jeudi 3 mai 2018

CAPTAIN AMERICA #701, de Mark Waid et Leonardo Romero, avec Adam Hughes et J.G. Jones


Ici démarre l'ultime arc narratif écrit par Mark Waid pour Captain America et intitulé Promised Land (une référence à Springsteen et à une de ses plus belles chansons ?). Cette histoire sera aussi brève que les précédentes puisqu'en Juillet une nouvelle équipe créative prendra les rênes de la série. Mais en attendant, il s'agit de soigner sa sortie et pour cela Waid est aussi bien inspiré que bien entouré...


Haute-Vienne, France. 1944. Captain America et Bucky sauvent, dans des conditions difficiles, la dernière fiole contenant le sérum du super-soldat du Pr. Erskine détenue par le Dr. Straussen.


XXIVème siècle. Cette histoire est projetée à Steve Rogers, l'arrière-arrière-arrière petit fils de Captain America, malade et hospitalisé, dont son père, Jackson désespère de trouver le moyen de le guérir. Il en appelle au Président des Etats-Unis, Robbins, pour qu'il déclassifie les documents relatifs au sérum du super-soldat afin de trouver un antidote. Mais le général Pursur s'y oppose, malgré la prestigieuse lignée dont descend l'historien, car cela relève su secret défense.


San Francisco, Californie. 1968. Captain America déjoue un attentat fomenté par le Dr. Faustus dans les coulisses d'un concert de rock en se faisant passer pour un roadie, en mission pour le SHIELD sous les ordres de Nick Fury. 


Jackson Rogers décide, lui aussi, d'agir en douce et s'introduit dans la Maison-Blanche de nuit. Il accède aux Archives nationales en piratant ingénieusement la sécurité et consulte les documents relatifs au sérum du super-soldat. Mais il découvre alors que son usage a été détourné par le général Pursur qui agit en qualité d'agent double auprès des alliés Kree pour qu'ils exterminent leurs ennemis - sans que Robbins le sache.
  

Mais l'intrusion de Jackson Rogers finit par être remarquée et il doit fuir. Le général Pursur, alerté, ordonne à ses hommes de le rattraper, de le capturer et de le lui ramener pour éviter qu'il ne divulgue ce qu'il a appris...

Le choix de Mark Waid de situer ses derniers épisodes dans le futur (un futur encore plus lointain que celui où le Rampart avait envoyé Captain America dans l'arc précédent) peut surprendre, mais seulement si on ne prend pas en compte deux éléments.

Le premier est que Waid sait que son successeur comme scénariste, Ta-Nehisi Coates, s'occupera d'animer le héros dans le présent où il est revenu (et, d'après les premières previews, il va à nouveau se confronter à des organisations fascistes, en relation avec la saga Secret Empire...). 

Le second est que Waid aime voyager dans le temps et que Captain America est un véhicule idéal pour cela. La description du futur était d'ailleurs au centre de son chef d'oeuvre chez DC, Kingdom Come. Le rapport à demain chez le scénariste est ambigu, à la fois plein d'espoir et volontiers pessimiste. C'est encore une fois le cas ici, dans cet épisode rapide mais dense.

Au XXIVème siècle, la Terre est devenue une sorte de pays de Cocagne, pacifié mais aussi inspirateur pour d'autres mondes, grâce à la diffusion d'une médecine basée sur le sérum du super-soldat, dont le développement a été rendu possible à partir de la dépouille de Captain America. Pourtant, un grain de sable va perturber cette harmonie, précisément en touchant un des descendants du héros, son arrière-arrière-arrière petit-fils, également prénommé Steve, atteint d'un mal dont personne ne trouve le remède.

L'épisode s'ouvre par un flash-back en 1944, magnifiquement illustré par Adam Hughes, une des prestigieuses guest-stars invitées pour la dernière ligne droite tracée par Waid : c'est tout sauf gratuit puisqu'on y relate prestement comment Captain America et Bucky récupéra la dernière fiole du sérum du Pr. Erskine. Plus loin, toujours en quatre pages magnifiques, cette fois réalisées par J.G. Jones, nous voilà transportés en 1968 pour une opération du SHIELD où savoir opérer sous couverture sera précieux pour empêcher un attentat.

Ces astuces narratives, Waid s'en sert à chaque fois pour préparer le lecteur au problème et à la tactique que doit affronter Jackson Rogers auquel on refuse l'unique moyen de sauver son enfant. Et comme ce refus ne peut que dissimuler une vérité plus suspecte, nous allons découvrir avec lui un complot d'ampleur. Le récit est magistralement mené, tout en rythme et en rebondissements, en parallèles entre le passé et l'avenir. Waid nous donne une leçon.

Chris Samnee parti (bien qu'on ne sache toujours pas où...), c'est au formidable Leonardo Romero (le partenaire de Kelly Thompson sur Hawkeye) qu'échoit la lourde tâche de le remplacer. Il a douze pages pour prouver qu'il en est capable et il ne déçoit pas : son style est semblable à celui de son prédécesseur et on peut louer l'intelligence de l'editor de la série d'avoir pensé à lui. Même trait élégant et vif, des plans aux compositions efficaces et claires, des décors soignés, des personnages expressifs à l'allure immédiatement identifiables.

Ces pages sont superbes et n'ont pas à rougir d'être ponctuées par les participations de Hughes et Jones. Mais elles nourrissent des regrets car, une fois encore, si Waid avait eu l'opportunité de poursuivre son run, avec Romero il avait de quoi faire : l'intrigue qu'il débute est déjà tellement riche et trépidante qu'elle pourrait alimenter des mois la série (comme dans les arcs précédents). 

C'est pour cela qu'au fond on lit ces épisodes avec plaisir mais aussi déjà de la mélancolie : ils présentent Captain America dans une vraie vision, originale et captivante, la promesse d'aventures parmi les plus singulières. A cet égard, la "Terre Promise" du titre de cette histoire résonne bien ironiquement comme si Mark Waid nous glissait à l'oreille les plans prometteurs qu'il avait et qu'on lui a confisqués.    

mercredi 2 mai 2018

UNE SOEUR, de Bastien Vivès


Je ne lis plus guère de bandes dessinées franco-belges en ce moment (quand bien même je reste abonné au "Journal de Spirou"). Ces trois derniers mois, j'en ai empruntées quelques-unes à la bibliothèque municipale, qui devait fermer pour des travaux, mais une seule m'a vraiment intéressée : ce récit complet écrit et dessiné par Bastien Vivès, Une Soeur. Un projet assez singulier pour ne pas me laisser un sentiment net, un avis tranché.


Sur le route des vacances estivales, les parents d'Antoine (13 ans) et Titi (10 ans) apprennent la fausse couche de leur meilleure amie, Sylvie, dont le mari est souvent absent à cause de déplacements professionnels. La mère tente d'expliquer la situation à son aîné en termes clairs, jugeant qu'il est assez mûr pour les comprendre.


Une fois dans leur maison en bord de mer, la famille découvre qu'une inondation va retarder leur installation mais la mère trouve rapidement de quoi dépanner et ils peuvent prendre leurs quartiers. Peu après, ils acceptent de recevoir Sylvie pour le mois à venir. Elle arrive avec sa fille, Hélène (15 ans).


L'adolescente reste le regard vissé à son téléphone portable et communique peu avec ses hôtes. Sa beauté triste émeut Antoine tandis que les parents laissent leurs enfants faire connaissance, ce qui est facilité par la promiscuité du lieu - Hélène dort dans la même chambre que les deux frères.


Les premiers jours pourtant, leurs relations restent distantes à cause du drame et de la différence d'âge et de caractères. Mais les facéties de Titi, le talent de dessinateur d'Antoine vont combler ce fossé, d'autant plus que Helène s'ennuie vite et trouve auprès des deux frères un soutien aussi pudique que précieux. Antoine, en particulier, est fasciné par elle, si libre, libérée, et séduisante.


Malgré tout, il doute de pouvoir être plus intime avec elle comme lorsqu'il remarque qu'elle tape dans l'oeil de Olivier et Stef, des garçons de son âge dans la station balnéaire, avec qui elle peut fumer et boire sans se cacher. Mais les attentions et le trouble palpable d'Antoine finissent par l'atteindre et elle en joue volontiers en se confiant à lui.
  

Au fur et à mesure, leurs rapports prennent un tour nouveau : à la demande de Hélène, Antoine la masturbe, puis elle lui prodigue une fellation. Cependant Olivier et Stef restent dans les parages et l'adolescente sème la confusion dans les coeurs et les corps de ces garçons - revenant toutefois toujours vers Antoine, lui offrant de toucher sa poitrine puis une masturbation.


Une nuit, Antoine et Hélène rejoignent Olivier et Stef avec leur bande en bord de mer. Ils se jettent à l'eau pour gagner le port voisin où ils pourront acheter des cigarettes sans être reconnus et dénoncés à leurs parents. Mais Hélène, mue par un mauvais pressentiment, dissuade Antoine de les suivre. Une inspiration providentielle : le lendemain, les corps des nageurs seront retrouvés, morts. Sylvie doit partir retrouver Jean-Claude, son mari. Hélène promet de rester en contact avec Antoine (et Titi), bouleversé par son départ.

Bastien Vivès est un jeune auteur que la renommée a rapidement consacré grâce à sa productivité abondante, en particulier avec le succès de la série Lastman (publiée au format manga et déclinée en dessin animé). Sa bibliographie est diverse et indique la multiplicité des sujets qui le motivent pour travailler, et les chiffres de vente de ses albums suivent. Le portrait d'un vrai "golden boy", ressemblant à un "adulescent" avec ses cheveux longs et ses petites lunettes encadrant un visage juvénile.

Pourtant, je n'ai jamais été jusqu'à présent particulièrement attiré par ce qu'il faisait - j'ai lu en tout et pour tout le premier tome de Lastman, mais Le Goût du chlore m'est tombé des mains. Vivès était un nom que je connaissais davantage de réputation que pour son oeuvre. Alors pourquoi ai-je emprunté Une Soeur et l'ai-je apprécié ?

Sans doute parce que ce récit complet de plus de deux cents pages est pareille à une anguille : il vous glisse entre les doigts, vous plongeant dans le même état de confusion que son héros en proie à ses premiers émois amoureux et sexuels. Je ne sais toujours pas, plusieurs semaines après l'avoir lu, si je l'ai vraiment aimé ou s'il me dérange. Mais, curieusement, je dirai que c'est là sa force : échapper à un jugement-sanction définitif, réussir à questionner le lecteur.

D'un côté, il s'agit d'une chronique dont la sensibilité narrative est indéniable, évitant tout pathos, mais ne s'interdisant aucune scène. Vivès parvient à merveille à saisir ces moments à la fois ordinaires et imprévisibles où tout semble échapper au sens commun, où les sens prennent le pas sur la raison, ces instants de bascule sur lesquels il est difficile de mettre des mots. En quelques cases, il pointe la stupéfaction de découvrir une belle inconnue dormant dans le lit voisin du vôtre, il zoome avec à-propos sur une cigarette portée à des lèvres et qui traduisent la maturité mais aussi l'interdit indicible et grisant, un regard malicieux et pervers, une douceur extatique. C'est assez épatant pour être distingué, cet impressionnisme.

D'un autre côté, l'auteur cède volontiers à quelques facilités provocatrices qu'on devine juste là pour sidérer trop sciemment le lecteur, parce qu'elle n'apporte rien de plus au récit simplement. Dans cette chronique sensuelle, le sexe est à la fois suggestif et explicite, et Vivès souligne parfois trop ce second point, comme si le lecteur pouvait ne pas le saisir. Que Hélène taille une pipe (rapide mais cadré en gros plan) à son cousin Antoine s'avère en définitive moins audacieux, choquant, que gratuit, racoleur, comme s'il pensait avoir osé l'impensable alors qu'on le voyait venir depuis un moment et qu'en vérité, c'est lui qui n'avait pas su y résister.

C'est quand il sait ménager ces effets de surprise que Vivès est le plus inspiré parce que le plus authentique et le plus brut. Hélène offre sa poitrine en spectacle à Antoine, après plusieurs préliminaires auparavant (il lui lave les cheveux, les lui shampouine), puis il touche ses seins et a une érection. Elle la remarque et le guide dans la cabine de la douche pour le branler jusqu'à ce qu'il éjacule, dans une succession de gestes qui témoignent à la fois de sa complicité et de sa domination séductrice.

A quel jeu s'adonne cette adolescente qui se sait objet de désir et en profite comme, tour à tour, une allumeuse, une cousine libérée et consentante, une jeune femme gentiment transgressive, une soeur protectrice (quand elle évite à Antoine de se noyer) ? C'est un mystère que sa beauté entretient : ce visage ensorcelant, ses formes fantasmatiques, son attitude suggestive, tout paraît inviter les garçons à bourdonner autour de cette reine des abeilles. Et néanmoins, il émane d'elle une insondable mélancolie qui se cache derrière cette hardiesse, cigarette au bec, lunettes de soleil sur le nez, portable en permanence dans les mains. Tant que le lecteur et Antoine n'arrivent pas à anticiper les mouvements de cette jeune fille, le récit est captivant. Il l'est beaucoup moins quand son auteur les laisse trop deviner (selon le décor, l'humeur des protagonistes).

Visuellement, Vivès a un style atypique, qu'on imagine modelé pour lui permettre de tomber beaucoup de planches à un rythme soutenu. Son trait est élégant, réaliste, et il s'appuie sur un don pour l'évocation plus que pour la représentation stricto sensu. Le cadre de l'action lui convient bien avec ce décor de station balnéaire, de plages, se sous-bois, de maison familiale, où il fait d'abord un effort pour dessiner précisément afin de fournir au lecteur des repères mémorables, ce qui l'autorise à être ensuite plus évasif car il estime qu'il a donné assez d'informations sur les lieux la première fois.

Sa démarche est identique avec les personnages. On est d'abord dérouté par sa manie de ne pas croquer un visage entièrement, "oubliant" volontairement les yeux le plus souvent par exemple, favorisant un trait "jeté", à la tablette, certainement un croquis sommaire et des finitions rapides. Vivès semble nous indiquer ainsi qu'il veut que l'on se concentre sur les détails qu'il a choisis. A lieu de réaliser des gros plans, il ne rechigne pas à accumuler des plans moyens où manquent donc des éléments afin que notre regard ne dispose que du nécessaire qu'il a jugé bon de conserver pour les besoins de la scène. Par exemple, la surprise se lit par une bouche en forme de "O", mais dont le visage est privé d'yeux : c'est suffisant (à défaut d'être évident).

Le plus surprenant avec ce procédé, c'est que, quand il s'agit d'aborder l'érotisme et ses effets, Vivès oublie justement d'oublier et consacre volontiers une grande case de la largeur d'une bande pour un gros plan sur le visage de Hélène dont la bouche avale le pénis d'Antoine, ou les mains d'Antoine pétrissent les seins d'Hélène ou se glissent entre ses jambes pour la caresser. C'est indéniablement déstabilisant, parfois émoustillant, même si, en la matière, ça n'a pas la puissance et la beauté plastique de Vince dans le magnifique Esmera écrit par Zep, encore moins frileux sexuellement mais pourtant plus troublant.

Voilà les sentiments qu'inspirent Une Soeur : bel album, grisant et sensible, mais tenté aussi par la facilité provocatrice d'un auteur complet qui, à cause de productivité effrénée, manque peut-être le recul pour séparer ses (vraiment) bonnes idées de ces petits tics un brin frimeurs. 

mardi 1 mai 2018

X-MEN : APOCALYPSE, de Bryan Singer


Bryan Singer a conçu ce sixième volet des X-Men comme la conclusion de la saga, ou en tout cas la fin d'un premier acte. Après en avoir réécrit l'histoire dans le précédent et excellent Days of Future Past (reboot aussi audacieux qu'accompli), le cinéaste avait une pression certaine avec ce Apocalypse et la critique fut d'ailleurs tiède, lui reprochant essentiellement de n'avoir rien ajouté de nécessaire à la série. Pourtant, malgré quelques défauts, le film n'est vraiment pas si mauvais et s'avère un spectacle qui ouvre plus de portes qu'il n'en ferme - la preuve : en 2019, nous aurons droit à un nouveau chapitre...

 En Sabah Nur/Apocalypse (Oscar Isaac)

Il y a plus de trois mille ans en Egypte, En Sabah Nur, vieux et fatigué, doit transférer son esprit dans un corps plus jeune. La cérémonie, organisée par ses quatre fidèles disciples, a lieu dans une pyramide. Mais des rebelles au régime du pharaon le trahissent en l'y piégeant avec sa garde rapprochée. La pyramide s'effondre sur elle-même finalement. 

Erik Lensherr/Magneto (Michael Fassbender)

1983. Dix ans après sa dernière apparition, Erik Lensherr a disparu et refait sa vie, sous un faux nom, en Pologne, où il a une femme et une petite fille et travaille dans une usine de sidérurgie. Surpris en train d'utiliser son pouvoir magnétique pour sauver un ouvrier d'un accident, il voit son épouse et son enfant emmenés par une milice. Il accepte de se rendre mais un des soldats tue sa fille et Magneto se venge en tuant tous les hommes de la bande.

Kurt Wagner/Diablo et Raven Darkholme/Mystique (Kodi Smit-McPhee et Jennifer Lawrence)

A Berlin-Ouest, au même moment, Mystique permet à deux mutants, qui sont exhibés dans une cage pour des combats clandestins, de s'en échapper. Angel, doté d'ailes d'oiseau géantes, préfère s'enfuir de son côté tandis que Diablo, un téléporteur, accepte de suivre sa sauveuse. A Westchester, New York, Scott Summers est conduit par son frère aîné Alex, alias Havok, chez le Pr. Charles Xavier, pour apprendre à maîtriser les terribles rafales optiques qui ne lui permettent plus une scolarité normale : en arrivant, sur place, il croise Jean Grey, la plus puissante mutante de l'institut, puis Hank McCoy, qui va lui confectionner des lunettes spéciales. 

Ororo Munroe/Storm, Warren Worthington III/Angel, Apocalypse et Betsy Braddock/Psylocke
(Alexandra Shipp, Ben Hardy, Oscar Isaac et Olivia Munn)

La nuit, Jean, en proie à des cauchemars récurrents où elle se voit perdre le contrôle de ses pouvoirs, ressent télépathiquement, le réveil d'En Sabah Nur et Xavier le ressent à travers elle. Le plus ancien mutant de la Terre s'est extrait de sa tombe depuis une fosse creusée au Caire par des adeptes de son culte, remarqués par Moira McTaggert, agent de la CIA (que le Pr. X avait rencontrée dans les années 60 et dont il avait effacée les souvenirs de leur romance). Apocalypse, tel qu'il s'est renommé en rapport avec son projet, recrute de nouveaux gardes : Storm, qui maîtrise les éléments ; Angel, échappé de Berlin-Ouest ; et Psylocke, l'ex-garde du corps de Caliban (un faussaire pour les mutants). 

Mystique, Moira McTaggert, Charles Xavier, Alex Summers et Hank McCoy
(Jennifer Lawrence, Rose Byrne, James McAvoy, Lucas Till et Nicholas Hoult)

Avec Diablo, Mystique gagne l'institut pour informer Xavier des ennuis récents de Magneto en Pologne, désormais recherché à nouveau. Moira McTaggert est également là, invitée à partager ce qu'elle sait sur Apocalypse. Le Pr. X utilise l'ordinateur Cerebro pour localiser Magneto mais il est déjà enrôlé par Apocalypse et ce dernier localise à son tour l'école de Xavier. Il y surgit avec ses nouveaux gardes et enlève Xavier puis détruit l'école en partant. Quicksilver, qui a appris par sa mère, que Magneto était son père, arrive sur ces entrefaites, juste à temps pour sauver, grâce à sa super-vitesse, le maximum de personnes à l'intérieur du bâtiment. Mais l'explosion a attiré des militaires en hélicoptère, avec à leur tête le colonel Stryker, qui neutralise les mutants et embarque Mystique, le Fauve, Quicksilver et Moira McTaggert.

Scott Summers, Diablo, Quicksilver, Mystique et Jean Grey
(Tye Sheridan, Kodi Smit-McPhee, Evan Peters, Jennifer Lawrence et Sophie Turner)

Scott Summers, Jean Grey et Diablo les suivent à leur insu jusqu'au quartier général de l'Arme X où leurs amis sont interrogés sur la situation de Xavier. Pour les sauver, ils libèrent un prisonnier détenu dans un container blindé : Logan en surgit et massacre les soldats, ouvrant la voie à Jean, Diablo et Scott qui libère Mystique, le Fauve, Quicksilver et Moira McTaggert. Jean reçoit un message télépathique de Xavier depuis le Caire, pour lequel ils s'envolent à bord d'un avion de l'Arme X, comme Stryker, qui fuit Logan.

Moira McTaggert, Jean Grey, Scott Summers, Mystique, Quicksilver et Hank McCoy

Apocalypse veut, pour purifier la Terre, provoquer un cataclysme mondial auquel seuls les plus forts survivront. Magneto dérègle les champs magnétiques de la planète pour précipiter cette purge tandis qu'Apocalypse a désarmé les têtes nucléaires en les envoyant dans l'espace. L'arrivée de l'équipe menée par Mystique oblige cependant En Sabah Nur à se retrancher avec Xavier dans une pyramide qu'il a érigée et à laisser Storm, Angel et Psylocke s'occuper de leurs adversaires, car il veut transférer son esprit dans le corps du professeur et acquérir du même coup ses pouvoirs psychiques.

Jean Grey vs. Apocalypse

Tandis que les sbires d'Apocalypse et les acolytes de Mystique se neutralisent, cette dernière et Quicksilver raisonnent Magneto. Xavier refuse de se laisser posséder par Apocalypse et le défie mentalement pour gagner du temps tout en appelant Jean Grey, pour l'aider, à déployer toute sa puissance. Elle s'exécute et pulvérise littéralement Apocalypse, également attaqué par Magneto et Scott Summers mais aussi Storm. Angel est neutralisé mais Psylocke préfère s'éclipser, une fois la défaite de son camp acquise.

Les X-Men dans la salle des dangers de l'institut Charles Xavier

De retour à Westchester, Magneto et Jean reconstruisent l'institut mais Xavier échoue à convaincre Lensherr de co-diriger l'école avec lui. Néanmoins, il est désormais convaincu qu'il faut entraîner ses élèves à devenir des combattants pour survivre et charge Mystique de les entraîner dans la salle des dangers.

Une scène supplémentaire apparaît à la fin du générique :

- une équipe para-militaire investit le Q.G. de l'Arme X où elle nettoie le carnage commis par Logan. Un scientifique récupère une fiole du sang du mutant en fuite et la met à l'abri dans une mallette portant le sigle de "Essex Corp.". 



Le premier mérite de X-Men : Apocalypse est de déterminer une nouvelle trilogie dans l'histoire de la franchise démarrée en 2000 (c'était il y a dix-huit ans mais cela paraît remonter à un siècle, tellement les longs métrages super-héroïques ont pris de l'importance depuis). Les trois premiers films (2000, 2003, et 2006 - celui-ci réalisé par Brett Ratner) formaient un premier cycle, dont Wolverine était au centre, convoité par le Pr. Xavier et Magneto : les personnages étaient majoritairement adultes, voire âgés (comme Xavier et Magneto), et leur conflit connaissait un premier terme avec l'émergence et la mort de Phoenix (Jean Grey).

Mais fans et critiques ont détestés L'Affrontement final (Singer étant parti tourner Superman returns pour la Warner, Ratner, considéré comme un mercenaire sans lien affectif avec les personnages, et le scénario, lâche, n'ont rien arrangé). 

Cinq après, la Fox prend le parti de rafraîchir le concept en racontant les origines des X-Men : Singer revient en qualité de co-producteur-superviseur, et Matthew Vaughn réalise Le Commencement. Le résultat n'est pas irréprochable, mais indéniablement malin et rafraîchissant : l'intrigue se déroule en 1962, montre la première génération de l'équipe, la paralysie de Xavier, sa rupture idéologique avec Magneto, et joue avec l'impact supposée des mutants sur le cours de la véritable Histoire (en l'occurrence la crise de la "baie des cochons" avec des missiles russes à Cuba pointés sur les Etats-Unis). L'esthétisme rétro-pop, le casting rénové, la perspective narrative a redynamisé la franchise d'un coup.

Mais cela ne suffisait pas à Singer qui voulait réparer l'affront ressenti par les fans avec X-Men 3 de Ratner. Cela a abouti au reboot épatant entrepris dans Days of Future Past en 2014. Désormais, tout était réparé, une nouvelle page pouvait se tourner et une scène post-générique de fin promettait avec Apocalypse un grand spectacle.

D'où vient alors que cela n'a pas convaincu, du moins pas autant que prévu - alors même que Singer déclarait avoir enfin pu faire tout ce qu'il voulait, à partir du script de Simon Kinberg ?

Le récit est pourtant fluide et progresse efficacement en crescendo, en se passant de Wolverine (une gageure), en évoluant à nouveau dans une époque différente (après les 60's du Commencement, les 70's de Days of Future Past, les années 80 ici, représentées sans excès visuel). Certes, la motivation d'Apocalypse n'a rien de bien original, avec son mélange de revanche/vengeance et de purge mondiale. Mais la faute est à chercher ailleurs.

Le film brasse un nombre important de personnages, moins que dans Days of..., mais conséquent tout de même, et le scénario peine à leur donner consistance à tous, en particulier les nouveaux "cavaliers" d'Apocalypse, développés à gros traits et sans qu'on nous explique vraiment leur adhésion au projet du démiurge égyptien. C'est dommage car les acteurs sont particulièrement ressemblants avec leurs personnages issus des comics (Alexandra Shipp et surtout la sublime Olivia Munn semblent sortir des pages d'un mensuel en Storm et Psylocke - c'est moins fort pour Ben Hardy en Angel). Ils ne sont pas aidés non plus par le fait de devoir exister face au charisme exceptionnel de Michael Fassbender, qui incarne Magneto avec toujours la même puissance émotionnelle. Le comédien éclipse même Oscar Isaac en Apocalypse, noyé sous un maquillage à la limite du grotesque et qui échoue à convaincre de l'envergure de son rôle.

En revanche, en face de la "team Destroy", la "team Defend" est une réussite impeccable : Singer réussit un sans-faute en rajeunissant ses interprètes dont la présence, le naturel et la conviction sont les meilleurs atouts (Sophie Turner sort du lot en Jean Grey, mais Tye Sheridan est parfait aussi et Evan Peters "vole le show" à chacune de scènes - le filmage de la super-vitesse n'a jamais été aussi bon que devant la caméra de Singer. Kodi Smit-McPhee souffre d'un maquillage lui aussi un peu too much en Diablo, tout comme Nicholas Hoult dont le Fauve ne m'a jamais plu). Cette jeune garde est bien encadrée par James McAvoy, qui donne une autorité sage mais résolue à Xavier, Rose Byrne, élégante et idéale en Moira McTaggert, et surtout Jennifer Lawrence, sexy en diable et déterminée, la vraie star de cette seconde trilogie.

Cette inégalité dans la distribution empêche le film de décoller complètement car, contrairement à l'adage (hitchcockien) qui veut que "meilleur est le méchant, meilleur sera l'histoire", ici, ce sont les gentils qui sont plus présents et remarquables. Le combat final, à grand renfort d'effets spéciaux, engloutit aussi un peu la tension dramatique (même s'il annonce le pitch du prochain opus, centré sur Jean Grey). La réalisation de Singer est dépassé par ce show devenu trop fréquent dans les films de super-héros pour étonner ou épater (de ce point de vue, les films de la Fox ne tiennent pas la comparaison avec ceux de Disney-Marvel).

On notera aussi que la scène post-générique de fin n'a mené à rien (elle devait soit servir à un troisième Wolverine, mais qui est devenu le crépusculaire et magistral Logan sans rapport avec ce qu'on voit là ; soit au prochain X-Men, qui raconte tout autre chose).

Depuis, en tout cas, de l'eau a coulé sous les ponts et a changé totalement la donne (et ce n'est qu'un début...) : la Fox a été racheté par Disney (opération qui devrait être validée l'an prochain) et même si Marvel studios a prévenu que les Fantastic Four et les X-Men ne se mêleraient pas tout de suite au "MCU", on voit déjà que cela a abouti au report de la sortie de Dark Phoenix (pour éviter une saturation). Que restera-t-il ensuite de ce que Bryan Singer a quand même brillamment, globalement, adapté ? Wait and see. Mais espérons que tout ne sera pas liquidé.

lundi 30 avril 2018

X-MEN : DAYS OF FUTURE PAST, de Bryan Singer


Comme Avengers : Infinity War ne sera pas projeté par chez moi avant une semaine, j'en profite pour me (re)plonger dans quelques films super-héroïques mémorables. C'est aussi l'occasion de revenir à une époque où les studios se tiraient la bourre face au géant Disney-Marvel. Exemple parfait avec X-Men : Days of Future Past, produit par la Fox, désormais avalée par l'empire de la souris, et qui fut une réussite saluée à son juste mérite pour avoir réécrit l'histoire des mutants dont la franchise avait déçu lors de son précédent opus - tour de force orchestré par Bryan Singer (tombé entre temps dans le purgatoire de Hollywood lors du scandale #MeToo).

2023 : Storm, le Professeur Charles Xavier, Wolverine et Magneto
(Halle Berry, Patrick Stewart, Hugh Jackman et Ian McKellen)

2023. La quasi-totalité des mutants et des humains prêts à les défendre a été exterminée par les Sentinelles, des robots géants adaptés pour contrer les pouvoirs de leurs cibles et créés par Bolivar Trask cinquante ans plus tôt. Le professeur Charles Xavier et Erik Lensherr/Magneto imaginent un plan de la dernière chance : renvoyer en 1973, grâce aux talents de Kitty Pryde, l'esprit de Wolverine dans son corps de l'époque afin qu'il empêche l'assassinat de Trask par Mystique à l'origine de la tragédie.

1973 : Wolverine
(Hugh Jackman)

1973 : James "Logan" Hewlett investi par son esprit de 2023 retrouve Charles Xavier, qui a renoncé à ses pouvoirs de télépathe pour retrouver l'usage de ses jambes et qui vit cloîtré dans son manoir avec son élève Henry "Hank" McCoy alias le Fauve. 

1973 : Hank McCoy/Le Fauve, Charles Xavier et Wolverine
(Nicholas Hoult, James McAvoy et Hugh Jackman)

Xavier apprend à Logan que Erik Lensherr/Magneto est incarcéré dans une cellule spéciale au sous-sol du Pentagone depuis qu'il a été inculpé pour l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy dix ans plus tôt. Logan explique à Xavier et McCoy la tournure apocalyptique que va prendre l'Histoire s'ils n'interviennent pas ensemble : une fois Trask assassiné par Mystique, cette dernière sera capturée et torturée pour concevoir des Sentinelles capables de s'adapter aux pouvoirs des mutants à partir de son ADN.

1973 : Charles Xavier et Erik Lensherr/Magneto
(James Mcavoy et Michael Fassbender)

Logan convainc le jeune Pietro Maximoff alias Quicksilver de participer à l'évasion de Magneto. Leur mission accomplie, ils s'envolent pour Paris où v se tenir une conférence pour la fin de la guerre au Vietnam. Magneto décide, une fois sur place, qu'il vaut mieux éliminer Mystique mais il ne réussit qu'à la blesser avant qu'elle ne s'échappe. 

William Stryler et Bolivar Trask
(Josh Helman et Peter Dinklage)

Le sang de la mutante est recueilli par l'équipe scientifique de Trask qui n'a aucun mal à convaincre le président Richard Nixon de financer la fabrication en série de ses Sentinelles pour affronter le péril qui s'est manifesté aux yeux du monde devant les caméras de télévision. 

Erik Lensherr/Magneto et Raven Darkholme/Mystique
(Michael Fassbender et Jennifer Lawrence)

Magneto a faussé compagnie à Xavier, McCoy et Logan pour rattraper le train qui convoie les robots géants et les saboter. Lorsque les Sentinelles sont présentés au public par Trask et Nixon, ces derniers ignorent donc que leurs armes vont se retourner contre eux. Dans l'assemblée qui assiste à l'événement, Xavier tente de localiser Mystique, toujours résolue à tuer Trask.

Les Sentinelles

Magneto fait une spectaculaire apparition en déplaçant le Robert Kennedy Memorial Stadium de Washington pour isoler la Maison-Blanche tandis que les Sentinelles ouvrent le feu sur l'assistance. Xavier raisonne Mystique en lui expliquant télépathiquement ce qui se passera si elle profite de la situation pour assassiner Trask. Elle se retourne alors contre Magneto, prêt à abattre Nixon pour prouver au monde la supériorité des mutants, et devient une héroïne devant les caméras de télévision. 

Magneto

2023 : le plan ayant réussi, Wolverine se réveille dans sa chambre du manoir de l'institut Xavier pour jeunes mutants où tous les X-Men et leurs élèves sont sains et saufs, n'ayant jamais été exterminés par les Sentinelles. Logan retrouve le professeur X dans son bureau et lui demande alors de lui résumer les cinquante dernières années telles qu'altérées par son intervention.

Une scène post-générique de fin annonce le film suivant, X-Men : Apocalypse :

- Dans l'Egypte antique, une foule scande le nom d'un adolescent qui érige les pyramides par la seule force de sa pensée : En Sabah Nur, le mutant qui sera plus tard connu sous le nom d'Apocalypse.

Dans le cinéma actuel, quoi qu'on puisse en penser, il n'est désormais plus possible d'ignorer la place majeure qu'ont pris les super-héros, devenus la nouvelle "cash-machine" des grands studios de Hollywood. De ce point de vue, X-Men : Days of Future Past a clairement été conçu comme la réponse de la Fox à la concurrence représentée par, d'un côté, Disney/Marvel (avec des titres comme Avengers, Iron Man, Captain America...) et par, de l'autre, Warner/DC (avec Batman, Superman...). C'est aussi la reprise en main de la franchise mutante par celui qui, le premier, l'a porté sur grand écran, Bryan Singer, profitant du succès critique et public de X-Men : Le Commencement (Matthew Vaughn, 2011). Enfin, il s'agit d'une adaptation d'une des plus célèbres sagas du comic-book dédié aux X-Men, écrite par Chris Claremont (qui apparaît dans un cameo ici) et John Byrne.

Fort de ces références, dès le début de l'histoire, le film affiche son ambition en présentant les héros dans une situation désespérée qu'ils ne peuvent espérer renverser qu'en modifiant le passé - un procédé bien pratique pour gommer des éléments entiers ayant déçu à la fois Singer et les fans (concentrés dans X-Men 3 : L'Affrontement final, Brett Ratner, 2006). A partir de cette ouverture aussi astucieuse que bluffante par son aspect sombre (New York dans la ténèbres, des centaines de cadavres jetés dans une fosse commune, des mutants dans des camps de concentration, des résistants cachés dans un monastère), le récit se rattache à l'Histoire avec un grand "H" et propose une uchronie puissante dont on ne peut que saluer la fluidité narrative (ce qui n'est jamais gagné quand il s'agit de voyager dans le temps).

A la faveur d'un twist scénaristique habile (quoique fort différent de la BD d'origine, mais où le personnage de Kitty Pryde joue quand même un rôle déterminant et accomplit une sorte de phase ultime), nous voilà transportés en 1973, lorsque Nixon était à la Maison-Blanche, et que Bolivar Trask (incarné par un Peter Dinklage glaçant en mix de Mengele et de marchand d'armes) lançait son programme "Sentinelles". Les X-Men doivent à nouveau (comme dans Le Commencement) faire plier la réalité selon leurs fantasmes - qui sont divergents du point de vue des "frères ennemis" que sont Charles Xavier (partisan d'une cohabitation pacifique entre humains et mutants) et Magneto (désireux de prouver que l'homo superior va dominer l'homo sapiens).

Cette manoeuvre aboutit à un traitement à la fois dense et palpitant, mené tambour battant (grâce au montage nerveux mais jamais haché de John Ottman, aussi compositeur de la musique), en se concentrant sur une poignée de mutants (Wolverine, Xavier, Magneto, Mystique), et sans abuser de clins d'oeil à l'esthétique de l'époque. Le spectacle est jubilatoire, alternant parfaitement exposition et action (avec des morceaux de bravoure impressionnants et parfois ludiques - voir la scène d'évasion de Magneto avec l'aide Quicksilver, que Singer utilise bien mieux que Joss Whedon dans Avengers 2 : L'Ere d'Ultron), jusqu'au (double) dénouement aussi grandiose que subtil.

Ajoutez-y des acteurs investis dans leurs rôles - Hugh Jackman intense, l'excellent duo formé par James McAvoy et Michael Fassbender, Jennifer Lawrence électrisante - , des personnages oscillant entre volontarisme et résignation, et un refus intelligent d'expliquer les paradoxes temporels (au profit du plaisir pur de l'aventure fantastique), et vous obtenez le meilleur opus de la série. De quoi en reprendre une tournée avec ce que promet la scène post-générique de fin (un teaser expéditif copié au Marvel Cinematic Universe).

X-Men : Days of Future Past est donc à la fois un recommencement et une apogée, le film "X" qu'on n'attendait plus - et qui, dans le meilleur des mondes, pour filer le parallèle avec l'intrigue du long métrage, devrait inspirer les editors de Marvel bien à la peine pour produire des comics mutants aussi passionnants depuis un moment.   

dimanche 29 avril 2018

EX_MACHINA, de Alex Garland


Il y a peu, je vous ai dit tout le bien que je pensais d'Annihilation diffusé sur Netflix après que le studio Paramount ait renoncé à l'exploiter en salles. Je profite du creux dans les sorties comics pour vous causer aujourd'hui du premier et précédent opus écrit (avec Glen Brunswick) et réalisé par Alex Garland, déjà un chef d'oeuvre de science-fiction : Ex_Machina, sorti lui en salles en 2015.

 Nathan et Caleb (Oscar Isaac et Domnhall Gleeson)

Caleb, programmateur dans une importante entreprise informatique, gagne une loterie interne pour rencontrer son patron, le savant visionnaire et richissime, Nathan, qui vit retiré du monde dans un domaine en montagne. A son arrivée, son hôte l'informe tout de suite de la raison de sa présence en ce lieu : il va participer à une expérience test pour déterminer si une intelligence artificielle a une conscience, selon le test de Turing (soit : une proposition de test d’intelligence artificielle fondée sur la faculté d'une machine à imiter la conversation humaine, consistant à mettre un humain en confrontation verbale à l’aveugle avec un ordinateur et un autre humain. Si la personne qui engage les conversations n’est pas capable de dire lequel de ses interlocuteurs est un ordinateur, on peut considérer que le logiciel de l’ordinateur a passé avec succès le test. Cela sous-entend que l’ordinateur et l’humain essaieront d’avoir une apparence sémantique humaine. Pour conserver la simplicité et l’universalité du test, la conversation est limitée à des messages textuels entre les protagonistes.).

Ava et Caleb (Alicia Vikander et Domnhall Gleeson)

Caleb est disposé à ces six "sessions". A cours de la première, il est en présence d'Ava, une androïde, dans une pièce où une vitre les sépare. Le jeune homme est fasciné par le réalisme et la réactivité de cette créature, dont l'aspect physique est féminin et le visage possède une indéniable beauté - la sexualité est un des facteurs déterminants pour le "cobaye". Lors d'une de leurs discussions, une panne d'électricité a lieu, bloquant les accès et sorties, coupant les caméras et micros : Ava en profite alors pour mettre en garde Caleb contre Nathan qui, même s'il le prétend, n'est pas son ami.

Caleb et Nathan

Pourtant, en dehors des "sessions", lors de leurs "débriefs", ou dans les moments qu'ils passent ensemble sans évoquer l'expérience, Nathan se montre aimable, affable (quand bien même a-t-il fait signer un contrat de confidentialité à Caleb, lui interdisant après son séjour de divulguer quoi que ce soit à ce sujet), malgré un tempérament dominateur, sûr de sa supériorité intellectuelle et même physique (il pratique du sport et de la musculation pour se défouler).

Ava

Nathan dévoile progressivement les travaux qui ont conduit à la conception d'Ava, façonnée à partir d'un piratage mondial de données sur des moteurs de recherche pour élaborer son intelligence et son apparence. Il souhaite produire une intelligence artificielle parfaite qui confondrait n'importe quel humain, en prévision de l'extinction qui nous attend, mais cela suggère aussi à Caleb une reprogrammation prochaine d'Ava, des améliorations. Le programmateur tombe amoureux de Ava au cours de leurs dialogues qui s'ouvre à lui, en lui avouant notamment être à l'origine des pannes électriques de plus en plus fréquentes au cours desquelles elle s'alimente en énergie et pour communiquer avec lui à l'insu de Nathan.

Caleb et Nathan

Caleb décide de libérer Ava pour s'enfuir avec elle, après qu'elle se soit présentée à lui habillée comme une humaine (pour un résultat effectivement troublant). Pour cela, il va trahir Nathan en le faisant boire et profiter qu'il soit assoupi pour lui dérober sa carte magnétique afin de pénétrer dans son bureau. Sur son ordinateur, il consulte ses fichiers et découvre les précédentes versions d'Ava et leurs tentatives d'évasion - même la servante Kyoko est un robot. Tout cela perturbe le jeune homme au point qu'il se met à douter de sa nature et pour savoir s'il n'est pas lui-même une machine, il se mutile.

Ava

La veille de son départ, Caleb tente à nouveau de soûler Nathan mais celui-ci l'a démasqué et a compris qu'Ava était la cause des pannes électriques en les surveillant lors des sessions avec des caméras autonomes alimentées par des piles. L'objectif du savant était en vérité de savoir si Ava pouvait manipuler Caleb en la calibrant à partir de ses fantasmes. Pourtant ce dernier a devancé Nathan la veille en trafiquant le système de sécurité de la villa : Ava sort de sa cellule, son créateur assomme son invité et va tenter de la raisonner. Mais l'androïde tue son maître avec l'aide de Kyoko, détruite dans l'affrontement.

Ava

Ava se répare et camoufle ses parties électroniques avec la peau artificielle de ses prédécesseurs puis s'habille. Plus rien ne la distingue d'une humaine. Caleb, lui, reste prisonnier du piège qu'il avait prévu pour Nathan, dans la villa. Ava rejoint l'hélicoptère qui avait amené le programmateur sur place et rejoint la civilisation dans laquelle elle se fond, indétectable.

Adolescent, j'aimais principalement deux genres littéraires, la série noire et la science-fiction. Pour cette dernière j'avais été initié par un ami, fan d'Isaac Asimov et de sa saga Fondation (au point d'entretenir le rêve fou de l'adapter en bande dessinée - projet maintenant en préparation chez Amazon). J'ai fini par préférer le roman policier, mais je revenais occasionnellement à la S.-F. quand on me recommandait un ouvrage, un auteur dignes d'être considérés (Robert Silverberg, Stefan Wul, Philip K. Dick...). C'est demeuré le continent mystérieux de ma culture livresque, celui que j'explore de loin en loin, avec curiosité et parcimonie, mais une fascination intacte.

Plus que les romans en fait, j'étais consommateur de films de science-fiction, en particulier d'anticipation, de dystopie : Soleil vert, Mondwest (qui a inspiré la série Westworld), Minority Report, Silent running, etc. Et bien sûr, au-dessus de la mêlée, 2001 : L'Odyssée de l'espace.

Ce genre qui a abouti à des longs métrages et des livres mémorables est, comme le western, mais dans une moindre mesure, tombé un peu en désuétude. Hollywood y revient de façon cyclique mais rarement en égalant ses réussites passées, il faut souvent un cinéaste d'exception (comme Steven Spielberg, Andrew McNiccol) pour rappeler au public ce que la S-F a de puissamment distrayant et de cauchemardesque à la fois.

Mais Alex Garland a prouvé en deux films que l'avenir s'écrirait avec lui, qu'il en serait le nouveau guide, le nouveau modèle à suivre. Parce qu'il revient en quelque sorte aux sources du genre, concevant ses longs métrages non comme des histoires fournies avec un mode d'emploi pour rassurer le spectateur mais, au contraire, en conservant l'indispensable part de mystère inhérente au genre. Car la S-F s'appuie sur ce paradoxe : elle doit s'appuyer sur une base crédible, vraisemblable (elle puise ses sujets dans les dérives du présent en les exagérant), mais doit s'affranchir du réalisme (pour révéler l'horreur de la situation, souligner la corruption du système).

Avec Annihilation, l'ex-romancier a disposé d'un budget confortable (sans être une super-production : 40 millions de $) et en a profité pour filmer des extérieurs altérés par de superbes effets spéciaux. Ex_Machina est un long métrage aux moyens plus modestes (15 millions de $) et cela se voit dans le choix de situer l'action dans un huis clos. Mais Garland tire le maximum de cette contrainte en soignant déjà superbement le look de son oeuvre : ainsi la demeure de Nathan ressemble non pas à une maison mais à un "centre de recherches" (comme le précise le personnage lui-même à Caleb qui s'étonne d'être logé dans une chambre sans fenêtre au sous-sol). Les sessions avec Ava se déroulent dans une pièce nue coupée en deux par une simple vitre, frontière transparente mais aussi surface renvoyant le reflet des deux personnages et donc soulignant leur troublante ressemblance. Seule rupture de ton : les pannes électriques qui ponctuent le récit et au cours desquels les décors baignent dans une lumière rouge qui font passer le lieu comme une immense chambre noire de photographe où se révèlent littéralement le rapport de confiance (et de duplicité) entre Ava et Caleb.

L'austérité de l'endroit agit aussi comme une sorte d'espace favorable au strict minimum requis pour l'expérience, la recherche, le dialogue. Le laboratoire de Nathan ressemble à une espèce de morgue, avec ses moules de visage d'Ava, d'exosquelette sur une table d'opération : on se croirait chez un thanatopracteur, prêt à préparer un cadavre pour le rendre présentable pour une cérémonie. Le bureau du savant est tout aussi épuré : une table, un fauteuil, trois écrans d'ordinateur et un mur couvert de post-it, un mélange étonnant de minimalisme et d'archaïsme (les notes sur des bouts de papier) - on est loin d'un complexe incroyablement sophistiqué, encombré de machines improbables, pour un savant démiurge et richissime.

Cela contraste avec les rares prises de vue montrant l'extérieur de la villa de Nathan et dévoilant une nature montagnarde et verdoyante, sauvage, isolé, cachant au reste du monde le nid du créateur. Il est question à plusieurs reprises dans les discussions entre Caleb et Nathan des notions de responsabilité, de progrès, d'objectif : s'agit-il ici d'élaborer une nouvelle forme de vie complémentaire de la nôtre ? Ou de fabriquer celle qui nous survivra quand nous nous serons éteints, victimes de nos incorrigibles excès ? Sommes-nous maîtres des avancées technologiques ? Ou ce que nous mettons au point précipite-il notre fin ? Pour Caleb, citant Oppenheimer quand il atomisa le Japon durant la seconde guerre mondiale, nous sommes les nouveaux "destructeurs de monde". Pour Nathan, il s'agit d'anticiper cette issue et d'enfanter une progéniture androïde prolongeant l'esprit humain.

Le résultat est également extrêmement troublant, perturbant, et passionnant par la qualité de l'interprétation. Oscar Isaac, barbe fourni et crâne rasé, exhibant ses muscles, compose un pygmalion 2.0 glaçant, machiavélique, et génial, immédiatement antipathique mais aussi fascinant. Domnhall Gleeson (le fils du génial Brendan Gleeson, vedette de l'excellente série Mr. Mercedes) campe un candide moins naïf qu'on ne le croit initialement, qui traduit parfaitement les propres sentiments ressentis par le spectateur face à l'expérience qu'il vit. Mais c'est surtout l'interprétation extraordinaire de la suédoise Alicia Vikander qui impressionne le plus dans ce rôle renversant : la finesse avec laquelle elle bouge, dans un mélange de raideur et de douceur, la subtilité de son expressivité, sa voix modulée avec un génie absolu, n'ont d'égale que la beauté délicate à laquelle elle accède dans les dernières scènes - si bien en vérité qu'on a réellement l'impression alors d'avoir vu une androïde façonnée par des effets spéciaux sidérants remplacée par une authentique actrice. L'effet est totalement sidérant.

Ex_Machina en dit finalement autant, sinon plus, en 105 minutes que la première saison de Westworld. Mais plus que cette comparaison, c'est surtout la naissance et la confirmation instantanées d'un immense cinéaste auquel ce film permet d'assister.