des mutants - et il n'est sans doute pas improbable d'interpréter cette caractérisation comme ce que Hickman entreprend d'être pour la franchise "X". Ce faisant, les actions de Xavier, en apprenant finalement tout ce qu'a vécu Moira et ce que cela lui enseigne sur le futur des mutants, deviennent très pragmatiques (savoir que son "fils spirituel", Cyclops, le tuera dans AvX, que Magneto échouera, que Apocalypse apparaîtra, que la menace des Sentinelles est incontournable, etc). C'est vertigineux.
Qui l'eût cru ? Mais passer un épisode entier avec Moira McTaggert et en faire la femme la plus important de la "mutanité" est la manoeuvre narrative la plus intelligente, profonde et et prometteuse jamais imaginée pour les X-Men. Nous aussi, nous sommes comme Charles Xavier ébahis, tourneboulés, bouelversés, et excités par ce que nous venons de découvrir. Je me répéte, mais c'est bluffant.

Pour servir un tel programme, il faut un artiste qui relève le challenge, non pas pour se faire mousser, mais bien, parce qu'il a compris l'importance de l'épisode, pour en sublimer le contenu. Et Pepe Larraz franchit ce cap avec maestria.

Bon, on pourrait parler du trait expressif, du soin des finitions - tout ça est déjà excellent et confirme que l'espagnol est dans une forme olympique. Il produit des images mémorables, belles, avec une sorte de majesté tranquille, une assurance qui est l'apanage des dessinateurs en pleine confiance, en pleine possession de leurs moyens. Qui dispose d'un matériel écrit d'une qualité indéniable et qui les motive.

Mais ce qui m'a le plus sidéré, c'est quelque chose de plus subtil, qui m'a presque échappé tellement c'est bien amené et qui, lorsqu'on s'en rend compte, vous colle un délicieux frisson, une décharge d'électricité. Un effet de découpage génialement simple mais très éloquent.

Au terme, dramatique, de sa troisième vie, Moira est face à elle-même : elle est tuée par la confrérie des mauvais mutants, formée par Mystique, Pyro et surtout Destinée avec laquelle elle a un dialogue déterminant. Plus rien ne sera jamais comme avant au terme de cet acte III.

Moira va séduire Xavier pour influer sur son existence et ses décisions de guide des mutants, d'abord pacifiquement puis plus stratégiquement. Ce seront des échecs. Elle s'attaque ensuite (vies 6-7) aux racines du mal : les Sentinelles, les robots géants conçus pour surveiller puis exterminer les mutants, et ensuite à la famille Trask, leur concepteur. Nouveaux échecs : même sans les Trask, les mutants seront quand même traqués, tués, par des unités mécanisées.

En fait, Moira accumule les échecs : elle se radicalise en s'alliant à Magneto, puis Apocalypse, mais rien n'y fait. Chaque vie consommée aboutit à une impasse - et Destinée lui en a prédit dix, peut-être onze. Pour traduire graphiquement cette descente aux enfers, les planches s'enchaînent, rapides, et le découpage mue sensiblement.

Les cases deviennent penchées, les bandes s'inclinent : horizontales au début, elles finissent par devenir exclusivement verticales à mesure que Moira s'enfonce dans des directions sans issue. Le personnage comme le lecteur glissent dans l'abîme comme sur une sorte de toboggan dont l'inclinaison des cases et des bandes figurent la forme. Tout bête comme effet, mais remarquablement bien exploité ici.

Et puis, nous revenons au stade embryonnaire. Moira s'apprête à naître une dixième fois. Dans le ventre de sa mère, forte des expériences de toutes ses vies précédentes, elle sait. Il ne suffit pas de déplacer un pion, de changer de direction. Il faut briser les règles, avec Charles Xavier. Retour à des cadres horizontaux, uniques, qui occupent toute la largeur de la page, comme une assiette, une base, une remise à plat ultime, avec l'énième rencontre avec Xavier à qui elle inspire un nouveau monde - celui vu dans HOX #1.

Que l'on sache que le futur, vu dans Powers of X #1, ne sera pas clément pour les mutants ne gâche rien puisqu'on ne sait que partiellement les raisons de l'échec de l'utopie (les manigances de Mr. Sinister notamment, l'émergence de Nimrod, la trahison de Karima Shapandar). Mais il est avéré, comme l'indique le tableau de lecture à la fin de chaque épisode des deux mini-séries, que House of X #2 est un jalon crucial dans l'histoire imaginée par Hickman et Larraz.

Avec un tel niveau, que ce soit pour le script ou le dessin, on peut encore craindre, si l'on est pessimiste ou méfiant, pour la suite. Mais tout de même, il faudrait une sacrée dégringolade pour que Hickman rate son coup. C'est donc confiant et enthousiaste que je suis. Pour un fan qui a eu l'amour des comics via les X-Men, cette relance, ambitieuse et maîtrisée, est un vrai cadeau.    

mercredi 7 août 2019

Netflix annule THE OA !

Hier, sur son compte Instagram, Brit Marling confirmait dans un long message et quelques dessins l'annulation de la série The OA par Netflix. Il n'y aura donc pas de saison 3.

Depuis une pétition circule, les fans sont désespérés. Si vous avez lu ce que j'écrivais au sujet de cette série, vous savez que j'en étais un grand admirateur, donc je ne suis pas heureux de cette issue. Mais tout cela est riche d'enseignements.

D'abord voici le post intégral de Marling :











Soyons d'abord pragmatiques : Netflix est aujourd'hui à un carrefour. Les plateformes de streaming se multiplient : Amazon, Hulu, bientôt Warner et Disney... La concurrence sera de plus en plus féroce et à la fin de a bataille, il y aura des morts.

Netflix souffre déjà : elle perd des abonnés. Pour contrer cette crise, elle doit miser sur des chevaux de course, des hits, et dans ce contexte, un programme aussi atypique que The OA ressemble à une anomalie commerciale, malgré ses immenses qualités artistiques. A côté de champions comme Stranger Things ou La Casa del Papel (je m'abstiendrai de les critiquer puisque je ne les suis pas), la série de Brit Marling et Zal Batmanglij ne fait pas le poids : elle est sacrifiable - et sacrifiée, comme d'autres avant elles (et après).

J'ai lu, ici et là, sur les réseaux sociaux des comparaisons qui ne me paraissent pas tenir. Par exemple, Sense8 des soeurs Wachowski et de J. Michael Straczynski a été annulée puis conclue suite à la mobilisation des fans, donc on ne peut pas parler d'un projet brutalement interrompu. De toute façon, c'est la vie (et la mort) des séries : elles ne sont pas éternelles et The OA n'allait sûrement pas durer dix ans.

D'ailleurs, examinons le dénouement de la saison 2 : les personnages devenaient leurs interprètes dans un twist génial. Bien entendu, cela aurait été diablement passionnant de voir comment Marling et Batmanglij allaient développer cela, rebondir sur cette idée folle. Mais, comme l'admet d'ailleurs Marling (malgré ses regrets de voir l'aventure s'arrêter brutalement), finir sur cette note, ce retournement de situation vertigineux, laisser Steve Winchell démasquer "Hap" dans l'ambulance qui véhicule Prairie, c'est une conclusion magique, qui préserve de toute déception éventuelle. Pour le coup, la série devient vraiment, définitivement, inoubliable.

[NB : la même réflexion peut s'appliquer pour Too Old to Die Young, qu'Amazon a aussi décidée de ne pas prolonger. En l'état, les dix épisodes réalisés et écrits par Nicolas Winding Refn forment une somme qu'aucune suite ne viendra diminuer en qualité.]

Examiner cela avec lucidité n'exclut pas les sentiments. Je suis triste malgré tout car j'adorai suivre The OA. L'attente entre les deux saisons a été longue mais le résultat valait la peine d'attendre, et j'aurai patienté, confiant, autant de temps pour une saison 3. Prairie Johnson, the Original Angel, restera une héroïne fascinante, mémorable, et son histoire demeurera une expérience narrative, visuelle, sensorielle, tout à fait unique.

Si je peux comprendre Netflix dans sa logique concurrentielle, je ne désespère pas non plus sur sa volonté de continuer à produire et/ou diffuser des contenus audacieux. Il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain et conspuer une plateforme qui a révolutionné la manière de "consommer" des séries. La saison 3 de Dear White People (en ligne depuis le 2 Août) a été très décevante (au point que j'hésite à écrire dessus), mais la suite de GLOW arrive le 8, et le 16 ce sera le tour de Mindhunter : de quoi passer encore de sacrés bons moments ! (Sans compter les adaptations du "Millarworld" à venir.)

Le monde de séries est un océan plein de poissons et avec Amazon, Hulu, HBO et les autres, il y a de quoi se consoler. Même si avec The OA, c'est une perte déplorable qu'on subit. 

SABRINA THE TEENAGE WITCH #4, de Kelly Thompson et Veronica Fish


Et dire que dans un mois maintenant, c'en sera fini de Sabrina the teenage witch... Il faut donc savourer cet épisode (et le suivant), ce qui n'est pas difficile car Kelly Thompson et Veronica Fish nous régalent. L'intrigue avance sur plusieurs pistes, entre comédie romantique et fantastique. Le dénouement promet d'être explosif.


Ses tantes Hilda et Zelda toujours absentes, Sabrina Spellman décide de retourner à l'école - moins pour étudier que pour enquêter de son côté. En passant devant la mairie, elle remarque un attroupement réclamant des mesures contre des sorcières.


Harvey Winkle, un de ses prétendants, accompagne Sabrina jusqu'au collège en lui donnant rendez-vous plus tard pour parler de cela. En cours de science, Sabrina est rappelée à l'ordre par le professeur Sampson, qui prononce des paroles désobligeantes envers ses tantes.


Le soir venu, comme promis, Sabrina écoute Harvey lui raconter les origines de Greendale, fondée par des sorcières, dont l'une, Della, vivrait toujours dans le coin. Sur ce, Ren Ransom, l'autre courtisan de Sabrina, surgit.


Sabrina laisse les deux garçons se disputer ses faveurs et rentre chez elle. Dans la cave, elle consulte les grimoires de ses tantes pour identifier la menace dans la forêt. Ce qu'elle apprend la motive à prendre des mesure drastiques.


Armée de plusieurs artefacts puissants, Sabrina est mise en garde par son chat Salem. Mais elle n'a pas l'intention d'aller se battre seule et offre à ce dernier de l'accompagner, en le renforçant aussi de manière... Impressionnante.

Lorsque je déplore la fin de cette mini-série, peut-être me trompé-je car Kelly Thompson, en plus d'être une scénariste talentueuse, est quelqu'un à l'écoute de ses fans sur Tumblr (notamment). Ainsi lui ai-je posée la question d'une suite à ces cinq épisodes de Sabrina the teenage witch. Et elle m'a répondu qu'Archie Comics y réfléchissait, que "tout était possible. Croisons les doigts.". Sachant que le recueil sortira le 10 Décembre prochain, peut-être la jeune sorcière reviendra en 2020.

En attendant, à une marche du dénouement, cet épisode est, comme les précédents, exquis. Thompson mène remarquablement sa barque, semblant à la fois plus s'amuser que pour ses commandes chez Marvel et aussi mieux maîtriser son récit.

La couverture suggère que l'accent est mis sur la romance, ou en l'occurrence le triangle amoureux Sabrina-Ren-Harvey Winkle. Ce n'est pas totalement faux dans la mesure où Harvey Winkle a droit à des scènes plus consistantes et importantes et qu'effectivement Ren Ransom affiche sa jalousie (légitime puisque, après tout, Sabrina l'a embrassée).

Mais Thompson utilise Harvey pour faire progresser l'intrigue. Ses deux tantes parties chasser le démon dans la forêt voisine et ne revenant toujours pas, Sabrina en apprend davantage sur les origines (supposées) de Greendale. Ce que lui raconte Harvey relève plus de la légende urbaine qu'autre chose mais informe tout de même Sabrina sur une actrice méconnue (une certaine Della).

Le scénario suggère une autre piste, peut-être fausse, avec le professeur de sciences qui n'a pas l'air d'apprécier Hilda et Zelda. Un suspect supplémentaire, du genre savant frustré qui aurait utilisé la magie. A moins que Sampson ne soit lié à cette Della... Voilà de quoi phosphorer en attendant le prochain numéro.

Ce qui fait le sel de Sabrina..., c'est aussi la parfaite complicité entre son écriture et son dessin. Veronica Fish parle le même langage que Thompson et ses pages reflètent ce mélange délicat de comédie, de fantaisie, de polar, de fantastique. Il y a une légèreté élégante qui s'en dégage, qui n'est en rien de la futilité mais plutôt une forme de malice invitant le lecteur à apprécier cela comme un jeu bien élaboré.

Fish comprend le script de Thompson en sachant en souligner habilement les effets lorsque son dessin exagère les attitudes, les mimiques comme lorsque Jessa, la meilleure amie de Sabrina, est excitée par les aventures amoureuses de la sorcière. Mieux encore : les scènes avec le chat Salem sont savoureuses car à la fébrilité de l'adolescente répond le flegme du félin, à la fois blasé et prudent, bien qu'il sache (comme nous) que sa maîtresse ignorera ses conseils.

Le découpage a beaucoup de rythme et de fluidité, s'autorisant quelques compositions hardies comme lorsque Harvey revient sur la fondation de Greendale, ou, surtout avec cette double page magnifique de Sabrina dans la cave en train de réunir de puissants artefacts magiques (dont l'épée de Jeanne d'Arc !). La dernière page montre la métamorphose spectaculaire de Salem, sorte de climax attendu.

Le tout profite également d'une colorisation magnifique d'Andy Fish, qui contribue aux nombreux atouts d'une production bien garnie.

La rentrée sera forcément un peu tristounette à Greendale car il faudra dire au revoir à Sabrina. Mais comptons sur Thompson et Fish pour boucler en beauté - et sur Archie Comics pour donner une suite à ce projet.
   

vendredi 2 août 2019

PUNK MAMBO #4, de Cullen Bunn et Adam Gorham


Elle aura été vraiment bien, cette mini Punk Mambo ! Elle n'est pas encore tout à fait terminée (encore un épisode le mois prochain), mais on voit mal comment, à ce stade, Cullen Bunn et Adam Gorham pourraient rater leur sortie. Cet épisode est un peu en mode pause, mais le dénouement s'annonce spectaculaire.


Parce qu'il a laissé fuir Punk Mambo après l'avoir passée à tabac, Azaire Aguilliard reçoit les reproches de son grand prêtre pour qui la jeune femme représente une menace sérieuse.


Cependant, Punk Mambo panse ses blessures dans une chambre de motel où elle s'est réfugiée avec Josef, dont la congrégation vaudou a été massacrée par l'oncle Gunnysack. Il leur faut préparer la suite du combat.


Et cela passe par l'invocation d'un sort de guérison. Ils partagent leurs forces, la base même de leurs arts occultes, et finissent par coucher ensemble. Cela ne passe pas inaperçu pour l'ennemi...


... Mais cela fait partie du plan de Punk Mambo qui attire ainsi le grand prêtre de Aguilliard et ses tontons macoutes dans sa chambre de motel. Elle livre les tueurs à des démons pendant que Josef coince le prêtre.


Celui-ci, bravache, tente de dissimuler sa peur en affirmant qu'il ne parlera pas de ce que prépare Aguilliard. Mais Punk Mambo sonde son esprit et voit que son adversaire a entamé un rituel pour s'emparer des pouvoirs des dieux vaudous...

Le format de la mini-série est, parait-il, peu vendeur, ce qui justifierait que les gros éditeurs n'y aient pas davantage recours. Pourtant, actuellement, Marvel comme DC y reviennent (tout comme ils le font avec des anthologies comme Marvel Team-up ou Batman : Secret Files). Valiant, lui, s'en sert autrement, plus efficacement aussi.

L'exemple actuel de Punk Mambo est un modèle du genre. L'héroïne est apparue dans une série-phare de l'éditeur (Shadowman) et évoque irrésistiblement Hellblazer, avec John Constantine (qui fut un des anti-héros émblématiques de feu le label Vertigo). Pour l'exploiter sans miser trop gros dessus, quoi de mieux que cinq épisodes et une histoire complète ?

Idem pour les auteurs. Valiant récupère en quelque sorte une plume aguerrie en la personne de Cullen Bunn (qui a travaillé pour tout le monde, d'Oni Press à Marvel en passant par DC et Dark Horse) : il adore les récits horrifiques et fantastiques, où il est plus à son avantage qu'avec du super-héros classique.

Bunn a imaginé une intrigue simple mais très efficace qui, à une étape de la fin, peut se permettre de marquer un temps pour mieux préparer un final spectaculaire où Punk Mambo va affronter un type ayant absorbé les pouvoirs de dieux vaudous (rien que ça !). C'est un divertissement décomplexé mais rondement mené, où même une scène cliché comme l'étreinte entre Josef et Punk (qui ont été à couteaux tirés jusque-là) passe.

Pour les dessins, Valiant a aussi fait les poches de Marvel en accueillant Adam Gorham, dont la prestation sur une mini New Mutants (Dead Souls) aurait pourtant dû convaincre C.B. Cebulski de garder le dessinateur.

Avec l'aide de José Villarubia (qui officie aussi sur Killers) aux couleurs, Gorham se lâche visiblement et son plaisir à mettre cette intrigue en images est communicatif. Il ose de belles splash-pages, des découpages inventifs, mais en restant lisible et au service du récit. Ses personnages sont expressifs en diable, sa narration solide (même si les premières planches de l'épisode sont un peu en dessous du reste).

On passe un super moment et nul doute que le 28 Août prochain, on quittera Punk Mambo à regret - ce qui est le signe imparable de la réussite du projet.

jeudi 1 août 2019

POWERS OF X #1, de Jonathan Hickman et R.B. Silva


Une semaine après l'impressionnante introduction que constituait House of X, voici la seconde mini-série écrite par Jonathan Hickman qui ambitionne de restaurer le lustre des X-Men : Powers of X (lire : Powers of Ten). Après avoir cartographié géo-politiquement les enjeux de son récit, le scénariste explore le temps, passé, présent et futur, toujours aussi magistralement. Et avec RB Silva au dessin, on en prend une nouvelle fois plein les mirettes.


L'évolution des mutants a connu quatre âges : le rêve, le monde, la guerre, l'ascension. En l'An 1 des X-Men, Charles Xavier, encore valide, rencontre Moira McTaggert dans une fête. Elle l'aborde.


Elle s'est faite tirer les cartes et a interprété les prédictions cryptiques de la chiromancienne. Charles est tout à son bonheur car il a, lui, vu la possibilité d'un monde conforme à son rêve. Moira lui répond, énigmatique, qu'il ne s'agit pas d'un rêve.


En l'An 2 des X-Men, aujourd'hui. Mystique et le Crapaud rentrent à Krakoa après leur opération dans les locaux de Damage Control. Elle remet à Magneto et Xavier une clé USB, qui contient des données visant à amélirorer le monde des mutants.


En l'An 3 des X-Men, cent ans dans le futur. Nimrod a conquis la Terre et pratiquement exterminé la race mutante, dont ne subsiste qu'une poche de résistants conçus par Mr Sinister. Rapustin IV et Cardinal perdent deux des leurs pour ramener à Wolverine ce qu'ils ont dérobé dans le Nexus.


En l'An 4 des X-Men, mille ans dans le futur. Le règne de Nimrod s'est achevé depuis longtemps, grâce aux humains. Le Libraire entretient des archives pour qu'on n'oublie pas - et préparer la nouvelle étape ?

Décidément, la reprise en main de la franchise "X" par Jonathan Hickman (à propos de laquelle certains fans ont commencé à détourner la célèbre réplique : "To me, my Hick-Men.") impressionne par son envergure. Le scénariste a vraiment les pleins pouvoirs pour restaurer l'image de marque des mutants et il ne fait pas n'importe quoi.

On comprend désormais pourquoi il a, surtout, obtenu l'arrêt de toutes les séries "X" en cours : pas seulement pour préparer la nouvelle vague qui débutera en Octobre, mais parce que son plan consiste à tout remettre à plat et à établir de nouvelles perspectives que rien ne devait brouiller.

Si House of X a cartographié le volet géo-politique des mutants avec la nouvelle situation de Krakoa comme nation, alors Powers of X (dont le "X" est à lire comme le chiffre 10 en caractères romains) explore la dimension historique. Pour cela, Hickman pose quatre jalons.

L'An 1 déroule une scène qui se situe avant l'accident qui a coûté l'usage de ses jambes à Charles Xavier et également antérieure à la formation de la première génération de X-Men. Le télépathe est encore jeune (mais déjà chauve) et idéaliste. C'est l'âge du rêve, celui de la cohabitation pacifique entre homo sapiens et homo superior. Moira McTaggert aborde Xavier en évoquant des cartes de tarot dont les figures se matérialiseront plus tard dans l'épisode mais surtout en confrontant son interlocuteur aux notions de rêve et de réalité.

Hickman intrigue durablement avec cette scène, qui fait de Moira une femme apparemment insouciante, mais qui, en vérité, en sait plus que Xavier. Lorsque celui-ci sonde son esprit pour apprendre ce qu'elle sait, son expression se fige sans qu'on puisse l'interpréter définitivement : étonnment ? stupeur ? effroi ?

Le scénariste développe ce procédé dans les parties successives de cet épisode où le lecteur appréhende les faits sans pouvoir être certain de leur sens. Que contient la clé USB volée par Mystique (comme on l'a vue dans HOX #1) et qui aidera Xavier à concevoir un monde meilleur pour les mutants ? Tout comme on s'interroge sur ce que Rasputin IV et Cardinal ont dérobé, au péril de leurs vies (et au prix de celles de deux de leurs camarades), dans le Nexus et qui vaut à un Wolverine âgé, dans cent ans, d'affirmer que leur sacrifice n'a pas été vain ? Enfin, qui est ce mystérieux Libraire dans mille ans qui archive les données laissées par Nimrod, en mentionnant une guerre entre les machines et les mutants arbitrée par les hommes tout en veillant sur une sorte de ruche dans laquelle se trouvent de nouveaux Adam et Eve ?

Il faut accepter de recevoir cet épisode avec ces questions sans réponses, ce principe d'allusions, cet enchaînements de moments intervenant à des époques très lointaines les unes des autres. On peut tout de même en déduire que le futur des X-Men selon Charles Xavier a échoué de manière tragique. Hickman convoque un autre grand méchant avec Nimrod, cet androïde du futur, traqueur de mutants, qu'il considère comme des aberrations mais aussi des objets de recherche. Et auprès duquel se tient dans un siècle Karima Shapandar, la Sentinelle Oméga, qui accompagnait le Dr Alia Gregor de la mission Orchis dans HOX #1, et qui a donc trahi les mutants.

Hickman renoue avec les pages exclusivement constituées de textes, d'organigrammes, de plans. Leur usage n'est pas un simple motif répété, un peu maniériste. C'est d'abord un moyen habile de résumer des faits importants, rapidement, mais en soulignant leur impact historique : sans cela, il faudrait le double d'épisodes pour tout montrer, tout raconter. Il est question du programme Sinister, donc de Mr. Sinister, ce machiavélique généticien, qui a collaboré pour l'extermination des mutants tout en dissimulant son propre agenda.

On trouve ainsi l'explication à l'aspect et aux noms de ces curieux mutants du futur (qui apparaissent dès la couverture), comme Rasputin IV et Cardinal. Il s'agit de "chimères", des créatures composées à partir de plusieurs ADN mutants, et aux fonctions prédéterminées. Sinister a voulu doubler les autorités en profitant, au gré des altérations génétiques de ces générations de mutants composites, de changements dans leur comportement. Des chasseurs sont devenus des opposants au régime, se sont mis à développer des sentiments (pacifisme, indépendantisme...), ont multipliés leurs capacités (télépathie, facteur gérisseur...). 

Hickman nuance donc des thèmes rebattus comme la persécution anti-mutants, la résistance. Il jalonne aussi son récit avec de nouveaux paramètres sur le futur en expliquant que les mutants ont majoritairement trouvé asile chez les Shi'ar, mais que huit d'entre eux résident sur l'astéroïde K (comme Krakoa), alors que l'île mutante et sa colonie martienne sont tombées.

Pour traduire visuellement l'ampleur de cette cartographie, après Pepe Larraz sur HOX, POX peut compter sur un autre excellent dessinateur en la personne de RB Silva. Il a déjà pas mal roulé sa bosse, de DC à Marvel, sans s'imposer vraiment. La faute à un style trop proche (jusqu'à un point troublant) avec celui d'Immonen ?

Plus encore que Larraz, Silva entretient la confusion (même s'il ne dispose pas avec Andrea di Benedetto de l'équivalent d'un von Grawbadger à l'encrage). Pour ceux qui sont en manque du maître canadien, en tout cas, c'est un substitut de grande classe. Et qui, là, enfin, trouve matière à prouver sa valeur.

Comme Hickman a lui aussi une expérience de graphiste, nul doute que l'artiste et son scénariste ont dû étroitement collaborer pour que leur mini-série reflète parfaitement l'esthétique du projet. De prime abord, avec plus de la moitié du récit se déroulant dans le futur, on peut être dérouté, notamment par l'apparence des "chimères". Mais les designs a priori un peu bâtards se révèlent très inventifs et nourrissent là encore l'imaginaire (Cardinal avec sa peau rouge mais sa ligne élancée est un mix élégant entre Nightcrawler et son père Azazel, tandis que Rasputin IV est un mélange audacieux entre Colossus et Magik). Silva sait aussi se faire épuré comme en témoigne son Nimrod, à la fois colossal et sournois, ou le Libraire avec ses marques en forme de glyphes sur le visage (élément typiquement Hickman-ien).

Autre point important : la colorisation est assurée, comme pour HOX, par Marte Gracia, ce qui assure une cohérence entre les deux titres. Lesquelles, comme l'avait annoncé Hickman, sont bien complémentaires. Il faut lire les deux séries, qui se répondent, de manière organique, s'enrichissent. Tel Krakoa, elles forment un même arbre aux racines communes mais aux directions différentes - l'une dans l'espace (au sens géographique), l'autre dans le temps.

L'expérience est passionnante. Depuis quand avions-nous été aussi excités par une relance des X-Men ? Et surtout depuis quand un auteur a su si bien tenir sa promesse de relancer la machine ?