samedi 19 août 2017

DETECTIVE COMICS, VOLUME 1 : RISE OF THE BATMEN, de James Tynion IV, Eddy Barrows et Alvaro Martinez


Près d'un an après le lancement de "Rebirth", le nouveau reboot de DC Comics, les séries les plus emblématiques de l'éditeur sont publiées en France, dans trois revues mensuelles ("Justice League Rebirth", "Suicide Squad Rebirth" et "Batman Rebirth") plus quelques hors séries et bien entendu une offre abondante en librairie comme Urban Comics (le label Dargaud qui diffuse cette production) en a l'habitude.

Succédant à la période des "New 52" (2011-2016), controversée, "Rebirth" ambitionne d'opérer une synthèse entre ce qu'appréciaient les fans auparavant et les meilleures corrections récentes. Detective Comics est un des titres qui a immédiatement été accueilli, sous cette nouvelle formule (mais en renouant avec sa numérotation historique), avec le plus d'avis favorables. Et c'est mérité car c'est une authentique réussite animée désormais par James Tynion IV, sorti de l'ombre de Scott Snyder (précédent scénariste de Batman), accompagné de deux dessinateurs d'un niveau exceptionnel, Eddy Barrows et Alvaro Martinez.

Assistons donc à ce Rise of the Batmen, premier arc en sept épisodes.

Batman a remarqué la présence de drones miniatures dans le ciel de Gotham, qui surveillent les mouvements de ses disciples justiciers - et plus spécialement de Batwoman, laquelle est par ailleurs sa cousine, Kathy Kane. Pour résoudre ce mystère, ils décident de former une équipe et recrutent Stephanie Brown/Spoiler, Tim Drake/Red Robin, Cassandra Cain/Orphan et Basil Karlo/Clayface. Batwoman est chargée de les entraîner pendant que Batman commence à enquêter et c'est alors qu'il tombe dans un guet-apens, capturé par une milice sur-entraînée.

L'équipe, avertie par la vidéo-surveillance de Gotham, choisit d'appeler à la rescousse le père de Batwoman, l'ex-colonel Jacob Kane. Mais c'est justement lui qui est à la tête de la Colonie, une armée secrète, qui a maîtrisé Batman : son ambition est de remplacer ou d'enrôler les justiciers pour se préparer à affronter la mythique Ligue des Ombres. Trahie, Kate prend la fuite avec le groupe pour mieux préparer sa revanche et libérer Batman.

Cependant, Jacob, grâce aux drones conçus par Ulysses, un jeune surdoué, cible des agents supposés de la Ligue des Ombres. Spoiler, Clayface et Orphan sont chargés de les mettre à l'abri tandis que Batwoman permet à Batman de reprendre la direction des opérations et qu'elle affronte son père. Red Robin, lui, réussit à pirater les drones pour les attirer sur une cible unique : lui-même...

Comme je l'écrivais plus haut, Tynion IV a précédemment, durant la période des "New 52", souvent oeuvré dans l'ombre de Scott Snyder, signant des back-up issues à la série Batman ou des spin-off (le titre Talion). Un artisan discret, sans éclat, une petite main au service d'un auteur ayant gagné ses galons de star. C'est dire la surprise de le voir signer un récit aussi efficace, ne devant rien à son ancien partenaire en termes de style.

Car c'est là la première réussite de ces sept épisodes (#934-940) : l'intrigue est superbement ficelée, menée sur un rythme haletant, exploitant merveilleusement la dynamique d'un groupe. La "Bat-family" n'avait pas été si bien conduite depuis des lustres : ses membres avaient leur propre série, se croisaient parfois, mais il manquait à ces émules de Batman un liant véritable, une cause commune, et une occasion pour les moins populaires de se distinguer. Tynion a donc écarté Batgirl et Nightwing, ignoré Catwoman, pour redonner une chance à Spoiler, Orphan, Red Robin, et offrir une nouvelle existence au vilain Clayface. Sous la direction de Batwoman, qui est établie comme la véritable leader de l'équipe, ce deuxième cercle des disciples de la chauve-souris, ex-sidekick ou alliées eet adversaire occasionnels, forme un sextet enthousiasmant parce qu'aucun n'est à l'abri d'être sacrifié en mission (et c'est d'ailleurs le cas pour l'un d'eux à la fin de cet arc).

Ensuite, l'histoire est bien bâtie, solide, avec un adversaire étonnant, coriace, qui offre un vrai challenge aux héros aussi bien en termes de force de frappe qu'en termes de cause à défendre (et de moyens pour y parvenir). Jacob Kane n'est pas un méchant ordinaire, à sa manière il veut faire le bien autant que Batman, mais ses méthodes (radicales), son objectif (improbable) et ses connexions avec sa propre fille et Bruce Wayne donnent un supplément d'âme aux enjeux de la bataille.

Enfin, Tynion IV profite de deux dessinateurs excellents : puisque la série est bimensuelle aux Etats-Unis, il faut un effectif capable de tenir la cadence et DC l'a particulièrement gâtée. Il est difficile, pour ne pas dire injuste ou impossible, de préférer Eddy Barrows, dont le niveau n'a jamais été lui aussi épatant (un trait réaliste précis, soutenu par un encrage somptueux d'Eber Ferreira et la colorisation, parfois directe, de Adriano Lucas), à Alvaro Martinez (tout aussi juste, appliqué, fourni, épaulé par l'encreur Raul Fernandez et le coloriste Brad Anderson). Les pages sont superbement découpées, avec des décors très soignés, des jeux d'ombres et lumières fabuleux : on se croirait dans une sorte de version "Ultimate" (ou "All-Star") de Detective Comics, ce titre mythique de l'éditeur (puisqu'il lui doit ses initiales), désormais doté d'une vraie identité (et plus du tout une série "Batman-bis").

Si les deux épisodes suivants cet arc appartiennent à un crossover très médiocre (Night of the Monster Men, impliquant aussi les séries Batman et Nightwing), souhaitons que la prochaine intrigue confirme tout le bien que promet celle-ci.

vendredi 18 août 2017

ASTONISHING X-MEN #2, de Charles Soule et Mike Deodato


Après un premier épisode qui, contre toute attente, m'avait beaucoup plu, j'attendais fébrilement de savoir si Astonishing X-Men #2, écrit par Charles Soule et cette fois dessiné par Mike Deodato, allait tenir ses promesses.


Amahl Farouk et Charles Xavier s'affrontent sur le plan astral pour un match au gain équivoque, quel que soit le vainqueur : en effet, le Roi d'Ombre entend contrôler l'équipe de mutants rassemblée par Psylocke, qu'il a agressé télépathiquement en premier, mais le Pr. X leur épargnera ce sort en les tuant psychiquement s'il l'emporte.


Cependant, donc, Old Man Logan démasque le Fauve dont la présence étonnait les autres depuis le début de l'aventure à Londres, tandis que Gambit et Rogue tentent de diriger cette expédition dont Fantomex devient l'éclaireur.


Dans notre dimension, au sommet d'un gratte-ciel londonien où ils se sont retranchés et que les services spéciaux encerclent désormais, Bishop et Angel veillent à ce que Psylocke évitent tout désagrément à leurs acolytes endormis...

Et alors ?
Et alors ça reste excellent : Soule lève un peu le pied côté action après un "pilote" haletant (mais aussi plutôt fluet en ce qui concerne l'intrigue) tout en maintenant notre intérêt. Le cliffhanger du premier épisode trouve ici son explication en mettant en scène le duel entre Farouk et Xavier sur le plan astral, mais leur match révèle aussi une issue pour le moins choquante, quel que soit le gagnant.

Progressivement, au fil de saynètes parfois drôles (la reconstitution des déclarations d'amour de Kitty Pryde et Colossus puis Rogue et Gambit), parfois plus dérangeantes (l'attirance de Logan pour Jean Grey), le scénariste conduit les héros à ce que sait déjà le lecteur : ils ne sont pas seuls et on les manipule. Dans la réalité, la situation est traité plus (trop) rapidement mais s'avère aussi tendue (l'officier des services spéciaux est résolu à régler le problème des mutants dans le building de manière radicale).

Ce qui est appréciable, c'est qu'on sort des poncifs habituels attachés aux séries mutantes : ici, pas de métaphore sur la persécution, mais un ennemi plus rare, très puissant, pervers, un vrai suspense - d'autant plus efficace que le casting, a priori choisi pour le potentiel commercial ou le contentement des fans, s'avère judicieux (à part Psylocke et Fantomex, les autres ne sont pas des mutants habitués aux jeux psi).

Deodato remplace Jim Cheung au dessin et livre une prestation de très bon niveau : son goût connu pour les ambiances noires, les personnages à la gestuelle imprimée par la tension, son aisance à passer de héros mâles très physiques à des héroïnes séduisantes, conviennent parfaitement à ce chapitre. Tout comme ce découpage caractéristique, avec des cases disposées comme un jeu de domino, adéquat pour une aventure visant à brouiller les repères.

Et si cette énième version des Astonishing X-Men, avec un scénariste inspiré et sa collection d'artistes de luxe, était la vraie bonne série mutante, voire celle qui réconcilie les fans et les profanes ?

jeudi 17 août 2017

MISTER MIRACLE #1, de Tom King et Mitch Gerads


Le 28 Août prochain, Jack Kirby aurait eu cent ans : ce géant des comics, qui doit sa popularité à la création de Marvel Comics grâce à d'innombrables créations avec Stan Lee, n'a pourtant droit à aucun hommage particulier de la part de la "Maison des Idées", alors que DC Comics, chez qui il travailla bien moins longtemps (tout en restant aussi fabuleusement fécond), multiplie les tributes au King (The Kamandi Challenge, une collection de one-shots...).

Au coeur des révérences de ce créateur hors normes, on trouve un projet qui sort du lot : une maxi-série en douze épisodes, Mister Miracle, écrit par Tom King et dessiné par Mitch Gerads. Si vous effectuez quelques recherches sur le Net au sujet de ce personnage-titre, vous apprendrez qu'il appartient au "Quatrième Monde" de Kirby, un ensemble de quatre séries connectées, ayant pour cadre le conflit entre deux planètes-mondes. Mister Miracle est le fils du Haut-Père, régent de New Genesis enlevé par Darkseid, le tyran d'Apokolips, dont le fils, Orion, est, lui, élevé par le Haut-Père.

Elevé dans des conditions terribles, Miracle réussit à s'évader avec son amante, Barda, guerrière d'Apokolips, et à se réfugier sur Terre. Il se produit alors comme escapist (un maître des numéros d'escamotage, comme Harry Houdini) dans un cirque, entraîné par Oberon, et attirera même l'attention des membres de la Justice League qu'il intégrera occasionnellement. Il est dépeint comme un homme courageux et aimable, loin de l'enfer dont il s'est échappé.

Enfin, Kirby s'inspira de son ami et confrère Jim Steranko pour inventer son héros - Steranko, en plus d'écrire et de dessiner, était aussi illusionniste, et aussi séduisant que Miracle. 

Mais qui est vraiment Scott Free (l'alias de Mister Miracle, qui s'inspire d'une expression signifiant "libre de toute entrave") ? Tom King nous le montre comme un prestidigitateur usé par son obsession personnelle et professionnelle : de quoi peut encore s'évader quand on est le maître l'évasion ? La mort peut-être ? Scott Free tente alors de se suicider - pour défier la mort ? Ou pour fuir la vie ?

Après une hospitalisation, et une visite brutale d'Orion, qui réclame sa présence à New Genesis à nouveau menacé par Darkseid, Mister Miracle préfère remonter sur scène et se produit à la télé en acceptant lors d'une interview de revenir sur son suicide raté, qu'il fait passer pour la répétition ratée d'un nouveau numéro.

Mais Barda s'inquiète et devine que son amant est encore fragile : il assure avoir parlé à son coach, Oberon - mais celui-ci est récemment mort d'un cancer du poumon. Et elle doit le recadrer quand il est convaincu qu'elle avait les yeux bleus (alors qu'ils sont marrons maintenant) ou qu'il est bien le seul à pouvoir sauver New Genesis, comme le lui assure aussi le Haut-Père de passage sur Terre.

Mister Miracle, soucieux, accepte de suivre Big Barda et de se mêler à la bataille après qu'Orion les ait prévenus que Darkseid a tué le Haut-Père et résolu l'équation d'anti-vie, capable d'altérer la réalité. Trick or threat ?

Précédé d'un buzz très flatteur et désormais reçu avec un succès dépassant tous les pronostics (aux Etats-Unis, les exemplaires de cet épisode ont été si vite épuisés que ceux qui voulaient s'en procurer un ont été obligés de se tourner vers les sites de vente en ligne, comme eBay, où ils étaient disponibles à des prix exorbitants), ce premier chapitre sur les douze que comptera la série existe littéralement miraculeusement.

L'an dernier, quand son scénariste, Tom King, élabore son projet, il est victime d'un malaise cardiaque assez sérieux pour être hospitalisé. L'auteur est bouleversé par l'expérience et ce qu'il interprète comme un parallèle avec l'existence de Mister Miracle : comme le personnage, il a échappé à la mort !

Scott Free est de toute manière, au-delà de l'anecdote, une figure chargé en symbole : il est le fils du Haut-Père, autant dire de Dieu, et son surnom de Mister Miracle renvoie aux miracles de Jésus, qui meurt et ressuscite, incarne le Sauveur providentiel et traverse mille épreuves, représente un guide pour certains et un obstacle pour d'autres. Kirby adorait la mythologie, les intrigues bigger than life, pleines de bruit et de fureur (contre Stan Lee, moins versé dans la démesure que dans la création de "héros à problèmes", reflétant le quotidien des - jeunes - lecteurs) : en situant la saga des New Gods sur New Genesis et Apokolips, dont les aventures de Mister Miracle étaient une déclinaison, la référence ne pouvait être plus éloquente.

Mais Tom King est aussi un admirateur (déclaré) d'Alan Moore : ses séries abondent en allusions aux oeuvres majeures du mage de Southampton (la plus évidente étant un découpage fréquent avec un "gaufrier" de neuf cases, produisant un sentiment de claustrophobie et traduisant une rigueur narrative). Il revisite Kirby à travers le prisme de Moore en ouvrant son récit sur une image choc (on voit Scott Free baignant littéralement dans son sang après s'être ouvert les veines aux poignets - ce qui indique que le livre est à réservé à un "public averti") : le héros est au bout du rouleau, prisonnier de sa propre obsession (s'évader de n'importe quel piège, y compris la mort - King n'est pas le premier à exploiter ce motif : Grant Morrison l'avait déjà abordé dans la section de Seven Soldiers of Victory consacré à un nouveau Mister Miracle).

Survivant à ce suicide, Scott Free est en fait comme un soldat souffrant de stress post-traumatique, un trompe-la-mort hagard, qui essaie de donner le change pour rassurer sa compagne ou face à un animateur de talk-show (Godfrey - le prénom d'un des sbires de Darkseid), ou tenir tête à Orion, mais en proie à des visions macabres (de son coach, Oberon) et au doute (peut-il vraiment sauver New Genesis ? Pourquoi sent-il que quelque chose cloche ? Darkseid, ayant résolu l'équation d'anti-vie, a-t-il déjà commencé à altérer la réalité ? Ce n'est qu'un premier épisode et il faudra attendre pour les réponses, mais ces interrogations, la capacité du héros à assumer sa mission, sont diablement accrocheuses, rythmés par cette phrase entêtante "Darkseid is" jusqu'à ce qu'elle seule figure sur une page noire entière (des ténèbres peu réjouissantes, un néant profond, un monolithe à l'inscription laisse le lecteur en suspens, aussi fébrile et dubitatif que le héros).

Visuellement, Mitch Gerads ne copie pas le style de Kirby : l'artiste a détaillé, en interview, sa technique, entièrement basée sur des clichés qu'il redessine, corrige numériquement, encre et colorise lui-même. Loin d'avoir affaire à du roman-photo, le résultat diffuse des sensations troublantes avec des images parfois déformées (la scène du talk-show, comme vue à sur un téléviseur mal réglé), des couleurs saturées ou délavées (mais renvoyant à celles emblématiques du héros, rouge, or et verte) pour une palette volontairement limité pour guider le regard du lecteur, et donc le respect du "gaufrier" en neuf cases, devenant presque musical quand les vignettes noires avec la phrase "Darkseid is" ponctue de manière de plus en plus oppressante, rapide, les pages (faisant aussi écho à la sonnerie des boîtes-mères qui permettent d'aller et venir de New Genesis à la Terre).

Cette efficacité rythmique renvoie aux trois actes de cet épisode inaugural et magistralement construit (Mister Miracle est sollicité d'abord par la force - Orion - , la raison - le Haut-Père - et l'amour - Barda). Avec une telle densité narrative et graphique, combinée à un ambition assumée (Tom King cite Watchmen, The Dark Knight returns et All-Star Superman comme les classiques qu'il veut égaler), Mister Miracle #1 s'impose déjà comme la sensation de l'été : si ce premier chapitre donne le la à ce qui suit, le pari de son hauteur sera relevé. Chef d'oeuvre en vue ? Stay tuned !

mercredi 16 août 2017

LEGION (Saison 1) (FX / Marvel Studios)


Comme si ça ne lui suffisait pas d'être aux manettes de la géniale série anthologie Fargo (Il faudra quand même que je pense à regarder la saison 1 un de ces jours), Noah Hawley a convaincu la chaîne FX dans le cadre d'un partenariat avec Marvel Studios de piloter Legion.

Bienvenue dans le grand huit mental le plus ahurissant que la télé américaine propose, conduit par ce prodigieux showrunner.
 David Haller (Dave Stevens)

David Haller est interné dans une clinique psychiatrique car on l'a diagnostiqué schizophrène. Son mal paraît profond quand on considère le traitement médicamenteux que les médecins lui prescrivent en plus d'une thérapie comportementale qui doit situer l'origine de ses troubles.  
Syd Barrett (Rachel Keller)

Dans l'établissement où il réside, d'autres choses bizarres se produisent et perturbent David, malgré le soin déployé pour l'assommer : pourquoi limite-t-on ses contacts avec d'autres internés, comme la belle Sydney dont il est amoureux, alors qu'il subit les railleries de Lenny Busker ? Pourquoi sa soeur se comporte si étrangement, tour à tour froide et chaleureuse, l'accusant d'avoir détruit leur famille et culpabilisant de le laisser là ?  
Amy Haller (Katie Aselton)

Et surtout pourquoi le soumet-on, sous garde armée, à des interrogatoires en suggérant qu'il aurait des pouvoirs mentaux immenses et dévastateurs, prêt à tout ravager s'il perd le contrôle de lui-même ? Totalement perdu, il ne sait comment réagir quand un petit commando attaque l'asile pour le libérer après qu'il se soit une ultime fois rebellé contre ses geôliers. 
Cary Loudermik (Bill Irwin)

Conduit dans le repaire de ses nouveaux amis, qui sont ceux de Sydney, David fait la connaissance de la patronne de ce groupe : Melanie Bird. Elle lui révèle qu'il ne souffre pas de schizophrénie mais qu'il est un mutant prodigieusement puissant dont le gouvernement et l'armée veulent faire une arme pour éliminer ses semblables. 
Kerry Loudermik (Amber Midhunter)

Et ses pareils sont les membres du commando : il y a Cary, un laborantin, et Kerry, son double féminin (mais plus jeune), combattante hors pair ; Ptonomy, un artiste de la mémoire, et Syd Barrett, qui évite en vérité tout contact physique car elle peut absorber les pouvoirs et la personnalité de ceux qu'elle touche.  
Ptonomy Wallace (Jeremie Harris)

Accordant, bon gré mal gré, sa confiance à Melanie, David devient l'objet d'études menées par Ptnomy et Cary pour déterminer l'origine de ses troubles mentaux, qui dérèglent violemment ses pouvoirs. Syd le soutient dans ces nouvelles épreuves introspectives où ils découvrent qu'un parasite psychique s'est établi dans les pensées du jeune homme pour, à terme, prendre son contrôle.  
Melanie Bird (Jean Smart)

Cette entité réside en lui depuis son enfance, lorsqu'il a été confié par son père, un puissant télépathe, à une famille d'accueil pour le protéger, et s'appelle Amahl Farouk alias "le Roi d'Ombre". Lorsqu'il apparaît à David - et ceux qu'il embarque dans ses explorations intérieures - , le monstre revêt l'aspect d'une créature difforme effrayante ou d'une jeune femme brune, familière de David : Lenny Busker !
Lenny Busker (Audrey Plaza)

David et ses amis réussiront-ils à neutraliser ce parasite redoutable avant que la Division 3, qui assurait sa surveillance à l'asile, ne les retrouvent et ne les capturent, pour, selon leur dangerosité, les utiliser ou les supprimer ?

Pour vous parler de Legion, et de l'expérience que cela a représenté pour moi, un flash-back s'impose : j'avais regardé le premier épisode il y a quelque temps et ne l'avais guère apprécié. Non pas qu'il était dénué de qualités, mais j'en étais sorti essoré. La métaphore du grand huit s'imposait avec ce maelström d'images à la narration éclatée, au héros sévèrement détraqué, à l'intrigue tortueuse. Je n'étais pas du tout préparé à ça. Et, qui plus est, je venais d'être déjà bien secoué par une autre série, le chef d'oeuvre The OA, dont le format, l'histoire, l'interprétation, l'ambiance me semblaient indépassables (et ça reste le cas). Compte tenu de tout cela, j'avais eu l'impression de tomber sur Legion comme si son showrunner (dont je ne connaissais pas encore le travail sur Fargo) avait voulu challenger The OA - geste fou, vaniteux !

Moins loin de nous, récemment, je surfe sur Facebook et apprend dans un article en ligne du magazine "Première" que le boss de FX s'inquiète que Noah Hawley ne lui ait toujours pas livré de scripts pour une saison 4 de Fargo et 2 de Legion (depuis, il semble que ce ne soit plus le cas, l'auteur ayant lui-même rectifié l'info en précisant simplement que ces deux productions réclamaient un investissement profond - je cite, de mémoire : "on n'écrit pas Legion en se levant le matin et en se disant :"allez, au boulot !" Non, c'est quelque chose pour lequel il faut être prêt à s'enfermer dans une cabane au fond des bois avec des champignons et sans distraction.").

J'ai donc décidé de retenter le coup, en reprenant à l'épisode 2 (craignant que revoir le "pilote" ne me décourage à nouveau tout en en ayant gardé un souvenir assez vif, notamment son dénouement avec l'évasion de David et sa fuite avec le gang de Melanie Bird). Je ne regrette pas cet effort : ces trois derniers jours, j'ai dévoré les 7 épisodes complétant cette première éblouissante, ébouriffante saison.

Résumer le déroulement de l'action de Legion ne rend pas justice à ce qu'on ressent en suivant ses chapitres car la production est extraordinaire. J'ignore de quel genre de champignons parle Hawley quand il évoque sa retraite dans une cabane au fond des bois pour écrire, mais je soupçonne une espèce de végétaux aux vertus ambiguës quand on mesure les effets qu'ils ont sur l'auteur. Mais David Haller était déjà une création extrême avant d'être la star de ce show : ses vrais parents sont le scénariste historique de la franchise X-Men, Chris Claremont, et le dessinateur-peintre le plus hallucinant des comics US, Bill Sienkiewicz.

Du personnage initial, Hawley a su à la fois garder l'essence tout en se l'appropriant, en les réinterprétant. La co-production de la série par les studios Marvel la rattache aux X-Men, mais ne comptez pas y croiser les mutants célèbres du grand écran comme Wolverine, Magneto ou le Pr. Xavier (même si une rumeur persistante annonce la présence de son acteur, le grand Patrick Stewart, dans la saison 2, ce qui serait à la fois attendu - Charles Xavier est le père biologique de David Haller dans les BD - , logique et jubilatoire). L'action, pareillement, s'y déploie de manière décalée par rapport aux canons du genre super-héroïque (d'ailleurs les personnages ici ne portent pas de costumes moulants et de masques), ce qui n'empêche pas les manifestations du pouvoir du héros (ou de ses camarades) d'être mises en scène spectaculairement (mention spéciale aux transferts provoqués par Syd, aux voyages dans la mémoire de Ptonomy, ou aux démonstrations de force de David contre la D3). On se croirait plus dans du David Lynch survitaminé, avec une esthétique pop (qui évoque des classiques comme Le Prisonnier ou Chapeau melon et bottes de cuir), avec son lot d'images dérangeantes, de visions chocs, d'ambiances azimutées.

Du côté de l'interprétation, il faut s'habituer au jeu de Dave Stevens, très expressif, à la limite de la grimace, ce qui est troublant avec sa tête le faisant passer pour un des frères Gallagher (ex-Oasis). Tout comme le numéro d'Aubrey Plaza, véritable (mauvais) génie dans la bouteille, capable de passer de la fille classe et sexy au démon destroy, sans qu'on sache très bien s'il s'agit d'une performance de haut vol ou d'une prestation entre grotesque et grandiose.
D'où l'importance cruciale de leurs partenaires aux compositions beaucoup plus sobres mais également intenses : on reconnaîtra deux acteurs habitués des productions Hawley, avec Rachel Keller (sublime Syd Barrett) et Jean Smart (Melanie Bird n'aide pas David de façon désintéressée). Le duo Bill Irwin-Amber Midhunter et Jeremie Harris sont aussi excellents.

Porté par une réalisation qui vous retourne comme une crêpe, Legion mérite son titre de "sensation télé" de l'année et consacre surtout son showrunner comme un scénariste (et réalisateur) sidérant.  

lundi 14 août 2017

IRRESPONSABLE (Saison 1) (0CS)


Après la découverte positivement surprenante de Missions, voici une autre pépite produite par OCS (Orange Ciné Série) : Irresponsable est une création d'un ancien élève de l'école de cinéma, la Fémis (plutôt habituée pourtant à former de futurs cinéastes de films d'auteur), Frédéric Rosset, qui en a écrit les dix épisodes (avec parfois le concours de Camille Rosset ou Maxime Berthémy) de 25 minutes, tous réalisés par Stephen Cafiero.

Et la question qui se pose à la fin de cette première saison (la deuxième vient de se tourner, sa diffusion est prévue pour fin 2017-début 2018), c'est : et si on tenait là la meilleure comédie de l'année ? Et même la meilleure comédie de la télé française ?
 Julien (Sébastien Chassagne)

Julien, la trentaine, retourne vivre chez sa mère, Sylvie, divorcée, en lui faisant croire que de l'amiante a été trouvée dans son appartement à Paris. En vérité, il a perdu son boulot et a dû trouver une solution de repli après avoir squatté chez sa meilleure amie, Léa, une lesbienne dont le couple traverse une crise. 
Julien et sa mère, Sylvie (Sébastien Chassagne et Nathalie Cerda)

Sylvie est à la fois enchantée de prendre soin de son grand garçon et soucieuse de son avenir, aussi tente-t-elle de lui décrocher un boulot au collège de la ville. L'entretien avec le directeur est un échec car Julien était un cancre et sa situation actuelle ne plaide pas en sa faveur. C'est en sortant du bahut qu'il croise Marie, son amour de jeunesse... Désormais prof dans cet établissement ! 
Jacques et Julien (Théo Fernandez et Sébastien Chassagne)

Julien obtient qu'ils se revoient et il l'invite à dîner au resto. Elle lui apprend qu'elle a un fils et il pense alors qu'elle est en couple. Mais quand elle lui apprend que sa progéniture a quinze ans, Julien devine, avant qu'elle le lui confirme, qu'il en est le père. Tout s'explique alors : l'adolescente avait quitté la ville à l'époque car ses parents, désireux de dissimuler sa grossesse, avaient déménagé. 
Marie et Julien (Marie Kauffmann et Sébastien Chassagne)

Ce que Marie ignore, c'est que Julien et son fils, Jacques (mais qui préfère être prénommé "Jack"), ont déjà fait connaissance au collège, le jour de son entretien d'embauche, en tirant sur un joint en cachette. Depuis, ils font les 400 coups... Et provoquent les catastrophes : arrestation par Adrien, ami d'enfance de Julien devenu flic et qui courtise Marie, 16ème anniversaire de Théo qui tourne au règlement de comptes avec les parents de Marie et en présence de Sylvie qui apprend, à cette occasion, qu'elle est grand-mère, tentative de Julien pour éloigner Adrien...
Marie craque, Jacques veut fuir. Julien réussira-t-il enfin à assumer ses responsabilités sans dévaster l'existence de ses proches ? Surtout après que Marie lui ait annoncé une nouvelle sidérante...

Je me suis intéressé à cette série après avoir lu un article sur le tournage de la saison 2 dans le dernier n° en date du magazine "Première" : cela m'a permis d'en apprendre beaucoup à son sujet. d'abord que ces dix premiers épisodes avaient rencontré un joli succès critique et public, récompensé par plusieurs prix (dont un pour l'interprétation de l'hilarant Sébastien Chassagne dans le rôle-titre). Mais aussi qu'Irresponsable était tourné pour trois fois rien, grâce à l'implication totale de son équipe de comédiens et de techniciens : OCS investit dans la création originale mais à peu de frais, à cause de sa structure encore réduite et d'une politique d'économie.

Mais ces contraintes budgétaires avaient particulièrement inspiré les créateurs de Missions, et Frédéric Rosset y a aussi puisé une formidable énergie. Le résultat est extrêmement drôle, son anti-héros est irrésistible de culot, et cela suffit déjà au bonheur du spectateur.

Mais l'entreprise ne se limite pas à cela, même si c'est déjà très louable. A mi-chemin, les auteurs ont su anticiper à la fois le risque de lassitude du public et la minceur de l'argument, qui menaçait de faire basculer Julien de personnage amusant à celui de loser pathétique devant lesquels les autres ne peuvent que réagir (avec plus ou moins de philosophie). Subtilement, le scénario explore alors les conséquences des actes de son héros et les sentiments de son entourage vis-à-vis de ce qu'il provoque. Il devient évident que Julien est toujours amoureux de Marie, que sa paternité bouscule sa nature de glandeur-profiteur, mais aussi que les parents de Marie ont une lourde part de responsabilité dans la situation (en éloignant leur fille encore adolescente pour préserver leur réputation, ils ont privé Julien de son fils, Théo de son père, Marie du choix de sa vie, Sylvie de son petit-fils). C'est l'effet-papillon (détaillé dans une tirade à mourir de rire par Julien). En tout cas, l'émotion s'installe, les rapports entre les protagonistes se redessinent (Marie choisit d'enfin lâcher prise, ce qui ne sera pas sans effet)... jusqu'au dénouement, réellement stupéfiant. La dernière scène nous laisse dans l'expectative : quelle décision a prise Marie, pour laquelle Julien l'accompagne ?

Modestement conçue, la série bénéficie pourtant d'une réalisation soignée, précise (les effets comiques puis plus sérieux sont très bien dosés), tout à fait épatante. Et le casting est formidable : Chassagne bien sûr est phénoménal, mais Théo Fernandez (Jacques), Marie Kauffmann (Marie) et Nathalie Cerda (Sylvie) sont également sensationnels, très justes, attachants, quelquefois aussi drôles ils contribuent à affiner ce qui n'aurait pu être qu'une sitcom efficace mais standard.

Entre les boulettes tordantes de cet irresponsable à qui on pardonne beaucoup (mais pas tout) et des moments bluffants de sensibilité, la création de Frédéric Rosset est un joyau. Vivement la suite !