samedi 11 août 2018

THE SINNER (Saison 1) (USA Network / Netflix)


La série The Sinner est une production montée par l'actrice Jessica Biel et adaptée du roman de Petra Hammesfahr par Derek Simmonds. Le principe : chaque saison (la deuxième est en cours de diffusion aux USA) propose une affaire différente. Diffusée sur USA Network, c'est une étonnante réussite, à l'image de la prestation de sa vedette, qui trouve là son meilleur rôle.

Le dossier de Cora Tannetti (Jessica Biel)

Elevée par des parents très religieux, Cora Tannetti les a fuis en 2012 pour se marier plus tard avec Mason, installateur de climatiseurs avec son père, et avec lequel elle a un fils, Laine. Pour se détendre, ils vont à la plage du coin.Tandis qu'elle épluche une poire pour son fils, Cora remarque un jeune couple qui s'embrasse en écoutant très fort un morceau de musique composé par le garçon. C'est alors qu'elle se lève et poignarde à sept reprises ce dernier avant d'être maîtrisée par son mari mais après avoir déclaré à la jeune femme qu'elle était "en sécurité maintenant". Les inspecteurs Harry Ambrose et Leroy sont chargés de l'affaire tandis qu'au poste, Cora passe aux aveux. Mais Ambrose est convaincu qu'il ne s'agit pas d'un coup de folie. 

Cora Tannetti et son avocate commise d'office (Jessica Biel et Susan Pourfar)

Déférée devant un juge et conseillée par une avocate commise d'office (bien qu'elle ait refusée d'être représentée), Cora plaide coupable, se privant ainsi d'un procès. Mais le juge décide d'une expertise psychologique étant donné la nature du crime. Cora, en cellule, repense à sa soeur cadette, née prématurément et gravement malade durant son enfance et son adolescence, ce dont leur mère la tenait responsable. Ambrose interroge à nouveau Cora et obtient quelques précisions : elle avait déjà rencontré sa victime, Frankie Belmont, en 2012, en compagnie d'un certain JD, dont elle tomba enceinte avant de se jeter sous une voiture pour ne pas garder l'enfant. Mais le policier ne trouve aucune trace d'hospitalisation après cet accident et le père de Frankie, Patrick Belmont, affirme que son fils était en Californie à cette époque. 

Cora Tannetti et l'inspecteur Harry Ambrose (Jessica Biel et Bill Pullman)

Après avoir fait réécouter à Cora la musique que le couple passait sur la plage, Ambrose provoque chez elle un accès de furie. Il réalise ensuite qu'elle l'a frappé à sept reprises exactement aux mêmes endroits où elle a poignardé Frankie. L'inspecteur rend visite aux parents de Cora, qu'elle prétendait morts, et apprend que sa soeur, Phoebe, a disparu subitement en 2012 en sortant une nuit avec son aînée. Suite à un cauchemar en cellule, Cora est sédatée par injection, ce qui révèle des traces de piqûres répétées par le passé. Elle avoue à Ambrose avoir été héroïnomane mais quand il lui procure du matériel pour se droguer, elle est incapable de s'en servir. Mason retrouve JD, qui vend de la drogue dans un bar local, et s'en prend à lui. 

Cora Tannetti en séance d'hypnose régressive

Mason et JD sont interrogés séparément au poste, et ce dernier affirme ne pas connaître Cora avant d'être libéré grâce à l'intervention d'un avocat en relation avec le prestigieux club privé Beverwyck. Questionnant à nouveau Cora sur JD, Ambrose note qu'elle n'a aucun souvenir entre la nuit du 3 Juillet 2012 (passée avec sa soeur, Frankie Belmont et JD) et son admission dans le service de désintoxication de l'hôpital de Poughkeepsie deux mois plus tard. L'inspecteur convainc le Dr. Chang, l'experte en psychologie qui a examiné Cora à la demande du juge, de l'hypnotiser afin qu'elle recouvre la mémoire. Elle se rappelle ainsi avoir été séquestrée dans une chambre située dans un sous-sol et droguée par un homme masqué après avoir été entraînée dans une forêt où se trouvait un bus scolaire abandonné.

Les inspecteurs Ambrose et Leroy (Bill Pullman et Dohn Norwood)

La découverte de ce bus et celle d'une tombe improvisée à côté avec des ossements humains obligent le commissaire à confier l'enquête à la police d'Etat en la personne du capitaine Farmer. Celle-ci pense aussitôt que Cora a assassiné la personne trouvée dans la forêt mais la jeune femme refuse d'endosser un crime dont elle ne se souvient pas, malgré une offre du procureur diminuant la durée de son emprisonnement. Après avoir assommé le père de Mason, JD est retrouvé mort chez lui, d'une balle dans la tête, par le mari de Cora, venu se venger. En 2012, Cora se rappelle du projet fomenté avec Phoebe de partir s'installer à Naples en Floride grâce à l'argent que l'aînée volait à des hommes qu'elle fréquentait via un site de rencontres. Jusqu'à ce qu'elle fasse la connaissance de JD qui s'interposa entre elle et un des pigeons qui avait remarqué son manège.

L'inspecteur Ambrose et Cora

Les tests effectués sur la couverture dans lequel était enveloppé le corps découvert en forêt attestent que Cora l'a touchée. Mais elle convainc Ambrose de l'emmener au club Beverwyck où elle se souvient à présent avoir été en compagnie de JD et Phoebe, reçus par Frankie Belmont dans la nuit du 3 Juillet 2012. Rien ne lui revient une fois sur place jusqu'à ce qu'elle remarque une dépendance voisine et se rappelle de l'escalier menant au sous-sol, là où le drame s'est noué...

Cora et sa soeur cadette Phoebe (Jessica Biel et Nora Alexander)

Dans la nuit du 3 au 4 Juillet 2012. Phoebe fête son dix-neuvième anniversaire en famille. Puis Cora se prépare à aller retrouver JD. Phoebe insiste pour l'accompagner. Les deux soeurs vont au "Traproom", la bar où JD et son ex-petite amie, Maddie Beecham, offrent une pilule d'ecstazy à Phoebe. Puis le groupe part pour le Beverwyck Club où les attend Frankie Belmont. Phoebe se donne à lui après avoir sniffé un rail de cooke tandis que Maddie, jalouse de Cora, s'éclipse. Pendant que Cora et JD s'étreignent, Phoebe a un arrêt cardiaque dans les bras de Frankie qui essaie alors de la réanimer, en vain. Cora attaque Frankie avant d'être assommée par JD. Elle reprend vaguement conscience plus tard sans comprendre que JD et un autre homme enterrent sa soeur dans la forêt à côté du bus scolaire abandonné.

Les inspecteurs Leroy et Ambrose

Ambrose remonte la piste des assassins de JD dans une clinique clandestine. L'un est abattu par la police, l'autre arrêté et interrogé. L'analyse des ossements révèle qu'il s'agit de ceux de Phoebe. Cora est condamnée à trente ans de réclusion pour le meurtre de Frankie. Mais Ambrose ne désarme pas : il veut savoir où la jeune femme était durant les deux mois suivants le 4 Juillet 2012. Il apprend que la clinique clandestine des assassins de JD était couverte par Patrick Belmont, le père de Frankie, médecin et membre du Beverwyck Club. L'inspecteur obtient du juge que Cora puisse visiter le domicile des Belmont et, dans une chambre, sous le papier peint, elle découvre le précédent et identifie la pièce comme celle où elle a été séquestrée et droguée pendant les deux mois suivants le 4 Juillet 2012. Patrick Belmont avoue tout. A la lumière de ces révélations, le juge commue la peine de Cora : elle passera les deux prochaines années dans un hôpital psychiatrique, au terme desquelles on évaluera si elle représente un danger pour elle ou les autres.

D'abord, ce qui frappe avec les huit épisodes de la saison 1 de The Sinner, c'est la remarquable interprétation de sa vedette et productrice, Jessica Biel. Un examen rapide de sa filmographie suffit à constater que la compagne de Justin Timberlake n'a jamais brillé au cinéma où elle a tenté de s'imposer après avoir été révélée adolescente dans cet abominable série réactionnaire qu'était 7 à la maison (la chronique d'une famille bien républicaine). A la fin de ce cette aventure inaugurale, Biel faisait plus souvent la "une" des tabloïds pour ses frasques d'adolescente en crise. Après quoi, elle s'est calmée et a enchaîné les navets sur grand écran puis séduit son chanteur de mari.

La télé est désormais devenue le refuge classieux d'acteurs frustrés par le cinéma hollywoodien ou dont les états de service manquent du rôle qui permet d'accéder à une notoriété durable et des films prestigieux et/ou "bankables". Les projets s'y financent plus facilement avec la multitude de chaînes qui veulent rivaliser avec HBO ou Netflix en conjuguant opérations ambitieuses et casting accrocheurs. Pour Jessica Biel, ce terrain de jeu devait ressembler à celui qui convertirait ses aspirations en preuves de son opiniâtreté.

Elle a eu raison d'y croire quand elle a acquis les droits du roman de Petra Hammesfahr pour le faire adapter par Derek Simmonds car son entreprise lui a value des critiques élogieuses (les plus chaleureuses de sa carrière) et un beau succès d'audience (la saison 2 est actuellement diffusée en Amérique, et Biel en reste la productrice mais n'y joue pas).

The Sinner ressemble à des poupées russes avec son intrigue à tiroirs, pleine de fausses pistes, de souvenirs morcelés, de traumatismes enfouis. Le titre se traduit par le pécheur, la pécheresse en l'occurrence, pas seulement pour le crime effectivement commis par Cora Tannetti dès le premier épisode et qui empêche toute happy end (on sait qu'elle sera condamnée pour cela). Ce qui fait le sel de la série, c'est, comme l'obsession du detective Ambrose, de savoir pourquoi elle a fait cela et aussi pourquoi elle refuse d'aller jusqu'au procès ensuite. Quel péché semble-t-elle vouloir expier ?

La vérité met du temps à éclore, jusqu'au dernier chapitre le téléspectateur n'a aucune idée précise de la totalité du drame enduré par la jeune femme, qui l'a conditionné littéralement à tueur un homme. Les raisons sont multiples, depuis son éducation par une mère fanatique qui lui reprochait la mauvaise santé de sa petite soeur jusqu'à sa romance avec un mauvais garçon toxique en passant par une nuit tragique accompagnée par un morceau de musique obsédant dont le resurgissement des années après précipitera le drame.

Les scénaristes ont-ils un peu trop chargés la mule ? Pas tant pour Cora, dont l'existence suit une pente calamiteuse et dont le geste a des répercussions bien exploitées sur son entourage (en particulier sa belle-famille). En revanche, la personnalité de l'inspecteur Ambrose en rajoute dans le glauque assez inutilement, en le décrivant comme un workaholic incapable de prendre du temps pour son couple mais qui se fait maltraiter par sa maîtresse dans des séances sado-masochistes. A part une ligne de dialogue entre lui et Cora où il lui explique connaître comme elle "le marais" dans lequel elle a l'impression d'être captive, rien ne vient justifier les manies de ce policier brillant mais à l'évidence bien abîmé par les affaires qui l'occupent.

Mais heureusement, Jessica Biel a su bien s'entourer. Avoir confié le rôle d'Ambrose au revenant Bill Pullman (qui fut le héros inoubliable de Lost Highway de David Lynch) est une brillante initiative. Lesté de quelques kilos, le visage mangé par une épaisse barbe blanche bien taillée, le cheveu gras, le comédien est époustouflant, jouant sa partition avec sobriété et puissance, mélange de lassitude et de pugnacité, face à Biel, qui n'est pas une actrice très expressive mais investie à fond dans son personnage auquel elle donne une dimension poignante. Pullman revient dans la saison 2, confirmant qu'il est le vrai fil rouge de la série (et il est gâté puisqu'il donne la réplique à Carrie Coon).

Avec son ambiance lourde et son récit méandreux mais prenant de bout en bout, The Sinner est parfois éprouvant mais frappe juste et fort.    

vendredi 10 août 2018

HAWKMAN #3, de Robert Venditti et Bryan Hitch


Elle a décidément de la gueule, cette nouvelle version de Hawkman, et le duo Robert Venditti-Bryan Hitch n'y est pas étranger. Leur histoire se déroule de manière classique mais spectaculaire en faisant du héros le vrai sujet de l'intrigue et de chaque épisode une étape dans sa découverte. Confirmation avec ce troisième numéro.


La nouvelle escale dans la quête de Hawkman le conduit à Dinosaur Island. Et le comité d'accueil est particulièrement musclé puisque le héros ailé doit affronter un tyrannosaure. Par la ruse, il réussit à le faire battre en retraite. Son objectif pour le lendemain : atteindre le sommet de la plus haute montagne de l'île.
  

Epuisé par cette première journée, Carter Hall fait le point en se restaurant devant un feu de bois la nuit venue. Il s'interroge sur la fin du monde qu'il a entrevue en consultant Madame Xanadu à Londres et sur le sceptre d'une de ses précédentes incarnations, Khufu Maat Kha-Tar dont le manche est couvert de glyphes inconnus mais susceptibles de le guider.


Au matin, Hawkman s'envole en direction de la montagne mais une flotte d'hommes ailés lui en barre le passage. Il se débat mais, dépassé par le nombre, doit les affronter. Redoublant d'efforts, il engage le combat contre ses assaillants, découvrant dans le feu de l'action qu'il peut envoyer sa masse et la récupérer à volonté.
   

Finalement, Hawkman décourage ses adversaires et atteint le pic de la montagne où l'attend un vieil homme ailé et aveugle. Il l'invite à pénétrer dans la grotte derrière lui où, promet-il, il trouvera les réponses à ses questions. Son hôte disparaît en fumée et Hawkman entre dans la cavité.


Il y découvre un autel finement ouvragé et, intuitivement, y plante le sceptre. L'endroit se révèle être un planétarium. Mais Hawkman est de nouveau déplacé dans l'espace-temps : le voilà mis en joue par Kathar Hol, de la police de Thanagar !

La simplicité narrative de cette série est un régal alors que la matière brassée par l'histoire est extrêmement riche. Le scénariste Robert Venditti a bien compris le défi que représentait Hawkman, personnage et production dont les origines ont été l'objet de versions innombrables, et qu'il s'emploie à synthétiser avec un souci exemplaire de clarté.

Venditti a choisi de ne rien effacer de la foisonnante mythologie du héros : ni ses réincarnations terriennes ni ses avatars extraterrestres, au contraire il les fond en une somme compacte et connectée qui constitue le sujet même de son récit. Hawkman doit (ré)apprendre qui il est, d'où il vient, où il va, pour être efficace et empêcher une fin du monde dont il serait responsable. 

Le scénariste a recours à une astuce pour animer cette quête : à chaque fois que Hawkman se réincarne, il oublie un peu plus ses origines. C'est dire qu'aujourd'hui, après plusieurs vies dans le passé et dans divers mondes, sa mémoire n'est plus ce qu'elle était. Il se souvient essentiellement d'indices qu'il a disséminés aux quatre coins de la Terre, d'autres planètes et d'autres époques, pour l'aider actuellement à recomposer le puzzle de son identité. Mais chaque avancée accomplie est périlleuse car il ignore à chaque fois ce qui l'attend. Et bien entendu, il doit toujours se déplacer dans des endroits dangereux.

Ce mois-ci, on est gâté car c'est une île peuplée de dinosaures qui sert de théâtre à l'action. Dès la scène d'ouverture, Hawkman doit repousser un T-Rex et Bryan Hitch prouve une nouvelle fois sa grande forme retrouvée dans cette bataille aux décors fournis, avec un découpage très dynamique. Le dessinateur anglais prend un plaisir visible à oeuvrer sur la série, à animer ce personnage, à créer ces situations, et Vendetti doit apprécier sa chance de disposer d'un artiste de ce calibre aussi motivé.

On est dans un cas semblable à celui du Superman de Bendis avec Ivan Reis qui peinait à retrouver son niveau de sa grande époque sur Green Lantern, mais qui, investi pleinement et requinqué comme jamais, livre ses meilleures pages depuis des lustres. Hitch, c'est pareil : il a quitté Marvel en déclinant nettement, a tenté de se refaire chez Image, est revenu chez DC, n'a pas convaincu en scénariste. Et avec Hawkman, le lecteur assiste à une sorte de résurrection - voyez le combat extraordinaire entre le héros et les hommes ailés !

Certes, Venditti risque de tirer un peu trop vite sur la corde en utilisant des déplacements spatio-temporels trop fréquemment entre Carter Hall et ses incarnations passées ou futures, terrestres ou extraterrestres. Mais sinon, la série est vraiment très plaisante à suivre, dépaysante, mouvementée, mystérieuse. Hawkman est vraiment le coeur de cette aventure et tout est fait pour le rendre plus attractif que jamais, héroïque et intriguant à la fois.

Si, au bout du compte, on a enfin droit au retour de la Justice Society of America (même si je sens qu'il va falloir s'armer de patience car Geoff Johns est le maître des horloges sur ce point), DC récupérera Carter Hall dans toute sa superbe grâce à sa série actuelle.

DEATH OR GLORY #4, de Rick Remender et Bengal


Pour ce pénultième numéro avant la fin du premier arc de Death or Glory, Rick Remender et Bengal devaient impérativement redresser la barre au risque que leur histoire pique définitivement du nez. Il y a du mieux, mais le redressement n'est pas total, comme s'il était déjà trop tard, que la magie s'était envolée...


Glory et Pablo sont encore dans les arrières-salles de la boucherie de Korean Joe et ils ont découvert, chacun de leur côté, qu'il revendait des organes humains à sa clientèle, prélevés sur des immigrés clandestins qu'il fait passer en Amérique avec la complicité de Toby (l'ex-mari de Glory) et d'un cartel mexicain.


Glory réussit à s'enfuir avec Isabelle, la nièce de Pablo, en essuyant les tirs d'une des jumelles Dutch, les adjointes de Korean Joe, et du tueur au nitrogène. Elles montent dans la voiture de la jeune femme et reviennent devant le commerce.


Pablo en sort par l'entrée en tenant une boîte réfrigérée, coursé par Korean Joe qui lui tire dessus sans l'atteindre. Pablo ordonne à Glory de redémarrer tandis qu'il s'accroche sous la voiture.


Glory fonce pied au plancher lorsque la voiture du shérif Dillard la percute. Elle réussit néanmoins à la dépasser mais la course-poursuite ne fait que commencer. En liaison radio avec Toby, Dillard nomme Glory comme celle qu'il course et Toby comprend qu'elle est mêlée à ça pour tenter de sauver son père, Red.


Trois hommes du cartel mexicain ont déroulé une planche à clous pour stopper Glory à l'entrée d'un tunnel. Elle braque pour l'éviter mais Dillard derrière elle fonce dessus. Ayant semé le policier et ses complices, Glory peut enfin s'arrêter et permettre à Pablo de monter : il lui révèle alors le contenu de la boîte réfrigérée et il s'agit d'un rein volé chez Korean Joe appartenant à un donneur universel, parfait pour Red !

Il est très compliqué de retrouver le plaisir pris au début d'une série quand, au milieu de son premier arc, l'histoire a emprunté une direction décevante ou s'est développée de manière incongrue. C'est ce qui s'est précisément passé avec Death or Glory dans le précédent numéro où l'intrigue sombrait dans le sordide avec ce trafic d'organes issus d'immigrés clandestins et vendus dans une boucherie.

Rick Remender n'a certes jamais été un auteur très délicat et quand il s'agit de violence, la suggestion n'est pas son fort. Toutefois, là, on touche carrément au glauque alors que le début de la série promettait un récit plutôt axé sur un vol d'argent sale et de poursuites en bagnoles avec une héroïne au caractère bien trempé.

Ce quatrième épisode, l'avant-dernier du premier arc narratif, renoue avec les éléments initiaux de Death or Glory, soit beaucoup d'action sur un rythme soutenu. Mais quelque chose s'est grippé, cassé même entre temps. Je l'avoue, j'ai de plus en plus de mal à rentrer dans cette histoire, à adhérer à son propos, à m'attacher à ses personnages.

Le dessin de Bengal, qui participait à la jubilation des débuts, me semble au diapason de l'égarement du titre : l'expressivité a cédé la place aux grimaces, le découpage inspiré est plus lâche, la tension peine à se maintenir. Trop de digressions (comme ce flash-back éclair et inutile sur la rencontre entre les jumelles Dutch et Korean Joe), trop de rebondissements somme toute convenus (le tueur au nitrogène ne sert vraiment plus à rien), un manque de lisibilité même parfois (la confusion règne dans la fuite de la boucherie) et en fin de compte pas grand-chose à raconter (à part une course-poursuite occupant les 2/3, voire les 3/4 de l'épisode, que nous dit-on ?).

C'est extrêmement décevant. Mais la progression d'une série est redoutable quand son argument n'est pas suffisant : plus on avance, plus ce qui ne fonctionne pas (comme la situation de Pablo durant tout l'épisode), plus ce qui manque comme chair au récit se révèlent. Death or Glory est une BD qu'on aimerait aimer davantage mais qui ne passe, littéralement, jamais la vitesse supérieure, échoue à gagner en densité, en suspense. Et ce n'est pas ce coup de théâtre final (avec le contenu de la boîte réfrigéré) qui change quoi que ce soit.

Je n'aime pas charger la mule en accablant une production car je respecte les efforts que cela exige de la part de ceux qui la réalisent, mais je lirai encore le prochain épisode, la conclusion de ce premier acte, et, sauf spectaculaire rétablissement, ce sera tout pour moi. 

jeudi 9 août 2018

SUPERMAN #2, de Brian Michael Bendis et Ivan Reis


Contrairement à Slott et Fantastic Four, Brian Michael Bendis n'a pas perdu de temps pour plonger Superman dans le feu de l'action et à proposer au lecteur son premier récit, The Unity Saga, épique à souhait puisque la Terre est désormais dans la Zone Fantôme. Ivan Reis impressionne encore, lui aussi, ce mois-ci alors que la situation se dramatise.


La Terre a été subitement et inexplicablement déplacée dans la Zone Fantôme et Superman se déploie pour venir en aide ici à des civils, là pour arrêter des malfrats. Mais la situation est affolante, même pour le héros qui, comme il se rappelle l'avoir expliqué à Green Arrow, fait toujours tout pour ne pas se laisser déborder.


D'autant que, malgré tout, Superman n'est pas tout seul face à cette crise. Grâce au lien télépathique établi par le Martian Manhunter, tous les membres de la Justice League sont en contact  et l'Homme d'Acier les renseigne sur ce qui vient de se passer. Chacun prend des dispositions pour aider le monde à conserver son équilibre.


Mais, soudain, Superman réalise ce qui va se passer bientôt... Tout comme Rogol Zaar, que Supergirl avait déporté dans la Zone Fantôme (cf. Man of Steel #6). Il a appris que cet endroit était celui où les kryptoniens larguait leurs ordures, enfouissait leurs pires secrets.


Ainsi a-t-il affronté Nuclear Man, également prisonnier de cette dimension. Puis, apercevant la Terre, il voit l'opportunité d'accomplir enfin sa mission : décimer définitivement cette planète qui héberge des survivants de Krypton et prendre ainsi sa revanche contre Superman.


Ce dernier a fait ses calculs : dans la Zone Fantôme, il n'y a pas de soleil, ce qui signifie qu'il va progressivement perdre ses super-pouvoirs alimentés par l'astre, sans oublier tous les ennemis qu'il a bannis ici. Sur Terre, il retrouve Flash dans sa nouvelle Forteresse de Solitude et ensemble ils réfléchissent qui aurait l'idée et le pouvoir de déplacer ainsi la Terre. Et Superman de se rappeler que, s'il ne sort pas de ce cauchemar, il ne reverra plus Lois Lane et leur fils Jon...
  
 La variant cover de David Mack.

Les premières pages donnent le la aux suivantes : ce deuxième épisode est spectaculaire et Ivan Reis en est la vedette. Il ne s'y passe pas grand-chose en vérité, en tout cas rien qui fasse progresser l'intrigue de manière décisive (en nous renseignant sur la raison de la situation, le coupable, la solution au problème). L'intérêt est ailleurs.

Dans la mythologie de Superman, la Zone Fantôme est un reliquat de Krypton, un des éléments les plus noirs du monde d'origine du héros. Cette dimension parallèle est une vaste prison galactique où échouent tous les bannis condamnés par les ancêtres de Kal-El, l'équivalent en somme de la Zone Négative chez Marvel (même si on n'y trouve pas, à ma connaissance, un Annihilus auto-proclamé maître des lieux).

Brian Michael Bendis a rappelé de manière suggestive mais claire que l'usage de la déportation déplaisait à Superman et il désapprouvait que Supergirl se soit débarrassé de Rogol Zaar en l'expédiant dans la Zone Fantôme à l'issue de la mini-série introductive Man of Steel. On le devinait mais on le saisit à présent : si, à son tout, le héros devait y séjourner, il se retrouverait dans un environnement doublement hostile parce qu'il est privé de soleil, qui alimente ses pouvoirs, et parce qu'il est peuplé de gens qui le détestent (ou se détestent entre eux de toute manière, comme le signifie le prologue avec un conflit entre l'armée de Tamaran - la planète de Starfire - et celle de Thanagar - le monde de Hawkman).

Bendis apprécie d'immerger les lecteurs en montrant le héros en proie au doute comme eux. Superman est donc écrit en train de réagir et de réfléchir à ce qui arrive. Il veut savoir qui a eu l'idée et les ressources suffisantes pour déplacer la Terre mais aussi résoudre ce problème assez vite pour ne pas avoir à se battre contre un adversaire trop puissant quand ses pouvoirs déclineront dans cet environnement.

Décrire la puissance de Superman, et par conséquent ses (rares) faiblesses, est souvent un casse-tête scénaristique : le surhomme extraterrestre a tellement de facultés extraordinaires qu'on le suppose invincible. Pourtant, ça n'a pas toujours suffi à certains auteurs (durant les "New 52", le temps d'une saga dessinée par John Romita Jr, Geoff Johns avait eu l'étrange idée de doter le héros d'un pouvoir supplémentaire tout en expliquant que s'il l'utilisait, il était démuni ensuite pendant un certain laps de temps...). Bendis opte pour autre chose, plus simple et évidente : Superman anticipe et refuse d'abdiquer, de fermer les yeux et de se boucher les oreilles - décidément, entre Clark Kent qui investigue dans Action Comics, et Superman qui se prépare au pire pour l'éviter dans cette série, le personnage écrit par Bendis a des attitudes dignes de Batman...

L'autre bon point, c'est que, lorsqu'un super-héros fait face à une situation de crise aussi énorme que celle-ci, on a l'impression que, malgré la notion d'univers partagé, il se débrouille comme si ses collègues n'étaient pas au courant ou ne se rendaient compte de rien. Bendis, lui, implique la Justice League pour montrer que l'événement est pris en compte par les amis de Superman et qu'ils le soutiennent à leur niveau.

Graphiquement, comme je l'ai écrit, Ivan Reis livre des planches qui, comme l'affirmait son scénariste avec enthousiasme, sont sensationnelles. D'abord, ça fait plaisir de voir le brésilien aussi investi dans la série et en pleine possession de ses moyens, avec ses deux encreurs (Joe Prado + Oclair Albert). Ensuite, la démesure de l'histoire est parfaitement traduite en images sans abuser malgré tout de facilités comme des splash ou doubles pages. 

Les effets sont bien dosés et le découpage, sobre, est tout de même varié avec des cases verticales et horizontales en alternance. Reis insiste aussi sur le gabarit colossal de Rogol Zaar, qui devient plus impressionnant encore, ce qui promet une prochaine confrontation épique avec Superman. Au passage, il représente Nuclear Man, un vilain kryptonien que Bendis a l'intention d'employer bientôt, après un pari avec Nick Derington (le personnage n'était pas réapparu depuis le film Superman IV : le face-à-face, de Sidney J. Furie, 1987 !).

Il semble en tout cas que la saga promise par Bendis va durer un certain temps et va envoyer du bois ! 

La variant cover de Adam Hughes.

FANTASTIC FOUR #1, de Dan Slott, Sara Pichelli, Simone Bianchi et Skottie Young


Faut-il que Marvel ait culpabilisé ou cherche désespérement à créer l'événement pour avoir caler la sortie du n° 1 de ce nouveau volume de Fantastic Four un 8 Août, soit exactement cinquante-six ans après la création de la série écrite par Stan Lee et Jack Kirby ? En tout cas, il sera difficile de ne pas en entendre parler, après deux et demi d'absence dans les bacs. Mais cela suffit-il à produire un épisode de qualité ? C'est le périlleux défi de Dan Slott et Sara Pichelli (plus des invités)...


Ben Grimm se promène en ville avec sa fiancée Alicia Masters qui souhaite acheter un chaton comme animal de compagnie. La Chose ne se laisse attendrir qu'une fois les félins en train de ronronner dans ses bras.


Johnny Storm est au stade de New York pour assister à un match de base-ball des Mets en compagnie de son ami Wyatt Wingfoot. On les remarque vite dans les gradins et plusieurs jeunes filles réclament une photo avec la Torche Humaine. Lorsque, soudain, dans le ciel, se dessine le signal des Fantastic Four !


Hélas ! on découvre vite qu'il s'agissait d'un canular commis par deux garnements de Yancy Street qui avait volé le pistolet d'alarme de Ben Grimm dans son pied-à-terre. Il ne souhaite pas porter plainte et Jennifer Walters (alias She-Hulk) obtient des travaux d'intérêt général pour les deux gamins tandis que les proches des FF se désolent de cette mauvaise plaisanterie.


Cependant, ce petit événement a décidé Ben Grimm à rebondir dans sa vie privée et il demande Alicia en mariage. Elle accepte mais lorsque Johnny est sollicité pour être le témoin de la Chose, il s'emporte, affirmant que seul Reed peut mériter cet honneur. Ben est sur le point de se fâcher lorsqu'une lumière rayonne dans le ciel.


Le chiffre "4" luit et tout le monde, héros comme civils, comprend que cette fois-ci, c'est la bonne : Reed Richards, sa femme Sue et leurs enfants Franklin et Valeria sont de retour !

Ben Grimm qui broie du noir, Johnny Storm qui s'enflamme (au propre et au figuré) dès qu'il voit un signe familier... Mais toujours pas de signe de Reed, Sue et leurs deux enfants ! Tout ça vous rappelle quelque chose de récent ? Gagné ! C'était le résumé de Marvel Two-in-One #1 de Chip Zdarsky et Jim Cheung il y a quelques mois (à la nuance près que Johnny déprimait aussi parce qu'en plus il perdait ses pouvoirs).

Cette impression de "déjà-vu" est un curieux tour joué par Marvel et Dan Slott, comme s'il fallait encore éprouver la patience des fans qui attendent le retour de la first family de l'éditeur (rappelons, à toute fin utile, que les Fantastic Four furent les tout premiers héros de la firme... Quand bien même Jack Kirby dut souffler à Stan Lee l'idée qu'une version augmentée des Challengers of Unknown serait un bon départ).

Inutile de tergiverser, cet épisode va en frustrer un paquet, quand bien même des critiques diront qu'il s'agit de traiter du souvenir encore vivace de l'équipe, de l'espoir, et j'en passe. Pour ma part, j'attendais simplement de Slott, qui a eu par le passé, sur son run d'Amazing Spider-Man de témoigner tout son attachement aux FF, de présenter un chapitre aussi vif et enjoué que ce qu'il a réussi avec Tony Stark : Iron Man. Mais ce n'est pas le cas.

Certes, c'est mignon de montrer Ben Grimm céder au caprice d'Alicia Masters d'acheter des chatons, c'est sympa de voir Johnny Storm assister à un match de base-ball avec Wyatt Wingfoot, de convoquer le temps d'une case d'anciens membres provisoires du groupe - Luke Cage, Medusa, Crystal, She-Hulk... Mais vingt pages pour ça, même avec la demande en mariage de la Chose, le coup de sang de la Torche, deux sacripants de Yancy Street, et quelques brefs flash-backs, c'est tout de même pousser le bouchon un peu loin dans la décompression narrative et l'anecdotique. Et pour quel résultat ? Pour quelles raisons sinon celui d'annoncer que le prochain épisode va nous expliquer où étaient et ce que faisaient Reed, Sue et leurs enfants depuis tout ce temps... Avant la réunion au #3 ?!

Ce ne sont pas les back-up stories qui calmeront grand-monde : le segment consacré au retour sur le trône de Latvérie d'un Victor Von Doom à nouveau défiguré et revanchard (dommage après l'évolution intéressante imprimée par Bendis) est d'une laideur absolue (Simone Bianchi s'est une nouvelle fois surpassé).
  

Quant à la page finale dessinée par Skottie Young, avec l'Homme Impossible, elle dit très bien, par avance, ce que ressentiront beaucoup d'acheteurs de la revue (voir ci-dessous).


Pour l'épisode principal donc, c'est à Sara Pichelli qu'échoit le redoutable honneur de dessiner les héros (ou au moins deux des Fantastiques). J'aime beaucoup cette artiste mais il me faut reconnaître qu'elle ne livre pas son meilleur travail ici. La faute à l'épisode des Avengers qu'elle a dû illustrer avant (mais qui n'est pas encore sorti, un comble !) ? En tout cas, beaucoup de pages trahissent un manque de finitions, d'autant plus dommageable qu'elle est soutenue par une encreuse.

Néanmoins, parce qu'elle a de la ressource et du talent, Pichelli se sort habilement de l'exercice consistant à mettre en images un script un peu creux. Au test "savoir dessiner la Chose pour évaluer la capacité de l'artiste à produire les FF", l'italienne a quelque progrès encore à faire (mais elle s'en sort comparativement bien mieux que Esad Ribic sur la couverture). En revanche, elle anime de manière très vivante la Torche Humaine, en évitant le design d'Alex Ross (repris par Steve Epting - inspiré d'une silhouette sur un négatif de pellicule photo). Disons qu'il y a à la fois de la marge et du potentiel, donc le meilleur est certainement à venir.

Souhaitons que ce soit le cas pour la suite de la série. Rien d'inquiétant, mais tout de même un fâcheux retard à l'allumage.