mercredi 16 mai 2018

SHADE THE CHANGING WOMAN #3, de Cecil Castellucci et Marley Zarcone


C'est avec un sentiment divisé que je vais parler de ce troisième épisode de Shade the Changing Woman car si la série conserve intact son charme, l'annonce de son annulation prochaine (au #6) gâche le plaisir et provoque un énervement légitime contre le responsable de cet arrêt déplorable. En somme, le fan que je suis est dans le même état que Loma dans ce chapitre...


Pour mieux appréhender l'humanité (à laquelle elle doit désormais s'intégrer, bon gré mal gré), Loma décide pourtant de devenir plus distante, moins sentimentale, puisque tous ses amis la rejettent, lui refusant l'hospitalité. Elle se débarrasse donc littéralement de son coeur sur les conseils de Rac Shade.


Pendant ce temps, la nouvelle de la mort des parents de Megan Boyer fait le buzz dans les médias locaux qui suspectent une agression extra-terrestre compte tenu de la violence de l'acte commis - la reporter dépêchée sur place est elle-même en proie à des hallucinations.


River, lui, est vite écoeuré par les traitements infligés aux aliens dans la faculté de Floride. Il aborde un des médecins extra-terrestres affecté au programme et apprend qu'il provient, comme Loma, de la planète Meta, comme son amie - ce que devine son interlocuteur, disposé pour le soulager à lui offrir une drogue. River se lamente d'avoir repoussé Loma alors qu'il aurait finalement bien besoin d'elle à présent.


Loma, justement, laisse un livre dans un bar où elle s'est restaurée et l'ouvrage passe bientôt de main en main, ébahissant ses lecteurs par son mystérieux contenu. Mais en parallèle, le tueur des Boyer s'en prend à Seema, une des harceleuses de Megan, poursuivant son intrigante vengeance.

On ne peut donc pas critiquer cet épisode comme si rien ne se produisait en coulisses et préparait sa fin imminente (au mois d'Août prochain). Shade the Changing Girl/Woman fait partie depuis le début d'un label, "Young Animals", patronné par le chanteur (de Chemical Romance) et scénariste Gerald Way, à qui on doit notamment l'excellent The Umbrella Academy.

Ce dernier titre nous met aujourd'hui la puce à l'oreille puisqu'un troisième tome (Hotel Oblivion), longtemps annoncé, n'a jamais vu le jour, laissant les frères Gabriel Ba et Fabio Moon vaquer à d'autres projets. On n'a jamais su ce qui s'était passé : agenda trop rempli des artistes ? Procastination de l'auteur ? Aujourd'hui il semble que cette seconde piste soit la plus crédible.

En effet, la série-vedette de "Young Animals" était le revamp de Doom Patrol, dont, passé le premier arc en six épisodes (que j'ai critiqué), la suite a accumulé les retards de plus en plus conséquents. Là encore, qui était le responsable ? En tout état de cause, pas le dessinateur Nick Derington, qui poste régulièrement sur sa page Facebook des dessins pour passer le temps et, surtout, est le cover-artist de Mister Miracle de Tom King et Mitch Gerads. 

Finalement, le couperet est tombé, d'un commun accord entre DC Comics (qui hébergeait le label) et Gerald Way : toutes les séries "Young Animals" vont s'arrêter au numéro 6 dans leur formule actuelle, finies Mother Panic, Cave Carson..., Shade.... Toutes ? 

Non, car Way a réussi à sauver Doom Patrol, en promettant de livrer ponctuellement ses scripts et parce que DC compte adapter le titre à la télé. Autrement dit, la série qui a connu le plus de déboires, dont le scénariste est le moins fiable, est épargné quand toutes les autres sont envoyées à la casse.

Certes, les chiffres de vente n'étaient pas mirobolants - tout comme ceux de la ligne "The New Age of Heroes" (avec The Terrifics notamment), et DC va certainement, à court terme, devoir prendre des mesures drastiques (annulations, changements artistiques, reformulation en mini-séries ?). Mais ces expériences étaient intéressantes, et audacieuses dans le cadre de "Young Animals" qui ambitionnait de devenir un Vertigo-bis. Une ambition qui a surtout prouvé que Way n'était pas un editor.

Il va falloir bien du mérite à Cecil Castellucci pour adapter son histoire et la conclure en trois épisodes (alors qu'elle avait sûrement prévu un nouveau cycle de 12 numéros), et je doute que que cela se fasse sans casse malgré son talent. Sur ce chapitre, on ne sent pourtant pas un changement de rythme conséquent : tout juste a-t-on la confirmation sensible que Shade the Changing Woman peine davantage que le précédent volume à avancer aussi droit, semblant hésiter entre le thriller (l'arc avec le tueur), le récit d'apprentissage (le livre de Loma), la métaphore (la détention et les traitements des aliens à la fac de River). Tout est moins fluide et, avec l'obligation désormais de conclure en trois épisodes, il faudrait un miracle narratif pour que ça le devienne.

Marley Zarcone, elle, est imperturbable : son dessin dégage la même pureté tranquille, transformant les moments les plus étranges, dérangeants, crus, en une sorte de poésie graphique naïve et pourtant très élaborée. Il faut souhaiter qu'un talent comme le sien (et celui de ses partenaires scénariste et coloriste) rebondissent vite une fois l'aventure achevée car DC tient là une équipe donc la ponctualité et la constance sont remarquables.

Il est toujours triste de lire une BD en sachant sa fin proche, mais il est surtout désagréable de la voir se terminer à cause de l'incompétence d'un auteur qui s'est voulu chef de file d'un label sans avoir ni la solidarité ni l'exemplarité. DC Comics n'est pas non plus un éditeur philanthrope qui peut publier à perte, mais en laissant carte blanche à Way, leur responsabilité est aussi engagée car il aurait fallu quelqu'un pour le seconder, voire le secouer. Plus injuste est que c'est quand même lui qui s'en sort le mieux quand tous les autres auteurs vont se trouver le bec dans l'eau cet été...

lundi 14 mai 2018

AVENGERS : INFINITY WAR, de Joe et Anthony Russo


J'ai attendu depuis Mercredi dernier pour rédiger cette critique : le temps de digérer le choc, d'assimiler cette expérience, bien que j'ai (enfin !) vu Avengers : Infinity War après deux semaines d'attente. Mais ce délai m'a permis de l'apprécier une fois l'événement un peu apaisé, bien que le film ait depuis conquis une large part de la critique et soit devenu un triomphe sans précédent au box office (je vous épargne la litanie des chiffres mirobolants). Point culminant de dix ans de production par les studios Marvel, le long métrage des Russo bros. mérite tout le bien qu'on dit de lui. Mais comment en parler sous un angle encore original et sans tomber dans la facilité des superlatifs ? Ce blockbuster pose finalement autant de problème au critique qu'à ses metteurs en scène.

Thanos (Josh Brolin)

L'espace. Après s'être emparé par la force de la Pierre du Pouvoir sur la planète Xandar (siège du Nova corps), Thanos croise la route de la nef des rescapés d'Asgard (détruite dans Thor : Ragnarok) et tue la moitié de ses passagers avec ses sbires de l'Ordre Noir - Corvus Glaive, Nain Noir, Proxima Minuit, Machoire d'Ebène et Supergéante. A bord le titan retrouve Loki qui lui remet le Tesseract contenant la Pierre de l'Espace. Hulk affronte Thanos qui a facilement raison de lui et que Heimdall, avec ses dernières forces, envoie sur Terre avant d'être exécuté comme Loki sous les yeux de Thor puis la nef asgardienne pulvérisée.

Dr. Strange, Tony Stark, Bruce Banner et Wong (Benedict Cumberbatch, Robert Downey Jr.,
Mark Ruffalo et Benedict Wong)

La Terre, New York. Hulk/Bruce Banner s'écrase dans le Sanctum Sanctorum du Dr. Strange qu'il avertit de l'arrivée de Thanos pour acquérir la Pierre du Temps du sorcier suprême et la Pierre de l'Esprit de Vision. Strange va chercher Tony Stark dans Central Park où il fait sa demande en mariage à Pepper Potts pour élaborer un plan. Mais Stark prévient tout le monde que les Avengers sont séparés (depuis Captain America : Civil War) et il ignore où se trouve Vision.

Spider-Man (Tom Holland)

Pendant ce temps, Peter Parker pressent une menace et voit dans le ciel de New York le vaisseau de Machoire d'Ebène. Il réussit, pendant que ses camarades de classe assistent à cette apparition, à leur faucher compagnie pour se changer en Spider-Man et prêter main forte à Iron Man et Dr. Strange aux prises avec Machoire d'Ebène et Nain Noir. Le sorcier est embarqué à bord du vaisseau auquel s'accroche Spider-Man et que prend en chasse Iron Man après avoir neutralisé Nain Noir. Spider-Man revêt grâce à Iron Man l'armure Iron Spider pour supporter le voyage dans l'espace. Banner tente alors de contacter Steve Rogers en renfort car il n'arrive plus à se transformer en Hulk.

Wanda Maximoff/Scarlet Witch et Vision (Elizabeth Olsen et Paul Bettany)

Ecosse. Wanda Maximoff/Scarlet Witch et Vision vivent secrètement leur idylle, bien qu'elle soutienne toujours le fugitif Steve Rogers et lui Iron Man. En se promenant au clair de lune dans une rue, ils sont attaqués par Proxima Minuit et Corvus Glaive et ne doivent leur salut qu'à l'intervention de Rogers, Black Widow et le Faucon. Glaive et blessé sérieusement et bat en retraite avec Proxima Minuit. Le Faucon, aux commandes d'un quinjet, embarque tout le monde, direction : le Q.G. des Avengers où les reçoit James Rhodes/War Machine en vidéoconférence avec le général Ross à propos des événements de New York. Banner est également là et résume la situation à Vision, prêt à se sacrifier en détruisant sa Pierre de l'Esprit. Mais Rogers connaît un endroit où, comme le suggère Banner, on pourrait la lui retirer sans le tuer.

 Thor, Peter Quill/Star-Lord et Gamora (Dave Bautista, Chris Hemsworth
Chris Pratt et Zoe Saldana)

L'Espace. Les Gardiens de la galaxie répondent à un appel de détresse en espérant en tirer une récompense et découvrent la nef des asgardiens. Thor percute leur vaisseau à moitié mort. Soigné par Mantis, il revient à lui et explique ce qui est arrivé aux siens, apprenant ainsi que Gamora est la fille adoptive de Thanos. Le dieu du tonnerre pense que leur ennemi va se rendre sur la station Knowhere pour arracher la Pierre de la Réalité au Collectionneur mais Thor veut d'abord se construire une nouvelle arme pour le tuer. Rocket et Groot décident de le conduire aux forges de Nivadellir pendant que Star-Lord, Gamora, Mantis et Drax partent pour la sation Knowhere.

Gamora et Thanos

Station Knowhere. Les quatre Gardiens de la galaxie arrivent trop tard : Thanos a dévasté l'endroit et le Collectionneur ne lui a pas fourni la Pierre de la Réalité. Détectant la présence de ses adversaires, il les neutralise facilement et capture Gamora avec laquelle il se téléporte dans son vaisseau où, détenant Nebula qui a déjà essayé de le tuer et la torturant, il obtient de savoir où se trouve la Pierre de l'Âme. Direction : la planète Vormir.

Peter Parker/Spider-Man, Tony Stark/Iron Man, Drax, Peter Quill/Star-Lord et Mantis
(Tom Holland, Robert Downey Jr., Dave Bautista, Chris Pratt et Pom Klementieff)

Spider-Man et Iron Man sauvent Dr. Strange des tortures de Machoire d'Ebène qui veut lui soutirer la Pierre du Temps (qu'il porte en pendentif à son cou). Le sorcier suprême et Stark s'entendent difficilement sur la stratégie à suivre : le premier veut rentrer sur Terre, dont il est le protecteur ; le second veut aller sur Titan pour y attendre et attaquer par surprise Thanos. Ce dernier plan est choisi et, une fois là-bas, les trois héros y trouvent et s'allient avec les Gardiens de la galaxie après que chacun ait pris les autres pour des agents de Thanos. 

Thor, Rocket et Groot (Chris Hemsworth, Bradley Cooper et Vin Diesel

Vormir. Thanos et Gamora partent à la rencontre du gardien de la Pierre de l'Âme, Crâne Rouge (exilé sur cette planète depuis son combat contre Captain America à la fin de la seconde guerre mondiale). Seule dans le vaisseau de son père, Nebula se libère et envoie un message aux Gardiens de la galaxie pour les prévenir qu'elle se rend sur Titan. Pour obtenir la gemme, Thanos n'hésite pas à sacrifier, comme c'est exigé, l'être qui lui est le plus cher, Gamora. 

Thor

Nevadellir. Thor, Rocket et Groot arrivent aux forges où tous les ouvriers ont été décimés après avoir façonné le Gant d'Eternité pour Thanos, à l'exception d'Eitri. Réactivant le coeur de l'étoile qui alimente les forges, Thor permet à Etrei de mouler le marteau et la hache de Stormbreaker, qui pourra aussi réactiver le Bifrost (le pont arc-en-ciel par lequel on passe d'un royaume à un autre) auquel Groot fournit le manche avec une partie de son bras extensible en bois. 

T'challa/Black Panther, Steve Rogers, Natasha Romanov/Black Widow et Bucky Barnes
(Chadwick Boseman, Chris Evans, Scarlett Johansson et Sebastian Shaw)

Steve Rogers atterrit avec le Faucon, Black Widow, Bruce Banner, War Machine, Scarlet Witch et Vision au Wakanda où T'Challa/Black Panther et Bucky Barnes les reçoivent. Shuri, la soeur cadette du monarque, examine l'androïde et entame la procédure complexe pour lui retirer la Pierre de l'Esprit. Dehors, Proxima Minuit et Nain Noir assiègent la capitale protégée par ses écrans. Les héros se préparent à les accueillir en ouvrant une partie du bouclier afin que l'ennemi n'en perce pas une section opposée et ne les encercle. 

L'assaut final au Wakanda

La bataille qui suit est disputée. Banner s'est équipé de l'armure Hulkbuster de Stark, Black Panther et Steve Rogers mènent l'attaque, soutenus par Bucky et Black Widow tandis que War Machine et le Faucon ouvrent un feu nourri par les airs. Mais l'opposition les dépasse en nombre et réussit à atteindre le palais et le laboratoire de Shuri pour capturer Vision alors que Scarlet Witch est partie prêter main forte aux Avengers dehors. 

Thanos

Titan. Thanos revient sur sa planète natale et désolée où il a localisé l'énergie émise par la Pierre du Temps du Dr. Strange qui l'attend, seul. Thanos lui explique la raison de son action en lui racontant comment son monde a péri après avoir épuisé ses ressources à cause de sa surpopulation : aujourd'hui, avec les six Pierres d'Eternité, il aura l'opportunité de corriger ce problème dans tout l'univers en sacrifiant la moitié des êtres vivants. Iron Man, Spider-Man, Star-Lord,  Drax et Mantis l'écoutent, bien cachés et prêts à attaquer, lorsque Nebula débarque et déclenche les hostilités. Iron Man et Iron Man tentent d'ôter le Gant à Thanos que Mantis essaie de maîtriser mentalement et Dr. Strange d'immobiliser physiquement. Mais quand Star-Lord comprend grâce à Nebula que si Gamora est absente, c'est que son "père" l'a sacrifié, Peter Quill peermet à Thanos de se libérer et de se déchaîner. Pour qu'il épargne ses amis, Strange préfère alors lui donner la Pierre du Temps.

Groot, Thor et Rocket

La Terre. La situation est très compromise lorsque Thor, Rocket et Groot apparaissent et rééquilibrent les forces en présence. Proxima Minuit et Corvus Glaive sont tués et leur armée entamée sérieusement. Wanda a retrouvé Vision et ils se sont débarrassés de Nain Noir. Mais l'androïde, pris d'une violente et soudaine migraine, sent l'arrivée de Thanos. Rogers, Bucky, le Faucon, Banner, Black Panther, Black Widow tentent de l'empêcher d'atteindre Vision qui obtient de Scarlet Witch qu'elle détruise sa Pierre de l'Esprit. Mais ceci fait, Thanos, grâce à la Pierre du Temps, reconstitue l'androïde et lui arrache la gemme du front. Thor surgit alors et terrasse son adversaire en lui enfonçant la hache de Stormbeaker dans la poitrine. Thanos claque des doigts en indiquant au dieu du tonnerre qu'il aurait du le décapiter. La moitié des êtres vivants sur Terre et dans le cosmos se désintègre : sur Titan, seuls Iron Man et Nebula sont épargnés ; au Wakanda, Black Panther, le Faucon, Bucky, Groot tombent en poussière.
Thanos, lui, s'est volatilisé et reparaît dans la Pierre de l'Âme où il retrouve Gamora enfant puis s'assoit devant un paysage apaisant, symbolisant la réussite de son plan.

Une scène supplémentaire intervient à la toute fin du générique :

- New York. Nick Fury et Maria Hill assistent à la désintégration de plusieurs civils dans une rue avant de de se dissoudre à leur tour. Juste avant de disparaître complètement, Fury envoie un message sur émetteur. Sur le sol, après quelques instants, l'écran de l'appareil confirme la réception du S.O.S. avec l'image du logo de Captain Marvel.

"Thanos will return" : ce sont les derniers mots qui s'inscrivent sur l'écran et, mine de rien, ils disent tout de Avengers : Infinity War et du programme de Avengers 4 qui sortira en salles en Mai 2019. Pourquoi ? Parce que le méchant complexe du film en est le vrai premier rôle, celui par lequel tout arrive et tout finira dans un an. Il ne s'agit donc plus d'annoncer le retour, prévisible, des Avengers, comme cela était le cas dans les deux premiers films qui leur furent consacrés, mais celle de leur adversaire. D'autant plus, et c'est la surprise la plus spectaculaire, à plus d'un titre, du long métrage, que les héros perdent à la fin !

Depuis quand un blockbuster d'un budget voisin des 500 millions de dollars s'achève-t-il sur un échec ? Oh, bien entendu, c'est un revers provisoire et le match retour promet déjà une revanche épique, mais certainement disputée : n'empêche, quelle audace de conclure comme ça cette partie-ci ! 

En même temps, pour reprendre une expression désormais consacrée, le tout début de l'histoire laisse deviner la couleur : quand Thanos aborde la nef des asgardiens dont le monde a péri dans le cycle du Ragnarok, Hulk attaque par surprise le titan... Qui lui flanque une correction express et l'envoie au tapis, K.O. ! On comprend immédiatement que Thanos, qui ne faisait ici que des apparitions en fin de génériques, de plus en plus frustrantes, n'est ni là pour rigoler ni à prendre la légère : il vient de rétamer Hulk ! Qui peut arrêter l'individu capable de cela ?

C'est donc sur la figure, souvent prévisible et néanmoins sidérante, que le film se déroule, comme si une fatalité sourde, imparable, s'abattait sur la résistance des héros. Ils ne vont pas gagner, semblent nous glisser à l'oreille les scénaristes Christopher Markus et Stephen McFeely, tout juste gagneront-ils du temps, placeront-ils quelques coups, réussiront-ils à terrasser les sbires de Thanos - l'Ordre Noir avec ses cinq membres - mais ils ne viendront pas à bout de la vraie menace, trop fort, trop déterminé, trop minutieux, trop bien doté - il réunit patiemment les Pierres d'Infinité, se renforce, voit son plan progresser inéluctablement, trop pour être contré.

Josh Brolin incarne vraiment Thanos, quand bien même il s'agit d'une performance en motion capture, où l'acteur bardé de capteurs a été ensuite recréé numériquement pour apparaître à l'écran comme le colossal titan à la peau violette. Mais les fans du comédien (dont je fais partie), habitué à sa gueule carrée, buriné, "Charles-Bronsonienne", le reconnaissent sans mal derrière les expressions mesurées de Thanos, sa démarche pesante, ses gestes lourds, sa puissance tranquille. Le jeu est d'une nuance épatante malgré l'artifice, à la mesure du personnage dont la psychologie est la plus soignée de tous les vilains du MCU : il ne s'agit pas d'un vilain classique qui agit par vengeance, ou soif de conquête, ou par goût du sang. Thanos est mû par un objectif, une mission, une vision (à plus d'un titre...).

En effet, comme il l'explique au Dr. Strange (Benedict Cumberbatch, génial évidemment dans une situation qui lui donne beaucoup de latitude) lors d'une scène superbement placée et orchestrée, déjouant le monologue du méchant tout fier de son stratagème avant de se prendre une branlée, Thanos a vu son monde, Titan, dépérir à cause de la surpopulation et de l'incapacité à faire subsister les siens. Depuis, rassembler les six Pierres d'Infinité n'est pas tant une volonté d'acquérir une puissance incomparable pour régner sur l'univers que pour remédier à une situation équivalente de manière radicale : cela lui permettrait de sacrifier la moitié des êtres vivants et donc de leur donner la possibilité de survivre avec ce que leurs planètes produisent.

On peut s'interroger sur une autre option : pourquoi Thanos, au lieu de désintégrer autant de monde, ne se sert-il pas de la puissance du Gant de l'Infini pour augmenter les ressources des êtres vivants ? Et on répondra que, de son point de vue, il s'agit d'un risque car les individus n'en ont jamais assez, ils finissent toujours par tarir leurs sources. En en éliminant la moitié d'entre eux, la solution est plus drastique et surtout elle a valeur d'avertissement : s'ils ne raisonnent pas ainsi, alors il ne restera plus qu'à tous les tuer.

Avengers : Infinity War n'est donc pas seulement culotté en termes de fin, il l'est aussi en termes de moyens, de formulation puisqu'il interroge les héros et les spectateurs sur la morale des gentils et du méchant. Le choix de Thanos est hautement discutable mais l'affronter uniquement comme un vilain, c'est passer à côté du problème, ne pas considérer son point de vue, son expérience, ce qui a formé sa résolution. Plusieurs super-héros font cette erreur et précipitent les hostilités en annonçant Thanos comme un destructeur sans considérer l'origine de sa logique.

Bruce Banner (excellent Mark Ruffalo dans une partition où il ne peut littéralement plus devenir Hulk, comme si son alter ego avait peur de réapparaître suite à la correction initiale qu'il a reçue) est le premier à communiquer ainsi sur l'ennemi en le réduisant à un tueur de masse. Thor (Chris Hemsworth, formidable sur une partition à la fois sensible et traduisant enfin toute la puissance de son personnage) veut lui aussi d'abord se venger (et venger Loki, Heimdall, son peuple) qu'arrêter Thanos - et il le fait si mal qu'il croit terrasser le titan en lui plantant sa hache dans la poitrine au lieu de le décapiter, ce qui aurait empêcher son terrible geste final. Star-Lord cède à la colère et au chagrin quand il comprend que Gamora a été sacrifiée par son "père" et, ce faisant, provoque l'échec des héros sur Titan en permettant à Thanos de se ressaisir. Même Vision (Paul Bettany, toujours bluffant dans son incarnation de l'androïde) se plante en ayant coupé les ponts avec Stark et Rogers, qui auraient pu, chacun de leur côté, ôter sa Pierre de l'Esprit bien avant l'invasion du Wakanda.

C'est donc autant un récit de failles tactiques que d'erreurs d'interprétation qui permet l'inévitable triomphe de Thanos. Film-somme de dix ans de production des studios Marvel et suite-conséquence tragique du schisme acté dans Captain America : Civil War (dont il est la sequel la plus directe avec la scène d'ouverture qui renvoie au dénouement de Thor : Ragnarok), Avengers : Infinity War impressionne par sa fluidité, quasi-organique, pour rassembler les pièces d'un puzzle patiemment monté, agréger des personnages, justifier leurs alliances, mais aussi situer leurs actions en différents points de la Terre (New York, l'Ecosse, le Wakanda) et de l'Espace (les planètes Vormir - où se joue un sacrifice poignant et stupéfiant pour Thanos et Gamora - , Nivadellir - avec une liaison très inspirée entre le façonnage du Gant de l'Infini et Stormbreaker - , Titan - site d'une bataille vraiment scotchante d'intensité).

On a beaucoup parlé du casting pléthorique en redoutant qu'il soit rassemblé avec de grosses ficelles qu'il faut saluer l'admirable travail des scénaristes pour justifier parfaitement comment et pourquoi les uns se retrouvent avec les autres, là et pas ailleurs, à ce moment et pas avant ou après, et tout cela en allant et venant d'un endroit à l'autre sans que jamais on ait l'impression de zapper au milieu d'une scène. Tout tombe exemplairement pile-poil, laissant deviner la suite tout en n'assurant pas qu'elle résoudra tout (ainsi le retour providentiel de Thor, Rocket et Groot en pleine guerre au Wakanda ne garantit que provisoirement un avantage aux héros sur place, mais le moment en lui-même est jubilatoire).

Et pour jubiler, il faut, quoi qu'en pensent les grincheux, un peu d'humour. L'intrigue n'incite pas à la rigolade, comme je le disais plus haut, mais là encore les frères Russo ont su aérer leur film de quelques bons mots, attitudes plus légères, histoire de rendre le spectacle respirable : les échanges entre Thor et les Gardiens de la galaxie (mention spéciale à Dave Bautista dont la bêtise cosmique de Drax est bien mieux exploitée ici que dans tout Les Gardiens de la galaxie, vol. 2, est irrésistible dans la scène dite de "l'homme invisible"), la remarque croisée entre Steve Rogers et Thor sur leur looks similaires désormais agissent en contrepoint à des moments vraiment émouvants, parfois bouleversants, quand, à la fin des personnages partent littéralement en poussière (Robert Downey Jr., impeccable, tenant dans ses bras Tom Holland alias Spider-Man qui se sent s'en aller, la mort de Vision, la disparition de Groot : on a rarement eu la gorge serrée comme ça dans un film de ce genre).

Bien entendu, on peut pester contre le fait que certains acteurs soient plus présents pour le nombre que pour l'enrichissement du récit (Anthony Mackie, Don Cheadle, Sebastian Stan, mais aussi Scarlett Johansson, Chadwick Boseman, voire Chris Evans qui ont peu de place et de poids en dehors des scènes d'action). Mais quelque chose me dit qu'au match retour, ils pourraient bien en profiter pour briller davantage (de même que le retour prévisible d'un géant vert...).

C'est que Avengers : Infinity War n'est pas qu'un film-anniversaire cataclysmique, c'est aussi la préparation programmée d'une nouvelle ère (d'une nouvelle "phase", comme les appelle le producteur Kevin Feige) du MCU : des acteurs voient leur contrat arriver à leur terme et si certains souhaitent poursuivre l'aventure (Hemsworth, Johansson - pour qui se prépare un film Black Widow - , voire Evans), d'autres vont certainement tirer définitivement leur révérence (on voit mal RDJ Jr. à 53 ans passés se contenter de jouer les seconds rôles de luxe par exemple). 

L'arrivée de Captain Marvel (que jouera Brie Larson, première super-héroïne Marvel en vedette d'un long métrage et ultime recours contre Thanos dans Avengers 4), les suites prévues à Ant-Man (avec Paul Rudd, qui apparaîtra dans Avengers 4 comme l'autre grand absent, Jeremy "Hawkeye" Renner), Spider-Man (Tom Holland, désireux de s'inscrire dans la durée) et les annonces concernant de nouvelles franchises (Les Eternels, Moon Knight, Nova, Ms. Marvel, Fantastic Four...) ouvrent la porte à un agenda fourni (Feige a des projets au moins jusqu'en 2025 !).     

A cet égard aussi, la défaite somptueuse contée dans Avengers : Infinity War sonne comme une victoire, ou un mouvement, une manoeuvre inspirés : elle nous comble en termes de spectacle, de divertissement, de surprises, tout en garantissant des lendemains sinon sommairement victorieux en tout cas sacrément alléchants. N'est-ce pas cela qu'on appellerait, à l'image de la marche triomphale de Thanos, avoir de la vista  (avec ou sans Pierre du Temps) ?

dimanche 13 mai 2018

ROGUE & GAMBIT #5, de Kelly Thompson et Pere Perez (FINALE)


Avec ce cinquième épisode, c'est la fin de la mini-série Rogue & Gambit écrite par Kelly Thompson et dessinée par Pere Perez. Une des productions les plus rafraîchissantes parmi la franchise mutante de Marvel, loin des poncifs et pleine de pep's jusqu'au bout.


Rogue et Gambit ont découvert que Lavish et le Dr. Grand ont créé une armée de facsimilés d'eux-mêmes à partir de leurs souvenirs recueillis lors de séances thérapeutiques dans la clinique de Paraiso où le duo enquêtait sur la disparition d'autres mutants.


Ils doivent à présent, pour récupérer leurs souvenirs et leurs pouvoirs, combattre leurs doubles et les détruire. Conséquence : à chaque clone tué, ils se remémorent des moments de leur passé plus ou moins agréables. Pour accélérer la manoeuvre, Rogue a une idée pour laquelle elle demande à Gambit de lui gagner du temps.


Rogue s'en prend au Dr. Grand en a la confirmation qu'elle est une créature, un golem modelé par Lavish, conçu pour supporter les pouvoirs qu'il absorbe. Détruite, le Dr. Grand oblige Lavish à lancer ses troupes dans un ultime assaut que ne peut contenir seul Gambit.


Rogue absorbe tous les pouvoirs des soldats de Lavish, ce qui pulvérise Lavish en cendres, mais laisse la mutante en proie à la confusion à cause des énergies qu'elle doit contenir. Soutenue par Gambit, Rogue se rend à l'hôpital de Paraiso où elle rend leurs pouvoirs aux patients qui y avaient échoué dans un état apathique.
  

Leur mission accomplie, Rogue présente ses excuses à Gambit pour avoir pensé qu'il ne voulait être avec qu'elle que pour la séduire à nouveau. En même temps, la solidarité dont il a fait preuve a réveillé les sentiments de Rogue pour son partenaire qui l'invite à reprendre leur vie ensemble.

Ce qui frappe dans cet épisode, comme dans les précédents, et qui signe la manière d'écrire de Kelly Thompson, c'est la profonde affection qu'elle éprouve pour ses personnages principaux. Cette rédaction qu'on pourrait qualifier de sentimentale lui permet de trouver un ton juste et bienveillant, de nous rendre les héros attachants tout en nous les montrant à un tournant de leur relation.

Au commencement de la mini-série, Rogue n'est pas ravie de devoir faire équipe avec Gambit qu'elle a aimé et qui l'a plusieurs fois délaissée, tandis que Gambit pense une fois de plus profiter de la situation pour la courtiser, de manière légère, sans intention de s'engager. Progressivement, pourtant, à la faveur de la comédie qu'ils doivent jouer pour mener leur enquête dans une clinique sur des couples à problèmes, ils livrent leurs ressentiments l'un envers l'autre et, subséquemment, se rappellent aussi les bons moments qu'ils partagèrent depuis leur rencontre.

De manière subtile et malicieuse, Rogue admet que Gambit n'a pas toujours mal agi, et Gambit reconnaît ses fautes mais aussi son affection sincère pour Rogue. Thompson met cela en parallèle avec leurs recherches sur la clinique où on conçoit des clones à partir des souvenirs des patients qui, une fois répliqués, disparaissent mystérieusement tandis qu'à l'hôpital voisin des malades hagards débarquent sans que les médecins comprennent de quel mal ils souffrent.

Le procédé est habile qui voit des êtres dépossédés de leur personnalité quand les deux héros, en confiant à une psy - par ailleurs complice d'un mutant créateur de golems pour partager les pouvoirs qu'ils volent à ses semblables - leurs aventures communes, prennent connaissance de leurs caractères et de leur complicité. La scénariste fait passer tout cela dans des dialogues ciselés, ponctués de flash-backs, et assaisonnés de scènes d'action explosifs, dans une construction narrative qui fait référence à Un Jour sans fin (puisque Rogue et Gambit sont manipulés mentalement pour oublier ce qu'ils ont fait la veille).

Le final est plus classique, avec une grande baston où le couple doit abattre les golems façonnés à leur image, à partir de leurs souvenirs - une autre forme de thérapie où chacun casse la figure du clone de l'autre pour se défouler et apprécier leur complémentarité. La solution trouvée par Rogue aboutit à un happy end où les victimes de Lavish récupèrent leurs pouvoirs après la mort du méchant et, surtout, où Gambit regagne l'amour de sa chère en reconnaissant lui-même qu'il l'aime vraiment.

J'ai pu paraître sévère ou insatisfait par la partie graphique assurée par Pere Perez, dont je trouve le style un peu trop lisse. Mais, sans me dédire, je lui reconnais des qualités indéniables : d'abord, il est très régulier dans la qualité, assurant les cinq épisodes sans faillir, osant même quelques découpages très soignés, faisant de beaux efforts sur l'expressivité, toujours au service du script si enchanteur de Thompson. Ensuite, lui aussi semble sincèrement apprécier les deux héros et s'être solidement documentés pour les représenter à la fois dans les flash-backs (qui renvoient tous à des périodes précises) et les scènes de foule (dans les combats contre les clones).

Son traitement des décors est plus impersonnel car il fait appel massivement à l'infographie sans ajouter des effets de textures ou d'ombres et lumières qui atténueraient le rendu un peu froid. Mais sans doute faut-il y voir un sacrifice nécessaire pour tenir les délais. Et, une fois n'est pas coutume, la colorisation de Frank d'Armata n'est pas trop sombre, ce qui contribue à la lisibilité de l'ensemble (le décor exotique obligeant à cela aussi).

Clos sur une note très drôle (où on apprend pourquoi Rogue aime les chats, qui lui ont permis d'éviter le courroux du Pr. Xavier...), Rogue & Gambit donne surtout l'envie que Kelly Thompson, comme la rumeur le laisse croire, hérite d'un titre mutant plus exposé et plus long car elle a prouvé le tonus et la singularité avec lesquels elle pouvait animer ces personnages trop souvent abordés à travers des thèmes vus et revus. 

jeudi 10 mai 2018

JUSTICE LEAGUE : NO JUSTICE #1, de Scott Snyder, James Tynion IV, Joshua Middleton et Francis Manapul


Les mois de Mai et Juin vont être intenses chez DC Comics, à commencer par la publication hebdomadaire des quatre numéros de cette mini-saga Justice League : No Justice, écrite par Scott Snyder, James Tynion IV et Joshua Middleton, et dessiné par Francis Manapul (qui se faisait trop rare). Au menu : du très grand spectacle, mené à un train d'enfer, avec des enjeux cosmiques, et un casting pléthorique. Mais surtout parfaitement lisible et captivant. Prêts à embarquer dans ce grand 8 ?
  

John Stewart a convoqué tout le corps des Green Lantern pour colmater la brèche du Mur de la Source, endommagé par la dernière bataille menée par la Justice League (dans la saga Metal). L'urgence est indéniable car derrière se trouve une énergie destructrice qui pourrait anéantir notre univers, celle du Dark Multiverse.


Sur Terre, Brainiac a débarqué et enlevé une importante partie des héros. Superman a tenté de s'interposer mais son adversaire lui a montré télépathiquement la menace qui nécessite de telles mesures. Les justiciers se réveillent donc dans l'immense vaisseau du roi de Colu, rhabillés de tenues customisées.


Ils rejoignent le cockpit où les attend leur hôte qui tenant le lasso de vérité de Wonder Woman ne peut leur mentir sur la raison de leur enlèvement. Même les plus réfractaires et les plus méfiants sont obligés d'accepter leur sort en comprenant que le danger impose une alliance inédite. Inédite car des vilains sont aussi invités à grossir les rangs de cette armée pour le bien commun !


Sur Terre, le passage-éclair de Brainiac s'est présenté comme une opportunité pour d'autres, spécialement Amanda Waller, la patronne de la Suicide Squad, qui a intercepté les coordonnées de l'extra-terrestre et réuni une section de hackers afin de pirater son vaisseau et absorber ses données - officiellement au cas où les choses tourneraient mal.


Cependant, Brainiac résume la situation : jadis, quatre frères, les Destructeurs Entropie, Mystère, Merveille et Sagesse, ont ensemencé toutes les planètes où la vie s'était développée. Aujourd'hui, l'heure de la récolte a sonné et pour se sustenter, les quatre géants vont consommer leur jardin cosmique en consommant les mondes. Colu comme la Terre sont en danger. Mais Brainiac n'a pas le temps de développer son plan car Amanda Waller a lancé son piratage et il perd connaissance...

N'y allons pas par quatre chemins : en termes d'entrée en matière, cette saga est un modèle du genre et la coordination entre ses trois auteurs est parfaite. On sent que Snyder, Tynion IV (dont Snyder a été le mentor durant les "New 52") et Middleton ont vraiment beaucoup bossé en amont pour accorder leurs violons, et la lecture s'en trouve fluidifiée de manière impeccable.

L'effort est d'autant plus louable que No Justice ne fait pas les choses à moitié avec son casting très abondant, sa menace énorme, et sa narration parallèle (dans le temps - avec un flash-back sur la nature du danger - et l'espace - avec plusieurs sites exposés). Faire tenir tout ça en un seul épisode introductif sans égarer le lecteur ni le saturer d'infos est un exploit.

Il y a une ambition cinématographique digne des blockbusters ici, c'est évident : DC n'a guère d'inspiration avec ses films et c'est comme si les scénaristes, soutenus par le staff éditorial, prenaient leur revanche en profitant à fond du média comics, des moyens de la bande dessinée, pour se "payer" tout ce que la Warner échoue à produire sur le grand écran (et aussi sur le petit car des séries comme Arrow, Supergirl, Flash ou DC's Legends of Tomorrow ne valent vraiment pas tripette)..

Qu'un méchant, historiquement lié à Superman, soit à la manoeuvre pour sauver l'univers ajoute une pointe de malice au dispositif en même temps qu'elle met le kryptonien au centre du DC Univers, peu avant sa refonte par Brian Michael Bendis. C'est habile sans être forcé. Tout comme l'est le geste d'Amanda Waller, qui est à la fois tactique (se méfier de Brainiac) et opportun (prévenir plutôt que guérir, "officiellement"). Et on a à peine vue les Destructeurs (tout comme dans DC Nation #0) !

Visuellement, avoir fait appel à un artiste rapide, efficace et flamboyant comme Francis Manapul est une autre idée géniale car il se faisait rare depuis un certain temps (c'est donc un plaisir de le relire) mais aussi parce que son découpage est à la hauteur de l'événement. Il y a beaucoup de doubles pages dans ce premier chapitre (et il risque d'y en avoir un paquet dans les trois prochains numéros) mais elles sont audacieusement composées, de sorte qu'on a une proposition de lecture puissamment originale et pas simplement une succession de grandes images bien remplies. 

Ajoutez-y une colorisation qui n'hésite pas à utiliser une palette très vive mais adéquate pour ce genre de baroud : on en prend plein la vue.

Si Metal était parfois confus et pénible à suivre, donnant l'impression de vouloir être à la fois une saga globale et la rampe de lancement de spin-offs, avec son lot de retours de personnages disparus entre le passage des "New 52" à "Rebirth", Justice League : No Justice séduit par une intrigue plus directe et un but déjà défini. Stratégiquement, c'est d'une (fausse) simplicité exemplaire, en se passant de tout logo marketing artificiel : Marvel peut en prendre de la graine, quand on veut relancer ses publications mieux vaut s'appuyer sur une histoire que sur des slogans.   

DC NATION #0, de Tom King, Brian Michael Bendis, Scott Snyder, James Tynion IV, Joshua Middletson, Clay Mann, José-Luis Garcia-Lopez et Jorge Jimenez


"Qu'est-ce que tu fais pour les vacances ?" demandait une chanson : DC Comics nous offre un échantillon de trois séries événementielles avec DC Nation #0 et trois brèves histoires inédites comme autant d'amuse-bouches, avec la crème des auteurs de la maison sur trois séries-phares - Batman, Superman et la mini-saga hebdomadaire Justice League : No Justice.
  

- Batman : Your big day (Ecrit par Tom King et dessiné par Clay Mann.) - Le Joker s'est introduit chez un certain Roger Martello en sa présence pour y recevoir l'invitation au mariage de Batman et Catwoman. Lorsque le courrier est glissé par le facteur dans la fente de la porte d'entrée, le Joker se presse pour le dépouiller et, malgré la promesse qu'il lui avait faite, tue Martello. Ce que le Joker a pris pour son invitation est en fait un rappel de l'école de sa fille à cause de nombreuses absences.

Les noces de Batman et Catwoman auront lieu au #50 de la série écrite par Tom King et il était impensable que l'événement soit ignoré du Joker, qui ne va certainement y pas aller pour présenter ses voeux de bonheur au couple.

Le mariage est une étape importante du titre et du run du scénariste qui change drastiquement la donne pour Batman, même si les préparatifs sont engagés depuis un moment. Des spin-off entoureront d'ailleurs pour l'occasion la célébration car on se doute bien qu'un paquet d'ennemis du Dark Knight vont vouloir semer la zizanie.

King avec Clay Mann au dessin donne ici le point de vue du Joker dans un bref épisode qui a l'allure d'une nouvelle, précise, concise, effrayante, d'une tension à couper le souffle. La prise d'otage, l'attente délirante d'un courrier, la logique criminelle du Joker (qui jure ne tuer que lorsqu'il est contrarié) sont formidablement mises en scène. Graphiquement, le clown du crime est représenté de manière à la fois calme et glaçante, le dénouement est horrible.

Encore une fois, Tom King nous laisse sans voix : ça promet !

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- Superman : Office space (Ecrit par Brian Michael Bendis et dessiné par José-Luis Garcia-Lopez.) - Perry White annonce à la rédaction que Lois Lane ne travaille plus pour le "Daily Planet". Pour la remplacer, il a engagé la reporter Robinson Goode, de Star City, et souhaite désormais que le journal encense les exploits de Superman. Seul avec Clark Kent, White lui demande de revoir sa copie au sujet de son dernier article au sujet de Lex Luthor. Mais Robinson Goode travaille pour un autre et entend bien remplacer White.

Après les premières pages présentées dans Action Comics #1000, Brian Michael Bendis continue de distiller au compte-gouttes sa version de Superman, même si la série ne débutera qu'après la mini-série en six parties hebdomadaires Man of Steel (sur laquelle des rumeurs courent concernant le retard pris par certains dessinateurs). 

Après avoir montrer le héros en costume se prendre une méchante raclée par un extra-terrestre, le scénariste se penche sur Clark Kent dans la rédaction du "Daily Planet". La surprise principale vient du fait que Lois Lane a quitté le journal pour l'écriture et la promotion d'un livre, mais évidemment rien n'est dévoilé sur le sujet du fameux ouvrage (même si on devine que cela contrarie Kent). Perry White introduit la remplaçante de Lane tout en ignorant qu'elle est un agent double convoitant son poste.

Bendis va donc changer la donne, non seulement en officialisant le retour des personnages à Metropolis (le run de Tomasi se déroulait dans la bourgade de Hamilton) et en chamboulant leurs situations : de quoi faire grincer des dents, ou interroger les fans de la série. Ce qui ne sera pas le cas en lisant, subjugué, les planches signées José-Luis Garcia-Lopez : le vétéran livre un travail superbe, d'un luxe de détails fou, mais aussi d'une justesse dans les expressions, la gestuelle. 

On en redemande.

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- Justice League : No Justice Prelude (Ecrit par Scott Snyder, James Tynion IV et Joshua Middleton et dessiné par Jorge Jimenez.) - Sur la planète Colu, Batman est encerclé par les gardes de Brainiac. Mais il n'est pas venu seul et plusieurs ligues de justice se déploient alors - Entropy, Wisdom, Mystery et Wonder. Sur Terre, cependant, Supergirl en orbite prévient Green Arrow de l'arrivée des Destructeurs contre lesquels les ligues devaient justement agir.

La saga de Scott Snyder, Metal, a secoué le cocotier au point de lancer la ligne "The New Age of Heroes" (qui compte notamment The Terrifics), mais aussi de redistribuer les cartes concernant la Justice League. La franchise va connaître une restructuration avec (à l'heure actuelle) trois titres à venir (Justice League, Justice League Dark et Justice League Odyssey). Et pour préparer le terrain, quoi de mieux qu'une saga spectaculaire mais rapide ?

Justice League : No Justice va donc sortir un épisode par semaine pendant un mois. Ecrite par Snyder, James Tynion IV (qui s'occupera ensuite de JL Dark) et Joshua Middleton (aux commandes la future JL Odyssey), l'histoire envoie des héros et des vilains, forcés de s'allier pour sauver l'univers, au front et cet épisode présente leurs différentes formations, composées par compétences.

C'est le segment le plus superficiel du programme, dans la mesure où ce prélude n'était pas nécessaire, mais il bénéficie des dessins toniques de Jorge Jimenez (Super Sons, qui sera l'artiste régulier de Justice League).

Tout cela est quand même copieux et donne très envie. DC Comics sait qu'il faut bouger sans cesse pour surprendre et contenter le lecteur, même si tout n'est pas voué au succès : cette audace sera-t-elle payante ? En tout cas, elle se donne les moyens de l'être entre titres bien installés (Batman), repensés (Superman) et mini-saga d'envergure (No Justice), pilotés par des pointures.